Tumeurs du système nerveux périphérique
Cours de Neurologie
Introduction
:
Les tumeurs du SNP sont des tumeurs bénignes essentiellement représentées
par les schwannomes, les neurofibromes et des tumeurs malignes regroupées
sous le terme de tumeurs malignes de la gaine des nerfs (MPNST).
Elles se
développent de façon sporadique ou dans un contexte génétique particulier.
En effet, les neurofibromes font partie des critères diagnostiques d’inclusion
pour la maladie de von Recklinghausen ou NF1.
De même les MPNST se développent dans 50 % des cas dans un contexte de NF1.
En
revanche, les schwannomes, notamment les tumeurs bilatérales de
l’acoustique, sont un critère diagnostique majeur de la NF de type 2 (NF2).
Les gènes impliqués dans le développement de ces tumeurs sont le gène NF1
localisé sur le chromosome 17 en 17q12 et le gène NF2 localisé sur le
chromosome 22 en 22q12.
Le gène NF1 se comporte comme un gène suppresseur de tumeur et code pour
une protéine dénommée neurofibromine dont il existe deux isoformes.
Cette
protéine de distribution ubiquitaire, mais dont l’expression est maximale dans
les systèmes nerveux central et périphérique, appartient à la famille des
protéines activatrices des ras-ATPases cytoplasmiques. Son rôle exact est
inconnu.
Il existe de nombreuses altérations décrites de ce gène : insertions,
délétions, mutations.
Le gène NF2 qui est un gène suppresseur de tumeurs code pour une protéine,
la schwannomine ou merline qui présente des analogies avec les protéines
moesine-radixine-ezrine (famille des protéines ERM) qui jouent un rôle dans
les interactions entre la membrane cytoplasmique et le cytosquelette.
Le gène
NF2 subit des mutations en général avec respect des exons 16 et 17.
La
protéine est le plus souvent absente, alors que les autres protéines de
la famille ERM sont exprimées.
Il s’agit d’un événement précoce dans la
genèse des schwannomes.
Les altérations du gène NF2 se rencontrent
également dans les neurinomes sporadiques.
Tumeurs bénignes
du système nerveux périphérique :
A - Schwannomes :
Les schwannomes, encore appelés neurilemmomes ou neurinomes, sont des
tumeurs bénignes encapsulées développées aux dépens des cellules de
Schwann qui composent la gaine des nerfs.
Ils surviennent le plus souvent de
façon sporadique.
Ils sont en revanche le stigmate de la NF2 lorsqu’ils sont
bilatéraux et siègent au niveau de la huitième paire crânienne.
Ils peuvent être
multiples et ils s’intègrent alors dans le cadre d’une schwannomatose sans
contexte de NF2 ou familial particulier.
1- Manifestations cliniques
:
Ils surviennent à tout âge, avec cependant un pic entre la quatrième et la
sixième décennie.
Il n’existe pas de sex-ratio déséquilibré sauf dans la
topographie intracrânienne où il existe une sensible prédominance féminine.
Ils siègent habituellement au niveau d’un nerf périphérique de la tête et du
cou, au niveau des extrémités ou des racines nerveuses pararachidiennes.
La branche vestibulaire du VIII est une localisation fréquente pour les nerfs
crâniens. Ils peuvent être également cutanés.
Plus rarement, ils se rencontrent
en topographie profonde au niveau du médiastin ou du rétropéritoine avec
parfois une composante tumorale principale intrarachidienne difficilement
extirpable.
En topographie périphérique, ils se présentent comme une masse
asymptomatique palpable, de croissance lente, pouvant donner dans
l’évolution des signes de compression ou, rarement, des douleurs.
Le neurinome du VIII se manifeste classiquement par une hypoacousie, des
vertiges, une paralysie faciale et des signes d’hypertension intracrânienne.
L’imagerie (scanner ou imagerie par résonance magnétique [IRM]) met en
évidence une image arrondie bien limitée rehaussée par le produit de
contraste.
