Le terme « thyroïdite » signifie « inflammation de la thyroïde ».
Il
groupe un grand nombre d’affections de mécanisme différent au
cours desquelles l’inflammation stricto sensu n’est pas toujours
évidente.
Les thyroïdites sont, avec les goitres, les affections
endocriniennes les plus fréquentes.
À titre d’exemple, la seule
thyroïdite chronique auto-immune dans sa forme mineure atteint
10 à 15 % des femmes de la cinquantaine.
On peut classer ces
maladies selon leur physiopathologie (infectieuse, auto-immune,
iatrogène), le statut thyroïdien hormonal.
Nous avons adopté la
distinction classique entre thyroïdites aiguës, subaiguës et
chroniques.
Thyroïdites aiguës
:
Les thyroïdites aiguës sont d’origine infectieuse et atteignent surtout
l’enfant, l’adulte jeune ou le sujet immunodéprimé.
Les germes sont
de n’importe quel type : surtout staphylocoque, streptocoque, mais
aussi klebsielle, salmonelle, Haemophilus, bacille tuberculeux,
mycose, voire tréponème.
Elles peuvent être favorisées par la
persistance d’une fistule entre la thyroïde et le sinus pyriforme
(résidu de la quatrième poche branchiale).
Dans ce cas, l’attention
doit être attirée par la récurrence de l’infection après traitement.
Ces
formes touchent surtout les enfants, mais des cas ont été décrits chez
l’adulte.
La présentation clinique des infections à pyogènes est celle d’une
masse thyroïdienne douloureuse, généralement unilatérale, parfois
fluctuante, survenue brutalement ou rapidement, dans un contexte
infectieux.
L’échographie montre une lésion hétérogène d’allure
surtout kystique et la cytologie permet le diagnostic et le traitement
par antibiothérapie adaptée, éventuellement drainage en cas de
suppuration.
La tuberculose thyroïdienne est peu fréquente et sa prévalence réelle
est inconnue, la plupart des cas ayant été diagnostiqués après
chirurgie ou autopsie.
La localisation thyroïdienne peut être isolée
ou s’intégrer dans un tableau plus généralisé, atteindre toute la
glande sous une forme miliaire ou être restreinte à un abcès caséeux.
La présentation clinique est celle d’une masse thyroïdienne dure,
rapidement croissante, et peut prêter à confusion avec celle d’un
cancer indifférencié.
La cytoponction montre des lésions
inflammatoires peu spécifiques, des débris nécrotiques, une
infiltration lymphocytaire et il faut penser à demander une recherche
de bacille de Koch dont la présence peut éviter l’intervention.
Thyroïdites subaiguës :
Le terme de thyroïdite subaiguë est souvent utilisé en tant que
synonyme de la thyroïdite subaiguë granulomateuse (TGSA) ou
thyroïdite de de Quervain mais il peut aussi être un terme générique
regroupant plusieurs affections d’origine différente ayant une
évolution subaiguë voisine.
Nous avons adopté la
classification de Ross qui applique ce terme à toutes les formes de thyrotoxicose transitoire résultant de la destruction des vésicules
thyroïdiennes avec libération transitoire des hormones dans la
circulation.
A - PROFIL HORMONAL
ET ÉVOLUTIF DES THYROÏDITES SUBAIGUËS :
La première phase est celle d’une hyperthyroïdie due à
la lyse des cellules thyroïdiennes et à la libération dans le sang de
leur contenu : le rapport T4/T3 est physiologique et la
thyroglobuline (Tg) est élevée.
La captation de l’iode et la synthèse
hormonale ne sont plus possibles et si une scintigraphie est
pratiquée, il n’y a pas de fixation (scintigraphie « blanche »).
Après
que les cellules ont libéré leur réserve d’hormone, survient une
phase d’insuffisance thyroïdienne au cours de laquelle la
récupération progressive de la fonction se traduit par une
augmentation de la fixation de l’iode radioactif qui persiste encore
quelques semaines après la phase de restitution complète qui
survient dans la plupart des cas.
