Troubles fonctionnels intestinaux
Cours de gastrologie
Les troubles fonctionnels intestinaux constituent un des
états pathologiques les plus fréquemment rencontrés en
pratique quotidienne.
Leur prévalence globale, dans la
population générale non consultante des pays industrialisés,
est proche de 20 %.
Les troubles fonctionnels
intestinaux associent, à divers degrés, chez un même
patient, des douleurs abdominales et des troubles du
transit à type de diarrhée ou de constipation.
Malgré leur
caractère fréquent, leur définition précise reste délicate
du fait de l’absence de marqueurs biologiques objectifs.
Les symptômes, que ce soit les douleurs abdominales, la
constipation, ou bien encore la diarrhée, ne permettent
pas, a priori, d’éliminer une cause organique.
Le diagnostic
de troubles fonctionnels intestinaux reste donc
encore aujourd’hui un diagnostic d’élimination.
Malgré la banalité des symptômes digestifs, la physiopathologie
reste en grande partie méconnue.
Cela souligne
les difficultés rencontrées pour traiter de façon
efficace les patients souffrant de troubles fonctionnels
intestinaux.
Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de molécule
de référence dans la thérapeutique de ces troubles.
Cela explique que, jusqu’à ce jour, les essais contrôlés
sont tous effectués contre placebo.
Diagnostic
:
Il va s’élaborer selon 2 étapes, la première est purement
clinique, la seconde repose sur la pratique d’examens
complémentaires.
A - Étape clinique :
C’est une étape essentielle qui doit être menée avec
beaucoup de soins en particulier en ce qui concerne
l’écoute du patient.
Il s’agit plus souvent d’une femme
que d’un homme (2 femmes pour 1 homme), chez qui le
début des symptômes est extrêmement variable, souvent
dans la 3e ou 4e décennie, mais parfois depuis l’enfance,
ou encore plus rarement après 60 ans.
Les plaintes spontanément
rapportées par le patient sont des douleurs
abdominales, une constipation, une diarrhée, des ballonnements
abdominaux.
Ces différents symptômes peuvent
être associés ou isolés, ce qui explique le caractère
très polymorphe du tableau clinique.
L’interrogatoire
doit donc préciser chacun des symptômes présents chez
un même patient.
1- Douleur abdominale
:
Ses caractères sont extrêmement variables.
Elle peut
être à type de brûlure, de torsion, de spasme, voire
même transfixiante.
Sa localisation est elle aussi extrêmement
variable d’un sujet à l’autre et chez un même
sujet.
Elle est plus fréquemment localisée dans la région sous-ombilicale, dans la fosse iliaque gauche, dans la
fosse iliaque droite ou dans la région hypogastrique.
Ces
caractères topographiques permettent d’expliquer, au
moins en partie, la fréquence des consultations de gynécologie
chez les femmes souffrant de troubles fonctionnels
intestinaux.
Toutefois, la douleur peut être localisée
dans chacun des 2 hypocondres ou bien être en barre
d’un hypocondre à l’autre.
Elle peut enfin avoir une
topographie purement épigastrique.
Son intensité peut
aller de la simple gêne jusqu’à une douleur décrite
comme intolérable, voire syncopale.
Son évolution dans
la journée est essentiellement diurne, une douleur nocturne
réveillant le patient doit orienter d’abord vers une
pathologie organique.
Elle peut être matinale, décrite
comme une douleur réveille-matin, ou de façon plus fréquente,
post-prandiale.
Enfin, son évolution, au cours du
temps, est aléatoire, elle est le plus souvent intermittente,
par crise de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines,
et fréquemment associée à un stress, une anxiété, une
prise médicamenteuse intercurrente, alors que les
périodes de repos, en particulier les vacances, entraînent une amélioration, voire une disparition des symptômes
douloureux.
