Physiologie, exploration et troubles de l'olfaction (Suite)
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
Exploration fonctionnelle des voies olfactives :
Dans les cas de déficiences de la fonction olfactive qui ne
peuvent être attribués à des perturbations de l’accès des molécules
odorantes à l’épithélium sensoriel, il est relativement malaisé de
localiser le niveau de la lésion à incriminer.
Des dysfonctionnements périphériques peuvent être inférés de
l’examen de biopsies de muqueuse olfactive, mais la méthode n’est
pas sûre puisque l’épithélium de sujets normosmiques contient des
plages où des cellules de type respiratoire ont remplacé les
cellules sensorielles.
C’est de façon exceptionnelle que l’on recourt à ces
prélèvements tissulaires.
Les méthodes d’exploration qui vont être brièvement présentées,
méthodes fondées sur les enregistrements électrophysiologiques et
sur l’imagerie fonctionnelle cérébrale, sont encore trop peu
standardisées pour être pratiquées couramment.
Il est cependant utile d’examiner leurs potentialités.
A - Électrophysiologie :
1- Électro-olfactogramme :
Depuis sa découverte, l’EOG a été enregistré chez de nombreuses
espèces animales.
Comme cette onde lente négative représente la sommation de
potentiels récepteurs et générateurs de nombreux neurorécepteurs
olfactifs, son recueil constitue en principe un moyen de tester
l’état fonctionnel de l’épithélium olfactif.
L’enregistrement de l’EOG humain a été effectué dans un nombre
limité de cas.
La méthode consiste à insérer dans la narine du sujet une
électrode tubulaire souple (fil d’argent chloruré et gainé, cathéter
empli de solution conductrice) que l’on guide jusqu’à la région
olfactive.
La stimulation peut être locale, par un cathéter accolé à
l’électrode, ou plus globale.
L’EOG humain présente d’évidentes similitudes avec le signal
enregistré chez l’animal.
Des signaux d’une amplitude allant de 0,15 à 1,8 mV ont été
obtenus avec un stimulus qui, comme la vanilline, n’est pas
soupçonné d’activer le nerf trijumeau.
On a pu étudier la désensibilisation (ou adaptation) du signal
lors de stimulations espacées par des délais variables.
Il n’est pas encore possible, cependant, de pratiquer couramment
la mesure de l’EOG en raison des difficultés liées au positionnement
de l’électrode et aux réactions (éternuement, décharge de mucus) que
suscite l’introduction d’un corps étranger.
Dans l’état actuel de la méthodologie, l’impossibilité d’évoquer
un EOG sous l’électrode exploratrice ne peut pas être considérée
comme une indication ferme d’un déficit olfactif périphérique.
2- Potentiels évoqués corticaux :
L’exploration centrale du système olfactif par la méthode des
potentiels évoqués rencontre plusieurs sortes de difficultés qui
tiennent aux caractéristiques mêmes du fonctionnement de ce système.
La stimulation olfactive ne peut être établie avec le temps de
montée rapide qui, dans d’autres systèmes sensoriels, assure une
bonne synchronisation des afférences et ainsi une bonne
individualisation du signal électrique.
D’autre part, l’adaptation réduit sensiblement la possibilité de
sommer de nombreuses réponses individuelles.
Enfin, il appartient toujours à celui qui prétend explorer les
réponses proprement olfactives aux odorants de faire la preuve que
le signal recueilli n’est pas contaminé par l’activation du nerf
trijumeau.
Aussi utiliset- on le terme de potentiel évoqué chimiosensoriel
(en anglais chemosensory event-related potential ou CSERP), qui ne
présuppose pas l’origine olfactive ou somesthésique du signal, pour
désigner les réponses évoquées par la stimulation nasale.
Le choix de la vanilline et du sulfure d’hydrogène comme
stimulus proprement olfactifs, et du dioxyde de carbone comme
stimulus trigéminal a été recommandé.
Le CSERP présente plusieurs ondes dont les plus saillantes, N1
et P2, se produisent à des latences qui, enregistrées en PZ, sont,
respectivement, de l’ordre de 400 et 600 ms, avec de relativement
larges variations selon les stimulus.
Les potentiels évoqués par le CO2 ont des latences sensiblement
plus courtes que celles observées avec des stimulus plus
spécifiquement olfactifs.
Utilisés pour explorer la fonction olfactive chez des sujets
atteints d’une épilepsie temporale, les CSERP ont montré une
augmentation de latence pour les stimulus « olfactifs » présentés à
la narine ipsilatérale au foyer épileptique, tableau non reproduit
avec le stimulus « trigéminal ».
