Traitement médical des épilepsies
Cours de Neurologie
Médicaments antiépileptiques
:
Les caractéristiques de l’antiépileptique idéal sont bien identifiées :
rapport efficacité/tolérance élevé, absorption rapide et totale après
prise orale, relation linéaire dose/taux plasmatique, faible liaison
avec les protéines, grand volume de distribution, petit volume
d’élimination, absence de métabolites actifs, absence de pouvoir
inducteur hépatique, demi-vie longue autorisant une prise unique
quotidienne, disponibilité d’une forme injectable.
Aucun des médicaments actuellement disponibles ne réunit l’ensemble de ces
critères.
A - PRÉSENTATION :
On distingue ainsi les antiépileptiques de
première, deuxième et troisième génération, ces derniers ayant
émergé dans la pharmacopée à partir de 1991.
Ainsi, en 2004, le
nombre de nouvelles molécules antiépileptiques mises à la
disposition des cliniciens est supérieur à celui des molécules mises
sur le marché pendant le demi-siècle précédent.
Quatre molécules classiques sont toujours considérées comme des
médicaments antiépileptiques majeurs, du fait de leur efficacité, de
leur large spectre d’activité et de leur large diffusion.
En France, les
deux plus anciens, le phénobarbital (PB, Gardénalt, Alepsalt,
Kaneuront) et la phénytoïne (PHT, Di-Hydant) ont tendance à être
progressivement supplantés par la carbamazépine (CBZ, Tégrétolt)
et par le valproate (VPA, Dépakinet).
Depuis 1991, neuf nouveaux médicaments antiépileptiques ont été
commercialisés en France : vigabatrin (GVG, Sabrilt), felbamate
(FBM, Taloxat), gabapentine (GBP, Neurontint), lamotrigine (LTG,
Lamictalt), tiagabine (TGB, Gabitrilt), fosphénytoïne (FOS,
Prodilantint), topiramate (TPR, Epitomaxt), oxcarbazépine
(Trileptalt, OXC) et levetiracetam (LTR, Kepprat).
La place de ces
nouvelles molécules est toujours en cours d’évaluation, bien que des
indications spécifiques soient établies pour certaines d’entre elles.
D’autres molécules de dernière génération sont commercialisées
dans d’autres pays (lorazépam, zonizamide) ou sont en cours de
développement (losigamone, rémacémide, ralitonine, prégabalin,
etc.).
En raison de limitations pharmacologiques à leur utilisation
chronique, les benzodiazépines (BZ) telles que le diazépam (Valiumt), le clonazépam (Rivotrilt), le clobazam (Urbanylt) et le
nitrazépam (Mogadont) ont des indications restreintes en dehors de
leur rôle d’antiépileptique d’urgence.
Il en va de même pour la primidone (PRM, Mysolinet) et pour l’éthosuximide (ETH,
Zarontint), qui se caractérisent par un spectre d’activité plus étroit.
Enfin, d’autres médicaments (corticoïdes, immunoglobulines, acétazolamide, flunarizine…) ont démontré une efficacité
antiépileptique dans certaines conditions.
B - MÉCANISMES D’ACTION DES ANTIÉPILEPTIQUES :
Les mécanismes d’action des médicaments antiépileptiques ne sont
pas univoques.
Pour certaines molécules (VPA, GBP), ces
mécanismes sont en grande partie inconnus. Pour d’autres, les
mécanismes comportent :
– effet stabilisateur des membranes cellulaires par blocage des
canaux sodium voltage-dépendant (PHT, CBZ, OXC, LTG, TPR) ;
– blocage des canaux calciques voltage-dépendant de type T (ETH) ;
– augmentation de l’action inhibitrice de l’acide gamma aminobutyrique (GABA) par action agoniste sur le récepteur
ionophore-chlore GABA-A (BZ, PB, TPR), par inhibition de la
dégradation (GVG) ou par inhibition de la recapture synaptique
(TGB) du GABA ;
– inhibition de la libération d’acides aminés excitateurs, glutamate
et aspartate (LTG) ;
– blocage du récepteur N-méthyl-D-aspartate (NMDA) (FBM) ;
– blocage des récepteurs au glutamate de type kaïnate/AMPA
(TPR).
C - PARAMÈTRES PHARMACOLOGIQUES :
Parmi les paramètres à prendre en
considération, la biodisponibilité, quantité de principe actif
atteignant la circulation générale, est fonction de la vitesse et de la
quantité de l’absorption digestive.
