Pathologie du tendon d'Achille : tendinopathies - ruptures - plaies Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
Il pourrait paraître superflu d’écrire à nouveau sur le tendon d’Achille, tant il
a déjà été publié sur ce tendon quelque peu mythique.
Pourtant, depuis ces
dernières années, de nombreux éléments nouveaux justifient une actualisation
de nos connaissances.
Que ce soit à propos des
tendinopathies, dont le nombre ne cesse d’augmenter avec le
développement de l’engouement pour le jogging et les courses sur
route, et qui, pour chacun de leurs types anatomopathologiques
désormais mieux connus, bénéficient de meilleures techniques
d’imagerie et de nouvelles propositions thérapeutiques, ou que
ce soit à propos des ruptures, où de nouvelles méthodes de
traitement se sont développées et affirmées à côté du traitement
chirurgical classique ou du traitement orthopédique.
Mais avant d’envisager tour à tour
tendinopathies et ruptures, il est indispensable de reprendre
les notions fondamentales.
C’est grâce à la meilleure
connaissance de la structure intime du tendon, responsable de
ses propriétés physiques, que l’on peut mieux appréhender
maintenant l’ensemble des pathologies intéressant le tendon
d’Achille et comprendre localisation, étiopathogénie,
anatomopathologie, particularités cliniques, expressions
paracliniques, évolution, techniques thérapeutiques et
complications, sans oublier les mesures préventives qui
devraient diminuer la fréquence de ces pathologies dont il
apparaît maintenant qu’elles ont, en fait, pour la plupart
d’entre elles, les mêmes causes : « vieillissement » du tendon
et hyperutilisation.
Notions fondamentales :
A - Anatomie
macroscopique :
Elle est trop connue pour s’y attarder.
Il n’en faut rappeler que les
éléments influençant directement tendinopathies et ruptures dans
leurs différents aspects.
1- Tendon :
Il est constitué de la réunion des
lames aponévrotiques terminales du soléaire en avant, et des
jumeaux en arrière, les contingents respectifs pouvant conserver
une certaine individualisation à l’intérieur du tendon.
Sa longueur totale est de 15 cm
environ.
Il descend verticalement en
arrière du plan musculaire profond (tibialis, flexor communis,
flexor halluci longus) et du paquet vasculonerveux.
Ses fibres ne sont pas rectilignes
mais « enroulées en “spirale” de telle sorte que les fibres
postérieures descendent en bas et en dehors, tandis que les
fibres antérieures sont en obliquité inverse » (cf H Rouvière).
Son calibre n’est pas uniforme. De
haut en bas, il va d’abord en se rétrécissant pour atteindre son
calibre minimal en arrière de l’articulation talocrurale
(épaisseur de 6 à 8 mm, largeur de 12 à 15 mm) avant de
s’élargir à nouveau.
Il reste à distance de la moitié
supérieure de la face postérieure du calcanéus, avant de
s’insérer sur sa moitié inférieure sur une large surface
triangulaire rugueuse.
Les fibres les plus superficielles
du tendon se terminent sur des crêtes verticales occupant toute
la partie postéroinférieure de l’os, où elles se joignent aux
fibres postérieures de l’aponévrose plantaire moyenne, réalisant
le système fonctionnel dynamique achilléencalcanéo-plantaire d’Arandes-Adan
et Viladot, qui permet aux muscles courts plantaires de
poursuivre et soutenir l’effort propulsif du triceps lors des
impulsions.
Rétrécissement du tendon à sa
partie moyenne, anatomie de son extrémité distale, orientation
des fibres, sont autant d’éléments qui ont une importance
dépassant la seule anatomie descriptive.
2- Gaines tendineuses :
Le tendon d’Achille est entouré de
deux gaines :
– la gaine aponévrotique, qui
n’est que le dédoublement de l’aponévrose jambière.
Son feuillet antérieur le sépare
des éléments de la loge profonde.
Son feuillet postérieur, renforcé
par des fibres transversales tendues d’une malléole à l’autre,
le sépare du revêtement cutané.
Il lui est intimement lié, surtout
dans sa partie inférieure et toute dissection excessive est une
source de dévascularisation de la peau ou d’adhérences ;
– le peritenomium (ou péritendon
ou paratendon) n’est pas une gaine synoviale.
Sa structure histologique est
différente (Ippolito) : mince membrane de tissu fibrillaire
lâche de même structure que les cloisons endoténiennes qui en
sont, en fait, les prolongements intratendineux.
La ténosynovite d’Achille ne peut
donc exister stricto sensu et l’on ne pourra parler que de
péritendinite en cas d’atteinte spécifique du peritenomium.
