Syndromes vestibulaires
(Suite)
Cours de Neurologie
* Vertige positionnel du canal postérieur
:
+ Clinique
:
Le patient se plaint d’un vertige intense rotatoire qui présente trois
particularités :
– il se déclenche uniquement lors des changements de position de
la tête dans l’espace ;
– il est très violent ;
– sa durée est brève, moins de 1 minute.
Les positions de la tête qui déclenchent le vertige sont le plus
souvent celles de la tête en extension ou lorsque le patient se couche
dans son lit le soir, ou passe le matin de la position couchée à la
position assise.
Ce vertige se reproduit à chaque fois que le patient
replace sa tête dans la même position, mais il s’amenuise en intensité
traduisant ainsi sa fatigabilité.
L’interrogatoire est donc d’emblée
très évocateur.
Toutefois, seul l’examen clinique va confirmer le
diagnostic.
L’examen doit être réalisé sous VNG.
Il va consister en la réalisation
de manoeuvres de positionnement décrites par Hallpike.
En
pratique, le patient est assis en travers du lit et on le fait passer
rapidement de la position assise à la position décubitus latéral du
côté qui déclenche le vertige, tête dans le vide et tournée à 45°.
Après une latence de quelques secondes, un nystagmus géotrope
qui bat du côté de l’oreille la plus déclive est observé.
La survenue
de ce vertige s’accompagne d’une sensation de vertige intense.
Nystagmus et vertige s’arrêtent après une dizaine de secondes si la
tête est maintenue dans la même position.
La remise en position
assise déclenche à nouveau un nystagmus battant cette fois en sens
inverse, lequel s’accompagne aussi d’une sensation rotatoire.
La
répétition de ces manoeuvres entraîne une diminution progressive
de ce nystagmus et du vertige.
Vertige et nystagmus sont donc
fatigables.
Le diagnostic de ce vertige repose donc à la fois sur l’interrogatoire
et sur l’examen clinique.
+ Évolution :
La crise de VPPB se répète durant une période de 3 semaines à 1
mois.
Passée cette période, les crises s’estompent, ne laissant alors
au patient qu’une sensation d’inconfort et surtout d’appréhension
lorsqu’il reprend la position déclenchante.
Ce n’est que dans de rares
cas que les crises persistent de façon subintrante réalisant alors un
véritable état de mal vertigineux, gênant le patient dans sa vie
professionnelle.
+ Physiopathologie :
La physiopathogénie est aujourd’hui bien établie et incrimine une
pathologie du canal semi-circulaire postérieur, elle-même secondaire à une atteinte de la macule utriculaire.
Cette lésion se caractérise
par un détachement des otoconies de la macule utriculaire,
lesquelles se déposent à l’endroit le plus déclive de la cavité
labyrinthique, c’est-à-dire sur l’ampoule du canal postérieur.
Ce
détachement peut être d’origine traumatique, infectieuse ou
dégénérative.
En fonction du siège exact du dépôt otoconial, deux théories ont été
proposées :
– la première est celle qui rapporte la présence de masses basophiles
incrustées sur le versant endolymphatique de la cupule.
Elle
suggère que le VPPB résulte d’une cupulolithiase au niveau du canal
semi-circulaire postérieur.
Du fait de cette dernière, la cupule de la
crête ampullaire du canal postérieur, qui à l’origine est un récepteur
sensible aux accélérations angulaires, se transforme en un récepteur
inertiel sensible à la gravité.
Cette hypothèse explique les
caractéristiques du nystagmus observé lorsque le sujet est placé dans
la position déclenchante : son intensité est variable car il dépend de
la taille de la cupulolithiase et de son poids, sa latence est fonction
du temps requis pour déplacer les otoconies.
Finalement, sa
fatigabilité résulte de la dispersion des otoconies sous l’effet des
manipulations répétées.
Toutefois, le sens du nystagmus est opposé
à celui attendu.
Dans la position déclive, la masse otoconiale est
attirée vers le bas, ce qui étire la cupule vers le bas et donc vers
l’utricule.
Cette déflexion inhibitrice du canal postérieur devrait
donc être à l’origine d’un nystagmus battant en sens opposé à celui
observé ;
– la seconde théorie invoque une canalolithiase, c’est-à-dire la
présence d’otoconies, non pas incrustées dans la cupule du canal
postérieur mais flottant librement à l’intérieur du canal lui-même.
Sous l’effet d’un changement de position, ces otoconies
augmentent le flux liquidien provoqué par le déplacement, et donc
l’intensité de la réponse nystagmique.
Enfin, la combinaison d’une canalolithiase à une cupulolithiase a
aussi été proposée.
+ Traitement :
Le traitement dépend du stade évolutif auquel est vu le patient.
Si
le patient consulte au moment des crises ou au cours d’une rechute,
le traitement repose sur des manoeuvres kinésithérapiques.
Deux
types de manoeuvre ont fait la preuve de leur efficacité :
– la manoeuvre d’habituation : le patient doit se placer dans la position
déclenchante pendant plusieurs minutes plusieurs fois par jour.
Au
bout d’un certain temps, ces prises de position déclenchantes vont
aboutir à une atténuation durable des crises ;
– la manoeuvre libératoire : elle consiste à mobiliser vigoureusement
la tête du patient de façon à déplacer la cupulo- ou la canalolithiase.
Cette manoeuvre entraîne souvent une guérison du vertige
positionnel.
Elle peut être reproduite au cours d’une séance suivante
si le vertige positionnel est encore présent.
Si le vertige positionnel
résiste à deux ou trois manoeuvres bien faites, le praticien doit
remettre en cause le diagnostic de VPPB.
En aucun cas, ces
manoeuvres ne doivent être répétées de façon itérative.
Or, il n’est
pas rare de voir en consultation des patients ayant subi plus de 10
manoeuvres et alléguant des sensations d’ébriété permanentes.
Si le patient est vu à distance de la crise, aucun traitement n’est
nécessaire.
Les patients ont souvent trouvé le moyen d’atténuer
l’intensité de leur crise en évitant d’adopter la position déclenchante
et en s’allongeant avec lenteur dans leur lit.
