Trouble du comportement en sommeil paradoxal
Cours de Neurologie
Historique
:
Le trouble du comportement en sommeil paradoxal (TCSP)
représente une forme particulière de parasomnie définie par la
disparition intermittente de l’atonie musculaire caractéristique du
sommeil paradoxal (SP) et par l’apparition d’une activité motrice
anormale en SP témoignant de la mise en acte d’une activité
onirique.
Ce trouble a été initialement décrit chez l’animal par Jouvet et
Delorme après lésions expérimentales du tegmentum pontin chez
le chat.
En effet, des lésions bilatérales du tegmentum pontin
dorsolatéral du chat entraînaient à la fois une perte de l’atonie
caractéristique du SP ainsi qu’une activité motrice élaborée proche
de celle de la veille.
Ces manifestations motrices en SP ont secondairement été décrites
chez l’homme en 1985 par Schenck et al., définissant ainsi une
nouvelle catégorie de parasomnie : human REM sleep chronic behavior
disorder.
C’est toutefois, Tachibana et al. qui ont décrit pour la
première fois cette parasomnie chez l’homme, chez un patient en
sevrage éthylique.
Le TCSP est une parasomnie du SP reconnue dans la classification
internationale des troubles du sommeil depuis 1990, classification
qui définit d’ailleurs six parasomnies associées au SP.
De nombreuses descriptions de patients atteints du TCSP ont été
publiées par la suite et ont permis de préciser au mieux ces
caractéristiques cliniques et polygraphiques.
Le TCSP a été
retrouvé étroitement associé à des maladies neurodégénératives avec
parkinsonisme.
Épidémiologie
:
Aucune étude concernant la prévalence de cette parasomnie n’est
actuellement publiée, toutefois cette parasomnie bien que
relativement peu fréquente semble être sous-estimée principalement
du fait qu’elle est peu connue et donc peu recherchée.
Elle atteint le
plus souvent le sujet âgé de plus de 60 ans, principalement de type
masculin (60-90 % des cas), prépondérance masculine inexpliquée
d’ailleurs.
Le plus souvent, on retrouve chez ces patients la
présence d’autres parasomnies dans l’enfance, principalement des
épisodes de somniloquies et moins fréquemment de
somnambulisme ou de terreur nocturne.
Par ailleurs, la comorbidité fréquemment retrouvée avec les maladies neurologiques (de 47 à 60 % des cas) semble de toute importance et
permet toutefois d’individualiser le TCSP des autres parasomnies,
celle-ci pouvant de plus être le symptôme révélateur de la maladie
sous-jacente.
Critères diagnostiques
:
A - CLINIQUES :
Les troubles du comportement en SP sont d’intensité très variable :
modérés, ils sont caractérisés par des paroles, des cris avec des
mouvements corporels à type de coups de poing ou pied, des
gesticulations, ou plus élaborés, le sujet pouvant s’asseoir dans le
lit, déambuler….
Ils peuvent cependant s’avérer être plus
sévères et le patient peut commettre des actes particulièrement
violent auto- et/ou hétéroagressif.
Au cours de ces épisodes, le
patient peut effectivement se blesser et plus rarement blesser son
partenaire.
À noter qu’il n’existe pas de troubles végétatifs associés
(tachycardie, sudation…) au cours de l’épisode de parasomnie.
De
façon associée, le patient rapporte souvent un changement dans la
tonalité de ses rêves dans les semaines ou mois ayant précédé le
trouble moteur et le TCSP est souvent interprété par le sujet comme
un cauchemar.
Le plus souvent, un éveil suit cette parasomnie et
le patient raconte un récit de rêve.
Dans la grande majorité des cas,
le contenu onirique fait référence à une attaque par des individus
ou par des animaux ; des thèmes plus anodins (activité sportive…)
sont aussi possibles bien que plus rares.
Le début des troubles
génère souvent aussi des plaintes émanant du conjoint à type de
sommeil agité, sommeil fragmenté voire de blessure pendant le
sommeil.