Cette évolution se fait en général
sur 3 à 6 mois, mais elle peut être plus prolongée.
B - THYROÏDITE GRANULOMATEUSE SUBAIGUË
OU THYROÏDITE DE DE QUERVAIN :
Ce sont ses dénominations les plus habituelles, mais elle est aussi
parfois appelée thyroïdite pseudogranulomateuse, thyroïdite à
cellules géantes, thyroïdite pseudotuberculeuse, thyroïdite virale et par d’autres termes encore.
Il s’agit d’un processus inflammatoire
limité de la thyroïde, probablement d’origine virale, se traduisant
par une tuméfaction douloureuse de la glande et des symptômes
généraux.
1- Épidémiologie
:
La TGSA est considérée comme relativement peu fréquente, 5 fois
moins que la maladie de Basedow, 15 à 20 fois moins que la
thyroïdite de Hashimoto mais il s’agit d’une affection bénigne
qui n’est généralement pas rapportée et les études épidémiologiques
sur le sujet sont rares.
Une étude a été réalisée dans une ville du
Minnesota, avec l’aide des registres de la Mayo Clinic et de
Rochester.
Entre 1960 et 1997 elle n’a pu identifier que 160 patients
et elle fait état d’une incidence globale de 4,9/100 000/an, plus
élevée dans les années 1960 que dans les années 1980, plus élevée
chez la femme que chez l’homme (sex-ratio de 3 à 6 selon les
décennies) avec un pic vers la cinquantaine, la distribution étant à
peu près égale à chaque saison.
Il s’agirait donc d’une affection
relativement rare, du moins dans cette région, mais ces données ne
peuvent probablement pas être extrapolées à d’autres pays : à titre
d’exemple, un seul centre japonais a recensé 1 700 cas en 10 ans, ce
qui correspond mieux à l’impression clinique.
2- Étiologie
:
La TGSA survient habituellement dans une ambiance « grippale »
fébrile, précédée d’une infection des voies aériennes supérieures,
accompagnée de myalgies diffuses, ce qui évoque une origine virale,
de même que l’existence de petites épidémies.
Le caractère
saisonnier de l’affection n’est cependant pas toujours évident.
De
nombreux virus ont été incriminés : coxsackie, oreillons, influenzae,
common cold, adénovirus, mais aussi des affections non
virales comme la fièvre Q ou le paludisme.
La présence
d’anticorps antithyroïdiens divers (antiperoxydase, anti-Tg,
antirécepteur de la thyroid stimulating hormone [TSH]) est possible
au début de la maladie mais ils n’ont pas de rôle pathogène et
témoignent seulement de la libération d’antigènes par les
thyréocytes lysés.
Une association avec le groupe human leukocyte
antigen (HLA)-Dw35 a été rapportée et il existe probablement une
prédisposition génétique à cette maladie.
3- Anatomopathologie :
La glande est envahie par un processus inflammatoire de
distribution topographique parfois inégale et de présentation
évoluant dans le temps.
Au début, les vésicules sont oedématiées ou
disparaissent et la thyroïde est infiltrée de polynucléaires
neutrophiles, de lymphocytes et de cellules géantes faites
d’histiocytes agglutinés à la colloïde.
Puis les phénomènes
inflammatoires régressent et font place à une fibrose plus ou moins
marquée, avant la régénération des vésicules et la reconstitution
complète ou presque d’une architecture normale.
4- Présentation clinique
:
Les manifestations cliniques de la TGSA ont été analysées dans la
cohorte du Minnesota.
Aucun symptôme n’est constant, mais les
troubles le plus souvent constatés sont : les antécédents de
rhinopharyngite dans les 30 à 90 jours avant le début de la maladie ;
la douleur cervicale antérieure irradiant vers la mâchoire et les
oreilles, souvent asymétrique au début, se généralisant en quelques
jours mais pouvant demeurer latéralisée, d’intensité variable, avec
impression de dysphagie ; la fièvre dans la moitié des cas avec
syndrome grippal et petits signes de thyrotoxicose.
