Syndrome de Gougerot-Sjögren Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
Dans sa définition fondatrice, le syndrome de Gougerot-Sjögren
(SGS) associe une sécheresse oculaire, une sécheresse buccale et une
collagénose, ou une polyarthrite rhumatoïde (PR).
Sjögren avait
remarqué les mains rhumatoïdes de ses patientes à oeil sec.
La
présence d’une PR ou d’une collagénose, souvent préexistante et
déjà caractérisée par ses critères habituels, justifie dans ce cas le terme de « syndrome de Gougerot-Sjögren secondaire » (SGSs).
Cette forme secondaire pose aussi moins de problèmes au médecin et à la
malade.
Quand il n’y a pas de maladie autonome, on parle de
syndrome de Gougerot-Sjögren primitif (SGSp).
Il s’accompagne
pourtant d’atteintes systémiques, parfois sévères, mais elles ne
remplissent en aucun cas les critères d’une maladie différenciée.
Leur fréquence dépend du recrutement, moindre en ophtalmologie
ou stomatologie qu’en médecine interne ou rhumatologie.
Les SGSp
font l’essentiel de ce chapitre. Ils peuvent être révélés par des
douleurs articulaires ou musculaires, ou une polyarthrite peu
inflammatoire et non destructrice.
Ce tableau est déroutant si l’on
ne recherche pas systématiquement l’atteinte exocrine et les autres
anomalies.
Les moyens thérapeutiques, certes limités, sont eux aussi
méconnus.
Le plan traite les composantes oculaire, buccale et
systémique, chacune dans son intégralité, en développant les points
qui peuvent faire difficulté au rhumatologue.
Historique :
Le premier cas fut rapporté par Mikulicz en 1888 chez un prussien
de 42 ans avec un gonflement des glandes, peut-être déjà un lymphome.
Gougerot individualisa son syndrome en 1925 pour
réunir toutes les sécheresses muqueuses.
Il l’attribua à une atrophie
glandulaire.
Sjögren, en 1933, définit la kératoconjonctivite sèche,
souligna l’intérêt du rose Bengale et de l’association à la PR.
Talal
décrivit les complications lymphomateuses en 1966.
Avec lui et avec
Tan, Alspaugh, en 1975, découvrit les anti-SSA/SSB.
Daniels, en
1984, insista sur la valeur de l’histologie.
Vitali, en 1993, conduisit
une étude multicentrique européenne pour établir des critères de
classification transdisciplinaires.
Critères de classification :
La connaissance de leurs listes a une double utilité.
Elles réunissent les symptômes et les signes les plus caractéristiques.
Du choix des critères dépend le choix des malades inclus dans une
étude, donc son profil clinique et paraclinique.
Les critères
européens de Vitali sont commodes et très sensibles
sans sacrifier la spécificité.
La xérostomie et l’oeil sec y conservent
une place notable.
La validation de quatre critères sur six permet de
classer l’observation comme SGSp certain. S’il ne réunit que trois
critères, on parle d’un SGSp possible.
Une collagénose (ou une PR)
coexistante neutralise le critère « autoanticorps » pour affirmer le
SGSs.
Une autre affection doit être exclue.
Les critères européens
acceptent des syndromes secs cliniquement monopolaires (oeil ou
bouche), ou des atteintes exocrines bipolaires à sérologie et
histologie négatives.
La présente analyse du SGSs découle de la
littérature et d’une expérience multidisciplinaire selon les critères
européens.
Elle explique sa ventilation des symptômes et des signes.
Les critères de Fox comportent une preuve d’auto-immunité,
histologique ou sérologique. Ils ne confirmeraient le diagnostic que
dans 10 % des cas retenus par les critères européens.
Pourtant, des
caractéristiques indépendantes ou même biaisées en faveur du
recrutement selon Fox, comme la fréquence de l’hyperimmunoglobuline
G 1 et le risque de lymphome, sont semblables
selon les deux modes d’inclusion.
Pour les autres critères, ce sont les
définitions de l’atteinte buccale qui varient le plus : biopsie
exclusivement (critères de San Francisco), sialographie, sinon biopsie
(critères japonais), sécheresse bipolaire objective même sans biopsie
(critères danois, qui n’incluent pas les autoanticorps).
Les critères
grecs peuvent être satisfaits sans atteinte oculaire, mais non sans
atteinte salivaire.
Épidémiologie. Qualité de vie
:
Le SGSp est la plus fréquente des connectivites (après la PR).
La
prévalence du SGS primaire va de 0,3 % (critères de Fox) à 3 %
(critères européens).
Elle est plus élevée chez la femme d’âge mûr :
huit cas sur dix sont périménopausiques.
Selon Coll, la prévalence
du SGSs est de 60 % au moins dans la cirrhose biliaire primitive
(CBP), 30 à 50 % dans la sclérodermie, 7 à 30% dans la PR et 10 %
dans le lupus, mais, dans les séries de SGSs, la PR prédomine de
par sa fréquence dans la population.
Le handicap est aussi lourd
que pour le lupus.
On l’imaginera comme la sécheresse buccale au
réveil d’une nuit de rhinite ou la gêne d’une conjonctivite si elles
devenaient permanentes et définitives.
Les associations de
malades offrent un soutien très utile.
La fatigue est une plainte
récurrente. La diminution de la survie dépend du sous-groupe des SGSs, donc de la maladie associée, souvent une PR sévère.
Circonstances de découverte
en rhumatologie :
La sécheresse muqueuse ou le gonflement des glandes orientent vite
vers le SGSp.
À défaut, sa recherche systématique peut donner la
clef d’un rhumatisme inclassable.
Obligent aussi à l’évoquer : une
polyarthrite bénigne, débutante ou non érosive, et même
séropositive, des syndromes polyalgiques apparemment
idiopathiques, une neuropathie sensitive, un purpura, une atteinte
pulmonaire inexpliquées, une élévation polyclonale des IgG ou des
anticorps antinucléaires inattendus...
L’interrogatoire orienté est
nécessaire pour dépister l’atteinte exocrine souvent atténuée d’un SGSs.
À l’inverse, un SGS apparemment primitif doit faire
rechercher une sclérodermie, surtout CREST [calcinose sous-cutanée
(C), syndrome de Raynaud (R), dysfonction de l’oesophage (E),
sclérodactylie (S), télangiectasie (T)], une hépatopathie et vérifier la
thyroïde.