Le Tmax mesure le temps
nécessaire pour atteindre la concentration maximale.
Le pourcentage
de liaison aux protéines détermine les rapports entre la fraction libre,
seule biologiquement active, et la fraction liée.
Plus la liaison
protéique est faible, plus la distribution de la molécule dans
l’organisme est importante.
Le temps de demi-vie correspond au
temps nécessaire pour que l’organisme élimine la moitié de la
quantité de médicament initialement introduite.
Ce temps de demivie
influence le nombre de prises journalières du médicament, ainsi que le délai d’équilibre, qui est compris entre quatre et sept demivies.
Les paramètres pharmacocinétiques de certaines molécules
antiépileptiques diffèrent notablement chez l’adulte et chez l’enfant,
ce qui explique les différences de doses journalières et de taux
plasmatiques recommandés.
D - EFFETS INDÉSIRABLES :
Les effets indésirables
idiosyncrasiques, dose-indépendants, imprévisibles, aigus, peuvent
mettre en jeu le pronostic vital et nécessitent l’arrêt du
médicament.
Ils sont dominés, pour les antiépileptiques
classiques (PHT, CBZ, PB) et pour la LTG (surtout en coprescription
trop rapide avec le VPA), par les syndromes d’hypersensibilité avec
éruption cutanée, fièvre, arthralgies, polyadénopathie pouvant
évoluer, en l’absence d’arrêt du médicament vers une épidermolyse
avec défaillance hépatorénale ou vers un syndrome
cutanéomuqueux gravissime (syndrome de Stevens-Johnson,
syndrome de Lyell).
Les autres effets indésirables idiosyncrasiques
graves comportent des hépatites immunoallergiques (FBM, PHT,
CBZ, VPA exceptionnellement) et des aplasies médullaires
irréversibles (FBM, CBZ exceptionnellement).
Des psychoses aiguës
réversibles sont décrites avec le GVG chez les sujets prédisposés.
Les pancréatites au VPA sont très rares, de même que les
thrombopénies, habituellement asymptomatiques.
Les effets indésirables non idiosyncrasiques, doses et temps
dépendants, peuvent être d’expression précoce ou, au contraire,
survenir tardivement et de façon insidieuse.
Pour les molécules les
plus anciennes (PB, PHT, PRM, BZ), les effets délétères sur les
fonctions cognitives et les capacités d’apprentissages sont les plus
fréquents.
Un syndrome comportant obtusion intellectuelle et
perturbations du caractère, résultant d’une association de troubles
de la vigilance, d’une diminution des capacités d’attention et de
concentration avec lenteur des performances psychomotrices, était
assez souvent dans le passé la rançon des polythérapies lourdes
comportant en particulier des doses excessives de PB.
Ces
tableaux neuropsychologiques invalidants ne doivent plus se
rencontrer de nos jours chez les épileptiques.
Dans le même état
d’esprit, les atrophies cérébelleuses à la PHT devraient être dépistées
par un diagnostic clinique et neuroradiologique précoce.
Parmi les
autres effets indésirables doses-dépendants, citons également les
effets cérébellovestibulaires liés à un surdosage en PHT ou à une
ascension posologique trop rapide en CBZ, les effets orexigènes du
VPA et du GVG, les effets anorexigènes du FBM et du TPM, les
effets cosmétologiques disgracieux lors des traitements prolongés
par PHT et par PB, les effets rhumatologiques tardifs du PB.
E - INTERACTIONS MÉDICAMENTEUSES :
Conséquence inévitable des polythérapies, les interactions mutuelles
des différents antiépileptiques, qu’elles soient pharmacodynamiques
ou pharmacocinétiques, sont très nombreuses et en règle négatives.
Ces interactions, plus marquées avec les antiépileptiques classiques
qu’avec les nouvelles molécules, n’affectent cependant
qu’inconstamment les effets thérapeutiques et/ou la fréquence des
effets indésirables.
Schématiquement, aux effets inducteurs
enzymatique du PB, de la PHT, de la PRM et de la CBZ, s’opposent
les effets inhibiteurs enzymatiques du VPA et du FBM.
Antiépileptiques classiques
:
Quatre molécules sont considérées comme appartenant au groupe
des antiépileptiques « classiques » ou « majeurs » : PB, PHT, CBZ et
VPA.
A - PHÉNOBARBITAL :
Le phénobarbital (PB, Gardénalt, Alepsalt, Kaneuront) est actif
dans toutes les formes d’épilepsie à l’exception des absences
typiques.
