Syndrome d’hyperréactivité nasale
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
Introduction
:
La conception d’hyperréactivité nasale a beaucoup évolué ces
dernières années.
Ce terme a été choisi par analogie avec
l’hyperréactivité bronchique, ce qui souligne la notion d’unité de
l’appareil respiratoire dans sa continuité naso-sinuso-trachéobronchique.
On entend par hyperréactivité nasale l’aptitude de la
muqueuse nasale à réagir anormalement à différents stimuli
physiques, chimiques ou pharmacologiques.
La muqueuse nasale
dispose d’un équipement mécanique, biochimique, cellulaire et
immunologique qui s’oppose normalement aux différents agents
agresseurs.
Dans l’hyperréactivité nasale, il existe un abaissement
du seuil des réactions de la muqueuse nasale.
Il n’y a toutefois pas
de mesure standardisée de la réactivité nasale.
L’exemple type de l’hyperréactivité nasale spécifique est l’allergie,
mais d’autres agents peuvent être responsables d’une
hyperréactivité nasale de type non spécifique.
Quel que soit le stimulus, les symptômes cliniques de
l’hyperréactivité nasale sont représentés par les signes de la triade
classique, évoluant par crises : obstruction nasale, rhinorrhée,
éternuements.
À cette triade classique s’ajoutent le prurit nasal,
palatin ou oculaire, les céphalées, les troubles de l’olfaction.
Si aucun élément tiré de l’examen clinique n’est spécifique du
syndrome d’hyperréactivité nasale, différentes techniques, plus ou
moins complexes, ont été développées pour étudier la réponse
nasale (tant sur le versant obstructif que sécrétoire) à des stimuli
variés.
Sur le plan étiologique, l’hyperréactivité nasale accompagne, à des
degrés divers, l’ensemble des rhinites chronique, allergiques ou non allergiques.
L’évolution, ainsi que les relations avec l’hyperréactivité
bronchique, sont fonction de l’étiologie de la rhinite.
Physiopathologie :
Plusieurs mécanismes ont été avancés pour expliquer
l’hyperréactivité nasale :
– augmentation de la perméabilité épithéliale facilitant la
stimulation des fibres nerveuses sensitives périvasculaires et
périglandulaires ;
– augmentation du seuil de sensibilité des terminaisons nerveuses
périphériques sensitives ; les prostaglandines (PG) et les leucotriènes
facilitent cette stimulation ;
– modification de la réponse vasculaire et glandulaire, avec réponse
sécrétoire augmentée lors des tests de provocation à la métacholine
chez les patients allergiques ou non.
A - RHINITES ALLERGIQUES :
L’hyperréactivité nasale se rencontre à des degrés divers dans la
plupart des rhinites chroniques.
L’exemple type, et le mieux connu
sur le plan physiopathologique, est représenté par la rhinite
allergique.
La réaction allergique comporte deux phases :
– la phase de sensibilisation initiale où la présentation de l’allergène
aboutit à la formation d’anticorps de type immunoglobuline (Ig) E
et au déclenchement de la réponse humorale ;
– la phase clinique apparaît lors d’une nouvelle exposition à
l’antigène ; chez les sujets sensibilisés, les mastocytes de la
muqueuse nasale ont donc à leur surface des IgE spécifiques des
allergènes ; la phase clinique comporte deux étapes : la phase
précoce, largement médiée par les mastocytes, et la phase tardive,
associée à l’infiltration cellulaire et au relargage des cytokines dans
la muqueuse nasale.
Dans la phase précoce, le couplage des antigènes sur les IgE
spécifiques présentes à la surface des mastocytes entraîne la
dégranulation des mastocytes avec relargage des médiateurs de
l’inflammation comme l’histamine, la tryptase.
Ceci est responsable
des symptômes caractéristiques de la rhinite : éternuements, prurit, rhinorrhée, congestion nasale.
La phase tardive de la réponse allergique intervient plusieurs heures
après la stimulation antigénique.
Sur le plan clinique, le symptôme
dominant de cette phase est l’obstruction nasale.
Après la
stimulation et l’activation des mastocytes, l’épithélium nasal est
infiltré par des éosinophiles, des basophiles, des monocytes et des
lymphocytes T.
De nombreux médiateurs sont relargués par ces
cellules comprenant les leucotriènes, les kinines, l’histamine.
Un des
plus importants processus de régulation de la réponse inflammatoire
est la production de cytokines.
Elles sont représentées par
l’interleukine 4 (IL4) sécrétée par les mastocytes, l’IL3, l’IL4, l’IL5 et
le granulocyte macrophage-colony stimulating factor (GM-CSF) sécrétés
par les lymphocytes TH2, et l’IL6 produite par les cellules
épithéliales.
Les cytokines libérées durant la réaction inflammatoire
jouent un rôle direct expliquant en partie l’expression clinique de la
réaction allergique, et surtout interviennent dans le recrutement et
la coopération cellulaires.
L’infiltration des tissus par des cellules, normalement uniquement
présentes dans le sang, entraîne la surexpression de molécules
d’adhésion comme l’integrine cellular adhesion molecule (ICAM)-1 ou
la sélectine E qui permettent aux éosinophiles, basophiles et
lymphocytes T circulants, d’adhérer aux cellules endothéliales avant
de traverser l’épithélium et de pénétrer dans les tissus (diapédèse).
Les molécules d’adhésion jouent un rôle fondamental dans le
passage transvasculaire des cellules inflammatoires et interviennent
probablement pour contenir l’inflammation dans un lieu précis.
De
plus, elles interviennent dans les phénomènes de résolution de
l’inflammation et dans les fibroses cicatricielles qui suivent parfois
la phase aiguë de l’inflammation.
L’expression des molécules
d’adhésion est dépendante d’un certain nombre de stimuli, dont les
médiateurs et les cytokines.
L’épithélium nasal ne se comporte pas
uniquement comme une barrière puisqu’il est aussi impliqué dans
la production d’IL6, IL8, GM-CSF et RANTES (agent chimiotactique
des éosinophiles).