L’interrogatoire du conjoint apporte ainsi des informations
précieuses et essentielles pour la détermination de la fréquence des
épisodes, de leur durée, de leur horaire de survenue, du type
d’activité motrice nocturne, de leur éventuelle stéréotypie ainsi que
du niveau de conscience du sujet pendant l’épisode.
Cette parasomnie survient au moins 90 minutes après l’endormissement
et le plus souvent en deuxième partie de nuit, le SP y étant
physiologiquement plus prépondérant.
La fréquence des épisodes
est très variable selon les patients et, pour un même patient, de
plusieurs fois par nuit à une à deux fois par an.
De façon associée,
ces patients rapportent souvent une plainte de somnolence diurne
excessive.
B - POLYSOMNOGRAPHIQUE :
Les caractéristiques polysomnographiques du TCSP sont assez bien
définies et sont nécessaires pour affirmer le diagnostic en objectivant
la survenue de l’épisode moteur de nuit en SP.
À noter toutefois
que l’enregistrement vidéopolysomnographique de ces épisodes
moteurs est difficile, moins de la moitié des patients atteints de TCSP
présentent un épisode parasomniaque au cours de la
polysomnographie.
Il existe de façon associée une augmentation
de l’activité tonique des muscles du menton et phasique des muscles
des membres inférieurs et/ou supérieurs en SP correspondant ainsi
à un état dissocié.
Le pourcentage de temps passé en SP
sans atonie musculaire est plus élevé chez les patients avec TCSP,
sans différence retrouvée sur la durée totale du SP.
D’autres
anomalies aspécifiques sont fréquemment associées, avec
notamment un trouble de la continuité du sommeil et de nombreux
éveils ou réactions d’éveils, avec parfois un trouble de l’architecture
du sommeil avec une augmentation du sommeil lent profond et
notamment lorsque cette parasomnie est associée à une maladie
neurologique.
Une diminution nette de la variabilité du rythme
cardiaque notamment pendant le sommeil a aussi été objectivée,
témoignant d’une atteinte précoce du système nerveux autonome
(sympathique et parasympathique).
Un syndrome de
mouvements périodiques des membres est aussi fréquemment
rapporté chez ces patients (40-70 % des cas), aussi bien en sommeil
lent qu’en SP et aussi bien dans les formes idiopathiques que
secondaires.
Dans la forme idiopathique, l’activation
cardiaque et électroencéphalograhique (EEG) associée aux
mouvements périodiques est plus faible que dans le syndrome de
mouvements périodiques associé au syndrome d’impatience des
membres inférieurs, en faveur d’une atteinte du système nerveux
autonome et d’une réactivité corticale amoindrie.
Enfin, un
syndrome d’apnées du sommeil (de type obstructif et/ou central) a
aussi été retrouvé fréquemment associé au TCSP, présent dans 34 %
des cas dans la série de Olson et al.
Ces pathologies du sommeil
souvent associées sont à l’origine d’une fragmentation du sommeil,
qui est vraisemblablement en rapport avec la plainte de somnolence
diurne excessive fréquente de ces patients.
Les critères diagnostiques associent donc des données cliniques et polysomnographiques et seuls les patients ayant présenté des
manifestations motrices spécifiquement en SP avec, de façon
associée, une augmentation de l’activité électromyographique tonique et phasique en SP peuvent être formellement considérés
comme atteints du TCSP.
Toutefois, la classification internationale
des troubles du sommeil ne retient pas comme indispensable
l’enregistrement polysomnographique pour affirmer le diagnostic,
les critères minimaux retenus ne sont que cliniques (mouvement
corporel lié à une activité onirique avec un comportement
potentiellement dangereux et/ou une mise en actes des rêves).
En pratique clinique, les données polysomnographiques sont
souvent manquantes et seul un diagnostic de probabilité peut être
porté, fondé sur l’existence d’un tableau clinique évocateur.
