Syndromes paranéoplasiques endocriniens Cours
d'endocrinologie
Généralités
:
On appelle syndrome paranéoplasique endocrinien l’ensemble des
manifestations cliniques et/ou biologiques résultant de la sécrétion
excessive par des cellules tumorales, d’une substance à activité
hormonale, alors que le tissu qui a donné naissance à la tumeur
n’est pas physiologiquement une source importante de cette
hormone.
La sécrétion inappropriée de substances à activité hormonale est
probablement le plus fréquent des syndromes paranéoplasiques.
Les critères diagnostiques du syndrome paranéoplasique
endocrinien incluent : l’évolution des signes d’hypersécrétion
hormonale parallèlement au développement de la tumeur et leur
disparition après exérèse complète, la détection de l’hormone et de
son messager dans le tissu tumoral, la sécrétion de cette substance
par les cellules mises en culture, et surtout un gradient artérioveineux de concentration hormonale au niveau de la tumeur.
Le terme de « sécrétion hormonale ectopique » proposé par Liddle
en 1969 et très largement utilisé depuis est, dans beaucoup de
cas, inadapté, on le sait aujourd’hui.
Il présuppose que le tissu
devenu tumoral ne produisait pas physiologiquement l’hormone
responsable du syndrome paranéoplasique.
En réalité, ces hormones
sont souvent présentes en petite quantité dans les cellules normales
à l’origine de ces tumeurs.
À titre d’exemple, les hormones
responsables des syndromes paranéoplasiques associés aux cancers anaplasiques du poumon (hormone antidiurétique, ACTH,
calcitonine...) sont synthétisées normalement par les cellules
neuroendocrines de la muqueuse bronchique.
Les carcinomes
squameux s’accompagnent fréquemment d’une hypercalcémie par
sécrétion de parathyroid hormone related peptide (PTHrP).
Cette PTHrP est en fait un produit physiologique des kératinocytes et des
cellules mammaires. L’human chorionic gonadotrophin (hCG),
considérée comme une hormone placentaire, est en réalité produite
en petite quantité par de très nombreux tissus, ce qui explique
probablement sa fréquente sécrétion par les tumeurs.
Les hormones produites par des tumeurs « non endocrines » sont
presque toujours des peptides et presque tous les peptides à activité
hormonale ont pu être décrits dans de telles sécrétions,
bien qu’avec une fréquence très variable.
Parmi les hormones dont
la sécrétion paranéoplasique est (relativement) commune, on compte
la PTHrP et l’ACTH.
Au contraire, l’insuline, la growth hormone
(GH), la prolactine ou encore les glycoprotéines follicle stimulating
hormone (FSH), luteinizing hormone (LH), thyroid stimulating hormone
(TSH), ne sont jamais ou exceptionnellement sécrétées par des
tumeurs non hypophysaires.
La raison en est peut-être pour ces
dernières la nécessité d’exprimer deux sous-unités différentes, de les
glycosyler et de les assembler pour obtenir une hormone active.
À
noter toutefois que l’hCG, qui a la même structure glycoprotéique et
dimérique, est produite de façon assez fréquente par des tumeurs
non trophoblastiques.
Cette observation peut être rapprochée d’une
expression relativement large de l’hCG, à faible concentration, dans
des tissus normaux.
Ainsi, certaines hormones peptidiques sont plus que d’autres
susceptibles d’être à l’origine d’un syndrome paranéoplasique, ceci
dépendant probablement des mécanismes moléculaires impliqués
dans leur expression physiologique dite encore « tissu spécifique ».
Les hormones stéroïdes et thyroïdiennes ne sont pas sécrétées par
des tumeurs non endocrines, mais seulement par de très rares
tératomes contenant des éléments glandulaires.
Leur synthèse
nécessite en effet de multiples étapes enzymatiques, donc
l’expression de nombreuses protéines, spécifiques des tissus
produisant des stéroïdes.
Le cas du 1-25OH cholécalciférol, produit
par certains lymphomes (ainsi que par des macrophages dans le
cadre de maladies granulomateuses), est particulier : seule est
nécessaire, en fait, la 1-hydroxylation du précurseur circulant, le 25
OH cholécalciférol.
Bien que les manifestations cliniques et biologiques varient
beaucoup en fonction de l’hormone en cause, les sécrétions
hormonales paranéoplasiques possèdent un certain nombre de
caractéristiques communes :
– production fréquente de précurseurs polypeptidiques, mal clivés
ou mal glycosylés, ayant une activité biologique réduite.
Les signes
cliniques n’apparaissent donc que pour des masses tumorales
importantes (une exception notable étant la sécrétion d’ACTH par
un carcinoïde bronchique) ;
– certaines tumeurs peuvent mimer un syndrome d’hypersécrétion
hormonale sans sécréter l’hormone habituellement en cause.