D’autre part, plusieurs facteurs non allergiques influencent la
réponse allergique, par exemple la température extérieure et le degré
d’humidité.
Desrosiers et al ont montré que l’augmentation de
l’humidité et de la température diminuait la réponse vasculaire à la
stimulation antigénique, ceci est probablement en rapport avec des
modifications de l’osmolarité des fluides de la muqueuse nasale.
La
réponse allergique est donc moins importante dans un
environnement chaud et humide que dans un milieu froid et sec.
Il apparaît aussi que les patients présentant une rhinite allergique
sont plus susceptibles aux stimuli non spécifiques (comme l’air froid
par exemple) que les patients non allergiques.
En utilisant la TAME estérase
comme marqueur de l’activité sécrétoire, une étude sur
18 patients a montré que la réponse de base à l’air froid était
augmentée 24 heures après stimulation par un allergène.
Ceci
suggère une interaction entre stimuli allergiques et non
allergiques.
Le système nerveux autonome joue aussi un rôle important dans la
physiopathologie de la rhinite allergique.
Une étude réalisée chez
neuf patients présentant une rhinite allergique pollinique, conduite
en dehors de la saison pollinique, a montré que la stimulation d’une
fosse nasale avec une dose unique d’allergène entraînait la
stimulation du système nerveux autonome avec, par conséquent,
une augmentation notable des sécrétions nasales dans les fosses
nasales ipsi- et controlatérales.
Cet effet est antagonisé par
l’administration d’atropine, suggérant qu’il est médié par le système
parasympathique.
Quand les patients sont stimulés par des doses
croissantes d’allergène, il existe une corrélation entre les doses
d’allergène et le poids des sécrétions nasales, aussi bien dans la fosse
nasale homolatérale que dans la fosse nasale controlatérale.
En
revanche, il existe une augmentation dose-dépendante du relargage
d’histamine induit par l’allergène uniquement dans la fosse nasale
homolatérale, montrant que l’antigène entraîne directement
l’activation mastocytaire.
Les résistances nasales sont aussi
uniquement augmentées du côté de la stimulation, suggérant
qu’elles sont en relation avec la réponse inflammatoire locale du côté
de la stimulation.
Les différents éléments entrant en jeu dans la réaction allergique sont
les médiateurs, les cytokines et facteurs de croissance, les molécules
d’adhésion et les cellules inflammatoires.
1- Médiateurs :
Il en existe deux grandes familles : les médiateurs préformés et les
médiateurs néoformés.
Au premier rang des médiateurs préformés, il faut citer l’histamine.
Elle est rapidement libérée lors du contact antigène-IgE
membranaires des mastocytes, exerçant ainsi une action sur la
microcirculation muqueuse.
Elle stimule d’autre part les
terminaisons nerveuses sensitives, entraînant une libération
antidromique de neuropeptides qui augmentent les effets de
l’histamine sur la perméabilité vasculaire.
Cette stimulation est
responsable du prurit nasal.
L’histamine est également retrouvée
dans le liquide de lavage nasal durant la phase tardive de la réaction
allergique.
Il existe d’autres médiateurs préformés : des mastocytes (chymase,
tryptase, kallikréine, sérotonine, héparine, vaso-intestinal peptide
[VIP]), des polynucléaires éosinophiles (major basic protein, eosinophil
cationic protein [ECP], eosinophil derived neurotoxin, eosinophil
protein X, eosinophil peroxydase), des polynucléaires neutrophiles
(lysozyme, hydrolases acides, protéases neutres, lactoferrine,
collagénase, protéine liant la vitamine B12, myéloperoxydase).
Les médiateurs néoformés regroupent principalement les dérivés de
l’acide arachidonique et le platelet activating factor (PAF).
Le métabolisme de l’acide arachidonique se fait selon deux voies :
celle de la cycloxygénase aboutissant à la formation des PG et celle
de la lipoxygénase aboutissant à la formation des leucotriènes.
Les PG jouent un rôle dans la bronchomotricité.
Au niveau de la
muqueuse nasale, une libération de PGD2 a été montrée au cours de
la phase précoce de la réaction allergique.
Les effets
physiologiques de la PGD2 au niveau nasal seraient sous-tendus par
ses propriétés vasoactives, histamine-like.
D’autre part, les PG sont
des agents modulateurs de la libération d’histamine par les
basophiles.
Les leucotriènes ont des propriétés vasodilatatrices et augmentent
l’exsudation plasmatique. Ils stimulent d’autre part la sécrétion de
mucus.
Ils jouent également un rôle dans le recrutement et
l’activation des cellules inflammatoires.
Le PAF provient des phospholipides membranaires.
Il a une action vasoactive responsable d’une vasodilatation et d’une augmentation
de la perméabilité vasculaire.
Il a d’autre part une action
chimiotactique et activatrice des polynucléaires éosinophiles,
neutrophiles et des macrophages.
L’administration de PAF chez des sujets-témoins entraîne une augmentation des résistances nasales en
réponse à l’histamine et à la bradykinine avec une augmentation
parallèle des taux d’ECP dans le liquide de lavage nasal, ce qui
suggère une activation des polynucléaires éosinophiles par le PAF.
Les neuromédiateurs sont classés en fonction de leur nature
chimique et du type de fibres sensitives qui les libère.
On distingue
les neuromédiateurs adrénergiques, cholinergiques et non
adrénergiques, non cholinergiques (substance P, neurokinine A,
neurokinine B, VIP). Des neuropeptides ont été mis en évidence
dans les cellules inflammatoires recrutées.
Parallèlement, il a été
démontré que les fibres nerveuses sensitives peuvent libérer des
cytokines.
Ces données aboutissent au concept de la neuromodulation de la réaction allergique.
Les neuromédiateurs
sont des agents histaminolibérateurs sur les cellules
métachromatiques et ont une action directe sur les récepteurs
vasculaires.
Sur la muqueuse nasale de l’allergique, l’application de
substance P augmente les résistances respiratoires et entraîne une rhinorrhée et un afflux de granulocytes.