L’examen clinique ne
retrouve lors de la mise en position déclenchante qu’un nystagmus
de faible amplitude et qui n’est pas associé à un vertige.
On
demande alors au patient de reconsulter en cas de rechute.
Dans certains cas rarissimes, la kinésithérapie ne vient pas à bout de
ces crises vertigineuses.
La chirurgie peut alors être proposée.
Elle
consiste en une section du nerf canalaire postérieur ou en un blocage
du canal.
Ces interventions exceptionnelles permettent d’obtenir une
cessation en principe définitive du trouble.
* Vertige positionnel du canal horizontal :
Ce type de vertige positionnel est beaucoup plus rare.
Il survient le
plus souvent non pas lorsque le patient se couche ou se lève mais
lorsque, couché, il se tourne d’un côté ou de l’autre dans son lit.
Son
diagnostic repose cliniquement sur plusieurs types d’arguments :
– il n’est pas déclenché par la mise en décubitus latéral comme celui
du canal postérieur, mais il survient quand le sujet est placé en
position assise, tête penchée en avant, ce qui place ses canaux
horizontaux dans un plan vertical ;
– le nystagmus induit est horizontal et non torsionnel.
Dans cette
position, le sens de la phase rapide du nystagmus indique le côté
malade ;
– il est rarement fatigable ;
– sa latence d’apparition est plus brève (< 5 secondes) ;
– sa durée est plus longue (20 à 60 secondes).
Le traitement repose sur la réalisation d’une manoeuvre libératoire
un peu différente : la manoeuvre dite en « barbecue ».
3- Vertiges traumatiques :
* Fracture du rocher :
Un vertige survenant dans un contexte traumatique doit toujours
faire l’objet d’un examen minutieux.
Un bilan radiologique (scanner,
IRM) doit être systématiquement demandé.
Typiquement, les
fractures du rocher se présentent comme suit : à la suite d’un
traumatisme crânien, le sujet se plaint d’un grand vertige rotatoire
associé à des nausées et vomissements et à une surdité de
perception.
L’examen otoscopique met en évidence un hémotympan,
une otorragie, parfois une otorrhée cérébrospinale.
Un nystagmus
périphérique de type destructif est retrouvé à l’examen VNG.
Les
examens caloriques réalisés après cicatrisation du tympan vont
retrouver une aréflexie vestibulaire unilatérale.
Le test des PEM
induits par des stimuli sonores retrouve une destruction sacculaire.
Enfin, l’audiométrie confirme la surdité de perception. Le bilan
radiologique va permettre de préciser le siège du trait de fracture.
Les fractures transversales du rocher sont les plus fréquentes.
Elles sont responsables des lésions de l’oreille interne par ouverture
du labyrinthe osseux.
Les lésions hémorragiques intralabyrinthiques
induisent des lésions irréversibles du labyrinthe membraneux.
Le traitement consiste, au stade aigu, en l’administration
d’antivertigineux et d’antiémétiques.
Le patient doit ensuite être levé le plus tôt possible afin de faciliter la mise en place de la
compensation vestibulaire centrale.
À distance, la persistance de
vertiges doit conduire à pratiquer un test des PEM induits par des
stimuli galvaniques.
Seul cet examen permet d’apprécier l’existence
éventuelle d’une fonction vestibulaire résiduelle.
Si tel est le cas, une labyrinthectomie chirurgicale peut être proposée en cas de surdité
importante unilatérale, afin de compléter la destruction de
l’épithélium sensoriel vestibulaire.
Si l’audition est assez bien
conservée, une neurotomie vestibulaire est préférable.
* Commotions labyrinthiques
:
Un traumatisme crânien sans trait de fracture peut entraîner une
commotion labyrinthique, qui peut être source de vertiges associés
ou non à une surdité.
Ces symptômes résultent de lésions des épithélia neurosensoriels labyrinthiques et cochléaires.
La surdité de
type perceptif est d’emblée maximale, et elle s’améliore
progressivement dans les 15 jours qui suivent le traumatisme pour
s’améliorer ensuite.
Tel n’est pas le cas des vertiges dont l’allure
évolutive est souvent erratique.
Ils peuvent s’atténuer rapidement
ou persister durant de longs mois.
Une des formes les plus
fréquentes est celle qui réalise un tableau de cupulolithiase.
L’aspect
objectif de ces manifestations vestibulaires est celui d’un syndrome
vestibulaire périphérique avec hypoexcitabilité labyrinthique ou plus
rarement hyperexcitabilité.
La normalisation des épreuves est assez
bien corrélée à celle de la symptomatologie.
Le problème réel posé dans ces cas de traumatismes est le cas de
doléances vertigineuses non associées à des signes objectifs aux
examens vestibulaires complémentaires.
Une expertise doit être alors
réalisée pour trancher quant à l’organicité des sensations
vertigineuses ressenties par le patient.
* Fistules labyrinthiques
:
Une fistule périlymphatique réalise une communication anormale
entre le compartiment liquidien périlymphatique et l’oreille
moyenne.
La fistule filtre le plus souvent à travers une déhiscence
des fenêtres rondes ou ovales.
Cette déhiscence peut être acquise
par traumatisme (brutale, hyper- ou hypopression transmise, soit de
l’espace céphalorachidien au vestibule par le canal cochléaire, soit
de l’extérieur par la trompe d’Eustache), mais elle peut aussi être
congénitale.
Sur le plan clinique, la symptomatologie peut être très
variable, allant de sensations d’instabilité déclenchées par des
changements de position à des vertiges rotatoires invalidants.
Le diagnostic repose sur trois types d’arguments :
– les vertiges surviennent dans les changements de position, suite à
des variations de pression ou à l’occasion d’écoute de sons forts ;
– la surdité associée est fluctuante avec une courbe audiométrique
de type horizontal ;
– il existe un signe de la fistule.
Ce dernier est dit positif quand un
nystagmus est induit sous VNG par une pression digitale exercée
sur le conduit auditif externe.
Cette pression induit un nystagmus
dont le sens et la forme varient selon le siège de la fistule.
En cas de
fistule canalaire, la pression induit un nystagmus qui bat vers
l’oreille atteinte, et le relâchement un nystagmus en sens inverse.
