Traumatismes de la moelle épinière
Cours de Neurologie
Introduction
:
Si le pronostic vital des traumatismes de la moelle épinière s’est amélioré
depuis quelques années, en revanche, les séquelles neurologiques restent
lourdes et inchangées.
Cependant, la notion que la lésion initiale n’est pas
d’emblée définitive, mais qu’elle s’aggrave dans les heures qui suivent
l’accident si rien n’est mis en oeuvre, a modifié le comportement des acteurs
de la prise en charge de ces blessés.
Seule une prise en charge précoce et
coordonnée assurant une bonne oxygénation de la moelle, associée à la levée
rapide de la compression médullaire et à la mise en oeuvre le plus tôt possible
d’une rééducation fonctionnelle, peut modifier le pronostic de ces blessés.
Par
ailleurs, la découverte qu’il est possible de faire repousser les axones lésés si
on leur apporte un soutien a donné un essor très important à la recherche
fondamentale.
Physiopathologie des traumatismes vertébromédullaires
:
A -
Classification
:
Traditionnellement, les traumatismes vertébromédullaires sont classés
cliniquement selon le niveau segmentaire de la lésion, le caractère complet ou partiel de l’atteinte neurologique et le mécanisme physique responsable
du traumatisme. Les lésions de l’étage cervical et de la jonction
thoracolombaire sont les plus fréquentes.
Le type lésionnel semble
fortement corrélé aux conséquences neurologiques.
Quatre types de forces
peuvent être responsables de lésions vertébromédullaires : flexion, extension,
rotation et compression.
Dans la majorité des cas, une combinaison de ces
forces s’exerce sur la colonne et produit la lésion médullaire.
Ce sont les
différentes combinaisons de ces forces qui produisent les différents types de
lésions vertébrales.
Les complications neurologiques sont retrouvées dans 14 à 30 % des fractures
vertébrales et sont un élément de gravité.
Plus de la moitié de ces troubles
neurologiques sont entraînés par des fractures avec déplacement du corps
vertébral.
Dans 12 % des cas, il est noté une aggravation neurologique
secondaire.
Les lésions traumatiques du rachis peuvent être classées en trois ensembles :
lésions à prédominance discocorporéale, à prédominance discoligamentaire
et mixtes.
La neuroagressivité et le degré de l’instabilité de chaque lésion
dépendent directement du type de la lésion.
La fréquence de chaque groupe
est très spécifique du niveau vertébral.
Nous ne discuterons pas ici les différents types de lésions vertébrales et leurs
traitements, ceux-ci ayant été traités dans d’autres articles.
B -
Physiopathologie de la lésion médullaire :
La force délivrée à la moelle épinière lors du traumatisme peut y provoquer
des tableaux différents :
– la commotion (concussion des anglophones), qui correspond à un état
transitoire de dépression des fonctions médullaires sans lésion anatomique
visible ; l’aspect anatomique (macroscopique) de la moelle est normal, mais
il existe déjà à ce stade des altérations histologiques modérées ; le fait
important est que, malgré la gravité du déficit initial qui peut aller jusqu’à la
tétraplégie, il existe un pourcentage non négligeable de récupération
fonctionnelle ;
– lacontusion, qui est une lésion médullaire définitive mais incomplète, avec
pour traduction anatomique une moelle oedématiée et ecchymotique en
surface ; la récupération est beaucoup plus rare et aléatoire ;
– la lacération ou attrition, pouvant aller jusqu’à la section médullaire
complète.
Le traumatisme vertébromédullaire cause rarement une section médullaire
complète, mais la perte des fonctions médullaires peut être totale.
De plus, le
statut neurologique du traumatisé peut s’aggraver secondairement.
Les études
essayant d’expliquer ces phénomènes ont abouti au concept fondamental de
« lésion secondaire ».
La lésion initiale, conséquence directe du traumatisme
mécanique, déclenche une cascade de réactions moléculaires et cellulaires,
commençant dans les premières minutes suivant le traumatisme, pouvant se
poursuivre pendant quelques jours ou quelques semaines et aboutissant à la
lésion définitive responsable du handicap clinique.
Ce concept a été
initialement postulé par Allen, lorsque, en 1911, il s’est aperçu que
l’évacuation d’une cavité hématomyélique post-traumatique chez les chiens
permettait une certaine amélioration neurologique par rapport au chien chez
qui l’hématome était laissé en place.
Allen a supposé l’existence d’un
« facteur biochimique » présent dans l’hématome et causant des dommages
secondaires au sein de la moelle épinière.
Depuis cette date, de nombreuses
études ont été consacrées à ce phénomène.
1- Physiopathologie de la phase aiguë du traumatisme médullaire
:
La manifestation clinique définitive d’un traumatisme médullaire (ou d’un
traumatisme crânien) résulte de toute une série de modifications
dynamiques survenant au sein du tissu traumatisé.
Cette lésion secondaire
est la résultante de tous les changements tissulaires pathologiques. Différents
mécanismes et réactions interviennent dans la genèse de ces lésions, mais les
mécanismes principaux sont les suivants.
* Hémorragie :
L’apparition rapide des sites hémorragiques dans la zone centrale de la moelle
traumatisée est actuellement un fait solidement établi.
Cette hémorragie
peut être due à une rupture mécanique des parois des artérioles et des veinules
lors du traumatisme.
Ces phénomènes hémorragiques apparaissent très tôt
(15 minutes après le traumatisme) et progressent rapidement.
* Ischémie :
La survenue d’une hypoperfusion au niveau de la substance grise médullaire
après un traumatisme a été clairement démontrée par plusieurs études.
Concernant la substance blanche, les choses sont moins nettes puisque
certains auteurs y trouvent une hyperhémie et d’autres une ischémie,
mais il est bien établi que la substance blanche résiste mieux à l’ischémie que
la substance grise.
Cette hypoperfusion peut être en partie due à la libération,
au niveau du site lésionnel, de certaines substances vasoconstrictrices, comme
les thromboxanes, les leucotriènes et le platelet activing factor (PAF).
D’autres mécanismes ont été évoqués pour expliquer cette hypoperfusion :
hypotension systémique post-traumatique ou perte d’autorégulation de la
circulation médullaire.
Cette baisse de la perfusion conduit rapidement à une
baisse de la teneur en oxygène au sein du tissu lésé qui peut persister pendant
quelques heures.
Malgré toutes ces données, le rôle exact des
mécanismes ischémiques dans la survenue de lésions anatomiques et de
déficits neurologiques après un traumatisme médullaire n’est cependant pas
très clair de nos jours.
* OEdème :
Le traumatisme entraîne, par son impact mécanique, une rupture des
vaisseaux et de la barrière hématomédullaire, aboutissant à un oedème
vasogénique. Dans les études expérimentales, l’oedème apparaît d’abord dans
les régions centromédullaires, puis diffuse sur un mode centrifuge.
Les
effets néfastes de l’oedème peuvent s’exercer par l’intermédiaire d’une
compression mécanique des tissus environnants ou par la constitution d’un
environnement biochimique anormal.
* Modifications ioniques
:
Il est établi que de faibles variations de la concentration de certains ions dans
l’espace interstitiel sont suffisantes pour perturber de façon notable
l’excitabilité neuronale et la transmission synaptique et donc la conduction
nerveuse, et ceci en l’absence de toute rupture ou lésion mécanique de ces
éléments.
