Tumeurs primitives des nerfs périphériques Cours de l'appareil locomoteur
Classification
:
De nombreuses classifications sont encore aujourd’hui utilisées, ce
qui témoigne encore des controverses persistantes relatives aux
aspects nosologiques des tumeurs nerveuses périphériques et des
difficultés du diagnostic anatomopathologique de certaines formes.
La classification des tumeurs nerveuses périphériques qui est
proposée tient compte de l’origine présumée des cellules tumorales,
déterminée par le phénotype qu’elles expriment, et représente la
synthèse de diverses classifications de Birch, d’Enzinger, de
Mackinnon et Dellon, de Rosenberg, Dick et Botte, et de
Seddon.
Nous écartons volontairement de ce cadre nosologique
d’une part les processus réactionnels traumatiques ou microtraumatiques comme les névromes post-traumatiques, les
pseudonévromes en amont d’une compression et le névrome de
Morton, et d’autre part les tumeurs métastatiques des nerfs
périphériques.
Physiopathologie et épidémiologie :
A - TUMEURS PRIMITIVES SOLITAIRES
DES NERFS PÉRIPHÉRIQUES :
L’incidence des tumeurs primitives des nerfs périphériques solitaires
est faible.
Ces tumeurs sont surtout observées à l’âge adulte et le
sont rarement chez l’enfant.
Trojanowski décrit 24 tumeurs malignes
et 607 tumeurs bénignes des enveloppes nerveuses sur
25 000 biopsies analysées.
Même si globalement l’incidence des
tumeurs primitives solitaires des nerfs périphériques est un peu plus
importante aux membres supérieurs, ces tumeurs représentent
moins de 5 % des tumeurs de l’avant-bras et de la main.
Le schwannome est la tumeur nerveuse périphérique solitaire la plus
fréquente.
B - TUMEURS PRIMITIVES MULTIPLES
DES NERFS PÉRIPHÉRIQUES :
1- Neurofibrome :
L’existence de neurofibromes multiples fait évoquer le diagnostic de
neurofibromatose (NF).
En dehors des NF de types 1 et 2, d’autres
formes tendent à être individualisées actuellement.
Leur
démembrement est en cours et nous ne ferons qu’insister sur la
forme où la présence de neurofibromes multiples est la plus
caractéristique : il s’agit de la NF de type 1 (NF-1) ou de von
Recklinghausen.
* Neurofibromatose de type 1 :
La NF-l correspond à la forme classique décrite par von
Recklinghausen en 1882.
Il s’agit d’une anomalie congénitale du
développement embryonnaire intéressant notamment les dérivés de
la crête neurale, à hérédité autosomique, à forte pénétrance et
traduction clinique très variable.
Le gène responsable est sur le
chromosome 17q.
On a estimé son incidence à 1/4 000 individus, ce
qui place la NF-l parmi les troubles génétiques les plus fréquents de
l’espèce humaine.
Le taux de mutations spontanées étant très élevé
(30 à 50 % de personnes atteintes correspondent à de nouvelles
mutations), on parvient à un taux de mutations calculé d’environ
1/10 000, près de 100 fois plus élevé que le taux de mutations
habituel pour un locus simple.
Sur le plan clinique, la NF-l est caractérisée par de multiples taches
« café au lait » et de très nombreux neurofibromes cutanés,
ainsi que des zones de pigmentation de l’iris (nodules de Lisch).
S’y
associent souvent des tumeurs et/ou des hamartomes gliaux
encéphaliques ou des voies optiques, un déficit intellectuel modéré
et parfois une hydrocéphalie.
Des neurofibromes tronculaires ou
radiculaires sont fréquents, mais rarement des nerfs auditifs.
L’altération concomitante d’autres feuillets blastodermiques associée
à celle de l’ectoderme se traduit par des dysplasies méningées ou
des altérations osseuses d’autres organes et tissus.
Il s’agit d’une
pathologie sévère en puissance susceptible de générer des
complications neuro-orthopédiques ou de donner naissance à des
processus tumoraux, avec parfois possibilité de cancérisation.
Pour le diagnostic de NF-1, deux au moins des critères suivants sont
requis :
– six ou plus taches « café au lait » de plus de 5 mm de diamètre en prépubertaire ou de plus de 15 mm chez l’adulte ;
– au moins deux neurofibromes de tout type ou un neurofibrome
plexiforme ;
– pigmentation des creux axillaires ou des régions inguinales ;
– gliome optique ;
– au moins deux nodules de Lisch ;
– une lésion osseuse autre que par
contiguïté comme la dysplasie sphénoïdale ou un amincissement
cortical, avec ou sans pseudarthrose ;
– un parent du premier degré
(parents, fratrie, descendance) atteint présentant les critères
de diagnostic.
2- Schwannomes :
Habituellement, les schwannomes sont observés de manière isolée.
Des schwannomes multiples peuvent être retrouvés en cas de NF de
type 2 ou bien, en dehors de cette association, dans le cadre d’une
schwannomatose.
Bien que le schwannome puisse être
occasionnellement observé dans la NF de von Recklinghausen, il n’y
a pas de relation clairement établie entre cette affection et la
survenue de schwannomes périphériques.
* Neurofibromatose acoustique bilatérale ou NF-2
:
Cette forme de NF est beaucoup moins fréquente que la NF-1,
puisqu’on estime son incidence à 1/50 000 individus.
Elle est
caractérisée par la présence de schwannomes ou neurinomes du nerf
auditif survenant au cours de la seconde ou troisième décennie,
c’est-à-dire à un âge plus précoce que celui observé pour les
neurinomes sporadiques de l’acoustique et de schwannomes
radiculaires et/ou des nerfs périphériques.
Dans 70 % des cas, la
NF-2 est associée à un ou des méningiomes centraux.