Ces résultats confirment que l’information olfactive est
principalement traitée dans l’hémisphère ipsilatéral à la narine
stimulée.
Par ailleurs, l’examen de l’amplitude des ondes des CSERP
suggère que l’hémisphère droit joue un rôle prépondérant dans le
traitement de l’information.
3- Imagerie fonctionnelle :
Alors que les techniques de neuro-imagerie anatomique se
révèlent utiles pour diagnostiquer certains troubles olfactifs
d’origine périphérique et préparer l’intervention chirurgicale, les
méthodes d’imagerie fonctionnelle sont mieux adaptées à
l’exploration des dysfonctionnements olfactifs d’origine centrale.
Appliquée à des sujets stimulés olfactivement de façon
bilatérale, la méthode de tomographie par émission de positons (TEP)
montre un accroissement de la circulation locale cérébrale
principalement en deux régions : l’activation est bilatérale à la
jonction du cortex frontal inférieur et des lobes temporaux (cortex
piriforme) et unilatérale, du côté droit, au niveau du cortex
frontal orbitaire.
L’asymétrie d’activation du cortex frontal orbitaire a été
retrouvée avec la méthode d’imagerie fonctionnelle par résonance
magnétique (IRMf) pour des stimulus proprement olfactifs, tandis que
des odorants supposés plus trigéminaux produisent une activation
supplémentaire dans les cortex cingulé, temporal et occipital, ainsi
que dans le cervelet.
Avec des stimulus fortement aversifs (sulfures et thiols) qui
activent l’amygdale de façon bilatérale, la méthode TEP montre une
activation du cortex orbitaire prédominante à gauche.
Lors d’une tâche impliquant la mémoire olfactive, des patients
atteints de la maladie d’Alzheimer présentent, par rapport aux
témoins, une réduction d’activité métabolique dans les régions
hippocampiques.
Exploration de la fonction olfactive :
A - Méthodes d’étude de la fonction olfactive : olfactométrie
La stimulation olfactive idéale serait celle qui dirigerait vers
l’épithélium olfactif d’un sujet, à un instant et pour une durée
connus avec précision, un flux contrôlé de molécules entraînées par
un gaz vecteur inodore.
La réalisation de stimulateurs olfactifs ou olfactomètres
remplissant simultanément toutes ces conditions est illusoire et, en
pratique, les olfactomètres réalisent des compromis selon le but
principal recherché.
Il faut souvent sacrifier les exigences de précision temporelle
si l’on entend maîtriser parfaitement la concentration, et
inversement.
Les plus performants des olfactomètres sont des appareils à
dilution dynamique dans lesquels la concentration désirée est
obtenue par le mélange, en proportions ajustables, de deux courants
gazeux, le courant odorisé et un courant diluant.
La dilution est souvent effectuée en plusieurs étapes à partir
de la vapeur saturante du produit odorant.
Connaissant le taux de dilution et la pression de vapeur à la
température de la pièce, il est possible de calculer la
concentration finale si les tubulures sont choisies dans des
matériaux peu adsorbants.
Le flux d’air odorisé est dirigé à l’entrée des deux narines du
sujet (stimulation binarinale) ou vers une seule narine (stimulation
mononarinale).
C’est l’inhalation qui introduit activement le stimulus. Une
autre méthode consiste à insuffler l’air odorisé dans les narines,
tandis que le sujet respire par la bouche.
Il est également possible d’envoyer à chacune des narines des
stimulus en partie indépendants (olfactométrie différentielle de Mac
Leod).
Certaines études ne nécessitent pas absolument l’usage de ces
appareils sophistiqués.
C’est le cas lorsqu’il n’est pas nécessaire de contrôler
étroitement l’intensité et le moment précis d’occurence du stimulus,
par exemple dans les tests de reconnaissance ou d’identification.
D’autres méthodes, plus simples, fournissent des résultats
satisfaisants : c’est le flacon de verre teinté contenant le produit
dilué en phase liquide dans une huile minérale inodore ; le flacon
de plastique dont on presse la paroi ; la « mouillette » du
parfumeur préalablement trempée dans la solution du produit odorant.
Les odorants microencapsulés qui sont libérés par grattage sont
utiles dans les tests de grande diffusion.
Plusieurs tests olfactifs ont été proposés.