La concentration extracellulaire du calcium, qui joue un rôle crucial dans la
régulation de l’activité de nombreuses enzymes, ainsi que dans le stockage et
la libération de plusieurs neurotransmetteurs, décroît rapidement dans la
moelle lésée, alors que sa concentration intra-axonale et sa
concentration globale tissulaire augmentent après un traumatisme.
L’excès du calcium a des effets délétères sur de nombreuses fonctions
cellulaires et est un des points communs de plusieurs mécanismes pouvant
conduire à la mort cellulaire et neuronale après un traumatisme.
D’autres travaux ont montré une élévation rapide du taux de potassium
extracellulaire au niveau du site lésionnel, suivie par une baisse importante et
retardée de sa concentration tissulaire.
Ces variations en phase aiguë peuvent
contribuer à aggraver les troubles de la conduction nerveuse.
* Phospholipides, radicaux libres et acides aminés :
L’activation des phospholipases calcium-dépendantes aboutit à l’hydrolyse
des phospholipides qui entraîne d’une part une accumulation des radicaux
libres, et d’autre part la libération de substances comme les thromboxanes et
les leucotriènes, provoquant des lésions de la membrane cellulaire et
agissant sur la perfusion médullaire.
Le traumatisme médullaire conduit à une libération rapide des acides aminés
excitateurs comme le glutamate et l’aspartate.
Ceci peut conduire à une
accumulation intracellulaire de grandes quantités de calcium et de sodium et
provoquer la mort cellulaire.
* Réponse inflammatoire
:
Le traumatisme médullaire est suivi d’une réponse inflammatoire qui débute
dans les heures qui suivent le traumatisme et qui dure quelques jours.
Cette
réaction comporte des altérations endothéliales et des changements de la
perméabilité vasculaire, la libération des médiateurs de l’inflammation et la
migration des cellules impliquées dans l’inflammation, le développement de
l’oedème et l’activation des microglies.
Il est donc actuellement parfaitement clair que la symptomatologie et le déficit
résultant d’un traumatisme médullaire sont le résultat d’une cascade de
réactions déclenchées par le traumatisme et impliquant non seulement des
mécanismes locaux, mais aussi des processus systémiques.
2- Histologie du site lésionnel :
* Phase aiguë :
Les premiers signes visibles sont des altérations de la microvascularisation
de la substance grise.
Puis apparaissent des pétéchies hémorragiques,
initialement situées au niveau de la substance grise autour du canal de
l’épendyme ou au niveau des cornes antérieures.
Les lésions vasculaires
s’étendent progressivement à toute la substance grise et dans une moindre
mesure à la substance blanche.
De 4 à 8 heures après, des dilatations
anévrismales et des ruptures vasculaires peuvent y être observées.
L’apparition des phénomènes thrombotiques au niveau des capillaires est plus
tardive (24 heures).
Ces phénomènes déclenchent une réaction gliale et
causent des altérations neuronales et gliales (nécroses) qui s’étendent de la
substance grise vers la substance blanche dans les 8 premières heures du
traumatisme.
Il s’y associe des lésions proprement axonales, comprenant des
lésions de nécrose et l’élargissement des espaces périaxonaux.
L’ensemble de ces réactions souligne l’importance de l’anoxie ou de
l’hypoxie dans la genèse des lésions de la phase aiguë d’un traumatisme
médullaire.
* Phase subaiguë
:
À la phase de nécrose hémorragique fait suite une phase de réactivité des
cellules du système nerveux central (SNC), conduisant à une gliose
réactionnelle (astrocytes et microglies).
La sévérité de cette réponse est
fonction de l’importance de la lésion et fait probablement intervenir des
régulateurs spécifiques comme les cytokines.
L’oedème vasogénique est
présent dès ce stade et cause des effets néfastes, en partie en diminuant le débit
sanguin local par le biais d’une augmentation des résistances vasculaires.
Tous ces phénomènes sont associés à une réaction inflammatoire classique
faisant intervenir d’abord les granulocytes, puis les monocytes et les
macrophages.
* Phase tardive
:
La réponse inflammatoire prend fin quelques jours après le traumatisme par
la disparition des macrophages, laissant place à une cavité remplie de liquide
qui est entourée d’un tissu cicatriciel astrocytaire.
Cette cavité est
généralement en contact avec le canal de l’épendyme et donc remplie de
liquide cérébrospinal (LCS).
Au niveau de la substance blanche, il existe une
démyélinisation axonale qui concourt à la perte des fonctions
neurologiques malgré une possible préservation de la continuité axonale.
Trois semaines après, une remyélinisation est visible au niveau de ces axones,
due à une activité des oligodendrocytes.
En résumé, l’apparence finale du site lésionnel est assez constante, quel que
soit le modèle utilisé, associant une cavité syringomyélique et un tissu
cicatriciel.
Au sein de la substance blanche, les différentes étapes de la
dégénérescence wallérienne sont retrouvées.
L’existence d’une arachnoïdite
autour du site lésionnel a été rapportée, arachnoïdite qui interviendrait dans
le maintien et la progression de la cavité syringomyélique.
3- Réponse des motoneurones médullaires à un traumatisme
:
Bien qu’au niveau du SNC les axones aient les capacités intrinsèques de
repousse et de régénération, cette régénération ne se fait presque jamais de
manière spontanée chez les espèces supérieures, ou alors se fait sur une courte
distance (2 à 3 mm).
Lorsque la lésion nerveuse (axotomie) survient au
niveau du SNC, les phénomènes de régénération et de repousse, bien
qu’existant, sont limités et n’aboutissent jamais chez les vertébrés supérieurs
à une reconnexion fonctionnelle.
La partie distale de l’axone montre
rapidement des signes de dégénérescence entourés d’une réaction gliale.
La
partie proximale de l’axone manifeste une régénération précoce et transitoire,
rapidement stoppée et suivie d’une rétraction et d’un gonflement de l’axone.
Le corps cellulaire subit des modifications biochimiques importantes et
rapides.
Ces modifications entraînent des altérations morphologiques : le
corps cellulaire subit un gonflement (swelling), les corps de Nissl se
désintègrent (chromatolyse) et le noyau se déplace vers la périphérie.
Ces changements amènent le neurone dans une phase dite de nécrose pouvant
aller jusqu’à la mort neuronale.
Cette absence de régénération dans le SNC a été attribuée à deux catégories
différentes de facteurs :
– facteurs liés au traumatisme : déclenchement des phénomènes aboutissant
à des lésions secondaires ;
– facteurs liés aux propriétés intrinsèques du SNC mature des vertébrés
supérieurs adultes : propriétés inhibitrices de la myéline centrale,
environnement neuroglial défavorable, absence ou faible quantité de facteurs
neurotrophiques et promoteurs de la régénération.
Épidémiologie :
Actuellement, les traumatismes médullaires demeurent fréquents, même si
des mesures d’information du public, de prévention et de sécurité routière ont
diminué l’incidence globale de ceux-ci et la proportion des lésions complètes
par rapport aux lésions incomplètes.
L’incidence actuelle en France est de 1 000 traumatismes médullaires par an.
La moyenne d’âge est de 30 ans, le sex ratio de 70 % d’hommes.
La
proportion des accidents de la route est de 45 %, les accidents de travail
représentent 30 %, les chutes également 30 %, les accidents du sport 12 %.
Les sports les plus exposés sont le parapente, le ski, le rugby.