Les neurinomes de l’acoustique ont un caractère familial, la
transmission héréditaire est autosomique dominante.
Le gène
responsable est sur le chromosome 22q.
Aussi a-t-on considéré la
NF-2 comme étant une affection héréditaire caractérisée surtout par
la présence de neurinomes acoustiques bilatéraux.
Selon des études
plus récentes, il semble pouvoir exister néanmoins des formes
sporadiques ou des formes comportant des schwannomes multiples
de localisation autres qu’acoustique bilatérale.
Chez les sujets jeunes,
il est tout à fait possible qu’une schwannomatose multiple sans
tumeur acoustique bilatérale inaugure une NF-2 que l’évolution
ultérieure viendra confirmer.
La NF-2 est plus fréquente parmi les femmes et sa symptomatologie
débute volontiers après la puberté ou la grossesse.
Hormis la
possible influence d’un facteur hormonal sur le développement
tumoral, un facteur de croissance glial (glial growth factor) pourrait
avoir un rôle déterminant quant à la prolifération anormale des
cellules de Schwann.
La totalité de la symptomatologie se résume à la présence et au
développement de tumeurs multiples, presque toujours des schwannomes, et à la discrétion des manifestations cutanées,
puisqu’il n’existe jamais plus de quatre taches « café au lait ».
Il n’y a pas de déficit intellectuel, pas plus que des tumeurs du système
nerveux central ou des anomalies osseuses à l’exception de celles,
secondaires par contiguïté, dues à la croissance des schwannomes
ou neurinomes.
Pour le diagnostic de NF-2, un des critères suivants est requis :
– tumeur bilatérale de la VIIIe paire crânienne diagnostiquée par
examen tomodensitométrique (TDM) ou imagerie par résonance
magnétique (IRM) ;
– un parent au premier degré atteint de NF-2 avec soit une tumeur
unilatérale de la VIIIe paire crânienne, soit deux des lésions
suivantes : neurofibrome, méningiome, gliome, schwannome, une
opacité lenticulaire postérieure sous-capsulaire.
* Schwannomatose :
Cette forme particulière de phacomatose est d’individualisation
récente et a, comme critère requis pour son diagnostic :
– l’existence d’au moins deux schwannomes ;
– l’absence de schwannome vestibulaire ;
– un âge supérieur à 18 ans.
Dans la schwannomatose, les schwannomes sont plutôt unilatéraux.
L’atteinte concerne plus fréquemment le membre supérieur que le
membre inférieur.
Le nombre des schwannomes peut varier de cinq
à dix-huit.
Ils sont volontiers disposés en « chapelet », d’où l’intérêt
d’un examen IRM attentif et suffisamment large et de la palpation
du nerf en peropératoire.
Compte tenu de leur nombre, l’âge du
diagnostic serait plus précoce que pour les schwannomes
sporadiques.
L’existence de cette entité demeure controversée.
Chez les sujets
jeunes, il est tout à fait possible qu’une schwannomatose multiple
sans tumeur acoustique bilatérale inaugure une NF-2 que l’évolution
ultérieure vient confirmer, même plusieurs années après.
À l’avenir,
des études avec un plus grand recul nous diront s’il s’agit d’une
autre NF ou d’une forme inaugurale de NF-2.
L’existence de schwannomes multiples fait réaliser un bilan pour éliminer une
NF-2 comportant un examen ophtalmologique à la recherche d’une
opacité lenticulaire postérieure sous-capsulaire, une étude des
potentiels évoqués acoustiques du tronc cérébral et un examen IRM
à la recherche de schwannomes infracliniques de l’acoustique.
La schwannomatose était considérée auparavant comme sans lien
héréditaire.
Une transmission autosomale dominante a été décrite
récemment et plusieurs rapports plaident en faveur du fait qu’il
s’agirait d’une variante de la NF-2.
Les hommes seraient plus
fréquemment atteints.
Modes de présentation
et démarche diagnostique :
A - CLINIQUE :
Il n’y a pas de mode de présentation pathognomonique d’une
tumeur d’un nerf périphérique.
Certaines tumeurs ont une localisation cutanée et leur diagnostic se
pose devant une tumeur sous-dermique (neurofibrome localisé
superficiel, tumeur à cellules granuleuses, neurothécome).
Les tumeurs qui nous intéressent plus particulièrement ici
concernent des nerfs plus profonds des membres, des ceintures ou
du tronc.
Trois types de syndromes peuvent être observés selon le
type tumoral et la localisation.
Le syndrome tumoral sur le trajet d’un nerf est d’autant plus
précocement remarqué que le nerf est plus superficiel et accessible à
l’examen clinique.
S’il s’agit d’une petite branche nerveuse, le lien
entre le processus tumoral et le nerf n’est pas fait avant le geste
biopsique, voire l’examen anatomopathologique.
Le syndrome douloureux ou irritatif existe, notamment si la tumeur
nerveuse siège au niveau d’un défilé anatomique.
La tumeur
nerveuse peut mimer un syndrome canalaire.
Par exemple,
un syndrome douloureux dans le territoire du nerf sciatique sans
anomalie rachidienne nécessite la recherche d’une sciatique
tronculaire par tumeur nerveuse.
La percussion au niveau d’un nerf
périphérique en dehors d’un défilé anatomique qui entraîne des
paresthésies fait aussi rechercher une tumeur nerveuse.
Le syndrome déficitaire fait évoquer soit une compression sévère
dans un défilé anatomique, soit une transformation maligne par
envahissement intraneural.
Ce syndrome est aussi rencontré dans
les lésions anciennes ou inextirpables.
Une dégénérescence maligne est évoquée devant un faisceau
d’arguments, notamment dans le cadre de la surveillance d’un
patient porteur d’une NF-1.
Nous les reverrons plus loin dans le
paragraphe consacré aux tumeurs malignes des nerfs périphériques.
