Tumeurs des os. Généralités diagnostiques (biopsie et anatomie pathologique) Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
Ce chapitre de généralités comprend deux parties : la première
concerne la démarche diagnostique et la biopsie, la seconde est
consacrée à la classification, la nomenclature, et l’anatomie
pathologique des tumeurs primitives des os, bénignes et malignes.
Il ne serait en effet pas très sérieux d’entreprendre le traitement
d’une tumeur donnée (même pour une simple biopsie) sans une vue
d’ensemble de ces maladies.
Il difficile de le croire, mais de nos jours encore, et dans nos contrées
médicalisées, et plusieurs fois par an, les équipes spécialisées
récupèrent des patients dont le diagnostic, et donc souvent le
traitement, s’est fourvoyé dans des directions incorrectes.
De ce fait,
ces patients voient leurs chances de guérison et/ou leurs chances
d’éviter l’amputation considérablement diminuées, voire
irrémédiablement compromises.
S’occuper de patients tumoraux (tout spécialement bien sûr de ceux
atteints de maladies malignes) est un métier.
Il faut soit l’apprendre
correctement, soit y renoncer.
Ces patients relèvent d’équipes spécialisées multidisciplinaires.
Ces
équipes ne sont pas à l’abri du risque de mal faire,
inspiré d’un article de Mankin, montre bien le terrible danger qui
guette les patients de ceux qui veulent se comporter en autodidactes.
Il compare les erreurs et leurs conséquences selon que la prise en
charge de départ a été faite dans un centre spécialisé ou ailleurs.
Les conclusions ne sont pas difficiles à formuler :
– ou bien le médecin a une bonne expérience du sujet et a accès à
un réseau multidiscilinaire (chirurgie, imagerie, anatomie
pathologique, radiothérapie, chimiothérapie) ;
– ou bien il confie le patient à une équipe spécialisée, et ceci avant
même de le biopsier.
La sévérité de ces propos mérite toutefois d’être atténuée en ce qui
concerne les tumeurs bénignes (celles qui le sont de façon formelle,
celles qui sont connues pour n’avoir aucun risque de
dégénérescence).
Elles peuvent être traitées en dehors des centres
spécialisés, quitte à y avoir demandé préalablement avis ou conseil.
Diagnostic et biopsie
:
Voilà deux démarches intimement liées, capables du meilleur
comme du pire.
Du meilleur car bien exécutées, elles peuvent guérir
définitivement le malade, et du pire car mal effectuées, elles peuvent
le condamner totalement.
Il n’est pas inutile de rappeler que le diagnostic d’une tumeur
osseuse n’est pas l’affaire d’un seul examen, n’est pas l’affaire d’une
seule « fleur », fût-elle magnifique, mais bien d’un « bouquet »
d’arguments.
C’est une synthèse de l’interrogatoire, de l’examen
clinique, de l’imagerie, des examens de laboratoire et enfin, de
l’anatomopathologie.
Chacune de ces étapes conduisant au
diagnostic peut en effet être erronée et doit être contrôlée, confortée
ou réfutée par l’étape suivante.
Il est bien connu que si l’on peut parfois affirmer un diagnostic sur
le simple aspect radiologique, comme pour une exostose, comme
pour un hémangiome vertébral par exemple, le plus souvent la
radiologie ne renseigne pas sur l’histologie.
Et même l’histologie,
l’examen anatomopathologique, ne doit pas être considéré, ni
comme « parole d’Évangile », ni comme un verset du Coran, car un
diagnostic histologique erroné de chondrosarcome peut parfaitement
être redressé par l’interrogatoire du malade.
A - DÉMARCHES DIAGNOSTIQUES AVANT LA BIOPSIE
:
1- Interrogatoire
:
Il retrouve les circonstances de découverte, les modalités du début
de l’affection, la date d’apparition de la tumeur, la gêne qu’elle
entraînait.
On retrouve souvent un traumatisme comme cause
déclenchante.
Nous connaissons tous des cas de sarcome ostéogène
diagnostiqués histologiquement comme tels mais correspondant
seulement à un cal de fracture, diagnostic pourtant facile à redresser
par l’interrogatoire.
Il en est de même des appositions périostées
inquiétantes diaphysométaphysaires du tibia ou du métatarsien,
correspondant en fait à une fracture de fatigue (là encore, c’est
l’interrogatoire qui fait le diagnostic).
2- Examen clinique :
Il est tout aussi fondamental, renseignant sur l’oedème, le
gonflement, la localisation (métaphysaire, diaphysaire, articulaire),
la douleur, la chaleur, l’existence d’une fièvre, son évolution,
l’atteinte de l’état général.
3- Imagerie
:
Sous toutes ses formes, elle permet parfois d’affirmer, ou du moins
d’approcher le diagnostic.
Mais il faut se souvenir que même
l’imagerie la plus moderne n’apporte pas le diagnostic histologique.
* Données radiologiques :
Les données radiologiques standards de face et de profil, parfois de
trois quarts, permettent d’évoquer des arguments de bénignité ou
de malignité.
L’ostéolyse massive à contours flous, corticale rompue,
faible ostéogenèse périphérique, éperon de Codman, indiquent la
malignité.
