Traitement des lymphangiomes cervicofaciaux
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
Introduction
:
Le lymphangiome est une tumeur bénigne rare.
Il est composé de
formations kystiques développées à partir d’endothélium
lymphatique et remplies de lymphe et de sang.
La forme congénitale
prédomine dans les régions cervicofaciales chez l’enfant.
L’atteinte
des voies aérodigestives supérieures (VADS) peut conduire à des
complications graves, mettant en jeu le pronostic vital.
Le traitement
curatif est chirurgical.
D’autres options thérapeutiques comme la
vaporisation au laser ou la sclérothérapie sont indiquées comme
traitement symptomatique et palliatif.
Les formes étendues avec
atteinte des VADS requièrent une prise en charge pluridisciplinaire
pour déterminer au cas par cas le traitement le plus adapté pour
optimiser la qualité de vie.
Définition
:
Le lymphangiome cervicofacial de l’enfant est une malformation
congénitale du système lymphatique.
Il est composé de kystes
bordés d’un endothélium vasculaire et remplis de lymphe et parfois
de sang.
Ces kystes sont entourés d’un tissu conjonctif fibroadipeux
avec des formations lymphoïdes et des fibres musculaires lisses.
Trois types de lymphangiome sont décrits en fonction de la taille des kystes : le lymphangiome capillaire est formé de kystes
d’environ 1 mm de diamètre et siège essentiellement au niveau
cutané et muqueux ; le lymphangiome caverneux ou
« microkystique » est formé de kystes de moins de 5 mm ; le
lymphangiome kystique ou « macrokystique » est formé de kystes
dépassant 10 mm.
Du fait de la coexistence fréquente de ces trois
types, on considère qu’il s’agit de la même pathologie, l’aspect
histologique étant dicté par la nature des tissus dans lesquels le
lymphangiome se développe.
Le lymphangiome est actuellement
classé comme une malformation vasculaire lymphaticoveineuse à
bas débit.
Le terme « hémolymphangiome » n’est plus employé pour signifier
un lymphangiome microkystique ou mixte rempli de lymphe et de
sang.
La constatation de sang à l’intérieur du lymphangiome peut
être secondaire à une hémorragie intrakystique ou à une
communication entre un kyste et une veine.
Il n’y a pas de
répercussion clinique ou thérapeutique à cette constatation.
Dans
tous les cas, il ne faut pas confondre avec un hémangiome capillaire,
de constitution, d’aspect et d’évolution bien différents.
Le lymphangiome cervical acquis est en fait une ectasie
lymphatique, survenant essentiellement chez l’adulte.
Les étiologies
sont le plus souvent traumatiques ou iatrogènes (chirurgie,
radiothérapie).
Il relève d’une prise en charge selon son étiologie et
n’est pas traité dans cet article.
Pathogénie :
Il est actuellement admis que le système lymphatique embryonnaire
dérive initialement de l’endothélium veineux, pour former des sacs lymphatiques cervicaux, mésentériques, iliaques, reliés par le
canal thoracique.
Ensuite, il existe deux théories pour expliquer
l’origine des vaisseaux lymphatiques : bourgeonnement centrifuge à
partir des sacs lymphatiques ou naissance à partir de cellules
mésenchymateuses avec une croissance centripète.
Trois théories existent actuellement pour expliquer l’origine du
lymphangiome congénital.
Certains l’expliquent par un défaut de
connexion entre certains vaisseaux lymphatiques périphériques et
les sacs lymphatiques ou entre les sacs lymphatiques et le système
veineux.
Pour d’autres, le lymphangiome est une malformation hamartomateuse qui naît d’une séquestration anatomique et
fonctionnelle de cellules lymphatiques normales qui se développent
indépendamment du reste du système lymphatique.
Enfin, le
comportement parfois localement agressif et récidivant a amené
certains à considérer le lymphangiome comme une véritable
néoplasie bénigne embryonnaire, avec une capacité de lymphangioprolifération et de sécrétion active.
Des études plus récentes apportent des arguments en faveur de
cette dernière théorie.