Chez l’allergique saisonnier en phase d’exposition naturelle à l’allergène, la concentration
moyenne de substance P et de VIP dans les sécrétions nasales est
significativement supérieure à celle des témoins.
En ce qui concerne la chronologie de la libération des médiateurs, il
était classiquement admis que les médiateurs préformés étaient
libérés précocement, alors que les médiateurs néoformés étaient
libérés plus tardivement.
En fait, les dérivés de l’acide arachidonique
interviennent très tôt dans la réaction allergique, l’histamine
participe aussi à la phase tardive de l’inflammation.
De nombreux
autres facteurs que les écosanoïdes entretiennent la phase tardive,
comme le PAF ou certaines cytokines.
2- Cytokines et facteurs de croissance
:
Les cytokines (interleukines, GM-CSF, tumor necrosis factor [TNF],
transforming growth factor [TGF], interférons) et les facteurs de
croissance sont des médiateurs solubles intervenant dans la réponse
inflammatoire.
Les cytokines interviennent à de multiples niveaux :
– synthèse des IgE : l’IL4 produite par les lymphocytes TH2 stimule
la production d’IgE par les lymphocytes B.
L’interféron gamma
(IFNc) inhibe au contraire la synthèse d’IgE par les cellules B.
Une
différence dans les proportions d’IL4 et d’IFNc sécrétées apparaît
comme une caractéristique de l’atopie ;
– histaminolibération : l’IL3 et le GM-CSF sont des agents
histaminolibérateurs des basophiles ;
– chimiotactisme : l’IL5 est un facteur chimiotactique puissant des
polynucléaires éosinophiles ; l’IL4 a une action chimiotactique
indirecte sur les polynucléaires éosinophiles en stimulant
l’expression de molécules d’adhésion sur les cellules endothéliales ;
l’IL8 est le facteur chimiotactique le plus puissant des polynucléaires
neutrophiles ;
– activation et survie cellulaire : la durée de vie des polynucléaires
éosinophiles est allongée in vitro par l’IL3, l’IL5 et le GM-CSF ; de
même, la multiplication cellulaire et la différenciation cellulaire sont
augmentées par la plupart des cytokines ;
– fibrose tissulaire : certaines cytokines ont une action sur les
processus de cicatrisation ou de modelage tissulaire.
3- Molécules d’adhésion
:
Elles jouent un rôle très important dans le recrutement des
leucocytes circulants, permettant le phénomène d’adhérence entre
les leucocytes et les cellules endothéliales, et leur migration intratissulaire.
Elles sont classées en quatre familles principales :
superfamille des Ig, intégrines, sélectines, carbohydrates.
L’augmentation de l’expression des molécules d’adhésion par les
cellules endothéliales, épithéliales et les leucocytes est une donnée
connue lors de l’inflammation de la muqueuse nasale.
4- Cellules inflammatoires
:
De nombreuses cellules sont impliquées dans la réaction
inflammatoire, leucocytaires et cellules endothéliales.
* Mastocytes et basophiles
:
Les granules des mastocytes peuvent libérer des médiateurs
préformés (l’histamine est le plus abondant) et des médiateurs
néoformés (PGD2 essentiellement), du PAF, des leucotriènes. Les
mastocytes contiennent aussi des cytokines.
La membrane des
mastocytes exprime les récepteurs pour le fragment Fc des IgE mais
aussi d’autres marqueurs membranaires comme l’ICAM-1.
La
liaison de l’antigène sur deux IgE membranaires adjacentes entraîne
la libération des médiateurs préformés, et la synthèse et la libération
des médiateurs néoformés.
Cette liaison entraîne une modification
de la structure du récepteur transmembranaire des IgE, responsable
d’une entrée de Ca++ dans le mastocyte, permettant la
dégranulation.
Cette libération commence par les mastocytes les
plus superficiels de la muqueuse, puis l’allergène peut pénétrer au
sein de la muqueuse du fait de la destruction de tight-junctions
consécutive à la libération de médiateurs de l’inflammation, de sorte
que les mastocytes plus profondément situés peuvent dégranuler.
De plus, les mastocytes du chorion subissent une migration vers
l’épithélium où le contact allergénique est plus facile.
* Polynucléaires éosinophiles (PNEo)
:
Les polynucléaires éosinophiles amplifient la réaction inflammatoire
et sont des cellules potentiellement cytotoxiques.
En plus des
protéines basiques préformées, les polynucléaires éosinophiles
synthétisent et libèrent de nombreux médiateurs néoformés : PGE2,
LTC4, PAF.
D’autre part, les polynucléaires éosinophiles libèrent des
radicaux libres, de la substance P et du VIP, ainsi que de nombreuses
enzymes.
Ils synthétisent aussi de nombreuses cytokines.
Ils peuvent
exprimer de nombreux récepteurs membranaires (pour le
fragment Fc des IgG, pour le fragment Fc des IgE, pour le
fragment Fc des IgA, pour le PAF, pour certaines cytokines,
molécules d’adhésion).
L’adhérence des PNEo aux cellules endothéliales semble plus intense
que celle des autres granulocytes et impliquerait principalement les
récepteurs VLA-4 (molécule d’adhésion) sur les PNEo et le
corécepteur VCAM-1 sur les cellules endothéliales.
Ceci
expliquerait la prépondérance des PNEo dans l’infiltrat
inflammatoire allergique par rapport aux autres granulocytes.
La libération des médiateurs des PNEo est le résultat de la liaison
d’un ligand à son récepteur membranaire.
La libération des
médiateurs des PNEo est aussi possible durant la réaction
inflammatoire par la fixation de PAF, de leucotriènes, de PG ou de
fractions du complément sur leur récepteur membranaire.
Le PNEo,
qui est lui-même une source importante de ces médiateurs, peut être
considéré comme un autoactivateur.
L’addition d’allergène à des PNEo de patients allergiques, porteurs
d’IgE de surface, induit la libération de médiateurs, l’allergie de type
I peut donc concerner les PNEo.
La libération IgG-dépendante est
également possible mais moins constante que la libération IgEdépendante,
de même la dégranulation des PNEo par les IgA est
possible.