Il semble particulièrement efficace dans les crises
convulsives généralisées d’emblée ou secondairement.
Son faible
coût en fait l’antiépileptique le plus prescrit dans le monde.
La demivie
du PB est longue et sa cinétique est régulière, ce qui permet une prescription en monoprise quotidienne.
L’efficacité ne saurait
cependant être évaluée avant 3 ou 4 semaines.
Malgré ces qualités, dans les pays dits industrialisés, le PB ne devrait
plus être prescrit en monothérapie de première intention dans le
traitement des épilepsies, en raison de la fréquence de ses effets
indésirables.
En début de traitement, outre la possibilité d’éruptions
cutanées allergiques, sédation chez l’adulte et excitation chez
l’enfant sont fréquentes.
Lors des traitements chroniques, une
diminution de la vivacité intellectuelle et de la capacité de
concentration, avec augmentation des temps de réaction, peuvent
être problématiques chez l’enfant d’âge scolaire ou l’adulte jeune
actif.
Comme souligné plus haut, une accumulation chronique,
insidieuse, peut donner le change avec une détérioration
intellectuelle.
Les effets indésirables rhumatologiques s’expriment à
moyen ou à long terme par des syndromes algodystrophiques ou
par une maladie de Dupuytren.
Le PB est un inducteur enzymatique
particulièrement puissant, modifiant profondément la
pharmacocinétique des antiépileptiques associés (PHT, CBZ, VPA,
LTG, TGB, TPR) mais aussi celle d’autres médicaments, comme les
antivitamines K et les contraceptifs oraux.
Lorsque le traitement est
arrêté trop brutalement, il existe un risque important de
recrudescence des crises.
La posologie usuelle est de 3 à 4 mg kg–1 j–1 chez l’enfant et de 2 à
3 mg kg–1 j–1 chez l’adulte, soit 120 à 150 mg par jour, en observant
une dose initiale de 50 mg puis en augmentant progressivement les
doses, réparties en une, voire deux prises quotidiennes.
B - PHÉNYTOÏNE :
La phénytoïne (PHT, Di-Hydant) possède un large spectre d’activité
antiépileptique s’étendant des crises partielles aux crises
secondairement généralisées.
Elle est inefficace dans les absences
typiques, qu’elle semble même pouvoir aggraver.
En raison de ses
effets sédatifs peu marqués, une prodrogue de la PHT en
préparation injectable (FOS, Prodilantint) est un médicament de
choix dans le traitement des états de mal épileptique.
Malgré son efficacité, l’utilisation en première intention de la PHT
dans le traitement au long cours des épilepsies n’est pas conseillée.
En effet, la pharmacocinétique du médicament, non linéaire, se
caractérise par une marge thérapeutique étroite.
De ce fait, la PHT
est un antiépileptique peu maniable : à partir d’un certain seuil, une
augmentation minime de la dose administrée provoque une brutale
élévation du taux plasmatique, entraînant des signes d’intoxication,
inaugurés par un nystagmus, puis par des signes
cérébellovestibulaires.
L’ajustement des doses, délicat, nécessite
habituellement de répéter les dosages plasmatiques.
La molécule
possède de plus de puissants effets inducteurs enzymatiques.
À
moyen terme, la PHT a des effets cosmétologiques marqués,
caractérisés par une hypertrophie gingivale, un épaississement des
traits du visage, un hirsutisme, une hyperséborrhée, une acné.
À
long terme, les effets délétères sur la fonction cérébelleuse sont
certains.
La posologie est de 5 à 8 mg kg–1 jour–1 chez l’enfant et de 3 à 5 mg
kg–1 j–1 chez l’adulte, soit 250 à 350 mg j–1 en une ou deux prises.
La
dose totale journalière peut être prescrite d’emblée, en une ou deux
prises.
Des dosages plasmatiques seront pratiqués toutes les
3 semaines pendant les 3 premiers mois, afin de dépister un
surdosage précoce.
C - CARBAMAZÉPINE :
La carbamazépine (CBZ, Tégrétolt), synthétisée en 1961, possède un
large spectre d’activité antiépileptique s’étendant des crises partielles
aux crises secondairement généralisées.
C’est un médicament de
choix dans le traitement des épilepsies partielles, en raison de son
efficacité, de sa bonne tolérance clinique et de l’absence de
perturbation des fonctions cognitives lors des traitements au long
cours.