Une lymphangiogenèse active a été mise en
évidence à partir de cultures cellulaires extraites de
lymphangiomes.
Le premier facteur de croissance
lymphatique, le vascular endothelium growth factor (VEGF)-C a été
découvert en 1996, à la suite de la découverte de son récepteur le
VEGF-R3 en 1994.
Des études d’expression chez la souris
transgénique ont démontré une hyperplasie lymphatique exclusive
induite par le VEGF-C.
Récemment, une hypersécrétion d’un
autre facteur de croissance vasculaire, le facteur de croissance
fibroblastique, a été mise en évidence dans du tissu lymphangiomateux.
Ces voies de recherche ouvrent des
perspectives d’une thérapie médicale employant des facteurs angiogénétiques, voire d’une thérapie génique dans le traitement
futur des lymphangiomes cervicofaciaux.
Épidémiologie :
Le lymphangiome représente environ 6 % des tumeurs des tissus
mous et 25 % des tumeurs d’origine vasculaire chez le sujet de
moins de 20 ans.
Tous âges confondus, l’incidence serait de 0,8 %
des tumeurs bénignes et de 0,1 % des tumeurs bénignes cervicofaciales.
Ceci revient à un à dix cas par an dans les séries
d’oto-rhino-laryngologie pédiatrique.
Environ 50 % des
lymphangiomes sont apparents dès la naissance et 70 à 90 % sont
apparents avant l’âge de 2 ans.
La région cervicofaciale est le
siège de 75 % des lymphangiomes.
De 3 à 18 % des
lymphangiomes sont à prédominance caverneuse et extensive.
Selon
les séries, une extension médiastinale du lymphangiome cervical est
retrouvée dans 2 à 9% des cas.
Il n’y a aucune prédilection droitegauche.
Il n’existe aucun facteur de risque en ce qui concerne le
sexe, la race ou d’autres malformations.
Clinique :
La présentation clinique la plus fréquente est celle d’une tuméfaction
cervicale asymptomatique.
Elle évolue lentement, grandissant
avec l’enfant, hormis des poussées inflammatoires, infectieuses ou
hémorragiques.
Les lymphangiomes à prédominance caverneuse ou microkystique apparaissent plus souvent chez le nouveau-né ou le
petit nourrisson, sont souvent plus étendus et provoquent des
symptômes en rapport avec une atteinte des VADS tels une dyspnée,
positionnelle ou non, une dysphagie, un ronflement et des apnées
du sommeil.
L’hémorragie, à bas bruit ou massive, est l’apanage du
lymphangiome lingual.
Le diagnostic est souvent purement clinique devant une tuméfaction
cervicale molle, indolore, ayant la consistance d’un lipome, chez un
enfant ou un adulte jeune.
La transillumination est pathognomonique,
mais son absence ne permet pas d’éliminer le
diagnostic.
La peau est normale en regard, ou légèrement bleutée.
Elle peut être inflammatoire en cas de poussée évolutive ou de
surinfection.
La ponction à l’aiguille est déconseillée car il existe un
risque d’inoculation septique.
Le diagnostic clinique est aisé devant
une macroglossie d’aspect « framboisé », avec des vésicules remplies
de lymphe et de sang.
Le diagnostic peut être porté par l’échographie anténatale du
deuxième trimestre de grossesse.
Selon la localisation et la
taille, il existe un risque d’accouchement dystocique ou de
détresse respiratoire néonatale.
La ponction kystique trans
utero ou la chirurgie néonatale, voire intra-utérine, sont des
options thérapeutiques qui doivent être discutées au cas par cas.
Examens complémentaires :
L’imagerie est nécessaire en cas de doute diagnostique ou pour
évaluer les extensions en profondeur et les rapports avec les autres
structures anatomiques, notamment l’axe vasculaire du cou.
L’imagerie fait partie du bilan préopératoire systématique pour
certains.
En tomodensitométrie, les lésions kystiques ont une densité
liquidienne.
L’imagerie par résonance magnétique (IRM) est
l’examen de référence, le lymphangiome ayant une hyperintensité
caractéristique en T2.