En
cas de fistule dans la région des fenêtres, le tableau inverse est
observé.
En réalité, ces trois signes sont rarement retrouvés de sorte qu’en
cas de suspicion, un scanner en coupes fines doit être réalisé afin
d’affiner le diagnostic.
Une exploration chirurgicale peut aussi être
préconisée.
Elle permet de visualiser la fistule et de réaliser le cas
échéant un comblement de la brèche.
4- Atteintes toxiques du vestibule
:
Les atteintes toxiques du vestibule représentent un modèle de
déafférentation progressive et bilatérale des noyaux vestibulaires.
La
cause la plus fréquente est l’administration intrasystémique
d’aminoglycosides à toxicité vestibulaire comme la streptomycine et
la gentamycine. Une surdité de perception bilatérale est aussi
souvent observée.
* Clinique :
La clinique se réduit à deux types de troubles :
– des troubles de l’équilibre non systématisés, à type d’instabilité ou de
sensation d’ébriété, majorées par l’obscurité ou l’occlusion des yeux.
Des sensations nauséeuses peuvent aussi survenir lors des
mouvements brutaux de la tête.
Ces signes sont en général
méconnus lorsqu’ils surviennent chez un patient alité traité en
réanimation pour une infection sévère ;
– des troubles visuels à type d’oscillopsies.
Ils se caractérisent par
l’incapacité du sujet à distinguer clairement les objets qui l’entourent
lorsqu’il se déplace.
Ces oscillopsies résultent d’une diminution
bilatérale et symétrique du gain du réflexe vestibulo-oculaire.
Les
images du monde visuel ne sont donc plus stabilisées sur la rétine
au cours des mouvements de la tête.
Devant une telle symptomatologie, l’interrogatoire revêt un intérêt
diagnostique majeur.
Il permet d’évoquer l’origine toxique, en
retrouvant la notion de prise médicamenteuse.
Parfois, il a pu
s’écouler un long délai entre la prise médicamenteuse et la
consultation du patient pour cette symptomatologie.
Il est donc
essentiel de rechercher un accident traumatique ou infectieux, et
éventuellement d’obtenir des renseignements auprès du service
hospitalier ou du médecin traitant.
Il est en effet essentiel de préciser
les modalités de la prescription thérapeutique : type d’antibiotiques,
voie d’administration, existence d’une insuffisance rénale antérieure
à la maladie traitée.
L’examen ORL est en général pauvre.
Il n’existe bien souvent aucun
nystagmus spontané. Le test de piétinement aveugle confirme le
déséquilibre.
Toutefois, le test d’Hamalgyi permet de déceler des
saccades de refixation lors des mouvements rapides et aléatoires de
la tête dans l’espace.
Des saccades de refixation sont alors observées,
qui résultent de la diminution bilatérale du gain du réflexe
vestibulo-oculaire horizontal.
* Examens complémentaires
:
Les épreuves caloriques sont indispensables car elles révèlent
l’absence bilatérale de réponse aux stimulations caloriques froide et
chaude.
Cette aréflexie canalaire horizontale est confirmée lors des
épreuves rotatoires et lors du test d’Halmagyi.
Enfin, les épreuves
de torsion cervicale montrent l’existence d’un nystagmus d’origine
cervicale, bilatéral.
La présence de ce nystagmus témoigne de
l’augmentation du gain du réflexe cervico-oculaire, qui s’est mis en
place du fait de la compensation vestibulaire centrale.
La posturographie dynamique montre que le sujet est incapable de se
maintenir en position debout en condition yeux fermés, que la plateforme
soit mobile dans le plan sagittal ou frontal.
L’équitest montre des scores très altérés de la fonction d’équilibration dès la condition
2.
Les conditions 5 et 6 sont souvent responsables de chutes.
L’évolution de cette aréflexie est toujours sérieuse, une
régénérescence des cellules sensorielles dans ce genre d’intoxication
n’ayant jamais été rapportée.
* Physiopathologie :
La pathogénie de cette atteinte vestibulaire bilatérale est maintenant
bien établie.
À partir de son point d’administration, l’antibiotique
diffuse dans les compartiments liquidiens du labyrinthe.
Cette
diffusion est plus rapide pour la périlymphe que pour
l’endolymphe.
Puis, ils ne s’en éliminent que très lentement. Les
aminosides se fixent alors sur les cellules ciliées vestibulaires
entraînant leur destruction.
Le mécanisme intime de la toxicité
cellulaire n’est pas encore élucidé.
L’antibiotique induit une
destruction des stéréocils des crêtes ampullaires et des macules
utriculaires et sacculaires, puis celle des cellules elles-mêmes.
Les
neurones du nerf vestibulaire peuvent aussi être directement lésés
ou ne dégénérer que secondairement du fait de leur déafférentation
fonctionnelle.
* Traitement
:
Il est avant tout préventif.
Toute prescription d’aminoglycosides doit
reposer sur des arguments cliniques et bactériologiques sérieux.
La
fonction rénale doit être soigneusement contrôlée avant, pendant et
après l’administration de l’antibiotique.
Une insuffisance rénale
constitue, en effet, le risque majeur d’une ototoxicité.
Les
concentrations sériques des aminoglycosides doivent être contrôlées.
Les posologies doivent être respectées, tant en ce qui concerne la
dose quotidienne, qui conditionne les pics sériques, que la dose
totale reçue.
Les voies d’administration intramusculaires doivent
être préférées aux voies intraveineuses.
Enfin, toute prescription
d’aminoglycosides doit être précédée, accompagnée et suivie d’une
surveillance cochléovestibulaire.
Une fois les lésions vestibulaires installées, le traitement repose
essentiellement sur la kinésithérapie.
Les séances de rééducation
vestibulaire ont pour but de guider le patient dans un
réapprentissage de la marche et des mouvements.
Lorsque la prise
d’aminoglycosides survient chez un sujet âgé, le handicap sera
souvent définitif, entravant alors considérablement sa vie sociale.
5- Vertiges et intoxication alcoolique :
Dans l’intoxication alcoolique aiguë, le patient présente des vertiges
rotatoires et des troubles de l’équilibre.