La thyroïde est
modérément augmentée de volume, ferme, parfois si douloureuse
qu’elle ne peut être palpée.
Le diagnostic est souvent évident cliniquement et est confirmé par
la présence d’un syndrome inflammatoire biologique avec élévation
de la vitesse de sédimentation (VS) et de la protéine C réactive
(CRP), l’existence d’une hyperthyroïdie modérée pour laquelle la
conservation du rapport normal T4/T3 est classique et il n’est pas
besoin de réaliser d’autres examens.
Cependant, en cas de doute,
l’échographie est utile, montrant des plages hypoéchogènes plus ou
moins diffuses permettant de distinguer la thyroïdite, surtout
lorsqu’elle est localisée, d’un abcès ou d’une hémorragie aiguë d’un
nodule, qui peut être très douloureuse.
La scintigraphie à l’iode
123 ou au technétium n’est pas systématique.
Elle montrerait une
absence de fixation (scintigraphie « blanche ») distinguant
l’hyperthyroïdie par thyroïdite d’une maladie de Basedow à forme
douloureuse initiale, par exemple, ou une forme apparemment
localisée et pseudonodulaire d’un adénome toxique.
La
récupération de l’euthyroïdie est habituelle, mais il existe quelques
cas d’hypothyroïdie définitive à long terme (15 % dans la série du
Minnesota), de récidives, surtout lorsque le traitement initial a été la corticothérapie (10 % dans cette même série, moins pour
d’autres) parfois très lointaines et multiples.
Quelques cas de
maladie de Basedow déclenchés par la thyroïdite ont été décrits,
la présence initiale d’anticorps stimulant le récepteur de la TSH et
un terrain génétiquement prédisposé favorisant cette évolution.
5- Traitement :
Le traitement de la TGSA est purement symptomatique.
Le
traitement initial a pour but de limiter les phénomènes
inflammatoires et douloureux, soit avec l’aspirine et les autres antiinflammatoires
non stéroïdiens (AINS), soit avec les corticoïdes (30 à
40 mg de prednisone au début) en première intention ou en cas
d’échec des AINS.
Le choix du traitement dépend surtout des
habitudes de chacun.
Les corticoïdes sont efficaces en 1 à 2 jours sur
les symptômes douloureux mais le maintien de fortes doses pendant
4 à 6 semaines est souvent nécessaire et ils doivent être diminués
très progressivement en fonction de l’évolution de la VS pour être
arrêtés après 3 à 6 mois, voire plus en cas d’amorce de rechute.
La phase transitoire initiale d’hyperthyroïdie peut être traitée par
bêta-bloquants si elle est mal tolérée.
Il est peu fréquent de devoir
proposer un traitement substitutif durant la phase d’hypothyroïdie.
C - THYROÏDITES LYMPHOCYTAIRES SUBAIGUËS (TLSA)
:
Ces thyroïdites sont aussi appelées thyroïdites silencieuses ou
indolores, pour les distinguer de la TGSA de de Quervain.
La
présentation clinique et surtout le mécanisme en sont différents : les TLSA sont des maladies auto-immunes proches de la thyroïdite de
Hashimoto, associées, comme elle, aux groupes HLA DR3 et DR5.
L’histologie en phase active est en faveur de la nature auto-immune
de l’affection, avec infiltration focale ou diffuse de lymphocytes,
centres germinaux, cellules oxyphiles et discrète fibrose, qui
disparaissent avec la guérison.
Il existe fréquemment des anticorps antithyroperoxydase (TPO) et anti-Tg dans le sérum.
Ces
perturbations histologiques et immunologiques sont toutefois moins
importantes que dans la thyroïdite de Hashimoto.