Certains signes cliniques sur le trajet d’un nerf, bien qu’ils ne soient
pas spécifiques, font évoquer le diagnostic de tumeur nerveuse
maligne ou de transformation maligne d’un neurofibrome connu
et justifient la réalisation d’une biopsie, et ce d’autant que la tumeur
fait plus de 5 cm de diamètre :
– augmentation récente de volume ;
– apparition récente de douleurs au niveau de la tumeur ;
– augmentation de la chaleur locale ;
– changement de coloration à sa surface et hypervascularisation
localisée ;
– ulcération cutanée ;
– fixité par rapport aux tissus voisins avec aspect infiltré ;
– apparition d’un déficit neurologique.
B - EXAMENS COMPLÉMENTAIRES
:
L’échographie des tumeurs superficielles peut montrer une tumeur
pleine (schwannome, neurofibrome) ou kystique (pseudokyste
mucoïde) mais les rapports avec le nerf-hôte sont difficiles à mettre
en évidence.
L’IRM représente l’examen de choix.
La mise en évidence de
rapports entre une tumeur des parties molles et un nerf est un
élément majeur du diagnostic.
La tumeur apparaît le plus souvent
comme un élargissement du nerf.
Une excentration de la tumeur
par rapport au trajet nerveux, un aspect arrondi font évoquer un schwannome, un aspect fusiforme un neurofibrome, sans que cela
soit spécifique.
Les tumeurs nerveuses périphériques n’ont pas de
spécificité de signal en séquence T1 ou T2.
L’aspect arrondi en
« cible » des schwannomes n’est ni constant ni caractéristique. Il
n’y a pas de signes précis de dégénérescence maligne à l’IRM,
hormis l’envahissement des structures adjacentes.
La biopsie et l’analyse anatomopathologique représentent la clé du
diagnostic.
La biopsie à l’aiguille est peu contributive, la biopsie chirurgicale est la référence.
Celle-ci est excisionnelle (biopsieexérèse)
lorsque la tumeur est extirpable ou si elle intéresse un nerf
dont le sacrifice n’occasionne pas de déficit significatif.
Cette biopsie
est parcellaire ou incisionnelle sur un tronc nerveux important ou
dans le cadre de la suspicion d’une tumeur maligne.
L’analyse
anatomopathologique fait appel aux techniques d’histologie
conventionnelles en microscopie optique et à l’immunohistochimie.
L’immunohistochimie a une place maintenant importante pour
classer les sarcomes des parties molles et notamment pour identifier
une tumeur maligne des enveloppes nerveuses périphériques.
Les
anticorps les plus utilisés sont la vimentine (marqueur de la
différenciation conjonctive) et la protéine S100 (marqueur
notamment des cellules de Schwann).
Toutefois aucun anticorps
n’est absolument spécifique et le diagnostic repose sur la
confrontation des données cliniques, morphologiques et immunohistochimiques.
En cas de difficultés diagnostiques accrues,
un examen en microscopie électronique est utilisé.
L’examen
anatomopathologique permet de déterminer le type histologique,
d’étudier les limites de l’exérèse chirurgicale et d’effectuer un grading histopronostique.
Il est nécessaire d’insister encore sur la
fréquente difficulté du diagnostic anatomopathologique des tumeurs
malignes des enveloppes nerveuses périphériques.
Principes thérapeutiques :
Il est nécessaire de dissocier tumeurs bénignes et tumeurs malignes
d’une part et, parmi les tumeurs bénignes, les tumeurs extirpables
et celles non extirpables.
A - TUMEURS BÉNIGNES :
L’ouverture du défilé anatomique ou la libération vis-à-vis d’un
élément compressif représente le premier temps opératoire et
précède l’exploration du nerf.
L’aspect peropératoire et la dissection
sous grossissement optique, voire sous microscope, permettent de
mettre ou non en évidence une possibilité de clivage de la tumeur
par rapport au nerf.
Cette dissection ne doit pas être intrafasciculaire, compte tenu des risques de lésions nerveuses.
– Tumeurs extirpables : les schwannomes.
L’énucléation est toujours
possible.
Pour les pseudokystes mucoïdes, l’incision du kyste
et son évidement sont indiqués.
– Tumeurs inextirpables : si le nerf-hôte est important, une
épineurotomie décompressive peut être le seul geste thérapeutique,
en sachant qu’une surveillance est nécessaire et qu’une récidive des
symptômes est la règle ou leur persistance sur un mode atténué.
Une excision-suture ou excision-greffe peuvent être envisagées si le
pronostic de régénération nerveuse liée à l’âge le permet ou s’il s’agit
d’une récidive douloureuse.
B - TUMEURS MALIGNES :
Les règles du traitement des sarcomes des tissus mous s’appliquent
au traitement des tumeurs malignes primitives des nerfs
périphériques et justifient d’une prise en charge pluridisciplinaire.
Si des signes cliniques sur le trajet d’un nerf font évoquer le
diagnostic de tumeur nerveuse maligne ou de transformation
maligne d’un neurofibrome connu, la réalisation d’une biopsie
est justifiée et ce d’autant plus que la tumeur fait plus de 5 cm de
diamètre.
Un bilan complémentaire comportant IRM du site
lésionnel, radiographies du thorax et TDM thoracoabdominale est
par ailleurs réalisé.
Le traitement fait appel essentiellement à la
chirurgie d’exérèse large ou radicale.
Un traitement
complémentaire par chimiothérapie néoadjuvante peut être proposé
si la zone ne permet qu’une exérèse marginale ou si l’on veut réaliser
une chirurgie de conservation de membre malgré l’extension
tumorale.
Une chimiothérapie adjuvante est indiquée si une
dissémination métastatique est suspectée ou existe.