La tumeur est parfois kystique et peut entraîner une érosion osseuse
de proximité.
2- Anatomie pathologique :
* Forme conventionnelle :
L’examen macroscopique met en évidence une masse ovalaire de taille
variable de quelques centimètres à 10 cm, encapsulée et se développant de
façon excentrée sur le trajet d’un nerf.
À la coupe, la masse présente un aspect
blanc rosé ou jaunâtre avec parfois des remaniements kystiques,
hémorragiques ou des calcifications.
En général, il n’existe pas de territoire
de nécrose.
En histologie, il s’agit d’une prolifération tumorale bénigne, constituée de
cellules fusiformes à noyau ovalaire à bouts effilés, à cytoplasme éosinophile
aux limites floues. Les filets nerveux normaux sont parfois visibles à la
périphérie de la tumeur.
Les cellules tumorales s’agencent tantôt en faisceaux
compacts (zone A d’Antoni), tantôt de façon plus lâche (zone B d’Antoni).
Dans les territoires cellulaires, on peut observer la classique
disposition palissadique des noyaux qui délimitent des espaces fibrillaires
tourbillonnants appelés nodules de Verocay.
Dans les territoires où
l’architecture est plus lâche, on observe des foyers oedémateux, des
remaniements microkystiques associés à un infiltrat inflammatoire d’intensité
variable constitué de lymphocytes et d’histiocytes spumeux.
Il s’y associe une
extravasion sanguine récente sous la forme de globules rouges, ou ancienne
correspondant à du pigment hémosidérinique.
La vascularisation de ces tumeurs est abondante, constituée de petits
capillaires ou de vaisseaux à paroi hyaline, parfois thrombosés.
En
microscopie électronique, l’endothélium vasculaire est fenêtré et les cellules
présentent des prolongements cytoplasmiques.
Habituellement, la cellularité est modérée, les cellules sont régulières et
l’activité mitotique faible.
Parfois, on peut observer des noyaux irréguliers
interprétés comme un signe de dystrophie et non de malignité.
Rarement, on note dans la prolifération, des structures glandulaires, des
dispositifs à type de rosettes ou une inflexion épithélioïde des cellules
tumorales.
Dans ces cas, l’immunohistochimie prend toute son importance de même que
la mise en évidence de territoires morphologiquement typiques.
Les cellules
de Schwann expriment de façon intense la protéine S100 (filament
intermédiaire) et plus occasionnellement la GFAP (glial fibrillary acid
protein) et le leu7 (marqueur de différenciation neuroendocrine).
Les études en microscopie électronique mettent en évidence les
caractéristiques des cellules de Schwann qui comportent des prolongements
cellulaires convolutés, dépourvus de vésicule de pinocytose et entourés d’une
membrane basale continue.
Le pronostic de ces tumeurs est bon car il s’agit de tumeurs bénignes
d’évolution lente.
Certains travaux concernant le neurinome du VIII ont
souligné l’intérêt de la détermination d’un indice de prolifération avec un
anticorps anti-Ki67 pour prédire l’évolutivité.
De même, la
vascularisation paraît déterminante pour la croissance tumorale tandis que les
études portant sur les récepteurs hormonaux n’ont pas mis en évidence
d’intérêt clinique.
Le traitement est chirurgical. Parfois, l’exérèse sera incomplète en raison du
risque fonctionnel, notamment pour la huitième paire crânienne.
* Schwannome cellulaire
:
Initialement décrit en 1969 par Harkin et Reed, il s’agit d’une prolifération où
la cellularité est augmentée ainsi que le nombre de mitoses, mais qui reste
cependant inférieur à quatre mitoses pour dix champs à fort grandissement.
Quelques irrégularités nucléaires sont visibles avec de rares foyers de nécrose.
Ce type histologique se rencontre plus fréquemment en topographie profonde,
mais les nerfs crâniens peuvent également être concernés.
La tumeur est bien
limitée et exprime de façon diffuse et intense la protéine S100.