3- Bourses séreuses :
Elles sont indispensables pour
permettre le glissement du tendon :
– en arrière : entre gaine
aponévrotique et revêtement cutané, se trouvent les deux ou
trois bourses séreuses de Bovis, résultat de la délamination du
tissu cellulaire conjonctif ;
– en avant : séparant la face
antérieure de la partie distale du tendon de la moitié
supérieure de la face postérieure du calcanéus, se trouve la
volumineuse bourse préachilléenne.
Des contraintes mécaniques
excessives exercées entre l’os, d’une part, et la chaussure,
d’autre part, sont à l’origine de lésions inflammatoires des
bourses avec épanchement et épaississement.
4- Revêtement cutané :
Mince et mobile
dans la partie supérieure du tendon, il devient plus épais et
adhérent en approchant de son insertion distale.
Les risques de nécrose cutanée
après abord chirurgical exposant à la surinfection, voire à la
nécrose tendineuse, sont bien connus et grèvent, parfois
lourdement, suites opératoires et résultats.
Pourtant, la vascularisation
cutanée locale n’offre rien de particulier et ces problèmes de
cicatrisation semblent davantage relever d’autres causes, parmi
lesquelles deux surtout sont à isoler :
– les traumatismes opératoires
vis-à-vis de la peau : dissection « au ras » excessive,
décollements, écarteurs agressifs, sutures nécrosantes, autant
de précautions opératoires à respecter scrupuleusement ;
– les positions d’immobilisation.
Une étude récente de la vascularisation cutanée réalisée par
Poynton et al a prouvé que la perfusion cutanée est maximale
pour une flexion plantaire de 20 à 25° mais que, en revanche,
elle est diminuée jusqu’à 49 % en flexion plantaire maximale.
On conçoit ainsi les dangers d’une
immobilisation postopératoire en grand équin, position qu’il
faut donc proscrire.
B - Histologie :
1- Tendon :
La structure de base est le
faisceau de premier ordre.
Il est composé de quatre éléments
:
– les fibres de collagène.
C’est l’unité de base du tendon.
Elles sont disposées parallèlement
aux lignes de traction et composées d’un nombre variable de
fibrilles unies les unes aux autres par une substance
mucopolysaccharidique.
Le collagène de type I représente
97,5 %.
Il est responsable des propriétés
mécaniques du tendon.
Le collagène est le constituant
principal ;
– les fibres d’élastine sont rares
et ne représentent que 2 %.
Elles sont disposées entre les
fibres de collagène et parallèlement à elles ;
– les tendinocytes.
Cellules de type fibroblastique,
elles sont agencées en rangées parallèles émettant des
prolongements cytoplasmiques qui entourent chaque fibre de
collagène.
Elles élaborent les macromolécules
de la matrice extracellulaire (protéoglycans, glycoprotéines,
élastine et surtout collagène).
Elles participent donc aux phases
de la réparation tendineuse ;
– la substance fondamentale.
Elle remplit les espaces
interfibreux.
Elle est composée d’eau, de
protéoglycans et de glycoprotéines (fibronectine,
thrombospondine, tenascine).
La tenascine C semble être
impliquée dans les processus dégénératifs.
Elle comprend aussi des substances
minérales, notamment le cuivre (lésions intercollagéniques), le
manganèse (réactions enzymatiques), le calcium (jonction
tendon-os).
Chaque faisceau de premier ordre
est entouré d’un tissu fibrillaire lâche appelé cloison
endoténienne.
Au repos, il présente une
architecture en « vague » (crimping phenomenon).
Plusieurs faisceaux de premier
ordre forment les faisceaux de deuxième ordre dont la réunion
constitue le tendon entouré par le péritendon ou peritenomium de
même constitution que les cloisons endoténiennes, qui n’en sont
que les prolongements contenant vascularisation et innervation.
2- Zone d’insertion calcanéenne
:
Les fibres les plus superficielles
forment le système suro-achilléo-plantaire déjà évoqué.
Les fibres centrales, ou fibres de
Sharpey pénètrent la corticale et vont se fondre dans la trame
osseuse par une succession de transformations.
Au tendon proprement dit, fait
suite une bande fibrocartilagineuse dans laquelle les fibres de
collagène poursuivent leur trajet.
Les cellules deviennent de type
chondrocytaire.
Puis apparaît une zone
fibrocartilagineuse minéralisée, séparée de la précédente par la
« ligne bleue ».
Le dépôt calcique masque les
fibres conjonctives.
Au-delà de cette zone, le
collagène du tendon se confond avec celui de la matrice osseuse.
Cette description rend compte des
particularités des tendinopathies d’insertion ou enthésopathies.
C -
Vascularisation :
C’est sans doute l’une des notions
fondamentales les plus importantes à préciser, car elle rend
sans aucun doute compte des étiopathogénies et des localisations
des ruptures et tendinopathies.