Au contraire, l’ostéolyse à contours bien dessinés, bien
cernés périphériquement avec forte ostéogenèse réactionnelle
constructive péritumorale fait plutôt penser à une lésion bénigne,
mais rien n’est pathognomonique et toutes les formes de passage
existent entre les deux entités.
Tel aspect à la fois lytique et condensant d’une extrémité supérieure
du fémur chez un enfant ne doit pas faire oublier de faire pratiquer
un examen du squelette complet, à la recherche d’une lacune
crânienne faisant soupçonner une histiocytose langheransienne, dont
la preuve histologique est plus facilement apportée par la biopsie de
la lacune crânienne qui a l’avantage de ne pas laisser de cicatrice
visible.
Ailleurs, c’est devant le soupçon d’une ostéose
parathyroïdienne que le squelette complet prouve les localisations
multiples.
Il est parfois des examens radiologiques qui, ayant un aspect
tellement caractéristique, vont aider au diagnostic histologique
parfois difficile tel que le sarcome juxtacortical ou le chondrosarcome
périosté, ou la myosite ossifiante post-traumatique.
Ceci pour bien montrer que l’examen radiologique, au moins
standard, bien effectué, doit toujours être l’accompagnateur du
prélèvement biopsique.
Il va en potentialiser les effets et rendre le
travail de l’anatomopathologiste plus cohérent.
* Imagerie par résonance magnétique (IRM)
:
Avec ses deux variantes T1 et T2, c’est l’examen aujourd’hui
quasiment obligatoire pour toute tumeur osseuse suspecte de
malignité.
L’IRM permet non seulement d’examiner la région
tumorale elle-même, mais aussi ses relations avec les secteurs
environnants (vasculonerveux, articulaires, musculaires).
Pour l’os
lui-même, elle permet de cerner les relations de la tumeur avec les
cartilages de croissance, le canal médullaire (en particulier son
envahissement et l’existence ou non de skip-métastases, à condition
bien sûr que l’examen intéresse, comme cela doit être, la totalité de
l’os).
Elle permet une étude locale qui va guider au mieux la biopsie
et elle doit donc si possible toujours être effectuée avant celle-ci.
Elle
aide beaucoup aussi les chirurgiens et thérapeutes en donnant la
situation spatiale de la lésion par rapport aux repères anatomiques.
Elle permet de faire des mesures exactes des zones à réséquer, en
particulier leur longueur.
Pour les localisations des os plats, rachidiennes par exemple, l’IRM
est obligatoire pour avoir une idée précise de l’envahissement et de
l’extension à la fois intracanalaire et périrachidienne, pelvienne par
exemple, pour l’extension juxta- et péricotyloïdienne, juxta- et
périviscérale.
Sous l’influence du traitement chimiothérapique préopératoire, elle
permet enfin de juger de la diminution du volume tumoral ou de
son extension, tout ceci sans préjuger bien évidemment de l’efficacité
oncologique du traitement.
Il faut se rappeler que l’IRM n’est pas
un marqueur de la cellule tumorale, mais ne mesure que les
variations de teneur en eau des tissus explorés.
* Tomodensitométrie (TDM)
:
La TDM, qui a précédé historiquement l’IRM, garde encore son
intérêt, localement surtout, pour permettre des reconstructions
tridimensionnelles des lésions tumorales, en particulier dans leur
localisation pelvienne, qui sont fort utiles lorsque l’exérèse et la
reconstruction sont envisagées.
Enfin, dans quelques indications
d’arthroscanner, elle peut supplanter en définition l’IRM pour
certaines chondromatoses synoviales par exemple.
Sur le plan général, la TDM est largement utile pour détecter
l’extension pulmonaire des tumeurs malignes et son emploi doit être
quasi systématique pour la localisation et le diagnostic des
métastases pulmonaires, dès le moindre soupçon sur la radiographie
pulmonaire standard, effectuée elle aussi systématiquement dans la
surveillance.
* Scintigraphie osseuse
:
Elle possède toujours un intérêt, d’une part pour explorer le
squelette tout entier de l’individu à la recherche d’extensions
multiples comme dans la recherche des métastases osseuses des
sarcomes ostéogènes ou des neuroblastomes, des sarcomes
neuroectodermiques par exemple, des localisations multiples
d’histiocytose langheransienne (encore que, pour ces dernières, la
scintigraphie ne fixe pas toujours).
Elle permettrait aussi de vérifier
l’indice d’activité de certaines lésions réputées bénignes
(chondromes, exostoses, myosite ossifiante).
En fait, elle ne mesure que les réactions d’ostéogenèse ; elle n’est pas spécifique, et bien
qu’utilisée parfois pour essayer d’apprécier l’efficacité de la
chimiothérapie, elle n’est pas encore une fois un marqueur de la
cellule maligne.
Les confrontations « scintigraphie/anatomopathologie
» n’ont pas apporté de facteur pronostique décisif sur le
plan oncologique.
* Artériographie :
Elle n’est plus utilisée que par quelques équipes devant les progrès
de la résonance magnétique nucléaire, voire l’angio-IRM.
Personnellement, nous l’utilisons toujours avec deux incidences, de
face et de profil.