Atteinte oculaire :
A - SYMPTÔMES D’OEIL SEC
:
Ils existent chez 85 % des malades (mais 10 % de témoins âgés)
(sensibilité [Se] : 85 % ; spécificité [Sp] : au moins 80 %) et se
manifestent par une sensation, intermittente au début puis permanente, d’oeil sec, d’irritation, de corps étranger (Se : 73 % ; Sp :
74 %) alors qu’il n’y a rien.
La sécheresse augmente avec
l’évaporation des larmes : atmosphère sèche, courant d’air, attention
soutenue qui inhibe le clignement, regard fixé en hauteur qui élargit
la fente palpébrale.
La persistance d’un larmoiement réflexe (oignon)
n’élimine pas le diagnostic.
Des paupières collées le matin ou des
filaments abondants traduisent un excès de mucus par défaut de la
composante acqueuse, encore réduite par le sommeil.
À l’examen,
l’oeil apparaît irrité, le ménisque lacrymal au bord libre de la
paupière inférieure est absent.
Les lentilles ne sont pas tolérées.
Tous
ces troubles sont chroniques et améliorés par les larmes artificielles.
Ils rechutent à leur arrêt (test thérapeutique).
Des douleurs aiguës
font rechercher une complication, donc un avis spécialisé.
Le
gonflement des glandes lacrymales est rare. Il peut être lymphomateux.
B - HYPOLACRYMIE :
Le test de Schirmer simple (Schirmer 1) est facile, sensible, mais peu
spécifique surtout après 60 ans.
Il mesure le flux lacrymal non
stimulé : la quantité de larmes imprégnant une languette de papierfiltre
glissée sous la paupière inférieure est normalement d’au moins 5 mm (une division) en 5 minutes.
Il n’y a pas de corrélation entre le
degré d’hypolacrymation et l’importance des symptômes mais, à
flux égal, le SGS est le plus gênant des yeux secs.
Le délai de rupture
du film lacrymal (break-up time [BUT]) est raccourci à moins de
10 secondes si le surfactant est déficient.
Le BUT est indépendant du
flux, mais de mesure délicate (Se : 77,8 % ; Sp : 38,9 %).
D’autres
tests sont moins pratiqués.
La précipitation des larmes sur des lames
porte-objet forme des arborescences en fougère (ferning).
Dans le SGS, les branches sont réduites ou absentes, avec des nodules.
L’électrophorèse des larmes montre une diminution des pics de la lactoferrine et du lysozyme, dosables aussi séparément.
La lactoferrine prévient les dégâts épithéliaux du SGS.
Elle est très
basse, avec un rapport lactoferrine/albumine inférieur à 2.
La
participation immuno-inflammatoire se marque par une élévation de la bêta2 microglobuline, de l’interleukine 6 (IL-6) et d’autres
cytokines lacrymales.
L’élévation des IgE évoque une allergie, soit
diagnostic différentiel du SGS, soit réaction iatrogène dans un SGS
traité.
C - LÉSIONS ÉPITHÉLIALES :
Les conséquences épithéliales de la sécheresse réalisent la
kératoconjonctivite sèche (KCS).
Le rose Bengale, remplacé
maintenant par le vert de lissamine, moins irritant, montre les
lésions épithéliales.
Elles se localisent dans la fente palpébrale.
Plutôt que la mort des cellules, les plages colorées (« spots »)
traduisent un défaut de mucus à leur membrane.
Le score de Van Bijsterveld est très spécifique (91,7 %) pour une normale inférieure à
quatre plages par oeil (Se : 52,9 %). Les larmes artificielles en gel
empêchent la coloration des lésions.
Le biomicroscope et la
fluorescéine montrent les lacunes de l’épithélium cornéen, ses microulcérations
et même des filaments.
Les empreintes
conjonctivales prouvent une raréfaction des cellules à mucus et une
souffrance des cellules épithéliales avec typiquement une
déformation en « S » de leur chromatine.
D - ÉVOLUTION :
Si l’évolution n’est pas contrôlée, la kératoconjonctivite s’aggrave
avec irritation et gêne désespérantes.
Des filaments muqueux et
cellulaires troublent la vue (kératoconjonctivite filamenteuse).
La
cornée s’ulcère, avec douleur vive, et, à terme, risque d’opacification.
L’oeil sec est sensible aux infections virales et bactériennes
(Staphylococcus aureus), voire chlamydiennes.
Elles sont favorisées
par un collyre aux corticoïdes, une tentative de port de lentilles
intempestive, un geste chirurgical et surtout la blépharite.
L’altération des glandes de Meibomius diminue la couche lipidique
superficielle des larmes qui prévient normalement leur évaporation.
La baisse des androgènes à la ménopause raréfie cette couche
lipidique.
L’hormonothérapie de la ménopause, largement bénéfique
par ailleurs, est ici insuffisante.
Sous traitement et surveillance, les
infections sont curables ou prévenues.
Le SGSp ne doit plus
entraîner de perte de la vision, crainte exprimée ou non, très
présente chez toutes les malades.
E - DIAGNOSTICS DIFFÉRENTIELS ET NOSOLOGIQUES
DE L’ATTEINTE OCULAIRE
:
Le diagnostic différentiel est compliqué d’incertitudes
nosologiques.
La blépharite est l’alternative la plus fréquente en
ophtalmologie.
Les sécheresses iatrogènes frappent beaucoup plus
la bouche que l’oeil.
Les localisations lacrymales sont moins occultées
que les autres s’il y a une maladie systémique (SGSs).
Une
raréfaction progressive des larmes avec le vieillissement, contestée
par certains, rend le test de Schirmer difficile à interpréter après
60 ans.
Tous les auteurs ont cependant observé des sécheresses
oculaires monopolaires, modérées, parfois associées à des
anticorps antinucléaires sans les autres manifestations du SGS
(kératoconjonctivite sèche pure).
La chimie des larmes serait moins
perturbée.
L’atteinte exocrine diffuse peu.
Le tableau de SGS ne se
complète pas, avec même amélioration des fonctions lacrymales
(sauf le BUT).
Une thyroïdopathie auto-immune peut apparaître.
Il
est difficile de conclure à une entité pathologique autonome plutôt
qu’à un SGS incomplet.
Cette discussion change peu la conduite à
tenir : bilan initial à la recherche de manifestations de SGS parfois
inapparentes, traitement substitutif et surveillance.