Des
critères de sévérité ont aussi été proposés et ce principalement en
fonction de la fréquence des épisodes parasomniaques avec pour la
forme légère : moins de un épisode moteur par mois et source d’un
inconfort jugé modéré par le patient et/ou son conjoint.
La forme
modérée est caractérisée par une fréquence oscillant entre un
épisode par mois et un par semaine, associé à un inconfort certain
pour le patient et/ou le conjoint.
Enfin, plus d’un épisode par
semaine détermine la forme sévère quand elle est associée à un
traumatisme réel pour le patient et/ou le conjoint.
Différentes formes cliniques
et étiologiques :
Deux types de formes cliniques doivent être individualisées, la
forme idiopathique et la forme secondaire.
FORME IDIOPATHIQUE
:
Elle est relativement fréquente (avoisinant la moitié des cas) avec
comme facteurs de risque principaux, l’âge (âge de prédilection :
60-70 ans) et le sexe masculin.
Un antécédent familial
similaire n’a été que rarement rapporté dans la littérature.
Par
ailleurs, une étude a rapporté une association entre cette parasomnie
du SP et d’autres parasomnies du sommeil lent, notamment le
somnambulisme et la terreur nocturne.
Cette association, rare,
survient le plus souvent dans cette forme idiopathique mais ceci est
inconstant. Le caractère idiopathique ne peut être affirmé qu’après
avoir vérifié la normalité des examens cliniques et morphologiques
et notamment d’une imagerie par résonance magnétique (IRM)
cérébrale.
À noter cependant que cette parasomnie est souvent
associée à une maladie neurologique (cas des formes secondaires) et
elle peut précéder les symptômes neurologiques diurnes de
quelques mois à quelques années, remettant ainsi en question
l’authenticité de ces formes idiopathiques.
L’évolution naturelle du TCSP est le plus souvent favorable avec une stabilisation de la
fréquence des parasomnies.
1- Forme secondaire
:
Les formes secondaires sont principalement en rapport avec une
lésion ou un dysfonctionnement du tronc cérébral.
L’âge de début
dans ces formes secondaires est variable et le vieillissement ne
semble plus être un facteur prédisposant déterminant.
Deux types
sont à individualiser en fonction de leur mode de révélation, les
formes aiguës (de durée inférieure ou égale à 1 mois) et les formes
chroniques (plus de 6 mois) ; les formes subaiguës étant de durée
intermédiaire.
2- Formes secondaires aiguës :
Elles sont rares et principalement en rapport avec une origine
toxique et/ou médicamenteuse.
Classiquement, un sevrage brutal
éthylique ou un sevrage en amphétamine, en cocaïne, en imipraminique ou en barbiturique peut être à l’origine d’un TCSP.
L’hypothèse physiopathologique la plus probable est celle d’un
rebond de SP occasionné par le sevrage.
Toutefois, la prise de
certains psychotropes semble aussi occasionner ce type de parasomnie comme les antidépresseurs tricycliques (essentiellement
la clomipramine), les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et
d’autres substances monoaminergiques bien que la relation de cause
à effet n’a pas été formellement établie.
Enfin, les anticholinestérasiques semblent aussi avoir un certain effet sur le
TCSP, deux études ont été publiées avec des résultats toutefois
discordants, tantôt faisant apparaître la parasomnie (étude
concernant une patiente atteinte de maladie d’Alzheimer), tantôt
l’améliorant (étude sur trois patients dont un seul atteint de maladie
d’Alzheimer).
L’évolution naturelle de ces formes aiguës est
variable, la parasomnie pouvant disparaître avec l’étiologie sousjacente,
toutefois une tendance à la chronicité est aussi possible.
3- Formes secondaires chroniques
:
Elles doivent être individualisées en fonction du type de pathologie
associée principalement les maladies neurologiques.
