Tumeurs des tissus mous des membres Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
On entend par tumeurs des tissus mous les lésions bénignes et malignes
développées à partir du tissu conjonctif et de ses variétés différenciées que
sont le tissu adipeux, le tissu musculaire, le tissu vasculaire, les tissus synovial
et aponévrotique, ainsi que celui des enveloppes des nerfs périphériques.
Dix à 15 %de ces tumeurs ont une histologie incertaine ou demeurent inclassées.
Les néoplasmes des parties molles représentent le chapitre le plus difficile de
la pathologie tumorale de l’appareil locomoteur pour deux raisons
principales :
– sur le plan diagnostique, la relative fréquence des lésions bénignes et la
rareté des lésions malignes, d’une part, le polymorphisme du syndrome
tumoral, d’autre part, font que le risque de passer à côté d’un sarcome des
tissus mous des membres (STMM) est réel.
C’est dire qu’au moindre doute,
la biopsie s’impose. D’ailleurs, comment réaliser un traitement adéquat en
l’absence de diagnostic préalable exact ?
– sur le plan thérapeutique, les tumeurs bénignes sont de traitement simple,
alors que celui des sarcomes est complexe et onéreux, nécessitant la mise en
oeuvre d’une équipe pluridisciplinaire qui conjugue les compétences du
radiologue, pathologiste, chirurgien de l’appareil locomoteur, oncologue,
radiothérapeute, psychiatre, pour analyser, discuter, arrêter la conduite à tenir
et informer le patient en toute transparence.
Le contrôle local de la tumeur n’est obtenu que par chirurgie d’exérèse carcinologique associée ou non à la
radiothérapie.
Le contrôle de la maladie cancéreuse, en fonction des facteurs
de risque, revient au traitement médical, qui est en pleine évolution.
Il est
indispensable que la biopsie et la chirurgie d’exérèse initiales soient réalisées
selon les règles actuellement établies, de sorte que le patient bénéficie du
traitement le plus approprié possible.
Épidémiologie :
L’incidence des tumeurs bénignes dans la population générale est inconnue,
parce qu’un certain nombre de patients présentant une grosseur qui ne les gêne
pas ne consultent pas.
Dans la population hospitalière, Enzinger et Weiss
avancent la proportion approximative de 100 lésions bénignes pour une lésion
maligne avec une incidence annuelle d’environ 3 000 tumeurs bénignes par
million d’habitants.
D’après les données du National cancer institute,
Surveillance, epidemiology and end results programme, couvrant la période
1973-1987, l’incidence des sarcomes des tissus mous est comprise entre
15 et 35 cas par million d’habitants et par année, soit près du double de celle
des tumeurs osseuses malignes primitives.
Quoi qu’il en soit, les tumeurs bénignes sont relativement fréquentes, tandis
que les lésions malignes, rares, représentent moins de 1 %de tous les cancers.
La fréquence de ces dernières augmente avec l’âge et il existe une certaine
relation entre les tranches d’âge et le type histologique de sarcome : les rhabdomyosarcomes avant 15 ans, les synovialosarcomes entre 15 et 30 ans,
les fibrosarcomes entre 15 et 40 ans, les liposarcomes entre 25 et 55 ans, les
schwannomes malins de 30 à 60 ans et les histiocytofibrosarcomes de 45 à
plus de 70 ans.
Les STMM siègent au membre inférieur dans environ 45 %
des cas, au membre supérieur dans 15 % des cas ; les autres sarcomes des
tissus mous intéressent la tête et le cou (10 %), l’espace rétropéritonéal
(15 %), l’abdomen, la paroi thoracique et d’autres organes (5 %) d’après
Chang et Sundak.
Étude clinique : syndrome tumoral
A - Interrogatoire :
En présence d’un patient qui consulte pour une tumeur des parties molles, ou
bien chez lequel l’examen clinique systématique découvre une tuméfaction
indolore des tissus mous, il est de bonne pratique de se poser un certain
nombre de questions :
– quelle est la durée présumée de l’évolution ?
Y a-t-il une augmentation
récente de volume ?
– une masse dont les dimensions augmentent rapidement suggère la
malignité, comme c’est le cas du rhabdomyosarcome de l’enfant et de
l’adulte jeune ;
– l’existence d’une tumeur de petit volume, installée de longue date et non
gênante, ne permet pas d’affirmer la bénignité ;
– le lipome de l’adulte peut être volumineux, d’évolution lente et devenir
gênant sans pour autant être malin ;
– la tumeur est-elle douloureuse ? Existe t-il un syndrome d’aval ?
– plus que la nature bénigne ou maligne, c’est la situation anatomique et le
volume qui provoquent la gêne douloureuse par distension ou par
compression.
Ainsi, telle tumeur du creux poplité ou du mollet est-elle
découverte à l’occasion d’une pseudophlébite.
Telle autre, située à la racine
du membre inférieur, se manifeste par un oedème qui peut s’accompagner
d’une parésie ou d’une paralysie du nerf fémoral ;
– une masse de bonne taille, de croissance plutôt lente, peut n’entraîner
qu’une gêne modeste sans syndrome d’aval.
Toutefois, sa localisation à la
fesse ou dans la loge des adducteurs entraîne un inconfort à la station assise
ou à la marche ;
– les tumeurs des gaines nerveuses sont habituellement douloureuses,
accompagnées de paresthésies sur le trajet du nerf ;
– y a-t-il des antécédents traumatiques ?
– un traumatisme pénétrant, récent ou ancien, peut être la cause d’un
hématome en voie d’organisation, d’un faux anévrisme ou d’une collection
suppurée ; une intervention orthopédique, comme une ostéotomie tibiale
proximale, peut être à l’origine d’une complication vasculaire à type de
fistule artérioveineuse ou de faux anévrisme, constituant une
pseudotumeur ;
– un traumatisme unique ou des traumatismes itératifs non pénétrants
peuvent induire une pseudotumeur à type de myosite ossifiante
circonscrite, caractérisée par un syndrome douloureux d’allure
inflammatoire pendant les premières semaines de son installation ;
– y a -il des antécédents néoplasiques ?
– les localisations secondaires dans le muscle, le tissu cellulaire souscutané
et la peau des cancers du poumon, du tractus digestif, du rein, du
sein, voire des lymphomes ou des ostéosarcomes, ne sont pas
exceptionnels.
Il s’agit soit de la première manifestation de la maladie
cancéreuse, soit d’une découverte du bilan d’extension ou de réévaluation.
Ces métastases de carcinomes peuvent parfaitement simuler une tumeur
primitive des tissus mous ;
– certaines tumeurs cutanées récidivantes peuvent poser la question du
diagnostic différentiel avec les tumeurs superficielles des tissus mous ;
– l’absence d’antécédents peut être trompeuse. Presque une fois sur deux,
le diagnostic initial du syndrome d’immunodépression acquise (sida) est
fait par biopsie de lésions kaposiennes chez des sujets jeunes en pleine
santé apparente.
Il s’agit de lésions cutanées polymorphes du membre
supérieur et de la cavité buccale ; les localisations au membre inférieur sont
plus rares et peuvent concerner le chirurgien, lorsqu’elles prennent l’allure
de faux ongles incarnés ou de faux botryomycomes.
B - Examen physique
:
Il étudie le site et la région anatomique, les aires ganglionnaires satellites, les
trajets vasculaires et nerveux.
Il apprécie l’état de la peau, la profondeur, la
consistance et le volume de la tumeur.
Comme l’écrivent Enziger etWeiss, il
n’y a pas de constatations sûres tirées de l’examen clinique qui permettent de
conclure entre bénignité et malignité ; toutefois il y a des signes à rechercher
et des pièges à éviter.