Anatomie et distribution ont
particulièrement été étudiées par Carret, Lagergrenc et Carr.
1- Origines :
Il faut retenir que, venant des
artères péronière et tibiale postérieure, la vascularisation se
distribue en deux groupes :
– les artères périphériques qui
parviennent au tendon par le peritenomium, véritable lame
porte-vaisseaux.
Le réseau artériel prédomine sur
la face antérieure du tendon, fait essentiel pour Schepsis et
dont il faut tenir compte lors de la réalisation des ténolyses
dans les péritendinites opérées. Dans l’ensemble, les artères
ont une direction verticale avec de nombreuses anastomoses
transversales ;
– les artères des extrémités à la
jonction myotendineuse en haut, et à partir des rameaux
calcanéens en bas.
2- Vascularisation intratendineuse
:
Aux extrémités, les artères
s’épuisent rapidement en branches verticales et transversales.
Leur territoire vasculaire est peu
étendu. Les artères périphériques jouent un rôle beaucoup plus
important.
Elles perforent le peritenomium
surtout par sa face antérieure.
Elles se dirigent d’avant en
arrière, donnant surtout des branches transversales, cheminant
dans les cloisons endoténiennes.
De cette étude de la
vascularisation, il faut retenir qu’il existe, dans le tendon
lui-même, une zone pratiquement avasculaire de 4 à 6 cm
au-dessus de l’insertion calcanéenne, correspondant à la portion
rétrécie du tendon.
Carr a bien montré la pauvreté en
nombre de vaisseaux à ce niveau, par rapport à la jonction
musculotendineuse ou à la zone d’insertion.
Ce n’est certainement pas un
hasard si cette région est justement celle des localisations
préférentielles des tendinopathies et ruptures.
D - Innervation :
Elle est assurée par des rameaux
sensitifs provenant, en dedans, du nerf tibial postérieur par
l’intermédiaire d’un rameau sus-malléolaire, qui innerve le
tendon et la peau postéromédiale de la cheville et, en dehors,
du nerf saphène externe.
À l’intérieur du tendon, les
rameaux nerveux cheminent dans les cloisons endoténiennes. Les
terminaisons nerveuses sont classées en deux catégories :
– de type I à III
(propriocepteurs) : corpuscules de Ruffini et de Pacini et
organes tendineux de Golgi (capteurs de pression et de tension)
;
– de type IV (nocicepteurs). Cette
richesse de l’innervation a une double conséquence :
– par la présence de ces
mécanorécepteurs qui interviennent dans la régulation de la
contraction musculaire, elle explique le rôle du tendon dans le
contrôle proprioceptif de la cheville et rend compte de
l’importance que prend ce type de rééducation dans le traitement
des pathologies du tendon ;
– elle explique aussi la fréquence
des dysesthésies et des névromes après abord chirurgical.
Il est remarquable de noter qu’il
existe une région à innervation plus restreinte qui correspond,
à peu près, à la zone hypovascularisée.
E - Propriétés physiques :
Le tendon d’Achille est le plus
épais et le plus résistant des tendons de l’organisme.
Clain estime sa résistance à 7 000
N.
Mais ce qui le caractérise, comme
tous les autres tendons, est son comportement viscoélastique.
Lorsqu’il est soumis à une tension
progressive, à vitesse constante, il subit d’abord un
allongement de 2 % environ par alignement des fibres de
collagène. Puis, la courbe d’allongement devient linéaire
jusqu’à une élongation de 4 %, avec une raideur importante lui
permettant de résister à des tractions considérables.
Au-delà de cette zone
d’allongement élastique, se produisent les ruptures des
connections entre les fibrilles de collagène à l’origine de
lésions macroscopiques de rupture partielle de quelques
trousseaux, avant d’arriver à la rupture totale du tendon.
Mais une contraction « explosive »
du triceps modifie ce schéma, surtout s’il s’agit d’une
contraction excentrique (contraction sur le muscle en position
d’allongement), expliquant certains mécanismes de rupture pour
des contraintes apparemment moins importantes.
Il a été calculé, pour un homme de
80 kg, en course lente, qu’il s’exerce sur le tendon une force
équivalente à deux fois le poids du corps (1 600 N).
Lors du saut avec appel sur un
pied, la force est de quatre fois le poids du corps (3 000 N).
Saltzman, pour sa part, estime que
durant la course, les forces sont de l’ordre de dix fois le
poids du corps.
Les propriétés physiques du
tendon, et notamment son élasticité, varient selon la
température, justifiant l’importance de l’échauffement
progressif avant l’exercice sportif pour la prévention des
lésions tendineuses.