Ces différents caractères, peu spécifiques,
doivent faire rechercher des éléments d’orientation vers
une origine colique : la douleur peut être diminuée dans
son intensité, ou peut disparaître, de façon temporaire,
après l’évacuation de selles ou de gaz, les selles peuvent
être plus fréquentes et (ou) plus liquides lors de l’installation
de la douleur. Ces deux critères, essentiels bien
que non spécifiques, ont une bonne valeur d’orientation.
2- Constipation :
Ce symptôme très fréquent peut être le seul motif de
consultation ou bien être associé aux autres signes
cliniques, en particulier la douleur abdominale.
La définition
la plus habituelle de la constipation repose sur le
nombre de selles hebdomadaires qui doit être inférieur à
3 selles par semaine.
Toutefois, cette définition très restrictive
est difficile à objectiver et doit être pondérée par
la recherche de difficultés à l’évacuation des selles.
On
recherche donc une poussée abdominale importante lors
des efforts d’évacuation, une sensation de persistance du
besoin après l’évacuation, une perte de la sensation de
besoin, ou encore la nécessité de manoeuvres digitales
pour faciliter l’évacuation rectale.
Le patient sera considéré
comme présentant une constipation lorsque l’un de
ces signes est présent lors d’au moins 25 % des tentatives
d’évacuation.
3- Diarrhée :
Ce symptôme amène en général les patients à consulter
beaucoup plus vite que la constipation, du fait de la gêne
fonctionnelle relativement importante qu’elle entraîne.
Si la définition de la diarrhée répond à un critère relativement
strict et simple qui est l’évacuation de plus de
300 g de selles par 24 h, ce critère reste difficile à
recueillir en pratique quotidienne.
On recherche plutôt,
chez ces patients, la fréquence des évacuations (plus de
3 par jour) et la consistance habituellement liquide des
selles.
L’interrogatoire doit permettre de séparer la fausse
diarrhée des constipés, qui évolue en général après une
phase plus ou moins longue de constipation, les selles
liquides étant évacuées après l’expulsion parfois douloureuse
d’un « bouchon » de selles dures.
On oppose
cette fausse diarrhée des constipés à la diarrhée motrice
qui est plus constante au fil du temps, qui consiste en
des évacuations pluriquotidiennes de selles liquides
contenant des débris alimentaires, survenant de façon
impérieuse, le matin ou après les repas.
Quoi qu’il en
soit, les évacuations diarrhéiques sont toujours diurnes,
une diarrhée nocturne devant obligatoirement faire suspecter
une cause organique.
4- Ballonnements :
Il est parfois difficile de séparer la sensation de distension
abdominale des douleurs abdominales ressenties
par le patient.
Les ballonnements sont décrits parfois
comme une simple gêne, voire une lourdeur post-prandiale,
gênant le port de vêtements trop serrés, parfois
décrite comme une tension insupportable.
La sensation de distension est plus importante le matin et pendant les
périodes post-prandiales, alors qu’elle est absente pendant
la période nocturne.
Elle est souvent soulagée par
les éructations et l’émission de gaz colique.
5- Signes digestifs hauts :
Ces 4 symptômes diversement associés chez un même
patient, bien que non spécifiques, permettent d’orienter
le diagnostic vers la sphère intestinale (intestin grêle,
côlon).
Toutefois des symptômes digestifs hauts sont
fréquemment associés chez les patients présentant des
troubles fonctionnels intestinaux.
Ces symptômes doivent
être recherchés avec soin, car ils ne sont pas toujours
au premier plan des plaintes fonctionnelles exprimées
par le patient.
Il peut s’agir d’une sensation de
lourdeur post-prandiale, de lenteur à digérer, d’éructations,
de régurgitations, ou encore de satiété précoce
associée ou non à des nausées et des vomissements.
L’association d’un syndrome dyspeptique à l’un quelconque
des symptômes précédents permet de renforcer
l’impression de troubles fonctionnels chez un patient
donné.
6- Signes extradigestifs :
Les manifestations extradigestives sont particulièrement
fréquentes chez les patients présentant des troubles
fonctionnels intestinaux.