Ce mode de dégranulation est d’autant plus intéressant
à considérer que les taux d’IgA dans les sécrétions nasales sont
fortement augmentés chez les sujets allergiques saisonniers en phase
d’exposition, comparés aux faibles taux observés en dehors de la
période allergique.
Il existe, selon l’état d’activation, deux formes de PNEo : la forme
« dormante » et la forme « activée ».
L’activation des PNEo se traduit
par des modifications morphologiques (les PNEo activés sont
hypodenses) et fonctionnelles (l’ECP est sous forme activée,
reconnaissable par les anticorps monoclonaux spécifiques).
La muqueuse nasale normale contient peu de PNEo.
L’inflammation s’accompagne d’une infiltration de la muqueuse
respiratoire par des PNEo.
De plus, les PNEo apparaissent dans les
sécrétions nasales dans lesquelles sont libérés leurs médiateurs.
L’infiltration à PNEo survient dans les heures qui suivent
l’exposition allergénique.
L’infiltration muqueuse nasale
s’accompagne d’une éosinophilie sécrétoire nasale.
* Lymphocytes
:
On distingue les lymphocytes B et les plasmocytes dont la fonction
est la synthèse d’Ig, et les lymphocytes T dont les fonctions multiples
sont assurées par les différentes sous-populations.
Les cellules K
(killer) et NK (natural killer) n’ont aucun des marqueurs des cellules
B ou T.
Les lymphocytes T ont une double fonction : cytotoxicité et
libération de facteurs solubles (les cytokines).
Les cytokines
interviennent dans la maturation et l’activation de nombreuses
cellules.
On a décrit, vis-à-vis de la régulation de la réponse
immunitaire, des lymphocytes T-helpers (lymphocytes CD4+) et des
lymphocytes suppresseurs (lymphocytes CD8+).
Dans les rhinites allergiques, il existe une augmentation du nombre
de lymphocytes T (CD3+) qui sont majoritairement activés,
exprimant le CD25 ou le récepteur de l’IL2.
* Polynucléaires neutrophiles (PNN)
:
De nombreux facteurs non spécifiques peuvent être responsables de
la libération des médiateurs des PNN.
Le PNN obéit par une
réponse migratoire à de nombreux stimuli. L’IL8 est une cytokine
essentielle pour le chimiotactisme des PNN.
Dans la migration des PNN sur les lieux de l’inflammation, les molécules d’adhésion
jouent un rôle important.
L’existence de myélopéroxydase,
marqueur spécifique des PNN, a été mise en évidence dans les
sécrétions nasales de sujets présentant une rhinite allergique
perannuelle.
Dans la rhinite allergique, le challenge par le PAF
entraîne une apparition massive de PNN dans les sécrétions
nasales.
* Monocytes et macrophages
:
Les macrophages peuvent libérer une vaste gamme de médiateurs.
Au niveau de la muqueuse nasale, une augmentation significative
du nombre de macrophages a été observée après tests de
provocation au moyen de l’allergène chez l’allergique.
Le nombre
de macrophages reste toutefois modéré.
* Cellules épithéliales et dendritiques :
L’épithélium respiratoire a longtemps été considéré comme une
simple barrière physique.
Puis il est apparu que les cellules ciliées
jouent un rôle dans la réaction inflammatoire en libérant des
médiateurs dérivés de l’acide arachidonique.
Plus récemment, le rôle
de l’épithélium dans la présentation de l’antigène a été montré, par
le biais des cellules dendritiques.
Enfin, le rôle des cellules
épithéliales, par l’expression de molécules d’adhésion sur leur
membrane cellulaire, dans la migration transmuqueuse et
intraluminale des cellules recrutées est un concept actuellement bien
établi.
Les cellules épithéliales interviennent dans l’inflammation de la
muqueuse respiratoire, passivement lorsque leur destruction permet
un développement de l’inflammation, activement par l’intermédiaire
de la libération de médiateurs.
L’allergie entraîne l’expression
d’ICAM-1, ce qui permet d’expliquer la fréquence des rhinites
virales chez l’allergique (l’ICAM-1 étant le récepteur membranaire
de la majorité des rhinovirus).
Les cellules dendritiques ont pour fonction présumée de
conditionner et de présenter l’antigène aux cellules T.
D’autre part,
elles produisent des médiateurs et des cytokines.
Le nombre de cellules dendritiques est significativement augmenté
dans l’allergie nasale par rapport aux témoins, en période
d’exposition naturelle à l’allergène ou après test de provocation
nasale à l’allergène.
B - RHINITES NON ALLERGIQUES :
Les connaissances physiopathologiques concernant les rhinites
chroniques non allergiques sont pauvres.
Les stimuli pouvant
induire des symptômes de rhinite sont nombreux tels l’air froid, les
aliments épicés, l’aspirine et les anti-inflammatoires non stéroïdiens
(AINS).
Une forme non allergique de rhinite peut être induite par inhalation
d’air froid chez des patients présentant une sensibilité particulière à
l’environnement froid et venteux.
Il semblerait exister chez ces
patients une augmentation de l’osmolarité des sécrétions nasales
consécutive à la stimulation par l’air froid.
Certains auteurs
ont suggéré que l’hyperosmolarité des sécrétions nasales stimulait
les sécrétions glandulaires par des mécanismes neuronaux.
De plus,
l’hyperosmolarité a été corrélée avec une augmentation du relargage
des médiateurs, suggérant que la tonicité des sécrétions nasales joue
un rôle dans l’initiation de la réaction.
Dans cette étude, neuf
patients qui répondaient à l’inhalation d’air froid par le
développement d’une rhinite et le relargage de médiateurs de
l’inflammation, avaient aussi une augmentation de l’osmolarité des
sécrétions nasales.
Chez six patients qui n’étaient pas affectés par
l’inhalation d’air froid, l’osmolarité des sécrétions nasales était
inchangée.
Chez les répondeurs, il y avait une corrélation
significative entre la concentration des médiateurs et l’osmolarité des
sécrétions nasales.