Les autres examens sont à demander au
cas par cas, avec surtout l’endoscopie des VADS, et
éventuellement la polysomnographie pour les lymphangiomes
extensifs.
Traitement
:
Les buts du traitement sont l’éradication de la lésion avec une
guérison totale, l’absence de récidive, l’absence de mortalité ou de
morbidité et un excellent résultat esthétique.
Pour la plupart des
auteurs, la chirurgie permet d’approcher au mieux ce but idéal.
Un
traitement symptomatique urgent s’impose parfois, surtout pour les
lymphangiomes extensifs, microkystiques et chez le tout-petit.
La
dyspnée aiguë peut nécessiter une intubation ou une trachéotomie.
La dysphagie avec cassure de la courbe de croissance nécessite une
alimentation par sonde nasogastrique, voire par gastrostomie.
Une
poussée inflammatoire ou infectieuse est traitée médicalement par
antibiotiques et glucocorticoïdes par voie générale, avant toute
tentative d’exérèse chirurgicale.
A - LYMPHANGIOMES MONO- OU PAUCIKYSTIQUES :
Pour les lymphangiomes kystiques uni- ou pauciloculaires, limités
au cou, le traitement de choix est l’exérèse chirurgicale.
Certains
auteurs considèrent une attitude thérapeutique abstentionniste
légitime dans les cas spécifiques de lymphangiome limité, kystique
et asymptomatique, à condition d’avoir accès aux soins urgents si
besoin et d’être suivi de façon régulière.
En vérité, l’anxiété des
parents et du médecin face à l’imprévisibilité de l’évolution rend ce
type de prise en charge difficile à moyen terme. Le risque de
croissance soudaine est toujours présent, avec dans certains cas un
risque de détresse respiratoire aiguë.
De plus, d’après certains
auteurs, en cas d’augmentation de volume du lymphangiome
pendant la période de surveillance simple, une chirurgie secondaire
éventuelle risque d’être plus difficile, avec une morbidité accrue.
Il
reste un débat quant à l’âge le plus opportun pour cette chirurgie.
Certains considèrent qu’il faut attendre l’âge de 6 à 9 mois, pour
que l’anesthésie générale comporte moins de risques et pour
permettre une chirurgie programmée après un bilan complet.
D’autres pensent qu’une chirurgie précoce est préférable, avant que
les poussées inflammatoires rendent la dissection difficile du fait
d’une fibrose et d’une néovascularisation.
Mais la chirurgie chez
le tout-petit reste minutieuse, surtout en cas de parotidectomie.
La technique chirurgicale est proche de celle de l’évidement
ganglionnaire cervical sélectif, voire radical modifié en cas de
lymphangiome très étendu.
Le but est une exérèse
macroscopiquement complète avec préservation de toutes les
structures vasculaires, neurologiques et glandulaires cervicales (ces
dernières pouvant toutefois être sacrifiées en cas d’envahissement lymphangiomateux).
B - LYMPHANGIOMES CAVERNEUX OU MICROKYSTIQUES :
1- Limités à la région cervicale :
Le traitement chirurgical est le traitement de choix.
Il semblerait
qu’une chirurgie pratiquée tôt, c’est-à-dire dès le diagnostic porté,
apporte un meilleur résultat fonctionnel respiratoire dans les
lymphangiomes caverneux étendus.
Elle a pour but de lever la
compression trachéale. Reste le débat concernant l’étendue de
l’exérèse.
En général, on considère qu’une exérèse large avec des
limites macroscopiquement saines permet au mieux de diminuer le
risque de récidive.
En revanche, cette exérèse large comporte des
risques de séquelles importantes, esthétiques et fonctionnelles, et
peut même s’avérer impossible, selon l’étendue de la lésion.
Il faut,
selon la plupart des auteurs, privilégier la qualité de vie et les
considérations fonctionnelles par rapport à une exérèse large d’une
lésion cervicale qui reste bénigne.
Le lymphangiome parotidien relève d’une parotidectomie
superficielle ou totale, avec dissection et préservation du nerf facial.