Elle est déconseillée dans les épilepsies généralisées
idiopathiques, car elle peut aggraver les absences typiques et les myoclonies. Les formes galéniques à libération contrôlée permettent
de limiter le nombre de prises quotidiennes à deux.
Lors de la mise en route du traitement, une éruption érythémateuse
et prurigineuse survient dans 2 à 5 % des cas et impose en règle
l’arrêt du traitement.
Une sensation de malaise général, liée à un
surdosage transitoire, avec nausées, diplopie, asthénie, difficultés de
concentration, est pratiquement constante lorsque l’ascension posologique a été trop rapide.
La CBZ a des effets inducteurs enzymatiques marqués sur les autres
médicaments.
La contraception orale est, de fait, aléatoire. Une leuconeutropénie modérée est fréquente lors des traitements
chroniques à la CBZ.
Une hyponatrémie est plus rare.
Ces anomalies
biologiques restent le plus souvent sans traduction clinique.
La posologie est de 20 à 25 mg kg–1 j–1 chez l’enfant, sous forme de
solution buvable dosée à 100 mg pour 5 ml (soit une cuillère à café)
en deux ou trois prises, ou sous forme de comprimés à effet
prolongé dosés à 200 ou 400 mg en deux prises.
Chez l’adulte, la
posologie est de 10 à 20 mg kg–1 j–1, soit 600 à 1 200 mg j–1 en deux
prises.
Le traitement doit être introduit progressivement, avec une
posologie initiale de 100 à 200 mg, puis une augmentation de 100 mg
par semaine.
D - VALPROATE :
Le valproate (VPA), sel sodique de l’acide dipropylacétique ou acide
valproïque ou valproate de sodium (Dépakinet), synthétisé dès
1882, est un solvant organique dont les propriétés antiépileptiques
ont été découvertes par hasard en 1963.
Il s’agit d’un
antiépileptique à très large spectre, actif sur tous les types de crises.
Son efficacité est remarquable dans les épilepsies généralisées
idiopathiques qui constituent son indication privilégiée.
Son
efficacité dans les épilepsies partielles est démontrée. Elle est
probablement comparable à celle des produits de référence dans ce
domaine (PHT, CBZ).
La tolérance du VPA est le plus souvent excellente.
Lors d’une
administration chronique, l’altération des fonctions cognitives est
nulle ou très minime.
La molécule se comporte, à l’inverse du PB, de la PHT et de la CBZ, comme un inhibiteur enzymatique.
Les
formes galéniques à libération contrôlée peuvent autoriser une seule
prise quotidienne.
Les inconvénients du VPA comprennent une prise de poids par effet
orexigène, un tremblement d’attitude dose-dépendant et une
alopécie partielle, inconstante et réversible.
Les hépatopathies graves
sont désormais exceptionnelles et doivent être prévenues par un
diagnostic précoce.
Les signes d’appel comportent des troubles
digestifs, une recrudescence des crises et des modifications des
paramètres hépatiques.
Une hyperammoniémie modérée est
constante mais rarement symptomatique chez les sujets à fonction
hépatique normale.
La posologie usuelle est de 35 mg kg–1 j–1 chez l’enfant et de 15 à
20 mg kg–1 j–1 chez l’adulte, soit 1 200 à 1 500 mg par jour en une ou
trois prises selon la forme galénique.
La posologie usuelle est de 30 mg kg–1 j–1 chez l’enfant, en deux
prises, sous forme de solution buvable à 200 mg ml–1, de sirop à
200 mg par cuillère-mesure ou de microgranules à libération
prolongée (Micropakinet).
Chez l’adolescent et l’adulte, la posologie
est de 15 à 20 mg kg–1 j–1 en utilisant préférentiellement des
comprimés à action prolongée sécables dosés à 500 mg, soit 1 000 à
1 500 mg par jour en une ou deux prises.
Le traitement doit être
introduit progressivement, avec une posologie initiale de 250 à
500 mg, puis une augmentation de 250 à 500 mg par semaine.
Nouvelles molécules antiépileptiques
:
Les nouvelles molécules antiépileptiques (GVG, FBM, GBP, LTG,
TPM, TGB, FOS, OXC, LTR) présentent un certain nombre de
caractéristiques communes.
Leurs indications reconnues
sont représentées par les épilepsies mal contrôlées par les molécules
antiépileptiques classiques ou par les patients qui présentent une
intolérance à ces médicaments.
Ces nouvelles molécules bénéficient
d’une meilleure tolérance globale et respectent en règle les fonctions
cognitives.