La stimulation unilatérale par l’air froid entraîne une réponse
sécrétoire bilatérale, ce qui prouve l’existence d’un réflexe
neuronal.
Il semble que la rhinorrhée induite par l’air froid soit
liée à la stimulation glandulaire parasympathique puisqu’elle est
partiellement bloquée par l’application locale d’atropine.
Il a bien été démontré que l’hyperosmolarité est un facteur de
relargage des médiateurs mastocytaires in vitro et in vivo.
D’autre part, elle active les terminaisons nerveuses sensorielles.
Chez les patients présentant une rhinorrhée après ingestion
d’aliments épicés, il s’agit d’une réaction purement neurogène et
médiée par le parasympathique, puisqu’elle est bloquée par
l’atropine.
Chez les patients présentant une hypersensibilité à l’aspirine, il
existe une augmentation des leucotriènes dans le liquide de lavage
nasal après stimulation orale par l’aspirine. Les réactions
respiratoires à la stimulation par l’aspirine sont diminuées par les
inhibiteurs de la 5-lipo-oxygénase et les antagonistes des récepteurs
des leucotriènes.
Ceci prouve le rôle central de la production des leucotriènes par le métabolisme de l’acide arachidonique dans le
syndrome d’hypersensibilité à l’aspirine.
Chez les patients présentant une rhinite non allergique d’étiologie
inconnue, il est important de savoir s’il existe une hyperréactivité
de la muqueuse nasale, c’est-à-dire si elle répond de manière
exagérée aux stimulations non spécifiques. Toutefois, il n’y a pas de
méthode standardisée.
De plus, en fonction du stimulus utilisé,
différents éléments de la muqueuse nasale peuvent être activés :
glandulaires, vasculaires ou nerveux.
Un autre niveau de complexité
est représenté par le fait que les éléments muqueux peuvent être
activés directement ou indirectement : par exemple les glandes sousmuqueuses
peuvent sécréter du mucus soit par stimulation directe
de leurs récepteurs muscariniques par la métacholine, soit par le
biais d’un réflexe neuronal.
Une étude réalisée par Borum suggère que les patients présentant
une rhinite non allergique d’étiologie inconnue ont une
hyperréactivité glandulaire.
Dans une étude sur la provocation
nasale à la capsaïcine, Stjärne suggère que les patients présentant
une rhinite non allergique ont une réponse sécrétoire plus élevée
que les patients des groupes contrôle.
Dans une étude comparant les effets de la provocation nasale à
l’histamine chez trois groupes de patients
– rhinites non allergiques,
rhinites allergiques perannuelles et sujets contrôle
– le groupe rhinite
non allergique présente une réactivité inférieure au groupe rhinite
allergique mais supérieure au groupe contrôle, si l’on tient compte
des éternuements et de la perméabilité vasculaire en réponse à un
stimulus.
Les éternuements sont un symptôme neuromédié et la
perméabilité vasculaire induite par l’histamine est probablement un
effet direct sur les récepteurs H1 des vaisseaux sanguins.
Les observations concernant l’hyperréactivité de la muqueuse nasale
des rhinites non allergiques d’étiologie inconnue posent la question
de savoir si la cause sous-jacente est l’inflammation chronique.
Une
inflammation muqueuse active peut exister dans la muqueuse nasosinusienne des patients souffrant de rhinite chronique non
allergique.
Toutefois, on ne sait pas si ces patients présentent des
signes d’hyperréactivité muqueuse.
Une hyperéosinophilie existe
chez les patients présentant un non allergic rhinitis eosinophilic
syndrome (NARES).
Cependant, aucune étude n’est validée en ce qui
concerne l’hyperréactivité muqueuse de ces patients.
Chez les patients présentant une rhinite chronique non allergique
d’étiologie inconnue dite « vasomotrice », il n’a pas été retrouvé de
différence dans les sécrétions nasales ou les biopsies de muqueuse
entre ces patients et les sujets contrôle, en ce qui concerne les
marqueurs cellulaires ou biochimiques de l’inflammation.
Aspects cliniques :
A - SIGNES FONCTIONNELS :
Le tableau clinique de l’hyperréactivité nasale est dominé par la
triade obstruction nasale-rhinorrhée-éternuements survenant de
manière paroxystique. D’autres signes fonctionnels peuvent s’y
associer : le jetage postérieur, le prurit nasal, palatin ou oculaire, les
céphalées, les troubles de l’olfaction.
L’obstruction nasale est le plus souvent bilatérale ou « à bascule »,
influencée par le décubitus.
Le cycle nasal normal est ressenti
comme une gêne fonctionnelle importante.
Elle est d’intensité
variable (mineure, ne gênant pas les activités, gênante à l’effort,
importante ou totale, parfois responsable de troubles du sommeil).
La rhinorrhée peut survenir par accès de façon isolée ou associée
aux autres symptômes.
Elle est volontiers aqueuse et peut parfois se
présenter comme une véritable hydrorrhée paroxystique pouvant
être déclenchée par des facteurs positionnels, des substances
irritantes (pollution, tabac...), des variations de température ou des
facteurs psychogènes parfois au premier plan.
Les éternuements surviennent préférentiellement en salves. Il existe
une relation significative entre l’intensité des éternuements et celle
de la rhinorrhée.
La notion classique de salves d’éternuements
précédant un paroxysme sécrétoire est confirmée non seulement à
l’exposition allergénique, mais aussi sous l’influence de stimulations
non spécifiques ou de la réactivité cyclique du système
neurovégétatif (matin et fin d’après-midi).
Le jetage postérieur est responsable d’une sensation de corps
étranger pharyngé, de brûlures ou de picotements pharyngés.
Le prurit nasal, palatin ou oculaire avec sensation de brûlure, de
démangeaisons, est surtout rencontré dans les pollinoses.
Les troubles olfactifs, hyposmie ou anosmie, sont parfois associés à
une hypogueusie.
Les céphalées, retrouvées dans 30 % des cas, ne sont pas corrélées
aux anomalies sinusiennes.