Malgré sa cellularité, il s’agit d’une tumeur bénigne.
* Schwannome plexiforme :
Il s’agit d’une tumeur dont la croissance est multinodulaire sans contexte de
NF associée.
Le plus souvent, il s’agit de tumeurs cutanées et souscutanées,
les nerfs crâniens et spinaux sont épargnés.
La prolifération est
volontiers très cellulaire mais dépourvue de critères de malignité et peut être
confondue avec un neurofibrome plexiforme.
* Schwannome mélanotique :
Il s’agit d’une tumeur rare s’intégrant, dans 50 % des cas, dans le complexe
de Carney (myxomes cardiaques, pigmentation lentigineuse faciale,
anomalies endocriniennes).
Il existe au sein de la prolifération
d’abondantes mottes de mélanine ainsi que des psammomes.
Les cellules tumorales expriment la PS100 et l’HMB45 (marqueur de
différenciation mélanocytaire).
En microscopie électronique on met en
évidence des mélanosomes dans les cellules tumorales.
Le pronostic est réservé.
Des cas de métastases ont été rapportés dans environ
10 % des cas, soulignant la difficulté pour classer ces tumeurs.
B - Neurofibromes :
Il s’agit d’une tumeur tantôt bien limitée, tantôt présentant un caractère plus
diffus, infiltrant.
La prolifération tumorale est composée d’un mélange de
cellules de Schwann, de cellules périneuriales et de fibroblastes.
Ils surviennent le plus souvent de façon sporadique et plus rarement dans un
contexte de NF de type 1. Dans ce cas, ils sont volontiers multiples.
1- Manifestations cliniques de la forme sporadique
:
Il n’existe pas d’âge préférentiel ou de sex-ratio déséquilibré.
Il s’agit le plus souvent d’un nodule cutané bien limité, ou d’une infiltration
diffuse du tissu sous-cutané. Plus rarement, on observe une tumeur
développée sur le trajet d’un nerf qui présente une augmentation de volume
fusiforme.
Les nerfs crâniens sont en général épargnés.
Il n’existe pas de
symptomatologie douloureuse.
2- Anatomie pathologique
:
Les neurofibromes cutanés sont des masses nodulaires ou polypoïdes assez
mal limitées, fermes, blanc grisâtre à la coupe avec une surface lisse.
Ceux
qui sont développés sur le trajet d’un nerf apparaissent fusiformes et assez
bien limités avec, en périphérie, la présence d’un épinèvre épaissi.
Les neurofibromes plexiformes constituent plusieurs nodules intéressant des
troncs nerveux ou un plexus.
La mauvaise limitation et surtout l’absence
d’encapsulation sont des critères qui les opposent aux schwannomes.
Sur le plan histologique, les cellules tumorales s’agencent en faisceaux dans
un fond myxoïde, bleu alcian positif, associé à une quantité variable de
fibres de collagène et laissent persister des prolongements axonaux.
Les
cellules présentent des noyaux ovalaires incurvés en « vaguelette ».
Contrairement aux schwannomes, il n’existe pas d’alternance de zones A et B
d’Antoni, ni de vaisseaux à paroi épaisse ou d’infiltrat inflammatoire marqué.
Parfois, la cellularité est augmentée et quelques images de mitose sont
visibles.
Au sein de la tumeur, on peut rarement observer la présence de corpuscules
de Meissner ou de Pacini.
De même, du pigment mélanique peut être
rencontré ainsi qu’un aspect épithélioïde des cellules tumorales.
La
prolifération exprime la protéine S100, mais de façon plus faible que les schwannomes.
En microscopie électronique, on met en évidence des cellules de Schwann
associées à des cellules périneuriales dont les prolongements cellulaires
comportent des vésicules de pinocytose et une membrane basale discontinue.
Le pronostic du neurofibrome solitaire est excellent.
La dégénérescence
maligne est très rare et concerne essentiellement les neurofibromes
plexiformes et ceux intéressant les gros troncs nerveux.