Effectivement,
les deux plus grandes séries publiées de patients atteints de TCSP
rapportent respectivement que 52 % et 57 % des patients
présentaient une affection neurologique et principalement une
maladie neurodégénérative, celle-ci étant représentée dans près de
la moitié des cas par la maladie de Parkinson.
À noter de plus
dans l’étude de Schenck et al. que 38 % des patients atteints de TCSP
idiopathique ont développé dans les 4 ans une maladie de
Parkinson, sans odds ratio rapporté probablement du fait du faible
nombre de patients inclus. Par ailleurs, le TCSP compliquerait la
maladie de Parkinson dans environ 15 % des cas.
Toutefois, une
perte de l’atonie musculaire en SP dans la maladie de Parkinson est
fréquente et ne doit pas faire poser le diagnostic de TCSP si aucun
autre élément de la parasomnie n’est présent.
En effet, dans une
étude récente, 58 % (19 sur 33 patients) des sujets parkinsoniens
avaient une perte d’atonie musculaire en SP à la différence des sujets
témoins (1 seul cas sur 16) et 42 % de ces patients n’avaient jamais
présenté de manifestation clinique évocatrice du TCSP.
Dans cette
même étude, seul un tiers des patients parkinsoniens avait les
critères polygraphiques du TCSP et seule la moitié d’entre eux était
détectable par un interrogatoire clinique minutieux.
Les syndromes démentiels ajoutés ou non à un syndrome
parkinsonien sont associés dans environ un tiers des cas avec un
TCSP.
Une association étroite avec la démence à corps de Lewy
disséminés (maladie associant un syndrome démentiel et un
syndrome parkinsonien) a été retrouvée (92 % des sujets déments
avec TCSP) contrastant avec la maladie d’Alzheimer qui est
rarement en cause.
Les atrophies multisystémiques
(notamment l’atrophie olivo-ponto-cérébelleuse) et d’autres maladies
neurodégénératives avec parkinsonisme comme la dégénérescence
corticobasale et la paralysie supranucléaire progressive seraient aussi fréquemment associées à ce trouble.
Parmi ces
affections, on peut toutefois individualiser les atrophies multisystémiques du fait de leur étroite association avec le TCSP
(69 %), de leur moindre prédisposition masculine et enfin du fait
que cette parasomnie précède les signes neurologiques diurnes dans
prêt de la moitié des cas.
La narcolepsie est une pathologie du SP, la persistance d’une activité
musculaire ainsi que l’abondance de twitches en SP sont des données
classiques et ne doivent ainsi pas être considérées comme un critère
pour attester le diagnostic de TCSP, toutefois la présence de TCSP
est fréquemment retrouvé.
La narcolepsie serait retrouvée chez
8-14 % des sujets présentant un TCSP.
L’âge de début est
souvent plus précoce et le contexte clinique évidemment totalement
différent.
À noter que les traitements des accès de somnolence
diurne excessive (amphétamine) et des cataplexies (antidépresseurs
tricycliques) sont parfois à l’origine d’une exacerbation de cette parasomnie.
Plusieurs autres maladies neurologiques ont parfois été décrites
associées au TCSP, notamment celles affectant le tronc cérébral (de
cause vasculaire, tumorale, inflammatoire [sclérose en plaques]…)
mais aussi la sclérose latérale amyotrophique, les hémorragies sousarachnoïdiennes….
Enfin, plusieurs pathologies psychiatriques ont été rapportées chez
les patients atteints de TCSP : l’anxiété généralisée, les troubles
thymiques ainsi que certains troubles de la personnalité.
Diagnostic différentiel
:
Certaines formes d’épilepsie survenant pendant le sommeil et
notamment les épilepsies frontales représentent parfois un
diagnostic différentiel.
Outre un interrogatoire bien conduit,
l’enregistrement vidéo-EEG d’un épisode moteur permet de rétablir
le diagnostic.