Globalement, elles sont sous la
dépendance de sa constitution histochimique : teneur en eau, en
fibres élastiques, en protéoglycans, en lipides, et selon la
qualité du collagène.
Or, ces propriétés et cette
qualité varient avec l’âge, introduisant cette notion capitale :
le « vieillissement » du tendon.
F - « Vieillissement » du tendon :
Comme tous les tendons de
l’organisme, le tendon d’Achille se modifie avec l’âge.
Karasev, cité par Ippolito a
montré qu’il existait une augmentation de la charge de rupture
de 3,5 à 7,8 kg/mm² de 10 à 30 ans, mais qu’ensuite « la
résistance du tendon à des sollicitations tensorielles s’abaisse
jusqu’à 4,8 kg/mm² à l’âge de 70 ans », pour des allongements au
moment de la rupture de 14 à 18 %chez l’enfant contre 10 à 12
%chez l’adulte.
Les tendons des sujets jeunes sont
donc plus faibles, mais plus élastiques que ceux des sujets
âgés.
Pour Ippolito, l’explication en
est à la « différence de structure physicochimique des fibres de
collagène par variation quantitative et qualitative que
subissent les fibres avec l’âge, à la diminution des
protéoglycans et du contenu hydrique ».
Il s’y ajoute, selon lui, des
modifications morphologiques des cellules : allongement et
développement des prolongements cytoplasmiques leur donnant un
aspect en « étoile ».
Fonzone, de son côté, par une
étude histochimique a montré que, progressivement, avec l’âge,
la teneur en eau et en aminosucres diminuait alors que celle en
lipides augmentait.
Il est très probable que ce
vieillissement du tendon est sous la dépendance d’une
insuffisance vasculaire progressive qui expliquerait la «
fragilisation » du tendon.
Pour Clancy, « la valeur de
l’apport vasculaire est un facteur critique dans l’apparition
des microruptures du tendon ».
L’ensemble de ces notions
fondamentales permet d’éclairer les phénomènes pathologiques qui
intéressent le tendon d’Achille et, notamment :
– la localisation préférentielle
au niveau de la partie la plus étroite du tendon soumise à des
contraintes maximales, du fait de son diamètre et de la torsion
des fibres et la plus mal vascularisée, donc la plus exposée aux
phénomènes du vieillissement ;
– le rôle du surmenage, surtout
chez les sportifs assidus ou de compétition et la plus grande
fréquence dans les sports exposant au démarrage et aux
impulsions ;
– l’âge des patients.
Il s’agit soit de sujets âgés
(rupture), soit de sujets dans la quatrième décennie (rupture ou
tendinopathie), mais dans ce cas, d’autant plus jeunes que le
surmenage sportif a été plus intense et plus précoce.
G - Traitements médicamenteux
iatrogéniques :
Certaines thérapeutiques ont fait
la preuve qu’elles pouvaient être la cause de tendinopathies ou
de ruptures, notamment au niveau du tendon calcanéen.
C’est surtout le cas des
antibiotiques de la famille des fluoroquinolones.
Parmi elles, il semble que la
péfloxacine soit le plus souvent responsable, environ quatre
fois plus que la noroxacine ou la ciprofloxacine.
Les premiers cas ont été décrits
dans les années 1990 et ce danger est spécifié dans les notices
médicamenteuses depuis 1992.
L’incidence est estimée à 15 pour
100 000.
Elles agissent au niveau de la
synthèse du collagène type I, probablement par inhibition de
l’acide désoxyribonucléique (ADN) gyrase microbienne.
La tendinopathie apparaît le plus
souvent de manière très brutale, parfois même dès la première
prise du traitement.
Mais il semble que le risque
n’existe réellement que pour un traitement supérieur à 5 jours.
L’atteinte est souvent bilatérale.
Les signes cliniques n’ont rien de
particulier, sinon qu’il s’y associe souvent une note
inflammatoire.
Le traitement consiste en l’arrêt
immédiat de l’antibiotique et la mise au repos complet du
tendon, éventuellement même par immobilisation plâtrée.
Les ruptures ont les mêmes
caractéristiques que les ruptures traumatiques.
D’autres médicaments peuvent être
en cause, notamment l’isotrétinoïnet.
Ces notions sont désormais bien
connues, mais on ne saurait trop y insister et les évoquer
devant toute pathologie du tendon d’Achille.
Tendinopathies :
Réunies sous une même appellation,
les tendinopathies d’Achille sont, en fait, de nature différente
en fonction de leur localisation et de leur type
anatomopathologique.
Mais, avant de les envisager sous
tous leurs aspects et détailler leurs caractéristiques, quelques
points communs doivent être précisés.
A - Quelques généralités :
1- Terminologie :
Le terme de « tendinite » consacré
par l’usage doit être formellement rejeté, dans la mesure où
l’inflammation évoquée par la présence du suffixe « ite » est,
dans la majorité des cas, totalement absente.