Elle renseigne précisément sur les relations tumeurs-vaisseaux sanguins, faisant préparer parfois une éventuelle
résection artérioveineuse et un pontage lors des exérèses où les
vaisseaux sont refoulés et écrasés de manière trop importante, plutôt
que de faire des exérèses risquant d’être contaminées, comme cela
est particulièrement fréquent au trépied poplité (artères tibiale
postérieure, tibiale antérieure, péronière), dans les localisations
péronières supérieures évoluées, par exemple.
Elle permet donc de se préparer mentalement à la chirurgie
d’exérèse de la manière la plus utile pour le malade.
Enfin, dans les cas où un shunt précoce artérioveineux est constaté,
elle permet de soupçonner des emboles tumoraux veineux, présages
d’un résultat lointain oncologiquement péjoratif puisque démontrant
l’atteinte intraveineuse, donc le début potentiel d’une diffusion à
distance.
4- Examens paracliniques de laboratoire
:
L’altération de la numération formule sanguine permet parfois de
faire soupçonner le diagnostic de leucose qui est confirmé par une
ponction de moelle.
Souvent, il ne montre que des signes
inflammatoires banals (accélération de la vitesse de sédimentation
[VS] ou de la C reactive protein [CRP] parfois considérablement
augmentée), éléments en faveur d’un sarcome d’Ewing ou d’un
lymphome.
Parfois, l’augmentation considérable des phosphatases
alcalines sériques conforte un diagnostic supposé de sarcome
ostéogène, alors qu’un taux élevé de lacticodéshydrogénase oriente
plutôt vers celui d’un sarcome d’Ewing, mais en réalité ces
perturbations sont insuffisantes pour affirmer biologiquement le
diagnostic.
Dans certains cas, en revanche, la détection de protéines
monoclonales affirme le plasmocytome et les augmentations
considérables des catécholamines affirment aussi les métastases
osseuses d’un neuroblastome.
Ailleurs, les anomalies
phosphocalciques mènent au diagnostic d’ostéose parathyroïdienne.
B - INDICATIONS DE LA BIOPSIE
:
La conclusion de ces démarches diagnostiques cliniques, paracliniques et radiologiques, permet parfois un diagnostic
pathologique très probable, précise la localisation tridimensionnelle
de la lésion et amène à la stratégie thérapeutique.
1- Devant des arguments suffisants pour un diagnostic
probable de bénignité :
– La décision peut être une abstention complète avec simple
surveillance si le diagnostic est certain et s’il n’y a pas de risques de
fragilité osseuse.
C’est le cas par exemple de certaines lacunes
corticales métaphysaires bénignes ou fibromes non ossifiants.
– La décision peut être d’intervenir d’emblée, sans biopsie
préalable :
– c’est le cas d’un kyste essentiel où la ponction montre un liquide
clair et où le traitement local est laissé à l’habitude du chirurgien.
Bien sûr, si celui-ci ouvre la lésion chirurgicalement, il en profite
pour conserver un fragment à visée biopsique diagnostique ;
– c’est aussi le cas d’une lésion du col talien, ou une lésion de la
jonction « lame-épineuse » ou d’une lésion hyperfixiante à la
scintigraphie du col fémoral, tous cas où le diagnostic
radiologique clinique est certain d’être un ostéome ostéoïde qui,
réséqué en bloc par diverses méthodes, a son produit d’exérèse
envoyé en totalité au laboratoire d’anatomopathologie,
accompagné des documents radiographiques pour confirmation
histologique du diagnostic : c’est l’exérèse-biopsie ;
– il en est de même, par exemple, devant une exostose
ostéogénique dont on fait l’exérèse et dont la totalité de la pièce
est envoyée à l’anatomopathologie avec la radiographie
correspondante pour confirmation du diagnostic.
On pourrait
prolonger la liste.
2- Devant des arguments suffisants pour un diagnostic
de malignité très probable
:
La biopsie est indispensable pour typer exactement la tumeur, savoir
quelle est sa nature exacte, ce qui permet de voir si elle est sensible
à une chimiothérapie.
Bref, la biopsie est l’étape obligatoire avant
toute décision de stratégie thérapeutique d’une tumeur supposée
maligne.
3- Arguments cliniques et radiologiques
:
S’ils sont tels que l’on demeure dans le doute entre la bénignité et la
malignité, c’est l’indication formelle de la « biopsie d’abord » pour
étayer le diagnostic supposé sur des arguments anatomopathologiques.
Faire trop de biopsies est moins dangereux que de ne pas en faire
assez.
Dans le doute, « biopsie d’abord » doit être un leitmotiv, et il
n’est que de constater le nombre de catastrophes humaines avec
décès des malades qui sont dues à ce manquement fondamental
pour en être définitivement convaincus (sarcomes d’Ewing
considérés et traités comme ostéomyélites, sarcomes télangiectasiques considérés comme kystes osseux anévrismaux et
traités comme tels, vertebra plana considérée comme granulome
éosinophile et en fait Ewing, etc).
J’avais il y a une dizaine d’années, rapporté dans un congrès de
chirurgie orthopédique 16 cas de telles erreurs : sur les 16 malades,
il ne subsiste actuellement qu’un seul survivant.
