Différentes pathologies peuvent se manifester sous
forme d’une douleur testiculaire avec oedème
scrotal, regroupées sous le nom de bourse aiguë ou syndrome
orchite aiguë.
La torsion du cordon spermatique est une urgence chirurgicale
qui repose sur un diagnostic clinique.
Cependant, méconnaître ce diagnostic conduit à la perte
du testicule avec un fort risque d’incidence médicolégale.
Physiopathologie :
1- Causes de la torsion :
Normalement, le testicule est fixé par 3 points anatomiques
solides qui sont suffisamment écartés
pour empêcher le testicule d’être trop mobile : en haut,
le cordon spermatique ; en bas le ligament scrotal (gubernaculum testis) ; en arrière et en dedans, toute la
surface rétro-épididymaire dépourvue de vaginale.
La
torsion survient par défaut de ces fixations qui sont soit
trop lâches soit trop rapprochées.
Ce défaut anatomique
est souvent bilatéral et explique le risque pour le testicule
controlatéral.
Il n’existe pas de causes déclenchantes précises.
Ont été
invoqués la contraction asymétrique des fibres musculaires crémastériennes créant un couple de torsion, la
congestion des veines du cordon qui sont disposées en
spirales et certains traumatismes externes comme la
marche, le vélo, la masturbation...
2- Types anatomiques de torsion du cordon
spermatique :
• La torsion intravaginale est la forme la plus fréquente,
en particulier à l’adolescence.
La torsion se produit
sur la portion intravaginale, juxtatesticulaire, du cordon
spermatique.
On en rapproche la rare torsion inter-épididymo-
testiculaire.
• La torsion supravaginale affecte plus particulièrement
le nouveau-né et la période anténatale.
Le testicule, né
dans la région lombaire, et devant se fixer à la bourse,
n’a pas toujours achevé sa migration.
Il se trouve alors
suspendu à son pôle supérieur par le cordon et par son
pôle inférieur par un long ligament scrotal.
La rotation
entre ces deux points fixes entraîne à la fois le testicule
et sa vaginale.
3- Conséquences :
La torsion provoque d’abord une occlusion veineuse
réalisant un oedème et un infarctus veineux du testicule.
L’obstruction artérielle provoque l’ischémie.
Ces
lésions vasculaires sont d’autant plus sévères que la torsion
est serrée.
En moyenne, le délai de 6 h est considéré
comme la limite de réversibilité des lésions ischémiques.
La lignée germinale est particulièrement
sensible à l’ischémie.
Selon certaines études encore
controversées, la fertilité du testicule controlatéral pourrait
être atteinte par des mécanismes auto-immuns provenant
du testicule tordu.
Pour d’autres, le testicule
controlatéral comporterait non seulement les mêmes
défauts anatomiques de fixation, mais également une
dysgénésie congénitale du parenchyme, coexistante
avec les anomalies de fixation.
Ces théories permettraient
d’expliquer la stérilité de certains patients ayant
présenté un antécédent de torsion unilatérale.
Diagnostic :
A - Épidémiologie :
La fréquence est estimée à 1 pour 4 000 garçons de
moins de 25 ans.
La torsion peut survenir à tout âge
mais avec 2 pics de fréquence : l’adolescence et la
période néonatale.
B - Diagnostic clinique :
1- Forme typique de l’adolescent :
• Une douleur violente au niveau d’une bourse avec
irradiation vers la région inguinale ou même la fosse
iliaque.
• Des nausées et même parfois des vomissements peuvent
accompagner la douleur.
• La bourse est inflammatoire, très douloureuse, augmentée
de volume, la peau scrotale est rouge et oedématiée
avec effacement des plis.
La palpation, gênée par la
douleur vive, perçoit une ascension du testicule qui
saille en avant (signe de Gouverneur).
Le réflexe crémastérien
est aboli du côté atteint.
La palpation du testicule
controlatéral est normale.
La température est normale ou légèrement élevée
(38 °C).
Il n’existe pas de symptomatologie urinaire.
L’examen clinique général est normal.
2- Formes cliniques de l’adolescent :
Elles conduisent le plus souvent à des erreurs diagnostiques.
• Formes subaiguës : elles sont fréquentes et trompeuses
; le début est plus progressif sur plusieurs heures
voire plusieurs jours, les signes locaux sont moins
intenses les spires de torsion étant moins serrées, mais le
diagnostic de torsion ne doit surtout pas être écarté.