Des
facteurs déclenchant le phénomène auto-immun peuvent être
présents : rebond immunitaire après la grossesse surtout, mais aussi
arrêt brutal d’une corticothérapie au long cours.
Au plan clinique, il n’y a pas de signes inflammatoires généraux ni
locaux, et l’évolution hormonale typique est la même que celle de la TGSA.
Les TLSA peuvent être sporadiques mais elles surviennent surtout
après la grossesse (thyroïdite du post-partum [TPP]).
Elles peuvent
être d’origine iatrogène (cytokines, lithium, iode).
1- Thyroïdite lymphocytaire subaiguë sporadique
:
Sa prévalence est difficile à évaluer (1 % à 23 % des causes
d’hyperthyroïdie selon les séries) car elle passe
probablement inaperçue dans la plupart des cas d’autant plus
qu’elle guérit spontanément.
Il s’agit d’une affection peu bruyante,
se manifestant au début par une hyperthyroïdie modérée et
inconstamment un goitre de petite taille, ferme et indolore.
Des
anticorps anti-Tg et/ou anti-TPO sont présents dans plus de la
moitié des cas, à un titre faible, et des anticorps antirécepteurs de la
TSH (RTSH), bloquants ou stimulants, peuvent aussi être trouvés.
En cas de doute avec une maladie de Basedow, dont le pronostic et
le traitement sont différents, la scintigraphie permet le diagnostic :
la captation de l’isotope est très faible, voire nulle.
L’évolution se fait vers la résolution spontanée après une phase
inconstante d’hypothyroïdie mais l’hypothyroïdie définitive ou les
récidives sont possibles.
Le traitement est symptomatique : bêta-bloquants en phase d’hyperthyroïdie, hormones thyroïdiennes en
phase d’hypothyroïdie si ces épisodes sont mal supportés.
Les
corticoïdes ne sont pas indiqués en général, mais pourraient
accélérer l’évolution si le terrain est fragile (insuffisance coronaire,
troubles du rythme cardiaque).
2- Thyroïdite du post-partum
:
La TPP est une variété de thyroïdite silencieuse, définie comme une
dysfonction thyroïdienne transitoire ou permanente survenant dans
la première année suivant un accouchement et due à une
inflammation thyroïdienne d’origine auto-immune.
Elle peut
aussi survenir après une fausse couche.
Il s’agit d’une affection très fréquente ; 5 % des femmes japonaises
sont touchées pour Amino et al. qui ont attiré l’attention sur cette
entité après une première publication, isolée, de Robertson en 1948.
Ultérieurement, des prévalences allant de 1,1 % à 16,7 % ont
été rapportées sans que l’on puisse déterminer si ces
variations sont d’origine géographique et ethnique ou, plus
probablement, en rapport avec les moyens de détection et la durée
du suivi.
L’influence de l’apport en iode est controversée.
La
prévalence est plus élevée chez les diabétiques de type 1 : 15 à
25 %, les femmes porteuses d’anticorps en début de grossesse : 60 à
70 %, les fumeuses, les femmes ayant présenté un épisode
identique lors d’une grossesse précédente.
Au plan physiopathologique, la TPP, comme la thyroïdite silencieuse
sporadique, est considérée comme une variante de la thyroïdite de
Hashimoto.
La forte prévalence des anticorps anti-TPO en
début de grossesse est en faveur d’une thyroïdite auto-immune
préexistante, latente pendant la grossesse en raison de la tolérance
immunitaire induite par la gestation et subissant un rebond dans le
post-partum.
La présence d’une infiltration lymphocytaire de la
glande, l’association aux groupes HLA DR3, DR4, DR5, sont
également en faveur de cette origine auto-immune.
La recherche de facteurs prédictifs de la TPP en début de grossesse
a soulevé la question de la relation entre la présence d’anticorps
antithyroïdiens et les fausses couches spontanées.