Par
exemple, une hypercalcémie maligne est souvent la conséquence,
non d’une hypersécrétion de PTH, mais d’un peptide de structure
proche, la PTHrP.
Des tumeurs mésenchymateuses responsables
d’hypoglycémies ne sécrètent pas d’insuline mais de l’insulin-like
growth factor (IGF) II, facteur de croissance ayant une activité
hypoglycémiante à forte concentration.
Les mécanismes moléculaires aboutissant à ces hypersécrétions
hormonales « ectopiques » restent très mal connus et sont
probablement variables en fonction des tumeurs.
Nous envisagerons les syndromes de sécrétion hormonale
paranéoplasique d’un point de vue clinique et biologique ; nous
évoquerons dans chaque cas les tumeurs les plus souvent en cause,
les mécanismes moléculaires et enfin les traitements qui peuvent être
proposés.
Syndrome de Cushing :
A - SÉCRÉTIONS ECTOPIQUES D’ACTH :
Parmi les hormones de l’antéhypophyse, l’ACTH possède une
singularité : elle peut, de façon non exceptionnelle être produite par
une tumeur non hypophysaire.
Cette relative fréquence des
sécrétions ectopiques d’ACTH explique sans doute que ce syndrome
ait été à l’origine du concept de sécrétion hormonale ectopique.
1- Aspects cliniques et biologiques, tumeurs en cause
:
La présentation classique d’une sécrétion ectopique d’ACTH
correspond aux descriptions les plus anciennes.
Il s’agit de
tumeurs malignes, invasives, parmi lesquelles environ 50 % sont des
cancers anaplasiques à petites cellules.
Les tumeurs thymiques sont
aussi fréquentes ainsi que les tumeurs pancréatiques.
De façon
beaucoup plus rare, ont été rapportées des tumeurs ovariennes,
rénales, digestives, testiculaires, des cancers médullaires de la
thyroïde, des phéochromocytomes..., ou même une sécrétion diffuse
par le système neuroendocrine pulmonaire.
Ils sont responsables
d’un syndrome de Cushing sévère et rapidement évolutif, où
prédominent les signes d’hypercatabolisme protidique avec
amyotrophie, l’altération de l’état général, l’hypertension, les
oedèmes, l’hypokaliémie avec alcalose, parfois un diabète.
Une
mélanodermie est fréquemment associée.
Les taux d’ACTH et de cortisol sont élevés, habituellement plus que
dans la maladie de Cushing hypophysaire, non influencés par les
tests dynamiques classiques : freinage fort à la dexaméthasone,
stimulation par la métopirone, la vasopressine ou la CRH
(corticotrophin releasing hormone).
Mais, à l’opposé de cette symptomatologie bruyante et de diagnostic
aisé, un autre type de sécrétion ectopique d’ACTH existe également,
parfois qualifié d’« occulte » ou de « chronique ».
L’hypercortisolisme est discrètement progressif et mime
cliniquement une maladie de Cushing.
Le diagnostic est d’autant
plus délicat que ces tumeurs se comportent parfois biologiquement
comme des tumeurs hypophysaires.
Des réponses de type corticotrope peuvent être observées sous freinage fort à la
dexaméthasone (environ un tiers des cas) et même sous
métopirone, CRH et/ou vasopressine.
Ces patients sont porteurs
de petites tumeurs, souvent bénignes, difficiles à visualiser.
Il s’agit
dans la majorité des cas de tumeurs carcinoïdes développées à partir
de cellules neuroendocrines de l’arbre bronchique, possédant un
haut degré de différenciation neuroendocrine.
2- Approche moléculaire
:
La maturation de la pro-opiomélanocortine (POMC) en ACTH, telle
qu’elle existe physiologiquement dans l’antéhypophyse grâce à
l’action de la prohormone convertase PC1, est souvent altérée dans
les sécrétions ectopiques.
Cela s’explique par le fait que les
tissus néoplasiques ne contiennent habituellement pas le système de convertases adapté au clivage d’un précurseur étranger comme la
POMC.
Le précurseur intact peut donc être sécrété, parfois de façon
prédominante.
Paradoxalement, le clivage de la POMC est
souvent trop poussé et de petits fragments comme le CLIP
(corticotrophin like intermediary lobe peptide) ou l’aMSH (a melanocyte
stimulating hormone) peuvent être sécrétés en raison de la
présence, dans les tumeurs contenant du CLIP, de la convertase PC2,
capable de cliver la POMC de façon plus extensive que PC1.
Certains de ces fragments ont un effet mélanostimulant.
Les
anomalies de maturation ne sont toutefois pas constantes dans les
sécrétions ectopiques d’ACTH.
