Troubles de l’équilibre et de la posture
Cours de Neurologie
Définition
:
L’équilibre est la fonction qui permet le maintien de la posture, c’est-à-dire chez l’homme, dans les conditions de vie terrestre, la station
debout et ceci quelles que soient les circonstances, sujet immobile
ou mobile, se déplaçant dans l’espace, lui-même mobile ou
immobile.
Il nécessite la stabilité du corps (centre de gravité à
l’intérieur du polygone de sustentation) et celle du regard.
Les mécanismes mis en oeuvre pour assurer sa réalisation
comprennent :
– des capteurs sensoriels qui, à tout moment, informent sur
l’orientation et le déplacement du corps dans l’espace.
En cas de
déséquilibre, ils agissent comme des signaux détecteurs d’erreur ;
– des centres nerveux, capables d’interpréter les différents influx
transmis à partir des capteurs sensoriels et d’élaborer une réponse
motrice adaptée ;
– des effecteurs moteurs, systèmes musculotendineux et
ostéoligamentaires, somatiques et oculaires, permettant la réalisation
de la réponse motrice selon une stratégie appropriée.
Bases anatomophysiologiques
:
A - CAPTEURS SENSORIELS :
On en distingue trois catégories : les récepteurs somesthésiques
myoarticulaires et cutanés, les récepteurs labyrinthiques, les
récepteurs rétiniens.
1- Récepteurs somesthésiques myoarticulaires et cutanés
:
Ils renseignent sur la position et les mouvements des différents
segments du corps les uns par rapport aux autres.
* Récepteurs fusoriaux
:
Ils sont situés à l’intérieur du muscle et ont un rôle primordial dans
le réflexe myotatique dont l’intégrité est nécessaire au maintien du
tonus postural.
Ils renseignent sur l’étirement du muscle au moyen
de fibres dynamiques qui signalent les variations de longueur et de
fibres statiques qui déchargent pendant toute la durée de l’étirement.
* Récepteurs tendineux de Golgi
:
Situés à l’extrémité de la fibre musculaire à proximité du tendon, ils
sont sensibles à une tension exercée, soit par l’activation des fibres
musculaires, soit par leur étirement passif.
* Récepteurs fusoriaux et musculotendineux :
Ils existent également au niveau des muscles oculomoteurs externes,
au niveau desquels sont décrites des terminaisons avec une structure
particulière en « palissade » dont l’aspect atrophique fait
actuellement discuter, pour certains auteurs, leur rôle dans une
information proprioceptive efficace.
* Récepteurs articulaires (corpuscules de Pacini et surtout de Ruffini)
:
Ils sont sensibles à la position ou au déplacement des articulations.
* Récepteurs proprioceptifs musculotendineux et ostéoarticulaires
:
Ils sont particulièrement riches dans la région cervicale, notamment
au niveau de la musculature postérieure et des segments
ostéoarticulaires supérieurs de C0 à C4.
Ces récepteurs apportent
une information sur la position de la tête par rapport au tronc et ont
une action privilégiée en cas de déficit labyrinthique.
* Récepteurs cutanés
:
Situés dans l’épiderme et le derme, ils ont une densité qui varie
selon le territoire.
Ils sont notamment responsables de la
représentation des forces d’appui, en particulier de la voûte plantaire
ou de la face palmaire de la main.
Les informations tactiles issues
des fesses et des plis articulaires peuvent également jouer un rôle
important en situation de défaillance des autres sources
d’information.
Du fait de la fréquence de la station debout, les
récepteurs de la plante du pied jouent un rôle particulièrement
important (indiquant la pression différentielle entre les voûtes
plantaires, permettant de percevoir les irrégularités du sol et
d’adapter les réflexes d’équilibration en conséquence).
2- Récepteurs vestibulaires :
Ils sont situés dans le labyrinthe postérieur et informent sur les
mouvements du sujet créés par des accélérations angulaires ou
linéaires.
On distingue :
– les macules otolithiques qui renseignent en permanence sur
l’orientation du vecteur gravitaire et informent sur les accélérations
linéaires.
Le seuil de détection des déplacements linéaires est de 0,05
à 0,1 m/s².
Ces récepteurs d’accélération linéaire, qui indiquent en
permanence la direction de la verticale, fonctionnent comme un
inclinomètre permettant de calculer l’angle de la tête par rapport à
la gravité, ou comme un accéléromètre linéaire lors des mouvements
de translation ;
– les crêtes ampullaires des canaux semi-circulaires qui sont adaptées
à la détection des mouvements de rotation.
Elles sont sensibles aux
messages liés à l’accélération angulaire aux basses fréquences (moins
de 0,025 Hz), à la vitesse aux fréquences moyennes et à la position
aux fréquences élevées.
Il faut connaître les limites de ce système :
– il n’est sensible qu’aux accélérations.
Aucune information de
mouvement n’est donc captée lorsque le sujet est mobile à vitesse
constante ;
– il a des limites de fréquence qui découlent de ses propriétés
physiques (inertie, friction, élasticité).
Ses limites de vitesse se situent
chez l’homme entre 0,1 et 5 Hz, le rendant performant pour des
vitesses élevées de mouvement, mais à l’origine d’un défaut de
linéarité en dehors de ces limites ;
– enfin, le capteur cupulaire ne distingue pas entre une accélération
positive dans un sens et négative dans l’autre, tandis que le capteur maculaire ne distingue pas le vecteur gravitaire du vecteur
d’accélération inertielle.
3- Récepteurs visuels
:
Les informations d’origine visuelle jouent un rôle important dans la
régulation posturale.
Ces récepteurs sont sensibles aux informations
de position et de vitesse et renseignent sur les déplacements de la
tête et du corps par rapport à l’environnement (vection), à condition
que le sujet ne se déplace pas à la même vitesse et dans la même
direction que l’environnement (condition de vision stabilisée).
De nombreux types de neurones détecteurs de mouvements ont été
décrits.
Ils répondent différemment selon la direction, la vitesse du
stimulus, son orientation spatiale et son niveau d’illumination
(sensibilité au contraste).
Il existe deux types d’informations visuelles :
– la vision focale (fovéale), qui permet la reconnaissance et
l’identification des objets.
Elle repère la direction du regard par
rapport à la position de la tête et du corps ;
– la vision périphérique (extramaculaire), qui permet l’orientation du
sujet par rapport à l’environnement.
Elle transmet les informations
de structuration de l’espace, lignes horizontales et verticales, ainsi
que le glissement du panorama sur la rétine, à l’origine du
nystagmus optocinétique (NOC).
Elle est donc particulièrement
impliquée dans la fonction kinesthésique au service de l’équilibre.
Les deux types de vision peuvent être utilisés conjointement.
Ainsi,
on peut lire (vision fovéale), en marchant (vision ambiante).
Un sujet
sans labyrinthe n’a donc pas de difficultés d’orientation spatiale s’il
n’est pas privé de vision.
Il existe une interaction entre ces différentes entrées somesthésiques,
labyrinthiques et visuelles, permettant à chaque sujet, en fonction
d’une situation donnée, d’utiliser ces informations selon un mode
sélectif ou additif, à l’origine de l’élaboration d’une stratégie du
contrôle postural.
B - INTÉGRATION ET CONTRÔLE CENTRAL :
Les influx issus des différents récepteurs sensoriels convergent vers
les structures centrales sous-corticales et corticales qui en réalisent
l’intégration et permettent le contrôle de la stabilisation du regard
par les réflexes vestibulo-oculaire (RVO) et visuo-oculomoteur, le
maintien de la posture par les réflexes vestibulospinal (RVS),
vestibulo-oculo-cervical, et leur contrôle sur le réflexe myotatique.
Parmi ces structures, le complexe nucléaire vestibulaire joue un rôle
privilégié.
Son activité, déterminée par l’ensemble des entrées
sensorielles, est contrôlée par les structures sus-jacentes : cervelet,
noyaux gris, colliculus, thalamus et cortex cérébral.