Le contexte est souvent
évident.
À l’examen VNG, il existe un nystagmus qui présente une
double propriété :
– il est géotropique (c’est-à-dire qu’il bat vers le sol) ;
– il change de sens au cours de l’épisode ébrieux.
Le mécanisme de cette dysfonction vestibulaire est bien connu.
Il
implique une perturbation transitoire de la densité relative entre
cupule et endolymphe, c’est-à-dire entre les structures
neurosensorielles et leur milieu liquidien.
Ainsi, deux phases sont
observées :
– l’alcool ingéré diffuse d’abord dans les structures bien
vascularisées, notamment la cupule, la rendant plus légère par
rapport à l’endolymphe.
En position couchée, la cupule de l’oreille
déclive a donc tendance à flotter vers le haut, c’est-à-dire en position utriculopète (donc excitatrice).
Des mécanismes inverses se
produisent au niveau de l’oreille opposée. Le nystagmus induit bat
donc vers l’oreille la plus déclive.
Cette première phase dure environ
2 à 3 heures ;
– puis, l’alcool s’élimine en premier de la cupule, la rendant
relativement plus lourde que l’endolymphe.
En position couchée, la
cupule de l’oreille déclive s’abaisse.
Elle est donc en position utriculofuge.
Le nystagmus induit bat donc vers l’oreille la plus
haute.
Cette dernière phase dure 10 à 15 heures.
Il faut mentionner
ici qu’un nystagmus peut s’observer plusieurs heures après
disparition de toute trace d’alcoolémie.
Ainsi, les troubles de l’équilibre au cours d’une intoxication résultent
bien d’une atteinte labyrinthique et non d’une confusion mentale
comme on le crut longtemps.
Toutefois, une atteinte centrale n’est
pas exclue, l’alcool interagissant avec certains types de récepteurs
vestibulaires centraux comme les récepteurs glutamatergiques
NMDA.
B - VERTIGES PAR ATTEINTE DU NERF VESTIBULAIRE
:
1- Névrite vestibulaire
:
La névrite vestibulaire est l’une des causes les plus fréquentes de
vertige périphérique.
Elle est un bon exemple de déafférentation
vestibulaire unilatérale et brutale.
* Clinique
:
La névrite vestibulaire se traduit par l’apparition soudaine d’un
vertige rotatoire associé à des nausées et des vomissements.
Fait
essentiel, aucun signe auditif (surdité, acouphènes) n’est retrouvé à
l’interrogatoire.
L’examen au lit retrouve un nystagmus spontané de
type périphérique : il est horizontorotatoire, unidirectionnel et
diminué en amplitude et en fréquence lors de la fixation oculaire.
La phase rapide de ce nystagmus est orientée du côté de l’oreille
saine puisqu’il s’agit d’un nystagmus de type destructif.
Le reste de
l’examen et en particulier l’examen neurologique est normal.
L’évolution est marquée par une régression assez rapide de la
symptomatologie vestibulaire.
En quelques jours, la sensation
rotatoire et les manifestations neurovégétatives vont s’amender.
Il
persiste quelque temps une sensation de déséquilibre.
* Examens complémentaires
:
Ces derniers ne sont réalisés que le lendemain, étant donné
l’importance de la symptomatologie que présente le patient.
Les
épreuves caloriques et rotatoires confirment l’aréflexie du nerf canalaire horizontal.
Du côté malade, aucune réponse n’est
induite par la stimulation chaude ou froide ou par la rotation
horizontale de la tête du côté lésé.
Seul est enregistré le nystagmus
destructif.
Ces épreuves témoignent de la dysfonction du nerf canalaire horizontal.
Les PEM induits par des stimuli sonores
montrent dans deux tiers des cas une réflectivité normale du saccule
et des voies sacculospinales.
Ceci démontre la conservation d’une
excitabilité normale du nerf sacculaire.
Ces examens
confirment que la névrite vestibulaire résulte le plus souvent d’une
lésion du nerf vestibulaire supérieur.
Ces formes, qui épargnent le nerf vestibulaire sacculaire et
probablement le nerf vestibulaire inférieur (lequel est composé du
nerf sacculaire et du nerf canalaire postérieur), sont de bon pronostic
et elles évoluent souvent vers la récupération en moins de 1 année
d’une excitabilité normale du nerf vestibulaire.
En revanche, dans
un tiers des cas, les réponses sacculaires sont abolies, ce qui
témoigne de l’atteinte plus diffuse du nerf vestibulaire.
L’évolution
de telles névrites atteignant les deux branches supérieure et
inférieure du nerf vestibulaire est souvent moins favorable.
Finalement, le test des PEG est le seul test capable de préciser l’état
de dysfonctionnement total ou partiel du nerf vestibulaire.
En effet,
les courants galvaniques activent les trigger zones des nerfs
vestibulaires issues non seulement des différents canaux mais aussi
des différents récepteurs otolithiques sacculaires et utriculaires.
Ils
permettent de détecter la fonction résiduelle vestibulaire du nerf
vestibulaire.
Ce test a donc une valeur pronostique importante : une
absence de réponse est rare et témoigne d’une atteinte
particulièrement sévère du nerf vestibulaire.
L’audiogramme et
l’impédancemétrie doivent être systématiquement réalisés.
Ils
confirment l’absence d’atteinte cochléaire.
L’IRM n’est demandée que devant un tableau atypique associant
des signes neurologiques ou des céphalées.
Elle permet d’éliminer
une atteinte centrale et aussi un neurinome de l’acoustique, lequel
doit toujours être évoqué, même s’il se révèle rarement par un grand
vertige rotatoire.
* Évolution
:
Le patient doit être régulièrement surveillé par les différents tests
évoqués plus haut.
Notamment, les épreuves caloriques répétées
permettent de monitorer le retour à une fonction normale du nerf
vestibulaire.
Ces dernières peuvent se normaliser plus ou moins
rapidement, en 1 ou plusieurs mois ou années.
La VNG et les tests
de l’équilibre (équitest, posturographie statique et dynamique)
permettent de monitorer la compensation vestibulaire centrale, qui
se met en place dans les semaines qui suivent l’accident initial.