Les tumeurs carcinoïdes bien
différenciées ne sécrètent pas de POMC.
Le clivage efficace du
précurseur en ACTH coïncide avec la présence de l’enzyme PC1
dans ces tumeurs.
Elles produisent souvent, en revanche, de petits
peptides comme le CLIP et l’aMSH, très probablement parce qu’elles
expriment également PC2.
À noter que les anomalies de
maturation ne sont pas spécifiques des tumeurs non hypophysaires.
Les macroadénomes corticotropes peuvent, eux aussi, sécréter du
précurseur intact.
Une maturation incomplète apparaît donc
comme le marqueur d’une différenciation neuroendocrine
imparfaite, qu’il s’agisse de tumeurs hypophysaires ou non.
Dans les tumeurs sécrétant de l’ACTH de façon ectopique, la
transcription de la POMC est souvent différente de ce que l’on
observe dans les cellules corticotropes de l’hypophyse.
Le messager
hypophysaire normal de 1200 nt est présent, mais aussi une famille de messagers courts de 800 nt (ces messagers, non fonctionnels, sont
retrouvés en très faible quantité dans de nombreux tissus normaux),
ainsi que des ARN messagers plus longs, étendus en 5’, de 1450 nt
environ.
Dans les tumeurs malignes, agressives, qui sont les plus
nombreuses, les messagers anormaux constituent jusqu’à 50 % du
total, tandis que dans les petites tumeurs neuroendocrines bien
différenciées comme les carcinoïdes bronchiques, le messager de
type hypophysaire est la forme quasi exclusive.
3- Deux entités dans « le » syndrome de sécrétion
ectopique d’ACTH ?
La présentation clinique et biologique ainsi que les données
moléculaires permettent d’opposer deux types de sécrétions
ectopiques d’ACTH, sachant qu’il existe tout un éventail de
situations intermédiaires.
Certaines tumeurs non hypophysaires sécrétant de l’ACTH
possèdent un véritable phénotype corticotrope : elles expriment la
prohormone convertase PC1 ainsi que le récepteur V3 (ou V1B) de
la vasopressine, très spécifique des cellules corticotropes où il
transmet l’effet stimulant de la vasopressine sur la sécrétion
d’ACTH.
Elles produisent un ARN messager de la POMC de type
hypophysaire.
Tout en conservant leur phénotype neuroendocrine,
ces tumeurs acquièrent une différenciation corticotrope poussée.
On pourrait parler de « syndrome corticotrope ectopique ».
D’autres tumeurs, malignes, agressives et peu différenciées,
expriment le gène de la POMC de façon anormale et relativement
isolée : les ARN messagers produits sont en grande partie non
fonctionnels.
La plupart de ces tumeurs n’exprime aucun autre
élément du phénotype corticotrope, en particulier pas le récepteur
V3.
Le terme de « sécrétion aberrante d’ACTH » serait approprié.
4- Mécanismes à l’origine de la transcription du gène
de la POMC dans ces tumeurs
:
Ils sont encore hypothétiques.
On peut penser que l’expression ectopique de la POMC dans les
tumeurs ayant acquis un véritable phénotype corticotrope résulte
de l’expression de facteurs de transcription hypophysaires impliqués
dans l’expression tissu spécifique de la POMC et du V3.
Parmi ceuxci,
on peut citer NeuroD1 et Ptx1, les protéines de la famille Nur77,
et surtout Tpit. Tpit a démontré son importance dans l’acquisition
du phénotype corticotrope au cours du développement
embryonnaire.
De plus, des mutations inactivatrices de Tpit ont été
retrouvées chez des patients atteints d’insuffisance corticotrope
congénitale.
Il sera important d’évaluer le rôle de chacun de ces
facteurs dans chaque type de sécrétion ectopique d’ACTH.
À l’inverse, les caractéristiques du syndrome de sécrétion ectopique
d’ACTH, tel qu’il est observé dans les tumeurs malignes agressives,
évoquent un mécanisme de transcription différent des cellules
corticotropes hypophysaires.
La lignée de cellules humaines de
cancer anaplasique à petites cellules, DMS 79, a servi de modèle
pour tenter de comprendre le mécanisme de l’expression de la
POMC dans ces tumeurs.
L’étude fine du fonctionnement du
promoteur POMC dans cette lignée a permis d’élaborer une
hypothèse capable d’expliquer l’expression isolée du gène dans ces
tumeurs très proliférantes.
Une région fonctionnellement importante
pour l’expression de la POMC dans DMS 79 et non dans
l’hypophyse se lie au facteur de transcription E2F qui se trouve être
capable de stimuler effectivement la transcription du gène de la
POMC dans ces cellules.