Il peut s’agir de symptômes
urinaires, à type d’urgence, de mictions nocturnes, ou
encore de brûlures urinaires.
Chez la femme, la localisation sous-ombilicale de la douleur abdominale amène
parfois à évoquer une cause gynécologique, d’autant
plus que s’associe à la douleur une dyspareunie et (ou)
une dysménorrhée.
Il est à noter que la fréquence des
hystérectomies est plus importante chez les patientes
présentant des troubles fonctionnels intestinaux que
dans la population générale.
Enfin, on retrouve plus fréquemment
des douleurs lombaires, des dorsalgies ou
des douleurs articulaires de topographie variable chez
ces patients.
Cette étape de l’interrogatoire est difficile, du fait de
l’imprécision des symptômes rapportés, longue, du fait
du grand nombre de symptômes à rechercher ; mais présente
une grande importance dans l’orientation diagnostique
et potentiellement dans la prise en charge thérapeutique,
par la mise en évidence de prise régulière de
substances pouvant entraîner une constipation
ou une diarrhée.
B - Examen clinique :
Il présente un intérêt évident à la recherche d’une anomalie
organique, et un intérêt thérapeutique certain pour
le patient qui se sent rassuré a posteriori.
1- Examen physique :
La palpation abdominale soigneuse met en évidence, au
plus, la sensation d’une « corde » sigmoïdienne sans
aucune spécificité diagnostique.
Par ailleurs, il peut
exister un météorisme abdominal, avec une distension visible, se traduisant par un tympanisme essentiellement
sur le cadre colique.
Le toucher rectal est lui aussi une
étape essentielle de l’examen clinique.
Il permet bien
sûr d’éliminer une pathologie organique intrarectale, de
rechercher une rectocèle antérieure et de suspecter un
asynchronisme abdomino-périnéal lors de la poussée
abdominale, tous deux pouvant participer aux difficultés
d’évacuation.
Enfin, le toucher rectal peut réveiller une
douleur à la palpation de la face postérieure du rectum
traduisant une sensibilité excessive de cette zone.
Le reste de l’examen clinique soigneux est strictement
normal en dehors d’une pathologie intercurrente, en
particulier l’état général est conservé, sans amaigrissement
notable, sans anorexie malgré de nombreuses
restrictions alimentaires que le patient s’impose à luimême,
et sans asthénie réelle si ce n’est une tendance à
la psychasthénie.
2- Évaluation psychologique
:
Elle est bien entendu largement dépendante de l’interrogatoire
et de la relation médecin-malade.
La prévalence
des troubles psychopathologiques chez les patients
consultant pour troubles fonctionnels intestinaux est de
l’ordre de 40 %.
Les troubles les plus souvent rencontrés
sont une tendance à l’hystérie, à la somatisation, à
l’anxiété, à la dépression, à la phobie et à l’hypocondrie.
Il est vraisemblable que la présence de ces facteurs psychopathologiques
induit la recherche de soins médicaux,
plus que la pathologie intestinale par elle-même.
Ici encore, il est remarquable de souligner que les
troubles psychopathologiques ont un polymorphisme
important, pouvant aller d’une simple anxiété ou d’un
vécu difficile des situations stressantes à un état psychiatrique
limite, à type de syndrome dépressif.
Cette
évaluation psychologique est importante à réaliser dès la
première consultation afin de décider du bien-fondé
d’une consultation spécialisée au cas par cas.
Au terme de cet examen clinique, le médecin ne peut
tirer qu’une suspicion plus ou moins forte, plus ou moins raisonnable, qu’il s’agit bien de troubles fonctionnels
intestinaux.
Toutefois, l’absence totale de spécificité
des différents signes et symptômes ne peut permettre
de conclure au diagnostic.
Un certain nombre
d’examens complémentaires est donc nécessaire.
C - Examens complémentaires
:
On peut globalement séparer les examens complémentaires
en examens biologiques, morphologiques, et fonctionnels.