Malheureusement,
malgré ces enseignements, de telles erreurs, qu’il faut plutôt appeler
fautes, persistent et il serait souhaitable qu’elles disparaissent.
C - BIOPSIE POUR TUMEURS OSSEUSES
:
1- Notions fondamentales souvent oubliées
:
C’est un acte chirurgical de première importance qui doit être
exécuté et réussi du premier coup car tout le programme
thérapeutique en dépend.
« Les biopsies blanches font les séries
noires » ai-je l’habitude de dire à mes internes.
L’anatomopathologiste ne peut interpréter que ce qu’il voit.
N’oublions pas que sa réponse ne doit pas être considérée comme
« parole d’Évangile ».
Il faut donc que nous mettions notre collègue
anatomopathologiste dans les meilleures conditions possibles pour
rendre son interprétation la plus exacte, d’où l’impérieuse nécessité :
– de la qualité du prélèvement adressé au laboratoire accompagné
d’un résumé de l’histoire clinique, de la radiographie originale la
plus parlante, du schéma de la zone de prélèvement ;
– d’un contact direct entre chirurgien et pathologiste chaque fois
que possible.
C’est pour cela que souvent, sinon toujours, après entente avec
l’anatomopathologiste, il est préférable d’envoyer le prélèvement
orienté dans du liquide de culture type RPMI qui a l’avantage de ne
pas détruire les cellules (comme cela se produit avec le formol à
10 % ou le Bouin).
Ainsi, le pathologiste peut étudier les tissus
encore vivants, il peut réaliser de la cytogénétique s’il le souhaite,
étudier les marqueurs immunohistochimiques, garder un fragment
en congélation, faire des étalements sur lame.
Parfois, il peut
réclamer qu’un fragment soit directement inclus dans la glutaraldéhyde pour microscopie électronique, etc.
La rigueur intellectuelle est aussi fondamentale.
Il ne faut pas
disperser les prélèvements d’un même malade dans plusieurs
laboratoires : c’est une faute grave pour le diagnostic, car la tumeur
peut ne pas être homogène.
Tel fragment peut contenir des tissus
sains, un autre des tissus nécrosés ininterprétables.
Au contraire, il
faut donner tout au même laboratoire qui ensuite se charge de faire
circuler les lames et les blocs si le diagnostic est trop difficile à
établir.
2- Technique de la biopsie pour tumeur osseuse
:
* Biopsie à l’aiguille fine :
Elle ne donne que des prélèvements pour la cytologie, n’est
réalisable que lorsque la tumeur est « molle », peut permettre un frottis-étalement sans possibilité diagnostique de certitude.
Son
intérêt réside dans la confirmation d’une récidive locale lorsqu’elle
montre des cellules malignes.
Elle permet aussi dans certains cas de
faire la cytogénétique.
* Biopsie au trocart
:
Il existe plusieurs modèles (Mazabraud, Laredo, etc).
Elle est utile
partout, mais principalement au rachis.
Elle réclame un opérateur
entraîné à ce niveau en s’aidant de la TDM pour guider
correctement.
Quoi qu’il en soit, il faut être sûr de son prélèvement,
avoir une « carotte » suffisante pour l’interprétation et ne pas donner
que du sang coagulé.
Il faut enfin que le laboratoire
d’anatomopathologie soit suffisamment entraîné aux petits
prélèvements de 2 ou 3 mm de diamètre.
Cela réduit bien sûr le
traumatisme chirurgical, la dissémination tumorale, les risques
d’infection, etc.
Il n’empêche que là encore, le trajet doit être excisé
avec la lésion lors de l’exérèse en bloc, d’où l’intérêt d’un repérage
indélébile et de ne pas tâtonner lors de la ponction pour atteindre la
lésion en réalisant de multiples trajets.
* Biopsie à ciel ouvert :
C’est finalement la plus fréquemment utilisée, surtout lorsque les
anatomopathologistes la réclament pour obtenir une quantité de
tissu tumoral bien interprétable.
Encore faut-il savoir que c’est la
tumeur vivante et non nécrosée qu’il faut leur donner, que souvent
le « mou » est beaucoup plus utile que le « dur » et qu’il ne faut pas
risquer une fragilisation osseuse avec possibilité de fracture pour, à
tout prix, prélever un morceau d’os, alors que la tumeur des parties
molles bien vivante permet un diagnostic meilleur et plus rapide à
obtenir, car ne réclamant que peu ou pas de décalcification
technique.
Avant de pratiquer l’incision, il faut toujours penser au chirurgien
qui risque de passer après vous pour réaliser la résection tumorale.
Dans l’idéal, les deux gestes doivent être réalisés par le même
opérateur.
Il faut donc placer le trajet biopsique bien dans l’axe de
la cicatrice qui servira à l’exérèse car ce trajet doit être emporté en
monobloc avec la pièce de résection.
Il faut donc choisir une incision
rectiligne dans l’axe du membre, avec accès le plus direct possible à
la tumeur en « transmusculaire » et en évitant bien sûr les axes
vasculonerveux, d’où l’intérêt de l’IRM avec coupes transversales
effectuées avant la biopsie.