Les facteurs E2F constituent une famille
de protéines ubiquitaires impliquées dans le contrôle de la
prolifération. Ils sont normalement inactivés par leur liaison à la
protéine codée par le gène du rétinoblastome, pRb.
La perte de
fonction de la protéine pRb induit l’activation inappropriée de E2F
et la multiplication cellulaire, en particulier dans les cancers
anaplasiques.
L’activation du promoteur POMC pourrait ainsi être
une conséquence fortuite de l’activation de protéines impliquées
dans la prolifération tumorale comme E2F, capables de se lier au
promoteur de la POMC.
5- Implications pour la prise en charge des patients :
– Intérêt et limite des tests dynamiques : dans les sécrétions
ectopiques d’ACTH par des tumeurs peu différenciées, la sécrétion
d’ACTH est habituellement indépendante de tous les stimuli
corticotropes classiques (CRH, vasopressine, métopirone) et
insensible à l’administration de dexaméthasone.
Si au cours de
l’exploration d’un hypercortisolisme, tous ces tests sont négatifs de
façon concordante, on est fortement orienté vers une sécrétion
ectopique d’ACTH.
Mais les choses sont souvent moins claires, soit
en raison de fluctuations spontanées de la sécrétion, soit parce que
la tumeur a acquis un phénotype corticotrope plus ou moins
complet et qu’elle peut répondre aux différents stimuli comme une
tumeur hypophysaire.
– Mesure de la POMC et de ses fragments. Une maturation
insuffisante du précurseur se traduit par la sécrétion de POMC
intacte.
Sa présence est le témoin d’une tumeur neuroendocrine
agressive : sécrétion ectopique ou macroadénome corticotrope.
Les macroadénomes corticotropes étant facilement visualisés, la présence
de POMC dans le plasma oriente donc vers une sécrétion ectopique
d’ACTH si l’imagerie par résonance magnétique (IRM)
hypophysaire est normale.
En revanche, l’absence de POMC ne
permet pas d’éliminer une sécrétion ectopique d’ACTH par un
carcinoïde bronchique bien différencié.
La sécrétion de CLIP est également fréquente dans les tumeurs peu
différenciées.
Il n’existe malheureusement pas actuellement de
dosage direct du CLIP dans le plasma.
Sa présence peut être
toutefois suspectée lorsque le rapport LPH sur ACTH augmente
dans le plasma, une partie de l’ACTH étant dégradée en CLIP et
aMSH, ou encore lorsque différents dosages en immunoradiometric
assay (IRMA) de l’ACTH donnent des résultats discordants (certains
croisent avec le CLIP).
La présence de CLIP s’interprète comme la
présence de POMC : en faveur d’une tumeur non hypophysaire si
l’hypophyse est de morphologie normale, l’absence de CLIP
n’éliminant pas une sécrétion ectopique d’ACTH.
Dans les véritables sécrétions d’ACTH occultes, les difficultés
diagnostiques sont extrêmes.
Pour ces raisons, il est parfois
nécessaire de recourir au cathétérisme des sinus pétreux afin de
localiser la source de la sécrétion d’ACTH.
Cet examen invasif
permet alors habituellement de faire la distinction entre sécrétion
hypophysaire et non hypophysaire d’ACTH.
Sa réalisation et son
interprétation doivent être réservées aux équipes entraînées.
Un autre type d’approche pour détecter ces tumeurs est d’utiliser
un des aspects de son phénotype neuroendocrine originel :
l’expression de récepteurs de la somatostatine.
Certains carcinoïdes
bronchiques peuvent ainsi être visualisés par octréoscan
(scintigraphie au pentetréotide marqué).
Cet examen vient en
complément d’une imagerie par scanner.
La sécrétion de ces
tumeurs peut aussi être freinée par les analogues de la
somatostatine.
B - SÉCRÉTION ECTOPIQUE DE CRH :
Quelques très rares observations de sécrétion ectopique de CRH
responsable d’un hypercortisolisme ont été rapportées.
Il est
important de démontrer que la sécrétion d’ACTH est d’origine
hypophysaire, soit par la mesure d’un gradient lors d’un
cathétérisme des sinus pétreux, soit par la constatation d’une
hyperplasie des cellules corticotropes si une hypophysectomie est
réalisée par erreur, ou encore en démontrant l’absence de production
d’ACTH par la tumeur.
En effet, beaucoup de tumeurs sécrétant de
l’ACTH de façon ectopique produisent aussi une petite quantité de
CRH, sans importance fonctionnelle.
Dans les quelques cas décrits de syndromes de Cushing secondaires
à une sécrétion ectopique de CRH, la présentation clinique de
l’hypercortisolisme se différencie peu du tableau classique
d’hypersécrétion ectopique d’ACTH.