Par définition, aucun des examens prescrits ne
doit révéler d’anomalie permettant d’expliquer la symptomatologie
du patient.
1- Examens biologiques
:
La numération formule sanguine, la vitesse de sédimentation,
l’ionogramme sanguin, la calcémie, le dosage de
la TSH (thyroid stimulating hormone), des hormones
thyroïdiennes seront normaux.
Les coprocultures ainsi
que les examens parasitologiques des selles ne révéleront
pas de germe pathogène susceptible d’expliquer la
symptomatologie.
Il est à noter que la découverte de
Candida albicans, de façon isolée, dans les selles d’un
patient présentant des troubles fonctionnels intestinaux,
ne nécessite pas de prise en charge thérapeutique spécifique.
2- Examens morphologiques :
Ils sont demandés en fonction de la symptomatologie
prédominante du patient. Les troubles du transit incitent
à la pratique rapide d’une coloscopie totale.
Lorsque les
douleurs sont prédominantes dans l’hypocondre droit ou
au niveau de l’épigastre, d’autant plus s’il existe des
irradiations postérieures, une échographie abdominale
est pratiquée.
Enfin, lorsque les signes digestifs hauts
associés aux troubles intestinaux sont présents, une oesogastroduodénoscopie peut être pratiquée. Il n’est
pas nécessaire de pratiquer, de façon systématique chez
tous les patients, cette classique triade gastro-entérologique
: échographie abdominale, fibroscopie oesogastroduodénale,
coloscopie.
Les examens seront proposés en
fonction de la clinique, et de l’âge du patient.
S’il est
raisonnable à partir de 40 ans de réaliser une coloscopie
chez tout patient présentant de façon récente des
troubles du transit et des douleurs abdominales, il n’est
certainement pas utile de réaliser cet examen chez une
jeune fille de 18 ans qui ne présente aucun signe d’alarme,
ni aucun antécédent familial de cancer rectocolique.
Ces examens complémentaires objectifs seront normaux
chez les patients présentant des troubles fonctionnels
intestinaux.
Il est toutefois impératif, dans le choix et la
prescription de ces examens, de ne pas commettre d’erreur
par défaut, en laissant évoluer une pathologie sousjacente,
colique en particulier, ni surtout d’erreur par
excès rapportant aux symptômes décrits par le malade,
une pathologie par ailleurs asymptomatique telle qu’une
lithiase vésiculaire ou une hernie hiatale.
Le bon sens
doit prévaloir dans la prescription des examens complémentaires
dans cette pathologie.
3- Examens fonctionnels :
Lorsqu’il existe une diarrhée et des douleurs abdominales,
il est parfois utile d’éliminer une intolérance au
lactose.
Plus que l’éviction des produits laitiers, difficile
à réaliser en pratique quotidienne, un breath test au lactose
peut permettre de mettre en évidence le déficit
enzymatique, ce qui conduit à une prise en charge thérapeutique
spécifique.
À l’inverse, lorsqu’il existe une
constipation isolée, avec au premier plan des signes
d’obstruction distale, une manométrie anorectale, à la
recherche d’un asynchronisme abdomino-péritonéal, d’une hypertonie sphinctérienne, ou encore d’un
trouble de la sensibilité rectale (hyposensibilité) peut
permettre une approche thérapeutique adaptée.
Le diagnostic de troubles fonctionnels intestinaux repose
donc sur l’association d’éléments de présomption qui
sont cliniques et d’éléments objectifs négatifs qui sont à
la fois biologiques, morphologiques et fonctionnels.
Traitement
:
L’aspect polymorphe des troubles fonctionnels intestinaux,
et les multiples hypothèses physiopathologiques expliquent, au moins en partie, le grand nombre
de moyens thérapeutiques que nous avons à notre disposition
dans ce cadre pathologique.
Toutefois, il n’existe
pas encore, à l’heure actuelle, de molécule de référence
pour traiter un patient présentant des troubles fonctionnels intestinaux.