Les lésions qui sont de consistance solide et de siège profond c’est-à-dire
situées sous le fascia de l’enveloppe musculaire, qui atteignent plusieurs
centimètres de diamètre (plus de 5 cm pour les auteurs américains), doivent
être considérées comme suspectes de malignité.
Les lésions superficielles, petites et mobiles, ne sont pas a priori bénignes.
À
la main, par exemple, le sarcome épithélioïde ou le sarcome à cellules claires
se présentent comme une tuméfaction nodulaire sur une gaine tendineuse
pouvant simuler, avant de s’ulcérer, un nodule rhumatoïde ou un granulome à
corps étranger.
Au genou, le synovialosarcome peut prendre les allures
trompeuses d’un banal kyste poplité.
On pourrait s’attendre à ce que certaines tumeurs du mollet ou de la cuisse,
qui atteignent couramment le volume respectable d’une orange, d’un
pamplemousse, voire plus, soient fixées aux plans profonds.
Quoique
malignes, ces tumeurs sont généralement mobilisables dans les espaces
anatomiques qu’elles occupent, parce qu’elles sont contenues dans une pseudocapsule.
Celle-ci est objectivée par l’imagerie et, en l’absence de
biopsie préalable, on risque d’être tenté par l’énucléation de cette tumeur
encapsulée et d’en tirer la fausse impression « d’avoir tout enlevé ».
Les lipomes superficiels sont classiquement mous à la palpation ; les anciens
auteurs enseignaient qu’ils durcissent quand on leur applique une vessie de
glace pendant un certain temps.
Les lipomes profonds, intra- ou
intermusculaires ont une consistance beaucoup moins molle.
Les tumeurs desmoïdes des extrémités sont fermes, parfois dures, non
mobilisables du fait des empreintes qu’elles impriment au segment osseux et
qui les fixent à lui.
Les patients porteurs de lésions angiomateuses se plaignent, plutôt que d’une
masse précise, d’un gonflement douloureux dans une zone donnée du membre
inférieur, électivement en station debout prolongée ou à l’effort.
L’exploration réalisée en position couchée ne retrouve pas la tuméfaction
symptomatique qui peut toutefois se reproduire après la pose d’un garrot.
Aux extrémités digitales, la douleur d’une tumeur glomique peut être
localisée avec la pointe d’un crayon (signe de Love) ; ce signe disparaît sous
garrot (signe de Hildreth).
La percussion d’une tuméfaction siégeant sur le trajet d’un nerf provoque une
douleur irradiant le long du trajet nerveux, très évocatrice d’une lésion des
gaines ; il est rare en revanche de constater un déficit sensitif ou moteur.
La transillumination est utile dans l’examen d’une tumeur superficielle pour
distinguer la nature solide ou liquide de son contenu.
Enfin, la palpation des aires ganglionnaires recherche un envahissement,
comme on peut l’observer dans les sarcomes synoviaux ou épithélioïdes, ainsi
que dans les rhabdomyosarcomes.
Il peut s’agir aussi de la manifestation d’un
lymphome ou de la résurgence d’un mélanome dont le traitement est ancien,
que le patient a oublié mais dont on retrouve la cicatrice d’exérèse.
Imagerie :
L’imagerie moderne est incontournable pour le diagnostic, le traitement et la
surveillance.
Elle repose principalement sur l’imagerie par résonance
magnétique nucléaire (IRM).
A - Radiographie standard :
Sa performance est médiocre tant et si bien qu’elle sert davantage de support
à l’interprétation des explorations de seconde intention.
Savoir reconnaître
une calcification, une ossification, une hypertransparence de type graisseux,
sont autant de signes discrets qu’il est utile de connaître pour faire une
synthèse diagnostique.
En fait, son rôle primordial est d’éliminer une tumeur
osseuse primitive, ce qui n’est pas toujours évident si l’on sait que de
nombreuses tumeurs des parties molles peuvent s’accompagner de lésions de
la surface osseuse (réaction périostée et érosion de la corticale externe).
B - Échographie
:
Son accessibilité et son coût peu élevé en font une indication idéale pour les
tumeurs superficielles.
La résolution des échographes modernes est de l’ordre
de 0,5 mm pour des capteurs de 5 MHz.
Dans ce sens, l’échographie est à
même de répondre instantanément si une tuméfaction clinique correspond ou
non à un syndrome tumoral.
L’étude structurale permet de définir des lésions
kystiques d’allure liquidienne, des tumeurs solides et des tumeurs mixtes.
L’échodoppler couleur est recommandé quand on suspecte une lésion
angiomateuse comme l’angiomyolipome.
Le diagnostic étiologique est, dans
la grande majorité des cas, impossible, voire non souhaitable.
Les biopsies échoguidées sont particulièrement appréciables pour les tumeurs de petites
tailles qui échappent à la palpation clinique.
C - Scanner et angiographie
:
Les indications du scanner volumique sont les tumeurs de grande taille, les
tumeurs des ceintures, les tumeurs à localisation thoracoabdominale.
Le bilan
des tumeurs périphériques, au-delà des genoux et des coudes, est globalement
décevant, voire ininterprétable en raison des artefacts scanographiques induits
par la masse osseuse d’une part, de la pauvreté des plans de glissement et des
fascia graisseux d’autre part.
L’analyse des densités permet d’identifier des
composantes de nature graisseuse (densité inférieure à - 80 UH, unités
Hounsfield) de nature liquidienne (densités proches de 0 UH) et de nature
tissulaire (densité supérieure à 30 UH).
Le scanner est particulièrement
indiqué pour la mise en évidence des éléments calciques, comme la
calcification arciforme liminale d’un synovialosarcome, l’ossification
périphérique en « collerette » d’une myosite ossifiante, l’ossification centrale
d’un ostéosarcome des tissus mous, les phlébolithes d’une malformation
vasculaire.
L’injection intraveineuse de produit de contraste iodé est
indispensable en cas de suspicion de tumeur maligne (gros volume tumoral,
aspect inhomogène).
Le rehaussement de la tumeur est en faveur d’une lésion
sarcomateuse, le rehaussement périphérique traduit la présence d’une capsule
ou d’une pseudocapsule, éléments qu’il conviendra de préciser par une
angiographie.
En revanche, si l’injection de produit de contraste est sans effet,
on peut raisonnablement se passer de l’angiographie.
En cas de doute,
l’angiographie précisera la situation exacte de la tumeur par rapport aux axes
vasculaires. Quoiqu’il en soit, les images du scanner sont aspécifiques.
Elles
n’autorisent pas de diagnostic étiologique (sauf quelques rares cas tel que le
lipome), ne permettent pas de trancher entre lésion bénigne et maligne, enfin
elles ne garantissent pas les limites du bilan d’extension.
D - Imagerie par résonance magnétique nucléaire
:
L’IRM est la dernière-née des investigations d’imagerie et se positionne déjà
comme le gold standard en matière de bilan diagnostique.
L’analyse des
composants physicochimiques, qui conditionnent l’aspect macroscopique
d’une tumeur (graisse, sang, eau, collagène), est bien plus précise qu’au
scanner.
Pour autant, elle ne permet pas le diagnostic étiologique, sauf cas
particulier.
En revanche, l’extrême sensibilité de l’IRM permet
d’apprécier la taille, les contours, l’extension locorégionale, les rapports avec
les structures neurovasculaires, la nécrose intratumorale.
L’injection
intraveineuse de produit de contraste à effet paramagnétique donne une idée
précise de la dynamique tumorale (type de vascularisation, degré de cellularité, pourcentage de nécrose).
Sur le plan pratique, il convient de
réaliser de façon systématique des séquences en pondération T1 et T2 dans au
moins deux plans perpendiculaires.
Les séquences en pondération T1, avec
suppression du signal de la graisse et injection de produit de contraste, sont
particulièrement appréciées dans le cadre du bilan d’extension locorégionale.