Les tumeurs en cause sont des
cancers anaplasiques du poumon, des cancers de la prostate, des
cancers médullaires de la thyroïde, des tumeurs carcinoïdes...
Biologiquement, l’ACTH ainsi que le CRH sont élevés dans le
plasma.
Habituellement, la sécrétion d’ACTH n’est pas sensible à la
dexaméthasone, bien qu’une réponse normale ait été répertoriée.
Le
test à la métopirone donnait également des résultats variables selon
les tumeurs.
Il est intéressant de noter que la sécrétion hypophysaire
d’ACTH n’est pas freinée par l’hypercortisolisme, ni du reste par la
dexaméthasone à forte dose.
C - TRAITEMENT
:
Comme pour tous les syndromes paranéoplasiques, le traitement de choix est l’exérèse chirurgicale de la tumeur causale.
Pour certaines
tumeurs inextirpables mais chimiosensibles, comme les cancers
anaplasiques à petites cellules du poumon, une polychimiothérapie
permet parfois d’obtenir une rémission de bonne qualité.
La
sécrétion d’ACTH et les signes d’hypercorticisme régressent
parallèlement à la réponse tumorale mais récidivent lorsque la
tumeur échappe au traitement.
Lorsque le traitement de la tumeur est impossible ou insuffisant,
l’hypercortisolisme doit être contrôlé par un traitement médical.
Deux cibles sont possibles :
– la sécrétion de cortisol peut être freinée par un anticortisolique de
synthèse comme l’OP’DDD (mitotane), le kétoconazole ou
l’aminoglutéthimide.
L’OP’DDD exerce un effet cytolytique sur les
cellules corticosurrénaliennes.
Kétoconazole et aminoglutéthimide
ont une action plus rapide mais plus inconstante.
Un traitement
substitutif de l’insuffisance surrénale doit, dans tous les cas, être
associé ;
– la production d’ACTH peut être contrôlée, éventuellement à long
terme par un traitement par la somatostatine retard.
En cas d’échec, la surrénalectomie bilatérale reste une solution de
dernier recours.
Hypercalcémie humorale maligne :
L’hypercalcémie est probablement la complication endocrinienne la
plus fréquemment associée à un cancer puisqu’elle touche environ
5 % des patients, soit une incidence de 15 cas pour 100 000 personnes
par an (environ la moitié de l’incidence de l’hyperparathyroïdie).
À côté des hypercalcémies secondaires à des métastases
ostéolytiques, certaines tumeurs malignes sont responsables d’une
hypercalcémie par production de facteurs humoraux stimulant les
ostéoclastes.
On parle alors d’hypercalcémie paranéoplasique. Le
facteur le plus fréquemment rencontré est la PTHrP.
Beaucoup plus
rarement, de la 1-25(OH)D est produite par certains lymphomes,
tandis que la PTH elle-même n’est qu’exceptionnellement sécrétée
de façon ectopique.
A - SIGNES CLINIQUES ET BIOLOGIQUES :
L’hypercalcémie associée aux tumeurs se révèle souvent de façon
aiguë, le tableau clinique étant dominé par des manifestations
neurologiques (confusion, délire, crises comitiales, coma), digestives
(nausées, vomissements), un syndrome polyuropolydipsique avec
déshydratation...
La lithiase rénale et les signes osseux n’ont pas le
temps d’apparaître.
La tumeur en cause est souvent évidente, même lorsque
l’hypercalcémie est révélatrice.
L’examen clinique et/ou la
radiographie de thorax la localisent dans la très grande majorité des
cas.
En dehors du cancer du sein et du myélome, pour lesquels des
rémissions prolongées peuvent être observées, l’hypercalcémie
survient à un stade avancé de la maladie et la survie est
habituellement courte.
Les cancers épidermoïdes du poumon, du sein et le myélome multiple rendent compte de plus de 50 % des cas
d’hypercalcémie paranéoplasique.
Les cancers épidermoïdes de la
tête et du cou, les adénocarcinomes de l’ovaire, de la prostate, du
rein, du pancréas peuvent aussi être en cause, ainsi que certaines
leucémies.
Biologiquement, plus de 80 % des patients dont la quasi-totalité de
ceux ayant une tumeur solide, sécrètent de la PTHrP.
Le tableau
biologique est celui d’une hyperparathyroïdie primaire avec hypophosphorémie, hypercalciurie, élévation de l’AMPc
néphrogénique, mais la PTH 1-84 est basse (< 2 pmol/L), de même
que la 1-25 OH D.
Une déshydratation et une insuffisance rénale
peuvent être observées.
Dans les lymphomes, dont l’hypercalcémie
est liée à une production excessive de vitamine D, la 1-25 OH D
plasmatique est au contraire élevée.