L’utilisation
systématique d’une chimiothérapie néoadjuvante et/ou adjuvante ne
fait pas l’objet d’un consensus et il n’a pas été démontré que ces
traitements améliorent la survie globale des patients.
La
radiothérapie est inefficace.
Une chirurgie des métastases
pulmonaires peut parfois être discutée.
Formes anatomocliniques :
A -
TUMEURS PRIMITIVES DES ENVELOPPES
NERVEUSES PÉRIPHÉRIQUES :
1- Tumeurs bénignes :
* Neurofibrome :
C’est la tumeur bénigne des enveloppes nerveuses la plus fréquente
dans le cadre des NF.
Elle peut être observée de manière isolée ou
dans le cadre d’une NF, le plus souvent de type 1.
+ Aspects macroscopiques et histologiques
:
Le neurofibrome est caractérisé par une grande diversité cellulaire
avec principalement des cellules de Schwann, des fibroblastes et des
cellules périneurales.
Il peut y avoir aussi des cellules endothéliales,
des mastocytes et des cellules mélaniques.
Le tissu tumoral se
développe de façon infiltrante parmi les éléments nerveux, ce qui
explique son caractère non extirpable chirurgicalement sans
dommage pour les éléments nerveux sains.
Les neurofibromes sont classifiés en plusieurs variétés selon leur
mode de développement : localisé, diffus, plexiforme.
– Neurofibrome localisé
C’est la forme la plus fréquente.
Bien que des neurofibromes
localisés multiples soient caractéristiques de la NF-1, ces
neurofibromes sont la plupart du temps isolés et sans rapport avec
cette phacomatose.
Il n’y a pas de prédisposition de sexe.
Le neurofibrome localisé superficiel ou cutané est une tumeur assez
bien limitée qui siège essentiellement sur la peau du tronc.
Les
mains sont rarement atteintes.
Il se développe au centre d’une
terminaison nerveuse cutanée et, compte tenu de la destruction de
l’épinèvre, le neurofibrome n’est pas encapsulé.
Sa taille est très
variable et il peut être pédiculé de type molluscum pendulum,
sessile intradermique ou nodulaire sous-cutané.
Sa consistance est
molle et gélatineuse.
Il n’est généralement pas douloureux et a
parfois un aspect violacé.
Un neurofibrome localisé d’un nerf
profond entraîne un épaississement fusiforme du nerf de dimension
variable.
La tumeur est le plus souvent bien limitée par l’épinèvre,
ici plus épais et résistant.
– Neurofibrome diffus
Ce type de neurofibrome est retrouvé en association avec une NF-1
dans 10 % des cas.
Se développant à l’extrémité d’un nerf cutané, sa
localisation est cutanée.
Du point de vue anatomopathologique,
comme son nom semble l’indiquer, la prolifération traverse le derme,
le tissu sous-cutané.
L’aspect clinique est une accentuation des plis
cutanés ou un épaississement en plaque de la peau.
– Neurofibrome plexiforme
Ce type de neurofibrome est pathognomonique de la NF-1.
Il peut
intéresser les nerfs superficiels ou les nerfs plus profonds.
La
prolifération tumorale s’étend parmi les fascicules nerveux sur
parfois une longue distance avec possible envahissement des
collatérales.
Ceci est à l’origine d’un aspect macroscopique tortueux
ou vermiculaire du nerf et d’une impression de « paquet de ficelles
» à la palpation des nerfs superficiels.
Ce sont les neurofibromes
plexiformes qui dégénèrent le plus dans la NF-1.
+ Épidémiologie :
Pour Kehoe, 65 % des neurofibromes sporadiques sont observés
dans la tranche d’âge 30-59 ans.
Ces lésions sont rares chez
l’enfant. Dans la NF-1, l’âge de révélation est plus précoce.
+ Localisations :
La distribution des neurofibromes entre membres supérieurs et
inférieurs est assez homogène et ne montre pas de prédominance
particulière.
+ Pronostic :
Le développement d’une tumeur maligne primitive des enveloppes
nerveuses périphériques à partir d’un neurofibrome peut seulement
être affirmé par l’étude histologique lorsqu’une continuité est
retrouvée entre la tumeur maligne et le neurofibrome.
Ducatman a
mis en évidence cette association dans une série de 120 patients
atteints de tumeur maligne primitive des enveloppes nerveuses
périphériques traités à la Mayo Clinic.
L’association neurofibrome/tumeur maligne primitive des enveloppes nerveuses
périphériques a été observée chez 81 % des tumeurs malignes
primitives des enveloppes nerveuses périphériques notées dans la
NF-1, contre 41 % des tumeurs malignes primitives des enveloppes
nerveuses périphériques observées chez des patients indemnes de
NF-1.
Dans cette même étude, d’après l’analyse de 1 124 patients
atteints de NF de type 1, il a été déterminé qu’un patient porteur de
la NF-1 avait 4 600 fois plus de risques de développer ce type de
sarcome que la population générale (incidences respectives de 4,6 %
et de 0,001 %).
Approximativement, 2 à 29% des patients atteints
de NF-1 pourront développer une tumeur maligne primitive des
enveloppes nerveuses périphériques, habituellement après une
période de latence de 10 à 20 ans.
Dans la NF-1, le neurofibrome plexiforme y est particulièrement prédisposé.
À noter
que la fréquence d’une néoplasie maligne, tous cancers confondus,
est particulièrement élevée dans la NF-1.
Bader l’a évaluée de 12 à
53 % selon une analyse de la littérature comportant 1 618 cas de
NF-1.
* Schwannome :
Les schwannomes sont connus aussi sous les termes de
neurilemmome ou neurinome.
Ils sont uniquement constitués par
une population de cellules de Schwann.
+ Aspects macroscopiques et histologiques
:
Les schwannomes se développent habituellement de manière
excentrique dans le nerf, refoulant les éléments nerveux.