La suspicion de malignité est évoquée devant l’association des signes
suivants :
– un signal inhomogène en T1 ;
– l’absence d’hyposignal en T2 ;
– une taille supérieure à 33 mm ;
– la présence de nécrose tumorale.
En revanche, les limites de la tumeur, nettes ou imprécises, sont sans
corrélation avec le caractère bénin ou malin de la tumeur.
Il va de soi que ces explorations doivent précéder tout acte de biopsie ou
tentative d’exérèse.
E - Imagerie postopératoire
:
Le suivi thérapeutique est indispensable pour les tumeurs malignes et les
tumeurs localement agressives. Les méthodes de choix en matière de tumeurs musculosquelettiques sont l’échographie et l’IRM.
L’échographie en haute
résolution est parfaitement apte à déceler les premiers signes de récidive
tumorale.
On lui préfère cependant l’IRM et plus particulièrement l’IRM
dynamique avec soustraction.
Cette technique a pour avantage la distinction
entre récidive vraie et pseudotumeur inflammatoire.
Sur un plan pratique on
commence par une séquence pondérée T2 à la recherche d’un hypersignal (à
considérer comme pathologique).
On poursuit alors l’examen par une
séquence rapide en pondération T1, que l’on répète plusieurs fois après
injection de produit de contraste pour évaluer dans le temps la prise de
contraste dans la tumeur.
Une prise de contraste précoce (dès la première
minute) plaide pour une récidive tumorale.
À l’inverse une prise de contraste
tardive est en faveur d’une pseudotumeur inflammatoire (fibrose
hypertrophique plus ou moins bien vascularisée).
Biopsie :
C’est le dernier examen complémentaire et le seul qui permette de poser le
diagnostic exact et de fixer la conduite thérapeutique.
Il faut savoir l’expliquer
au patient pour qu’il en accepte les contraintes en connaissance de cause.
La biopsie à l’aiguille consiste à prélever une carotte de tissu de l’ordre de
1 X 10 mm.
Elle implique que le chirurgien et le pathologiste soient rompus à
cette technique.
Elle a l’avantage, pour le patient, d’être faite sous anesthésie
locale et en ambulatoire pour des tumeurs palpables et superficielles, mais elle
peut aussi être réalisée pour des masses profondes et d’abord chirurgical
difficile, grâce au repérage par le scanner dans le cadre de la radiologie interventionnelle.
On admet un taux de réussite d’environ 90 % ; en cas
d’échec, la biopsie ouverte est nécessaire.
La biopsie chirurgicale a pour objectif de prélever un fragment de tissu en
« quartier d’orange », d’un volume approximatif de 1 cm3, offrant au
pathologiste un échantillon représentatif de la tumeur, suffisant pour élaborer
le diagnostic et évaluer le grade.
Cette technique est la plus performante et le
plus souvent préférée.
Pour le patient, elle a l’inconvénient de nécessiter une
anesthésie générale ou locorégionale et une hospitalisation, même de courte
durée.
Elle doit être planifiée sur les données topographiques de la palpation
et de l’imagerie, et toujours tenir compte de la chirurgie d’exérèse ultérieure,
au cours de laquelle le trajet de biopsie et l’éventuel trajet de drainage seront
inclus dans la voie d’abord et excisés.
La biopsie chirurgicale obéit à des
règles strictes :
– garrot temporaire après surélévation du membre, sans utiliser de bande
d’Esmarch ;
– incision courte dans l’axe du membre ;
– abord direct de la tumeur, après incision de l’aponévrose et discision des
fibres musculaires, par incision de la pseudocapsule sans ouvrir les espaces
anatomiques voisins afin de ne pas les contaminer ; le prélèvement doit
porter sur le tissu vivant périphérique et non sur le centre de la tumeur, souvent
nécrosé et de peu d’intérêt pour le pathologiste.
Hémostase rigoureuse après
levée du garrot, par coagulation et recours aux adjuvants hémostatiques ;
– pas de drainage dans la mesure du possible, sinon pose d’un drain aspiratif
qui fait issue à la peau à 1 cm de l’extrémité de la cicatrice et dans l’axe de
celle-ci ;
– fermeture aux points séparés de la pseudocapsule, du fascia, du tissu
cellulaire sous-cutané et de la peau ;
– pansement compressif et repos strict pendant 24 à 48 heures.
Si les conditions locales le permettent, le prélèvement frais est apporté par le
chirurgien ou son assistant au pathologiste qui prend également connaissance
des données de l’anamnèse, de la clinique et de l’imagerie.
Ailleurs, le
prélèvement est conditionné dans la solution adéquate et rapidement
acheminée.
La biopsie-exérèse est une tactique d’exérèse aveugle, uniquement basée sur
les données macroscopiques, qui aboutit à l’ablation économique d’une
tumeur encapsulée, sans incidence péjorative quand la lésion est bénigne.
Il
n’est malheureusement pas rare que l’incision de biopsie ou de biopsieexérèse
soit inadéquate.
C’est la raison pour laquelle elle est réservée
aux tumeurs superficielles qui apparaissent manifestement bénignes comme
le lipome ou le schwannome.
En dehors de ces cas de figure banals les
plus fréquents, il faut savoir quelle conduite adopter en présence d’une tumeur
sous-cutanée de consistance ferme, de la taille d’une noisette, apparue depuis
quelques mois et augmentant insensiblement de volume chez une personne
d’une cinquantaine d’années.
Pareil tableau risque de constituer un piège et la biopsie-exérèse, contre-indiquée, aurait révélé que l’ablation jugée
macroscopiquement complète était en fait inadéquate sur le plan
microscopique, s’agissant d’une tumeur conjonctive maligne de l’espace
sous-cutané.
La solution réside dans la biopsie, en utilisant une aiguille
adaptée à la taille de la tumeur.
A - Données anatomopathologiques
:
Dans la prise en charge des tumeurs des tissus mous, le pathologiste intervient
à deux étapes.
Il lui revient tout d’abord de typer la lésion de la façon la plus
précise possible sur ponction-biopsie ou sur biopsie chirurgicale, la
cytoponction étant insuffisamment informative dans ce domaine.
Par la suite,
sur la pièce d’exérèse chirurgicale, il est amené à effectuer un échantillonnage
tissulaire en vue d’analyses complémentaires éventuelles, à établir un
diagnostic définitif, à déterminer l’extension tumorale et en particulier la
qualité des berges de la pièce d’exérèse et, enfin, à formuler un maximun de
facteurs pronostiques établis.
B - Fragment biopsique :
La ponction-biopsie est avant tout un acte préopératoire, mais qui peut
également s’envisager en peropératoire, afin d’atteindre une zone tumorale
profonde.
Dans les deux cas, le matériel tissulaire obtenu est de petite taille et
provient d’une zone tumorale restreinte, posant en cela le problème de sa
représentativité : le tissu rapporté provient-il vraiment de la tumeur et si oui,
est-il représentatif de l’ensemble de la tumeur ?
Afin de limiter le degré
d’incertitude, l’image histologique est à confronter aux données de l’imagerie
médicale et de la clinique.
Une biopsie chirurgicale, par essence contrôlée par la vue, règle en principe
la question de la représentativité du prélèvement face à la lésion, mais n’est
pas forcément représentative de la masse tumorale.
Cela peut conduire à sousestimer
l’agressivité d’une tumeur maligne hétérogène.
Dans le cadre d’un acte opératoire à visée purement diagnostique et non
thérapeutique, l’examen extemporané d’un fragment chirurgical ou d’un
fragment de ponction-biopsie peropératoire n’a pour objet que de valider au
besoin la représentativité du prélèvement.
C - Pièce d’exérèse
:
Elle devrait parvenir au pathologiste fraîche et non fixée, dans des délais les
plus courts possible.