D’autre parasomnies du SP (les cauchemars) et du sommeil lent
profond (les éveils confusionnels, le somnambulisme et les terreurs
nocturnes) sont aussi parfois à l’origine d’une erreur diagnostique.
L’enregistrement polygraphique de la parasomnie permet de
préciser le stade dans lequel elle est survenue et, en cas de
cauchemar, n’objective pas d’activation motrice pendant le SP.
Examens paracliniques
:
La polysomnographie est l’examen indispensable pour retenir
formellement le diagnostic de TCSP.
Un bilan neurologique et
neuropsychologique complet à la recherche d’une pathologie des
noyaux gris centraux et d’un syndrome démentiel débutant sont à
envisager en fonction du contexte clinique.
Une IRM cérébrale est
aussi à discuter en fonction du contexte clinique afin d’éliminer une
lésion possiblement responsable de la parasomnie.
Physiopathogénie
:
Une altération biochimique et/ou physiologique de la fonction des
réseaux neuronaux excitateurs et/ou inhibiteurs des structures
motrices du tronc cérébral semble être à l’origine du TCSP.
A - CHEZ L’ANIMAL :
Les mécanismes de régulation du SP sont assez bien connus. Ils
impliquent principalement deux types de structure, les neurones
exécutifs (neurones SP « on ») et les neurones permissifs (neurones
SP « off »).
Les neurones « SP-on », cholinergiques ou cholinoceptifs, actifs pendant toute la durée du SP, sont situés au
niveau du bulbe dans le noyau magnocellulaire et au niveau
pontique dans le tegmentum latérodorsal et pontopédunculaire,
dans le locus coeruleus alpha et le noyau périlocus coeruleus
alpha.
À l’inverse, les neurones « SP-off », monoaminergiques
(dopamine, sérotonine…), avec une activité nulle pendant la durée
du SP, dépendent de structures plus diffuses dans le tronc cérébral
(locus coeruleus, noyau du raphé dorsal).
La production de SP
est ainsi sous la dépendance de ces deux structures en forte
interaction réciproque, l’activation des systèmes exécutifs et
l’inhibition simultanée des systèmes permissifs sont nécessaires à la
genèse de ce stade de sommeil.
Toutefois, il existe aussi d’autres
mécanismes de régulation du SP, les structures hypothalamohypophysaires
ainsi que de nombreuses substances humorales
exogènes et/ou endogènes.
Pendant toute la durée du SP, les neurones du locus coeruleus alpha
activent les neurones magnocellulaires réticulaires, ces derniers se
projetant sur le motoneurone médullaire alpha par l’intermédiaire
d’interneurones inhibiteurs (glycinergique).
Cette projection sur
l’effecteur final de la voie motrice descendante est de type inhibiteur
(via le faisceau réticulospinal ventrolatéral) et engendre
physiologiquement une atonie musculaire.
Les travaux de l’équipe de Jouvet ont montré que les lésions
bilatérales et symétriques du tegmentum pontin chez le chat
provoquaient une perte de l’atonie musculaire caractéristique du SP
associée à un comportement moteur de type exploratoire stéréotypé
pour chaque animal.
Ces troubles moteurs étaient parfois d’ordre hétéroagressif sans aucune modification au niveau du comportement
alimentaire ou sexuel.
Puis, plusieurs autres travaux ont précisé le type de comportement
moteur observé en fonction de la localisation et de l’importance de
la lésion du tegmentum pontin.
Une lésion du locus coeruleus alpha et de la substance réticulaire médiane est à l’origine
d’une perte inconstante de l’atonie musculaire avec, le plus souvent,
une activité motrice élémentaire intermittente de la tête et de la
partie proximale des membres et du tronc.
Une lésion plus
antérieure se caractérise par une activité motrice plus élaborée et
l’animal présente un comportement plus exploratoire, d’orientation,
la tête est levée et cherche…
Enfin, une lésion encore plus antérieure
se manifeste par une activité motrice particulièrement élaborée avec
un comportement de locomotion proche de celui de la veille, avec
parfois un comportement d’attaque à la poursuite d’une proie
imaginaire.