En effet, le placebo améliore les
patients dans 40 à 70 % des cas, au moins sur une courte
période de temps.
L’importance de cet effet placebo
rend compte des difficultés à interpréter les données de
la littérature, ainsi que des difficultés à conduire un essai
thérapeutique méthodologiquement correct.
A - Moyens thérapeutiques :
1- Antispasmodiques :
Le principe de leur utilisation est basé sur l’hypothèse
physiopathologique voulant que la douleur abdominale
soit induite par un spasme de la fibre musculaire lisse.
Les anticholinergiques ont été les premiers et les plus
longtemps utilisés malgré leurs effets secondaires classiques
(accélération du rythme cardiaque, sécheresse de
la bouche, troubles oculaires).
Les anticholinergiques
les plus classiquement utilisés dans les troubles fonctionnels
intestinaux sont des ammoniums quaternaires
tels que le butyl-scopolaminium (Buscopan), le bromure
de clidinium (Librax) ainsi que l’iodure de tiémonium
(Viscéralgine).
Les effets secondaires des anticholinergiques
et leurs effets d’intensité variable ont fait rechercher
d’autres substances antispasmodiques qui sont des
antispasmodiques musculotropes, dérivés de la papavérine.
Parmi ces dérivés les plus utilisés, on trouve le
chlorhydrate de mébévérine (Duspatalin), le bromure de pinavérium (Dicetel), le phloroglucinol (Spasfon), ce
dernier agissant plus rapidement, mais de façon plus
fugace est surtout utilisé lorsqu’il existe des phénomènes
douloureux paroxystiques.
D’autres antispasmodiques sont utilisés telle la trimébutine
(Débridat) dont le mode d’action le plus complexe
se situe au niveau des récepteurs intrapariétaux des
plexus d’Auerbach et Meissner.
Cette liste d’antispasmodiques
ne peut bien sur être exhaustive et beaucoup
d’autres médicaments commercialisés sont utilisés dans
les troubles fonctionnels intestinaux dans le but de lever
un spasme potentiel pour soulager le patient.
2- Laxatifs :
Ces différentes substances visent à accélérer un transit
ralenti.
Il faut proscrire, chez les patients présentant des troubles
fonctionnels intestinaux, les laxatifs irritants contenant
de la bourdaine, du séné, des anthraquinones.
En effet,
ces différentes substances majorent habituellement les
phénomènes douloureux des patients, induisent une
déplétion potassique surtout lorsqu’ils sont utilisés en
grande quantité et au long cours.
À l’inverse, les laxatifs osmotiques sucrés (Duphalac,
Importal) ou inertes (Transipeg, Forlax, Movicol) peuvent
être utilisés de façon chronique.
Les laxatifs huileux à base d’huile de paraffine (Lansoyl,
huile de paraffine) peuvent induire, dans de rares cas, une
carence des vitamines liposolubles (par effet d’entraînement)
rendant leur utilisation difficile à long terme.
Les laxatifs les plus fréquemment utilisés restent les
laxatifs mucilagineux à base de gomme (Spagulax,
Transilane).
Le principe d’action de ces substances non
absorbables est un effet de lest colique, associé à une
augmentation des populations bactériennes du côlon
droit en particulier.
Ces substances sont fermentescibles et peuvent induire un météorisme et une sensation de
distension abdominale diminuant l’observance du traitement
lorsqu’il est prescrit à dose excessive d’emblée.
Il
convient donc de proposer aux patients de petites doses
régulièrement progressives jusqu’à arriver à la dose
quotidienne habituelle.
Les mucilages sont globalement
mieux tolérés que les fibres alimentaires, en particulier
le son de blé, qui présentent le même mode d’action que
les mucilages, avec un effet irritant pouvant majorer des
phénomènes douloureux préexistants.
3- Ralentisseurs du transit :
Ce sont essentiellement des dérivés des opiacés, qu’ils
soient naturels (élixir parégorique) ou synthétiques
(Imodium).