B - RHINOSCOPIE :
Elle peut montrer des aspects divers. Généralement, il existe un
oedème de la muqueuse des cornets inférieurs symétrique dont la
coloration est variable, allant de la normalité apparente à la
coloration lilas aspécifique.
Les sécrétions sont le plus souvent
fluides et non surinfectées.
L’examen des méats moyens est fondamental à la recherche
d’anomalies muqueuses ou sécrétoires : oedème, polypes,
suppuration, qui sont le témoin d’une participation sinusienne.
C - PARTICIPATION SINUSIENNE :
Elle doit être systématiquement recherchée devant des signes
cliniques inhabituels : troubles olfactifs, épisodes fréquents de
surinfection, céphalées, ou devant des anomalies endoscopiques du
méat moyen.
Mieux que les radiographies standards des sinus, qui
ne permettent pas une bonne visualisation des cellules ethmoïdales,
l’examen tomodensitométrique des sinus est actuellement l’examen
de première intention.
D - HYPERRÉACTIVITÉ BRONCHIQUE :
L’existence d’une hyperréactivité bronchique doit systématiquement
être recherchée.
Toux, dyspnée d’effort ou après exposition aux
irritants non spécifiques, aux changements de température, sibilances
vespérales, oppression thoracique, sont des éléments évocateurs.
Exploration de l’hyperréactivité nasale :
Différentes techniques plus ou moins complexes ont été
développées pour étudier la réponse nasale à des stimuli variés,
qui, comme pour l’hyperréactivité bronchique, peuvent être
allergéniques, pharmacologiques ou physiques.
A - EXPLORATION DU VERSANT OBSTRUCTIF :
1- Rhinomanométrie :
Deux méthodes peuvent être utilisées permettant la mesure
simultanée du débit et des variations de pression que subit le
courant aérien en traversant les fosses nasales, elles obéissent au
comité international de standardisation de la rhinomanométrie :
– la rhinomanométrie antérieure de réalisation simple et rapide
semble la mieux adaptée aux tests de pratique quotidienne ; elle
mesure la perméabilité nasale successivement dans une fosse nasale,
puis dans l’autre ;
– la rhinomanométrie postérieure active, plus difficilement réalisable
en raison de la nécessité de positionner une sonde buccale, présente
l’avantage de permettre une mesure globale des résistances des
fosses nasales sans introduire d’embout narinaire susceptible de
modifier la muqueuse nasale.
La résistance nasale totale est normalement inférieure à
0,3 Pa/mL/s.
Les résistances unilatérales normales sont inférieures
à 0,6 Pa/mL/s.
La rhinomanométrie, quelle que soit la technique,
n’autorise aucune quantification précise de l’obstruction nasale.
En
effet, comme l’a souligné Cole, il n’existe pas de corrélation absolue
entre l’importance de l’élévation des résistances nasales et la sévérité
de l’obstruction ressentie par le patient.
Par ailleurs, la rhinomanométrie peut être normale en dehors des épisodes
d’hyperréactivité nasale.
Quelle que soit la technique, la réponse positive à l’agent agresseur
se caractérise par un doublement de la résistance nasale associée à
l’existence de manifestations cliniques, dose-dépendantes.
2- Rhinométrie acoustique
:
Il s’agit d’une technique récente permettant une étude objective de
la géométrie des fosses nasales par échographie acoustique.
C’est
une méthode rapide, reproductible, non invasive, requérant peu de
coopération de la part du patient.
Toutefois, les résultats méritent
d’être validés et de nombreux problèmes techniques ne sont pas
encore résolus.
3- Imagerie :
Les radiographies standards des sinus sont inutiles au diagnostic de
l’hyperréactivité nasale, de même elles n’ont que peu d’intérêt dans
son bilan étiologique car elles sont insuffisantes pour l’étude des
sinus ethmoïdaux.
La tomodensitométrie permet la mise en évidence
beaucoup plus précise d’une participation sinusienne.
B - EXPLORATION DU VERSANT SÉCRÉTOIRE :
Les sécrétions nasales contiennent de nombreux constituants
protéiques provenant soit du secteur vasculaire par extravasation
(au premier rang desquels se trouve l’albumine), soit des sécrétions
glandulaires.
La mesure des différents composants sécrétoires, avant
et après application au niveau de la muqueuse nasale de différents
stimuli, a été utilisée pour expliquer les mécanismes de la rhinorrhée.
Des profils sécrétoires différents ont été décrits en
association avec certaines étiologies de rhinite chronique.
Néanmoins, cette technique de réalisation relativement complexe
reste surtout utilisée en recherche clinique.
Il est également possible de doser dans les sécrétions nasales, basales
ou après stimulation, différents types de médiateurs de
l’inflammation.
Certains sont d’origine plasmatique, résultant de
l’activation des systèmes du complément, des kinines ou de la
coagulation.
D’autres sont d’origine cellulaire, libérés par les cellules
résidentes ou recrutées sur place au cours de l’inflammation induite.
L’histamine est le médiateur vasoactif le plus connu, mais d’autres
substances comme les kinines, les leucotriènes ou certaines PG
peuvent être également libérées et mesurées dans les sécrétions
nasales.
Enfin, comme par analogie avec les voies aériennes inférieures,
certaines équipes ont développé des techniques de lavage nasal permettant d’étudier la composition cellulaire de la lumière des
fosses nasales avant et après stimulation allergénique.
C - RECHERCHE D’UNE HYPERRÉACTIVITÉ
BRONCHIQUE ASSOCIÉE :
Devant un asthme cliniquement évident ou des signes évocateurs à
l’interrogatoire, une exploration fonctionnelle respiratoire doit être
réalisée.
La spirométrie ou les courbes débit-volume mettent en
évidence un trouble ventilatoire obstructif réversible partiellement
ou totalement après inhalation d’un bêta-2-mimétique.
En cas de
normalité de la spirométrie avec forte suspicion clinique, il est
possible de mettre en évidence l’hyperréactivité bronchique soit par
la surveillance pendant quelques jours du débit de pointe par un
débitmètre qui objective la variabilité journalière des mesures, soit
par la réalisation d’un test de provocation bronchique non spécifique
(histamine, métacholine, carbacholine).