Du fait de l’encapsulation embryologiquement tardive de la glande
parotide, les lymphatiques (et les lymphangiomes) s’étendent au sein de la glande. Ils ont de ce fait un rapport complexe et variable
avec le nerf facial.
La dissection du nerf chez le nourrisson et le
jeune enfant est minutieuse.
Il convient également de rappeler la
particularité anatomique du tronc du nerf facial chez le nourrisson,
qui est superficiel, très proche des plans sous-cutanés, du fait du
développement plus tardif de la mastoïde.
2- Atteinte des voies aérodigestives supérieures
:
La macroglossie lymphangiomateuse relève essentiellement de la
glossectomie partielle de réduction, le but étant de permettre une
fermeture buccale, une occlusion dentaire, et une alimentation et une
élocution normales.
Plusieurs techniques ont été décrites : glossectomie latérale, cunéiforme centrale ou sous-muqueuse
antérieure.
Elle est réalisée au bistouri électrique ou au laser, du
fait de son caractère très hémorragique.
La réduction linguale peut
être réalisée plus progressivement par vaporisation répétée en
surface au laser (CO2, KTP, Yag ou argon).
Dans tous les cas, une
prise en charge odontologique, voire orthodontique, est nécessaire
du fait des caries dentaires précoces et fréquentes, de l’hygiène
buccale difficile et des malpositions dentaires acquises.
Le lymphangiome parapharyngé ou rétropharyngé isolé est
extrêmement rare.
Il est généralement associé à une extension
cervicale, parotidienne ou laryngée.
Le traitement dépend du choix
thérapeutique en fonction des autres localisations lymphangiomateuses
et du caractère symptomatique ou non de la localisation
pharyngée.
La voie d’abord chirurgicale est de préférence cervicale
ou par voie de parotidectomie.
L’abord endobuccal est difficile et
dangereux en cas de lymphangiome cervical extensif. Pour des
lésions bien limitées ou dans un but palliatif pour des lésions
inopérables ou récidivantes, une marsupialisation par voie buccale,
une vaporisation au laser, voire l’injection intralésionnelle d’agents
médicamenteux (Ethibloct ou OK-432) peuvent être discutées.
Si les
apnées du sommeil persistent après traitement chirurgical adapté,
ou dans les cas inopérables, un ventilation nocturne en pression
positive (cPAP) au masque est le traitement symptomatique de
choix.
Le lymphangiome laryngé supraglottique est rare et souvent
retrouvé dans le cadre du lymphangiome cervicofacial et/ou lingual
extensif.
La détresse respiratoire est fréquente et nécessite une
intubation en urgence, avec trachéotomie secondaire le plus souvent.
Le choix thérapeutique est délicat et doit être discuté au cas par cas
en fonction de la localisation exacte du lymphangiome, de l’étendue
et de l’âge du patient.
La plupart des auteurs préconisent
actuellement un traitement conservateur par vaporisation
superficielle au laser CO2, qui permet une marsupialisation des
kystes et une destruction de l’endothélium.
Plusieurs séances sont
nécessaires avant toute tentative de décanulation, et sont souvent
effectuées de manière régulière ensuite, du fait des récidives
fréquentes.
La croissance du larynx intervient également pour
favoriser la décanulation.
Cette approche permet une décanulation
à terme, tout en minimisant les séquelles fonctionnelles laryngées
(dysphonie, fausses routes, sténose).
Chez l’enfant plus grand
ou en cas de lymphangiome laryngé bien limité, une laryngectomie
partielle horizontale supraglottique, verticale, ou atypique peut être
envisagée.
Toutefois, il existe toujours un risque de récidive
pouvant compromettre les résultats fonctionnels de cette chirurgie.
Pour les lymphangiomes infiltrant l’orbite, les mêmes considérations
fonctionnelles et esthétiques s’appliquent.
Pour les lymphangiomes
bien tolérés sur le plan fonctionnel, l’abstention chirurgicale est
souvent indiquée.