Les plongeons
en eau peu profonde, responsables de lésions cervicales, demeurent fréquents
malgré les avertissements donnés au public.
Le délai moyen de prise en charge est de 30 minutes après l’accident. Les
blessés arrivent dans le centre où ils seront complètement pris en charge dans
les 2 heures.
Si la fracture est instable ou déplacée et la moelle comprimée,
l’intervention chirurgicale ou le traitement orthopédique précoces sont
préconisés : ceux-ci sont réalisés dans la plupart des cas dans les 8 heures qui
suivent l’accident.
Ces délais sont très courts par rapport à ceux réalisés dans
les autres pays où la moyenne de prise en charge thérapeutique médicale se
fait dans les 8 heures suivant l’accident, l’intervention chirurgicale n’étant
réalisée que dans les 48 heures.
Ceci montre le rôle prédominant de
l’organisation médicale d’urgence française qui, reposant sur les services
d’aide médicale urgente (Samu) et les services médicaux d’urgence régionaux
(Smur), permet des interventions médicalisées beaucoup plus rapides.
On peut affirmer que la prise en charge optimale des traumatisés de la moelle
épinière repose sur un protocole de prise en charge précoce et coordonnée
associant :
– sur le terrain, le plus rapidement possible, le diagnostic de la lésion
médullaire et l’immobilisation du blessé, le maintien d’une oxygénation
satisfaisante pour la liberté des voies respiratoires et d’une tension artérielle
supérieure à 90 mmHg, le bilan de l’extension des lésions et le début du
traitement neuroprotecteur ;
– l’acheminement le plus rapide possible du blessé vers le centre équipé sur
le plan réanimation, radiologique et chirurgical pour le prendre en charge,
après avoir éliminé une lésion associée pouvant mettre en jeu le pronostic
vital ;
– un bilan radiologique comportant des radiographies, un scanner du rachis
et, en cas de doute sur une lésion discale, une résonance magnétique nucléaire
(RMN) ;
– le traitement orthopédique ou chirurgical en cas d’instabilité ou de
compression de la moelle ;
– le début de la rééducation le plus rapidement possible.
Évaluation clinique des traumatisés
médullaires
:
A - Évaluation globale
:
Les traumatismes vertébromédullaires font courir un triple risque :
– vital, en fonction du niveau lésionnel et de l’éventuel contexte de polytraumatisme ;
– neurologique, par atteinte de la moelle épinière et des racines ;
– fonctionnel orthopédique, par atteinte de l’appareil ostéoarticulaire.
La prise en charge de ces patients nécessite donc une reconnaissance de la
lésion rachidienne dès la prise en charge sur le lieu de l’accident, une
caractérisation parfaite de la lésion ostéoarticulaire et de l’atteinte
neurologique et un traitement adapté visant à rétablir une anatomie et une
fonction normales d’une part, et d’autre part à prévenir l’aggravation
secondaire de l’atteinte médullaire ou la survenue des complications.
Tout
patient suspecté d’avoir une lésion vertébromédullaire doit être manipulé en
monobloc et tout patient inconscient à la suite d’un traumatisme doit être
considéré comme ayant une lésion vertébromédullaire, jusqu’à ce que le bilan
complet dissipe ce doute. Les lésions associées, qui sont présentes dans 47 à
60 %des cas, doivent être diagnostiquées et traitées.
La tension artérielle
doit être maintenue à un niveau correct, puisque l’hypotension est un facteur
d’aggravation reconnu.
L’hypotension associée à une bradycardie
probablement liée à un choc neurogénique, souvent présente après un
traumatisme sévère de la région thoracolombaire, doit être distinguée
d’une hypotension par hémorragie et doit être traitée par l’utilisation des
amines pressives.
La prise en charge initiale est donc celle d’un
polytraumatisé.
Les lésions neurologiques sont des éléments de gravité majeure des
traumatismes du rachis et peuvent être radiculaires et surtout médullaires.
L’examen neurologique complet doit donc faire partie d’un examen clinique
général précis visant à détecter d’autres lésions pouvant aggraver le pronostic
fonctionnel ou vital du traumatisé médullaire.
B - Évaluation neurologique
:
L’examen neurologique doit être le plus complet possible et comporter une
évaluation de l’état de conscience du patient (échelle de Glasgow), l’examen
complet de la force musculaire de tous les groupes musculaires, l’examen du
tonus du sphincter anal, ainsi qu’un examen de la sensibilité superficielle
(pique-touche et chaud-froid) et profonde. Les réflexes ostéotendineux sont
systématiquement recherchés, ainsi que le signe de Babinski.
L’examen
initial doit être le plus précis possible.
Il doit être standardisé et donc
reproductible. Différents scores ont été utilisés pour quantifier le tableau
clinique d’un traumatisé médullaire.
Celui que nous conseillons est le score ASIA (American Spinal Injury Association) regroupant l’examen moteur
et sensitif, auquel il faut ajouter les résultats de l’examen de la sensibilité
profonde et des sphincters.
Le déficit neurologique peut être complet
ou partiel et, selon le niveau de l’atteinte et/ou la topographie lésionnelle,
différents tableaux peuvent se rencontrer.
1- Présentation clinique :
Le tableau de choc hémodynamique spinal associant hypovolémie et
bradycardie se rencontre plus fréquemment dans les traumatismes
cervicodorsaux.
Il est probablement causé par une atteinte sympathique sousjacente
à la lésion, provoquant une hypotonie vasculaire en dessous du niveau
lésionnel et laissant l’activité parasympathique non contrebalancée.
Il doit
être différencié des autres tableaux de choc pouvant se rencontrer chez un
patient polytraumatisé.
Par ailleurs, il peut exister une hypovolémie vraie due
à une lésion hémorragique associée.
2- Syndrome complet :
Il comporte la perte de toutes les fonctions médullaires (motricité volontaire,
sensibilité consciente), dans les territoires situés au-dessous du niveau de la
lésion médullaire.
Le déficit moteur est en général flasque.
L’activité réflexe
de la moelle est perdue en période aiguë, appelée aussi période du « choc
spinal », et la réapparition de cette activité réflexe médullaire signe la fin de la
phase du choc spinal.
C’est pour cette raison que la recherche du réflexe bulbocaverneux est essentielle : si ce réflexe est absent chez un patient
traumatisé et tétraplégique, on se trouve toujours en période de choc spinal et
l’examen neurologique n’est pas fiable ; en revanche, si ce réflexe est présent,
on peut dire que la période du choc spinal est terminée et que la tétraplégie est
directement due aux lésions sévères de la moelle épinière, avec un pronostic
de récupération sombre.
3- Syndromes incomplets de la moelle selon la topographie médullaire
de la lésion :
– Syndrome centromédullaire, souvent présent chez les patients
ayant un canal rachidien rétréci et victimes d’un traumatisme en hyperextension et associant, dans sa forme typique, une diplégie brachiale et
une paraparésie des membres inférieurs.
La diplégie brachiale peut être isolée.
– Syndrome de l’atteinte antérieure : atteinte sévère de la motricité
et de la sensibilité thermoalgésique, avec conservation de la sensibilité
profonde et épicritique, traduisant une atteinte des faisceaux antérieurs de la
moelle, sans atteinte des cordons postérieurs.
– Syndrome latéral ou syndrome de Brown-Séquard associant un
déficit moteur et une atteinte de la sensibilité profonde et tactile épicritique
du côté de la lésion et une atteinte de la sensibilité thermoalgique du côté
opposé.