B - PHYSIOPATHOLOGIE :
La PTHrP est présente de façon quasi ubiquitaire dans les tissus
foetaux où elle contrôle la prolifération et la différenciation.
Elle a
très probablement dans ce cas une action auto-, para- et/ou intracrine.
La PTHrP a aussi une action humorale : sécrétée par les
parathyroïdes du foetus, elle permet le transport du calcium au
travers du placenta, vers le compartiment foetal. Cette action a été
bien documentée chez le mouton et le rongeur.
La PTHrP est aussi
synthétisée par de nombreux tissus adultes.
La sécrétion de PTHrP
par la glande mammaire pendant la lactation pourrait contribuer à
mobiliser le calcium ossseux de la mère pour permettre la fabrication
de lait.
La PTHrP est aussi exprimée dans la peau, les muscles lisses
et le système nerveux central.
La PTHrP comporte trois formes provenant d’un épissage
différentiel et différentes seulement par les acides aminés C
terminaux.
Elle est constituée de différents domaines fonctionnels.
L’extrémité N terminale est une région très homologue à la PTH
puisque neuf acides aminés sur 13 sont conservés entre les deux
hormones.
Ce domaine est impliqué dans l’activation du récepteur PTH/PTHrP, dont l’affinité pour les deux peptides est identique.
Ce
récepteur à sept domaines transmembranaires est présent sur les
cellules rénales et les ostéoblastes ainsi que dans de nombreux autres
tissus (muscles lisses, cerveau, tissus foetaux...).
Notons que la PTH
peut aussi se lier à un autre récepteur qui n’a aucune affinité pour la
PTHrP, le récepteur PTH de type 2.
Celui-ci est assez largement
distribué également, en particulier dans le placenta, mais absent de
l’os et du rein.
Chez les patients présentant une hypercalcémie humorale maligne,
de nombreux peptides de taille différente ayant une immunoréactivité PTHrP, circulent dans le plasma. Ils pourraient
résulter de clivages internes de l’hormone.
Parce que PTH et PTHrP partagent un même récepteur, leurs effets
biologiques sont similaires.
La PTHrP augmente la résorption
osseuse ainsi que la réabsorption du calcium et la perte de
phosphore au niveau du rein.
Elle peut avoir aussi une action
ostéolytique locale en cas de métastase osseuse.
Certaines
constatations restent mal comprises comme les taux bas de 1-25 OH
D3 et le découplage entre formation osseuse et résorption,
contrairement à ce qui est observé dans l’hyperparathyroïdie.
D’autres facteurs liés à la maladie maligne, pourraient alors être en
cause.
Outre ses effets humoraux sur le rein et l’os, la PTHrP peut,
par des mécanismes intracrines et paracrines, stimuler la
prolifération cellulaire.
Le mécanisme de l’expression du gène de la PTHrP n’est pas connu.
Ce gène est exprimé dans de nombreux tissus normaux, en
particulier les kératinocytes. Ainsi, sa production par un carcinome
épidermoïde peut-elle être considérée en réalité comme eutopique.
Des oncogènes comme ras et sarc, des facteurs de croissance
présents dans le sérum ou synthétisés par les tumeurs, tel l’epidermal
growth factor (EGF), augmentent son expression.
1- 1,25 OH vitamine D
:
Chez la moitié des patients développant une hypercalcémie dans le
cadre d’un lymphome, les taux de 1,25 OH D sont anormalement
élevés.
Une activité de 1 hydroxylation a été démontrée dans le
tissu lymphatique de certains de ces patients, aboutissant à une
production non régulée de 1,25 OH D.
La PTH est basse.
Ce
mécanisme est proche de celui observé dans la sarcoïdose dont
l’hypercalcémie est aussi liée à une 1 hydroxylation extrarénale du
précurseur de la vitamine D.
Comme dans la sarcoïdose,
l’hypercalciurie est plus fréquemment associée aux lymphomes que l’hypercalcémie
et les glucocorticoïdes constituent un traitement efficace.
2- PTH :
La sécrétion de PTH par une tumeur maligne est extrêmement rare.
Au moins deux cas ont toutefois été bien documentés chez des
patients qui présentaient, l’un un cancer anaplasique à petites
cellules du poumon et l’autre un adénocarcinome de l’ovaire.
Dans ce dernier cas, l’expression ectopique de la PTH était due à un
remaniement chromosomique, plaçant le gène de la PTH sous le
contrôle d’un promoteur permettant l’expression dans l’ovaire.
Cette cause exceptionnelle d’hypercalcémie maligne ne doit pas faire
remettre en cause la valeur habituellement excellente de la mesure
de la PTH 1-84 dans le diagnostic étiologique des hypercalcémies.