Le test d’identification de Cain contient dix odorants
sélectionnés en raison de leur caractère familier pour la population
américaine et présentés dans des flacons de plastique opaques.
Les sujets répondent en choisissant un nom parmi 20
descripteurs.
Le University of Pennsylvania Smell Identification Test (UPSIT),
commercialisé sous le nom de Smell Identification Test, contient 40
fragrances encapsulées qui sont libérées en grattant la zone
odorisée d’un feuillet sur lequel sont inscrites quatre réponses
possibles.
Le Connecticut Chemosensory Clinical Research Center a développé
le CCCRC Olfactory Function Test qui inclut une mesure de seuil et
une épreuve d’identification.
Conçu aux Pays-Bas, le Gur Identificatie Test Utrecht (GITU)
comprend des odeurs familières pour lesquelles une liste de
descripteurs est proposée.
Le Standard Olfactory Acuity Test utilisé au Japon comporte cinq
composés odorants aux odeurs familières, dilués à huit
concentrations.
Il est complété par une épreuve d’injection intraveineuse
d’alinamine, dérivé thiol de la vitamine B1, à forte odeur de
mercaptan.
B - Perception olfactive normale :
En interrogeant des sujets humains sur leur perception dans des
situations standards de laboratoire ou en clinique à l’aide de
techniques olfactométriques, on recueille des informations sur les
trois principaux attributs de la perception olfactive : la qualité,
l’intensité et la valeur affective ou polarité hédonique.
1- Intensité :
On admet généralement deux niveaux de seuils : le seuil de
détection, lorsque le sujet rapporte la présence de l’odorant sans
être capable de l’identifier, et le seuil de reconnaissance,
légèrement plus élevé, lorsque la qualité propre du stimulus devient
perceptible.
Les valeurs de seuils diffèrent considérablement selon les
odorants, les sujets et les auteurs des mesures. Dans un nombre
limité de cas, les seuils humains ont pu être comparés à ceux
d’espèces animales réputées plus sensibles.
Par exemple, le seuil pour l’alpha-ionone est de 1 000 à 10 000
fois plus élevé chez l’homme que chez le chien (berger allemand).
Pour un échantillon de substances usuelles, l’homme est entre 8 et
50 fois moins sensible que le rat de laboratoire.
Une fois le seuil franchi, l’intensité perçue croît en fonction
de la concentration des molécules odorantes dans le courant de
stimulation, selon une relation assez bien décrite par la loi de
puissance de Stevens si la concentration n’est pas trop élevée : P =
k f n.
P est l’intensité perçue, f est la concentration ; l’exposant n,
pente de la courbe, est inférieur à l’unité. Le seuil différentiel
est relativement élevé, c’est-à-dire que l’incrément de
concentration requis pour obtenir une différence juste perceptible
d’intensité entre deux stimulus, ou fraction de Weber, varie entre
0,2 et 0,5.
2- Adaptation :
La sensibilité olfactive est réduite après exposition continue
ou répétée à un odorant.
Lors de cette adaptation, on constate une élévation du seuil qui
est fonction à la fois de la durée et de l’intensité du stimulus
adaptant.
Quand la stimulation est interrompue, la sensibilité est d’abord
partiellement restaurée dans les premières minutes, puis atteint
plus lentement sa valeur de référence.
L’adaptation induite par un stimulus peut s’étendre à des
stimulus de nature chimique différente : c’est l’adaptation croisée.
La plupart des relations d’adaptation croisée ne sont pas
symétriques en ce sens que l’adaptation par le stimulus A réduit
davantage la réponse au stimulus B que l’adaptation par le stimulus
B ne réduit la réponse au stimulus A.
L’adaptation met en jeu une composante périphérique due aux
récepteurs et une composante centrale.
3- Qualité :
Le système olfactif se montre très efficace pour discriminer les
odeurs.
La discriminabilité s’étend à des molécules identiques au plan
chimique comme certains isomères optiques dont les formes d et l
donnent naissance à des odeurs distinctes.
Un grand nombre de classifications des odeurs ont été proposées,
mais elles ne reposent pas sur des bases objectives et il s’avère
très difficile de réduire la grande diversité des qualités
olfactives à un petit nombre de primitives.
Il n’est pas aisé de s’entendre sur un nombre limité de
descripteurs des odeurs.
L’analyse multidimensionnelle des mesures de ressemblance ou de
dissemblance entre stimulus présentés par paires ne permet pas
d’identifier des classes bien délimitées.