F - TRAITEMENT DE L’OEIL SEC
:
Les substituts lacrymaux sont efficaces et bien tolérées.
On préfère
des larmes artificielles non irritantes donc sans conservateur.
Elles
sont disponibles sous forme de sérum isotonique, d’action brève, et
de gel, mieux couvrant mais brouillant temporairement la vision.
Pour la journée, il faut laisser la malade choisir son substitut
lacrymal, ou même une combinaison de plusieurs, et son rythme
d’application : cinq à six fois par jour pour un sérum, trois fois par
jour pour un gel, souvent beaucoup plus.
Au moment de dormir, un
gel ou une pommade ophtalmique s’imposent pour leur longue
protection.
L’insert est un globule de gel glissé sous une paupière
qui libère progressivement son eau.
L’action, mais aussi le trouble
visuel, sont durables et l’insertion mal commode.
L’oblitération des
canaux lacrymaux (« clous » méatiques, cautérisation) est efficace
même s’ils n’évacuent normalement que 25 % de larmes.
Des
dispositifs expérimentaux sont parfois nécessaires : lunettes formant
une chambre humide hermétique, injecteur de larmes, etc.
Un oeil
sec traité devenu brusquement douloureux fait changer de substitut par crainte d’une intolérance au conservateur.
De plus, les antiallergiques
locaux (sans conservateur) et généraux, et surtout un
recours rapide à l’ophtalmologiste, sont indispensables.
Le port de
lentilles est contre-indiqué, sauf avis très spécialisé.
Les filaments
gênant la vue justifient l’essai de collyres à l’acétylcystéine et de
bromhexidine (Bisolvon 8t) (48 mg/j) par voie orale.
Les
tétracyclines per os pourraient réguler la production de mucus.
La
pilocarpine per os améliore parfois l’état lacrymal.
La ciclosporine
topique est à l’essai avec des résultats encourageants.
Les collyres
aux corticoïdes, en principe contre-indiqués, et les collyres aux antiinflammatoires
sont réservés au spécialiste.
Des androgènes locaux
sont à l’étude.
Une surveillance ophtalmologique plusieurs fois par
an est nécessaire dans tous les cas.
Atteinte buccale
:
Elle débute insidieusement par une sensation de sécheresse
chronique, croissante ou parfois fluctuante.
Moins souvent, le début
se fait par un gonflement des glandes en l’absence de sécheresse.
Il
peut aussi survenir quand elle est plus avancée.
A - GONFLEMENT DES GLANDES SALIVAIRES
:
Il faut le rechercher systématiquement, par l’interrogatoire et
l’examen, car il est très évocateur, surtout à la parotide (Se :
33 % ; Sp : 98 %).
Bilatéral ou unilatéral, fixe ou à bascule,
transitoire ou durable, il est généralement indolore.
Les glandes sont
élastiques, peu sensibles à la pression qui fait sourdre ou non de la
salive au canal de Sténon.
Il n’y a pas de signe inflammatoire ni, en
règle, d’adénopathie. Les adénopathies cervicales, même scanographiques, font d’abord évoquer un diagnostic différentiel.
Le
gonflement, authentifié par un médecin, est retrouvé dans un tiers
des cas, moins dans les SGSs.
Ces patientes ont un risque accru de
lymphome.
La radiothérapie est contre-indiquée.
B - SYMPTÔMES DE XÉROSTOMIE
:
Une sécheresse subjective est signalée dans 80 % des cas (contre une
femme sur quatre et un homme sur huit des septuagénaires toutvenant).
Pour la percevoir, il faut une diminution du flux salivaire
de 40 à 50 %.
Elle est accentuée en atmosphère sèche, mais aussi en
respirant par la bouche (Se : 62 % ; Sp : 90 %) ou en mangeant des
aliments secs.
Elle peut culminer au réveil et même gêner le
sommeil.
Elle oblige à boire pour avaler (Se : 62 % ; Sp : 89 %), à
boire entre les repas, à boire la nuit.
Les malades les plus
handicapées emportent toujours de l’eau dans leur sac à main.
Quand elle n’est pas encore très raréfiée, la salive paraît mousseuse,
en franges d’écume près des bords de la langue.
Quand l’hyposialie
est franche, la muqueuse buccale devient mate, collante, fragile, et
la langue rouge, dépapillée, fissurée.
L’hyposialie favorise
l’intolérance aux appareils dentaires, les mycoses à répétition, les
caries, évocatrices aux collets, et spécialement aux dents
antérieures, habituellement préservées.
Des pertes dentaires
précèdent souvent de loin le syndrome sec, suggérant que
l’hyposialie est le terme d’une dyssialie.
Les modifications du goût,
l’intolérance aux aliments acides, épicés, sont de moindre valeur.
Des douleurs buccales ou linguales vives doivent faire évoquer une
candidose, surtout s’il y a une perlèche, ou, à défaut, une autre
étiologie : la recherche de Candida est positive chez 75 % des SGS,
souvent une candidose extensive récurrente et le bilan systématique
des glossodynies ne trouve que 15 % de SGS.
C - HYPOSIALIE : MESURES DIRECTES ET INDIRECTES
Les discordances entre l’importance d’une hyposialie et la gêne
qu’elle entraîne sont moins nombreuses que pour l’hypolacrymie.
La mesure du flux salivaire total non stimulé se fait le matin à jeun,
tête penchée en avant, en position assise, en gardant 15 minutes sous
la langue un rouleau dentaire (Salivettet, Saarstedt).
Son imbibition
par plus de 1,5 mL de salive définit la normalité (Se : 72 % ; Sp :
75 %).
Le flux total stimulé en mastiquant de la paraffine ou une
compresse tarée (Saxon) n’a pas d’avantage.
Ces flux diminueraient
avec l’âge. Les flux parotidiens stimulés ont moins d’intérêt.
Le pH
et le pouvoir tampon salivaire sont classiquement abaissés.
Il y a
une corrélation entre l’augmentation des IgG et IgM salivaires et la
biopsie labiale ou les signes oculaires.
D - HISTOLOGIE
:
La biopsie de glandes principales aborde le prolongement inférieur
parotidien, la sublinguale ou un nodule suspect. Elle est spécialisée.
La biopsie des glandes salivaires accessoires est peu
invasive entre des mains entraînées.