Stagnaro-Green et
al. en étudiant de manière prospective l’incidence et l’étiologie
de la TPP, ont remarqué la prévalence anormalement élevée de
fausses couches chez les femmes porteuses d’anticorps,
indépendamment d’une dysthyroïdie éventuelle.
Les mêmes
constatations ont été faites en Belgique et dans d’autres pays, chez
les femmes ayant des fausses couches à répétition et lors des échecs
de fécondation in vitro. L’origine de cette relation n’est
pas claire : rôle direct des anticorps, terrain « auto-immun »,
hypothyroïdie très discrète échappant aux dosages ?
La diminution
du nombre de fausses couches sous traitement par thyroxine
serait en faveur de cette dernière hypothèse, mais ceci demande
confirmation.
La présentation clinique de la TPP est celle d’une thyroïdite
subaiguë indolore avec une phase d’hyperthyroïdie qui peut être
isolée, ou suivie d’une phase d’hypothyroïdie transitoire, ou
permanente dans environ un quart des cas.
L’hyperthyroïdie est
en général de courte durée et peu marquée.
L’hypothyroïdie est plus
prolongée et plus symptomatique pouvant prendre l’aspect d’une
dépression du post-partum.
Le diagnostic de TPP
repose sur les circonstances de survenue, la suspicion clinique, le
dosage de la TSH suivi par celui des hormones thyroïdiennes, la
présence d’anticorps anti-TPO, éventuellement la scintigraphie
(contre-indiquée chez la femme allaitante).
En période
d’hyperthyroïdie, le diagnostic différentiel est celui d’une maladie
de Basedow qui peut également survenir préférentiellement dans le
post-partum.
Sauf s’il existe une orbitopathie, ni les signes cliniques,
ni l’échographie ne permettent de faire la différence et le diagnostic
repose sur la recherche d’anticorps anti-RTSH et la scintigraphie.
Le traitement de la TPP est facile : bêta-bloquants si l’hyperthyroïdie
est mal supportée, thyroxine lorsque l’hypothyroïdie est patente, en
n’oubliant pas d’essayer d’interrompre le traitement après 1 an dans
l’hypothèse d’une forme régressive.
La femme doit être avertie de la
récidive possible après chaque grossesse.
La fréquence des TPP pose la question de leur dépistage
systématique par dosage des anticorps anti-TPO en début de
grossesse et/ou après l’accouchement.
Cette question est débattue.
Certains sont en faveur du dépistage, en raison du risque élevé de
fausses couches, de la nécessité de dépister une hypothyroïdie
pendant la grossesse en raison du risque foetal et de la gravité
potentielle des dépressions du post-partum qui peuvent être
associées à la dysthyroïdie.
D’autres estiment que le coût de
l’opération est trop élevé, que le moment opportun pour effectuer les dosages n’est pas déterminé et que la valeur prédictive des
anticorps anti-TPO n’est pas parfaite.
Cependant ces opposants au
dépistage de masse lui sont favorables en cas d’antécédent de TPP,
de diabète de type 1 et peut-être en cas d’antécédents familiaux de
pathologie auto-immune, et tous insistent sur la nécessité d’instruire
les obstétriciens, les généralistes, les pédiatres, les psychiatres et les
femmes elles-mêmes sur l’existence et la fréquence de cette
maladie.
Les interférons (INF) de type I sont susceptibles d’altérer la fonction
et l’immunité thyroïdiennes chez environ 5 % des patients traités
avec des extrêmes allant de 2,5 à 45,3 % selon les régions et les
définitions.
L’INF-alpha, utilisé pour le traitement des hépatites B
et C, des tumeurs carcinoïdes et de certaines hémopathies est surtout
en cause, mais aussi l’INF-bêta utilisé au cours de la sclérose en
plaques, encore que cela soit discuté.
Le tableau habituel est celui
d’une thyroïdite silencieuse avec hyperthyroïdie, hypothyroïdie ou
les deux successivement, mais il peut aussi s’agir d’une véritable
maladie de Basedow.