Il existe à la fois une perte de l’atonie musculaire
caractéristique du SP ainsi qu’une activité phasique musculaire
anormale dans ce stade de sommeil.
Si la perte isolée de l’atonie musculaire est nécessaire, elle ne semble
pas suffisante pour générer ce type de comportement, celui-ci
nécessitant l’implication d’autres structures notamment pontiques et mésencéphaliques.
En accord avec cette hypothèse, Reese
et al. ont rapporté l’implication et l’importance du noyau
cholinergique pédonculopontin aussi bien dans les mécanismes de
veille et de sommeil que dans celui de la locomotion.
Une
interruption anatomique et/ou fonctionnelle de ce noyau (à forte
projection afférente et efférente) va ainsi générer une perte de
l’atonie musculaire du SP, principalement par la perte des
projections inhibitrices des neurones monoaminergiques du locus
coeruleus…
Un trouble de la balance des systèmes monoaminergiques et cholinergiques, principaux neuromédiateurs
impliqués dans la régulation du SP, pourrait ainsi rendre compte de
cette parasomnie.
B - CHEZ L’HOMME :
Les connaissances sur l’activité neuronale pendant le sommeil chez
l’homme, et notamment en SP, restent partielles mais commencent à être appréhendées.
Maquet et al. ont objectivé, par une étude de
PET sur sept sujets témoins, une importante activité neuronale en
SP du tegmentum pontin, des amygdales et du cortex cingulaire
antérieur contrastant avec un hypofonctionnement du cortex
préfrontal et cingulaire postérieur.
Outre cette forte activation en
SP et ses nombreuses projections sur les générateurs phasiques du
SP, le noyau pédonculopontin présente de multiples projections sur
le locus niger.
Ces données sont tout à fait cohérentes avec
l’implication de ce noyau dans la genèse du TCSP et avec la
fréquente association retrouvée entre cette parasomnie et la maladie
de Parkinson.
Effectivement, l’étroite association chez l’homme entre les affections neurodégénératives (principalement la maladie de Parkinson et la
démence à corps de Lewy disséminés) et les troubles moteurs en SP
chez l’homme est de toute importance sur un plan tant clinique que
physiopathologique.
Cette parasomnie peut révéler la
maladie neurodégénérative, le TCSP quand il est présent inaugure
la maladie dans quasi la moitié des cas ; de plus, environ un tiers
des patients souffrant de TCSP idiopathique développe
secondairement (dans les quatre années suivantes) un syndrome
parkinsonien.
Peu d’études neuropathologiques ont été réalisées dans cette
parasomnie.
Toutefois, une étude anatomopathologique post
mortem d’un patient de 84 ans souffrant de TCSP de forme
idiopathique depuis plus de 20 ans a révélé une importante
diminution des neurones monoaminergiques du locus coeruleus
avec de plus la présence de nombreux corps de Lewy disséminés.
Une autre étude neuropathologique d’un patient atteint de TCSP
avec syndrome démentiel étiqueté maladie d’Alzheimer a révélé,
outre une importante diminution des neurones monoaminergiques
dans le tronc cérébral (substance noire et locus coeruleus), la
présence de nombreux corps de Lewy avec en conséquence un
changement nosologique probable dans l’étiologie de son syndrome
démentiel.
Les données d’imagerie cérébrale et notamment d’IRM chez les
patients présentant un TCSP montrent des résultats très variés et
d’interprétation difficile.
Outre de rares anomalies spécifiques
du tronc cérébral fortement suspectes d’être à l’origine de la parasomnie, la pathogénie des hypersignaux de la substance blanche
parfois retrouvée en T2 dans cette population de sujets âgés semble
difficile à retenir en l’absence d’études contrôlées.