Il est également important qu’elle parvienne intacte, non
incisée, avec suffisamment de repères topographiques ; idéalement,
l’orientation doit être faite par le chirurgien, qui précise par ailleurs le type
d’exérèse réalisée : simple, élargie, compartimentale, radicale ou amputation.
1- Examen macroscopique :
La pièce est mesurée et les différents types de tissus qu’elle comporte, décrits
en détail.
Les limites d’exérèse les plus proches de la tumeur sont marquées à
l’encre de Chine, ou mieux encore, à la pâte à tatouer en utilisant au besoin
des couleurs différentes.
Après incision de la pièce, la description de la tumeur
précise sa taille, sa localisation, ses rapports ou son extension aux structures
adjacentes, sa consistance, sa couleur, son aspect, la présence de nécrose et sa
proportion par rapport au tissu tumoral.
Il convient aussi de rechercher la
présence de nodules tumoraux à distance, de mesurer la distance entre la
tumeur et les limites de l’exérèse, de décrire l’éventuel trajet de biopsie.
Avant
de fixer la pièce, la réalisation d’une iconographie, à caractère didactique ou
médico-légal, est utile.
2- Gestion de l’échantillonage
:
Des prélèvements de tissu tumoral frais sont effectués pour caryotype et
analyse de biologie moléculaire, à la recherche d’anomalies caractéristiques
de certains types tumoraux.
Du tissu frais peut également servir à une analyse
par cytométrie en flux de la ploïdie et de la phase S.
La pièce est ensuite
plongée dans un liquide fixateur standard pendant 24 à 48 heures, selon sa
taille. Les fixateurs contenant de l’acide picrique, comme le liquide de Bouin,
sont à éviter, car ils empêchent les analyses de biologie moléculaire sur tissu
fixé.
Pour être représentatifs, les prélèvements histologiques doivent
intéresser toutes les régions macroscopiquement différentes, à raison d’un
bloc d’inclusion par centimètre de grand axe de tumeur, ainsi que les berges
les plus proches de la tumeur, leur localisation étant soigneusement
répertoriée.
3- Limites d’exérèse :
Il est admis qu’il faut identifier toutes les limites d’exérèse situées à moins de
1 cm du tissu tumoral (exérèse marginale), en précisant cette distance.
A
fortiori, une section chirurgicale envahie par la tumeur (exérèse intralésionnelle) ou un plan de clivage séparé de la tumeur par une simple
lame fibreuse, doit être mentionnée et sa localisation précisée ; en revanche,
une aponévrose est considérée comme une limite naturelle de la tumeur.
D - Examen histologique :
Dans le diagnostic des tumeurs des tissus mous, la communication des
documents radiographiques aide à préciser les rapports de la lésion avec son
environnement.
La connaissance de la durée d’évolution et de l’évolutivité,
les antécédents et la notion d’un traitement préalable sont par ailleurs
indispensables.
1- Histologie standard à la coloration par l’hématoxyline-éosine
:
L’architecture de la prolifération tumorale, sa vascularisation, l’aspect des
cellules tumorales, la présence d’atypies nucléaires, la fréquence des mitoses,
le caractère du stroma tumoral (myxoïde, ostéogène, collagène, etc) et des
cellules d’accompagnement (contingent inflammatoire, cellules géantes
multinucléées, etc) vont, dans la plupart des cas, permettre de :
– dire si la tumeur est bénigne ou maligne en évitant le piège des tumeurs
bénignes pseudosarcomateuses et des pseudotumeurs inflammatoires ;
– typer les sarcomes les mieux différenciés ;
– grader les sarcomes.
2- Grade histologique :
Parmi d’autres systèmes de gradation histologique validés, le plus utilisé en
France est celui de la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer
(FNCLCC).
Il prend en compte trois critères : la différenciation tumorale,
le nombre de mitoses et la proportion de nécrose tumorale.
La différenciation
est cotée 1 pour les sarcomes qui ressemblent au tissu normal, 2 s’ils s’en
écartent tout en permettant un typage histologique certain et 3 pour les
sarcomes de typage incertain, les sarcomes indifférenciés et les sarcomes
embryonnaires.
Certaines tumeurs, même si leur typage est certain, comme
par exemple le synovialosarcome ou le sarcome d’Ewing, sont cotés 3 dans
cette rubrique.
Le nombre de mitoses compté dans les zones les plus actives
est établi sur dix champs consécutifs à fort grossissement (X 400) ; le score
allant de 1 (0 à 9 mitoses) à 3 (20 mitoses et plus).
La nécrose est chiffrée 0
(pas de nécrose), 1 (50 % ou moins de la surface tumorale examinée) ou 2
(plus de 50 %).
Par addition de ces scores, un grade I correspond à un score
global de 2 ou 3, un grade II à un score global de 4 ou 5 et un grade III à un
score global de 6 à 8.
3- Étude immunohistochimique :
Elle occupe actuellement une place importante dans le typage lésionnel.
E - Compte rendu :
Il fait apparaître le site et la localisation de la tumeur, son type histologique
(étant entendu qu’environ 10 à 15 %des STM restent inclassés), sa taille, son
grade (en précisant à quel système de gradation l’on se réfère) et enfin la
distance minimale entre la tumeur et la limite d’exérèse chirurgicale dûment
localisée.
Bases du traitement chirurgical
:
Elles sont simples pour les tumeurs dont la bénignité est certaine ; l’exérèse
chirurgicale extracapsulaire permet d’enlever la totalité de la tumeur et
d’apporter toutes les chances de guérison.
Certaines tumeurs considérées
comme bénignes, telles les tumeurs desmoïdes assez bien circonscrites mais
non encapsulées, sont connues pour avoir un potentiel local et régional
envahissant et récidivant ; le traitement chirurgical de ces lésions obéit aux
mêmes règles que celles des tumeurs malignes.
A - Notion de compartiment :
Cette notion a été introduite par Enneking en 1980 dans le but de pouvoir
comparer les séries cliniques et ensuite de proposer une stratégie chirurgicale
adéquate face aux tumeurs malignes de l’appareil locomoteur.
Un
compartiment est défini comme une structure anatomique limitée par des
barrières naturelles capables de s’opposer à la progression de ces tumeurs.
À
l’os, c’est la corticale, le front du cartilage de croissance et le cartilage
articulaire ; à l’articulation, le cartilage et la capsule articulaire. Dans les
parties molles ce sont les aponévroses ou fascias et les cloisons
intermusculaires ainsi que les insertions et terminaisons tendineuses des
muscles.
Un muscle constitue une entité compartimentale ; plusieurs muscles
concourant à la même fonction représentent un compartiment plus vaste, ou
loge, comme la loge postérieure superficielle de la jambe, par exemple.
Il en va de même des loges antérieure et postérieure de la cuisse ainsi que de
celles du bras et de l’avant-bras.
La peau, le tissu cellulaire sous-cutané et le
fascia profond constituent plus un espace anatomique qu’un véritable
compartiment, faute de limites latérales.
Entre les compartiments musculaires
et au voisinage des articulations, se situent des espaces anatomiques lâches,
constitués de tissu adipeux et occupés par les paquets vasculonerveux
contenus dans leur propre gaine.
Le triangle de Scarpa, le creux poplité, la
région claviculaire, le creux axillaire, représentent des espaces anatomiques extracompartimentaux.
Histoire naturelle des sarcomes des tissus mous
Sur le plan macroscopique, ces tumeurs tendent à croître de façon centrifuge,
mais leur progression est fonction du site anatomique d’origine.
Quand elles
se situent dans une structure longitudinale comme le muscle, leur extension
s’effectue selon le grand axe de celui-ci, tandis que fascia et cloisons
intermusculaires contribuent à les contenir circonférentiellement.