Chaque fois que possible, il faut
utiliser un garrot sans bande d’Esmarch pour bien prélever de la
tumeur vivante et pas de la nécrose.
Par exemple, pour une tumeur
de l’os iliaque, plutôt que de passer directement droit devant avec
risque de pénétrer dans l’espace sous-péritonéal, il est beaucoup
plus sage de passer en sous-périosté, sous le muscle iliaque, par une incision sur la crête iliaque pour rejoindre la face supérieure ou
interne du cotyle, en sachant que lors de l’exérèse, d’une part le
trajet biopsique est facilement excisé dans le trajet de l’incision ilioinguinale,
et que d’autre part, le muscle iliaque et le périoste collant
sur l’os iliaque ont fait une barrière à la dissémination tumorale.
Il faut prendre un petit cube de tumeur, plutôt latéralement qu’au
centre de la tumeur où la nécrose est souvent plus grande.
Il ne faut jamais oublier de faire aussi un prélèvement
bactériologique.
Il faut éviter d’écraser le fragment avec une pince,
il faut le prendre délicatement et le porter dans le flacon avec la
curette.
C’est la responsabilité de l’anatomopathologiste de faire le
dispatching du prélèvement dans les divers milieux qu’il souhaite,
c’est celle du chirurgien préleveur de lui donner du tissu vivant non
abîmé, non desséché par un intempestif séjour prolongé à l’air libre
(si le laboratoire est proche de la salle d’opération, il faut envoyer
sans délai le prélèvement « à l’état frais » sans liquide de fixation).
Le transport au laboratoire doit être le plus bref possible, d’où
l’« entente préalable » directe entre chirurgien et pathologiste.
Ceci
est fondamental.
La fermeture est aussi étanche que possible, parfois en scellant la
cavité biopsique par un petit bloc de ciment, de manière à éviter la
dissémination tumorale et l’hématome : le drainage placé de manière
à ce que son trajet n’intéresse pas de nouvelles structures pouvant
être conservées (trajets vasculonerveux, cavités articulaires, etc) et
puisse facilement être excisé avec la pièce d’exérèse en bloc.
Bien sûr, en fonction de la localisation de la tumeur, il est quelques
cas particuliers :
– lorsque la lésion est profonde, intraosseuse, il faut bien sûr
trépaner l’os après un excellent repérage radioclinique peropératoire.
Là, il faut éviter de fragiliser l’os en évitant tous les angles vifs
corticaux ;
– au rachis, la tactique est encore différente selon la probabilité
diagnostique, la localisation et l’extension tumorales.
Pour une
localisation corporéale accessible à la ponction-biopsie au trocart
avec TDM, c’est l’indication de choix faite par le radiologue ou le
chirurgien lui-même (les deux acteurs étant dans l’idéal présents),
évitant une thoracotomie ou une lombotomie beaucoup plus
délabrante et invasive oncologiquement.
Noter que la thoracoscopie
n’est pas une bonne indication pour biopsier une tumeur risquant
d’être maligne, car l’ensemencement de toute la cavité pleurale est
inévitable.
De même, si la ponction corporéale au trocart n’est pas
possible, il faut penser à la voie transpédiculaire, parfois percutanée,
guidée par TDM pour aborder de manière peu délabrante le corps
vertébral (parfois réalisée à ciel ouvert, mais alors beaucoup plus
invasive oncologiquement puisque obligeant à disséquer et écarter
les masses musculaires) ;
– pour une localisation sur l’arc postérieur, s’il s’agit d’une lésion
présumée bénigne très localisée comme un ostéome ostéoïde, c’est
l’exérèse en bloc qui est effectuée d’emblée, avec ou sans
reconstruction immédiate, le contrôle biopsique étant effectué
secondairement ;
– s’il s’agit d’une lésion étendue, la ponction-biopsie au trocart ou à
ciel ouvert est la meilleure façon de procéder.
Il faut se rappeler enfin que pour toute biopsie, quel que soit le
niveau, si la lésion est présumée très hémorragique, il faut être prêt
(en particulier dans les localisations où l’hémostase préalable par
garrot ne peut être utilisée [tronc ou racine des membres]) à fermer
en « catastrophe », seule la compression directe créée par la
fermeture musculaire étant capable d’arrêter l’hémorragie, et donc
pour cela avoir prêts avant d’inciser sur la table, aiguille et fil.
Enfin, lorsqu’il s’agit d’une lésion telle un sarcome d’Ewing ou une
lésion supposée neuroectodermique ou qui risque de présenter un
envahissement ou une extension généralisée à la moelle osseuse, des
prélèvements systématiques de moelle osseuse sont effectués par
ponction de divers sites (crêtes iliaques, sternum, métaphyse), ainsi
que deux carottes d’os spongieux de la crête iliaque, de telle sorte
qu’une analyse précise de la moelle osseuse puisse être effectuée.
* Biopsie extemporanée :
Elle est très utilisée dans certaines équipes.
Elle a beaucoup moins
d’indications pour les tumeurs osseuses que pour les tissus mous.