Le terme de tendinopathie doit
être adopté, puisqu’il peut englober les différents types sans
préjuger de leur nature exacte.
2- Diagnostic différentiel :
Quel que soit le type de la
tendinopathie, il faut, avant tout, éliminer d’autres
pathologies éventuelles, causes de douleur de la face
postérieure de la cheville et du talon, par l’examen clinique et
les examens complémentaires.
Sans les détailler, il faut citer
:
– les pathologies métaboliques,
notamment l’hyperuricémie et les troubles métaboliques des
lipides ;
– les pathologies inflammatoires,
les spondylarthropathies, surtout chez l’homme jeune ou la
polyarthrite rhumatoïde, révélée dans 1,7 % des cas par une
talalgie, mais aussi les rhumatismes psoriasiques ou le syndrome
de Fiessinger-Leroy-Reiter ;
– les pathologies osseuses, les
tumeurs du calcanéus, le syndrome du carrefour postérieur ou la
fracture de fatigue du calcanéus.
Il ne saurait être question de
s’attarder sur ces diagnostics différentiels, mais c’est là un
point fondamental, car l’expérience montre que le diagnostic de
facilité qui est celui de « tendinite » est trop vite porté, que
ce soit par le patient lui-même, le kinésithérapeute ou le
médecin.
3- Classification :
* Tendinopathies du corps du tendon
:
Il faut adopter la classification
proposée par Puddu et reprise par toutes les publications
récentes.
Elle permet de clairement séparer
les différentes lésions :
– les lésions dégénératives ou «
tendinoses », purement mécaniques et les plus fréquentes ;
– les lésions inflammatoires, plus
rares et limitées au péritendon et, de ce fait, appelées
péritendinites.
Elles peuvent être associées et
l’on parle, avec Puddu, de péritendinite avec tendinose.
* Tendinopathies basses :
Elles sont différentes par
beaucoup de leurs aspects et il convient encore de séparer :
– les enthésopathies, lésions
intéressant exclusivement l’insertion distale du tendon ;
– la « maladie » d’Haglund où la
lésion tendineuse n’est que secondaire au conflit entre angle
postérosupérieur du calcanéus et chaussure.
B - Tendinopathies du corps du tendon
:
1- Tendinoses ou tendinopathies
nodulaires :
* Étiopathogénie :
Au-delà des facteurs de «
vieillissement » du tendon, le sport et l’hyperactivité
représentent les causes directes de la tendinopathie.
Ils sont responsables à la fois de
surmenage et de microtraumatismes répétés.
Entraînements excessifs,
compétitions trop rapprochées, reprise sportive brutale après
une période d’inactivité, modifications des conditions
d’entraînement ou de compétition, qualité du sol, chaussage, etc,
toutes ces causes sont retrouvées dans 60 % des cas, selon
James.
De toutes ces causes, le
kilométrage trop important semble la plus fréquente (29 %).
Toutes ces notions sont maintenant
trop connues pour insister, mais elles doivent être
soigneusement recherchées lors de l’interrogatoire.
Il est certain que les
microtraumatismes répétés et l’hyperutilisation (ou overuse des
Anglo-Saxons) sont à la base même des tendinopathies, au tendon
d’Achille comme à d’autres niveaux (épaule par exemple pour les
tendons de la coiffe des rotateurs).
Le sport intervient encore par un
autre biais.
L’entraînement et la répétition
des efforts entraînent une augmentation de la puissance et du
volume musculaire avec comme conséquence directe la
disproportion volumétrique entre muscle et tendon.
En effet, de nombreux travaux sur
l’animal ont montré que chez l’individu jeune, par entraînement
intensif, le tendon pouvait augmenter en volume et cellularité
dans des rapports de proportionnalité avec le muscle qui
correspondent à ceux d’une croissance normale (Ingelmark cité
par Ippolito).
En revanche, chez l’adulte,
l’entraînement ne conduit qu’à une hypertrophie du ventre
musculaire.
Pour Ippolito « l’entraînement
produit une hypertrophie du tendon quand le tissu tendineux est
en phase de croissance, alors que chez l’animal adulte,
l’entraînement ne produit que l’augmentation de la résistance
tensorielle du tendon ».
Cette disproportion a donc
tendance à s’accentuer avec l’augmentation des doses
d’entraînement.
Pour cette même raison,
l’utilisation des anabolisants pourrait avoir sa part de
responsabilité.
Des facteurs favorisants ont pu
être évoqués, sans que l’on connaisse avec certitude leur rôle :
foyers infectieux larvés, notamment de la sphère ORL, erreurs de
régime alimentaire, insuffisance d’hydratation.