Différentes étiologies
d’hyperréactivité nasale :
La plupart des rhinites chroniques, avec ou sans participation
sinusienne, s’accompagnent d’une hyperréactivité nasale.
Toutefois,
la physiopathologie de plusieurs formes de rhinites n’est pas
clairement élucidée.
La rhinite allergique est l’exemple type de l’hyperréactivité nasale.
Son diagnostic et son traitement sont bien codifiés.
Les rhinites non
allergiques sont de diagnostic plus difficile.
Elles peuvent être
classées en rhinites non allergiques d’étiologie connue et rhinites non
allergiques d’étiologie inconnue.
Parmi les causes de rhinites non allergiques, il faut citer :
– les rhinites infectieuses, il faut y ajouter les syndromes
d’immunodéficiences congénitaux ou acquis, mucoviscidose,
syndrome de dyskinésie ciliaire primitif où la fonction déficiente de
l’épithélium nasal et sinusien est probablement responsable du
développement d’infections chroniques ;
– les rhinites induites par des facteurs chimiques ou physiques : les
rhinites induites par l’ingestion d’aliments épicés (rhinite
alimentaire), les rhinites induites par l’air froid et sec, les rhinites
induites par la pollution ; l’exposition chronique à la fumée de tabac
et aux polluants extérieurs induit une métaplasie de l’épithélium
nasal.
Chez les patients se plaignant d’une rhinorrhée à l’effort ou à
l’ingestion de mets épicés, certains auteurs ont pu mettre en
évidence l’existence d’une réponse sécrétoire anormale
probablement en partie d’origine cholinergique et/ou
neuropeptidique.
Une hyperréactivité nasale, mesurée par test de provocation nasale
à l’histamine ou à l’air froid, peut être transitoirement induite chez
des sujets sains par une infection virale ; enfin, la réponse nasale
spécifique immédiate ou retardée à l’allergène est augmentée par
l’exposition, préalablement au test de provocation allergénique, à
des irritants ou polluants comme le dioxyde d’azote (NO2) ;
– les rhinites chroniques non allergiques survenant dans un contexte
post-traumatique ou iatrogène ;
– les rhinites induites par certaines drogues (vasoconstricteurs,
aspirine, AINS, antihypertenseurs, cocaïne, contraceptifs oraux,
antidépresseurs) ; l’aspirine et tous les AINS sont classiquement
responsables d’une hyperréactivité nasale fréquemment associée à
une sinusite chronique avec polypose nasale et asthme ;
– la grossesse, l’hypothyroïdie ;
– les maladies granulomateuses (granulomatose de Wegener,
sarcoïdose).
Il existe d’autres rhinites avec hyperréactivité nasale d’étiologie
inconnue :
– la rhinite non allergique à éosinophiles ou NARES ;
– la rhinite dite « vasomotrice » ; ce terme est fréquemment utilisé,
il suppose que la cause sous-jacente est un dysfonctionnement
vasculaire et neurogène de la muqueuse, or il n’y a pas d’argument
permettant d’affirmer cette notion ; dans ces formes de rhinites dites
« essentielles », le trépied de l’hyperréactivité nasale est plus ou
moins dissocié et l’évolution irrégulière ; le facteur psychogène est
assez fréquent (situation de stress, difficultés relationnelles,
émotivité) mais son interprétation n’est pas toujours évidente.
La classification des rhinites est rendue encore plus difficile par
l’interaction et la potentialisation des différents facteurs entre eux.
En effet, la plupart des patients présentant une rhinite chronique,
quelle qu’en soit l’étiologie, se plaignent de la réactivation de leurs
symptômes lorsqu’ils sont soumis à des irritants non spécifiques
comme la fumée de cigarette, les odeurs fortes, les variations de
température, voire l’effort.
Ces manifestations sont superposables
aux symptômes d’hyperréactivité bronchique non spécifique
observés chez les patients asthmatiques soumis à différentes
stimulations environnementales.
La réalité de l’hyperréactivité nasale a pu être confirmée grâce aux
techniques d’exploration décrites précédemment.
Devillier et al,
en utilisant la rhinomanométrie postérieure, ont mis en évidence,
par rapport à des témoins, l’existence d’une hyperréactivité à la
métacholine et à la substance P chez des patients présentant une
rhinite chronique allergique.
Cette hyperréactivité nasale n’est pas
uniquement liée à l’existence d’une inflammation nasale, mais
pourrait être constitutionnelle et caractéristique de l’atopie
puisqu’elle est susceptible de persister chez les sujets
asymptomatiques.
Ainsi, White et al ont démontré, chez des
patients atteints de rhinite allergique saisonnière testés en dehors de
la saison pollinique, une réponse sécrétoire très nettement
supérieure à celle observée chez des témoins.
Cette observation est
renforcée par le fait que l’hyperréactivité nasale peut aussi être
observée en dehors de toute pathologie inflammatoire chronique des
voies aériennes.
L’hyperréactivité nasale coexiste souvent avec l’hyperréactivité
bronchique.
Il a souvent été proposé d’assimiler réponse bronchique
et nasale aux agressions allergiques ou non spécifiques et d’établir
un parallèle entre hyperréactivité nasale et bronchique.
Cependant,
si les effecteurs de la réponse nasale ou bronchique sont
qualitativement proches, ils sont aussi quantitativement très
différents.
Sur le plan physiopathologique, nez et bronches
s’individualisent.
L’hyperréactivité nasale est surtout dépendante du
tonus vasomoteur, alors que l’hyperréactivité bronchique est
fonction du tonus musculaire lisse bronchique.
La muqueuse des
fosses nasales est par ailleurs en continuité directe avec la muqueuse
des voies respiratoires basses.
Les fosses nasales jouent ainsi leur
rôle de sentinelle, réchauffant, humidifiant, filtrant et épurant l’air
inspiré.
À ces propriétés s’ajoute une fonction de défense
immunitaire non spécifique.