1- Complexe nucléaire vestibulaire :
Plus particulièrement réservé à la réception des influx
labyrinthiques, il est formé de quatre noyaux principaux, vestibulaire supérieur (NVS), médian (NVM), latéral (NVL) et
descendant (NVD) et de groupes cellulaires adjacents qui
comprennent le groupe Y, situé latéralement par rapport au NVL et
le noyau interstitiel à l’entrée du nerf vestibulaire dans le tronc
cérébral.
D’autres groupes cellulaires, ainsi que le noyau prepositus
hypoglossi (complexe périhypoglosse), qui ne reçoivent pas
d’afférences vestibulaires primaires, ne sont pas considérés comme
appartenant au complexe nucléaire vestibulaire (CNV).
Chaque groupe cellulaire a une fonction plus ou moins spécialisée,
selon les différents sites d’origine de leurs afférences respectives :
– les afférences labyrinthiques originaires des récepteurs canalaires
et otolithiques ont leur corps cellulaire situé dans le ganglion de
Scarpa. Leurs axones constituent le nerf vestibulaire.
Au niveau du CNV, le nerf vestibulaire se divise en deux branches : une branche
ascendante vers les NVS et NVM, une branche descendante vers les
NVD, NVM et le groupe Y.
Ces afférences sont ipsilatérales et
utiliseraient le glutamate aspartate comme neurotransmetteur ;
– les voies permettant l’acheminement des afférences visuelles chez
l’homme projettent, à partir des cellules rétiniennes, sur le noyau du
tractus optique (NTO) et sur le système optique accessoire (SOA),
réalisant la voie optique accessoire, qui se projette elle-même sur les
noyaux pontiques : noyaux pontiques dorsolatéraux (DLPN) et les
noyaux vestibulaires, ainsi que le cervelet vestibulaire.
À noter que
le cortex cérébral peut jouer un rôle dans la réponse optocinétique
et que les neurones corticaux, issus en particulier du cortex
temporal, projettent sur la voie optique accessoire qui reçoit ainsi
non seulement des projections rétiniennes directes mais également
des influx provenant des aires visuelles corticales ;
– les afférences spinales atteignent la partie dorsale du NVL, du
NVM et du NVD ainsi que le groupe Y par des projections
spinovestibulaires directes ou originaires de collatérales d’axones
des faisceaux spinocérébelleux.
On distingue un système spinovestibulaire ascendant médian issu
des étages médullaires cervicaux qui se rend électivement au NVM
et un système latéral provenant des étages thoraciques et lombaires
qui se rend plus spécifiquement au NVD, NVL et au groupe X.
On
ignore actuellement s’il existe chez l’homme des projections directes
issues des récepteurs proprioceptifs des muscles extraoculaires.
Il
existe en revanche des projections indirectes qui passent par le colliculus et la réticulée ;
– un très important système commissural relie, soit les régions
correspondantes des deux noyaux vestibulaires droit et gauche, soit
différentes régions des deux noyaux entre eux.
Les fibres
commissurales sont inhibitrices pour les neurones afférentés par les
canaux semi-circulaires, ce qui explique l’inhibition d’un canal
lorsque le canal controlatéral est excité, excitatrices pour les unités
afférentées par les otolithes.
Il existe des connexions ipsilatérales
d’un groupe cellulaire à l’autre, à l’intérieur d’un même CNV.
2- Contrôle cérébelleux
:
Le cervelet occupe une place particulière dans le contrôle de
l’équilibration, en raison de ses connexions à la fois efférentes et
afférentes avec le CNV.
Ainsi fonctionne une boucle de rétroaction
interne qui permet la modification du message moteur en fonction
des données sensorielles parvenues au même moment.
– Le cervelet vestibulaire (archéocervelet) joue le rôle le plus
important.
Le floccule et le parafloccule reçoivent des afférences du
CNV.
Leurs efférences vers ce même CNV permettent le
fonctionnement d’une boucle qui gère l’adaptation du gain du RVO
en fonction des variations de l’environnement au cours des
mouvements de haute vitesse (mouvements de la tête par rapport
au corps).
Le nodule reçoit des afférences labyrinthiques directes ; il
intervient plus spécifiquement dans le mécanisme de stockage de
vitesse et la régulation du RVO au cours des mouvements de basse
vitesse (mouvements circulaires au cours du déplacement).
Les
voies cérébellovestibulaires seraient de nature gabaergique, alors que
le glycine et le GABA seraient impliqués dans l’inhibition des
neurones vestibulaires centraux par les voies commissurales.
– Le cervelet spinal (paléocervelet) intervient plus spécifiquement
dans la régulation de la posture.
Le lobe antérieur du vermis
cérébelleux et le lobe paramédian reçoivent des afférences spinales
directes qui véhiculent les informations proprioceptives somatiques
des membres inférieurs.
Leurs efférences se font vers la réticulée et,
par l’intermédiaire des noyaux cérébelleux profonds, vers le CNV,
plus particulièrement le NVL, à l’origine des faisceaux
vestibulospinaux destinés aux membres supérieurs et inférieurs.
Il
intervient dans la régulation de la station debout et de la marche en
réglant la coordination temporelle agonistes/antagonistes, ainsi que
les synergies nécessaires aux ajustements posturaux qui précèdent
l’acte moteur.
Il joue également un rôle dans le contrôle des
mouvements oculaires en fonction de la position de l’oeil dans
l’orbite.
Les lobules 5 et 7, en particulier, reçoivent des afférences
des muscles extraoculaires.
– Le cervelet pontique (néocervelet) semble peu impliqué, tant dans
la stabilisation du regard que dans le contrôle de la posture.
Les
afférences corticales et olivaires des hémisphères cérébelleux et leurs efférences thalamiques et corticales leur permettent d’intervenir dans
l’organisation spatiotemporelle de la poursuite oculaire (notamment
la poursuite d’un objet déplacé activement par la main du sujet).
– Les noyaux cérébelleux constituent un relais entre les afférences et efférences du cortex cérébelleux, notamment les afférences
rétiniennes, qui transitent par l’olive bulbaire et le noyau fastigial
avant de gagner les cellules de Purkinje du cortex cérébelleux dont
l’action inhibitrice en retour s’exerce, soit directement, soit de
nouveau par l’intermédiaire du noyaux fastigial.
Le noyau dentelé a
une projection directe sur les motoneurones des muscles oculaires
droits supérieurs et inférieurs, à l’origine d’une voie cérébelleuse
oculomotrice directe pour les mouvements oculaires verticaux.
3- Autres structures de contrôle
:
– Le noyau rouge est à l’origine du faisceau rubrospinal.
Le noyau magnocellulaire, peu développé chez l’homme, est impliqué dans la
locomotion par la voie croisée rubrospinale issue du cervelet
intermédiaire.
Ses afférences corticales (aire 4), médullaires
(collatérales du faisceau spinothalamique), cérébelleuses (noyaux
interposés) et ses afférences bulbaires et médullaires (en particulier
au niveau cervical) l’impliquent dans le contrôle de la motricité de
la face et des membres, en assurant une régularité précise des
mouvements de diverses régions corporelles au cours même de leur
exécution.
Le noyau parvocellulaire impliqué dans la boucle dento-rubroolivaire
est en relation avec le néocervelet par l’intermédiaire du
noyau dentelé.
Il intervient, outre ses fonctions cognitives, dans
l’initialisation motrice et l’apprentissage interne du mouvement.
– La substance réticulée reçoit peu d’afférences labyrinthiques
directes.
Elle en reçoit en revanche par l’intermédiaire du CNV qui projette sur les noyaux réticulaires pontique et bulbaire. Elle reçoit
également des fibres de la sensibilité somesthésique par
l’intermédiaire du lemniscus médian après le relais bulbaire, au
niveau des noyaux de Goll et Burdach.
La formation réticulée pontique et bulbaire projette à son tour sur
les noyaux vestibulaires.
Aucune projection n’est issue de la réticulée mésencéphalique.
La réticulée bulbaire est par ailleurs à l’origine du
faisceau réticulospinal dont les fibres directes et croisées ont un effet
excitateur pour les neurones issus de la partie rostrale, inhibiteur
pour ceux issus de la partie caudale.