Ces dysthyroïdies surviennent surtout chez
des patients porteurs d’une thyroïdite auto-immune latente comme
l’a montré la mesure systématique des anticorps avant traitement
mais elles peuvent aussi survenir de novo.
Le traitement est
facile : bêta-bloquants en cas d’hyperthyroïdie par thyroïdite
silencieuse, antithyroïdiens de synthèse en cas de maladie de
Basedow, thyroxine en cas d’hypothyroïdie avec réévaluation de son
indication à distance, la récupération étant fréquente, mais non
constante.
Ces dysthyroïdies n’obligent pas à arrêter l’INF et
peuvent être spontanément régressives malgré la poursuite de la
cytokine.
La persistance de taux d’anticorps antithyroïdiens élevés à
la fin du traitement par INF est un élément prédictif de thyropathie
auto-immune ultérieure.
L’interleukine (IL) 2 est également
susceptible d’entraîner ce type de trouble, surtout chez les sujets
prédisposés, et les utilisateurs de ces médicaments connaissent la
nécessité de surveiller la fonction thyroïdienne au cours de ces
traitements.
* Lithium
:
Le lithium est capté par la thyroïde et interfère avec la synthèse des
hormones thyroïdiennes essentiellement en inhibant la protéolyse
de la Tg : des hypothyroïdies discrètes et/ou des goitres sont
fréquents en cours de traitement et ce produit a même été proposé
pour traiter l’hyperthyroïdie.
La surveillance systématique de la
fonction thyroïdienne chez les patients traités a montré en outre une
prévalence inattendue d’hyperthyroïdie et surtout d’hypothyroïdie
par thyroïdite silencieuse.
L’étude systématique réalisée à Boston par
Miller et al. a montré une incidence de thyroïdite silencieuse de
1,3/1 000/an, soit 5 à 45 fois plus élevée que celle attendue dans la
population générale.
Il est possible que le lithium modifie le statut
immunologique de la thyroïde et révèle une thyroïdite auto-immune
latente, mais on a également invoqué son rôle toxique direct sur le thyréocyte par analogie avec celui de l’iode, la présence d’anticorps
antithyroïdiens n’étant pas constante.
La surveillance de la
fonction thyroïdienne des patients traités par lithium (généralement
pour maladie maniacodépressive) doit donc être attentive, une
hyperthyroïdie comme une hypothyroïdie pouvant gravement
altérer leur humeur.
4- Thyroïdites toxiques à l’amiodarone :
L’amiodarone interfère avec la fonction thyroïdienne par
plusieurs mécanismes : elle inhibe la monodéiodase de type 1 et
perturbe les dosages chez les patients euthyroïdiens (discrètes
élévations de la TSH et de la thyroxine libre en début de traitement,
mais T3 libre normale) ; il s’agit d’un produit fortement chargé en
iode (37 % du poids, apport quotidien de 7 à 21 mg d’iode alors que
les apports quotidiens conseillés sont de 150 µg) ; elle est susceptible
d’interférer avec l’immunité thyroïdienne et/ou d’avoir un rôle
toxique direct et de provoquer des thyroïdites.
L’amiodarone est
responsable de dysfonctionnements thyroïdiens chez 15 % des sujets
traités, les hyperthyroïdies étant plus fréquentes dans les régions de
carence iodée et les hypothyroïdies dans les zones correctement
fournies en iode.
* Hypothyroïdies à l’amiodarone :
Elles surviennent dans la majorité des cas chez des patients porteurs
d’anticorps antithyroïdiens : il est vraisemblable que l’échappement
au blocage de l’organification de l’iode par apport massif d’iodure
(effet Wolff-Chaikoff) ne se produise pas correctement si la thyroïde
a été préalablement lésée par une thyroïdite auto-immune sousjacente.