Le
nystagmus spontané s’amende progressivement, mais en cas de nonrécupération
de la fonctionnalité du nerf vestibulaire, il n’est pas
rare de le retrouver sous VNG lorsque le patient est placé en
décubitus dorsal.
Il témoigne d’une asymétrie persistante entre les
deux complexes vestibulaires.
L’équitest montre au début un score
effondré dans les conditions 5 et 6 (plate-forme asservie, yeux fermés
ou vision stabilisée), conditions qui testent la participation du
système vestibulaire aux fonctions d’équilibration. Puis, ce score
récupère au cours du temps.
Une rééducation vestibulaire chez un
kinésithérapeute spécialisé peut être utile, en aidant le patient à
retrouver des fonctions d’équilibration normales.
Finalement, il n’est
pas rare d’observer dans les suites des formes de névrite épargnant
le nerf vestibulaire inférieur, un VPPB.
En effet, l’atteinte virale
peut être à l’origine d’une canalolithiase.
La préservation de la
fonction du nerf canalaire postérieur explique la survenue de tels
vertiges positionnels chez un patient qui reste aréflexique aux
épreuves caloriques.
Les manoeuvres préalablement mentionnées
viennent alors à bout de ce vertige résiduel.
* Physiopathologie :
La physiopathogénie communément admise est celle d’une cessation
brutale d’activité d’un nerf vestibulaire, faisant de cet incident
l’équivalent d’une paralysie vestibulaire analogue à une paralysie
de Charles Bell.
Il s’ensuit une asymétrie brutale d’activité des
noyaux vestibulaires du côté lésé et du côté intact.
Les neurones
vestibulaires centraux du côté de la névrite s’arrêtent de décharger,
alors que les neurones controlatéraux ont une activité de décharge
inchangée voire augmentée du fait des voies commissurales
inhibitrices qui relient certains noyaux vestibulaires comme les
noyaux vestibulaires médians.
Cette asymétrie d’activité est
responsable du vertige rotatoire, du nystagmus spontané, des
troubles de l’équilibre ainsi que des nausées et des vomissements
observés au stade aigu.
Progressivement et du fait de la plasticité postlésionnelle du système nerveux central, les neurones
vestibulaires centraux du côté lésé récupèrent une activité de
décharge normale alors même que les neurones du nerf vestibulaire
restent silencieux, et une nouvelle symétrie d’activité entre les
complexes vestibulaires ipsi- et controlatéraux à la lésion est
récupérée.
Cette récupération neuronale se traduit fonctionnellement
par une disparition de la crise vertigineuse, du nystagmus spontané
et par le retour à une fonction d’équilibration subnormale.
L’étiologie de l’affection semble être virale.
Trois ordres
d’arguments militent en sa faveur :
– le contexte épidémiologique avec la notion de survenue par
épidémies saisonnières ou familiales, l’association dans les semaines
qui précèdent l’incident à une infection des voies aériennes
supérieures, l’existence concomitante d’une polyneuropathie
crânienne ;
– les épreuves sérologiques qui montrent une protéinorachie
évocatrice d’une démyélinisation ou des anticorps antiviraux.
Le virus responsable ne peut être identifié.
Toutefois, le virus Herpès
simplex semble le candidat le plus probable ;
– les études histopathologiques de rochers qui ont retrouvé des lésions
virales caractéristiques.
À la suite d’une infection inaugurale, le
virus se dissémine dans l’organisme puis reste quiescent dans les
ganglions de certains nerfs crâniens dont les ganglions vestibulaires.
À l’occasion d’une affection intercurrente, le virus se réveille et
induit une réaction auto-immune responsable d’inflammation,
d’oedème et de démyélinisation.
Une étiologie vasculaire peut dans certains cas ne pas être éliminée,
notamment chez des sujets hypertendus ou présentant un terrain
vasculaire.
* Traitement
:
Le traitement vise d’abord à soulager le patient en proie à une
violente sensation vertigineuse et à des vomissements.
Il consiste en
l’isolement du patient, en la prescription d’antivertigineux majeurs,
d’antiémétiques, voire de drogues sédatives.
Ces dernières ne
doivent être prescrites que pendant la période critique car au-delà
elles retarderaient la mise en place de la compensation vestibulaire
centrale.
Une corticothérapie par voie générale à doses fortes et
rapidement régressive peut aussi être préconisée.
De multiples
études ont montré son efficacité, ce qui est en accord avec
l’éthiopathogénie de la névrite vestibulaire en tant que neuropathie
oedémateuse d’origine virale.
Dès la phase aiguë passée, le traitement repose sur une mobilisation
énergique du patient.
Ce dernier est levé le plus vite possible afin
de favoriser la compensation vestibulaire centrale.
Progressivement,
les autres afférences des noyaux vestibulaires déafférentés, afférences
visuelles, proprioceptives et vestibulaires controlatérales, se
substituent aux afférences vestibulaires manquantes.
La rééducation
vestibulaire pratiquée par des rééducateurs spécialisés facilite cette
compensation, et donc le retour à des réflexes de stabilisation
posturale et oculomotrice normaux.
2- Neurinome du VIII et autres tumeurs de l’angle
:
Ces lésions sont souvent des découvertes d’imagerie devant un
vertige atypique ou d’autres signes d’appel tels des troubles de
l’équilibre, surdité, acouphènes.
Dans les neurinomes du VIII, il est
à signaler que les manifestations vertigineuses sont rarement
révélatrices.
Ceci s’explique par le développement lent de ces
tumeurs et donc par les mécanismes de compensation centrale qui
se mettent peu à peu en place.
En général, les neurinomes du VIII
sont révélés par une surdité unilatérale de perception.
Les vertiges,
quand ils sont présents, peuvent revêtir toutes les formes, méniériformes, positionnels, etc.
Les examens caloriques et rotatoires révèlent souvent une hyporéflexie ou une aréflexie du côté de la surdité.
Les test des PEM
induits par des clicks sonores de forte intensité montrent souvent
une absence de réponse du même côté.
Ces anomalies associées à la
surdité nécessitent de réaliser des potentiels évoqués auditifs (PEA)
qui permettent le plus souvent de préciser l’origine rétrocochléaire
de la surdité.