Il est notable que la dimension prépondérante identifiée dans
les représentations multidimensionnelles est la dimension hédonique,
c’est-à-dire le caractère plaisant ou déplaisant des odeurs.
Il faut enfin remarquer que qualité et intensité olfactives ne
sont pas des attributs indépendants.
La variation de l’intensité d’une odeur produit souvent un
changement sensible de sa qualité.
4- Dimension hédonique :
Les sujets humains se fondent largement sur la dimension de
plaisir ou de déplaisir que procurent les odeurs pour apprécier les
similitudes et dissimilitudes olfactives.
Certains pensent que l’attribut hédonique de l’odeur est le
résultat d’un apprentissage associatif.
Ils s’appuient sur le fait que des enfants de moins de 5 ans
n’ont pas les mêmes préférences olfactives que les adultes.
Que l’expérience sensorielle influence nettement la tonalité
affective des sensations olfactives est hors de doute.
Il est pourtant très vraisemblable que les réactions aversives à
l’égard de certaines classes de molécules puissamment malodorantes
ont un déterminisme inscrit dans l’organisation des voies
olfactives.
C - Facteurs influençant la sensibilité olfactive :
1- Influence du sexe :
Les femmes montrent une supériorité sur les hommes en termes de
détection et d’identification des odeurs et cet avantage tend à
s’accroître avec l’âge.
Il ne semble pas que ces différences entre sexes soient
explicables par des raisons culturelles.
Elles sont repérables, en effet, dans de nombreuses zones
géographiques.
Les deux sexes diffèrent également pour ce qui concerne
l’appréciation de l’intensité et de la valence hédonique de
certaines odeurs corporelles.
Les femmes perçoivent comme plus intenses et moins plaisantes
les odeurs des sécrétions axillaires et vaginales, ainsi que l’odeur
de l’androsténone rappelant l’odeur de la sueur.
La fréquence de l’anosmie à l’androsténone est différente chez
les hommes et chez les femmes.
2- Vieillissement :
Tous les paramètres mesurés, détection, reconnaissance ou
identification des odeurs, montrent une dépendance à l’égard de
l’âge.
Alors que les performances sont relativement stables entre 15 et
65 ans, elles se détériorent sensiblement au-delà, ce qui
s’accompagne d’une forte augmentation de la variabilité intersujets.
D - Anosmies sélectives :
Il ne fait guère de doute que l’équipement en récepteurs
olfactifs des sujets humains est très variable d’un individu à
l’autre.
Aussi peut-on voir dans le phénomène d’anosmie sélective un cas
extrême de cette diversité plutôt qu’une pathologie proprement dite.
Dans une population humaine, la distribution des seuils de
sensibilité à certains odorants est bimodale.
Certains individus ne perçoivent pas la note caractéristique de
tel ou tel odorant, alors qu’ils montrent une sensibilité normale à
l’égard de tous les autres.
Ainsi, 36 %des sujets testés parAmoore et al présentaient une
élévation de leurs seuils de sensibilité à l’isobutyraldéhyde d’un
facteur 500.
On a décrit des anosmies partielles pour plusieurs dizaines de
substances.
Il est probable que la liste pourrait être très allongée si les
tests de détection étaient réalisés à grande échelle.
L’anosmie sélective trouve probablement son explication dans les
mécanismes moléculaires de l’olfaction.
Les anomalies de cette catégorie, dont il a été établi que
certaines étaient génétiquement transmises, peuvent être comprises
comme la conséquence de l’altération ou de l’absence du gène codant
pour le récepteur spécifique d’un groupe relativement restreint
d’odorants.
On ne peut supposer, en effet, que les odorants qui sont l’objet
d’anosmies sélectives sont détectés par un grand nombre de
récepteurs peu sélectifs car le défaut de l’un de ces récepteurs
n’aurait pas des conséquences aussi grandes sur le seuil de
reconnaissance des odorants.
L’interprétation des anosmies sélectives est cependant
compliquée par la découverte récente que l’exposition répétée à
l’androsténone rend possible la perception de l’odeur de cette
substance par des sujets initialement anosmiques.
Troubles de l’olfaction :
A - Pathologies du système olfactif périphérique :
Parmi les pathologies non traumatiques atteignant le système
olfactif périphérique, on distingue les affections nasales et
sinusales paranasales d’une part, et les infections virales des
voies respiratoires supérieures d’autre part.
Les affections nasales et sinusales telles que rhinites
allergiques, polyposes, rhinites bactériennes et sinusites sont des
causes d’affaiblissement de l’odorat.