Les neurofibromes multiples ou plexiformes doivent faire rechercher une NF
de type 1 et, dans ce cas, le pronostic est celui de cette affection.
Le traitement des neurofibromes consiste en une exérèse chirurgicale.
C - Autres tumeurs bénignes
du système nerveux périphérique :
1- Périneuriome :
Il s’agit d’une tumeur rare développée aux dépens du périnèvre, décrite
initialement en 1978 par Lazarus et Trombetta.
La morphologie est proche du neurofibrome mais les cellules tumorales s’agencent de façon storiforme ou en
« bulbe d’oignon » et sont EMA (epithelial membran antigen) positives et
protéine S100 négatives en immunohistochimie.
Les études ultrastructurales
ont confirmé la nature périneuriale des cellules tumorales.
2- Neurothécome ou myxome des gaines des nerfs
:
Il siège préférentiellement aux niveaux cutané et sous-cutané chez l’enfant et
l’adulte jeune.
La topographie élective est la tête, le cou et les épaules.
La
tumeur est constituée de lobules bien limités par un tissu conjonctif fibreux
comportant une trame myxoïde.
Les cellules sont régulières.
Quelquefois, on
peut noter la présence de cellules géantes et de neurites dans la tumeur.
3- Hamartome neuromusculaire (tumeur de Triton bénigne)
:
Il s’agit d’une affection extrêmement rare plutôt hamartomateuse que
tumorale et caractérisée par la coexistence de tissu musculaire strié et
nerveux.
Tumeurs malignes
du système nerveux périphérique :
Les tumeurs malignes du SNP sont des tumeurs rares représentant seulement
5 à 10 %des sarcomes des tissus mous.
Depuis 1990, la classification
de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) (Zurich) retient le terme de
tumeur maligne des gaines nerveuses du SNP (MPNST) pour l’ensemble de
ces tumeurs.
Cette prise de position s’explique par le fait que l’origine de ces
tumeurs n’est pas toujours très claire et que souvent on ne retrouve pas les
critères ultrastructuraux des cellules de Schwann.
Les termes de
« schwannome malin », « neurofibrosarcome », « sarcome neurogénique » et
« neurofibrome anaplasique » doivent être abandonnés.
Parmi les MPNST, de
nombreuses entités anatomopathologiques sont clairement individualisées.
C’est le cas des variantes épithélioïde, glandulaire ou mélanotique.
Les MPNST présentant un contingent de différenciation mésenchymateuse de
type ostéogénique, chondroïde ou rhabdomyoblastique (tumeur Triton) sont
très rares et sans implication pronostique.
A - Manifestations cliniques
:
L’expression clinique des MPNST dépend en premier lieu de la topographie
de la tumeur et des compressions anatomiques qu’elle engendre.
Les sites
anatomiques privilégiés sont les membres (cuisse et plexus brachial) et le rétropéritoine (région pararachidienne).
Le premier nerf touché par ordre
de fréquence est le tronc sciatique.
La paroi thoracique et la partie distale des
membres sont plus rarement atteintes.
Les nerfs crâniens sont
exceptionnellement concernés sauf le nerf trigéminal et le nerf acoustique.
La douleur est un symptôme très fréquent.
Contrairement aux tumeurs
bénignes, cette douleur est spontanée, survenant sans facteurs déclenchants.
Les déficits neurologiques sensitivomoteurs sont des signes d’appel fréquents
faisant craindre d’emblée la malignité.
Une tuméfaction plus ou moins
bien limitée est perceptible dans les sites superficiels.
Celle-ci est parfois
connue depuis plusieurs années.
Une augmentation brutale de cette
tuméfaction est un stigmate supplémentaire évoquant la malignité.
Cette
augmentation brutale de taille peut être déclenchée par la grossesse.
En effet,
il existe une grande quantité de NGF (nerve growth factor) dans le placenta et
le liquide amniotique.
L’examen clinique des patients devra rechercher des
signes cliniques de NF.
Dans 50 % des cas, les MPNST surviennent chez
les sujets ayant une maladie de von Recklinghausen.