L’IRM finalement permet seule de visualiser le
neurinome, de préciser sa taille et sa localisation intracanalaire ou
dans l’angle pontocérébelleux.
À cette occasion, d’autres
tumeurs de l’angle pouvant être sources de vertiges sont révélées :
méningiomes, kystes épidermoïdes, etc.
Le point important ici est de savoir demander une IRM devant tout
dysfonctionnement unilatéral et inexpliqué de la VIIIe paire
crânienne.
C - LÉSIONS VESTIBULAIRES CENTRALES :
Le vertige central résulte d’une lésion située au niveau des voies
vestibulaires centrales, lesquelles incluent les noyaux vestibulaires
et leurs projections oculomotrices, spinales, corticales et
cérébelleuses.
Il se caractérise souvent par l’absence de surdité,
l’association du vertige à d’autres déficits neurologiques, et l’aspect
du nystagmus qui ne ressemble en rien à un nystagmus
périphérique.
Il est fréquemment pluridirectionnel, et non ou peu
inhibé par la fixation oculaire.
Les étiologies sont nombreuses.
Ne
sont rapportées ici que quelques causes les plus fréquentes : la
sclérose en plaques, l’épilepsie vestibulaire, le syndrome de
Wallenberg, l’insuffisance vertébrobasillaire, l’ataxie familiale et les
anomalies de la charnière cervico-occipitale.
1- Sclérose en plaques
:
Dans cette pathologie démyélinisante du SNC, le vertige n’est
inaugural que dans 10 % des cas.
En revanche, les troubles de
l’équilibre sont fréquemment rencontrés.
Trois signes doivent alors
attirer l’attention : leur survenue chez un adulte jeune, leur
association avec d’autres signes neurologiques et leur évolution
spontanément résolutive.
La présence d’un nystagmus de type
central à l’examen VNG oriente le diagnostic.
Toutefois, le signe le
plus évocateur et qui doit être recherché est celui qui traduit une ophtalmoplégie internucléaire.
Il peut être visualisé en demandant
au sujet d’excentrer son regard.
Dans cette position oculaire, l’oeil
qui se déplace en abduction présente un nystagmus de forte
amplitude, alors que l’oeil qui se déplace en adduction est en retard
sur l’autre.
Ce signe est le témoin d’une atteinte du faisceau
longitudinal médian et a une grande valeur diagnostique.
Les examens complémentaires confirment l’atteinte centrale : hyperréflexivité vestibulaire bilatérale aux épreuves caloriques, tests
d’oculomotricité (poursuite et saccades oculaires) anormaux, noninhibition
du nystagmus par la fixation.
La fonction auditive est le
plus souvent normale.
Le diagnostic repose sur un faisceau d’arguments cliniques, paracliniques et évolutifs.
L’IRM est l’examen le plus sensible
quoique non spécifique.
Il doit comporter au minimum les
séquences suivantes : T1, FLAIR, T2 double écho, T1 réalisée 5
minutes après injection d’une simple dose de gadolinium.
L’IRM
révèle des hypersignaux en séquence T2 qui peuvent être diffus.
Au moins trois des quatre critères suivants sont requis pour
retenir le diagnostic de SEP :
– lésion T1 rehaussée par le gadolinium ou neuf lésions hyperintenses T2 ;
– au moins une lésion sous-tentorielle ;
– au moins une lésion juxtacorticale ;
– au moins trois lésions périventiculaires.
La ponction lombaire peut être utile en révélant une formule
inflammatoire (hypergammaglobulinorachie à répartition
oligoclonale).
Le traitement de la crise vertigineuse repose sur la
corticothérapie.
2- Épilepsie partielle à symptomatologie vertigineuse
:
L’épilepsie vestibulaire est une forme d’épilepsie rare.
Elle se
manifeste par un syndrome vertigineux qui résulte de décharges
épileptiques des neurones du lobe temporal ou du cortex pariétal
associatif.
Le patient se plaint d’une sensation de déséquilibre
soudaine et d’un vertige rotatoire ou linéaire.
Ce vertige est associé
dans la plupart des cas par un mouvement de rotation de la tête,
des yeux ou du corps.
Des nausées sans vomissements peuvent
aussi être rapportées.
Ces symptômes durent quelques secondes ou
minutes.
Quand des acouphènes ou des paresthésies controlatérales
précèdent ou accompagnent la crise, le site épileptique est le plus
souvent dans la partie latérale et supérieure du lobe temporal.
Parmi les formes cliniques, il est classique de rapporter le nystagmus
épileptique.
Ce nystagmus qui peut être rotatoire,
horizontal, et qui peut changer de direction est le plus souvent
retrouvé dans les lésions occipitales ou des zones temporo-pariétooccipitales.
Le diagnostic repose le plus souvent sur
l’électroencéphalogramme (EEG) qui montre des pointes-ondes dans
les régions temporopariétales.
Le traitement repose sur la prise
d’antiépileptiques type carbamazépine ou phénytoïne.
3- Syndrome de Wallenberg
:
Le syndrome de Wallenberg résulte d’une occlusion des branches
de l’artère vertébrale, qui induit une nécrose aiguë de la région rétroolivaire
du bulbe, siège des noyaux vestibulaires.
Il survient
souvent dans les cas d’artère vertébrale hypoplasique se terminant
en artère cérébelleuse postéro-inférieure.
Dans la forme typique, le syndrome de Wallenberg se caractérise
par un grand vertige rotatoire associé à des nausées et des
vomissements durant plusieurs heures ou plusieurs jours.
L’examen VNG met en évidence un nystagmus unidirectionnel dont la phase
rapide est orientée du côté opposé à la lésion.
Surtout, l’examen
clinique retrouve une paralysie de l’hémivoile, de l’hémilarynx et de la corde vocale.
Il existe également une anesthésie faciale de type thermoalgique (respectant la sensibilité tactile), une anesthésie
cornéenne, un syndrome de Claude Bernard-Horner (myosis,
énophtalmie, rétrécissement de la fente palpébrale).
De plus, une
hypoesthésie cutanée faciale est présente du côté opposé, réalisant
un syndrome sensitif alterne.