Ces substances modifient la motricité digestive,
aussi bien au niveau de l’intestin grêle que du
côlon, dont la conséquence sera un ralentissement du
transit.
4- Antiflatulents :
Ces substances peuvent être de 2 types, soit des pansements
intestinaux, soit des composés à base de charbon
végétal.
Les pansements les plus utilisés, depuis l’interdiction en
France du sous-nitrate de bismuth, sont des substances
contenant des argiles naturelles (Actapulgite, Smecta,
Bedelix).
Les substances contenant du charbon actif sont efficaces
sur la sensation de distension, les plus couramment utilisées
sont la Formocarbine ou les gélules de charbon
végétal.
Bien souvent, les pansements intestinaux et le
charbon sont associés, dans une même préparation
(Carbosylane, Carbophos, Carbolevure).
Ces différents
produits contenant du charbon actif ont un effet ralentisseur
sur le transit, il convient donc d’être prudent dans la
prescription de ces substances chez les sujets constipés.
5- Thérapeutiques à visée psychologique :
Le contexte psychopathologique, dans lequel s’intègrent
les troubles fonctionnels intestinaux, a amené à la prescription
d’anxiolytiques, d’antidépresseurs, voire à une
prise en charge psychothérapique classique ou par hypnose.
Les anxiolytiques, ainsi que les antidépresseurs
doivent être prescrits de façon intermittente et à dose
faible.
À l’inverse, la psychothérapie et la prise en charge
par hypnose peuvent s’intégrer dans le long terme
chez certains patients.
6- Mesures hygiéno-diététiques :
Les patients présentant des troubles fonctionnels intestinaux
ont souvent un comportement alimentaire perturbé
avec des régimes d’exclusion sévère qu’ils s’autoprescrivent.
Il faut certainement insister chez ces patients pour
que l’hygiène alimentaire soit la plus proche possible de
la normale, tout en préconisant l’éviction de substances
hautement fermentescibles telles que les haricots, les
choux, les salsifis, etc..
La quantité de boisson ingérée
doit rester raisonnable (ni trop, ni trop peu).
B - Indications thérapeutiques :
Elle doivent tenir compte chez un patient donné de l’ensemble
du tableau clinique.
Les mesures thérapeutiques,
à visée psychologique, doivent toujours être entreprises
lors de la consultation.
Elles consistent essentiellement
à écouter, expliquer, rassurer.
Cette étape indispensable
est garante d’une meilleur observance des mesures thérapeutiques
plus classiques.
Ces dernières seront entreprises
en fonction de la symptomatologie prédominante.
Lorsque les douleurs abdominales sont au premier plan,
les antispasmodiques seront employés en 1re intention,
en association avec des laxatifs non irritants s’il existe
une tendance à la constipation, ou des ralentisseurs du
transit s’il existe une diarrhée.
Devant une constipation prédominante, il est utile d’accélérer
le transit, en utilisant des mucilages en 1re intention,
en expliquant les effets secondaires potentiels, et
en prescrivant éventuellement des antispasmodiques et
(ou) des antiflatulents au début du traitement.
Lorsqu’il existe une diarrhée prédominante, il faut différencier
la fausse diarrhée des constipés, qui nécessite le
même traitement qu’une constipation isolée, d’une diarrhée
motrice qui est traitée à l’aide de ralentisseurs du
transit, d’un régime plus pauvre en résidus et (ou) éventuellement
de pansements intestinaux.
Ces différentes mesures thérapeutiques doivent s’intégrer
dans la durée.
En effet, il est exceptionnel qu’un
patient présentant des troubles fonctionnels intestinaux
puisse être sevré de tout traitement médicamenteux
après quelques semaines.
Il est donc utile de prévenir le
patient de la chronicité de ces troubles, de la nécessité
d’un traitement au long cours, de l’absence d’accoutumance
du tube digestif aux diverses thérapeutiques proposées
et enfin de l’évolution souvent favorable à long
terme de ce type de pathologie.