Le pronostic est raisonnablement optimiste car un traitement
pharmacologique ou une intervention chirurgicale qui améliore
l’accès de l’air à la surface sensorielle peuvent dans certains cas
restaurer la fonction olfactive.
Les troubles olfactifs d’origine virale ont pour caractéristique
de comporter fréquemment (36,3 % des cas) des parosmies,
c’est-à-dire des modifications de la qualité des odeurs lorsque
l’anosmie n’est pas totale.
Malgré les nombreux traitements appliqués dans les cas de
troubles olfactifs consécutifs à une infection virale (strychnine ou
dérivés, vitamine A, corticostéroïdes, zinc, aminophylline), le
pourcentage des cas de restauration de la fonction semble plutôt
faible.
La proportion des récupérations spontanées, qui peut être
évaluée à un peu plus de 30 %, ne paraît pas très différente de
celle estimée pour les sujets traités, mais la comparaison est très
hasardeuse compte tenu de la disparité des données disponibles.
Quand elle a lieu, la restauration semble plus lente qu’après
lésion traumatique.
B - Atteintes traumatiques :
Des troubles de l’odorat accompagnent assez fréquemment les
traumatismes crâniens.
Dans un ensemble d’études portant sur plus de 8 000 patients,
l’incidence de l’anosmie post-traumatique a été évaluée à 5 %.
Cette proportion est certainement sous-estimée car les patients
ne signalent pas toujours leur déficit.
La probabilité de l’anosmie augmente avec la sévérité du
traumatisme.
Elle est également fonction de son site. Bien que nettement
moins fréquents que les traumatismes frontaux, les chocs occipitaux
s’avèrent environ cinq fois plus dangereux que les premiers.
Les mécanismes de l’atteinte olfactive traumatique peuvent être
classés en trois catégories : lésions des fibres du nerf olfactif,
lésions des voies nasales, lésions cérébrales.
Le cisaillement du nerf olfactif au niveau des perforations de
la lame criblée de l’ethmoïde, à la suite du déplacement du cerveau
consécutif à un choc occipital ou frontal, représente, avec les
fractures de la base du crâne, la première cause d’anosmie
post-traumatique.
Les lésions des tissus osseux, cartilagineux ou des tissus mous
qui freinent ou empêchent l’accès de l’air aux régions supérieures
de la cavité nasale sont également des causes de perte de la
fonction olfactive.
Des atteintes cérébrales centrales par contusion, hémorragie et
oedème peuvent, selon leurs localisations (néocortex orbitofrontal,
cortex piriforme, bulbe olfactif...), causer des perturbations de la
discrimination et de la reconnaissance olfactives et non la simple
perte de sensibilité.
Une amélioration de l’état olfactif des patients après déficit
d’origine traumatique a été estimée se produire dans 40 % des cas.
Ce pourcentage inclut les traumatismes relativement légers
(amnésie post-traumatique de moins de 24 heures) pour lesquels le
pronostic de récupération est nettement supérieur (50 %) alors qu’il
est plus faible (10 %) pour les traumatismes plus graves (amnésie de
plus de 24 heures).
Il faut aussi mentionner, corrélativement, que la présence d’une
anosmie totale consécutive à un traumatisme frontal est un signe de
dommage orbitofrontal qui autorise un pronostic pessimiste quant au
devenir socioprofessionnel du patient, même si aucun autre signe
clinique patent n’est observé.
Le pronostic pessimiste qui accompagne les anosmies virales et
posttraumatiques semble indiquer que les neurorécepteurs olfactifs
humains ne bénéficient pas des mêmes processus de régénération que
les cellules réceptrices des autres mammifères, y compris des
primates non humains.
Les examens endoscopiques et les biopsies de muqueuse olfactive
pratiqués chez les anosmiques post-traumatiques montrent un
épithélium désorganisé contenant des zones de tissu cicatriciel et
d’épithélium respiratoire.
Des rassemblements d’axones à la base de l’épithélium paraissent
indiquer qu’une régénération de neurorécepteurs a bien lieu mais que
la progression des axones vers le bulbe olfactif est stoppée,
peut-être par obturation des perforations de la lame criblée de
l’ethmoïde.
Les biopsies de sujets souffrant d’anosmies d’origine virale
révèlent, en microscopie électronique, une dégénérescence presque
complète des cellules réceptrices tandis que des lambeaux
d’épithélium d’apparence presque normale subsistent chez les
patients souffrant d’hyposmie.