Ces signes sont le témoin d’un accident
ischémique du territoire vascularisé par l’artère vertébrale.
Dans certains cas, une réaction otolithe-oculaire (ocular tilt reaction)
peut être observée.
Elle inclut une bascule de la tête dans le plan
frontal, une torsion oculaire, un non-alignement des yeux dans le
plan vertical (un oeil est abaissé vers le bas tandis que l’autre est
orienté vers le haut) et une déviation de la verticale subjective du
côté de la lésion.
Ce syndrome peut être associé à des sensations de latéropulsion du côté de l’inclinaison de la tête.
Cette réaction otolithe-oculaire n’est pas pathognomonique d’une atteinte centrale.
Elle est un signe de déafférentation otolithique aiguë qui peut être
d’origine périphérique ou centrale.
Les examens complémentaires
vestibulaires otolithiques et le contexte permettent généralement de
trancher entre ces deux origines.
Ce syndrome résulte le plus
souvent de lésions ischémiques des noyaux vestibulaires médian et
supérieur.
Le pronostic de ces lésions à court terme est relativement bon.
4- Accident ischémique vertébrobasillaire :
Les accidents ischémiques vertébrobasillaires résultent d’ischémies
transitoires des structures nerveuses vascularisées par le tronc
basilaire et les artères vertébrales.
Deux types d’ischémie
vasculaire du système vestibulaire sont en général distingués : une hypoperfusion du système vertébrobasillaire entraînant des
ischémies de multiples sites périphériques et centraux, et une
hypoperfusion du territoire d’une artère plus distale, qui induit une
ischémie circonscrite.
Les lésions de l’artère vertébrale extracrânienne distale (dissections
ou artérite temporale) induisent le plus souvent des infarctus
cérébelleux dans le territoire vascularisé par l’artère cérébelleuse
postéro-inférieure.
Les lésions des artères vertébrales intracrâniennes provoquent
souvent des infarctus bilatéraux dans le territoire des artères
cérébelleuses postéro-inférieures, et des infarctus médullaires
progressifs ou de multiples infarctus cérébelleux.
Parfois, une
occlusion de l’artère cérébelleuse postéro-inférieure, plus
fréquemment observée chez les sujets de race noire, peut être à
l’origine d’un infarctus de la partie postérieure du cervelet.
Les occlusions des artères basillaires, incluant l’artère basilaire
proximale, induisent des infarctus des territoires vascularisés par les
artères cérébelleuses antéro-inférieures.
La symptomatologie est
alors dominée par des signes d’atteinte du tronc cérébral.
L’artère
cérébelleuse antérieure est souvent impliquée dans les occlusions de
l’artère basillaire rostrale.
Dans ce type de lésion, la lésion est le
plus souvent de type embolique.
Ces emboles intra-artériels peuvent
venir de plaques ulcérées de l’arc aortique.
* Symptomatologie :
+ Infarctus du territoire de l’artère cérébelleuse postéro-inférieure
:
La tétrade inaugurale : céphalées, vertiges, nausées ou vomissements
est inconstante.
Les vertiges rotatoires sont les plus fréquents et
surviennent plus volontiers lors des mouvements de rotation et
d’extension de la tête.
Ils sont souvent associés à des céphalées
occipitales, des signes visuels à types d’accès de diplopie,
d’amaurose bilatérale ou d’hémianopsie latérale homonyme, et à des
signes sensitifs à type de dysesthésies ou paresthésies cheiro-orales
ou des membres, volontiers à bascule.
Finalement, la survenue des
chutes brèves par dérobement soudain des membres inférieurs peut
également être retrouvée à l’interrogatoire. Un nystagmus est très
souvent retrouvé horizontal ou vertical.
L’aire nécrosée intéresse
souvent un territoire triangulaire à base postérieure s’enfonçant en
coin dans la partie interne du lobule semi-lunaire inférieur, la partie
inférieure du vermis jusqu’au tiers postéro-interne de l’amygdale.
Des formes vestibulaires pures peuvent aussi être observées.
Elles
sont le plus souvent secondaires à un infarctus du territoire de la
branche médiane de l’artère cérébelleuse postéro-inférieure.
Lorsque
la lésion de l’artère cérébelleuse est associée à un infarctus du
territoire de l’artère cérébelleuse antéro-inférieure ou l’artère
cérébelleuse supérieure, elles peuvent être responsables d’un
syndrome de Wallenberg complet ou partiel.
+ Infarctus du territoire de l’artère cérébelleuse antéro-inférieure
:
Ces infarctus sont plus rares que ceux de l’artère cérébelleuse
postéro-inférieure.
Ils ont une distribution pontocérébelleuse, et
incluent la région latérale pontine (région médiane et tiers inférieur)
et la partie antérolatérale du cervelet, incluant spécialement le
pédoncule cérébelleux moyen, le flocculus et la partie antérieure des
lobules cérébelleux à l’exception du lobule antérieur.
Les symptômes
cliniques incluent des vertiges, des vomissements, des acouphènes
et une difficulté à parler.
On observe souvent une surdité, une
paralysie faciale ipsilatérale, une perte de la sensibilité trigéminale,
un syndrome de Horner, une dysmétrie et sur le côté opposé une
perte de la sensibilité thermoalgique sans atteinte faciale.
Les
symptômes qui les différencient du syndrome de Wallenberg sont la
paralysie faciale ipsilatérale sévère, la surdité, les acouphènes et les
déficits sensitifs de la face.
+ Infarctus du territoire de l’artère cérébelleuse postéro-inférieure
médiane
:
Ces infarctus peuvent être cliniquement silencieux ou se révéler
selon trois patterns principaux : vertiges isolés, vertiges associés à
une latéropulsion du tronc, une dysmétrie et un déséquilibre, un
syndrome de Wallenberg.
+ Infarctus du territoire de l’artère basillaire :
Les lésions ischémiques de l’artère basillaire peuvent se manifester
par un nystagmus vertical inférieur lorsqu’elles induisent des lésions
bilatérales paramédianes au niveau des noyaux vestibulaires, ou un
nystagmus vertical supérieur lorsque la lésion est située au niveau
de la jonction pontomédullaire ou de la jonction
pontomésencéphalique.