– L’existence d’un cortex vestibulaire chez l’homme a été longtemps
controversée et sa spécificité reste encore actuellement discutée, dans
la mesure où plusieurs zones corticales éparses ont des relations
anatomiques avec les noyaux vestibulaires et que ces zones reçoivent
toutes des afférences multimodales.
Les afférences vestibulaires ascendantes partent des noyaux
vestibulaires et transitent par le thalamus.
Trois voies principales
ont été étudiées : l’une transite par le noyau ventral postérieur latéral
du thalamus, l’autre passe par la partie médiane du noyau genouillé
médian, la troisième issue du noyau vestibulaire et du noyau
préposé du XII passe par le corps genouillé latéral ventral puis les
noyaux intralaminaires du thalamus.
Par l’intermédiaire de ces
voies, les projections vestibulaires se dirigent vers les aires pariétoinsulaires
(PIVC) qui représentent la région corticale la plus
intéressante au titre du « cortex vestibulaire ».
Deux autres régions
corticales sont également importantes : les aires pariétales 3a et 2V
et le cortex préfrontal.
Le cortex vestibulaire, ou plus généralement le réseau cortical
vestibulaire, apparaît comme un point de convergence
d’informations issues des capteurs vestibulaires mais aussi,
directement ou par des lésions transcorticales, visuelles et
somatosensitives.
Il va intégrer ces différents signaux et joue ainsi le
rôle d’un cortex associatif.
Il contribue plus particulièrement à la
détermination d’une référence égocentrique.
Se constitue ainsi une
verticale subjective issue des signaux définissant l’espace égocentré,
et une verticale objective, celle du fil à plomb.
C - RÉPONSE MOTRICE ET EFFECTEURS :
Ce traitement central des informations sensorielles s’organise en vue
d’une double finalité : le maintien de la posture et la stabilité du
regard.
1- Maintien de la posture :
Il est assuré par la contraction des muscles striés antigravitaires
permettant de garder l’équilibre au repos et lors du mouvement.
* Réflexe somesthésique de base
:
Le réflexe myotatique médullaire en constitue le maillon essentiel.
Sa voie efférente est constituée par les fibres issues des terminaisons annulospinales du récepteur fusorial du muscle, qui s’articulent
monosynaptiquement avec les motoneurones correspondants.
Il
permet la contraction réflexe d’un muscle lors de son propre
étirement.
Lorsque l’étirement est trop important, les récepteurs tendineux sont
activés, entraînant une inhibition des motoneurones : c’est le réflexe myotatique inverse.
L’excitation des mécanorécepteurs cutanés est à l’origine, suivant
les cas, de réflexes ipsilatéraux de flexion et de réflexes ipsi- et
controlatéraux d’extension, surtout lors de la stimulation des soles
plantaires.
* Voies de contrôle supraspinales :
Les réflexes de base sont contrôlés en permanence par les structures
d’intégration centrale qui projettent sur les motoneurones de la
corne antérieure en empruntant trois voies principales :
– le faisceau réticulospinal est issu de la formation réticulée bulbaire.
Ses fibres directes ou croisées ont un effet excitateur pour celles qui
proviennent de la partie rostrale, inhibiteur pour celles qui
proviennent de la partie caudale, sur l’ensemble des motoneurones
des muscles extenseurs et fléchisseurs ;
– le faisceau vestibulospinal latéral, principalement originaire du
NVL, à un moindre degré du NVD, véhicule essentiellement des
informations d’origines sacculaire et utriculaire.
Certaines de ses
fibres s’étendent jusqu’au niveau lombosacré, mais la majorité se
terminent plus caudalement.
Constitué de fibres ipsilatérales à
conduction rapide (90 m/s), ses influences sont facilitatrices pour
les motoneurones des muscles extenseurs, inhibitrices pour les
motoneurones des muscles fléchisseurs ;
– le faisceau vestibulospinal médian naît pour l’essentiel des NVM et
NVD.
Il chemine dans le faisceau longitudinal médial (FLM) et se
distribue bilatéralement au niveau cervical et thoracique.
Constitué
de fibres à conduction assez rapide, il contrôle presque
exclusivement la musculature cervicale, en exerçant des influences
facilitatrices et inhibitrices sur les motoneurones spinaux selon un
pattern très complexe.
On a décrit en outre un faisceau vestibulospinal caudal qui prendrait
son origine dans les régions caudales des NVM et NVD, ainsi qu’au
sein des groupes cellulaires accessoires (groupe F notamment).
Les
axones à vitesse de conduction lente s’étendraient jusqu’au niveau
lombaire.
Cependant, son existence n’a pas été confirmée.
* Interactions cervicovestibulaires
:
Il existe des interactions entre les réflexes du cou et les réflexes
labyrinthiques.
Le réflexe cerviconucal agit en synergie avec le
réflexe vestibulonucal.
Une sommation de leurs effets compensateurs est observée, améliorant la stabilisation du segment
céphalique dans une gamme étendue de fréquences incluant les
mouvements naturels de la tête.
À l’inverse, réflexes du cou et réflexes labyrinthiques ont des effets
opposés sur la musculature des membres.
Ceci traduit bien leur
couplage fonctionnel : leurs effets s’annulant, la posture n’est pas
affectée par les mouvements de la tête dans l’espace et par ses
positions variées par rapport au corps.
2- Stabilisation du regard
:
Les mouvements oculaires sont essentiellement contrôlés par les
afférences visuelles et vestibulaires.
Le maintien du regard stable
pendant les mouvements de la tête est sous le contrôle du RVO.
Le
maintien du regard stable pendant le déplacement du champ visuel
est sous le contrôle du réflexe visuo-oculomoteur.
* Réflexe vestibulo-oculaire :
Une voie directe monosynaptique relie le CNV (NVS, partie rostrale
du NVM) aux noyaux oculomoteurs III, IV, VI.
– chaque canal semi-circulaire est connecté aux muscles oculaires
de telle sorte que la stimulation du nerf ampullaire entraîne un
mouvement conjugué des yeux dans le plan du canal concerné.
Une rotation angulaire de la tête dans un sens entraîne donc
un mouvement conjugué des yeux de sens opposé.
Si le mouvement
est de grande amplitude, il se produit un nystagmus avec une
composante lente dans le sens du courant endolymphatique, donc
dans le sens opposé à celui de la tête ;
– les voies anatomiques à la base du réflexe otolithico-oculaire
permettent un mouvement compensateur de l’oeil pour maintenir
l’axe des yeux perpendiculaire à celui de la verticale terrestre.
Les
aires maculaires sont reliées aux muscles obliques et verticaux de
telle sorte que l’activation des cellules dont les kinocils sont orientés
dans des directions opposées agit sur les muscles agonistes et
antagonistes.
Ainsi, lors d’une inclinaison de la tête ou d’une
accélération linéaire vers l’avant, il se produit une rotation des yeux
vers le haut et lors d’une accélération linéaire vers l’arrière, une
rotation des yeux vers le bas.
Le mouvement oculaire essaie de
maintenir la direction du regard perpendiculaire à celle du vecteur
gravitaire apparent (c’est-à-dire du vecteur gravitaire mesuré par
l’appareil otolithique).
Lors d’une inclinaison latérale de la tête, il se
produit un mouvement compensatoire de contre-rotation de gain
assez faible (5 à 6° pour 50° d’inclinaison).
Il existe des interactions entre les RVO d’origine canalaire et
d’origine otolithique.
Le plus souvent, leur action est mêlée.
Expérimentalement, une stimulation par rotation autour d’un axe
incliné par rapport à la gravité (RAIG) permet de dissocier leurs
actions respectives.
Leur interaction est également mise en
évidence par la persistance du nystagmus calorique en impesanteur
et en pathologie vestibulaire par la diminution du nystagmus
lésionnel lorsque la tête est penchée vers l’oreille saine
(tilt-suppression).
Le RVO est caractérisé par sa plasticité, c’est-à-dire ses capacités
d’adaptation (modification de son gain lors des modifications de
l’environnement), d’habituation (diminution de l’amplitude des
réponses lors de la répétition du stimulus) et de compensation
(ensemble des mécanismes de réorganisation neuronale permettant
la rééquilibration des réponses droite et gauche après une lésion
périphérique unilatérale).