Après une anesthésie locale
traçante, en muqueuse saine, on prélève un à un à la pointe du
bistouri quatre pelotons glandulaires aperçus par transparence près
de la ligne médiane, où les petits filets nerveux dont la section
laisserait une zone labiale d’insensibilité sont raréfiés.
La biopsie
large en « quartier d’orange » est inappropriée.
L’histologie permet
de quantifier l’infiltrat lymphoplasmocytaire,
typiquement organisé en amas arrondis d’au moins 50 cellules (focus
= foyer).
Plus d’un foyer pour une section glandulaire de 4
mm²
définit un focus score positif selon Daniels.
Dans la classification de Chisholm, c’est un stade 4. Pour Vitali, le stade 3 (un foyer par
4 mm²) a une Se de 87,3 % et une Sp de 90,3 %.
Le stade 4 est à
peine plus spécifique (96 %) et moins sensible (68,4 %) le stade 2
manque de spécificité.
Le stade 1 (moins d’un foyer par 4
mm²) ou
le stade 0 (pas de foyer) n’ont pas de valeur diagnostique.
Un
infiltrat en « nappe » fait discuter un lymphome.
Parfois, la glande
est envahie par la fibrose avec peu d’infiltrat, soit stade très évolué, postinfiltratif, d’un SGSp, soit SGSs de maladie fibrosante, soit
sialadénite liée au vieillissement selon Daniels.
L’état du parenchyme salivaire est difficile à quantifier sauf s’il est normal ou
très remanié.
Dans des circonstances rares mais importantes, au
besoin après techniques spécifiques sur demande orientée,
l’histologie redresse le diagnostic.
Elle montre des dépôts d’amylose,
le fer d’une hémochromatose, un granulome gigantocellulaire de
sarcoïdose, un infiltrat monoclonal de l’extension salivaire fréquente
et souvent méconnue de lymphomes évoluant ailleurs ou encore
la prédominance lymphocytaire T-CD8 des infections par le virus
de l’immunodéficience humaine (VIH).
E - SCINTIGRAPHIE :
Elle mesure la captation du technétium 99m (ion pertechnétate) par
les glandes principales et son évacuation dans la salive buccale.
Elle
visualise aussi la cavité nasale et la thyroïde. L’examen est sensibilisé en ralentissant (atropine) ou plus souvent en accélérant (pilocarpine)
la vidange salivaire.
On quantifie la fixation glandulaire et l’activité
buccale (score combiné) en évaluant une asymétrie des glandes, une
insuffisance de captation, un retard de l’élimination buccale.
Ses
résultats sont parfois discordants avec la clinique, voire l’histologie,
car la scintigraphie explore uniquement les glandes principales.
La
scintigraphie est sensible (Se : 82,6 %), peut-être trop dans la PR et
les collagénoses (Sp : 62,7 %).
Dans le SGSp, elle est essentielle au
diagnostic une fois sur 20, mais elle peut être répétée plus facilement
que la biopsie, donc servir au suivi.
Les hypothèses sur une
freination basale des récepteurs muscariniques au cours du SGS
incitent à revoir une méthodologie scintigraphique qui privilégie
leur stimulation maximale par une injection de pilocarpine.
F - SIALOGRAPHIE ET AUTRES IMAGERIES
:
La sialographie après cathétérisme et injection rétrograde de produit
de contraste, malheureusement irritant, dans le canal de Sténon n’est
parlante que dans les formes évoluées (Se : 72, 4 %) mais elle est
spécifique (91,9 %).
Elle montre des ectasies en « boule » et un
élagage de l’arborescence canalaire.
Le scanner avec injection
veineuse retrouve des zones d’hypodensité dans 50 % des cas, alors
que la densité moyenne des glandes est augmentée.
Il confirme la
nature glandulaire plutôt qu’extrinsèque d’une tuméfaction.
L’échographie a ses partisans.
Le SGS comporte une diminution
d’échogénéicité des glandes avec, huit fois sur dix, une hétérogénéité
de la sous-maxillaire, et une sur trois (contre une sur dix des autres
xérostomies) de la parotide.
L’imagerie par résonance magnétique
(IRM) fait apparaître le parenchyme glandulaire normal comme un
granité.
Le SGS associe des alternances d’hyper- et d’hyposignal,
parfois des pseudotumeurs : solides, précoces ou tardives, et
liquides, tardives.
G - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL ET NOSOLOGIQUE
DE L’ATTEINTE BUCCALE :
La discussion des diagnostics différentiels de la xérostomie est
proche de celle de l’oeil sec.
Les causes iatrogènes et
psychogènes prédominent.
La xérostomie monopolaire, équivalent
buccal de la kératoconjonctivite sèche pure, est rare si elle n’est pas
iatrogène.
H - TRAITEMENT DE LA XÉROSTOMIE
:
L’hygiène des dents (brossage et même gel fluoré) et des appareils
(solution acqueuse à 0,2 % de chlorhexidine) après chaque repas, la
surveillance stomatologique quatre fois par an sont impératives.
Pour soulager les muqueuses, les prothèses amovibles ne seront
portées qu’autant que nécessaire à la mastication ou l’esthétique.
Les
boissons, de préférence une eau minérale bicarbonatée fluorée,
seront abondantes, sauf le soir et la nuit où l’on préfère des
pulvérisations de salive artificielle.
Le chewing-gum au fluor sans
sucre et les bonbons acidulés sans sucre augmentent la salivation.
La bromhexidine (Bisolvon 8t, 6 comprimés/j), l’anétholtrithione
(Sulfarlem S 25t, 3 comprimés/j) améliorent certains cas.
Le
chlorhydrate de pilocarpine en gélules de 5 mg (prescription
magistrale) est efficace à 20 ou 25 mg/j.
Il remplace la teinture de
jaborandi.
Une amélioration du flux salivaire est obtenue six fois sur
dix.
Elle apparait dans la demi-heure qui suit chaque prise.
L’effet
dure environ 3 heures.
Le flux lacrymal est parfois amélioré.
Les
inconvénients sont mineurs : sueurs, palpitations, accélération du
transit intestinal.
Il n’y a pas d’épuisement de l’effet à long terme.
Des agonistes muscariniques plus sélectifs sont à l’étude.
Une équipe
utilise pour la sécheresse l’interféron alpha per os.
Un gonflement
gênant peut justifier les corticoïdes, difficiles à sevrer, et, à l’extrême,
la chirurgie.