Par ailleurs, une
étude récente en SPECT a objectivé une diminution de la densité
striatale de transporteurs dopaminergiques présynaptiques chez
cinq patients atteints de TCSP idiopathique en comparaison à un
groupe contrôle, diminution toutefois moins importante que celle
retrouvée chez les patients parkinsoniens.
Aucune différence n’a
été retrouvée sur la densité striatale des récepteurs dopaminergiques
D2 postsynaptiques.
Parallèlement, une autre équipe, en utilisant
le PET, a retrouvé une diminution de la densité des terminaisons
dopaminergiques striatales chez des patients atteints de TCSP
idiopathique en comparaison à un groupe contrôle et ce
principalement dans la partie postérieure du putamen.
Enfin,
toujours chez l’homme, une étude en spectrorésonance magnétique
nucléaire (RMN) n’a pas permis d’objectiver d’anomalie
métabolique ni de perte neuronale au niveau du tronc cérébral chez
les patients atteints de TCSP idiopathique.
Le rôle de la dopamine et des ganglions de la base dans la
modulation de l’activation des différents états de vigilance et des
différents comportements moteurs permettrait d’envisager leurs
implications dans la physiopathologie du TCSP.
Toutefois, la
topographie précise des dysfonctionnements de la régulation des
activités motrices phasiques et toniques du SP reste mal comprise.
En effet, l’absence d’atonie musculaire en SP et la présence associée
de comportements moteurs anormaux ont aussi été objectivées dans
une pathologie épargnant totalement sur le plan anatomique le tronc
cérébral, l’insomnie fatale familiale.
Les mécanismes neurochimiques précis sous-tendant le TCSP restent
partiellement inconnus.
Un hypofonctionnement des neurones monoaminergiques du tronc cérébral et plus précisément du locus
coeruleus genère une perte des influx inhibiteurs sur les noyaux
cholinergiques pédonculopontins et du tegmentum latérodorsal
avec, pour conséquence finale, une désinhibition sur le motoneurone
alpha.
Le TCSP serait ainsi une expression précoce de lésions
directes ou indirectes des générateurs pontiques du SP.
Les maladies neurodégénératives sont les plus grandes pourvoyeuses de cette
parasomnie, toutefois l’âge, plus ou moins une certaine
prédisposition génétique, pourrait à lui seul être responsable d’une
perte de l’inhibition de ces centres pontiques sur les motoneurones
alpha.
Peu de données sont actuellement disponibles sur l’éventuelle
implication de facteurs génétiques dans la physiopathologie du TCSP.
Une composante familiale a toutefois été notée avec plusieurs
sujets atteints de TCSP dans une même famille sans que les données
sur ce sujet soient suffisantes pour envisager une prévalence voire
un mode de transmission de la maladie.
Une étude a rapporté
une association entre le TCSP et le typage HLA DQ, plus
précisément avec le typage HLA DQw1 présent dans 84 % des
cas.
Les allèles les plus fréquemment retrouvés étaient HLA
DQB1*0501 et DQB1*0602, sans association retrouvée avec HLA
DR2.
Cette association entre les TCSP, la présence de HLA
DQB1*0602 et la narcolepsie (autre pathologie du SP étroitement liée
à HLA DQB1*0602) est de tout intérêt, toutefois dans la narcolepsie
on retrouve une association avec HLA DQB1*0602 et HLA DR2.
Le typage HLA des patients atteints de TCSP diffère donc de celui
des narcoleptiques ; cependant, la présence de HLA DQB1*0602 chez
ces derniers est très étroitement liée au symptôme cataplexie qui est
l’expression motrice de la narcolepsie…
L’association entre cette parasomnie du SP et HLA DQ n’est
toutefois pas exclusive ; le somnambulisme (parasomnie du sommeil
lent profond) est aussi associé à HLA DQ mais à un sous-type
différent HLA DQB1*0201.
Il semble donc que le système HLA
soit un facteur prédisposant au développement d’une parasomnie
et ce d’autant plus qu’une association entre plusieurs types de
parasomnie du sommeil lent et du SP (TCSP) chez un même sujet a
été décrite.