Lorsqu’elles prennent leur origine dans un espace anatomique ou bien
qu’elles deviennent extracompartimentales, ces tumeurs disposent de plus de
place pour se développer, progresser vers le compartiment osseux et la gaine
des troncs vasculaires et nerveux.
Dans l’espace sous-cutané où le
fascia s’oppose à l’envahissement profond, la tumeur progresse latéralement
dans le tissu conjonctivoadipeux de surface.
Sur le plan microscopique, les tumeurs bénignes sont classiquement
contenues dans une capsule bien individualisée.
On s’accorde, avec Enneking, pour décrire à la périphérie des néoplasmes malins une
pseudocapsule. Celle-ci est composée de deux zones distinctes : la zone
compressive profonde et la zone réactive superficielle.
La première est
constituée par les structures normales de voisinage et par du tissu
inflammatoire agencés en couches aplaties et concentriques.
La seconde est
faite d’un tissu inflammatoire, oedémateux et riche en néovaisseaux.
Les deux
couches de la pseudocapsule sont le siège de microlésions appelées satellites ;
en outre, le tissu sain au-delà de la pseudocapsule, peut être colonisé par des
microlésions à distance ou skip, d’autant plus qu’il s’agit d’un sarcome de
haut grade de malignité.
B - Marges ou limites chirurgicales
:
Elles sont définies en fonction des données précédentes.
L’exérèse est intralésionnelle lorsque la tumeur est ouverte au cours de la
dissection avec, comme conséquence, la contamination du site opératoire par
des résidus macroscopiques, qui sont à l’origine d’un taux élevé de récidives
locales, de plus de 60 % selon Capanna.
Dans la biopsie chirurgicale, la
tumeur est intentionnellement ouverte par un abord direct et sans
contamination des autres plans anatomiques ; d’ailleurs il est exceptionnel
que l’examen histologique des trajets de biopsie systématiquement excisés
révèle la présence de lésions tumorales.
L’excision est marginale quand la tumeur est enlevée macroscopiquement en
totalité et sans l’ouvrir, mais que le plan de dissection est très proche de la pseudocapsule pouvant passer dans la zone réactive, avec le risque de laisser
en place des lésions microscopiques satellites, point de départ des récidives
locales qui surviennent dans près de 50 % des cas.
L’exérèse est large chaque fois que la masse tumorale est retirée en totalité
avec sa pseudocapsule et un manchon de tissu sain circonférentiel à l’intérieur
du compartiment anatomique et non pas en dehors de lui.
C’est une résection
en bloc qui ne permet pas d’exclure d’éventuelles skips, surtout s’il s’agit d’un
sarcome de haut grade de malignité ; le risque de récidive locale est estimé
entre 15 et 30 %.
L’exérèse est radicale ou compartimentale quand sont éradiqués la tumeur, sa
pseudocapsule et l’ensemble du compartiment qu’elle occupe, y compris les
fascias, les cloisons, les terminaisons et les insertions musculaires.
Le risque
de récidive locale est très bas, aux alentours de 2 %.
C - Remarques :
Les marges anatomopathologiques des exérèses obéissent aux mêmes
critères, que le traitement local soit conservateur ou mutilant : cela signifie
qu’une amputation ou une désarticulation n’est pas obligatoirement radicale
ou large ; elle peut être marginale ou intralésionnelle.
L’exérèse large implique de laisser en place une couronne de tissu sain autour
de la pseudocapsule, sans que toutefois l’on sache avec précision quelle
devrait être l’épaisseur de ce manchon de sécurité.
La myomectomie totale, qui doit s’étendre depuis la terminaison tendineuse
jusqu’à l’insertion musculaire d’origine, dans le sens longitudinal, et qui
inclut les cloisons dans le sens transversal, constitue l’illustration de l’exérèse compartimentale considérée comme radicale.
Si la tumeur est contenue
dans le corps charnu et de petite taille, on considère que la chirurgie est
suffisante.
En revanche, si la tumeur est volumineuse et entre en contact avec
la cloison anatomique, la radiothérapie complémentaire est indiquée sinon
discutée.
En ce qui concerne la reconstruction après myomectomie,
si la fonction du muscle éradiqué n’est pas compensée par les suppléances
naturelles, elle peut être restaurée, surtout chez les sujets jeunes, par
transplantation microchirurgicale, par exemple, au moyen du lambeau de
grand dorsal pour le deltoïde ou le quadriceps.
Compte tenu de la propension à l’envahissement latéral et sous-cutané des
sarcomes suprafasciaux, leur exérèse doit être large, emportant en profondeur
le fascia et une partie du muscle sous-jacent, en superficie une couronne de
tissu apparemment sain, distante de l’ordre de 5 cm des pôles de la tumeur
repérés par la palpation ; en cas de récidive ou d’exérèse incomplète,
la reprise chirurgicale nécessite une excision plus large, le contrôle par
examen histologique extemporané des berges, et la couverture par lambeau.
Les problèmes d’exérèse les plus difficiles concernent les tumeurs extracompartimentales, quand elles atteignent l’os, les troncs vasculaires et
nerveux.
L’os peut être pelé en sous-périosté, sa corticale réséquée
tangentiellement avec ou sans greffe de comblement.
En cas de compression
extrinsèque vasculaire ou nerveuse, le plan de dissection emporte avec la
tumeur la gaine de ces structures, ce qui permet de conserver les troncs
principaux, même si l’on est obligé de sacrifier un certain nombre de leurs
branches.
Si les vaisseaux ou les nerfs sont englobés par la tumeur, ils doivent
être réséqués avec elle, que la chirurgie devienne mutilante ou reste
conservatrice.
La réparation vasculaire est possible, la restauration nerveuse
également, mais avec un taux de réussite d’autant plus faible que le sujet est
âgé.
Faut-il adopter une attitude maximaliste, pour une chirurgie large voire
radicale avec restauration vasculaire, nerveuse et musculaire, comme le
propose Capanna ou bien rester plus conservateur et nuancé ?
Il n’y a pas
de consensus et les cas d’espèce sont nombreux et diversifiés.
Sans aucun
doute, il faut savoir qu’en matière de sarcomes extracompartimentaux la
chirurgie d’exérèse est difficile et qualitativement inégale : elle peut être large
dans un sens et marginale dans un autre.
C’est la raison pour laquelle elle doit
être complétée par la radiothérapie, qu’elle contribue à rendre plus efficace.
Radiothérapie :
La résection chirurgicale a été, et reste encore, la pièce maîtresse du traitement
local des STM de l’adulte.
En effet, dès 1924, Claudius Regaud de l’Institut
du radium de Paris considérait que les fibrosarcomes étaient peu
radiosensibles et que la radiothérapie ne devait être préconisée que si la
réalisation d’une exérèse s’avérait impossible.
Cette attitude univoque a été
unanimement reconnue jusque vers les années 1980, époque à laquelle
Suit
rapportait une série de 79 patients traités par chirurgie conservatrice et
radiothérapie dont les résultats, en termes de récidive locale, étaient
superposables à ceux des séries chirurgicales comportant une amputation.
Depuis cette époque et sauf pour les petites tumeurs de bas grade,
l’association chirurgie et radiothérapie est devenue le standard du traitement
local, bien que de nombreuses questions demeurent.
A - Radiosensibilité et réponse des sarcomes à l’irradiation
:
La radiosensibité des cellules mésenchymateuses, mesurée in vitro, ne diffère
guère de celle des cellules épithéliales.
Ceci a été confirmé par les études
animales et les études cliniques qui ont permis d’établir que la dose nécessaire
au contrôle local des sarcomes n’était pas très différente de celle administrée
aux tumeurs épithéliales, à volume tumoral équivalent.
En revanche, plus les
tumeurs sont volumineuses, ce qui est très souvent le cas pour les sarcomes
des tissus mous, plus leur compartiment hypoxique est important et plus
importante sera leur radiorésistance.