Autres atteintes exocrines :
A - VOIES RESPIRATOIRES :
La sécheresse nasale, fréquente, qui ne contre-indique pas les
obturations thérapeutiques des canaux lacrymaux, est responsable
d’écoulements muqueux dans la gorge, de douleurs faciales ou de
sinusites.
L’anosmie est rare.
Une sécheresse des autres voies
respiratoires, avec toux sèche, parfois voix rauque, ailleurs infections
bronchiques à répétition et même dilatation des bronches (DDB) ou
petites atélectasies, est fréquente (50 % des cas).
B - TUBE DIGESTIF ET PANCRÉAS
:
Les douleurs pharyngées peuvent être la conséquence de
l’hyposialie et de la sécheresse muqueuse.
Une oesophagite a été
décrite et une extension des candidoses.
La dysphagie, notée dans
les trois quarts des cas, coexiste avec une motricité oesophagienne
peu perturbée.
La gastrite atrophique n’est pas plus fréquente que
chez les témoins du même âge, mais il y a parfois un anticorps anticellules pariétales gastriques et même un antifacteur-intrinsèque,
avec ses conséquences.
Le rôle trophique et antiacide de la salive
déglutie, manquante ici, explique que la hernie hiatale, pas plus
fréquente, soit plus parlante.
L’insuffisance pancréatique externe est
rare, sauf aux études approfondies, mais la pancréatite, possible.
D’autres troubles digestifs font rechercher une entérocolopathie
auto-immune d’association.
L’apport nutritionnel des sujets atteints
de SGSp est déficient en fibres, vitamines B6, potassium, calcium et
zinc.
C - MUQUEUSES GÉNITALES ET PEAU
:
La sécheresse vaginale apparaît souvent à l’interrogatoire orienté.
Si
elle ne semble pas beaucoup plus marquée que chez des témoins de
même statut hormonal, elle a pu précéder l’atteinte lacrymosalivaire
de plusieurs années.
La sécheresse de la peau, doléance courante, ne
correspond pas à une perte de réponse sudative car le test à la
pilocarpine provoque une sudation.
Manifestations systémiques :
A - APPAREIL LOCOMOTEUR : ARTICULATION, MUSCLE
Dans le recrutement multidisciplinaire, leurs atteintes sont moins
constantes (44 %), surtout objectivement, que dans les séries
rhumatologiques (> 75 %).
Ainsi, la polyarthrite du SGSp,
typiquement mais pas toujours non érosive, n’est signalée qu’une
fois sur 33 par Kruise.
En règle, l’arthrite accompagne le
syndrome sec mais il est souvent inaperçu.
La raideur est brève, les
synovites prédominent au genou et à la main.
Elles sont plus
modérées, moins durables (quelques jours ou semaines) et moins
symétriques que dans la PR.
Elles n’auraient aucune relation avec la
présence de facteur rhumatoïde, banale dans le SGSp.
Les polyarthralgies sans signe objectif sont fréquentes, surtout aux
grosses articulations et aux pieds.
D’autres douleurs correspondent à un syndrome polyalgique idiopathique diffus, caractérisé chez
10 % des malades (5 % des témoins) et lui aussi atténué.
La
recherche d’un SGS dans la fibromyalgie est positive dans 7 % des
cas.
La myosite se limite à des myalgies sans déficit ni amyotrophie,
difficiles à distinguer d’arthralgies quand elles prédominent aux
racines.
Elle contribue à la fatigue.
Les enzymes musculaires sont
peu ou pas élevés.
La biopsie montre des infiltrats lymphocytaires T périvasculaires sans nécrose ni dégénérescence des fibres.
Un sousgroupe
de malades aurait des anomalies mitochondriales.
L’électromyogramme est normal ou avec une légère activité de
repos.
L’atteinte musculaire n’a habituellement pas de conséquence
thérapeutique.
La fatigue, si elle est invalidante, répond, selon
certains, à des doses modérées de prednisone ou même à la seule
hydrocortisone.
D’un tout autre mécanisme sont les paralysies des
hypokaliémies profondes de la tubulopathie.
Ses troubles moteurs
peuvent fluctuer dans le temps, réalisant au maximum une
quadriplégie flasque avec aréflexie totale.
L’interrogatoire retrouve
de courts incidents parétiques atoniques itératifs.
Le dosage de la
kaliémie et l’administration de potassium redressent la situation.
La tubulopathie peut entraîner aussi une ostéomalacie, donc des
douleurs osseuses, axiales et pelviennes.
Une atteinte articulaire érosive, une atteinte musculaire déficitaire
en l’absence d’hypokaliémie, ou la présence d’autoanticorps
spécifiques, doivent faire évoquer, devant un syndrome sec
authentique, un SGSs à une PR ou à une polymyosite passées
inaperçues, en sachant que les facteurs rhumatoïdes et même les
anticorps antikératine accompagnent communément le SGSp.
B - SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE, CENTRAL
ET TROUBLES DE L’HUMEUR :
Les atteintes neurologiques sont contrastées.
Les neuropathies
périphériques sont fréquentes (10 à 30 % dans le SGSp), surtout
sensitives, modestes, bien authentifiées.
Les atteintes centrales sont
rares, diverses, parfois impressionnantes pour le pire puis le
meilleur, et de nosologie discutée.
Les atteintes périphériques se
développent une fois sur deux avant le diagnostic de l’atteinte
exocrine.
De plus, les neuropathies sont aussi fréquentes dans les
formes possibles que dans les formes certaines du SGSp.
Devant
une neuropathie périphérique inexpliquée, il faut donc rechercher
systématiquement des symptômes de SGS et, même en leur absence,
tous ses signes cliniques et paracliniques.
Deux fois sur trois, c’est une neuropathie progressive,
sensitivomotrice, débutant une fois sur huit aux membres
supérieurs, ce qui attire l’attention si on ne la confond pas avec un
syndrome canalaire, autre complication du SGSp.
Elle est symétrique
et distale.
Les troubles moteurs sont souvent seulement électriques.
La neuropathie purement sensitive (5 % des SGSp, la plupart
évolués) comporte une hypoesthésie plus marquée et des
paresthésies.
Elle est due à un infiltrat lymphocytaire des ganglions
postérieurs.
La neuropathie est asymétrique et s’étend en taches
successives.
La sensibilité profonde est plus atteinte que la
superficielle avec parfois pseudoatéthose et ataxie.
L’abolition des
réflexes est précoce, la dysautonomie, nette.