– Syndrome postérieur : atteinte de la sensibilité profonde par
atteinte des colonnes postérieures.
Pour préciser le niveau de l’atteinte médullaire, il est convenu de préciser le
niveau segmentaire le plus bas situé et gardant un fonctionnement normal.
La
connaissance des rapports entre la hauteur des segments médullaires et les
vertèbres est essentielle pour préciser le niveau de l’atteinte, puisqu’il existe
un décalage entre le niveau segmentaire médullaire et vertébral.
Une atteinte C3 ou plus haut située conduit à un arrêt cardiorespiratoire et à la
mort si la prise en charge n’est pas immédiate (bulbar-cervical dissociation).
Les patients sont tétraplégiques et nécessitent une ventilation assistée
permanente.
Les lésions médullaires cervicales basses ou dorsales hautes
peuvent mettre en jeu le pronostic vital, soit du fait des lésion associées (volet
thoracique, épanchements pleuraux, contusion pulmonaire), soit par
l’existence des troubles neurovégétatifs, en particulier cardiorespiratoires.
L’examen neurologique initial doit donc être minutieux, préciser le niveau
médullaire de la lésion et ses conséquences cliniques, le caractère complet ou
incomplet de l’atteinte des fonctions médullaires et doit être reproductible.
Cet examen doit être répété dans le temps puisque l’état neurologique de ces
patients est susceptible d’évoluer, de façon spontanée ou après un traitement.
Examens complémentaires
:
Tout patient traumatisé vertébromédullaire doit avoir un bilan radiologique
complet associant des radiographies de face et de profil de l’ensemble de la
colonne vertébrale.
Pour mieux visualiser les charnières (craniocervicale et
cervicodorsale), souvent difficiles à étudier par des radiographies simples, la tomodensitométrie en coupes fines et avec reconstruction est indispensable.
En ce qui concerne la lésion médullaire, le seul examen capable de la
visualiser de façon directe est l’imagerie par résonance magnétique (IRM),
souvent difficile à organiser dans le contexte d’urgence et pour les patients
intubés et ventilés.
Sa réalisation permet de visualiser la lésion et de délimiter
son étendue.
Certaines séquences (T2) pourraient prédire la possibilité de la
récupération neurologique.
Elle doit être réalisée chaque fois que possible.
En urgence, elle est indiquée quand :
– il existe un déficit incomplet sans lésion vertébrale déplacée, pour vérifier
l’existence d’une compression d’origine discale ;
– il existe une aggravation secondaire (aggravation du déficit et/ou ascension
du niveau) ;
– il existe une discordance entre le niveau médullaire et le niveau de la
fracture vertébrale ;
– il n’existe pas de lésion osseuse pouvant expliquer le déficit clinique, pour
rechercher une compression d’origine discale, un hématome.
La réalisation d’autres examens paracliniques, comme les potentiels évoqués,
peut être intéressante, mais leur réalisation dans un contexte d’urgence est
difficile.
Prise en charge thérapeutique
:
Cette prise en charge doit avoir un certain nombre d’objectifs qui sont : éviter
d’aggraver les lésions ou de les décompenser par des manoeuvres
intempestives ; restaurer le plus rapidement possible une homéostasie
respiratoire et circulatoire permettant une oxygénation satisfaisante de la
moelle ; diriger le blessé vers un centre équipé de façon à le prendre en charge
efficacement d’emblée ; si le rachis est fracturé et la moelle comprimée,
arriver à lever la compression ; recalibrer et stabiliser le canal rachidien ;
entreprendre le plus précocement possible la rééducation.
Une telle coordination thérapeutique se fait de façon optimale grâce à la
constitution de réseaux associant les urgentistes, les réanimateurs, les
chirurgiens et les médecins de rééducation fonctionnelle.
A - Prise en charge sur le terrain
:
Le premier objectif est de faire le diagnostic de lésion médullaire existante ou
possible afin de ne pas aggraver la situation : toute victime d’un traumatisme
un peu important doit être considérée comme ayant une possibilité de fracture
de la colonne vertébrale ayant lésé ou menaçant la moelle.
Les secouristes,
urgentistes, médecins de Samu et de Smur doivent avoir cette notion présente
à l’esprit à chaque fois qu’ils arrivent sur les lieux d’un accident.
Toutes les
manoeuvres de mobilisation ou de désincarcération du blessé doivent donc
être faites de façon à ne pas désengrener une fracture engrenée et à ne pas
augmenter une luxation déjà existante.
Un blessé ne doit donc jamais être
fléchi, ni à l’inverse, mis en hyperextension.
Il ne doit être mobilisé qu’en
position indifférente, c’est-à-dire l’axe du rachis strictement aligné. Ceci ne
peut être vraiment réalisé que si trois personnes prennent en charge la
mobilisation d’un tel traumatisé.
Celui-ci doit ensuite être stabilisé avec une
minerve et placé dans un matelas coquille.
Il faut être vigilant lors de la
dépressurisation du matelas, afin qu’il n’y ait pas de pression exercée par
celui-ci sur la tête ou sur les épaules : on a constaté en effet que dans certains
cas, si de tels points de pression existaient, la réalisation du vide dans le
matelas pouvait entraîner des points de pression trop importants sur le rachis.
Le deuxième objectif est d’assurer la meilleure oxygénation possible du
blessé et donc de la moelle épinière afin d’éviter l’extension secondaire des
lésions, qui se produit le plus souvent du fait de phénomènes ischémiques et
de la baisse de l’arrivée d’oxygène à l’échelon cellulaire.
Il faut d’abord veiller à une bonne perméabilité des voies respiratoires :
celle-ci est souvent menacée du fait de toutes sortes de mécanismes, liés à la
lésion médullaire elle-même quand il s’agit d’une atteinte cervicale haute
entraînant donc des troubles de la respiration par atteinte centrale, liés au fait
que ces blessés sont souvent des polytraumatisés pouvant avoir également un
traumatisme crânien avec troubles de la conscience responsables d’un
encombrement trachéobronchique ou ayant un traumatisme thoracique ou
abdominal ayant aussi un retentissement sur la respiration.
Il faut au moindre
signe de désaturation ou d’encombrement, aspirer et intuber le blessé, cette
intubation ne devant se faire qu’avec une minerve, sans hyperextension du
cou et du rachis. Elle permet d’aspirer au mieux et de ventiler le patient.
De
même, en ce qui concerne la discussion autour des manoeuvres d’intubation,
c’est moins le type de technique utilisé qui compte (vigile ou non, fibroscopie
ou non) que le non-respect des manoeuvres d’immobilisation au moment de
l’intubation.
En effet, les cas d’aggravation neurologique décrits après
intubation ou ventilation au masque sont en rapport avec une méconnaissance
du diagnostic.
Ainsi, l’incidence des accidents neurologiques secondaires
rapportée après induction d’une anesthésie générale (2 %) ou après
intubation vigile (2,4 %) est équivalente et comparable à l’incidence déjà
citée (1,4 %) des aggravations neurologiques après traumatismes
rachidiens.
Quelle que soit la technique choisie, il est donc indispensable
qu’un aide maintienne la tête dans l’axe du tronc pendant tout le temps
nécessaire à l’intubation.
Avec d’autres équipes, aucune technique
d’intubation n’ayant fait la preuve de son innocuité, nous préférons, en
urgence, l’intubation orotrachéale après crush-induction.