Sinon, un traitement chirurgical conservateur
(réduction tumorale) peut être discuté.
Autres méthodes thérapeutiques :
La sclérothérapie par l’Ethibloct est parfois utilisée comme
traitement de première intention.
Les résultats sont variables, bien
meilleurs pour les formes mono- ou paucikystiques que dans les
formes infiltrantes.
Il persiste souvent un résidu scléreux
inesthétique et la chirurgie d’exérèse après sclérothérapie est
extrêmement difficile du fait de la fibrose postinflammatoire.
L’OK-432 est un dérivé de la bactérie Streptococcus pyogenes.
Injecté
dans les kystes, il semble activer des cellules inflammatoires et
immunitaires, avec une libération de facteurs chimiotactiques,
d’interleukines, et même du facteur de nécrose tumorale, le tumor
necrosis factor (TNF).
Ce produit ne provoque pas de fibrose
cicatricielle.
Il semble à la fois efficace pour les lymphangiomes
kystiques et pour les lymphangiomes caverneux, mais à un moindre
degré pour ces derniers.
L’injection intrakystique d’autres
produits (bléomycine, doxycycline, colle biologique,
corticoïdes, etc) n’a jamais fait preuve d’une efficacité certaine,
tant pour les lymphangiomes kystiques que caverneux.
La
radiofréquence est employée au niveau cervical et lingual dans le
but de diminuer la taille des lésions en provoquant des lésions
thermiques en profondeur.
Le recul est encore insuffisant pour juger
de son efficacité (Garabédian, communication personnelle).
La
corticothérapie au long cours n’a pas d’effet sur l’évolution des
lymphangiomes cervicofaciaux.
Son utilisation est limitée au
traitement des poussées inflammatoires, en cure courte.
Enfin,
l’interféron alpha et le cyclophosphamide (Endoxan Astat) ont été
employés dans certains lymphangiomes étendus, symptomatiques
et inopérables.
Ils semblent avoir un effet de stabilisation des
lésions, dans certains cas extrêmes, mais la tolérance est médiocre et
les effets secondaires à long terme chez l’enfant sont actuellement
inconnus.
Des traitements associant chirurgie et sclérothérapie ou
radiofréquence sont souvent employés, notamment pour les
lymphangiomes caverneux ou microkystiques où la chirurgie seule
ne permet pas une réduction ou une stabilisation adéquates des
lésions.
Résultats thérapeutiques :
La chirurgie d’exérèse, l’approche thérapeutique la plus
recommandée aujourd’hui, permet une guérison en une seule
intervention dans plus de 90 % des lymphangiomes kystiques
limités à une ou deux régions cervicales.
Les reprises chirurgicales
multiples pour récidive, les lymphangiomes résiduels et les lésions
résiduelles symptomatiques surviennent en cas de lymphangiomes extensifs à prédominance caverneuse ou microkystique, infiltrant les
VADS.
Le taux de guérison, avec éradication clinique du
lymphangiome, ne dépasse pas 20 % pour ces lésions.
Pour cette
raison, les résultats doivent être définis non en termes d’absence de
tumeur mais en termes de résultat fonctionnel (respiration,
alimentation, élocution, voix) et esthétique.
Évolution. Pronostic
:
L’évolution naturelle du lymphangiome est mal connue.
Une
involution spontanée complète a été rapportée dans 15 à 70 % des
cas selon les séries, surtout pour les lymphangiomes kystiques bien
limités.
La mortalité rapportée est de 0 à 6%selon les séries, et
survient presque exclusivement pour les lymphangiomes caverneux
extensifs, notamment chez le nouveau-né.
Les causes
principales de décès sont l’obstruction des voies aériennes, y
compris l’obstruction accidentelle de la canule de trachéotomie, et
les pertes sanguines et lymphatiques engendrées par la chirurgie.
Les complications aiguës survenant quel que soit le type de
lymphangiome en dehors de tout traitement sont : la poussée
inflammatoire, la surinfection bactérienne et l’hémorragie intrakystique.