B - Principes :
La radiothérapie des sarcomes des tissus mous est relativement bien codifiée
et ses modalités pratiques essentiellement déterminées par le siège de la lésion
qui conditionne également les possibilités et la qualité de l’exérèse
chirurgicale.
La radiothérapie peut être employée en pré-, per-, et
postopératoire mais, quelle qu’en soit la modalité, certains principes doivent
être respectés :
– le volume-cible doit être défini avec la plus grande attention par le
radiothérapeute avec le radiologue et le chirurgien, dans le cadre de
confrontations pluridisciplinaires ;
– les structures ou organes critiques doivent être positionnés par rapport au
volume tumoral et les doses maximales tolérables par ces structures
déterminées au préalable ;
– afin de prévenir l’apparition de troubles fonctionnels invalidants il faut, en
fonction du siège de la tumeur et de la qualité de l’exérèse, définir un, voire
plusieurs volumes partiels qui sont irradiés à des paliers de dose différents ;
– l’irradiation se fait après mise en place d’un système de contention efficace
et facilement reproductible tout au long du traitement ;
– la dosimétrie 2D ou 3D faite sur coupes scanographiques relevées en
position de traitement est indispensable pour obtenir l’adéquation entre le
volume cible et le volume irradié, grâce à l’utilisation de portes d’entrée
multiples et de collimateurs multilames ;
– la qualité de l’irradiation est vérifiée avant sa mise en oeuvre au simulateur,
puis de manière itérative en cours de traitement, soit par des gammagraphies,
soit par des contrôles quotidiens à l’imageur électronique.
C - Radiothérapie postopératoire
:
C’est la modalité d’irradiation la plus courante ; elle doit débuter le plus
rapidement possible après la chirurgie, un délai optimal de 2 à 4 semaines
étant généralement admis.
Certaines irradiations peuvent encore être
effectuées au cobalt 60 (énergie : 1,25 MV), mais les photons ou les électrons
des accélérateurs linéaires, qui permettent d’irradier de plus grands volumes,
avec une plus grande précision et un meilleur contrôle de la qualité de
l’irradiation et avec des énergies supérieures à 4 MV, sont actuellement les
plus utilisés.
Aucune étude randomisée n’a donné le niveau de dose optimal après chirurgie
et la tendance actuelle est d’administrer des doses totales de l’ordre de 60 à
70 Gy avec des fractions de 180 à 220 cGy, en recommandant une irradiation
en deux ou plusieurs volume-cibles successifs :
– le volume-cible initial, le plus important, comprend tout le compartiment
anatomique ou, lorsqu’il est trop étendu, au minimum le lit tumoral avec des
marges longitudinales de 10 à 15 cmde part et d’autre des pôles de la tumeur ;
50 Gy sont appliqués dans ce volume initial en essayant d’éviter d’irradier
toute la circonférence du membre pour ne pas créer un lymphoedème distal.
Ce volume englobe aussi la totalité des cicatrices et des orifices de drainage
chirurgicaux ;
– le volume-cible final, souvent dénommé « volume-cible réduit », encadre
strictement la zone de risque majeur de récidive locale, à savoir le site tumoral
avec une marge restreinte à 2 cm dans toutes les directions.
Dans ce volume
final, la dose prescrite est fonction de la qualité de l’exérèse : pour des marges
saines, la dose globale est de 60 à 65 Gy selon la taille initiale de la tumeur ;
pour des marges positives, microscopiquement envahies, la dose est comprise
entre 66 et 70 Gy et dans le cas d’une résection insuffisante avec reliquat
macroscopique, une dose de l’ordre de 75 Gy est requise.
Si la mise en place peropératoire de clips est fortement souhaitée pour délimiter le volume
tumoral, elle est absolument indispensable au radiothérapeute pour définir les
zones d’exérèse limite ou incomplète ;
– entre ces deux volumes extrêmes, sont finalisés, lors de la dosimétrie
prévisionnelle, un ou deux volumes intermédiaires dont les marges de sécurité
sont progressivement réduites par paliers de 10 Gy, à partir de la dose de base
de 50 Gy, en respectant toutefois une marge minimale de 4 à 5 cm dans le
compartiment.
En respectant ces principes, les séquelles fibreuses et rétractiles restent
modérées et compatibles avec une vie normale ; les complications sévères
avec fracture pathologique, rétraction musculoaponévrotique et ulcération
cutanée sont devenues rares.
D - Curiethérapie
:
Parallèlement à la radiothérapie externe, la curiethérapie, généralement
effectuée à bas débit de dose à l’iridium 192, peut être envisagée dans le
traitement des sarcomes des tissus mous de l’adulte, en complément de la
chirurgie et en association ou non avec la radiothérapie externe.
La
curiethérapie permet une irradiation à doses élevées du lit opératoire et a pour
avantage l’absence de délai entre la chirurgie et l’irradiation, réduisant ainsi
la durée totale de la prise en charge thérapeutique ; la pose des vecteurs non
radioactifs se fait en fin d’intervention chirurgicale et le chargement des
sources radioactives de manière différée (entre 3 et 10 jours en général).
Les
principales indications de la curiethérapie sont les résections incomplètes
micro- ou macroscopiques, les récidives locales, les localisations du tronc qui,
anatomiquement, peuvent poser des problèmes de tolérance à l’irradiation
externe et les tumeurs non résécables.
La curiethérapie peut être utilisée seule
pour les petites tumeurs ou compléter une irradiation transcutanée,
garantissant ainsi un contrôle optimal en cas de résection carcinologiquement
non satisfaisante ; dans ce cas, la curiethérapie peropératoire délivre une dose
de 15 à 20 Gy dans le volume réduit et l’irradiation externe 45 à 50 Gy dans
l’ensemble du compartiment.
E - Radiothérapie préopératoire
:
Si l’approche postopératoire a pour avantages l’appréciation directe de
l’extension locale par le chirurgien et une étude anatomopathologique plus
aisée, certaines équipes obtiennent des taux de contrôle local comparables,
en utilisant la radiothérapie avant la chirurgie, notamment pour les tumeurs
de plus de 5 cm, avec cependant un taux de complications locales
postopératoires significativement plus élevé.
Cette radiothérapie
préopératoire peut éventuellement être combinée à une chimiothérapie par
voie systémique ou par voie intra-artérielle pour les sarcomes des membres.
F - Autres modalités :
La radiothérapie peropératoire, indication d’exception en raison des
contraintes liées à sa mise en oeuvre, trouve son indication quasi exclusive
dans le traitement des sarcomes rétropéritonéaux pour lesquels l’association
d’une radiothérapie per- et postopératoire semble améliorer le contrôle local
et diminuer les séquelles postradiques.
Cette irradiation intraopératoire repose sur l’application directe d’un faisceau
d’électrons, par l’intermédiaire d’un collimateur additionnel, au contact
même du lit opératoire.
En fonction de la qualité de l’exérèse, une dose de
10 à 25 Gy est administrée en une séance.Une irradiation externe est
secondairement effectuée à la dose de 35 à 45 Gy.
L’hyperfractionnement consiste en l’administration quotidienne de deux ou
trois fractions au lieu d’une seule habituellement, permettant ainsi
d’augmenter la dose et donc d’envisager un meilleur contrôle local, sans
augmenter notablement ni les complications immédiates ni les séquelles.
Il
s’agit d’une modalité d’irradiation surtout indiquée en cas de résection limite
ou incomplète et, de toute manière, à utiliser en cas de tumeur inopérable non
métastasée.
Les particules lourdes ont, par rapport aux photons, un transfert d’énergie
linéaire (TEL) plus important et sont donc réputées plus efficaces en présence
de tumeurs hypoxiques comme le sont généralement les tumeurs des tissus
mous.