Traitement
:
Il faut tout d’abord rechercher une étiologie à cette parasomnie et
traiter en fonction la maladie sous-jacente potentielle.
Il faudra
toutefois traiter le TCSP de façon associée, le traitement de sa cause
n’améliorant que rarement la fréquence de la parasomnie.
A - TRAITEMENTS MÉDICAMENTEUX
:
Le clonazépam le soir au coucher à la posologie de 0,5 à 1 mg est le
plus souvent efficace (dans 90 % des cas) soit totalement, soit
partiellement et le plus souvent rapidement.
Ce
traitement diminue les manifestations comportementales
locomotrices et l’activité phasique électromyographique excessive
sans toutefois rétablir de façon complète l’atonie musculaire en
SP.
Il faut débuter le traitement à dose progressive afin d’avoir la
meilleure observance possible.
L’arrêt du traitement est responsable
quasi constamment d’une réapparition de la parasomnie ; plus
rarement un phénomène d’échappement peut survenir avec la
réapparition secondaire de la parasomnie en l’absence de toute
modification du traitement.
Le mode d’action de cette benzodiazépine dans cette affection est mal défini et son efficacité
supérieure à celle des autres benzodiazépines hypothétiques.
L’hypothèse la plus fréquemment avancée repose sur l’action sérotoninergique du clonazépam plus puissante que les autres
benzodiazépines.
L’action inhibitrice des neurones sérotoninergiques du raphé dorsal sur le SP phasique, action
renforcée par ce traitement, pourrait rendre compte de la diminution
de l’activité motrice anormale en SP.
Toutefois, un traitement au long cours par les benzodiazépines,
notamment chez le sujet âgé, n’est pas sans conséquence avec
notamment le risque de syndrome confusionnel, de trouble
mnésique et d’aggravation d’un éventuel syndrome d’apnées du
sommeil associé.
En cas d’échec du clonazépam ou de contreindication
de celui-ci (principalement en cas de syndrome d’apnées
du sommeil associé ou de stridor), une alternative par les
antidépresseurs tricycliques, la carbamazépine, la L-dopa peut être
envisagée, leur mode d’action pourrait être celui d’une diminution
du SP Dans le cadre des affections neurodégénératives, en
cas d’échec du clonazépam, un traitement par la clozapine peut
permettre d’améliorer les troubles.
L’efficacité des anticholinestérasiques et notamment du donépézil reste un sujet de
controverse, bien que son action plus souvent favorable renforce
l’hypothèse d’une dysrégulation cholinergique dans la
physiopathologique de cette affection.
Enfin, une seule étude
s’est focalisée sur un possible effet de la mélatonine chez ces patients
présentant un TCSP, cinq des six patients traités ont été nettement
améliorés aussi bien sur le plan clinique que polygraphique
(diminution significative des anomalies motrices en SP) ;
amélioration qui pourrait être en rapport avec un renforcement des
rythmes circadiens et notamment de celui du SP.
B - TRAITEMENT NON MÉDICAMENTEUX :
Il faut éviter, comme pour toute parasomnie, les risques d’accidents
inhérents à ces comportements moteurs qui peuvent parfois être
extrêmement violents pour le patient lui-même et/ou pour son
conjoint.
Des mesures de protections simples seront ainsi à mettre
en place en fonction du contexte clinique (enlever les objets
dangereux, mettre des verrous aux portes…).
Conclusion
:
Le TCSP correspond à une parasomnie relativement rare et
d’individualisation récente. Ses caractéristiques cliniques et
polygraphiques sont actuellement bien définies mais ses mécanismes
étiopathogéniques incertains.
Cette parasomnie du SP survient le plus
souvent chez le sujet âgé, de sexe masculin et est le plus souvent
associée à une maladie neurodégénérative.
Le traitement de première
intention doit être le clonazépam du fait de sa fréquente efficacité.