Ceci
explique leur caractère clivable du reste du nerf. Leur
aspect macroscopique est celui d’une tumeur arrondie ou ovalaire,
grisâtre ou jaunâtre, brillante, bien encapsulée par l’épinèvre.
Du point de vue anatomopathologique, macroscopiquement la
tumeur est excentrée par rapport au trajet du nerf, bien limitée, de
forme ovoïde ou sphérique et de couleur brunâtre.
Il s’agit d’un tissu
mou facilement fragmentable.
Les tissus voisins, et notamment le
nerf atteint, ne sont que refoulés.
En microscopie optique, il existe
deux types : A et B d’Antoni.
Le type A d’Antoni, hypercellulaire, se caractérise par une disposition compacte des cellules de
Schwann qui sont entrecroisées.
L’accolement des noyaux cellulaires
donne un aspect en « palissade ».
Arrangés circulairement, ils
forment les nodules de Verocay.
Le type B d’Antoni hypocellulaire,
à structure lâche, se caractérise par une dégénérescence myxoïde
avec des cellules étoilées.
Les deux types sont le plus souvent
associés sous une forme mixte.
Les mitoses sont rares.
Les vaisseaux
sont dilatés à parois épaissies et parfois thrombosés.
Des plages
hémorragiques ou nécrotiques avec dégénérescence cellulaire
peuvent exister.
Il n’y a pas de structures axonales dans le
schwannome.
Il existe d’autres variétés telles que les schwannomes
mélanocytiques, notamment en fonction des caractéristiques
cellulaires.
Le diagnostic est souvent évident en microscopie optique,
toutefois une confirmation par immunohistochimie peut être utile.
En microscopie électronique, les schwannomes sont uniquement
constitués par une population de cellules de Schwann.
+ Épidémiologie :
Ces tumeurs sont rencontrées chez l’adulte.
Pour Kehoe, 63 % des
schwannomes sporadiques sont observés dans la tranche d’âge 30-59 ans.
Ces lésions sont rares chez l’enfant.
Dans la NF-2, ces
tumeurs sont plus fréquemment observées chez la femme, après la
puberté ou après la grossesse.
+ Localisations
:
Pour les schwannomes sporadiques, Das Gupta trouve une
incidence plus importante de schwannomes aux membres
supérieurs sur une série de 303 lésions avec un rapport de 1/2.
Aux nerfs périphériques, les schwannomes sont localisés aux nerfs
médian, radial et ulnaire dans 20 % des cas.
Dans la schwannomatose, les schwannomes sont plutôt
unilatéraux.
L’atteinte concerne plus fréquemment le membre
supérieur que le membre inférieur.
Les nerfs médian et ulnaire sont
le plus fréquemment atteints.
Le nombre des schwannomes peut
varier de cinq à dix-huit.
Ils sont volontiers disposés en « chapelet ».
Dans la NF-2, la distribution topographique des schwannomes
des nerfs périphériques n’obéit à aucune règle particulière.
Il n’y a
pas de prépondérance aux membres supérieurs ou aux membres
inférieurs.
+ Pronostic :
Les schwannomes bénins peuvent entraîner un déficit neurologique
si la tumeur se développe au niveau d’un défilé anatomique.
Après
exérèse chirurgicale, il n’y a pas de récidive.
La dégénérescence
maligne d’un schwannome en schwannome malin est controversée,
une méconnaissance du diagnostic de malignité initial ne peut être
écartée.
En ce qui concerne les schwannomes isolés ou les
schwannomes multiples de la schwannomatose, aucun cas de
dégénérescence maligne n’a été décrit actuellement.
* Tumeur à cellules granuleuses :
Il s’agit d’une tumeur rare dont l’origine schwannienne a été mise
en évidence grâce à l’immunohistochimie.
+ Aspects morphologiques :
Il s’agit d’une tumeur d’aspect rose pâle, bien individualisée par
rapport aux tissus adjacents.
Toutefois, le nerf-hôte est
habituellement infiltré par le processus tumoral.
Cette lésion est
composée de cellules rondes ou polygonales comportant
d’abondantes granulations éosinophiles cytoplasmiques.
Les cellules
sont fréquemment disposées en rangées.
En immunohistochimie, les
cellules ont certaines des caractéristiques des cellules de Schwann.
+ Épidémiologie :
L’âge de survenue est entre 30 et 60 ans. Les formes chez l’enfant
sont rares.
Les femmes sont plus souvent atteintes.
Les gens de
couleur de peau noire sont plus fréquemment atteints. Des formes
familiales ont été décrites.
+ Localisations :
Cette tumeur est le plus souvent solitaire mais, dans 7 à 25% des
cas, multicentrique.
Elle est le plus souvent sous-cutanée. Les
localisations habituelles sont le premier orteil, la paroi thoracique et
les membres supérieurs dans 10 à 20 % des cas.
+ Aspect clinique
:
On observe le plus souvent une masse sous-cutanée de 2 cm environ
de diamètre, mobile par rapport aux tissus adjacents.
Le nerf-hôte
peut ne pas être mis en évidence lors de la dissection.
+ Pronostic
:
Aucune transformation maligne n’est décrite.
Après exérèse, si
celle-ci est indiquée, il n’y a en principe pas de récidive.
* Neurothécome :
L’origine cellulaire de cette lésion est imprécise et pourrait être soit
les cellules de Schwann, soit les cellules périneurales. Les
localisations préférentielles sont, outre la face et le tronc, les
membres supérieurs et notamment les doigts.
L’âge de survenue est
en principe avant 40 ans. Les femmes sont plus souvent atteintes.
L’aspect est celui d’une masse nodulaire, de couleur chair ou
légèrement érythémateuse, intradermique, solitaire, mobile, de petit
volume et à croissance lente.