• Torsion sur testicule ectopique : en ectopie abdominale
droite, la torsion aiguë du cordon spermatique pourrait
simuler une crise d’appendicite aiguë.
En position
inguinale, elle pourrait simuler une hernie étranglée ou
une adénite aiguë.
Il est donc de règle d’examiner les
testicules au cours de tout syndrome abdominal aigu.
• Torsion récidivante : l’enfant consulte pour des douleurs
scrotales brutales résolues spontanément et pouvant
correspondre à des épisodes de torsions récidivantes
spontanément réduites.
3- Formes néonatales :
La torsion survient dans un délai variable avant la naissance
; chez le nouveau-né, elle peut se présenter sous
deux aspects :
• un gros testicule indolore : à la naissance, l’examen
découvre une tuméfaction scrotale unilatérale, ferme,
régulière, non douloureuse.
La peau est rouge foncé ou
bleuâtre et lisse sans pli.
Cette forme correspond habituellement
à un gros testicule infarci et momifié ; le diagnostic
peut faire hésiter avec une tumeur (tératome en
particulier) ;
• une anorchidie : le nouveau-né présente une bourse
vide. La palpation peut retrouver une discrète formation
résiduelle.
Le diagnostic clinique est difficile entre une
cryptorchidie intra-abdominale et une anorchidie secondaire
à une torsion anténatale avec résorption testiculaire.
Dans ce cas, l’exploration chirurgicale ultérieure,
habituellement pratiquée avant l’âge de 2 ans, permettra
de retrouver un cordon spermatique se terminant par un
minime résidu fibreux ou microcalcifié.
C - Examens complémentaires :
1- Examen des urines
:
Avec une bandelette réactive, c’est un geste de routine
au cours même de l’examen clinique de l’enfant.
Il
confirme l’absence de nitrites ou de pyurie. L’acétone
est fréquente si l’enfant est à jeun ou a vomi.
2- Échographie :
Elle peut permettre de visualiser directement les spires
du cordon.
L’échographie doppler couleur peut confirmer
l’absence de flux sanguin au niveau testiculaire
mais elle peut être prise en défaut en raison de l’hyperémie
de la peau scrotale.
3- Scintigraphie au technétium 99 M
:
Elle pourrait permettre de contrôler la vascularisation
testiculaire mais sa disponibilité est aléatoire.
Complications évolutives :
Elles constituent la rançon de tout retard diagnostique
ou thérapeutique et peuvent générer des incidences
médico-légales.
1- Fonte purulente du testicule :
La bourse inflammatoire s’ulcère et le tissu testiculaire
nécrosé s’élimine au sein d’une fongosité septique.
2- Atrophie testiculaire
:
Elle peut être complète avec disparition du testicule en
quelques mois ou provoquer un testicule hypoplasique
et ne se développant pas à la puberté.
3- Stérilité
:
Le tissu germinal est très sensible à l’ischémie.
La stérilité
constitue le risque majeur en cas de torsion sur testicule
unique ou de torsion ultérieure d’un testicule
controlatéral qui, à tort , n’a pas été fixé préventivement.
Le risque de stérilité existe aussi dans le cas d’une
simple torsion unilatérale (rôle invoqué de phénomènes
auto-immuns, ou de lésions dysplasiques congénitales
bilatérales).
4- Insuffisance endocrine
:
Elle correspond à des situations heureusement rares de
perte d’un testicule unique ou des 2 testicules.
Diagnostics différentiels
:
La démarche doit être cliniquement logique en procédant
par élimination
1- Grosses bourses aiguës
:
Devant une bourse aiguë, les diagnostics différentiels
sont opératoires.
• La torsion d’une annexe épididymo-testiculaire
(hydatide de Morgagni le plus souvent), fréquente,
comporte un tableau clinique moins intense
qu’une torsion du cordon spermatique (mais celle-ci
peut être aussi moins aiguë que dans sa forme
typique).
La palpation d’un nodule électivement douloureux
au pôle supérieur d’un testicule paraissant normal
et non rétracté, une lame d’hydrocèle, la visibilité
en transillumination scrotale d’un nodule sombre au
pôle supérieur du testicule sont des éléments évocateurs.
Cependant l’absence de certitude absolue conduit
habituellement à confirmer le diagnostic par l’exploration
chirurgicale d’urgence permettant l’ablation
simple de l’hydatide tordue et nécrosée et la disparition
rapide de la douleur.
• Orchi-épididymite : fièvre et signes urinaires (dysurie,
pollakiurie) s’ajoutent à la symptomatologie d’une
bourse inflammatoire douloureuse.