Lorsque les lésions ischémiques sont
unilatérales et situées au niveau des voies pontomésencéphaliques
le long du faisceau longitudinal médian, une réaction otolitheoculaire
est fréquemment observée.
La direction de la déviation de
la tête, de la cyclotorsion oculaire et de la perception de la verticale
subjective permet de déterminer le niveau et le côté de la lésion du
tronc cérébral.
Lorque toutes les déviations se font du côté de l’oeil
le plus bas, les lésions sont pontomédullaires et caudales.
Dans le
cas inverse, les lésions sont pontomésencéphaliques et rostrales.
Le terrain fait ici partie intégrante du diagnostic.
Il est généralement
celui de l’artérosclérose avec ses facteurs favorisants (hypertension
artérielle [HTA], diabète, obésité, hypercholestérolémie, tabagisme).
Une imagerie (scanner et RMN) est nécessaire pour visualiser les
territoires infarcis et éventuellement pour détecter le siège de la
lésion occlusive par une étude des flux sanguins artériels.
Un
doppler cervical et transcrânien permet de préciser les lésions
occlusives.
Un bilan sanguin est indispensable comprenant un
hématocrite, une mesure du taux de fibrinogène, du temps de
prothrombine et de l’activation partielle de la thromboplastine, et
une numération plaquettaire.
Finalement, l’échographie transoesophagienne et le monitoring du rythme cardiaque sont
nécessaires quand les signes cliniques plaident en faveur d’une
origine cardiaque.
Rappelons que les emboles d’origine cardiaque
représentent les deux cinquièmes des infarctus cérébelleux.
Le traitement repose sur la prise d’antiagrégants plaquettaires, voire
d’anticoagulants.
L’éviction de mouvements brusques de rotation et
d’extension de la tête doit être conseillée.
Le traitement chirurgical
reste exceptionnel.
Il consiste en l’exclusion chirurgicale d’une
plaque d’athérome sténosante d’un ostium vertébral ou d’un tronc
supra-aortique, voire en une plastie de la carotide interne.
4- Anomalies de la charnière occipitoatloïdienne
ou malformation d’Arnold Chiari :
Les anomalies de la charnière occipitocervicale peuvent être sources
de sensations vertigineuses par compression et souffrance des
centres ou par irritation des mécanorécepteurs cervicaux.
L’origine
de ces vertiges peut donc être centrale ou périphérique.
Les vertiges
sont souvent déclenchés par la position de la tête simulant un VPPB
atypique.
Ils s’accompagnent exceptionnellement de signes
neurologiques bulbaires (troubles de la déglutition, de la parole et
de la mobilité linguale) ou de signes de souffrance cervico-occipitale
(douleurs cervicales aggravées par les efforts).
L’examen VNG révèle un signe caractéristique : l’existence d’un
nystagmus oculaire qui souvent se modifie en amplitude et en
fréquence selon les différentes positions de la tête dans l’espace.
Il a
été classiquement décrit comme étant typiquement vertical
inférieur, mais de nombreuses études ont maintenant montré qu’il
pouvait être aussi horizontal, plus rarement torsionnel.
Le diagnostic
est radiologique (IRM centrée sur la charnière cervico-occipitale).
Dans les formes graves, un traitement chirurgical visant à
réparer la malformation est effectué.
5- Ataxie familiale périodique
:
L’ataxie familiale périodique est une affection rare et héréditaire
(transmission autosomique dominante).
Deux types sont
actuellement distingués sur la base d’arguments cliniques :
– l’ataxie épisodique type 1 (EA1) qui ne s’accompagne pas de
vertiges mais qui est associée en période intercritique à des
myoclonies ;
– l’ataxie épisodique type 2 (EA2) qui se traduit souvent par des
vertiges et qui est associée en période intercritique à un nystagmus.
Ces deux formes se différencient aussi par la durée des symptômes
(de l’ordre de la seconde ou de la minute pour la forme EA1 et de
l’ordre d’heures ou de jours pour la forme EA2 et les facteurs
déclenchants [exercice pour la forme EA1 et stress pour la forme
EA2]).
L’âge d’apparition est aussi différent, entre la 5e et la 7e année
de vie pour l’ataxie de type 1, et depuis l’enfance jusque la sixième
décade de vie pour l’ataxie de type 2.
L’ataxie de type 2 peut se révéler par des vertiges qui peuvent être
rotatoires, mais le plus souvent le patient se plaint d’instabilité et de
désorientation spatiotemporelle.
Un nystagmus vertical supérieur ou
inférieur peut être observé ainsi qu’une diplopie, un nystagmus
positionnel, des nausées et des vomissements.
Des acouphènes, une
dysarthrie et des paresthésies peuvent être observés.
Les anomalies
oculaires résultent d’une atteinte du vestibulocerebellum et du
vermis postérieur.
Ces ataxies familiales résultent d’anomalies des canaux potassium voltage-dépendants (type EA-1 : mutation sur le chromosome 12p13)
ou calciques (type EA2 : mutation sur le chromosome 19p).
Le traitement repose sur l’acétazolamide (62 à 750 mg/j).
Cette
drogue qui inhibe l’anhydrase carbonique doit être donnée sous
surveillance médicale étroite car elle présente de nombreux effets
secondaires (augmentation de la diurèse, acidose métabolique, fuite
de potassium).
Le sulthiame peut aussi être efficace dans les formes
de type I.
Conclusion
:
Les syndromes vestibulaires sont des causes fréquentes de vertiges et
d’instabilité.
Les signes d’accompagnement, le contexte dans lequel ils
surviennent et surtout l’examen VNG permettent le plus souvent d’en
présupposer l’origine.
Les examens complémentaires, les épreuves
caloriques, l’audiogramme, les potentiels évoqués myogéniques
confirment souvent le diagnostic, et évitent au patient des examens plus
invasifs.
Toutefois, tout vertige atypique associé à un nystagmus de
type non périphérique doit conduire à la réalisation d’une IRM, laquelle
sera la seule à confirmer ou infirmer le diagnostic suspecté par l’examen
clinique.