Les neutrons ont été utilisés en traitement des sarcomes des tissus mous
inopérables avec un taux de contrôle local comparable à celui obtenu avec les
photons.
Radiosensibilisants, immunomodulateurs et chimiothérapie intra-artérielle,
associés à la radiothérapie, ont été expérimentés par quelques rares équipes
avec des résultats intéressants sans que ces modalités puissent être citées
comme références.
Chimiothérapie
:
A - Chimiothérapie adjuvante
:
La place de la chimiothérapie adjuvante dans le traitement des sarcomes des
tissus mous est encore mal définie, car très peu d’études ont pu démontrer son
efficacité jusqu’à présent.
La rareté de ces tumeurs, leur hétérogénéité
histologique et topographique, compliquent la réalisation des études et
l’analyse de leurs résultats.
De plus, la majorité des études comparatives ont
jusqu’à présent utilisé des doses d’anthracyclines, considérées de nos jours
comme insuffisantes et n’ont pas inclus l’ifosfamide, considéré aujourd’hui
comme un agent thérapeutique majeur des sarcomes des tissus mous.
De
surcroît, plusieurs études n’ont pas inclus que des patients à haut risque
métastatique (tumeur de haut grade et de taille supérieure à 5 cm) et ont de ce
fait diminué leur chance de mettre en évidence un bénéfice significatif de la
chimiothérapie adjuvante.
Parmi la quinzaine d’essais randomisés publiés
jusqu’à présent, seuls six ont démontré un bénéfice significatif en terme de
survie.
Il convient toutefois de noter qu’un essai récent s’adressant aux
sarcomes des extrémités de haut grade et de taille supérieure à 5 cm, a évalué
l’association de fortes doses d’épirubicine et d’ifosfamide avec facteur de
croissance hématopoïétique par rapport à un groupe contrôle sans traitement
adjuvant après chirurgie.
Après un recul médian de 2 ans, les résultats sont
très significativement en faveur du groupe traité, tant en ce qui concerne la
survie sans rechute, que la survie globale.
B - Chimiothérapie néoadjuvante
avec ou sans radiothérapie
:
Les progrès récents de la chimiothérapie des sarcomes des tissu mous, bien
que modestes, ont encouragé plusieurs équipes à s’engager, par analogie avec
la stratégie thérapeutique des ostéosarcomes, dans des essais de
chimiothérapie néoadjuvante, en particulier pour les tumeurs volumineuses
et de haut grade. Ses avantages théoriques sont multiples :
– traitement très précoce de la maladie micrométastatique ;
– en cas de réponse (30 à 50 % des cas), amélioration de la résécabilité ;
– diminution du risque de rechute locale.
En outre, à la différence de la chimiothérapie adjuvante qui est administrée à
l’aveugle, la chimiothérapie néoadjuvante permet une évaluation objective de
la chimiosensibilité de la tumeur, qui permet d’épargner au malade la
poursuite d’une chimiothérapie inefficace.
Les résultats de ces études
montrent que la chimiothérapie néoadjuvante permet une excellente
évaluation pronostique : ainsi, dans une série de STM de grade 3 volumineux
soumis à chimiothérapie néoadjuvante, le taux de survie à 5 ans est de 25 %
pour les non-répondeurs et de 65 % pour les bons répondeurs.
La chimiothérapie par voie artérielle à l’aide de melphalan, cisplatine,
doxorubicine, éventuellement couplée à l’administration de tumor necrosis
factor (TNF) et potentialisée par l’hyperthermie, permet un taux de réponse
plus important, évitant parfois le recours à l’amputation pour des tumeurs
initialement inopérables, mais au prix d’une toxicité plus élevée (thromboses
artérielles, dommages cutanés, musculaires, et nerveux, nécroses des
extrémités, infections et retards de cicatrisation, complications
cardiorespiratoires et rénales).
Ces perfusions isolées de membre constituent
une procédure pour l’instant expérimentale réalisée seulement par deux ou
trois équipes.
L’association de chimiothérapie et de radiothérapie concomitante
préopératoire est également utilisée pour augmenter le pourcentage de
chirurgie conservatrice dans les tumeurs évoluées.
C - Chimiothérapie curatrice
:
Compte tenu de la relative résistance des sarcomes des tissus mous aux agents
disponibles, la chimiothérapie a été longtemps réservée aux formes avancées,
inopérables ou métastatiques.
Dans le traitement des métastases, les agents
les plus efficaces sont la doxorubicine, qui permet en monothérapie un taux
de réponse (RR) de l’ordre de 25 %, l’ifosfamide (RR d’environ 20 %), le
déticène (RR d’environ 15 %) et à un degré moindre le méthotrexate.
Les sels
de platine sont d’un intérêt mineur et les nouveaux agents, tels que les taxanes
ou les inhibiteurs de la topo-isomérase, semblent peu efficaces chez les
patients résistants ou échappant aux drogues.
La combinaison de
ces drogues au sein de protocoles tels que CYVADIC, CYADIC, MAID ou
les associations à deux agents telles que doxorubicine-ifosfamide,
épirubicine-déticène, ou doxorubicine-déticène, permettent des taux de
réponse globale de l’ordre de 30 à 40 %, dont 5 à 15%seulement de réponse
complète.
Les taux les plus élevés sont obtenus dans les histiocytofibrosarcomes et les synovialosarcomes de l’adulte et dans les
rhabdomyosarcomes infantiles très sensibles à la chimiothérapie et relevant
de protocoles spécifiques, les plus faibles dans les angiosarcomes et les
léiomyosarcomes.
Malheureusement la médiane des rémissions est brève
(5 à 15 mois), le taux de rechute très élevé et seuls 30 % environ des patients
en réponse complète (soit moins de 5 % de la population traitée) survivent à
10 ans.
L’exérèse chirurgicale des métastases pulmonaires exclusives est
certainement indiquée et permet une survie à 3 ans de 20 à 40 %, le pronostic
étant corrélé au nombre de métastases, à l’intervalle libre jusqu’à leur
apparition et au temps de doublement.
Les réponses antitumorales à la
doxorubicine et à l’ifosfamide semblent dose-dépendantes et l’élaboration de
protocoles permettant de délivrer des intensités de dose élevées, le cas échéant
sous couvert de facteurs de croissance, permet d’obtenir des taux de réponse
de 45 à 65 %.
Facteurs pronostiques
:
Le pronostic des STM est globalement mauvais, avec une mortalité à 5 ans de
25 à 40 %, un risque de récidive locale de 15 à 30 %et de métastases de 20 %.
Les facteurs pronostiques les plus importants sont le grade
histologique, la taille de la tumeur et la qualité de l’exérèse chirurgicale.
Le staging proposé par Enneking repose sur le grade histologique, la nature
extra- ou intracompartimentale, l’existence de métastases ; celui de
l’American Joint Committee on Cancer for the Staging of Soft Tissue
Sarcoma intègre les notions de grade, de compartiment et l’existence
d’adénopathies ou de métastases.
En fait, plusieurs séries récentes de la
littérature ont mis en lumière d’autres facteurs pronostiques, qu’ils soient
intrinsèques, liés aux caractéristiques de la tumeur, ou extrinsèques liés
essentiellement au traitement réalisé.
A - Facteurs intrinsèques :
Âge du patient. La répartition des types histologiques selon l’âge n’étant pas
homogène, il est possible que l’âge n’intervienne qu’indirectement sur le
pronostic.
Toutefois, la survie à 5 ans n’est que de 70 % au-delà de 50 ans,
contre 80 % avant 50 ans.
Taille de la tumeur. Les tumeurs de grande taille sont fréquentes et ne sont pas
l’apanage des tumeurs profondes rétropéritonéales.
Sur plus de 1 000 cas,
41 % des tumeurs mesuraient moins de 5 cm, alors que 53 %mesuraient plus
de 5 cm, et même 25 % plus de 10 cm.