L’utilisation de la
manoeuvre de Sellick a été discutée en raison des risques théoriques de
déplacement du foyer de fracture qu’elle occasionnerait.
En absence de cas
d’aggravation secondaire rapportés à notre connaissance à la suite de cette
manoeuvre, nous considérons qu’elle reste importante à réaliser.
Cependant,
il ne faut pas négliger le fait qu’une légère augmentation du risque aurait chez
les patients des conséquences désastreuses.
Aucune étude publiée ne
comporte assez de patients pour mettre statistiquement en évidence une
éventuelle différence entre deux techniques.
En effet,
1 800 patients sont estimés nécessaires pour prouver qu’une manoeuvre
double les complications neurologiques associées à une lésion du rachis
cervical.
De même, toute baisse de tension doit être immédiatement corrigée.
La pose
de voies veineuses périphériques de gros calibre et d’une pression artérielle
sanglante est indispensable.
Il faut arriver à maintenir une pression artérielle moyenne (PAM) égale ou
supérieure à 90 mmHg.
Les chutes de pression artérielle peuvent être dues à
des lésions associées, qu’il faut suspecter et rechercher, ou simplement à la
lésion médullaire elle-même, qu’elle soit cervicale ou dorsale.
La mise en
place en urgence d’une perfusion et le recours s’il le faut aux amines pressives
doivent avoir pour objectif principal que la PAM reste égale ou supérieure à
90 mmHg.
Enfin, ces blessés souffrent souvent de façon très importante, ce qui aggrave
l’état de choc et les problèmes respiratoires.
Il faut donc d’emblée calmer la
douleur.
Ceci se fera plus facilement sur un malade ventilé, les antalgiques
puissants pouvant retentir sur la respiration.
Le blessé ainsi immobilisé, calmé, oxygéné et perfusé, doit alors être transféré
vers le centre le plus approprié à le prendre en charge. Deux cas peuvent se
présenter :
– s’il existe une suspicion de choc hémorragique dû à une lésion viscérale, il
faut le conduire le plus rapidement possible vers le centre hospitalier le plus
proche équipé pour diagnostiquer et traiter celle-ci, car elle met en jeu le
pronostic vital qui passe au premier plan avant la lésion médullaire ;
– s’il n’existe pas de suspicion de lésion viscérale, il faut alors le transférer
directement vers un centre comportant un service de réanimation, un service
d’orthopédie ou de neurochirurgie et un plateau technique d’imagerie afin de
faire le bilan radiologique des lésions et de les traiter.
Dès l’arrivée, le bilan radiologique comportant au minimum un scanner et,
s’il est besoin, une RMN est pratiqué.
Si une lésion rétrécissant le calibre du
canal rachidien et comprimant la moelle ou une fracture instable sont mises
en évidence, un traitement orthopédique ou chirurgical en urgence s’impose,
à condition que l’équipe chirurgicale ait l’habitude de cette chirurgie et que
l’état du blessé, du fait de lésions associées importantes, notamment thoracoabdominales, ne contre-indique pas une intervention qui risque d’être
longue et hémorragique.
B - Traitement chirurgical :
Le temps des discussions passionnées entre partisans de la chirurgie précoce
systématique et ceux qui prônaient au contraire l’abstention est heureusement
dépassé.
L’expérience des équipes chirurgicales, les progrès de la
réanimation, la qualité de l’imagerie, ont permis de faire que la chirurgie
précoce n’entraîne pas d’aggravation de l’état des blessés.
En revanche, la
meilleure connaissance des mécanismes secondaires d’extension des lésions
médullaires a permis de montrer qu’une moelle libre avait plus de chance
d’être sensible aux thérapeutiques médicales qu’une moelle comprimée.
La chirurgie précoce doit donc répondre à certaines conditions, avoir un triple
objectif, et obéir à certaines méthodes.
1- Conditions
:
Il faut :
– qu’un bilan radiologique complet ait mis en évidence qu’il existe soit une
fracture instable, soit une lésion rachidienne traumatique rétrécissant le canal
rachidien et comprimant la moelle épinière ;
– que le blessé soit correctement oxygéné et ait une homéostasie circulatoire
correcte ;
– que le bilan des lésions associées soit négatif ou qu’aucune autre atteinte
ne mette en jeu le pronostic vital immédiat du blessé ;
– que l’équipe chirurgicale qui va réaliser cette intervention ait une parfaite
habitude de ce type d’intervention.
2- Objectifs
:
Ils sont au nombre de trois :
– décompression de la moelle épinière ;
– recalibrage du canal rachidien afin d’assurer la liberté de la moelle ;
– stabilisation de la lésion rachidienne afin d’éviter les déplacements ou
luxations secondaires qui entraîneraient des déformations secondaires ou des
compressions médullaires différées.
3- Méthodes
:
La chirurgie d’urgence est indiscutable devant un blessé s’aggravant ou
présentant une lésion instable.
* Chirurgie précoce :
Si elle veut avoir une chance de rendre réversibles certaines lésions, elle doit
être réalisée dans les 4 à 6 heures au plus tard après l’accident.
La littérature
relate des exemples de lésions complètes cliniquement qui, opérées dans cette
fenêtre horaire, ont pu récupérer rapidement et quasi complètement.
Il faut
donc tout mettre en oeuvre pour que le ramassage du blessé, sa mise en
condition, son acheminement dans le centre spécialisé, le bilan radiologique
et le démarrage de l’intervention puissent être réalisés au plus tard dans les
6 heures qui suivent l’accident.
La constitution d’un réseau de prise en charge
en France, à l’occasion d’une enquête puis d’une étude multicentrique, a
montré que 90 % des blessés pouvaient être pris en charge de cette façon.
* Techniques chirurgicales
:
Elles varient suivant le siège et le type de lésion rachidienne.
+ Rachis dorsal :
– Méthodes postérieures
L’abord postérieur est pratiqué sur le blessé en décubitus ventral, avec
l’abdomen libre de toute compression afin de diminuer au maximum le
saignement veineux.
Un contrôle radiographique peropératoire est
indispensable.
Si le bilan radiologique a mis en évidence un rétrécissement canalaire de plus d’un tiers de la normale, une laminectomie est indiquée pour
élargir le canal et procéder à la réduction d’une fracture, d’une lame
incarcérée dans le canal.
Elle permet également de contrôler et d’enlever des
fragments discaux ou osseux intracanalaires.
Si la dure-mère est ouverte ou
déchirée, elle est réparée par suture ou par mise en place d’un lambeau
aponévrotique. Un hématome compressif, très rare, peut être évacué par cette
voie.
En cas de doute sur l’existence de fragments ou de sténose au niveau de la
paroi latérale du canal, la laminectomie est élargie aux articulaires et aux
pédicules du côté suspect.
Afin de réaliser le troisième objectif de la chirurgie qui est la stabilisation,
une ostéosynthèse postérieure par plaques, avec vissage dans les pédicules,
doit être ensuite réalisée.
La visée pédiculaire doit être réalisée avec le plus
grand soin, au besoin facilitée par l’utilisation d’un logiciel de chirurgie
assistée par ordinateur.
L’utilisation de plaques non ferromagnétiques doit
être privilégiée : en effet, il s’agit de blessés médullaires qui sont susceptibles
d’avoir ultérieurement un examen par RMN, ce qui serait impossible en cas
d’utilisation de plaques standards.