L’élévation de la PTH élimine pratiquement toujours une
hypercalcémie maligne.
3- Cytokines
:
Activant localement les ostéoclastes, elles sont impliquées dans le
mécanisme de l’hypercalcémie de certaines lésions tumorales
ostéolytiques : interleukine 1, tumor necrosis factor (TNF) alpha,
interleukine 6, transforming growth factor (TGF) alpha et bêta...
Elles
ne semblent toutefois pas jouer de rôle systémique.
C - DIAGNOSTIC :
Le diagnostic d’hypercalcémie maligne est habituellement aisé.
Le
contexte néoplasique est souvent évident.
La PTH 1-84 est effondrée,
permettant d’exclure une hyperparathyroïdie associée.
La
démonstration d’une élévation de la PTHrP pourra venir confirmer
le diagnostic.
D - TRAITEMENT :
Le traitement de l’hypercalcémie maligne est une urgence, compte
tenu de son caractère le plus souvent aigu et sévère.
Il associe
habituellement réhydratation par apports hydrosodés, et perfusion intraveineuse de biphosphonates tel le pamidronate, dont la
posologie (60 à 90 mg) est à adapter au niveau de la calcémie.
L’hypercalcémie est contrôlée par ce traitement dans 90 % des cas.
Le relais peut être pris par des biphosphonates par voie orale.
L’hypercalcémie des patients atteints de lymphome ou de myélome
répond souvent bien à une corticothérapie.
Le contrôle de la maladie causale, quand il est possible permet, là
encore, de corriger le syndrome paranéoplasique.
Syndrome de Schwartz-Bartter
ou sécrétion inappropriée d’hormone
antidiurétique
:
Le syndrome de sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique
ou SIADH est une des causes les plus fréquentes d’hyponatrémie de
dilution.
En 1957, Schwartz décrivait pour la première fois, chez deux
patients, l’association d’une hyponatrémie de dilution et d’un cancer
du poumon, suggérant une sécrétion inappropriée d’hormone
antidiurétique ADH.
Plusieurs travaux confirmèrent ensuite cette
hypothèse.
George reliait le syndrome de sécrétion
inappropriée d’ADH (SIADH) à un sous-groupe de cancers
pulmonaires, les cancers anaplasiques à petites cellules (CBPC).
A - PRÉSENTATION CLINIQUE ET BIOLOGIQUE, TUMEURS EN CAUSE
:
Le plus souvent, le SIADH est asymptomatique.
Mais l’intoxication
par l’eau avec hypo-osmolalité plasmatique et hyponatrémie peut
entraîner des troubles neurologiques. Dans les cas modérés, les
patients se plaignent de fatigue, anorexie, nausées, diarrhée,
céphalées.
Quand la natrémie baisse en dessous de 115 mEq/L ou
que l’hyponatrémie s’est installée rapidement, des troubles des
fonctions supérieures apparaissent avec confusion, léthargie, crises
convulsives, pouvant parfois aboutir à la mort.
L’examen
neurologique peut retrouver des anomalies des réflexes ostéotendineux, un oedème papillaire et des signes neurologiques
focaux.
Parce que l’eau retenue en excès se répartit entre les
compartiments intra- et extracellulaires, il n’existe pratiquement
jamais d’oedème.
Le diagnostic repose sur les critères suivants : hyponatrémie associée à une hypo-osmolalité plasmatique (< 275
mOsm/kg), natriurèse conservée (> 25 mEq/L), osmolalité urinaire
élevée (l’osmolalité urinaire supérieure à l’osmolarité plasmatique),
ceci en l’absence de déplétion volumique, de cirrhose, d’insuffisance
cardiaque..., les fonctions rénale, surrénalienne et thyroïdienne étant
normales.
Des dosages par RIA de la vasopressine sont disponibles,
mais restent imparfaits.
Sa mesure n’est pas nécessaire au diagnostic
de SIADH.
Les causes d’hyponatrémie chez les patients ayant un cancer sont
multiples.
L’étiologie regroupe l’insuffisance hépatique,
l’insuffisance rénale, l’hypothyroïdie, les pertes digestives excessives
en fluides et électrolytes, l’insuffisance surrénalienne.
Les causes
iatrogènes doivent également être envisagées.
Les cancers bronchiques à petites cellules (CBPC) sont responsables
de 60 % des SIADH.
La fréquence d’un SIADH dans les CBPC varie
selon les études de 11 à 46 %. Dans une méta-analyse, la fréquence
est estimée à 15 %.
Parmi les cancers bronchiques à grandes cellules
on retrouve un SIADH dans 0,7 % des cas.
Les autres tumeurs
sont beaucoup plus rarement en cause.