Les cellules sont épithélioïdes ou de
formes étoilées à stroma myxoïde et sont arrangées typiquement en
strates concentriques comme les corpuscules de Pacini.
Aucune
transformation maligne n’est décrite.
Après exérèse, si celle-ci est
indiquée, il n’y a en principe pas de récidive.
2- Tumeurs malignes :
Il s’agit de tumeurs rares dont l’incidence dans la population
générale est de 0,001 %.
Ces tumeurs rentrent dans le cadre des
sarcomes des tissus mous et représentent 3 à 10%de ces tumeurs.
En plus de leur rareté, des controverses persistent quant à la
terminologie les désignant.
Il semble qu’actuellement la
dénomination de tumeur maligne primitive des enveloppes
nerveuses périphériques tende à regrouper les schwannomes malins,
les neurilemmomes malins, les neurofibrosarcomes.
Les
termes de neurosarcome ou sarcome neurogénique sont aussi
utilisés.
Les tumeurs malignes primitives des enveloppes nerveuses
périphériques sont des sarcomes :
– prenant leur origine d’un nerf ;
– et/ou en continuité avec un neurofibrome ;
– et/ou en association avec une maladie de von Recklinghausen.
Exceptionnelles en dehors du contexte d’une maladie de von
Recklinghausen, ces tumeurs sont souvent observées sur le site
d’une tumeur nerveuse préexistante.
En effet, une tumeur maligne
primitive des enveloppes nerveuses périphériques surviendrait de
novo dans moins de 20 % des cas dans le cadre de la NF-1 et dans
plus de la moitié des cas en dehors de tout contexte de NF.
Le diagnostic anatomopathologique de tumeur maligne primitive
des enveloppes nerveuses périphériques est difficile et requiert la
conjonction de critères d’origine cellulaire, en histologie
conventionnelle et en microscopie électronique (caractéristiques
cellulaires d’aspect schwannien) et en immunohistochimie.
L’index
mitotique, l’hypercellularité, les atypies nucléaires, les zones de
nécrose et l’envahissement des fascicules nerveux concourent au
diagnostic de malignité.
Dans près de 15 % des cas, la tumeur
maligne primitive des enveloppes nerveuses périphériques est
hétérogène et d’autres constituants tissulaires sont présents comme
du tissu musculaire (type rhabdomyosarcome comme dans la
tumeur « triton » maligne), glandulaire, osseux, cartilagineux ou
endothélial.
Cette hétérogénéité ne représenterait pas un facteur
d’agressivité accrue et, notamment, n’augmenterait pas le risque de
métastases.
Cette hétérogénéité augmente la difficulté du
diagnostic différentiel anatomopathologique, notamment avec
d’autres types de sarcomes.
* Facteurs épidémiologiques et étiologiques
:
+ Origine cellulaire
:
Les cellules de Schwann ont été incriminées, toutefois leurs
caractéristiques ultrastructurales immunohistochimiques ne sont pas
retrouvées de façon constante dans les tumeurs malignes primitives
des enveloppes nerveuses périphériques.
De plus, la dégénérescence
d’un schwannome en tumeur maligne primitive des enveloppes
nerveuses périphériques est controversée.
L’origine à partir d’un neurofibrome est fréquente et peut seulement
être affirmée par l’étude histologique lorsqu’une continuité est
retrouvée entre la tumeur maligne et le neurofibrome.
Pour évoquer le diagnostic de transformation maligne, il est
nécessaire d’observer en microscopie un index mitotique minimal.
Une seule zone de transformation maligne dans un neurofibrome
suffit à porter le diagnostic.
+ Facteurs génétiques
:
Une origine génétique dans le cadre de la maladie de von
Recklinghausen est classique puisque 40 à 60 % des tumeurs
malignes primitives des enveloppes nerveuses périphériques sont
retrouvées dans cette maladie.
+ Âge et sexe
:
Les tumeurs malignes primitives des enveloppes nerveuses
périphériques sont rencontrées chez l’adulte avec une
prépondérance entre 30 et 50 ans. Les cas sporadiques montrent
une égale répartition entre les sexes.
Les formes secondaires à
une NF-1 seraient plus fréquentes chez l’homme.
L’âge de
survenue dans le cadre d’une NF-1 serait inférieur à celui des formes
sporadiques avec des cas observés autour de la deuxième
décennie.
+ Rôle de la radiothérapie :
La dégénérescence d’une tumeur nerveuse périphérique bénigne
après radiothérapie est controversée.
Une irradiation préalable a été
retrouvée chez 11 % des patients porteurs d’une tumeur maligne
primitive des enveloppes nerveuses périphériques dans le cadre
d’une NF-1.
Des anomalies chromosomiques radio-induites
seraient à la base de cette transformation.
L’intervalle de temps entre
l’irradiation et le diagnostic de tumeur maligne varie de 4 à 41 ans,
avec une moyenne de 16 ans.
Les localisations préférentielles
des tumeurs qui pourraient être radio-induites sont aux niveaux des
membres supérieurs, du plexus brachial et des nerfs paraspinaux.
Ceci implique l’utilisation la plus limitée possible de la radiothérapie
chez les patients porteurs d’une NF-l.
+ Rôle des traumatismes et de la chirurgie
:
Le rôle des traumatismes ou de la chirurgie a été évoqué comme
facteur favorisant, mais il est difficile d’en apporter la preuve.
Des
exemples de sarcomes survenant sur des parties du corps ayant subi
un traumatisme sont cités dans la thèse de Cantaloube.
La
chirurgie plastique dans la maladie de von Recklinghausen peut être
utilisée pour des raisons esthétiques et/ou fonctionnelles, à condition
de s’entourer de quelques précautions : il faut s’assurer de la
stabilité de la lésion à opérer lors de deux examens successifs et de
l’absence de manifestations douloureuses pouvant faire évoquer une
transformation maligne.