La plupart d’entre elles bénéficient d’interactions
médicamenteuses nulles ou moins marquées que celles caractérisant
les molécules plus anciennes.
Leur coût est cependant élevé et les
réserve quasi exclusivement aux pays à haut niveau de vie.
L’efficacité des nouveaux antiépileptiques est démontrée, et de bons
résultats sont souvent obtenus dans les épilepsies de sévérité
moyenne.
Cependant, les études cliniques d’efficacité,
obligatoirement conduites en association pour des raisons éthiques,
renseignent assez peu sur le profil pharmacodynamique réel de ces
produits, qui pourrait être précisé par des études en monothérapie.
Par ailleurs, le critère d’efficacité essentiel de ces études,
définissant les sujets dits « répondeurs », n’est pas le contrôle
complet des crises, mais la réduction de ces dernières de plus de
50 %.
Dans une méta-analyse réalisée à partir de
28 études contrôlées et randomisées chez des patients porteurs d’une
épilepsie partielle réfractaire, aucun produit ne se distinguait
statistiquement de son concurrent en termes d’efficacité ou de
tolérance.
En France, d’après le législateur, en dehors de notables exceptions
(LTG, GBP, OXC) et de situations particulières, les
nouveaux médicaments antiépileptiques sont typiquement indiqués
après échec d’une monothérapie de première intention, en
thérapeutique additive des épilepsies partielles.
Une monothérapie
dite de « repli » ou de « seconde intention » par abandon progressif
du médicament le plus ancien reste cependant possible.
A - VIGABATRIN :
Le vigabatrin ou gamma-vinyl-GABA (GVG, Sabrilt) est un
inhibiteur irréversible de la GABA-transaminase, et élève ainsi les
taux intracérébraux de GABA, principal neuromédiateur inhibiteur
du système nerveux central.
L’inhibition étant irréversible, la
durée d’action du GVG est prolongée, ce qui autorise une monoprise
quotidienne et rend inutile le dosage plasmatique.
Les interactions
médicamenteuses sont limitées à une baisse modérée des taux de PHT.
Une indication privilégiée du GVG est représentée par le traitement
des spasmes du syndrome de West, où le GVG peut être prescrit en
monothérapie de première intention.
Le GVG est contre-indiqué
dans les épilepsies idiopathiques comportant des absences typiques
et des myoclonies, qu’il semble pouvoir aggraver.
Le GVG est en
règle bien toléré.
Une psychose aiguë réversible, rare, survient surtout chez les patients prédisposés.
Les effets indésirables dosesdépendants
comportent une asthénie, fréquente en début de
traitement mais transitoire, et un effet orexigène.
Le principal inconvénient du GVG est la possibilité de
rétrécissements concentriques du champ visuel, débutant au-delà du
premier mois de traitement, mais s’installant parfois au bout de
plusieurs années.
Ces rétrécissements surviennent chez 30 à 50 % des
patients adultes, ils sont généralement non réversibles et
asymptomatiques. Ils sont vraisemblablement liés à une toxicité
directe sur la rétine périphérique, et nécessitent un arrêt progressif
du traitement.
Le législateur impose, afin de les dépister, une campimétrie préalable à répéter tous les six mois et restreint
désormais l’usage du GVG aux indications « de nécessité absolue »,
« lorsque toutes les associations thérapeutiques appropriées se sont
révélées insuffisantes ou mal tolérées ».
La dose utile est de 40 à 80 mg kg–1 j–1 chez l’enfant, en utilisant
préférentiellement les sachets de poudre à dissoudre dosés à 500 mg,
et de 20 à 55 mg kg–1 j–1j chez l’adulte, soit 1 500 à 4 000 mg (trois à
huit comprimés à 500 mg) en une ou deux prises.
Le traitement doit
être introduit progressivement, avec une posologie initiale de
500 mg, puis une augmentation de 500 mg par semaine.
B - FELBAMATE :
Le felbamate (FBM, Taloxat) a été synthétisé à partir de la famille
des carbamates. Son absorption est rapide et sa biodisponibilité
élevée.
C’est un inhibiteur enzymatique puissant qui subit les
actions métaboliques des autres médicaments antiépileptiques et
augmente les taux plasmatiques de PHT, CBZ et VPA.
Ses
mécanismes d’action sont multiples et son efficacité est souvent
importante.
En revanche, sa tolérance est parfois moyenne, avec
effets cognitifs et anorexie.