* Réflexe visuomoteur :
Le réflexe optocinétique assure le maintien de la direction du regard
lors du défilement d’un panorama inhomogène dans le champ
visuel périphérique extrafovéal.
Il se traduit par un mouvement lent
de l’oeil de sens opposé au déplacement du champ visuel, suivi d’un
mouvement rapide de sens opposé, à l’origine d’un nystagmus qui
est horizontal, vertical ou oblique, selon la direction du défilement
de la scène visuelle.
Les réponses oculomotrices à la stimulation optocinétique sont les
mêmes que celles liées à la stimulation vestibulaire : le défilement
d’un panorama vers la gauche et/ou une rotation de la tête vers la
droite provoquent une augmentation de l’activité tonique des
neurones vestibulaires secondaires droits, et une diminution de celle
des neurones vestibulaires secondaires gauches.
Par ailleurs, le gain du RVO est modulé par la stimulation visuelle :
un sujet soumis à une rotation dans l’obscurité et qui fixe un point
lumineux mobile avec lui voit son RVO aboli (gain = 0).
Au
contraire, s’il est soumis à une rotation dans la lumière, la réponse nystagmique est maximale (gain voisin de 1).
Les tests cliniques de
suppression ou de synergie visuovestibulaire sont basés sur ce
principe.
Le réflexe de poursuite oculaire permet de maintenir une cible
visuelle mobile sur la zone centrale de la rétine dont les voies
efférentes passent par la voie optique principale pour gagner le
cortex strié, les zones associatives pariétales, avant de projeter vers
les noyaux du pont et retrouver la voie sous-corticale du nystagmus
optocinétique.
Lorsque le mouvement de poursuite est associé à un mouvement de
tête, le réflexe d’origine vestibulo-oculaire suscité par le mouvement
de tête doit être annulé.
En effet, il serait incompatible avec la
poursuite, puisque les réflexes visuomoteurs mobilisent l’oeil dans
le sens de la rotation de la tête, alors que le RVO provoque la
mobilisation de l’oeil en sens inverse.
3- Coordination oeil-tête :
La stabilité du regard doit être maintenue non seulement pendant le
mouvement relatif sujet-environnement, mais également lors des
mouvements de la tête par rapport au corps.
La séquence
motrice permettant l’orientation du regard est bien connue.
Elle
implique l’existence de circuits axonaux atteignant simultanément
les structures de contrôle des fonctions oculomotrices et des
fonctions posturales, notamment au niveau du segment
cervicocéphalique.
Environ 70 % des neurones du NVM projettent à la fois vers les
noyaux oculomoteurs et vers la moelle.
Un même signal moteur est
ainsi distribué à plusieurs structures cibles intervenant dans le
comportement d’orientation et la stabilisation oculocéphalique.
Certaines cellules de la formation réticulée, dont la décharge est en
relation avec les mouvements oculaires (neurones phasiques
excitateurs et inhibiteurs), projettent sur le CNV, entraînant pour la
plupart une inhibition de la vitesse de décharge des neurones secondaires.
Ainsi, les neurones réticulospinaux sont impliqués dans
les synergies motrices des mouvements de la tête et des yeux.
La
suppression des activités réflexes pendant un mouvement volontaire
d’orientation pourrait résulter de leur influence ou d’influences
corticales.
Par ailleurs, environ 20 % des neurones vestibulaires secondaires
sont sensibles à la position de l’oeil dans l’orbite.
Ainsi, une
excentration de l’oeil vers la droite induit un accroissement de
l’activité tonique des neurones vestibulaires gauches, à l’origine
d’une contraction des muscles de la nuque du côté de la déviation
oculaire.
Cette corrélation existe également dans le plan vertical.
Elle
serait liée en partie à la copie de l’efférence oculomotrice, en partie à
la mise en jeu des afférences proprioceptives des muscles
extraoculaires.
Pathologie
:
L’anamnèse et la clinique (observation de la station debout [yeux
ouverts, yeux fermés], de la marche [yeux ouverts, en situation de
marche aveugle]) permettent d’orienter vers un dysfonctionnement
spécifique et de hiérarchiser les examens complémentaires
(explorations fonctionnelles : vestibulaire, oculographique,
électromyographique, potentiels évoqués, imagerie) en vue d’aboutir
à un diagnostic le plus précis possible.
Quelle qu’en soit l’étiologie, le retentissement fonctionnel du trouble
de l’équilibre doit également être précisé. Les outils cliniques validés
peuvent être utilisés : échelle fonctionnelle d’équilibre et de marche
(échelle de Tinetti, get up and go test, test de Fukuda).
Les explorations fonctionnelles telles que la posturographie statique
et dynamique, l’analyse optoélectronique de la marche et du
mouvement, permettent de quantifier et de suivre l’évolution des
troubles, notamment avant et après prise en charge rééducative.
Un trouble de l’équilibre peut provenir :
– d’une atteinte d’un ou plusieurs récepteurs sensoriels ;
– d’une altération ou d’une lésion des mécanismes d’intégration et
de contrôle centraux ;
– d’une perturbation des effecteurs moteurs (paralysie oculomotrice,
hémiplégie, neuropathie périphérique) qui altère la réalisation de
l’ordre moteur.
Il s’agit alors d’un trouble de la motricité plus que
du contrôle de l’équilibre ; nous ne les envisageons donc pas dans
cette étude.
A - ATTEINTE DES AFFÉRENCES SENSORIELLES :
L’interaction entre les différentes afférences sensorielles
proprioceptives vestibulaires et visuelles les rend synergiques et
complémentaires.
Le déficit de l’une peut être compensé par les
autres, mais leur atteinte associée augmente considérablement les
troubles cliniques.
Leur spécificité fonctionnelle rend compte des
tableaux cliniques propres à chaque récepteur en dépit de la
convergence de leurs informations.
1- Atteinte des afférences proprioceptives somesthésiques
:
*
Atteinte des afférences proprioceptives spinales
:
Encore appelée ataxie proprioceptive, elle est liée à la lésion des
récepteurs et des voies efférentes de la proprioception.
Certaines
neuropathies périphériques (polynévrite, polyradiculonévrite,
affection dégénérative) touchent surtout les neurones sensitifs.
Le
contrôle de la boucle gamma est diminué, ainsi que les afférences
convoyées par les faisceaux spinothalamiques et spinocérébelleux
dans les cordons postérieurs.
Le trouble de l’équilibre qui en résulte est caractérisé par une
instabilité des stations debout et assise, avec oscillations incessantes
en tous sens et risque de chute vers l’arrière à l’occlusion des yeux.
L’ataxie cinétique est liée aux troubles du mouvement (diminution
de la perception de vitesse et mauvais ajustement postural) :
incapacité ou difficulté à conserver au mouvement sa direction pour
atteindre le but proposé.
La marche est talonnante (le genou est levé
trop haut, le pied retombe avec brusquerie sur le sol, les enjambées
sont longues et irrégulières).
Les mouvements sont si brutaux que le
sujet perd son équilibre à chaque pas.
La marche est impossible les
yeux fermés.
Dans les formes frustes, les difficultés apparaissent
seulement aux demi-tours, à l’arrêt, au démarrage de la marche, à la
descente ou montée des escaliers.
Les études posturographiques montrent que ces sujets oscillent deux
à trois fois plus que les sujets normaux, aussi bien dans le plan
frontal que dans le plan sagittal.
Le centre de gravité est situé en
arrière.
Une diminution des informations de position réciproque des
pièces mobiles du rachis et des grosses articulations peut également
être à l’origine de troubles de l’équilibre.
Ainsi en est-il des troubles
de la marche ou de la posture céphalique rencontrés chez les
lombalgiques, scoliotiques ou chez les sujets présentant un
traumatisme du col fémoral ou encore une spondylarthrite
ankylosante.
On peut également y rattacher la latérodéviation
observée chez les gonalgiques.
* Atteinte des propriocepteurs de la région cervicale
:
Les récepteurs proprioceptifs sont particulièrement denses au niveau
de la partie supérieure de la colonne cervicale.