– Méthodes antérieures
Plus difficile à réaliser en urgence ou de façon précoce, l’abord antérieur du
rachis cervical ou dorsolombaire nécessite également la réalisation d’une
artériographie médullaire préopératoire pour repérer l’artère intercostale qui
porte l’artère spinale antérieure.
Plusieurs voies d’abord peuvent être
réalisées : la thoraco-pleuro-laparotomie, la voie sous-pleuropéritonéale, la
laparotomie.
L’abord antérieur permet de décomprimer la moelle en cas de compression
importante médiane, antérieure ou dorsale et de recalibrer par une greffe
antérieure le canal.
+ Rachis cervical :
À l’inverse du rachis dorsal, au niveau cervical c’est la voie d’abord antérieure
qui est réalisée plus facilement et plus souvent que la voie d’abord
postérieure.
– Abord antérieur
Sur le malade en décubitus dorsal, une incision cutanée transversale,
latéralisée, permet après avoir récliné en dehors le paquet jugulocarotidien et
en dedans l’axe trachéooesophagien, d’accéder aux vertèbres, de la troisième
cervicale à la septième.
Cette voie d’abord permet de réaliser soit une
résection discale et de procéder à l’ablation d’une hernie discale ou d’un
fragment de disque faisant hernie dans le canal cervical, soit une corporectomie avec ablation des disques sus- et sous-jacents à la vertèbre
lésée.
Que le ligament vertébral commun postérieur soit intact ou non, il faut
l’ouvrir pour vérifier la dure-mère et la moelle et s’assurer qu’un fragment
osseux ou discal n’est pas resté dans le canal.
De même, les origines des racines vers les trous de conjugaison doivent être
vérifiées afin de s’assurer de leur liberté.
Une ostéosynthèse par greffon
iliaque est ensuite mise en place et la fixation antérieure est faite en vissant
dans les corps vertébraux sus- et sous-jacents une plaque à quatre ou six vis.
– Abord postérieur
Il est réalisé sur le blessé installé en décubitus ventral, le thorax et l’abdomen
le plus libres possible.
Il permet de réaliser une laminectomie pour libérer la
partie postérieure du canal en cas de compression postérieure et de vérifier la
partie postérieure et les parois latérales du canal.
Par cette voie, il est possible
d’enlever une compression due à la fracture d’une lame ou d’une articulaire
postérieure, de vérifier l’état de la dure-mère et des racines et de procéder à
une arthrodèse postérieure par plaques vissées ou par un matériel de Cotrel-Dubousset.
* Traitement orthopédique
:
+ Rachis dorsolombaire
:
Que ce soit par réduction sur cadre, par méthode posturale ou par la méthode
de Böhler, l’objectif est de mettre le blessé en lordose pour réduire
l’angulation due à un écrasement du corps vertébral.
Une fois l’angulation
réduite, le patient est immobilisé dans un corset dorsolombaire.
Compte tenu
des risques de complications cutanées, un tel type de traitement ne peut être
indiqué en cas de lésion médullaire avec paraplégie.
+ Rachis cervical
:
La réduction est obtenue par la mise en place d’une traction par étrier ou par
halo.
Suivie par contrôle radiographique lorsque la réduction est obtenue et
paraît stable, la réalisation d’une minerve plâtrée, parfaitement ajustée et
assurant un maintien correct, permet d’obtenir une consolidation
satisfaisante.
La minerve doit être portée de 3 à 6 mois.
Ce traitement
orthopédique est particulièrement indiqué en cas de lésion du rachis cervical
haut au niveau de la première ou de la deuxième vertèbre cervicale.
* Quatre indications :
– Sans entrer dans les détails, en fonction des différents types de luxations ou
de fractures, on peut dire que la chirurgie s’impose lorsque la moelle est
comprimée par un fragment osseux ou discal, par une hernie discale ou par un
hématome.
– Les fractures-luxations uni- ou biarticulaires, les fractures en tear drop
nécessitent un abord chirurgical antérieur.
– Les fractures d’une lame ou d’une articulaire postérieure justifient une
laminectomie.
– Les fractures d’un corps vertébral sans retentissement canalaire, les
tassements antérieurs n’entraînant qu’une cyphose modérée sans
rétrécissement du canal peuvent être traités par contention orthopédique.
À part cela, il faut citer les cas, non exceptionnels, d’atteintes neurologiques
sévères sans lésion osseuse visible.
En dehors des cas de luxations qui se
seraient réduites spontanément mais dont il faut bien s’assurer qu’elles ne
nécessitent pas d’intervention de fixation, il s’agit le plus souvent de
contusions médullaires sur un rachis cervical rétréci par des lésions discarthrosiques uniques ou plus souvent multiples.
Deux problèmes se
posent : faut-il opérer en urgence et quelle voie d’abord utiliser ?
+ Indication opératoire :
Si l’état du blessé s’aggrave après l’accident, l’indication chirurgicale est
certaine.
S’il existe au contraire une récupération spontanée quelques heures
après le traumatisme, mieux vaut s’abstenir.
Si les signes neurologiques sont
d’emblée importants et que l’IRM montre un canal très rétréci comprimant la
moelle ou des signes de souffrance médullaire, mieux vaut opérer pour mettre
le malade dans les meilleures conditions de récupération.
+ Technique opératoire
:
Lorsque le rétrécissement est dû à des lésions arthrosiques, donc antérieures,
étagées sur un, deux ou trois étages, la voie d’abord est antérieure avec discectomie, corporectomie et greffe.
Lorsque la sténose est due à une arthrose interapophysaire postérieure ou
s’étend sur plus de trois étages vertébraux, la laminectomie postérieure est
indiquée.
C - Prise en charge médicale :
Elle comporte trois grands volets : la neuroprotection, la réanimation, le
nursing.
1- Neuroprotection :
Elle est fondée sur les données des recherches fondamentales qui mettent en
évidence que la lésion immédiate est rarement d’emblée complète et
définitive, mais qu’elle s’étend dans les heures qui suivent l’accident.
Différents essais thérapeutiques ont été effectués depuis 10 ans.
Les
substances pharmacologiques utilisées visaient à agir sur un ou plusieurs de
ces mécanismes d’extension secondaire : les corticoïdes ou les lazaroïdes
agissant sur les radicaux libres, les inhibiteurs calciques pour diminuer
l’entrée secondaire du calcium dans la cellule, les inhibiteurs des récepteurs
au glutamate pour s’opposer à l’action du glutamate favorisant aussi l’entrée
du calcium dans la cellule et la mort cellulaire, les gangliosides agissant sur la
protection et la repousse axonale.
* Méthylprednisolone et étude Nascis II :
Une étude multicentrique américaine portant sur 488 patients victimes d’un
traumatisme vertébromédullaire avait testé l’efficacité d’un traitement par
méthylprednisolone sous forme d’un bolus intraveineux de 30 mg/kg, suivi
pendant 24 heures d’une perfusion de 5,4 mg/kg, comparée à un groupe de
patients traité par naloxone sous forme de bolus de 5,4 mg/kg, suivi d’une
perfusion pendant 24 heures à la dose de 4 mg/kg, et comparé à un groupe
placebo.
Le groupe traité par la méthylprednisolone montrait une
récupération significativement plus importante que le groupe placebo
(16 points au score moteur dans le groupe traité par rapport à 11,2 dans le
groupe placebo).
Une autre étude (Nascis III) fut ensuite réalisée, comparant le traitement par
la méthylprednisolone à un groupe recevant en plus des lazaroïdes : cette
étude ne mit pas en évidence de résultats en faveur des lazaroïdes.