L’évolution est
imprévisible.
On éliminera un syndrome paranéoplasique.
La rare
et sévère mononévrite multiple du SGSp est comparable à celle de
la périartérite noueuse (PAN).
L’atteinte du trijumeau, parfois
bilatérale, est purement sensitive.
Elle évoque d’emblée un SGSp
quand le contexte auto-immun n’est ni une sclérodermie, ni une
connectivite mixte.
Des atteintes des autres paires crâniennes ont été
rapportées : paralysie oculomotrice, hypoacousie, anosmie, autres
troubles du goût où la sécheresse joue son rôle.
Si le handicap provoqué par des neuropathies sensitivomotrices ou
purement sensitives est habituellement modéré, leur réponse
thérapeutique est décevante.
Des améliorations ont été signalées
avec la corticothérapie.
Le cyclophosphamide ou les Ig
intraveineuses sont réservés aux cas sévères.
La mononévrite
multiple se traite comme celle de la PAN.
Les formes très algiques
peuvent bénéficier de tricycliques. Ils aggravent la sécheresse.
Les atteintes centrales sont rares (moins de 5 % des SGSp) pour les
types parfaitement authentifiés.
L’enjeu de les reconnaître est
important car des améliorations spectaculaires de tableaux évoquant
la sclérose en plaques (SEP) ou démence ont été obtenues sous
corticothérapie.
On discute en effet d’atteintes pseudomultiloculaires,
sans plaques démyélinisées mais avec vascularite en
foyers, de troubles psychiatriques comparables à la maladie
d’Alzheimer, enfin de l’importance des dépressions et conversions
hystériques.
Celle-ci est surestimée, ce qui vicie l’approche des
malades.
Les formes pseudomultiloculaires ont été décrites par Alexander
dans son recrutement très spécialisé.
Les signes exocrines sont
souvent discrets et, si 75 % des malades ont une vascularite
périphérique, seulement 40 % ont des autoanticorps antinucléaires,
même banaux.
Les déficits focaux seraient les plus fréquents (70 %)
et récurrents (36 %).
La liste des manifestations est aussi longue que
celle de la SEP.
De gravité variée, généralement modérée, elles se
distinguent de la SEP par l’association de neuropathies du SGSp
(30 %) ou d’une comitialité.
La moelle est plus souvent atteinte que
dans le neurolupus.
L’IRM révèle des hypersignaux en T2 dans la
substance blanche sous-corticale et périventriculaire.
Chez certaines
patientes, ils ont plus d’1 cm.
Ils sont petits mais nombreux chez les
autres, ce qui ne les rend peu discutables qu’avant 45 ans.
Les
potentiels évoqués sont souvent perturbés.
L’élévation (50 % des cas)
de la protéinorachie est modérée, comme celle du rapport IgGprotéines
totales, sauf en poussée.
L’oligoclonalité est inconstante.
La réponse aux corticoïdes serait spectaculaire bien qu’on ne traite
que les atteintes multifocales progressives ou itératives rapprochées.
Des bolus mensuels de cyclophosphamide sont préférés, à 0,75 g/m_
en attaque, ajustés ensuite pour maintenir les leucocytes à
3 000/mm3 au nadir.
La nosologie de l’atteinte pseudomultiloculaire
est incertaine.
La recherche systématique de SGSp dans des séries
de SEP est décevante (0,4 %).
Trois équipes ont aussi recherché des
atteintes pseudomultiloculaires dans des séries de SGSp sans en
trouver.
En revanche, des sécheresses mineures sans les critères du SGS sont fréquentes au cours de la SEP.
On décrit enfin dans le SGSp
une comitialité isolée, une rare méningoencéphalite, des
polyradiculonévrites avec des cellules mononucléées atypiques dans
le liquide céphalorachidien (LCR).
Les manifestations démentielles sont rares mais spectaculaires et
peuvent être guéries par la corticothérapie.
Sur plusieurs mois, les
capacités intellectuelles déclinent, avec montée des idées
paranoïaques et des hallucinations.
Le syndrome sec est
concomitant, donc peu rapporté.
Le diagnostic repose sur la vitesse
de sédimentation (VS) élevée, la présence d’autoanticorps, les autres
marqueurs du SGSp.
L’IRM et l’angiographie sont subnormales.
La
biopsie cérébroméningée montre un infiltrat lymphocytaire de la
leptoméninge.
La prednisone à 120 mg/j normalise l’état mental en
1 à 4 semaines.
Certains auteurs retrouvent des troubles cognitifs
fréquents et bénins dans le SGSp.
Des associations auto-immunes sont toujours possibles, notamment
avec un anticoagulant circulant et ses accidents cérébraux.
Les
migraines sont nombreuses, surtout chez des patients avec Raynaud
ou vascularite, ou purpura.
Des céphalées inclassables d’origines
multiples sont souvent mentionnées.
Les troubles de l’humeur sont réputés fréquents, surtout la
dépression et l’hystérie.
Pourtant l’échelle de dépression MADRS
(Montgomery and Asberg depression rating scale) n’a été positive que
dans trois des 54 cas personnels de SGSp, les autres semblant plutôt
obsessionnels qu’hystériques.
Le Minnesota multiphasic personality
inventory (MMPI) souligne la conversion hystérique, d’autres
échelles l’hostilité introvertie, la somatisation, l’obsessioncompulsion
et les idées paranoïdes.
Les troubles psychiatriques ou
psychiques sont plus volontiers observés avec des atteintes
neurologiques, même périphériques.
Pour expliquer les divergences,
on remarque qu’un profil de personnalité dépressif n’équivaut pas à
une dépression clinique et qu’à l’inverse les antidépresseurs créent
des sécheresses ou les aggravent.
La non-reconnaissance d’un
handicap obsédant par la famille, et le médecin jusqu’au diagnostic,
peut entraîner une agressivité refoulée.
Le profil psychopathologique
ou son évaluation sont faussés par les symptômes organiques.
La
personnalité serait au fond inhibée, altruiste, conformiste, consciente d’elle-même et timide, à l’instar des autres maladies auto-immunes,
mais avec un peu moins de tolérance, plus de tendance à la
contradiction.
C - REIN
:
Dans les SGSp, les atteintes
rénales réalisent soit une exceptionnelle glomérulonéphrite
proche de celle du lupus, soit, chez 10 à 30 % des malades selon
les tests, une atteinte tubulaire généralement latente :
impossibilité de concentrer les urines, défaut (distal)
d’acidification, excès (proximal) d’excrétion de bêta2 microglobuline.