Il est vraisemblable
que leur stimulation ou leur lésion lors de certains processus
pathologiques (arthrose haute, séquelles d’entorse, blocage ou malformation congénitale) explique la présence à côté d’une
souffrance cervicale (douleur, limitation de la motilité) de troubles
de l’équilibre.
Ceux-ci se manifestent le plus souvent par une
instabilité non systématisée mise en évidence lors de la manoeuvre
de Romberg, aggravée lorsque la tête du malade est tournée du côté
de la contracture cervicale.
Il n’y a pas de tableau clinique spécifique
et l’existence d’un vertige d’origine cervicale reste une notion
controversée.
On peut rencontrer des sensations brèves de
déplacement de l’environnement, liées à un trouble de la
stabilisation du regard lors des mouvements de la tête sur le corps,
mais il n’y a pas de véritables vertiges rotatoires comme on les
rencontre lors d’une souffrance des centres vestibulaires par troubles
circulatoires dans le territoire artériel dont ils dépendent, et qui sont
alors volontiers majorés par une rotation de la tête ou une hyperextension du cou, à l’origine d’une pathologie fonctionnelle
de nature hémodynamique ou ischémique.
En revanche, on sait que
l’immobilisation de la nuque après une atteinte vestibulaire aiguë
retarde sa compensation.
Par ailleurs, le port prolongé d’une
minerve, par exemple, peut être à l’origine d’une altération des
mouvements de coordination oeil-tête et diminuer la précision des
saccades visuelles guidées.
La recherche sous électro- ou vidéonystagmographie (ENG ou VNG)
du nystagmus d’origine cervicale (nystagmus binoculaire déclenché
par la rotation du corps, la tête restant fixe), donne des résultats
contradictoires décevants.
Il ne s’accompagne jamais de vertiges et
peut être présent chez un sujet, sans aucune pathologie cervicale.
Inversement, il peut être absent chez un sujet qui présente tous les
critères de possibilité d’une origine cervicale à son trouble de
l’équilibre.
Les techniques de rééducation par reprogrammation oculocervicale
sont particulièrement indiquées dans ces cas, à côté des
thérapeutiques spécifiquement cervicales.
* Atteinte des propriocepteurs des muscles extraoculaires
:
Si elle peut être incriminée à l’origine des troubles de l’équilibre,
elle ne donne pas non plus de tableau clinique spécifique.
Chez le
sujet normal, une stimulation inhabituelle de ces récepteurs
(excentration latérale maximale, convergence forcée) entraîne un
vertige, un nystagmus qui bat dans le sens de l’excentration,
s’inversant lors du retour en position médiane du regard (nystagmus
de rebond), et un déséquilibre.
On peut également observer des troubles fonctionnels comparables
en cas de mouvements oculaires forcés chez les strabiques, les
patients porteurs d’une paralysie oculomotrice, ou encore ayant
présenté dans leurs antécédents une atteinte nucléaire, par exemple
au cours d’un syndrome de Wallenberg.
Les troubles de la posture
céphalique (torticolis), associés fréquemment aux myopies
strabiques, peuvent y être rattachés.
En fait, il est très difficile de faire la part de ce qui revient aux
troubles moteurs (pathologie de l’effecteur) ou à une pathologie du
récepteur sensitif (pathologie de l’afférence sensorielle).
Ce problème
se retrouve aussi bien au niveau de la musculature cervicale
qu’extraoculaire, dorsolombaire ou des membres.
2- Atteinte des afférences labyrinthiques
:
* Vertige et nystagmus
:
Dans ce cas, c’est le plus souvent le vertige qui domine le tableau
clinique.
Il s’agit d’une perception erronée de mouvement, soit du
sujet, soit de son environnement, plus ou moins violent, mais
toujours désagréable et liée à l’altération de l’orientation spatiale
corticale.
L’anamnèse en précise le caractère (rotatoire, horaire, antihoraire ou
vertical, parfois linéaire), la durée, les circonstances de survenue,
l’évolution dans le temps.
Il est associé à une atteinte de la stabilisation du regard, objectivée
par la présence à l’examen clinique d’un nystagmus dont la
direction, le sens et les modalités d’apparition, permettent de
préciser le circuit du RVO qui est impliqué (réflexe canalo- ou
otolithico-oculaire).
Le vertige est également associé, surtout lorsqu’il survient par crises
prolongées, à un syndrome dysautonomique avec nausées,
vomissements et anxiété, lié à la stimulation de voies ascendantes
qui atteignent l’hypothalamus, le noyau amygdalien, le cortex
infralimbique et insulaire, contribuant aux réponses affectives et
émotionnelles, et les voies descendantes se rendant vers le noyau
du tractus solitaire, le noyau ambigu, la formation réticulaire
ventrolatérale médullaire intéressée dans le contrôle
cardiorespiratoire et la génération de sensations nauséeuses et de
vomissements.
* Altérations posturales
:
Les altérations posturales accompagnent presque toujours le vertige.
Elles peuvent parfois, rarement dans les atteintes périphériques, être
au premier plan.
Il s’agit d’instabilité, le plus souvent systématisée
(latéropulsion droite ou gauche, associée parfois à une rétropulsion).
Elles peuvent s’accompagner d’une sensation d’ébriété, surtout
perceptible à la marche, et entraînent parfois des chutes.
Ces troubles
de l’équilibre diffèrent selon qu’ils résultent d’une atteinte de la
fonction otolithique ou de la fonction canalaire.
Ils varient également
en fonction du niveau anatomique et de la nature de l’atteinte
lésionnelle.
Dans les atteintes du premier neurone (névrite vestibulaire,
thrombose de l’artère auditive interne, fracture du rocher,
compression tumorale), les latéropulsions sont ipsiversives au côté
lésé, la réaction posturale se faisant dans le sens opposé à celui du
vertige.
La latéropulsion se manifeste essentiellement lors de la
station debout prolongée, à la marche (tendance à longer un mur du
côté de la latéropulsion).
Elle nécessite parfois une aide de ce côté,
surtout lorsque surviennent de véritables propulsions qui peuvent
être à l’origine de chutes.
Elle peut n’être ressentie que lors des
changements de position, sous forme d’un bref déséquilibre sur le
côté.
La compensation en est très rapide et peut parfois être à
l’origine d’une latéropulsion en sens inverse.
Dans le cas d’une atteinte par canalo- ou cupulolithiase du canal
semi-circulaire postérieur (vertige paroxystique positionnel bénin
[VPPB]), il peut se produire, associée au vertige, une véritable
propulsion en diagonale qui se produit dans le plan spatial du canal
semi-circulaire intéressé.
Dans la maladie de Ménière, on peut avoir une instabilité posturale
comparable à celle observée dans la névrite.
On décrit au cours de
cette maladie des drop-attacks vestibulaires (crise de Tumarkin) qui
peuvent survenir à des stades précoces ou tardifs de l’hydrops.
Elles
sont liées au changement brutal de la pression endolymphatique qui
entraîne une déformation des membranes utriculaires ou sacculaires
à l’origine d’un dysfonctionnement du RVS, avec chute brutale du
tonus postural.
Les patients perdent alors le contrôle volontaire de
leur équilibre et chutent avec parfois la sensation de tomber dans
un trou.
Enfin, dans le cas de fistule périlymphatique, un grand bruit peut
entraîner une stimulation mécanique anormale des otolithes qui sont
directement adjacents à l’étrier, subluxé dans ces pathologies.
Le
sujet tombe vers l’oreille saine et présente un tilt oculaire contraversif.
Lorsque l’atteinte est bilatérale (vestibulopathie le plus souvent
d’origine ototoxique), elle entraîne une instabilité à la marche
particulièrement marquée dans l’obscurité, associée à des
oscillopsies lors des mouvements de tête.
Les examens posturographiques montrent une augmentation de l’amplitude des
oscillations avant-arrière, ce qui correspond à la direction
prédominante des chutes lorsqu’elles se produisent.
3- Atteinte des afférences visuelles :
Il n’y a pas de tableau clinique spécifique de troubles de l’équilibre
liés à une altération isolée de la fonction visuelle.