Bien que l’étude Nascis ait souvent été controversée à la fois sur le plan
statistique et sur celui de l’efficacité et de l’innocuité de la
méthylprednisolone, de nombreuses équipes dans le monde utilisent ce
traitement en urgence.
Aux États-Unis, cette thérapeutique s’est même
imposée comme une obligation légale, empêchant tout autre essai contre
placebo.
* Inhibiteurs calciques
:
Ceux-ci ne semblent pas avoir fait la preuve pour l’instant de leur efficacité
dans ce type de traumatisme.
* Inhibiteurs des récepteurs sensibles au N-méthyl-D-aspartate
:
Une étude d’un de ces inhibiteurs, injecté dans les 2 heures qui suivent
l’accident, associé à une prise en charge coordonnée et à une chirurgie précoce
(dans les 6 heures suivant l’accident) a été menée en France sur 280 patients.
Le suivi à 1 ande tous les groupes confondus (groupe traité et groupe placebo)
montre une amélioration de 50 points en moyenne au score ASIA moteur pour
les blessés cervicaux incomplets, de 30 points pour les dorsaux incomplets,
de 18 points pour les cervicaux complets.
Seuls les blessés ayant une lésion
dorsale complète, dont le mauvais pronostic est connu, ne s’améliorent que
de 8 points en moyenne.
* Gangliosides :
Une étude multicentrique réalisée au États-Unis par Geisler portant sur 34
patients, 16 traités par gangliosides et 18 dans le groupe placebo, a montré
une efficacité significative de ce traitement (36,9 points au score moteur pour
le groupe traité, contre 21,6 dans le groupe placebo), mais cette étude portait
sur un petit nombre de patients dont la gravité à l’entrée était nettement moins
sévère que dans les autres études.
2- Réanimation :
Le premier objectif de la réanimation est de maintenir une oxygénation
correcte de la région médullaire lésée pour limiter l’ischémie secondaire.
* Pression artérielle
:
Le choc, les lésions associées, mais surtout la paralysie du système
sympathique liée à la lésion médullaire elle-même, vont entraîner une chute
de la tension artérielle.
Il faut impérativement rétablir une PAM égale ou
supérieure à 90 mmHg.
Pour cela, la perfusion de macromolécules ou le
recours à l’injection d’amines pressives est indispensable.
Toute hypotension
entraîne des phénomènes d’ischémie secondaire au voisinage de la lésion qui
entraînent son extension.
* Saturation en oxygène :
Elle doit être étroitement surveillée : il faut assurer une ventilation
parfaitement correcte du blessé, même s’il faut avoir recours pour cela à
l’intubation, la sédation et la ventilation assistée.
Si l’intubation peut être
évitée, il faut d’emblée mettre en oeuvre une kinésithérapie respiratoire pour
éviter la survenue d’un encombrement trachéobronchique.
À côté de ces deux problèmes majeurs, un traumatisme médullaire à la phase
aiguë peut entraîner d’autres perturbations qui mettent en jeu le pronostic
vital.
* Troubles du rythme cardiaque
:
Dans les formes complètes, notamment dans les atteintes cervicales avec
tétraplégie, il existe souvent une bradycardie avec un rythme cardiaque
inférieur à 60 pulsations par minute.
Le remplissage volémique arrive le plus
souvent à l’améliorer.
* Arrêt circulatoire
:
Son risque est réel, surtout chez le traumatisé médullaire cervical.
Il peut
survenir au cours d’un changement de position ou lors d’une inspiration
trachéale.
Ces manoeuvres doivent donc être toujours faites avec une grande
prudence.
* Troubles de la régulation thermique :
Ils peuvent survenir d’emblée, et on peut observer des épisodes
d’hyperthermie ou d’hypothermie chez ces patients dont les mécanismes de
régulation de la température sont très perturbés.
Évolution des traumatismes médullaires
:
A - Complications
:
Elles sont nombreuses, depuis les complications thromboemboliques,
jusqu’aux complications infectieuses, respiratoires, digestives ou cutanées.
Elles doivent être au maximum prévenues car chacune peut mettre en jeu le
pronostic vital.
1- Complications cardiovasculaires
:
La plupart des études montre que 50 % des traumatisés vertébromédullaires
vont présenter une thrombophlébite.
Il faut la dépister grâce à un examen
quotidien des membres inférieurs à la recherche d’un oedème asymétrique,
car les signes fonctionnels font souvent défaut, le risque majeur étant
l’embolie pulmonaire, cause très importante jusqu’à ces dernières années de
décès de ces blessés.
Un épisode de désaturation, une brève douleur
thoracique, une chute de tension artérielle doivent faire suspecter le diagnostic
et faire pratiquer une radiographie de thorax, un électrocardiogramme, une
scintigraphie.
La prévention des accidents thromboemboliques doit être systématique par
l’administration d’un traitement anticoagulant le plus tôt possible après
l’intervention chirurgicale si elle a eu lieu, d’emblée autrement.
Il faut y
associer des petits moyens comme l’emploi systématique de collants antithrombose et la mobilisation passive pluriquotidienne des membres
inférieurs.
2- Complications infectieuses
:
Elles sont quasi constantes chez ces blessés, aux multiples portes d’entrée
d’infection : cathéter intraveineux, intubation et ventilation assistée, sonde
vésicale en sont des exemples.
Il faut arriver à les prévenir par des mesures
d’asepsie rigoureuse dans toutes les manoeuvres comportant un pansement,
une injection, un changement de sonde.
Le lavage des mains avant et après
avoir manipulé le blessé doit être systématique.
Si la prévention ne suffit pas,
il faut traiter aussitôt chaque foyer d’infection avant qu’il n’entraîne des
septicémies, des pneumopathies, voire des infections du foyer opératoire.
L’utilisation massive de corticoïdes a été évoquée comme pouvant favoriser
l’éclosion de ces infections.
3- Complications digestives
:
* Ulcère de stress :
C’est une complication qu’il faut toujours craindre et prévenir au maximum
en limitant l’emploi des corticoïdes et en mettant d’emblée un pansement
gastrique dans le traitement de ces blessés.
Ce risque est particulièrement
important en cas d’atteinte cervicale complète.
* Iléus paralytique
:
Il est quasi constant à la phase aiguë et pendant la première semaine qui suit
un traumatisme médullaire.
Il faut prévenir l’apparition d’un ballonnement
aggravant les troubles respiratoires ou d’un état occlusif.
L’alimentation
parentérale et la pose d’une sonde gastrique d’aspiration doivent donc être
systématiques.
À côté de cette complication qui est la plus fréquente, on peut aussi observer
des troubles à type de dilatation gastrique, ou encore des cholécystites.
4- Complications cutanées
:
La survenue d’une escarre peut se produire très rapidement, même à la
période aiguë du traumatisme médullaire. Il ne faut pas croire que ces
complications cutanées ne surviennent qu’après des semaines
d’hospitalisation.
Il faut les craindre d’emblée et entreprendre une prévention
dès l’arrivée du blessé.
Une fois constituée, elle représente une porte d’entrée
importante pour les infections.
Il faut considérer que la survenue d’escarres
est le résultat d’une négligence ou d’une incompétence.
Le risque est d’autant plus important que le traumatisme a entraîné une lésion
complète sensitivomotrice et qu’elle est plus haut située.