Elle réalise au
pire une acidose hyperchlorémique hypokaliémique, ou un diabète
insipide résistant à la vasopressine et se complique, dans des cas
sévères, de néphrocalcinose, de lithiase et d’ostéomalacie.
À la
biopsie, l’infiltrat lymphoplasmocytaire péritubulaire rappelle les
images salivaires.
Dans un cas, sans doute à cause de lui, la
scintigraphie rénale au gallium a été positive.
La tubulopathie
justifie de la prise continue de bicarbonate à doses suffisantes pour
amener le pH urinaire entre 6 et 7, voire d’une corticothérapie.
D - PEAU :
Il s’agit une fois sur deux d’un purpura vasculaire de type purpura hyperglobulinémique de Waldenström dont le SGSp fait le quart des
cas.
Il complique 10 % des SGSp, souvent avec forte élévation des
IgG1 et/ou une cryoglobuline, et/ou des anticorps antinucléaires
volontiers de type anti-SSA/SSB.
Il le précède une fois sur trois.
Il
évolue par poussées, déclenchées par l’orthostatisme, les efforts
physiques, et prédomine aux membres inférieurs, mais peut
s’étendre ailleurs.
Des éléments purpuriques palpables ou non se
côtoient.
Ce purpura, signe de gravité systémique plutôt
qu’exocrine, peut précéder ou accompagner d’autres atteintes,
surtout Raynaud, myosite, tubulopathie.
La biopsie montre une vascularite leucocytoclasique et nécrotique avec biologie typique de
SGSp complétée d’une baisse du C4.
La vascularite purpurique monocytaire peut avoir le même aspect
clinique sans les anti-SSA et la baisse du complément.
Elle est parfois urticarienne.
Très rarement, le purpura est rapporté à une
thrombopénie.
Une urticaire (ou cet antécédent) serait retrouvée
dans 32 % des cas, un érythème polymorphe dans 5 à 10%, des
nodules dans 4 %, des ulcères digitaux dans 9 %.
L’éryhtème
annulaire est décrit au Japon, constamment accompagné d’anti-SSA.
Tous traduisent une vascularite.
E - SYNDROME DE RAYNAUD
:
Il est présent dans environ 15 % des cas et précède la sécheresse.
Il
doit faire évoquer d’abord une collagénose sournoise inaperçue,
particulièrement un CREST, et n’être rapporté au seul SGSp que sur
preuve de sa bénignité : stable, en règle sans trouble trophique, sans
mégacapillaire, ni autoanticorps autres que ceux du SGSp.
Chez ces
malades, l’atteinte systémique, surtout la polyarthrite, est plus
fréquente.
La recherche de cryoglobuline est rarement positive.
Les
autres complications cardiovasculaires authentiques du SGSp sont
trop rares pour qu’on oublie l’atteinte myocardique de l’amylose,
l’hypertension artérielle (HTAP) du CREST, surtout la polysérite du
lupus causes de SGSs.
F - POUMON :
Dans plus du tiers des cas de SGSp ancien avec anti-SSA/SSB, la
clinique suggère une fibrose pulmonaire minime : toux sèche et
dyspnée d’effort (prises pour « nerveuses »), images
réticulonodulaires douteuses.
Ces complications sont pourtant neuf
fois sur dix une bronchiolite avec syndrome obstructif ou mixte, à
diffusion du monoxyde de carbone (DLCO) normale et lavage
bronchique lymphocytaire, ou lymphocytaire et neutrophilique dans
les cas les plus agressifs.
Sauf dans ces derniers, l’évolutivité est
faible.
Les fibroses pulmonaires vraies sont rares, graves et au
premier plan.
Outre les signes cliniques, elles entraînent un
syndrome restrictif, une diminution de la DLCO et un lavage
bronchique à polynucléaires, parfois à éosinophiles.
Le scanner en
coupe mince, si nécessaire la biopsie, confirment la fibrose.
La
corticothérapie à haute dose et les immunodépresseurs ne
préviennent pas toujours une évolution fatale.
Cette fibrose est
comparable à la fibrose pulmonaire idiopathique qui peut d’ailleurs
se compliquer de SGSs.
La pneumonie lymphocytaire à infiltrat
organisé type Liebow est rare. Une pleurésie remet en question le
diagnostic de SGSp et fait rechercher d’abord un lupus.
G - FOIE :
Les anomalies sont biologiques et peu fréquentes : élévation des
transaminases, de la phosphatase alcaline, etc, chez 5 % des SGSp.
Comme un SGSs accompagne souvent les hépatopathies autoimmunes,
des anticorps antimitochondries ou antimuscles lisses sans
anti-SSA/SSB remettent en question un diagnostic de SGS
apparemment primitif.
H - AUTRES TISSUS :
Tous peuvent être intéressés.
Des adénopathies superficielles, y
compris dans les territoires cervicaux, des adénopathies profondes
ou une splénomégalie doivent faire d’abord rechercher une
hémopathie associée, pour discuter, sur l’histologie ganglionnaire et
salivaire, de la fréquente extension exocrine d’un lymphome ou
déjà d’une dégénérescence lymphomateuse du SGSp avec, à
l’interrogatoire, sécheresse négligée ancienne.
Une dysthyroïdie est
plutôt une association pathologique (15 %).
Sa fréquence justifie un
dosage hormonal dans le bilan du SGSp.
Une hyporéactivité de l’axe
hypothalamo-hypophyso-surrénalien serait habituelle.
Signes biologiques :
On trouve, selon Harley, des antinucléaires dans 71 % des SGSp,
des anti-SSA/Ro dans 58 %, du facteur rhumatoïde dans 55 %, des
anti-SSB/La dans 23 %, des anticorps antithyroïdiens dans 23 %,
dont des antimicrosomes dans 19 % et des antithyroglobulines dans
10 %.
Les spécificités caractéristiques des autres collagénoses (acide
désoxyribonucléique [ADNn], Sm, Scl-70, etc) sont absentes.
Les SGSs avec anti-U1 RNP (ribonucléoprotéines) isolés ont plus souvent
une fibrose pulmonaire et des IgG supérieures à 20 g/L.