Au niveau des fosses nasales, l’absence
de muscle lisse, l’hypertrophie du système sécrétoire et de la
vascularisation sous-muqueuse permettent de comprendre que la
réponse nasale, chez le sujet allergique, soit parfois à l’opposé de la
réponse bronchique pour certains stimuli non spécifiques, en
particulier l’exercice physique.
L’atteinte conjointe du nez et des voies respiratoires inférieures est
fréquente au cours de l’allergie respiratoire.
Pour Smith, 78 % des
patients présentant un asthme extrinsèque présentent une rhinite.
Pour Gregg, 54 à 67 % des asthmatiques allergiques ont des
manifestations nasales.
Inversement, 23 à 44 % des sujets présentant une rhinite allergique
saisonnière ou perannuelle ont des symptômes évocateurs
d’asthme.
Vingt-cinq pour cent des patients allergiques souffrant
d’asthme et de rhinite voient les deux affections apparaître
simultanément.
Dans plus de la moitié des cas, la rhinite précède
l’asthme.
L’influence péjorative de l’atteinte oto-rhino-laryngologique (ORL)
sur la fonction ventilatoire a pu être mise en évidence par Annesi et
al.
Dans cette étude, la présence d’une rhinite chronique est
associée avec une diminution significative du volume expiratoire maximal-seconde (VEMS).
Par ailleurs, il existe chez les patients
présentant une rhinite saisonnière sans asthme, une aggravation
transitoire de l’hyperréactivité bronchique pendant la saison
pollinique, qui paraît liée à la majoration de l’état inflammatoire au
niveau nasal.
Mais l’association rhinite-asthme est loin d’être spécifique de
l’allergie, puisque la rhinite chronique à éosinophiles ou la polypose
nasosinusienne s’accompagnent fréquemment de symptômes
d’asthme.
En ce qui concerne les aspects thérapeutiques, il est actuellement
clairement démontré par un certain nombre d’études que la prise en
charge thérapeutique de l’atteinte nasale améliore l’hyperréactivité
bronchique, qu’elle soit patente ou infraclinique.
Cependant, les
différences histologiques entre muqueuses nasale et bronchique
permettent d’expliquer la sensibilité différente de la muqueuse des
fosses nasales et de la muqueuse bronchique à certaines
thérapeutiques antiallergiques.
Aubier et al rapportent une étude montrant la diminution de
l’hyperréactivité bronchique lors du traitement de la rhinite par une
corticothérapie locale intranasale chez des patients présentant une
rhinite allergique aux acariens évoluant depuis plus de 2 ans, avec
des radiographies des sinus normales.
Corren et al ont montré, sur un groupe de patients présentant
une hyperréactivité bronchique et une rhinite pollinique depuis au
moins 2 ans, qu’un traitement intranasal par béclométasone durant
la saison pollinique, permettait de prévenir l’augmentation de
l’hyperréactivité bronchique observée chez ces patients en l’absence
de traitement.
De même, une diminution de l’ascension saisonnière des IgE
spécifiques sériques a été observée chez des patients allergiques
traités par corticoïdes locaux.
En ce qui concerne les aspects pronostiques, plusieurs questions se
posent :
– peut-on prévenir l’apparition de l’asthme ?
– y a-t-il des facteurs prédictifs de l’apparition d’un asthme chez les
patients présentant une rhinite allergique ?
– l’existence d’une rhinite allergique est-elle un facteur
d’aggravation des symptômes bronchiques ?
D’une manière générale, il semble que les antécédents de rhinite
allergiques sont un facteur de risque important dans l’apparition
d’une maladie asthmatique.
Ce risque est plus élevé en cas de
rhinite perannuelle qu’en cas de rhinite saisonnière.
La présence d’une hyperréactivité bronchique asymptomatique est
relativement fréquente chez les patients présentant une rhinite
chronique et pourrait représenter également un facteur de risque de
développement ultérieur d’un asthme.
Il apparaît donc, au vu de ces éléments, que la muqueuse
respiratoire doit être considérée dans sa globalité, tant d’un point de
vue diagnostique que thérapeutique.
En effet, la prise en charge
thérapeutique de la double atteinte, ORL et bronchique, est
généralement possible sans alourdir exagérément la prescription.
La
collaboration étroite entre l’ORL et le pneumologue, permet
d’adopter une stratégie globale concertée de traitement face à une
maladie inflammatoire qui intéresse souvent l’ensemble des voies
respiratoires.
Aspects thérapeutiques :
La prise en charge thérapeutique spécifique des différents types de
rhinites chroniques allergiques ou non allergiques a été détaillée
dans un autre chapitre de ce traité.
A - HYPERRÉACTIVITÉ NASALE ET RHINITE ALLERGIQUE
:
L’action des traitements anti-inflammatoires locaux, notamment des
corticostéroïdes, lors des tests de provocation nasale allergénique,
permet de confirmer les liens existant entre hyperréactivité nasale et
inflammation allergique.
En effet, il a été démontré chez les
patients allergiques aux acariens de la poussière de maison qu’un
traitement par dipropionate de fluticasone diminuait la réponse
immédiate et tardive après tests de provocation allergénique ou à
l’histamine.
Les corticoïdes locaux diminuent également la
production de PAF et de PG.
L’augmentation du taux de l’IL5
après provocation allergénique est inhibée après administration de fluticasone.
Il semble que l’hyperréactivité nasale aggrave
significativement les scores des symptômes de la rhinite obtenus par
les questionnaires de qualité de vie.
B - HYPERRÉACTIVITÉ NASALE ET RHINITE
NON ALLERGIQUE
:
À côté des rhinites non allergiques éosinophiliques qui répondent
classiquement à la corticothérapie nasale, les autres types de rhinites
non allergiques sont considérés comme des pathologies non
inflammatoires répondant mal à la corticothérapie locale.
Cela
suppose, dans ces cas de rhinopathies non allergiques non
éosinophiliques, d’autres mécanismes encore inconnus faisant
intervenir les systèmes nerveux sensitifs.
L’application répétée de capsaïcine sur la muqueuse nasale diminue les symptômes chez les
patients présentant une rhinite chronique non allergique.