Le problème majeur est la possibilité
d’hépatites fulminantes et d’aplasies médullaires souvent mortelles,
ce qui a considérablement réduit son utilisation et explique que sa
délivrance soit soumise à des conditions particulières : usage
hospitalier, indication de nécessité absolue après évaluation du
rapport bénéfice/risque.
L’indication légale est actuellement limitée
aux patients présentant un syndrome de Lennox-Gastaut
réfractaire.
La dose utile est de 15 à 45 mg kg–1 j–1, soit 600 à 3 000 mg par jour
en deux ou trois prises.
Des comprimés à 400 et 600 mg sont
disponibles.
Le traitement doit être introduit progressivement, avec
une posologie initiale de 400 mg, puis une augmentation de 400 mg
par semaine.
Chez l’enfant, une dose initiale de 15 mg kg–1 j–1 doit
être prescrite, en utilisant la solution buvable à 600 mg pour 5 ml.
La coprescription de PHT, CBZ et VPA impose une réduction des
doses de ces médicaments.
Une surveillance bimensuelle de
l’hémogramme et de l’enzymologie hépatique est nécessaire.
C - GABAPENTINE :
La gabapentine (GBP, Neurontint) avait initialement été conçue pour
exercer des propriétés GABAergiques, mais s’est avérée
ultérieurement exercer ses propriétés antiépileptiques par d’autres
mécanismes.
Son absorption est rapide, avec une biodisponibilité
de 60 % environ et une demi-vie de 5 à 9 heures.
La GBP est bien
tolérée, non métabolisée et n’exerce aucune interaction
métabolique.
En raison de son profil de tolérance favorable, la GBP est indiquée
en monothérapie de première intention ou en thérapeutique additive
dans les épilepsies partielles de l’adulte et de l’enfant de plus de
12 ans.
Elle doit être utilisée en association chez l’enfant de 2 à
12 ans. Son efficacité semble être dose-dépendante.
Les patients
porteurs d’une épilepsie partielle de gravité moyenne et d’une
intolérance aux autres médicaments pourraient ainsi constituer une
indication de choix de la GBP.
En revanche, la GBP n’est pas
indiquée dans les épilepsies généralisées idiopathiques car elle peut
aggraver les absences typiques.
La dose utile est de 15 à 35 kg–1 j–1, soit 1 800 à 3 600 mg chez le
grand enfant et l’adulte, en trois prises.
Des gélules à 100, 300 et
400 mg et des comprimés à 600 et 800 mg sont disponibles.
Le
traitement doit être introduit avec une posologie initiale de 400 mg,
puis peut être rapidement augmenté de 400 mg toutes les 72 heures.
D - LAMOTRIGINE :
La lamotrigine (LTG, Lamictalt) est une phényltriazine initialement
développée pour ses propriétés antifoliques.
Elle agit par baisse
de la libération des neurotransmetteurs excitateurs, glutamate
essentiellement, mais aussi sur les canaux sodiques voltagesdépendants.
L’absorption est rapide et la biodisponibilité totale, avec
une demi-vie longue.
La molécule présente l’avantage d’un large
spectre antiépileptique, s’étendant des crises partielles aux crises
généralisées.
La LTG est indiquée dans les épilepsies généralisées
ou partielles, chez l’adulte et chez l’enfant de plus de 12 ans, en
monothérapie de première intention ou en association.
Chez l’enfant
de moins de 12 ans, elle est légalement indiquée en association en
cas d’insuffisance d’efficacité du traitement antérieur.
La LTG est bien tolérée.
Elle bénéficierait même d’un effet
psychotrope favorable. Elle est sensible aux effets inducteurs des
autres antiépileptiques, qui accélèrent son métabolisme, tandis que
ce dernier est diminué de moitié par le VPA.
La dose utile, de 5 à
15 mg kg–1 j–1 chez l’enfant et de 3 à 7 mg kg–1 j–1 chez l’adulte, soit
100 à 500 mg par jour en deux prises, doit être doublée en cas
d’inducteurs enzymatiques associés (PB, CBZ, OXC, PHT, PRM),
sans dépasser 600 mg par jour et divisée par deux en cas de
coprescription d’un inhibiteur enzymatique tel que le VPA.
Un
dosage plasmatique de la LTG, actuellement non disponible en
routine, pourrait, de ce fait, être utile.
La mise en route du traitement
doit être très progressive en raison de la possibilité, surtout en cas
de prescription initiale trop rapide et/ou en cas d’association avec
le VPA, d’éruptions cutanées en règle bénignes mais parfois graves.