La taille n’est pas un facteur
prédictif de récidive locale ; en revanche, la survie à 5 ans sans métastases est
de 83,5 % pour les tumeurs de moins de 5 cm, contre 60 % seulement pour
celles qui mesurent plus de 10 cm.
Siège de la tumeur. Le siège superficiel ou profond de la tumeur n’apparaît
pas vraiment comme un facteur prédictif indépendant.
Il semble en fait que
les tumeurs superficielles soient plus volontiers de petite taille, diagnostiquées
plus rapidement.
Les tumeurs sous-cutanées semblent avoir un pronostic plus
favorable avec une survie à 5 ans de 90 % et à 10 ans de 85 %.
La
localisation à la main semble péjorative, quel que soit le type histologique.
Plus important serait le caractère intra- ou extracompartimental, mais il n’a
pas été toujours étudié ; de plus le staging est souvent difficile, puisque la
notion de compartiment ne peut pas être définie pour certaines localisations,
les tumeurs sous-cutanées par exemple, qui représentent environ 30 % des
tumeurs des parties molles.
Il semble enfin que, du moins pour les tumeurs de
haut grade, il n’y ait pas de différences de survie entre tumeurs intra- et extracompartimentales.
Type histologique. Les études divergent sur ce point et il ne semble pas y avoir
d’aussi grandes différences pronostiques selon l’histologie de la tumeur,
qu’en ce qui concerne les tumeurs osseuses.
Les récidives locales sont
fréquentes dans le groupe des tumeurs fibrosarcomateuses, parce qu’on y
inclut les tumeurs desmoïdes, dont le caractère récidivant est bien connu.
Les
tumeurs des gaines nerveuses sont également à fort risque de récidive locale.
Le risque de métastase serait plus important dans les léiomyosarcomes et plus
faible dans les liposarcomes.
Plus que le type histologique exact de la tumeur, il semble que des éléments
prédictifs puissent être tirés de l’étude de la vascularisation et de la nécrose
tumorale.
Grade. Le fait de grader une tumeur est une démarche pour évaluer le risque
métastatique.
Les tumeurs dites de bas grade étant définies par Enneking
comme donnant moins de 25 % de métastases, il est clair que le pronostic se
retrouve directement corrélé au grade histologique.
Les éléments sur lesquels
se fondent la classification sont les atypies cellulaires, les mitoses, la nécrose,
la vascularisation, la différenciation cellulaire.
Enneking ne retient que deux
groupes, bas et haut grades, fondés sur ces critères histologiques, alors que
l’American Joint Committee on Cancer for the Staging of Soft Tissue
Sarcoma en retient quatre, fondés essentiellement sur la différenciation
cellulaire.
La classification en bas et haut grades est critiquée par certains
anatomopathologistes pour son caractère par trop simplificateur.
La
classification proposée par la Fédération nationale des centres de lutte contre
le cancer est la plus utilisée en France.
Métastases. Parfois présentes d’emblée, elles assombrissent nettement le
pronostic.
Elles sont le plus souvent d’origine hématogène et touchent le poumon surtout, mais aussi l’os et le foie. Les liposarcomes donnent
volontiers des métastases rétropéritonéales, médiastinales ou sous-cutanées.
Les sarcomes des tissus mous sont peu lymphophiles à l’exception des
sarcomes épithélioïdes (25 %), des synovialosarcomes (15 %), et des
rhabdomyosarcomes (12 %), qui peuvent donner des métastases
ganglionnaires.
B - Facteurs extrinsèques
:
Chirurgie non planifiée.Trop souvent la chirurgie d’exérèse est effectuée sans
imagerie, sans biopsie ou sans planification chirurgicale : la présence de tissu
tumoral dans la pièce de réexcision après une première chirurgie non planifiée
est un facteur de risque de récidive locale.
Les tumeurs référées en centre
spécialisé, en seconde intention, après une première tentative d’exérèse, se
soldent par un taux de récidive locale multiplié par deux (40 % au lieu de
20 %), sans incidence sur la survenue de métastase, ni sur la mortalité,
comme si le traitement adjuvant ou la reprise chirurgicale systématique
permettaient de gommer l’imperfection de départ.
Il existe un consensus pour
proposer une chirurgie de radicalisation systématique et une radiothérapie
postopératoire, des résidus tumoraux macro- ou microscopiques étant
retrouvés dans 35 à 60 % des cas.
Marges. La qualité des marges chirurgicales est le facteur pronostique
essentiel du contrôle local.
Les résections marginales sont suivies de 40 %de
récidives locales, contre 20 % quand les marges sont correctes ; elles ne sont
pas un facteur de métastases (30 % versus 26 %), bien qu’elles soient un
facteur prédictif de la survie à 5 ans (68,6 % versus 77,6 %).
Type d’exérèse. Le caractère large ou radical de la chirurgie, éventuellement
la notion de résection compartimentale sont des notions sûrement capitales
qui ne sont que rarement retrouvées dans la littérature où positivité et
négativité des marges de résection sont essentiellement prises en compte.
Survenue d’une récidive locale. Il s’agit clairement d’un facteur de mauvais
pronostic, la probabilité de métastase et de mortalité étant forte dans ce cas de
figure.
Pour certains auteurs, il est prudent de traiter les patients qui présentent
une récidive locale d’une tumeur de haut grade par chimiothérapie.
Le problème soulevé par les tumeurs des parties molles des membres
est que rien ne ressemble plus à un lipome qu’un liposarcome.
Il faut
donc s’attacher à rechercher les éléments qui sont inhabituels pour
une banale lésion bénigne et à respecter quelques règles et
précautions pour éviter un traitement inadéquat préjudiciable.
Lorsque la tumeur paraît bénigne, il ne faut pas passer à côté d’une
tumeur maligne et ne pas opérer sous prétexte que la tumeur évolue
depuis longtemps, qu’elle n’entraîne pas de douleur ni de troubles
fonctionnels, ne pas faire d’examen histologique systématique, faire
une incision trop petite ou à distance risquant de contaminer un espace
anatomique sain.
Il faut toujours opérer une tumeur des parties molles
après en avoir précisé la topographie intra- ou extracompartimentale
exacte, se méfier du diagnostic de lipome ou de kyste synovial, faire
une biopsie percutanée pour s’assurer du diagnostic, choisir
correctement l’incision chirurgicale.
Lorsque la tumeur paraissait bénigne et ne l’est finalement pas, il ne
faut pas juger l’exérèse complète parce qu’elle était
macroscopiquement correcte et s’abstenir de demander un avis
spécialisé pour un traitement complémentaire éventuel.
Il faut ne
considérer l’exérèse radicale que sur la macroscopie et la microscopie,
tenir davantage compte du grade que du type histologique, planifier la
chirurgie de reprise systématique sur la base d’une iconographie de
réévaluation.
Lorsque la tumeur est d’emblée suspecte de malignité, par son
volume, son adhérence aux plans profonds, son caractère infiltrant,
ses signes de compression vasculonerveuse, il ne faut pas faire une
incision trop petite ou mal centrée, réaliser une chirurgie trop large
sacrifiant d’emblée vaisseaux et nerfs importants.
Il faut faire un bilan
d’extension complet préalable, effectuer une biopsie, définir le plan
thérapeutique, choisir correctement le trajet de l’incision et du
drainage.
Il faut se rappeler que le traitement des sarcomes des tissus
mous est multidisciplinaire et ne pas hésiter à discuter le dossier avec
le radiologue, le pathologiste, l’oncologue, le radiothérapeute, le
psychologue et le patient.
Garder en mémoire le schéma d’un arbre
décisionnel diagnostique et thérapeutique simple n’est pas
inutile pour aider à déjouer les pièges posés par les tumeurs des tissus
mous des membres.