Elle permet le plus souvent, malgré la qualité des techniques
actuelles (cryostats modernes, microtomes), de ne donner qu’une
orientation diagnostique et non d’affirmer un diagnostic
histologique précis.
Elle permet de dire si le prélèvement est
représentatif, de bonne qualité, tissu vivant mais sans plus, et nos
anatomopathologistes osseux ne signent leur compte rendu qu’après
la technique conventionnelle.
Enfin, un sujet controversé : il n’a jamais été prouvé que la biopsie
d’une tumeur maligne augmente le risque de dissémination.
Les
métastases infracliniques existaient avant la biopsie.
D - CONCLUSION
:
Le diagnostic d’une tumeur osseuse réclame plusieurs étapes
successives dont chacune peut être une source d’erreur.
Si une étape
manque, si on ne rassemble pas tous les différents renseignements
pour les confronter les uns aux autres, on risque d’entrer dans du
« flou » qui est préjudiciable pour le malade et pour l’équipe
soignante.
C’est le dialogue permanent entre les différents acteurs
qui permet d’aboutir au diagnostic le plus proche possible de la
vérité.
Enfin, il faut se rappeler que malgré les progrès considérables
effectués, le marqueur biologique de la cellule maligne n’existe
toujours pas, et ce manque justifie toute la rigueur technique et
intellectuelle nécessaire à l’établissement d’un diagnostic le plus
précis possible, mais qui reste toujours à la merci de l’erreur
humaine qu’il faut tendre à amener à zéro.
Nomenclature, classification,
anatomopathologie :
A - INTRODUCTION :
Aborder des problèmes de terminologie aboutissant à une
classification revêt un caractère quelque peu austère pour le
clinicien, mais il s’agit avant tout d’élaborer et d’utiliser un langage
commun et reproductible dans le contexte pluridisciplinaire d’une
telle pathologie.
Le support officiel d’une telle classification est
représenté par la monographie de l’Organisation mondiale de la
santé (OMS), réflexion d’un groupe international de pathologistes,
et dont la dernière version date de 1993.
Fondé sur des critères
histologiques de différenciation et parfois sur des notions plus
récentes d’immunohistochimie, son canevas reflète en grande partie
les travaux anciens de Lichtenstein et de Jaffé.
Une telle référence n’est cependant pas exempte de critiques :
imprécisions de certaines rubriques, entités actuellement discutables,
omissions de certaines formes topographiques ou évolutives, parfois
absence de corrélation terminologique avec les recrutements des
grandes institutions.
Quelques affections sont le propre de la pathologie pédiatrique, mais
le plus souvent les différences avec la pathologie de l’adulte ne
reflètent que des notions de fréquence.
Par ailleurs, la sélection
des lésions pseudotumorales est obligatoirement arbitraire et
variable d’une source de référence à une autre.
Deux concepts régissent la plupart des classifications de tumeurs :
l’histogenèse et la différenciation.
L’histogenèse se réfère aux cellules
ou au tissu dont serait issu un clone tumoral ; seules quelques entités
tumorales osseuses ont un support histogénétique présumé.
La
différenciation représente le degré de similitude plus ou moins
achevé avec un tissu normal de l’organisme, sous la dépendance du
groupe de gènes que la cellule tumorale est susceptible de
transcrire.
Elle peut être cellulaire et/ou se traduire par une matrice produite par la tumeur.
Une telle différenciation pour les
sarcomes est variable dans le temps, sous la dépendance
vraisemblable de l’instabilité génétique et du microenvironnement
tissulaire.
Ainsi, la notion de dédifférenciation de plus en plus usitée
pour les sarcomes de bas grade répond à une progression tumorale
où d’autres types histologiques apparaissent par mutations
génétiques des cellules-souches.
Une telle instabilité a des conséquences majeures pour le traitement
et le pronostic, et doit être en filigrane dans toute classification.
À
titre d’exemple, un chondrosarcome n’est pas obligatoirement issu
du cartilage de voisinage et peut présenter, dans ses récidives ou ses
métastases, un profil histologique d’ostéosarcome.
B - COMMENTAIRES :
Nous complétons le tableau proposé par quelques commentaires
ayant trait, pour certaines rubriques, à des termes discutables, à des
termes à expliciter, ou à des entités dont la fréquence ne justifie pas
l’inclusion dans une classification générale.
Parmi les tumeurs bénignes ostéoformatrices, il convient de discuter des
ostéoblastomes dits agressifs (ostéoblastomes malins).
Une telle entité, individualisée il y a une vingtaine d’années, se marquerait
par l’importance de l’ostéolyse et une cytologie particulière
(ostéoblastes épithélioïdes), sans activité mitotique ni potentiel
métastatique.
Or, différents recrutements récents permettent de
préciser qu’il n’existe aucun critère histologique à visée pronostique.
De très rares ostéoblastomes subissent une transformation maligne,
d’autres sont des sarcomes radio-induits ou des erreurs
diagnostiques.
Le terme le plus simple, ostéosarcome, est le plus adéquat pour une
tumeur maligne ostéoformatrice complexe, celui de sarcome
ostéogénique est erroné, celui de sarcome ostéogène n’a eu que peu
d’audience.
L’ostéosarcome est défini par l’identification
d’ostéoblastes sarcomateux et la production d’os tumoral.