Du fait de sa paralysie, le blessé ne peut bouger tout seul et, du fait de son
anesthésie, il ne sent pas les douleurs localisées qui alertent un sujet normal
lorsqu’il reste trop longtemps sur un même point d’appui.
Des facteurs inflammatoires, l’hypotension, la fièvre sont aussi des facteurs
de risque.
Il faut donc d’emblée, y compris en salle d’opération où la table
représente un appui souvent assez dur, éviter toute pression prolongée des
points d’appui corporels sur des plans durs (le matelas d’un lit standard étant
un plan dur).
La prévention réside donc dans une vigilance très importante : l’installation
du blessé sur un matelas à eau, la protection des talons, des coudes et des
poignets grâce à des coussins moulés en mousse, surtout l’hygiène corporelle
complète au moins quotidienne et dès qu’il existe une souillure ou une
transpiration importante, des frictions et des massages de tous les points de
pression, des changements de position fréquents sont les principales mesures
à mettre en oeuvre.
5- Complications osseuses :
Ce sont principalement les ostéomes.
* Syringomyélie post-traumatique
:
La fréquence de l’apparition d’une cavité syringomyélique après un
traumatisme médullaire est différemment appréciée dans la littérature et varie
de 3 à 5%.
Les délais d’apparition sont aussi très variables : de quelques mois
à 20 ans après le traumatisme initial.
Elle peut évoluer et être la cause d’une
aggravation secondaire de ces patients avec une extension des signes vers le
haut (ou vers le bas si les patients n’étaient pas paraplégiques).
Il semble que
la chirurgie précoce de recalibrage canalaire diminue sa fréquence.
Les traitements actuellement proposés visent à rétablir une bonne circulation
du LCS au niveau du foyer lésionnel (recalibrage canalaire, dissection et
libération des adhérences arachnoïdiennes, plastie d’élargissement) ou à
drainer le kyste (drainage kysto-sous-arachnoïdien, kystopéritonéal).
* Autres
:
Une attention particulière est portée aux troubles psychologiques réactionnels
que présentent ces patients.
Délire, hallucinations et sensations inappropriées
sont fréquents.
B - Évolution du déficit moteur et sensitif
:
Une rééducation active doit être entreprise le plus rapidement possible.
Tous
les intermédiaires peuvent se voir entre la récupération complète et l’absence
totale d’amélioration.
Schématiquement, les lésions incomplètes sont de meilleur pronostic que les
lésions complètes, et les lésions cervicales que les lésions dorsales.
La
majorité des lésions cervicales incomplètes, précocement prises en charge,
vont récupérer presque complètement.
Les lésions dorsales incomplètes
récupèrent en moyenne deux métamères, mais les lésions complètes d’emblée
ne récupèrent quasiment pas.
Perspective d’avenir :
état actuel de la recherche fondamentale
La recherche fondamentale, il y a quelques années, s’est orientée dans
différentes directions suivant une stratégie bien définie :
– limiter l’extension de la lésion initiale par l’expérimentation de molécules neuroprotectrices ;
– diminuer la cicatrice gliale ;
– étudier les possibilités de repousse axonale spontanée ;
– favoriser cette repousse axonale par l’adjonction de différents facteurs ;
– stimuler l’élongation axonale par différents vecteurs thérapeutiques.
A - Limiter l’extension de la lésion initiale
:
L’expérimentation sur l’animal pour tester des molécules ou leur association
se fait sur des modèles essayant de reproduire le mécanisme et la lésion
observés en clinique humaine : les principaux sont celui de la chute d’un poids
donné tombant d’une certaine hauteur sur le dos d’un animal.
Cette
méthode a l’inconvénient de sa variabilité suivant l’élasticité du rachis.
Il lui
est préféré maintenant le modèle de compression par ballonnet : celui-ci est
introduit par une laminectomie lombaire limitée et monté à l’aide d’une sonde
de Fogarthy jusque dans la région dorsale.
Il est ensuite gonflé avec un certain
volume de liquide.
La pression ainsi exercée sur la moelle peut être quantifiée
et permet d’obtenir une lésion incomplète ou complète.
B - Diminuer la cicatrice gliale
:
Celle-ci, une fois formée, constitue un obstacle mécanique, fibreux,
infranchissable, s’opposant à la repousse axonale.
Sur les modèles de lésion
expérimentale, ont été testées avec succès deux méthodes : l’injection après
le traumatisme d’oxystérol d’une part, l’irradiation de la région lésée avec des
rayons à faible énergie d’autre part.
Ces deux méthodes agissent en diminuant
la réaction astrocytaire post-traumatique à l’origine de la cicatrice.
C - Étudier les possibilités de repousse axonale spontanée
:
Quelque temps après la lésion, une repousse axonale du faisceau corticospinal
se produit spontanément, mais va s’interrompre au bout de quelques
millimètres.
L’essai d’anticorps dirigés contre les substances présentes dans
la myéline et vraisemblablement sécrétées par les olygodendrocytes diminue
l’inhibition de la repousse.
D - Favoriser cette repousse axonale par l’adjonction
de différents facteurs
:
Deux grands types de méthodes sont expérimentés : essayer de faire repousser
les axones de la moelle sus-lésionnelle vers la moelle sous-lésionnelle ou faire
sortir les axones de la moelle sus-lésionnelle pour les diriger vers le système
nerveux périphérique sous-lésionnel.
1- Repousse axonale moelle-moelle :
La plupart des groupes de recherche travaillant sur ce sujet ont pour objectif
d’apporter un substrat qui permette aux axones de franchir la zone lésée pour
atteindre la moelle saine sous-lésionnelle, en implantant des nerfs
périphériques (intercostaux) dans la moelle sus-jacente à la section reliée à la
portion située en dessous, ou en pontant la section avec des tuteurs en
biomatériaux remplis de cellules de Schwann.
Ces méthodes permettent aussi
de tester l’effet de l’adjonction de facteurs de croissance, qui sont le plus
souvent le nerve growth factor, le fibrosblast growth factor, ou des
neurotrophines.
Les résultats montrent qu’il est possible d’obtenir ainsi le
franchissement de la section médullaire par les motoneurones.
2- Repousse axonale moelle-périphérie :
L’implantation d’un nerf périphérique dans la moelle permet de faire sortir
des axones qui peuvent aller innerver un muscle passant à travers ce
greffon.
Après avoir créé une section médullaire, il est possible, en
implantant un greffon de nerf périphérique au-dessus de la lésion et en le
reliant à des racines de la queue-de-cheval sous-jacente à la lésion, de réinnerver le muscle quadriceps.
E - Stimuler l’élongation axonale par différents
vecteurs thérapeutiques
:
Différentes expérimentations sont faites pour appliquer la thérapie génique à
la stimulation de la repousse axonale : des adénovirus modifiés, capables
d’exprimer un gène précurseur de facteurs de croissance peuvent, par voie
rétrograde à partir du muscle, remonter et infester des motoneurones de la
moelle.
Si les traumatismes de la moelle épinière restent d’un pronostic
fonctionnel redoutable, les progrès de la réanimation, du nursing et de
la rééducation ont diminué la mortalité.
Une prise en charge précoce et
coordonnée, un diagnostic et une évaluation rapides, la levée
chirurgicale ou orthopédique de la compression médullaire associées
au recalibrage et à la stabilisation de la fracture, sont les conditions
indispensables à l’amélioration du pronostic neurologique.