Plus importants, sans doute, sont
les troubles statiques des pieds et des membres inférieurs
soulignés par James.
* Épidémiologie :
Les tendinopathies nodulaires sont
les plus fréquentes des tendinopathies d’Achille.
La course à pied représente à elle
seule la moitié environ des tendinopathies d’Achille et les
courses de fond sont responsables dans 74 % des cas.
Selon Teitz, la prévalence a été
estimée à 11 %chez les coureurs à pied, 9 %chez les danseurs, 5
%chez les gymnastes, 2 %chez les joueurs de tennis. Mais tous
les sports peuvent être responsables.
Pour Schepsis, comme pour tous les
auteurs, la majorité des cas survient dans la quatrième
décennie.
Il est à noter que si, autrefois,
la population des tendinopathies était quasi exclusivement
masculine, actuellement la différence des sexes tend à
s’estomper.
Non seulement la proportion des
femmes sportives a beaucoup augmenté, mais le type des sports
pratiqués par les femmes se rapproche de plus en plus de celui
des hommes (marathon, triathlon, sports collectifs, etc).
* Anatomopathologie :
C’est une lésion du tissu
tendineux lui-même, dont le primum movens est une microrupture.
Elle se situe à l’échelle d’un
trousseau de collagène intéressant un nombre plus ou moins grand
de fibres.
Il s’ensuit des phénomènes de
cicatrisation le plus souvent sous forme d’un nodule, amas de
substance interstitielle, ou, plus rarement, d’un pseudokyste,
cavité néoformée dont la paroi a le même aspect que celui d’un
nodule plein.
La vascularisation est
hyperplasique et irrégulière.
Il n’y a aucune lésion de type
inflammatoire.
* Clinique :
+ Signes fonctionnels :
Ils se résument à la douleur.
Ses caractéristiques permettent de
la classer selon les stades de Blazina :
– stade I : douleur à
l’échauffement disparaissant avec la poursuite de l’effort ;
– stade II : douleur à
l’échauffement s’atténuant ensuite pour réapparaître à la
fatigue.
Elle dessine la courbe désormais
classique de Brunet-Guedj ;
– stade III : douleur permanente
obligeant à l’arrêt du sport.
L’interrogatoire doit s’attacher à
classer ainsi la tendinopathie.
+ Signes physiques :
La palpation retrouve une petite
tuméfaction nodulaire dure, le plus souvent à la partie
postéro-interne du tendon à environ 5 ou 6 cm au-dessus de
l’insertion calcanéenne.
Cette palpation réveille une
douleur locale.
La mise en tension manuelle ou,
surtout, active, en charge, en flexion dorsale forcée, réveille
également la douleur.
La contraction résistée,
recherchée manuellement, n’est pas suffisante pour provoquer la
douleur.
Elle doit être étudiée ici par la
répétition de sauts monopodaux sur la pointe.
Ainsi est retrouvé le trépied
classique des tendinopathies, douleur à la palpation, à la mise
en tension et aux contractions résistées, sans lequel on ne peut
retenir le diagnostic de tendinopathie, quel qu’en soit le
siège.
Un examen général doit compléter
l’examen local à la recherche d’une étiologie possible.
De même, l’interrogatoire du
patient permet une enquête sportive complète.
* Examens complémentaires :
Ils ne sont pas indispensables au
diagnostic, mais sont utiles pour réaliser le bilan lésionnel
et, par la suite, éventuellement, suivre l’évolution.
Les radiographies standards,
parfois nécessaires pour éliminer un diagnostic différentiel,
n’apportent rien au diagnostic positif. Les xéroradiographies ne
sont plus utilisées.
C’est l’échographie qui
aujourd’hui domine.
Le nodule se présente sous forme
d’un épaississement d’aspect hyperéchogène, avec perte de la
structure fibrillaire, alors que le reste du tendon a gardé son
échostructure normale.
Plus rarement, on observe une zone
hypoéchogène localisée, traduisant la présence d’un pseudokyste
ou bien encore des lésions étagées.
Kalebo a montré que l’échographie
réalisée par un opérateur entraîné avait une sensibilité de 94
%, une spécificité de 100 %et, au total, une précision de 95 %,
d’après une étude portant sur 37 patients opérés.
L’imagerie par résonance
magnétique (IRM) est évidemment l’examen de choix, et même de
référence, montrant directement la lésion tendineuse.
Pour Movin, les meilleures
séquences sont obtenues en T1 après injection de gadolinium pour
objectiver les anomalies des signaux intratendineux.
Astrom a comparé échographie et
IRM et a corrélé les résultats avec les constatations
opératoires et histologiques.