Toutefois, une
baisse de l’acuité visuelle, quelle qu’en soit l’étiologie (rétinite
pigmentaire, cataracte, dégénérescence maculaire) ou une altération
du champ visuel (scotome paracentral, hémianopsie) interviennent
sur la stabilisation du regard et la régulation de la posture.
* Action sur la stabilisation du regard :
La diminution des afférences visuelles entraîne une baisse du gain
du RVO.
Elle ne devient perceptible que s’il existe par ailleurs un
trouble d’origine vestibulaire ou une discordance entre la perception
vestibulaire et la perception visuelle.
Le sujet perçoit alors une
sensation désagréable lors des mouvements de la tête, liée à un
retard de la stabilisation de l’environnement.
Une telle situation se
rencontre au cours de la compensation d’une lésion vestibulaire
unilatérale qui reste le plus souvent incomplète lorsqu’il existe une
baisse de l’acuité visuelle.
Elle peut également se rencontrer chez les
sujets traités par médication vestibulodépressive (antivertigineux,
calmants, somnifères), la diminution des afférences vestibulaires
venant s’ajouter à celle des afférences visuelles pour rendre
perceptible la baisse du gain du RVO.
Les discordances perceptives entre les afférences visuelles et
vestibulaires peuvent être générées lorsqu’un mouvement enregistré
par les otolithes ou les canaux semi-circulaires est mal contrôlé par
la vue.
De telles situations se rencontrent chez le sujet normal en
raison d’une modification des données visuelles : passage d’une
correction optique classique aux verres de contact, plongée sousmarine
(le dispositif optique change d’orientation du fait de la
différence de réfraction entre l’air et l’eau), port de prismes
inverseurs dans des conditions expérimentales, ou encore ski dans
le brouillard, lecture d’une carte en voiture lorsque le terrain est
accidenté…
Inversement, une discordance visuovestibulaire peut être générée en
cas de repère visuel insuffisant lorsqu’une information de
mouvement n’est pas confirmée par les mécanorécepteurs
vestibulaires d’un sujet immobile (deux bateaux en pleine mer, deux
trains sur des lignes parallèles, production sur un grand écran).
On peut rattacher ce problème de discordance visuovestibulaire à
celui des cinétoses qui regroupent les variétés de malaises liées au
mouvement et générées par les différents moyens de transports :
voiture, bateau, avion…
Leur survenue est liée à un conflit
d’informations qui relèverait d’un double désaccord entre les
informations elles-mêmes d’une part, entre les informations reçues
et celles escomptées sur la base d’expériences antérieures d’autre
part.
Le syndrome clinique se caractérise par une période
prodromique avec hypotension artérielle, bradycardie, puis
surviennent des signes neurovégétatifs d’intensité variable associant
des signes digestifs (nausées, vomissements, suivis d’une
augmentation de la tension artérielle et de la fréquence cardiaque),
des signes psychiques (prostration, collapsus), des vertiges avec
troubles de l’oculomotricité et de la coordination motrice.
Les
mécanismes physiopathogéniques de déclenchement des
manifestations liées aux cinétoses sont encore mal connus.
Même si
les drogues anticholinergiques ou noradrénergiques permettent de
réduire la sévérité des symptômes, aucun traitement ne parvient à
coup sûr à éviter leur déclenchement.
* Action sur la posture
:
Une baisse importante de l’acuité visuelle entraîne une altération du
contrôle postural.
Le sujet est dit « aveugle postural ».
L’instabilité
est plus marquée sur l’axe antéropostérieur que sur l’axe latéral ;
elle est accentuée lorsqu’il existe des aberrations spatiales associées
par exemple, en cas d’amblyopie strabique, d’aphakie unilatérale,
de troubles de l’accommodation, de la réfraction ou de la sensibilité
au contraste.
En revanche, on a pu constater que des amblyopes
classés aveugles aux tests habituels peuvent jouer au ping-pong ou
faire de l’escrime, réussissant d’autant mieux que le sport est plus
rapide.
L’utilisation du système visuel détecteur de mouvement
serait donc différente de celle du système visuel fovéal.
Des modifications du champ visuel peuvent également altérer la
régulation posturale :
– chez le sujet normal, une stimulation optocinétique augmente les
oscillations du centre de gravité, aussi bien sur l’axe
antéropostérieur que sur l’axe latéral (une stimulation optocinétique
horizontale agit préférentiellement sur l’axe latéral, à un degré
moindre sur l’axe antéropostérieur ; une stimulation verticale agit
sur l’axe antéropostérieur).
Lorsque le système de poursuite est
sollicité (NOC actif), le déséquilibre n’apparaît que pour des vitesses
rapides, supérieures à 60°/s, entraînant un glissement de l’image
sur la rétine, une distorsion de l’espace et une latérodéviation
ipsilatérale avec sensation de déséquilibre semblable à celle obtenue
quelle que soit la vitesse de stimulation lorsque le NOC est passif ;
– chez un sujet porteur d’un nystagmus congénital, le contrôle
visuel de la posture est diminué lors des déplacements de
l’environnement à basse fréquence ;
– une hémianopsie entraîne une augmentation des oscillations
latérales et une déviation du centre de gravité du côté de
l’hémianopsie.
Il existe également dans ces cas une altération de la
coordination oeil-tête et des troubles de la stabilisation du regard.
B - ATTEINTE DES STRUCTURES D’INTÉGRATION
ET DE CONTRÔLE
:
1- Atteinte du complexe nucléaire vestibulaire
:
Il n’y a pas de lésion anatomopathologique isolée du CNV, mais
toujours une atteinte plus ou moins étendue des structures de
voisinage, ainsi que des afférences et efférences immédiates du CNV.
Toutefois, certaines atteintes infectieuses ou vasculaires peuvent
toucher préférentiellement les neurones vestibulaires au niveau
nucléaire.
Les afférences prédominantes étant les afférences
labyrinthiques, le tableau clinique est le plus souvent dominé par
une pathologie vestibulaire difficile à distinguer d’une atteinte
périphérique.
Certains signes spécifiques peuvent cependant aider le diagnostic :
– les troubles de l’équilibre sont importants.
Il existe une latéropulsion homolatérale à la lésion.
Elle peut être majeure,
empêchant la station debout, voire même la station assise.
Elle est
accompagnée d’une sensation de bascule de l’environnement ou du
corps liée à la déviation de la verticale subjective.
L’importance des
troubles de la posture est surtout marquée dans les atteintes du NVD ;
– le vertige est également intense, accompagné de vomissements,
de caractère franchement rotatoire ;
– enfin, l’atteinte oculomotrice est caractérisée par une latérodéviation oculaire vers la lésion, avec nystagmus spontané
souvent rotatoire, accompagné d’une perte de parallélisme du
regard dans le plan vertical (skew deviation), témoignant de l’atteinte
des voies otolithiques et des canaux verticaux.
L’étiologie la plus classique est celle du syndrome de Wallenberg,
caractérisé par la brutalité du début, son association aux signes
neurologiques classiques liés aux atteintes des structures de
voisinage.
Des lésions tumorales, infectieuses, inflammatoires, plus
rarement des plaques de démyélinisation, peuvent donner une
symptomatologie comparable.
2- Atteinte cérébelleuse :
* Signes cliniques :
Le tableau clinique, tant en ce qui concerne les troubles de la posture
que ceux de la stabilisation du regard, et l’évolution, sont fonction
de la localisation de la lésion.
Si celle-ci touche le cortex cérébelleux,
même une partie volumineuse, ou une partie des voies afférentes et
efférentes du cortex dans la substance blanche, les troubles sont
volontiers régressifs.
En revanche, si la lésion touche un noyau
cérébelleux ou la totalité d’un pédoncule, la récupération est moins
probable.
Les troubles de l’équilibre et de la posture sont surtout marqués
dans les atteintes du vermis médian et touchent la station debout et
la marche.
En station debout, le corps est instable.
Les réactions
d’équilibration sont présentes mais mal coordonnées et peu efficaces.
Le polygone de sustentation est élargi, les réponses aux poussées tardives.
Il existe des oscillations (astasie cérébelleuse ou danse des
tendons), mais pas de chute.