Le traitement en est facile, il suffit de substituer
l’hypothyroïdie par thyroxine, sans arrêter l’amiodarone qui est
souvent indispensable.
Si l’on fait le choix d’arrêter l’amiodarone, la
récupération de la fonction thyroïdienne est possible (en plusieurs
mois) s’il n’y a pas d’anticorps ; elle est plus aléatoire s’il existe des
perturbations immunitaires.
* Hyperthyroïdies à l’amiodarone :
À la suite des travaux de Bartalena et al, deux types
d’hyperthyroïdies à l’amiodarone ont été décrits.
Le type I survient
surtout dans les zones de carence iodée et est dû à l’apport d’iode
sur une thyroïde dystrophique, mono- ou multinodulaire ou sur une
maladie de Basedow latente.
Il ne sera pas détaillé ici.
Le type II est
attribué à la toxicité de l’amiodarone sur les thyréocytes et est
responsable d’une thyroïdite ayant un profil subaigu.
Il survient sur
thyroïde apparemment saine et est indépendant de l’apport iodé
environnemental.
De nombreux arguments expérimentaux, in vitro
ou chez l’animal, témoignent de la toxicité de la molécule ellemême
qui est concentrée par les thyréocytes et entraîne des
modifications ultrastructurales différentes de celles pouvant être
créées par l’excès d’iode seul : infiltration par des macrophages,
dilatation du réticulum endoplasmique, apoptose et nécrose.
L’effet cytotoxique du produit s’exercerait en partie par
l’induction de la production d’IL6, démontrée sur des cultures de thyréocytes humains et dont le taux plasmatique est élevé chez
les patients.
Il est important de les distinguer,
car le traitement, indispensable sauf forme mineure, chez des
patients souffrant de pathologie cardiaque, est différent.
Outre l’arrêt
de l’amiodarone, les antithyroïdiens de synthèse (peu efficaces en
raison de la surcharge iodée) associés pour certains au perchlorate
de potassium sont indiqués dans le type I.
Ils n’ont aucune utilité
dans le type II qui relève de la corticothérapie (prednisone : 0,5 à
1 mg/kg, pendant environ 3 mois à doses progressivement
dégressives).
Ce traitement obtient une normalisation rapide de la
T3 car les corticoïdes inhibent la monodéiodase et une guérison de
la thyroïdite est obtenue en 1 à 2 mois en général.
Cependant
l’évolution peut être plus prolongée que celle d’une thyroïdite granulomateuse ou d’une thyroïdite lymphocytaire car l’élimination
du produit peut demander plusieurs mois, avec un passage possible
vers l’hypothyroïdie transitoire comme dans les autres thyroïdites
subaiguës.
5- Thyroïdites radiques et traumatiques
:
L’irradiation externe de la région cervicale peut entraîner une
thyroïdite indolore en général modérée mais dont l’évolution peut
s’étaler sur plusieurs mois.
L’irradiation interne par iode 131 pour
traiter une hyperthyroïdie nodulaire ou basedowienne entraîne
souvent, dans les 5 à 15 jours suivant l’administration du radioiode,
une thyroïdite peu douloureuse mais pouvant être responsable
d’une exacerbation de l’hyperthyroïdie comportant un risque pour
les personnes fragiles.
La surveillance postirradiation est nécessaire
et les bêta-bloquants sont parfois indiqués (l’administration
d’antithyroïdiens de synthèse durant cette période n’est pas
logique).
Cette thyroïdite radique peut entraîner secondairement
une hypothyroïdie transitoire qu’il ne faut pas confondre avec une
hypothyroïdie due à la destruction définitive des cellules par le
radio-iode.
Les agressions mécaniques de la thyroïde (chirurgie, ponction,
traumatisme - ceinture de sécurité en particulier -) peuvent être
responsables de thyroïdite subaiguë.
Après cytoponction, un
épisode de ce type (rare) peut être confondu avec une hémorragie
intranodulaire.