L’hémorragie du lymphangiome lingual est à
redouter, soit par son abondance, soit par sa récidive fréquente.
L’obstruction des voies aériennes, la dysphagie et les apnées du
sommeil dans les lymphangiomes extensifs on déjà été mentionnées.
Des complications chroniques ne surviennent qu’en cas de
lymphangiome étendu ou atteignant les VADS.
Les complications
fonctionnelles peuvent être respiratoires, avec trachéotomie
prolongée.
Les complications nutritionnelles telles la dysphagie
peuvent nécessiter une alimentation entérale par sonde
nasogastrique ou par gastrostomie.
La perte dentaire et la
malocclusion peuvent contribuer à des difficultés d’alimentation.
L’acquisition du langage et l’élocution peuvent être entravées par la macroglossie et la malocclusion.
L’apnée du sommeil peut
provoquer une somnolence diurne à l’origine de difficultés scolaires.
Les complications esthétiques sont fréquentes par troubles de la
croissance faciale, avec des anomalies des bases osseuses engendrées
par une extension intraosseuse du lymphangiome et/ou un
refoulement osseux chronique.
S’y ajoutent les cicatrices des
interventions multiples, voire des séquelles neurologiques
périphériques secondaires à la chirurgie.
Enfin, les complications
psychosociales ne sont pas à négliger.
Les enfants atteints de
lymphangiome sont en tout point normaux par ailleurs.
Ils
ressentent la séparation précoce des parents que nécessitent les
hospitalisations longues et itératives.
Ils souffrent souvent de
troubles en rapport avec des difficultés de communication et un
préjudice esthétique.
Enfin, d’autres complications sont liées à la chirurgie, quel que soit
le type de lymphangiome.
L’hématome ou l’abcès du site opératoire
sont possibles, quelle que soit la chirurgie.
L’épanchement séreux
postopératoire est assez fréquent.
Les ponctions itératives avec
pansement compressif suffisent en général pour le traiter.
La lymphorrhée vraie, avec perte lipidique, est rare.
L’atteinte des nerfs
crâniens au cou, transitoire ou définitive, est fréquente, le rameau
mentonnier du nerf facial étant le plus vulnérable.
Une atteinte a été
notée dans 10 à 33 % des séries rapportées, avec un taux de
récupération spontanée allant de 50 à 100 %.
Le traitement
chirurgical conventionnel ou au laser des VADS comporte un risque
d’oedème postopératoire, souvent très important et résistant à la
corticothérapie par voie générale.
Les précautions pour assurer la
liberté des voies aériennes sont à prendre avant toute intervention
de ce type.
Il existe deux types de lymphangiome, sur le plan pronostique : l’un, « bénin », est essentiellement monokystique et limité à
un seul site anatomique ; le second est « pseudomalin », caverneux
ou microkystique, et s’étend sur plusieurs régions anatomiques.
Les
récidives peuvent survenir dans des zones auparavant considérées
comme indemnes, même lorsque la chirurgie semble
macroscopiquement complète.
L’extension anatomique du
lymphangiome, notamment sus-hyoïdienne ou en dedans du
muscle mylohyoïdien, et surtout l’atteinte des VADS sont les
principaux facteurs pronostiques retenus actuellement.
Conclusion :
Il existe deux types de lymphangiome cervicofacial congénital.
Le
premier est le lymphangiome mono- ou paucikystique, le traitement
dans ce cas est chirurgical et les complications et les récidives sont
rares.
Le deuxième est le lymphangiome caverneux ou microkystique,
extensif, et apparaissant chez le nouveau-né ou le nourrisson.
Il existe
souvent une atteinte associée des VADS.
Le traitement repose sur la
chirurgie d’exérèse, associée ou non à la sclérothérapie, la
radiofréquence ou la vaporisation au laser.
Les récidives sont fréquentes,
quelle que soit la technique.
Le but du traitement est de minimiser les
complications fonctionnelles et esthétiques du lymphangiome, tout en
minimisant les séquelles par une évaluation du rapport bénéfice/risque
du traitement.
La qualité de vie doit déterminer la conduite à tenir.