La fermeture des yeux n’entraîne pas
d’aggravation notable.
La marche est rendue précaire et hésitante
par des troubles fondamentaux : dyschronométrie, hypermétrie et
asynergie. Les membres inférieurs sont écartés, les bras figés en
abduction sont utilisés comme balanciers, les enjambées courtes.
La
décomposition des temps de la marche liée à l’asynergie explique la
difficulté à coordonner les mouvements du tronc et des membres
inférieurs.
La direction du déplacement est conservée, mais suit une
ligne ondulante en « feston », entraînant une marche ébrieuse.
L’examen posturographique confirme l’augmentation des
oscillations en tous sens (le mécanisme en est lié à la réduction de la
bouffée électromyographique tardive sur les extenseurs de la jambe
d’appui par défaut de coactivation au cours des mouvements de
compensation automatique).
Les oscillations sont particulièrement
importantes sur l’axe antéropostérieur dans l’atrophie du lobe
antérieur, sur l’axe latéral dans les atteintes du lobe flocculonodulaire.
Lors d’une atteinte du vestibulocervelet (floccule, parafloccule et
nodule), on note essentiellement une altération de la stabilisation du
regard, l’atteinte du vermis dorsal entraînant plutôt une atteinte des
mouvements oculaires élémentaires : dysmétrie saccadique,
mouvements anormaux (ondes carrées, flutter, saccades
inappropriées, opsoclonies), anomalies de la poursuite.
L’atteinte du cervelet vestibulaire peut également entraîner un
nystagmus vertical inférieur, en position primaire du regard ou dans
le regard latéral.
Les sujets présentant un tel nystagmus se plaignent
d’oscillopsies et d’instabilité posturale.
Les enregistrements posturographiques montrent alors des oscillations se faisant
préférentiellement dans le plan avant-arrière, avec tendance à
tomber en arrière.
Cette instabilité peut être considérée comme une
asymétrie du tonus vestibulaire dans le pitch, liée le plus souvent à
une lésion bilatérale du flocculus.
On peut également la rencontrer
lors d’une lésion du plancher du IVe ventricule.
* Étiologies
:
Les étiologies les plus fréquentes sont les accidents vasculaires dont
le risque évolutif immédiat en fait des urgences extrêmes.
– Les infarctus cérébelleux représentent environ 15 % des accidents
ischémiques cérébraux.
Lorsqu’ils surviennent dans le territoire de
l’artère cérébelleuse postéro-inférieure, ils touchent la partie postéroinférieure
du cervelet et parfois le territoire latéral du bulbe, d’où
l’association possible avec un syndrome de Wallenberg.
Lorsqu’ils
surviennent dans le territoire de l’artère cérébelleuse antéroinférieure,
ils touchent le pédoncule cérébelleux moyen et le floccule.
Une thrombose du tronc basilaire peut y faire suite.
Enfin, lorsqu’ils
surviennent dans le territoire de l’artère cérébelleuse supérieure, ils
touchent le pédoncule cérébelleux supérieur, le noyau dentelé, et
dans ce cas, l’atteinte cérébelleuse est souvent associée à des signes
d’atteinte du tronc cérébral.
– L’hématome, quant à lui, représente environ 5 % de l’ensemble des
hématomes intracérébraux.
L’hémorragie est habituellement lobaire,
rarement vermienne, parfois mixte.
S’il existe des formes
spontanément résolutives d’hématome cérébelleux, le tableau peut
au contraire s’aggraver rapidement et il faut alors savoir poser à
temps l’indication d’un geste chirurgical.
– Les tumeurs de la fosse postérieure, notamment chez l’enfant, astrocytome bénin, mais aussi médulloblastome, épendymome et
gliome malin, peuvent donner des tableaux comparables, le plus
souvent associés à des signes d’hypertension intracrânienne.
– Dans les affections dégénératives (atrophie olivopontocérébelleuse,
maladie de Marchado Joseph, ataxie périodique), les lésions sont le
plus souvent mixtes, touchant à la fois le tronc et le cervelet.
Il en
est de même dans les malformations d’Arnold Chiari ou le
syndrome de Dandy Walker qui associent une atteinte du cervelet et
de la moelle caudale.
3- Atteinte des autres structures de contrôle
:
* Substance réticulée
:
Une lésion à ce niveau est surtout marquée par une altération des
mouvements oculaires : troubles de l’oculomotricité conjuguée et
altération des mouvements oculaires élémentaires.
Toutefois, lorsque
les accidents vasculaires du tronc touchent les voies de la graviception issues des otolithes et des canaux verticaux, on peut
observer une ocular tilt réaction avec inclinaison de la tête, skew
deviation des yeux (hypotropie d’un oeil et torsion oculaire, horaire
si la tête est penchée à gauche, antihoraire si la tête est penchée à
droite), associées à une inclinaison du corps dans le même plan que
celui de la tête.
L’ocular tilt reaction et le tilt du corps sont toujours
ipsiversifs dans les atteintes pontomédullaires, contraversifs dans les
atteintes pontomésencéphaliques.
Une atteinte sélective des neurones mésencéphaliques est observée
dans la paralysie supranucléaire progressive qui associe à l’atteinte
oculomotrice (ralentissement saccadique, apraxie d’ouverture des
yeux, difficulté à faire des antisaccades en raison d’une lésion
associée du lobe frontal), une altération du tonus et de la posture
avec raideur de la nuque, rétropulsion sans doute liée à la
dépopulation neuronale observée au niveau du noyau interstitiel de
Cajal.
Il existe également dans ce cas une altération de la
coordination oeil-tête.
Le RVO reste en revanche normal jusqu’à un
stade avancé de l’affection.
* Noyaux gris de la base
:
Ils sont beaucoup plus impliqués dans la régulation de la posture en
raison des modifications du tonus de base responsables d’une
attitude en flexion caractéristique : cyphose dorsale, flexion de la
tête, propulsion de la nuque, discrète flexion des hanches et genoux.
À ces troubles posturaux s’associent des troubles de l’équilibre liés
à :
– une perte des réactions automatiques d’équilibration : disparition
de la facilitation apportée par les noyaux gris et le pallidum sur les
structures du tronc (noyau vestibulaire et réticulée pontique)
responsable de ces réactions posturales ;
– une diminution des ajustements posturaux anticipateurs, d’où
l’incapacité à réaliser des mouvements volontaires rapides.
Les troubles de l’équilibre peuvent être à l’origine de chutes dont
les plus fréquentes sont dites en « statue », survenant par accès
soudains akinétiques (freezing) ou par instabilité, avec notamment
tendance à la rétropulsion. L’existence de mouvements anormaux :
tremblements, mouvements athétosiques, choréiques, hémiballiques
(corps de Luys) aggravent encore les troubles de l’équilibre.
Les altérations de l’oculomotricité touchent surtout les mouvements
oculaires élémentaires : hypométrie et intrusions saccadiques,
parésie du regard vers le haut, altération de la poursuite.
Il s’y
associe une hyporéflectivité vestibulaire par diminution du gain du
RVO dont l’annulation au cours de la poursuite est souvent
diminuée.
On note également une altération de la coordination des
mouvements oeil-tête (ralentissement de la saccadique céphalique,
diminution du mouvement de compensation oculaire) et une
difficulté du contrôle visuel de l’espace latéral qui explique qu’un
sujet parkinsonien évite correctement les obstacles médians, mais
tombe dans l’encadrement d’une porte.
Une hémorragie des ganglions de la base, un infarctus lacunaire,
entraînent des troubles posturaux avec chute controlatérale au côté
de la lésion.
Leur évolution est en principe favorable.
* Atteintes thalamiques :
Les troubles de l’équilibre sont comparables à ceux décrits dans
l’atteinte médullaire cordonale postérieure : ataxie pseudotabétique
par diminution des sensibilités osseuses, articulaires et musculaires.
La force de contraction musculaire n’étant pas perçue, le mouvement
est exécuté avec trop de force.
Les stations debout et assise sans appui dorsal sont instables et entraînent des oscillations en tous
sens.
Il se produit une chute vers l’arrière à l’occlusion des yeux.