La recherche d’un
contexte ourlien est systématique.
Contrairement à la
torsion, le soulèvement du testicule diminue la douleur
(signe de Prehn).
Mais en dehors de tels contextes cliniquement
évidents, c’est là encore le plus souvent la
vérification opératoire qui redressera le diagnostic.
• OEdème idiopathique scrotal : d’origine allergique ou
infectieuse, il se traduit par un aspect inflammatoire
scrotal rapide particulier : rougeur diffuse étendue à
tout le scrotum et pouvant déborder en ailes de papillon
sur le pubis, la verge, le périnée et la racine des cuisses,
non douloureuse et surtout avec palpation testiculaire
normale.
Sa résolution est spontanée en 24 ou 48 h sans
séquelles.
• Traumatisme testiculaire : le diagnostic différentiel
est évoqué soit parce que la notion de traumatisme est
dissimulée par l’enfant soit, à l’inverse, qu’un prétendu
traumatisme soit invoqué dans la survenue de la bourse
aiguë qui est pourtant une authentique torsion.
Des
signes cutanés de traumatismes et des signes échographiques
d’hématome ou de rupture de l’albuginée permettent
d’orienter le diagnostic.
• La hernie inguino-scrotale étranglée ne constitue
réellement un diagnostic différentiel que chez le nourrisson
: prolongement inguinal d’une masse douloureuse,
gargouillements ou rénitence digestive, vomissements
sont des indicateurs cliniques précieux.
Mais il
faut se rappeler que la hernie étranglée du nourrisson
provoque une compression extrinsèque des vaisseaux
spermatiques avec une incidence rapide sur la vitalité
du testicule.
• Le purpura de Henoch Schönlein peut s’accompagner
d’une vascularite testiculaire.
Les signes cutanés
associés guident le diagnostic.
Mais une authentique
torsion associée est toujours possible.
2- Grosse bourse froide
:
Le diagnostic différentiel avec une torsion du cordon
spermatique ne se pose en pratique que dans sa forme
néonatale avec :
• une tumeur testiculaire (tératome en particulier) ;
• une hydrocèle sous tension (épanchement parfaitement transilluminable).
En pratique et contrairement à la situation d’une bourse
aiguë, il n’existe pas d’urgence chirurgicale immédiate
et les examens complémentaires (échographie, marqueurs
biologiques) permettent de lever un éventuel
doute.
• La varicocèle de la prépuberté n’est qu’à citer, tant
son aspect clinique est différent d’une torsion testiculaire.
Traitement :
Il est une extrême urgence.
Il a 3 buts :
– rétablir la vascularisation testiculaire ;
– prévenir la récidive en fixant le testicule ;
– prévenir une torsion controlatérale ultérieure en fixant
le testicule opposé.
1- Détorsion manuelle
:
Elle peut être tentée en salle d’examen.
En principe,
elle se fait vers l’extérieur par rapport au raphé médian
(sens horaire pour le testicule gauche, anti-horaire pour
le droit), et la manoeuvre doit soulager, mais en pratique
elle reste difficile en raison de la douleur et de l’ignorance
du sens de la torsion et du nombre de tours de
spires.
2- Exploration chirurgicale :
Elle est réalisée selon les habitudes par voie scrotale
(orchidotomie) ou par voie inguinale.
Elle permet de constater le type anatomique de la torsion,
et la vitalité du testicule.
La détorsion est accompagnée de l’application locale
de sérum tiède, de l’infiltration du cordon par des vasodilatateurs
(Xylocaïne) pour favoriser la revascularisation.
Si le testicule peut être conservé, il est fixé par
plusieurs points de fils non résorbables qui doivent être
judicieusement placés (risque de lésions vasculaires au
pôle inférieur).
Le testicule opposé doit être fixé préventivement.
Dans le cas particulier du nouveau-né, la torsion est
habituellement ancienne et ne justifie pas la même
urgence opératoire.
Selon les équipes, la fixation préventive
controlatérale peut être différée de quelques
mois en raison de la grande fragilité du testicule à cet
âge.
3- Surveillance ultérieure :
Le risque d’hypotrophie ou d’atrophie secondaire d’un
testicule conservé après détorsion est au moins de 60 %
et justifie d’en prévenir les parents et de revoir l’enfant 4
à 6 mois plus tard avec une mensuration échographique
des testicules, particulièrement dans la période de croissance
testiculaire pubertaire.