Le conditionnement « instauration du traitement » à 25 mg doit être
utilisé le premier mois de traitement lorsque la LTG est coprescrite
avec du VPA ou avec des antiépileptiques non inducteurs
enzymatiques.
L’ascension posologique est de 25 mg 1 jour sur
2 pendant 14 jours, puis de 25 mg par jour les 14 jours suivants.
La
dose d’entretien doit alors être atteinte par paliers de 25 à 50 mg
tous les 7 à 14 jours, en utilisant le conditionnement habituel
(comprimés dispersibles), pour atteindre 100 à 200 mg par jour en
une ou deux prises.
Le conditionnement « instauration du traitement » à 50 mg doit être
utilisé le premier mois de traitement lorsque la LTG est coprescrite
avec des inducteurs enzymatiques (PB, CBZ, OXC, PHT, PRM).
L’ascension posologique est de 50 mg par jour pendant 14 jours, puis
de 100 mg par jour en deux prises les 14 jours suivants.
La dose
d’entretien doit être atteinte par paliers de 50 à 100 mg tous les 7 à
14 jours, en utilisant le conditionnement habituel (comprimés dispersibles), pour atteindre 200 à 500 mg par jour en une ou deux
prises.
Des comprimés à 2 et 5 mg sont disponibles depuis peu pour les
épilepsies pédiatriques.
E - TIAGABINE :
La tiagabine (TGB, Gabitrilt) est un inhibiteur spécifique de la
recapture synaptique, neuronale et gliale, du GABA.
La molécule,
rapidement absorbée, fortement métabolisée, est liée à 95 % aux
protéines plasmatiques.
La demi-vie est de 7 à 9 heures.
Les
inducteurs enzymatiques (PB, CBZ, PHT) accélèrent l’élimination de
la TGB, nécessitant une augmentation de ses doses.
En revanche, la TGB est dépourvue d’effet inducteur enzymatique, rendant une
contraception orale possible.
La TGB est indiquée en thérapeutique additive dans les épilepsies
partielles de l’adulte.
Des sensations vertigineuses avec
étourdissements, une asthénie et une sédation résument les effets
indésirables.
Ils seront évités par une augmentation posologique
progressive et la prise du médicament en fin de repas.
De rares
encéphalopathies réversibles sous BZ sont décrites, surtout lorsque
la dose-cible est atteinte trop rapidement.
La dose utile est de 0,5 à 1 mg kg–1 j–1 chez l’adulte, soit 30 à 70 mg
par jour en trois prises.
Des comprimés à 5, 10 et 15 mg sont
disponibles.
L’ascension posologique est, au maximum, de 5 mg par
semaine.
F - TOPIRAMATE :
Le topiramate (TPM, Epitomaxt) est un inhibiteur faible de
l’anhydrase carbonique.
Ses mécanismes d’action sont multiples.
La biodisponibilité est totale avec une demi-vie longue et une faible
fixation protéique.
Les interactions sont minimes.
L’action
antiépileptique du TPM dans les crises partielles et les crises
secondairement généralisées est certaine et parfois importante.
Le TPM est un antiépileptique à large spectre qui est indiqué en
thérapeutique additive dans les épilepsies partielles de l’adulte et
de l’enfant de plus de 4 ans, ainsi que dans les épilepsies comportant
des crises généralisées convulsives réfractaires.
La tolérance
neuropsychiatrique du TPM est parfois moyenne, avec sédation,
troubles de la concentration et du langage, modification du
comportement.
Il est de ce fait nécessaire d’augmenter très
progressivement les doses, par paliers de 25 à 50 mg toutes les deux
semaines.
Le médicament possède de plus un effet anorexigène net,
responsable d’une fréquente perte de poids.
Il multiplie par 3 à 10 le
risque de lithiase rénale, ce qui le fait contre-indiquer chez les sujets
ayant présenté des antécédents de coliques néphrétiques.
Récemment, des cas de glaucome secondaire à angle fermé ont été
décrits en début de traitement.
Les symptômes comprennent une
diminution rapide de l’acuité visuelle et/ou une douleur oculaire.
Ils imposent l’arrêt immédiat du médicament et un avis
ophtalmologique avec prise de la pression intraoculaire.
La dose utile est de 3 à 15 mg kg–1 j–1 chez l’adulte, soit 200 à 600 mg
par jour en deux prises, et de 5 à 9 mg kg–1 j–1 chez l’enfant.