La
démarche talonnante avec mouvement brusque entraîne une perte
d’équilibre à chaque pas.
La marche les yeux fermés est impossible.
L’examen posturographique met en évidence des oscillations deux à
trois fois supérieures à la normale, aussi bien dans le plan frontal
que sagittal.
Il s’y associe des altérations du regard, déviation
conjuguée de la tête et des yeux controlatéralement à la lésion,
surtout dans les atteintes du thalamus médian, déviation forcée vers
le bas souvent associée à un spasme de convergence avec myosis,
ésotropie, paralysie de la verticalité vers le bas.
Enfin, les troubles
de l’attention sont à l’origine d’une augmentation des latences saccadiques (notamment dans les atteintes du pulvinar).
L’astasie
thalamique survient essentiellement lors de lésions de la partie supéro-postéro-latérale du thalamus, épargnant la région rubrale.
Dans ces cas, l’instabilité peut être aussi bien ispiversive que
contraversive.
* Atteintes corticales
:
Elles sont d’étiologies multiples : dégénératives, vasculaires,
inflammatoires, tumorales, traumatiques.
Le tableau clinique qu’elles
entraînent varie avec la localisation de la lésion et son évolution.
Les atteintes du cortex préfrontal sont à l’origine d’une ataxie
frontale avec déséquilibre, rétropulsion, latéropulsion et apraxie de
la marche.
On rencontre de tels tableaux dans les démences de Pick
ou l’hydrocéphalie chronique.
Il s’y associe des troubles
oculomoteurs, avec difficulté à l’élaboration des mouvements
oculaires conjugués et intrusions saccadiques.
Les atteintes du cortex pariétal, vers lequel convergent les afférences somesthésiques proprioceptives, entraînent des troubles de
l’équilibre comparables à ceux rencontrés dans les atteintes
thalamiques.
Il existe en plus dans ces cas une altération du
nystagmus optocinétique.
La latéropulsion controlatérale à la lésion, associée à des vertiges
rotatoires, peut se rencontrer dans les lésions de la région insulaire.
Elle serait liée à l’existence d’une dissociation entre la perception de
la verticale subjective par rapport à l’environnement et la perception
propre qui dépendrait d’un autre système proprioceptif.
Les atteintes du lobe temporal peuvent entraîner des troubles de
l’équilibre au cours de crises partielles à sémiologie élaborée avec
illusion de mouvements et crise gyresthésique (vertige rotatoire plus
ou moins complexe, caractérisé par son mode stéréotypé, sa durée
brève et les données cliniques et paracliniques associées) : c’est
l’épilepsie vestibulaire.
Dans les lésions aiguës, il existe une
déviation des yeux vers la lésion, souvent associée à une héminégligence visuelle.
À un stade plus tardif ou dans les lésions
lentement évolutives, on observe une déviation de la tête et des yeux
vers la lésion (cette déviation disparaît dans l’obscurité), une
altération du nystagmus optocinétique controlatéral et une asymétrie
du RVO avec augmentation du gain du côté de la lésion.
Les atteintes du cortex occipital entraînent des troubles posturaux
liés à l’amputation du champ visuel : dysmétrie saccadique, des
troubles visuognosiques, parfois des hallucinations visuelles
d’origine comitiale.
Il s’y associe des troubles posturaux avec
augmentation des oscillations du corps dans le plan latéral et
déviation du centre de gravité du côté de l’hémianopsie.
C - TROUBLES DE L’ÉQUILIBRE D’ORIGINE
NON PRÉCISÉE CHEZ LE SUJET ÂGÉ
:
La fréquence des problèmes d’équilibre augmente avec l’âge et ils
deviennent la plainte la plus fréquente au-delà de 75 ans.
Ils sont
souvent associés à des anomalies de la marche et à l’origine de
chutes dont on cherche à préciser le meilleur test prédictible.
Ils
peuvent s’intégrer aux différentes pathologies sensorielles et
neurologiques énumérées ci-dessus qu’il est indispensable de
rechercher systématiquement chez tout sujet âgé, car la sénescence
physiologique est rarement cause de vertiges ou de chutes s’il n’y a
pas de pathologie associée.
Le vieillissement de la fonction posturale entraîne une modification
de :
– l’équilibre statique : l’attitude est souvent scoliotique, avec
projection antérieure de la tête et du centre de gravité, attitude un
peu fléchie des membres supérieurs collés au corps et léger
élargissement du polygone de sustentation.
L’orientation des canaux
semi-circulaires et des propriocepteurs oculaires et cervicaux s’en
trouve modifiée, de même que le schéma corporel global.
La
difficulté à tenir l’équilibre en appui unipodal est augmentée et
l’impossibilité de tenir sur un pied plus de 5 secondes a été corrélée
à la peur de tomber et au risque de chute grave à 3 ans.
La posturographie met en évidence un déport en arrière de la projection
du centre de gravité et une majoration des oscillations dans le sens
sagittal ;
– l’équilibre dynamique : il est également modifié.
Le sujet âgé
privilégie la stratégie de hanche à celle de cheville dans la tâche de
rattrapage. De nombreuses anomalies du pattern de la marche ont
été décrites comme typiques du grand âge et un essai de
systématisation de ces troubles de la marche a été proposé.
L’ensemble de ces troubles est lié à la diminution de l’efficacité des
systèmes sensoriels (réduction du nombre des cellules ciliées ; dégradation des otoconies ; réduction de la sensibilité proprioceptive
et ralentissement des vitesses de conduction sensitive ; diminution
de la fonction visuelle, en particulier lorsqu’elle atteint la vision
périphérique), ainsi qu’au vieillissement des centres nerveux (pertes
neuronales), entraînant une modification des stratégies
d’équilibration.
Il a été décrit un syndrome caractéristique du sujet
âgé, le syndrome d’omission vestibulaire, dont l’individualisation
par des tests posturaux permet de dissocier les différentes
composantes de l’équilibration.
L’originalité de ce syndrome est qu’il
traduit la non-utilisation d’une information vestibulaire par le sujet
âgé, alors même que son système périphérique est normal.
Son
intérêt est qu’il est susceptible d’être corrigé grâce à une rééducation
faisant appel à la stimulation optocinétique.
D - VERTIGE POSTURAL PHOBIQUE :
Il s’agit d’un syndrome décrit en 1994 qui doit se distinguer des
attaques de panique, ou de l’agoraphobie ou de la pseudoagoraphobie.
Il se rencontre très fréquemment et est étroitement
corrélé aux troubles de la marche et de la posture.
Il se caractérise
par l’association d’une sensation vertigineuse non rotatoire et d’un
déséquilibre postural subjectif.
L’instabilité survient par épisodes,
sans facteur déclenchant précis, associée ou non à des manifestations
anxieuses.
Les tests otoneurologiques sont normaux et il existe un
comportement d’évitement phobique, principalement chez les sujets
présentant une personnalité obsessionnelle compulsive.
L’apparition de ce syndrome est souvent secondaire à une période
de stress ou à la survenue récente d’une atteinte vestibulaire
organique.
Il pourrait être lié à une fausse sensation de mouvement
de l’environnement, secondaire à un découplage entre l’efférence et
l’efférence-copie lors des mouvements actifs de la tête et du corps.
Il répond en général favorablement aux thérapies comportementales.
Conclusion
:
Les troubles de l’équilibre et de la posture ne sont pas une maladie mais
des symptômes.
La conduite thérapeutique s’adapte aux différentes
phases du diagnostic.
Elle est parfois curative, comme dans le VPPB
(manoeuvre libératoire) ou dans la maladie de Ménière (traitement de
l’hydrops labyrinthique).
Le plus souvent, elle consiste surtout à
favoriser les processus de plasticité neuronale à l’origine des
phénomènes de compensation et d’adaptation.
Nos connaissances dans le mécanisme des neurotransmetteurs sont
encore insuffisantes pour permettre une application thérapeutique
médicamenteuse immédiate.
L’introduction des nouvelles techniques de
rééducation vestibulaire et de l’équilibre dans la prise en charge du
système global de l’équilibration est le corollaire d’une meilleure
connaissance physiopathogénique des mécanismes complexes qui soustendent
cette fonction.