Par ailleurs, 5 % des
patients atteints de cette NF vont présenter une MPNST dans leur évolution.
En dehors des neurofibromes, les MPNST peuvent se développer
exceptionnellement sur des schwannomes ou des ganglioneuromes.
Les MPNSTsurvenant dans la NF de type 2 sont exceptionnelles.
Le sex-ratio est
voisin de 1 avec une discrète prédominance féminine.
Il s’agit d’une
pathologie de l’adulte (quatrième décennie) avec une survenue plus précoce
chez les patients ayant une NF (troisième décennie).
Les cas pédiatriques sont
rares et touchent l’enfant de plus de 6 ans.
La survie globale à 5 ans est de 35
à 40 %.
Comme beaucoup de sarcomes, les MPNST ont une dissémination
hématogène avec une grande fréquence de métastases pulmonaires. Les
récidives locales sont très nombreuses et entraînent souvent la survenue de
métastases.
B - Examens complémentaires :
Les examens paracliniques devront permettre un bilan d’extension à la fois
local et général de la tumeur, ainsi que l’identification de stigmates cliniques
d’une NF.
On soulignera l’intérêt de pratiquer un examen ophtalmologique à la lampe à
fente avec un champ visuel pour rechercher une atteinte des voies optiques.
Les potentiels évoqués auditifs sont pratiqués en cas de troubles de l’audition
à la recherche d’un neurinome du VIII.
Les clichés radiographiques osseux
du crâne et du rachis sont indispensables pour identifier des dysplasies
osseuses.
L’IRM cérébrale est systématique.
Les bilans biologiques sanguins
comporteront un dosage des amines pressives à la recherche d’un
phéochromocytome associé.
Certains auteurs ont proposé d’employer la
scintigraphie au gallium pour distinguer lesMPNSTdes tumeurs bénignes.
C - Description anatomopathologique :
1- Forme conventionnelle :
Classiquement, les MPNST sont des tumeurs volumineuses volontiers
supérieures à 5 cm.
Elles sont mal limitées ou au contraire présentent une pseudocapsule fibreuse
épaisse, faussement rassurante, notamment dans les formes de topographie
superficielle.
Le rameau nerveux d’origine n’est observé que dans un tiers des
cas.
Les remaniements nécroticohémorragiques sont évocateurs de malignité.
Une érosion osseuse au contact de la tumeur est possible, mais elle
s’observe aussi dans les schwannomes cellulaires et les volumineux
neurofibromes plexiformes.
L’aspect histologique est très hétérogène car les cellules présentent des degrés
très variables de différenciation schwannienne, fibroblastique ou périneuriale.
À l’examen microscopique, il existe une prolifération de cellules fusiformes
agencées en faisceaux lâches.
Parfois, on observe une disposition en
« vaguelette » pseudoneurofibromateuse.
Les palissades nucléaires, les corps
de Verocay et les structures rappelant les corpuscules de Meissner sont très
rares.
La condensation périvasculaire des cellules est possible,
exceptionnellement associée à une prolifération microvasculaire dans les
formes très agressives.
D’autres architectures sont possibles comme les patterns storiformes ou
lâches dans un stroma myxoïde.
Classiquement, il n’y a pas de zone de type B
d’Antoni.
L’origine nerveuse est parfois très difficile à affirmer, surtout dans
le rétropéritoine.
Plus que l’hypercellularité, ce sont les grandes variations de
la cellularité qui sont évocatrices de malignité.
Rarement, on retrouve des
reliquats de la tumeur bénigne ayant donné naissance à la prolifération.
Dans
la très grande majorité des cas, il s’agit d’un neurofibrome.
La transformation
des schwannomes, si elle a été rapportée, est discutée par certains auteurs.
Sur le plan cytologique, en dehors des variants histologiques, on observe des
cellules fusiformes à noyaux comportant des bouts effilés avec des limites
cytoplasmiques floues.
Les mitoses sont parfois nombreuses (> 4/10 chp X 400).