C - Pathologies centrales lésionnelles :
Dans la tradition des recherches neuropsychologiques, les
déficits olfactifs imputables à des lésions cérébrales apportent des
informations encore lacunaires mais cependant significatives sur le
rôle de différentes aires cérébrales dans le traitement de
l’information olfactive.
Depuis les travaux de Gordon et Sperry, on sait que chacun des
hémisphères est capable de reconnaître les odeurs mais que le seul
cerveau gauche a, en général, la possibilité de les nommer.
Les lésions centrales affectent assez rarement la détection des
odeurs.
En revanche, la reconnaissance et l’identification sont altérées
par les lobectomies temporales. Les patients porteurs de lésions
frontales impliquant le cortex orbitofrontal présentent aussi des
déficits de discrimination et d’identification.
Le schéma non croisé des projections bulbocorticales a pour
conséquence que les déficits associés à une lésion unilatérale sont
surtout apparents lorsque la narine stimulée est du même côté que la
lésion.
La lésion orbitofrontale droite a cependant des conséquences
négatives pour la stimulation des deux narines.
On observe, en outre, que les déficits sont plus prononcés pour
des lésions temporales droites, ce qui est en accord avec les
observations sur des sujets sains, qui font apparaître des
performances meilleures pour des stimulations portées à la narine
droite.
L’analyse des troubles olfactifs associés aux lésions corticales
confirme ainsi le rôle du lobe temporal inférieur antérieur et de la
région frontale orbitaire dans le traitement de l’information
olfactive.
D - Troubles olfactifs associés :
Un certain nombre de pathologies du système nerveux
s’accompagnent de troubles olfactifs.
Nous limiterons la présentation de ces troubles olfactifs
associés au syndrome de Kallmann et aux maladies dégénératives.
1- Syndrome de Kallmann :
Le syndrome de Kallmann (ou de Kallmann-de Morsier) est une forme
d’hypogonadisme hypogonadotrophique associée à de l’anosmie.
La neurobiologie de cette maladie du développement du système
nerveux a progressé récemment en liaison avec l’identification du
principal gène responsable, le gène KAL, localisé sur le chromosome
X.
Le gène produit une protéine (KALP) qui joue un rôle important
dans le développement du système nerveux.
Le syndrome a pour origine l’impossibilité des neurones
sécréteurs de GNRH (gonadotrophin releasing hormone) de migrer
depuis leur site d’origine, dans la placode olfactive embryonnaire,
jusqu’à l’hypothalamus.
Le blocage de la migration affecte également les neurorécepteurs
olfactifs qui ne peuvent rejoindre le cerveau antérieur, ce qui
conduit à une non-différenciation du bulbe olfactif.
2- Maladies dégénératives :
Un grand nombre d’études ont été consacrées dans les années
récentes aux troubles olfactifs qui accompagnent plusieurs maladies
dégénératives du système nerveux.
Dans le cas de la maladie d’Alzheimer, il y a un consensus assez
général sur le fait que l’identification des odeurs est sérieusement
perturbée.
Cette atteinte est déjà manifeste à un stade précoce de la
maladie.
La sensibilité olfactive paraît également réduite, mais avec des
différences selon les individus et les odeurs.
Les déficits olfactifs sont sans aucun doute à rapprocher des
altérations structurales observées dans les voies olfactives des
patients.
Les signes histopathologiques de la maladie, amas
neurofibrillaires et plaques, ont été retrouvés dans l’épithélium
olfactif, le bulbe olfactif, le NOA et les régions limbiques
associées aux fonctions olfactives comme l’uncus et le groupe médian
des noyaux amygdaliens.
La prédominance des altérations structurales dans les aires
recevant des projections olfactives par rapport aux aires visuelles
et somesthésiques a donné quelque crédit à l’idée que les voies
olfactives pourraient introduire un agent pathogène dans le système
nerveux puisque le nerf olfactif est une voie d’entrée cérébrale
pour des virus et des particules qui atteignent l’épithélium
olfactif.
Cette hypothèse est loin, cependant, de faire l’unanimité.
Des dysfonctionnements olfactifs accompagnent la maladie de
Parkinson.
Les troubles se manifestent comme une élévation du seuil de
détection et une difficulté d’identification sans nécessairement
atteindre le degré de totale anosmie.
Les capacités de détection et d’identification des patients ne
sont pas corrélées avec la dégénérescence dopaminergique.