Un doute peut conduire à une exérèse avec
d’autres critères que ceux d’une intervention de chirurgie plastique.
Dans tous les cas, le geste chirurgical fait suite à une étude attentive
permettant de bien peser l’indication et les patients doivent faire
l’objet d’une surveillance accrue, notamment aux sites opératoires
ou aux régions traumatisées.
* Localisation :
La localisation des tumeurs malignes primitives des enveloppes
nerveuses périphériques est le plus souvent profonde.
Les formes
superficielles sont très rares.
La distribution est plutôt centrale dans
l’étude de Sordillo, avec des atteintes du médiastin, du
rétropéritoine, de la racine des membres, alors que les tumeurs de la
tête et des extrémités des membres sont plus rares.
Les régions paravertébrales sont un des sites de dégénérescence fréquents.
Enzinger retient le tronc et la racine des membres comme sites
préférentiels de dégénérescence, ainsi que Aguiar Vitacca.
Selon certaines séries, près de 20 % des tumeurs malignes primitives
des enveloppes nerveuses périphériques seraient constatées aux
membres supérieurs, avec une prédominance pour leur partie
proximale et un ratio de 3/1 par rapport à la distalité.
Le nerf sciatique est le site le plus fréquemment concerné du
membre inférieur avec 77 % des cas de tumeurs des membres
inférieurs.
Cette prédilection pour le nerf sciatique serait liée à
sa grande taille et au nombre important de cellules susceptibles de
dégénérer.
Il n’a pas été démontré de prédisposition pour l’atteinte
d’une branche du nerf sciatique en particulier.
La survenue de neurosarcomes multiples dans des sites différents et
de façon rapprochée n’est pas exceptionnelle.
Elle pose le
problème du diagnostic différentiel avec des métastases.
* Caractéristiques du diagnostic :
+ Clinique :
Certains signes cliniques sur le trajet d’un nerf, bien qu’ils ne soient
pas spécifiques, font évoquer le diagnostic de tumeur nerveuse
maligne ou de transformation maligne d’un neurofibrome connu
et justifient la réalisation d’une biopsie, et ce d’autant que
la tumeur fait plus de 5 cm de diamètre.
Ces signes doivent être recherchés de manière particulièrement
attentive chez les patients porteurs d’une NF-1 où il est souhaitable
de faire une véritable cartographie des neurofibromes localisés ou
plexiformes accessibles à la palpation pour en faciliter la
surveillance.
+ Examens complémentaires :
– Aide au diagnostic
En dehors de la biopsie, aucun examen complémentaire n’est
suffisamment performant pour affirmer ou infirmer le diagnostic de
tumeur nerveuse maligne.
Toutefois, certains examens peuvent aider
au diagnostic de malignité :
– la scintigraphie osseuse au gallium 67 apporterait des
renseignements permettant de différencier les neurofibromes
bénins des formes malignes dans la NF-1.
Mais les faux positifs
ou négatifs sont fréquents ;
– l’IRM est une technique d’imagerie performante dans le cadre
des tumeurs nerveuses périphériques.
Toutefois, l’aspect des
tumeurs malignes des nerfs périphériques peut mimer celui de
certaines tumeurs bénignes qui comportent des lésions kystiques,
nécrotiques ou hémorragiques, surtout lorsqu’on ne met pas en
évidence d’envahissement des structures voisines.
– Bilan d’extension
Il est local, régional et général, par imagerie conventionnelle, IRM,
voire angiographie de la zone suspecte et radiographies
pulmonaires, et TDM thoracoabdominale.
Ces examens servent de
référence pour le suivi après le traitement.
* Pronostic :
Les métastases se font par voie hématogène.
Le site métastatique
préférentiel est le poumon.
D’autres, plus rares, sont observés :
cerveau, ganglions lymphatiques.
La base du traitement est la
chirurgie (résection large ou radicale).
La chimiothérapie
(néoadjuvante et/ou adjuvante) peut être utilisée en fonction du site
tumoral, du caractère complet de l’exérèse, du bilan d’extension
général et du grading histologique.
Toutefois, son utilisation n’a pas
transformé le pronostic de ces lésions.
La radiothérapie est
inefficace.
Le taux de survie semble plus mauvais chez les patients porteurs
d’une NF-1, avec 16 à 23 % de survie à 5 ans comparés aux 47 à
53 % de survie à 5 ans pour les patients ayant une tumeur maligne
primitive des enveloppes nerveuses périphériques sporadique.
Certains facteurs ont été incriminés en ce qui concerne la NF-1
comme la situation profonde des tumeurs, leur volume plus
important, leur moindre différenciation et la survenue de sarcomes
multifocaux. Une tumeur de plus de 5 cm, une récidive, une
dégénérescence sur une tumeur irradiée sont des facteurs de
mauvais pronostic pour les tumeurs malignes primitives des
enveloppes nerveuses périphériques quelles qu’elles soient.
B - TUMEUR PRIMITIVE AYANT POUR ORIGINE
LES CELLULES NEURALES :
Il s’agit d’une tumeur primitive neuroectodermique, tumeur maligne
très agressive et heureusement rare.
Les cellules constitutives
montrent des caractéristiques neuronales à un stade précoce de
différenciation.
Cette tumeur était auparavant connue sous les noms
de sarcome d’Ewing extrasquelettique, de neuroépithéliome ou de
neuroblastome périphérique.
1- Aspects morphologiques
:
La couleur est habituellement blanc cassé avec parfois des plages
hémorragiques.
La tumeur est composée de petites cellules ovales
très serrées parfois arrangées en « rosettes de Homer-Wright ».
Les immunomarquages suggèrent une origine neuroectodermique.
Les
études cytogénétiques et biochimiques montrent des similitudes
entre la tumeur primitive neuroectodermique et le sarcome d’Ewing.