L’IRM s’est révélée un peu plus
sensible, mais, aux dires mêmes de l’auteur, l’utilité pour le
diagnostic reste limitée et l’intérêt réside surtout, pour ces
deux examens, dans le pronostic en fonction de la sévérité des
lésions.
Compte tenu de l’ensemble de ces
données, du coût actuel de l’IRM et de la surcharge des
appareils, l’échographie est, sinon le seul examen à demander,
du moins celui de première intention.
* Traitement conservateur :
Il est dominé, d’abord et avant
tout, par le repos sportif au moins relatif, en interdisant la
pratique des sports exposés, au profit d’autres activités
épargnant le tendon d’Achille.
Parallèlement, le traitement
kinésithérapique doit être entrepris, mais dans des conditions
techniques impeccables.
Il repose sur les massages
transverses profonds (technique de Cyriax), à raison de dix
séances, d’environ 10 à 15 minutes chacune, réparties sur 3
semaines.
Les exercices d’étirement sont
l’autre pilier du traitement.
Ils sont réalisés par postures
manuelles et en charge contre l’espalier, et répétées plusieurs
fois par jour par le patient luimême.
Récemment Alfredson, s’inspirant
des travaux de Stanish concernant le traitement des
tendinopathies rotuliennes, a insisté sur les exercices de
musculation en travail excentrique, rapportant 15 excellents
résultats avec reprise du sport au niveau précédent sur 15
patients candidats à la chirurgie après échec des autres
traitements conservateurs.
Cependant, il faut rappeler que la
contraction en travail excentrique est le travail qui entraîne
le maximum de contraintes.
C’est dire que ces exercices de
musculation en excentrique doivent être réalisés sous
surveillance rapprochée et menés avec nuance et discernement.
À ces deux aspects fondamentaux du
traitement, on peut ajouter les traitements physiques
(ultrasons, ionisation), les traitements médicamenteux par voie
générale, les traitements locaux (mésothérapie,
anti-inflammatoires) dont les résultats respectifs sont
diversement rapportés.
Il faut isoler les infiltrations
de corticoïdes encore trop utilisées pour répéter formellement
qu’elles sont totalement contre-indiquées en intratendineux.
En revanche, une ou deux
infiltrations péritendineuses peuvent, à la rigueur, être
proposées, dans des formes particulièrement sévères.
On peut aussi utiliser dans ces
formes un court traitement corticoïde par voie générale.
Dans l’ensemble, ce traitement
conservateur permet 75 à 80 % de guérisons, tout en sachant que
les rechutes sont toujours possibles.
Elles ont d’autant plus de chances
d’être évitées que l’on aura corrigé les erreurs techniques et
éliminé les éventuels facteurs favorisants (foyers infectieux,
erreurs alimentaires, défaut d’hydratation, etc).
* Traitement chirurgical :
Il est réservé aux formes
rebelles, après échec d’un traitement conservateur bien conduit,
bien respecté et poursuivi pendant au moins 3 mois, voire 6 mois
(Myerson).
Il s’adresse quasi exclusivement
aux sportifs de compétition ou suffisamment assidus pour
souhaiter poursuivre leur pratique sportive.
Parfois, la gêne fonctionnelle à
l’activité quotidienne justifie l’intervention à elle seule.
C’est celle qui est adoptée par
beaucoup d’auteurs.
En résumé, son objectif est double
:
– excision des tissus
pathologiques en totalité ;
– « peignage » du tendon en
plusieurs bandelettes longitudinales pour augmenter son volume
grâce au développement d’un tissu cicatriciel de bonne qualité.
Cependant, d’autres auteurs se
limitent à la seule excision du tissu pathologique, suivie de
suture.
Inversement, si l’excision des
tissus pathologiques entraîne une fragilisation du tendon jugée
excessive, un renforcement peut être nécessaire par le plantaris,
un hémitransplant du peroneus brevis pédiculé (B Moyen,
communication personnelle), ou le retournement d’un lambeau
aponévrotique du triceps, selon la technique de Bosworth.
L’intervention se conduit par une
voie d’abord postéro-interne latéroachilléenne, permettant
d’aborder toute la longueur du tendon.
Maffiuli propose une technique
percutanée au travers de cinq petites incisions étagées en
hauteur et latéralement.
Il n’est pas nécessaire de placer
une immobilisation en postopératoire, sauf en cas de
fragilisation excessive du tendon.
Cependant,Alfredson conseille
cette immobilisation pour les 2 premières semaines
postopératoires.
Le port d’une talonnette de 20
mmest conseillé pour les 4 premières semaines, sa hauteur étant
progressivement diminuée.
Parallèlement, la rééducation est
entreprise à base d’étirements, puis de musculation.
Le footing léger peut être
autorisé vers la sixième ou huitième semaine et la vraie reprise
du sport vers le troisième mois, en se fondant toujours sur les
données de l’examen clinique.