Les atypies nucléaires sont plus rares que dans les autres types de
sarcomes.
L’intérêt du grading histologique est très discuté car la survie
des grades 1 n’est pas sensiblement différente de celle des grades 3.
De
nombreuses inflexions mésenchymateuses (ectomésenchymomes) sont
connues comme la tumeur Triton (dénomination en rapport avec la
régénération musculaire induite par le nerf chez ce genre de salamandre) qui
comporte des rhabdomyoblastes.
Il n’y a pas de conséquence
pronostique. Ces tumeurs sont le plus souvent vues dans la NF de type 1.
L’étude immunohistochimique des MPNST montre un marquage inconstant
(80 % des cas) avec un anticorps dirigé contre la protéine S100, filament
intermédiaire caractéristique des cellules de Schwann.
Ce marquage est
nettement plus intense dans les tumeurs bénignes.
Comme les nerfs normaux,
les cellules tumorales expriment NCAM (neural-cell adhesion molecule) et
la vimentine.
Les filaments intermédiaires de type cytokératine, plutôt
fréquents dans les cellules tumorales épithéliales, sont absents.
La protéine
P53 est mutée dans 50 % des cas, alors que cette situation est rarissime dans
les tumeurs bénignes.
La GFAP est exprimée par une faible population de
cellules de Schwann non myélinisées.
Une positivité focale se retrouve
dans 30 % des schwannomes cellulaires mais pas dans les MPNST.
La
molécule CD34 est exprimée focalement dans les tumeurs bénignes mais pas
dans les sarcomes.
La cytogénétique est d’un apport très limité pour le diagnostic de ces tumeurs.
Elles sont parfois hypodiploïdes avec des monosomies des chromosomes 17
et 22.
Les autres anomalies décrites sont la trisomie 2 et la trisomie 7.
2- MPNST de type épithélioïde :
Elles sont très importantes à connaître car elles engendrent de nombreuses
erreurs diagnostiques avec notamment les mélanomes, surtout dans leurs
formes neurotropiques qui peuvent être HMB45 négatives. De 5 à 15%
desMPNSTont des inflexions épithélioïdes.
Il s’agit de cellules pléomorphes
souvent très nucléolées avec des cytoplasmes éosinophiles.
Les formes
superficielles sont généralement uninodulaires, bien limitées et d’une taille
inférieure à 3,5 cm.
Les formes profondes sont mal limitées, plurinodulaires
et ont un stroma volontiers myxoïde.
De façon plus rare, on note des cellules
en « bagues à chatons » ou des cellules pseudorhabdoïdes avec de larges
cytoplasmes et des noyaux excentrés.
L’âge moyen des patients est
de 36 ans.
La plupart du temps, il n’y a pas de NF associée.
Il s’agit de
formes de novo ou assez souvent compliquant l’évolution d’un neurofibrome.
La fréquence de l’atteinte ganglionnaire est plus importante que dans les
formes conventionnelles.
Sur le plan immunohistochimique, la protéine S100 est positive et parfois de
façon plus intense que dans les cellules fusiformes classiques.
La cytokératine
peut être positive mais de façon focale et avec les anticorps dirigés contre des
cytokératines de bas poids moléculaire.
Le diagnostic différentiel essentiel est le mélanome et son équivalent dans les
tissus mous qui est le sarcome à cellules claires des gaines et des tendons.
Dans ce dernier cas, les éléments en faveur du diagnostic sont la clarté cytoplasmique due à l’accumulation de glycogène, la présence de multinucléations et l’absence de mucines extracellulaires.
3- MPNST de type glandulaire
:
Isolée par Garre en 1892, il s’agit d’une forme très rare dont moins d’une
trentaine de cas ont été rapportés dans la littérature.
L’âge moyen des
patients est de 28 ans.
Les inflexions glandulaires sont plus fréquentes dans
les formes malignes que dans les formes bénignes de tumeurs nerveuses.
Trois
quarts de ces cas s’observent chez des patients ayant une NF connue.