2- Épidémiologie
:
La tumeur primitive neuroectodermique est surtout observée chez
l’adolescent ou l’adulte jeune.
3- Localisations
:
Tissus mous, viscères et os peuvent être le siège de cette tumeur.
Les
nerfs périphériques sont rarement atteints.
4- Caractéristiques cliniques :
Du point de vue clinique, cette tumeur est caractérisée par une
croissance rapide et des métastases fréquentes au moment du
diagnostic (25 à 50 % des cas).
Les données de l’examen clinique
sont superposables à celles des tumeurs malignes primitives des
enveloppes nerveuses périphériques.
5- Pronostic
:
Malgré la chirurgie (résection large ou radicale) et même si cette
tumeur semble plus sensible à la chimiothérapie et à la radiothérapie
que les tumeurs malignes primitives des enveloppes nerveuses
périphériques, le taux de métastases est important et le pronostic
reste mauvais avec un taux de survie moyen de 40 % à 5 ans.
C - TUMEURS PRIMITIVES D’ORIGINE EXTRANEURALE
:
1- Hamartome fibrolipomateux :
Il s’agit d’une pseudotumeur formée par une prolifération de tissus
adipeux et fibreux matures dans un nerf créant une distension de
l’épinèvre et du périnèvre.
Ces éléments étant des constituants
habituels de ce site anatomique, cette lésion est un hamartome.
Cet hamartome fibrolipomateux peut être associé à une macrodactylie,
est habituellement unilatéral et intéresse le plus souvent le nerf
médian et ses branches digitales.
L’atteinte des nerfs radial et ulnaire
a été aussi décrite.
Le mode de révélation est fréquemment un syndrome du canal
carpien chez un enfant ou un adulte jeune avec ou sans macrodactylie.
Cela peut être aussi une tuméfaction du poignet ou
de la main.
Le traitement en cas de syndrome du canal carpien ou de
compression des branches du nerf médian est représenté par la
décompression par ouverture du défilé anatomique à laquelle peut
s’ajouter une épineurotomie sans dégraissage du nerf.
Les récidives
sont fréquentes, après une période de 1 à 14 ans.
Dans certains cas,
une résection-greffe peut être indiquée en fonction de l’âge du patient,
notamment dans les récidives douloureuses.
Toutefois, cela ne met pas
totalement à l’abri des récidives.
Aucun cas de dégénérescence
maligne n’a été décrit.
2- Pseudokyste mucoïde :
Les pseudokystes mucoïdes représenteraient 8 à 15% des tumeurs
solitaires des nerfs périphériques.
Leur origine est controversée.
Un processus de métaplasie du tissu de soutien d’origine microtraumatique a été évoqué.
Le développement d’un kyste à
partir d’une articulation ou d’une gaine tendineuse de voisinage a
été aussi incriminé.
Cette tumeur est plus particulièrement observée
chez l’adulte avec une très nette prédominance chez l’homme.
Le
nerf fibulaire est le site de prédilection au col de la fibula.
La
symptomatologie peut revêtir de manière associée ou isolée la forme
d’un syndrome déficitaire, d’un syndrome tumoral ou d’un
syndrome douloureux.
La durée des symptômes préopératoires
varie de quelques semaines à plusieurs années.
Le kyste peut être
pluriloculaire et s’étendre sur plusieurs centimètres le long du nerfhôte.
L’IRM permet souvent de faire le diagnostic de tumeur
kystique intranerveuse à contenu inhomogène.
Le signal en T1 est
intermédiaire, sans modification après injection de gadolinium et
avec un rehaussement intense en T2.
L’aspect opératoire est très
évocateur. Le contenu du kyste est semblable à celui d’un kyste synovial.
Le traitement est chirurgical et consiste en l’ouverture du
défilé anatomique associée à l’incision et au drainage du kyste.
La neurolyse intrafasciculaire est à exclure compte tenu de son risque
vis-à-vis des éléments nerveux sains.
La recherche d’une
communication avec l’articulation voisine est aussi effectuée.
Les
résultats du traitement chirurgical sont en principe satisfaisants,
toutefois une récidive ou une récupération incomplète peuvent
s’observer.
Le diagnostic différentiel se pose avec certains schwannomes et avec des kystes compressifs extranerveux.
3- Hémangiome des enveloppes nerveuses
:
Cette tumeur s’observe essentiellement dans le sexe féminin et
apparaît avant l’âge de 20 ans.
Un syndrome canalaire,
éventuellement associé à un syndrome tumoral clinique, constitue
le mode de présentation habituel.
Les localisations préférentielles
sont le nerf médian, le nerf ulnaire et les nerfs digitaux.
Trois types
ont été individualisés en fonction de l’extension locale de
l’hémangiome :
– le type 1 intraneural extrafasciculaire, facilement extirpable car
situé en périphérie de la gaine ;
– le type 2 intrafasciculaire non extirpable sans dommage pour le
nerf-hôte ;
– le type 3 à développement intra- et extraneural.
Il est probable que nombre de ces hémangiomes soient méconnus.
Quand le diagnostic est évoqué en préopératoire, une angiographie
peut permettre l’analyse de l’étendue de la lésion.
Du point de vue
thérapeutique, l’ouverture du défilé anatomique et l’épineurotomie
sont la règle.
Les indications de résection-greffe sont rares et peuvent
se poser devant certaines formes récidivées en fonction de l’âge du
patient.
4- Autres tumeurs exceptionnelles
:
Le lipome intranerveux facilement extirpable et le choristome
neuromusculaire (tumeur « triton » bénigne) non extirpable sans
dommage pour le nerf-hôte sont des tumeurs bénignes
exceptionnelles.
Seul le diagnostic anatomopathologique les fait
différencier respectivement des autres tumeurs extirpables pour le
lipome, et de l’hamartome fibrolipomateux pour le choristome.