Des
comprimés à 50, 100 et 200 mg et des gélules à 15 et 25 mg sont
disponibles.
Le traitement doit être introduit progressivement, avec
une posologie initiale de 25 à 50 mg, puis une augmentation de 25 à
50 mg tous les 14 jours, en deux prises.
G - FOSPHÉNYTOÏNE :
La fosphénytoïne (FOS, Prodilantint) est un ester de la PHT qui se
comporte comme une prodrogue hydrosoluble et de PH neutre,
convertie en PHT dans l’organisme. Une ampoule à 750 mg de
FOS est équivalente à 500 mg de PHT.
Son principal intérêt est sa
solubilité dans l’eau, ce qui permet d’utiliser la voie intramusculaire
lorsque l’administration orale de PHT est impossible ou contreindiquée.
De plus, la tolérance locale de la FOS est bien
supérieure à celle de la PHT injectable (Dilantint), dont elle
supplante actuellement toutes les indications en épileptologie.
La
FOS est disponible pour le traitement des états de mal épileptiques
(où la voie intraveineuse reste seule indiquée) et la prévention des
crises sérielles post-traumatiques ou postneurochirurgicales.
La dose utile pour le traitement des états de mal, chez l’adulte et
l’enfant de plus de 5 ans, est de 20 mg kg–1 d’équivalent-PHT en
injection IV.
Le rythme de la perfusion ne doit pas dépasser 150 mg
d’équivalent-PHT par minute.
H - OXCARBAZÉPINE :
L’oxcarbazépine (OXC, Trileptalt) a une efficacité comparable à celle
de la CBZ avec un meilleur profil de tolérance.
Il s’agit d’un
analogue de la CBZ dont la voie métabolique n’implique pas le
métabolite toxique époxy-CBZ.
Le spectre antiépileptique est
étroit, et la molécule est contre-indiquée dans les épilepsies
idiopathiques.
L’OXC peut être prescrite en substitution à la CBZ dans les
épilepsies partielles, surtout s’il existe des problèmes de tolérance et
si la CBZ était antérieurement efficace.
Il n’existerait pas d’allergie
croisée avec l’OXC pour plus de la moitié des patients qui ont
présenté un rash lors de l’introduction de la CBZ.
L’OXC peut
également être d’emblée prescrite en monothérapie de première
intention dans les épilepsies partielles avec ou sans généralisation
secondaire chez l’adulte et chez l’enfant de plus de 6 ans.
À l’exception d’une hyponatrémie rarement symptomatique, les
effets indésirables sont similaires à ceux de la CBZ mais moins
prononcés et plus rares, justifiant l’absence de nécessité d’un
contrôle biologique hépatique et hématologique.
La titration peut
être un peu plus rapide que pour la CBZ car la relation toxicité/dose
est moins prononcée.
La discrétion des effets d’induction hépatique
simplifie le problème des interactions médicamenteuses
cliniquement significatives sauf avec les contraceptifs oraux dont
l’efficacité reste diminuée.
La dose utile est de 10 à 30 mg kg–1 j–1 chez l’adulte, soit 600 à
2 400 mg par jour en deux prises. Des comprimés à 150, 300 et
600 mg sont disponibles.
Chez l’enfant, elle est de 10 à 45 mg kg–1
j–1.
Le traitement doit être débuté à une posologie initiale de 150 à
300 mg, puis augmenté par paliers de 150 mg chaque semaine.
I - LÉVÉTIRACÉTAM :
Le lévétiracétam (LTR, Kepprat) est un dérivé de la pyrrolidone
d’efficacité comparable aux antiépileptiques de dernière génération.
Le médicament, rapidement absorbé, peu lié aux protéines
plasmatiques, a comme avantage une pharmacocinétique linéaire et
une absence d’interactions.
Son profil de tolérance apparaît
comme particulièrement favorable.
Le LTR est un antiépileptique dont le spectre, probablement large,
pourrait être intéressant dans certains syndromes de l’épilepsie
généralisée, en particulier ceux comportant des myoclonies.
Il est
pour l’instant légalement indiqué en addition dans les épilepsies
partielles rebelles de l’adulte, à la posologie de 1 000 à 3 000 mg j–1
en deux prises.
Le traitement doit être débuté à une posologie
initiale de 250 à 500 mg, puis augmenté par paliers de 250 mg
chaque semaine.
Des comprimés à 250, 500 et 1 000 mg sont
désormais disponibles en officine, après prescription hospitalière ou
libérale.