Le
secteur glandulaire est souvent réduit.
Les glandes sont revêtues d’un
épithélium le plus souvent cylindrique, mais parfois cubique ou à cellules
claires.
Ces cellules épithéliales n’ont pas de critères nucléaires évocateurs
de malignité.
Elles ont une différenciation neuroendocrine nette avec
expression de la chromogranine, de la sérotonine et parfois de la
somatostatine.
Ces glandes n’ont pas d’assise de cellules myoépithéliales, à
la différence des inclusions glandulaires bénignes dues à la diffusion
tumorale.
Les parois glandulaires, parfois kystisées, ne sont pas revêtues par
des cellules nerveuses à la différence des pseudokystes présents dans les
schwannomes anciens.
Le diagnostic différentiel essentiel est le synovialosarcome biphasique.
Dans cette situation, le composant
fusiforme montre souvent une expression focale de la cytokératine, ce qui
n’est pas le cas dans les tumeurs nerveuses.
Par ailleurs, les formations
glandulaires des synovialosarcomes n’ont pas ou très peu de cellules
neuroendocrines.
4- Neuroépithéliome :
Ces tumeurs, décrites par Stout dès 1918, font partie des PNET (peripheral
neuroectodermic tumours).
Elles sont caractérisées sur le plan morphologique
par la présence de cellules agencées en « rosettes » (Homer-Wright).
La
glycoprotéine membranaire MIC-2 est une aide au diagnostic de ces
tumeurs.
L’âge moyen des patients est de 28 ans.
Des cas pédiatriques ont été rapportés.
Il n’y a jamais de relation avec la NF.
Les cellules ont un caryotype anormal
avec une translocation (11/22) (q24 ; q12) intéressant le gène fli-1 comme
dans les tumeurs d’Ewing ou les tumeurs d’Askin qui sont en fait des
neuroépithéliomes situés au niveau de la paroi thoracique.
Le seul diagnostic
différentiel est le neuroblastome extrasurrénalien de l’adulte.
Le pronostic est
défavorable avec des décès survenant dans les 2 ans après le diagnostic initial.
5- MPNST mélanotique :
Ces tumeurs gardent les caractères généraux des MPNST mais possèdent un
potentiel de synthèse de mélanine.
En microscopie électronique, on trouve
des prémélanosomes mais aussi des signes de différenciation nerveuse.
Leur
topographie préférentielle est la zone pararachidienne.
L’immunohistochimie
avec des anticorps anti-PS 100 et HMB45 ne permet pas de trancher entre
MPNST mélanotique et mélanome.
L’expression du collagène IV et de la myelin basic protein pourrait orienter vers le diagnostic de MPNST
mélanotique.
6- MPNST radio-induits :
Tout comme les ostéosarcomes et les histiocytofibromes malins, les MPNST
ont été décrits sur d’anciennes zones irradiées.
La latence moyenne est de
15 ans, mais des cas transformés plus de 25 ans après l’irradiation sont
connus. Une dose de 200 rad est suffisante pour produire cet effet sur des
souris de laboratoire.
Les sujets porteurs d’une NF sont beaucoup plus à
risque que les autres.
Dans certaines séries, 10 %des MPNST se situent dans
une zone anciennement irradiée.
D - Traitement :
Le traitement des MPNST est avant tout chirurgical. Le contrôle des limites
d’exérèse chirurgicales est primordial pour éviter les récidives tumorales.
La
diffusion nerveuse intratronculaire doit être systématiquement recherchée.
Les greffes nerveuses sont possibles, mais des récidives sur le fragment greffé
ont été décrites.
La chirurgie est conservatrice ou radicale, en fonction des
habitudes de chaque école et surtout de l’extension de la tumeur aux axes
vasculaires et aux structures osseuses adjacentes.
La radiothérapie et la
chimiothérapie sont très peu efficaces dans cette indication.
La chirurgie
des métastases peut parfois entraîner des survies prolongées surtout quand
elles sont isolées.