Dans l’ensemble des publications,
les résultats sont favorables dans 75 %des cas environ.
Cependant, il faut noter, selon
Alfredson, que même après 6 mois, la force de flexion plantaire,
tant en excentrique qu’en concentrique, n’est pas comparable à
celle du côté sain.
Les mauvais résultats semblent
correspondre à des excisions insuffisantes, à des lésions trop
anciennes, peut-être à l’âge du patient et, surtout, à une
reprise sportive trop précoce.
Pour être complet, il faut ajouter
qu’il a récemment été proposé de traiter ces tendinoses par voie
percutanée stricte ou par voie endoscopique.
L’absence de séries publiées
interdit d’en apprécier valablement les résultats.
2- Péritendinites :
* Étiopathogénie :
Nous ne retiendrons pas sur le
surmenage sportif et les microtraumatismes répétés qui ont, là
encore, la plus grande responsabilité.
Cependant, plus précisément, selon
Rais cité par Kvist, la cause directe serait, soit une fatigue
excessive du muscle, soit un traumatisme de la jonction
musculotendineuse dont la conséquence serait une perturbation
circulatoire avec oedème du muscle et du péritendon.
* Épidémiologie :
Ici encore, la course de fond et
de demi-fond sont les sports le plus souvent en cause, et
souvent chez des sujets plus jeunes que pour les tendinoses.
Pour la majorité des auteurs, dont
Astrom, les péritendinites sont moins fréquentes que les
tendinopathies nodulaires.
Seul Schepsis trouve une
proportion inverse.
* Anatomopathologie :
La connaissance repose surtout sur
les travaux de Puddu et de Kvist.
Elle se caractérise par
l’organisation de dépôts de fibrine entre les feuillets du
peritenomium et par le développement d’adhérences entre le
tendon et les structures avoisinantes.
Sur le plan histologique, il
existe :
– macroscopiquement : un
épaississement du péritendon et une adhérence de celui-ci au
tendon, lui-même d’aspect normal, sauf dans les formes mixtes
associant péritendinite et tendinose ;
– microscopiquement : une
prolifération vasculaire et des cellules authentiquement
inflammatoires.
Il est à noter, toutefois, que
cette notion inflammatoire est actuellement quelque peu
combattue.
* Clinique :
+ Signes fonctionnels :
Ils sont dominés par la douleur,
surtout au dérouillage, avec, notamment, une grande difficulté à
la montée des escaliers.
Elle existe également à l’effort.
Il s’y associe la constatation
d’une augmentation globale du volume du tendon.
+ Signes physiques :
On note un tendon globalement
épaissi et régulier avec empâtement local.
La douleur provoquée est retrouvée
à la pression, soit localisée à la partie moyenne du tendon,
soit sur toute sa hauteur.
Dans un cas sur trois environ, on
peut percevoir un ou plusieurs nodules, caractérisant les formes
mixtes ou combinées, les plus fréquentes pour certains auteurs.
Il n’y a ni épanchement ni
crépitation.
* Examens complémentaires :
Ici encore, l’échographie est
l’examen de choix montrant l’épaississement global du tendon.
L’IRM fournit les mêmes
renseignements.
Ce sont donc là des images toutes
différentes de celles des tendinopathies nodulaires.
Kvist a mis au point une technique
de radiographie après injection d’air dans le triangle
prétendineux de Kager, visualisant ainsi les adhérences
péritendineuses.
* Traitement conservateur :
Il repose sur les mêmes bases que
pour les tendinopathies nodulaires : repos sportif, étirements
et traitements locaux.
Ici, les injections de corticoïdes
péritendineuses paraissent plus justifiées.
Il a été également proposé
d’injecter du sérum physiologique sous pression dans la gaine
tendineuse sous contrôle télévisé, dans le but de dissocier les
adhérences.
Les résultats de ce traitement
conservateur semblent plus aléatoires et les rechutes plus
fréquentes que pour les tendinoses.
* Traitement chirurgical :
Il repose sur la technique décrite
par Kvist.
En résumé, il consiste en un «
épluchage » du tendon pour exciser le peritenomium et en une
ténolyse complète du tendon sur toute sa hauteur et toute sa
circonférence.
Cependant Nelen et Schepsis
conseillent de préserver la face antérieure du tendon pour en
sauvegarder la vascularisation dont nous avons vu qu’elle
atteignait le tendon essentiellement par sa face antérieure.
Dans les formes mixtes, à ces
gestes doivent s’ajouter ceux déjà décrits à propos des
tendinopathies nodulaires.
Pour Kvist, les résultats sont
excellents dans 85 % des cas et pour Schepsis dans 87 %.