Peuvent
s’y associer des plages cartilagineuses ou fibroblastiques parfois
prédominantes, d’où la distinction de formes ostéoblastiques,
chondroblastiques, fibroblastiques, proposée par Dahlin et largement
adoptée.
Le terme de sarcome squelettogène, imprécis, doit être
abandonné.
Parmi les formes cytologiques et histologiques inhabituelles d’un tel
type de sarcome, il convient de mentionner les rares formes
pourvues de cellules claires, riches en cellules géantes ou présentant
focalement une différenciation musculaire, voire même épithéliale.
Le terme d’ostéosarcome de surface est de plus en plus adopté
comme générique recouvrant les ostéosarcomes parostéaux ou
juxtacorticaux développés à la surface du périoste, les ostéosarcomes
périostés issus des couches profondes du périoste et les
ostéosarcomes de haute malignité, les plus rares, homologues des
ostéosarcomes habituels.
Les ostéosarcomes intracorticaux
constituent la forme topographique la plus rare, mais leur existence
mérite d’être rappelée car l’imagerie est parfois trompeuse.
Le concept d’ostéosarcomatose recouvre l’apparition synchrone ou
métasynchrone de plusieurs sites tumoraux.
Pour nombre d’auteurs,
il s’agirait d’une diffusion métastatique issue d’une tumeur osseuse
dominante.
Si l’on envisage les tumeurs bénignes cartilagineuses, le terme
d’enchondroma protuberans désigne un enchondrome de
développement excentrique, simulant une exostose, celui de
« calcifying enchondroma » des lésions s’étendant sur une grande
étendue du canal médullaire, nécrotiques, calcifiées et bénignes.
Il n’est guère raisonnable, comme le mentionne la classification de
l’OMS, de mettre en exergue le terme de chondroblastome malin.
Quelques tumeurs sont localement très agressives ; d’autres,
inhabituelles, se grèvent d’« implants pulmonaires » ou cutanés ;
certaines représentent des sarcomes radio-induits.
La transformation
maligne de novo est rarissime.
De même, le terme de chondroblastome malin est parfois employé
comme synonyme d’une forme particulière de chondrosarcome, le
chondrosarcome à cellules claires.
En dépit de similitudes
topographiques et cytologiques focales, ces deux entités sont
distinctes.
Le qualificatif de myxoïde appliqué aux chondrosarcomes mérite d’être
explicité, car il est souvent appliqué à tort à d’autres formes de
sarcomes (exceptionnels sarcomes chordoïdes de structure
histologique différente mais voisins des chondrosarcomes myxoïdes
des tissus mous).
Il représente des chondrocytes stellaires épars dans
une mucosubstance abondante et il est assimilé à un grade II.
Les
chondrosarcomes dits borderline se traduisent aux os longs par des
érosions corticales, mais la cytologie reste quiescente.
Le terme d’histiocytofibrome bénin répond à une tumeur dont la
structure histologique est celle d’un fibrome non ossifiant, mais les
données cliniques (âge, douleurs), ainsi que la topographie, sont
différentes.
Quant aux fibromes non ossifiants, en dépit de
l’ostéolyse souvent importante et du caractère multicentrique de
certains cas, ils sont envisagés pour beaucoup comme des processus
réactionnels.
Aux fibromes desmoïdes peuvent être rattachées les fibromatoses
congénitales et les myofibromatoses infantiles, ainsi que leurs formes
solitaires.
Le terme anglo-saxon impropre de desmoïde périosté ne
répond pas à une tumeur, mais au syndrome des irrégularités
corticales.
Si l’on excepte les hémangiomes et les angiosarcomes avérés, les tumeurs
vasculaires engendrent des corrélations difficiles entre l’histologie,
l’ostéolyse, le caractère multicentrique et le potentiel métastatique
éventuel.
Il est admis que le terme d’hémangioendothéliome
répond à des tumeurs d’évolutivité incertaine.
Il en est de
même des hémangiopéricytomes.
Le qualificatif d’épithélioïde ou
d’histiocytoïde s’applique à une cytologie particulière propre à
certains hémangiomes, hémangioendothéliomes et angiosarcomes, et
source de difficultés diagnostiques.
Ces dernières sont accrues par
une terminologie inhabituelle parfois employée (tumeur angioglomoïde, angioblastome myxoïde, angioblastomatose
myxoïde).
Le cadre des tumeurs nerveuses, grâce notamment aux techniques immunohistochimiques, évolue : identification de tumeurs
inhabituelles en localisation osseuse (schwannomes mélanotiques,
schwannomes malins, ganglioneuromes, épendymomes
myxopapillaires au sacrum).
Le terme de mésenchymome fibrocartilagineux proposé par les
pathologistes de la Mayo Clinic et de l’institut Rizzoli ne répond à
aucun cadre nosologique précis, comme le discute Mirra, mais à
plusieurs entités tels des fibrosarcomes de faible malignité, des
tumeurs desmoïdes ou des dysplasies fibreuses disséquant le
cartilage épiphysaire qui prolifère.
L’histogenèse des adamantinomes répond très vraisemblablement à une
inclusion épithéliale vestigiale.