Quelques cas ont été décrits
associés à des mélanomes, des cancers gastro-intestinaux (pancréas,
côlon), des cancers ORL, de l’utérus, du sein, de la prostate, des
testicules, des sarcomes, des thymomes, des maladies de Hodgkin,
des leucémies, des myélomes....
La présence d’un SIADH ne modifie pas le pronostic de la maladie
cancéreuse.
Il peut apparaître avant la découverte de la tumeur
responsable.
Sa survenue peut prédire une récurrence de la maladie.
B - PHYSIOPATHOLOGIE :
De façon physiologique, l’arginine vasopressine (AVP) est produite
par la neurohypophyse sous forme d’une prohormone de 166 acides
aminés.
Celle-ci est clivée en trois fragments : un octapeptide, l’AVP,
une protéine capable de lier l’AVP, la neurophysine II et un
glycopeptide C terminal.
Ces protéines sont stockées dans les
granules de sécrétion de la posthypophyse.
La libération de l’AVP
est soumise à l’influence de nombreux stimuli (douleur, nausée,...),
avec deux systèmes de régulation principaux : l’osmolalité
plasmatique et le volume sanguin.
Dans le rein, l’AVP se lie à un
récepteur à sept domaines transmembranaires V2, présent
principalement sur les tubes collecteurs.
Elle augmente la
perméabilité à l’eau de ce segment du néphron en ouvrant des
canaux spécifiques ou aquaporines.
En augmentant la réabsorption
d’eau libre, l’AVP participe à la régulation de l’osmolalité
plasmatique.
De nombreux travaux ont ensuite confirmé la production d’AVP et
de neurophysines par la plus grande majorité de CBPC.
La
production de ces peptides est du reste beaucoup plus fréquente
que l’apparition d’une hyponatrémie.
La maturation du précurseur
est habituellement normale dans les tumeurs, mais on note souvent
une sécrétion associée d’ocytocine et de sa protéine porteuse, la neurophysine I.
À noter que les deux gènes sont très proches l’un
de l’autre sur le chromosome et pourraient être activés par le même
réarrangement ou le même facteur transactivateur.
Lorsque l’eau est retenue sous l’effet de l’AVP, l’expansion des
volumes intra- et extracellulaires entraîne une suppression de
l’aldostérone et une augmentation du peptide natriurétique
auriculaire (ANP) d’origine cardiaque.
Il en résulte une natriurèse
caractéristique des patients atteints de SIADH.
L’élévation de l’ANP
peut aussi avoir une origine tumorale, certains cancers pouvant
produire de façon conjointe ANP et AVP.
C - TRAITEMENT :
Le traitement étiologique est celui de la tumeur causale.
Quand l’hyponatrémie devient symptomatique, inférieure à
130 mEq/L, une restriction hydrique de l’ordre de 500 mL/24 h est
généralement efficace, permettant une remontée lente de la natrémie.
Lorsqu’il existe des convulsions ou un coma mettant en jeu le
pronostic vital, un traitement par perfusion de sérum salé
hypertonique associé à du furosémide intraveineux, sous
surveillance étroite de la natriurèse et de la kaliémie est débuté.
La
remontée de la natrémie doit être progressive, sans jamais dépasser
0,5 à 1 mEq/L/h, sous peine d’être dangereuse.
En effet,
l’hyponatrémie chronique active des mécanismes de compensation
destinés à éviter l’oedème cérébral.
Les cellules du système nerveux
central luttent contre l’augmentation de leur volume en activant le
transport actif d’ions K Cl et Na CL vers l’espace extracellulaire.
Si la correction de l’hyponatrémie est trop rapide, la perfusion de
sérum salé hypertonique, en attirant l’eau hors d’un espace
intracellulaire déjà contracté, entraîne une encéphalopathie
hypertonique.
Il peut en résulter des séquelles définitives, comme la myélinose centropontine.
Chez les patients pour qui la restriction hydrique est inefficace ou
impossible, un traitement médicamenteux peut être entrepris : diphénylhydantoïne, lithium, ou déméclocycline.
Cette
dernière semble être la mieux tolérée.
Elle provoque un diabète
insipide réversible et dose dépendant.
La remontée de la natrémie
s’obtient en 3 jours environ et ne nécessite pas de restriction
hydrique associée.
L’effet secondaire principal est l’apparition d’une
insuffisance rénale qui peut devenir sévère.
La dose initiale
recommandée est de 600 mg par jour, une toxicité rénale pouvant
survenir à partir de 1200 mg par jour.
La dose est répartie en 2 ou 3
prises par jour.
Plus récemment, des antagonistes des récepteurs
V2 de la vasopressine ont été essayés et semblent prometteurs.