Le terme est purement descriptif et
n’a aucun rapport avec les améloblastomes mandibulaires ou
maxillaires.
Il est utile de mentionner que certaines tumeurs, par
leur cytologie, peuvent simuler des sarcomes d’Ewing.
Les adamantinomes différenciés ou « juvéniles » comprennent une
ostéogenèse satellite similaire à une ostéofibrodysplasie.
Ces aspects
sont interprétés pour certains comme une involution tumorale, mais
cette notion est des plus discutées.
Les chordomes sont issus de vestiges ectopiques de la notochorde
(ecchordose physaliphore).
Certaines tumeurs, surtout à la base du
crâne, présentent des secteurs chondroïdes (chordomes chondroïdes)
et engendrent des difficultés diagnostiques avec des
chondrosarcomes avérés.
Des tumeurs très rares des tissus mous
répondent au terme de parachordomes ; elles sont tout aussi
exceptionnelles en localisation osseuse et présentent un profil
ultrastructural et immunohistochimique particulier.
Le terme générique de tumeur à cellules géantes, si familier, est pourtant
tout à fait impropre.
Cette entité anatomoclinique est issue de la
prolifération de cellules conjonctives mononucléées ayant la capacité
inhabituelle de recruter et d’établir des liens fonctionnels avec des
cellules géantes qui sont réactionnelles, sans capacité de prolifération
et avec le profil immunohistochimique d’ostéoclastes.
Les termes
d’ostéoclastome ou de tumeur à myéloplaxes sont à proscrire.
Une forme particulière de substance ostéoïde ressemblant à du
cément est fréquente dans le fond des kystes essentiels ou solitaires.
Elle peut être prédominante chez l’adolescent ou l’adulte,
apparaissant à l’imagerie comme une lésion pleine calcifiée.
Le
terme de cémentome a été proposé pour ces formes particulières ; il
n’est pas justifié.
On mentionne aussi le terme plus récent et plus
approprié de « kyste solitaire calcifiant ».
Le terme de kyste anévrismal est impropre, car ce n’est pas un kyste
au sens strict du terme, ni un anévrisme.
Pour un tel processus
réactionnel, engendré vraisemblablement par des perturbations de
la microcirculation osseuse, le terme de kyste hématique osseux
multiloculaire a été proposé, sans grand succès.
Les formes dites
« solides » sont des lésions non kystiques mais dont l’histologie
reproduit les différentes composantes des septa (tissu fibreux ou
fibrohistiocytaire floride riche en cellules géantes réactionnelles).
Au terme habituel de granulome éosinophile, il est actuellement proposé
d’utiliser celui de granulomatose ou d’histiocytose à cellules de
Langerhans reflétant beaucoup mieux les multiples notions
histoenzymologiques et immunohistochimiques qui aboutissent au
concept d’une prolifération de cellules langerhansiennes issues du
système des cellules dendritiques hématopoïétiques.
Qui aura assez d’audience pour modifier le terme de dysplasie fibreuse,
pourtant partiellement inadéquat ?
Les altérations génétiques d’une
telle affection ont été récemment précisées et leur importance est
fondamentale pour la compréhension d’une telle affection qui
concerne avant tout des altérations des cellules souches de la lignée ostéoblastique.
Certains termes intéressent des variantes
morphologiques.
Le nom de fibrous dysplasia protuberans signifie des
lésions de développement excentrique, simulant même une lésion
osseuse de surface.
Celui de liposclerosing myxofibrous tumors est
appliqué à des lésions de la métaphyse fémorale proximale où les
remaniements secondaires sont très complexes.
La composante
cartilagineuse parfois prédominante et issue du cartilage épiphysaire
est décrite sous les termes de dysplasie fibrocartilagineuse ou de
fibrochondrodysplasie.
Enfin, l’ostéogenèse de la dysplasie fibreuse
peut revêtir l’aspect de sphérules calcifiées et les noms proposés sont
multiples et parfois déroutants.
Pour toutes ces raisons, il appartient
au pathologiste de proposer le simple terme de dysplasie fibreuse.
L’ostéofibrodysplasie ou dysplasie ostéofibreuse du tibia et du péroné,
terme proposé par Campanacci, remplace l’ancienne entité de
fibrome ossifiant des os longs.
En dépit de quelques différences
cliniques, topographiques, radiologiques et histologiques, il apparaît
que cette lésion doit être considérée comme une variante corticale
d’une dysplasie fibreuse et le terme d’ostéofibrodysplasie corticale
mérite d’être retenu.
C - CONCLUSION :
Au terme de ces quelques remarques, il convient de s’interroger sur
la validité d’une telle classification fondée avant tout sur des
techniques ancillaires cytologiques et histologiques.
En dépit de
données souvent fondamentales issues de l’immunohistochimie, de
la cytogénétique et de la biologie moléculaire, aucune de ces
approches ne permet à court terme de proposer une classification
différente.
Quelques publications récentes engendrent en outre une
certaine perplexité, tels des adamantinomes indubitables au plan
histologique, ultrastructural et immunohistochimique, et assimilés à
des sarcomes d’Ewing au plan de la cytogénétique et de la biologie
moléculaire.