A - ANTI-SSA(Ro) ET ANTI-SSB (La)
:
Considérés comme d’excellente valeur diagnostique, les anti-SSA
(dits aussi « anti-Ro ») ne sont pourtant ni très sensibles (20 à 60 %),
ni très spécifiques (30 % de positifs dans le lupus), et ne sont pas
décisifs dans la démarche diagnostique, sauf à faire de leur présence
un critère quasi obligatoire.
Les anti-SSA reconnaissent les
protéines 60 kDa et 52 kDa dans le SGSp et plutôt la 52 kDa dans le
lupus, différence peu exploitable.
La fluorescence des anti-SSA est
mouchetée, parfois trop faible pour qu’un laboratoire non alerté
poursuive la recherche, donc le typage, avec des extraits nucléaires
solubles.
Les Elisa (enzyme linked immunosorbent assay) et le dot-blot
sont plus sensibles que la double diffusion et la contreimmunoélectrophorèse.
La qualité de l’extrait, la technique, le
recrutement privilégiant ou non les patients avec signes
systémiques, expliquent la prévalence variable selon les équipes.
C’est dans le sexe féminin et chez les africano-américaines que les
anti-SSA sont le plus fréquent.
Au cours du SGSp, les anti-SSA
s’observent surtout en cas de début précoce, de grande ancienneté,
d’antécédent de gonflement des glandes, d’infiltration lymphoïde
marquée et d’atteinte systémique.
Les anti-SSA s’associent à la
leucopénie, la thrombopénie, parfois l’anémie, à l’hypergammaglobulinémie
et à d’autres autoanticorps. corrélés avec la baisse du débit salivaire stimulé. Les anti-SSA ont été plus souvent détectés dans les groupes HLA-DR2, -DR3, ou des
hétérozygotes, DQ2-DQ3.
Le SGSp avec anti-SSA et anti-RNP (4 %
des cas) ressemble au lupus.
Les anti-SSB sont observés presque
uniquement quand il y a des anti-SSA.
Leur sensibilité est de 5 à
40 %.
On les rencontre parfois dans les SGSs, mais pas celui de la
cirrhose biliaire primitive (CBP).
À ce jour, la protéine SSB
recombinante humaine n’a pas tenu ses promesses.
B - AUTRES AUTOANTICORPS :
Les anti-alpha-fodrine (fragment d’une protéine du cytosquelette)
récemment décrits comme très sensibles (90 %) et spécifiques
(100 %), sont en évaluation avec des résultats préliminaires moins
brillants.
Les anticorps antikératine (« périnucléaires ») sont
faiblement positifs dans 20 % des SGSp, nettement dans 5 à 10%.
Les antirécepteurs Fc-c sont plus fréquents dans le SGSp, avec
synovite ou Raynaud, ou atteinte pulmonaire.
Le facteur rhumatoïde
est commun (45 % des cas).
Les anticanaux salivaires n’ont pas
d’intérêt diagnostique.
Comme dans d’autres collagénoses, le typage
des antinucléaires détectés par fluorescence échoue dans 10 % à plus
de 50 % des cas. On trouve enfin des anticorps anticellules
endothéliales.
C - AUTRES ANOMALIES SANGUINES
:
Une hypergammaglobulinémie précoce, polyclonale, faite surtout
d’IgG1, jusqu’à 50 ou 60 g/L, est notée dans 35 à 60 % des SGSp
où elle explique largement l’accélération de la VS car CRP (C reactive
protein) et fibrinogène sont rarement élevés.
Les IgG3 sont moins
élevées, les IgG2 normales ou basses avec un index G1/G2 évocateur
s’il dépasse 6.
Des IgG normales ou une IgG2 seule augmentée sont
de bon pronostic exocrine.
Des bandes oligoclonales, parfois
monoclonales, apparaissent en immunofixation dans le sang et
même les urines.
Une cryoglobuline est détectée dans 5 % des cas,
mais rarement ses complications.
Les atteintes des éléments figurés
sont comparables à celle du lupus, mais seules l’anémie
« inflammatoire » ou la leucopénie avec lymphopénie sont
couramment décrites (un cas sur trois).
Elles peuvent précéder la
sécheresse de plusieurs années.
L’augmentation de l’amylase
prédomine sur la fraction salivaire.
D - HLA (« HUMAN LEUCOCYTE ANTIGEN »)
:
Dans le SGSp, on a décrit une augmentation de la fréquence des
groupes DR3 (DRB1*03) et, en Europe, au moins de DR2 (dont le
sous-type DRB1*15) alors que la fréquence de DR4 (DRB1*04) est
diminuée.
Dans une étude française récente, ces variations
n’atteignent pas le seuil de significativité après correction pour le
nombre d’antigènes testés, sauf si on se limite aux spécificités larges
(DR2).
En revanche, la fréquence de l’hétérozygotie DRB1*15-
DRB1*03 est significativement accrue (19 % contre 3 %), de même
que celle de l’hétérozygotie DQB1*02-DQB1*06.
Cette augmentation
de fréquence dans le SGSp est entièrement expliquée par un sousgroupe
de malades avec Raynaud et/ou signes leucolymphocytaires,
et/ou anti-SSA.
Il est donc possible que ces groupes HLA favorisent
la production d’anticorps plus que l’apparition de la maladie.
En
Grèce et en Israël, DR5 ou son sous-groupe DR11, seraient
augmentés, alors que l’augmentation porte sur DR4 et DR8 au
Japon.
Les associations HLA des SGSs sont celles de la maladie
causale.
Formes cliniques et nosologiques :
A
- SYNDROME
DE GOUGEROT-SJÖGREN SECONDAIRE :
Détectable dans un cas sur trois, le SGSs de la sclérodermie attire
l’attention dans sa forme CREST dont il peut amener la découverte.
Un gonflement et des anticorps anti-SSA font discuter une
association SGSp/sclérodermie mais, à la biopsie labiale, la fibrose
qui ne détruit pas et souligne les structures, ou les capillaires en
« bulbe d’oignons », évoqueront une localisation sclérodermique.
La prévalence du SGSs dans la PR serait de 7 % (critères de Vitali)
sans différence selon le sexe.
Une atteinte exocrine modérée et
dissociée est encore plus fréquente.
La PR est ancienne, évoluée,
sévère.
Le gonflement des glandes est rare, la sécheresse est
atténuée, peu rapportée spontanément sauf pour l’oeil.
Le rose
Bengale est très performant dans cette indication.
Il y a peu
d’atteintes viscérales, sinon pulmonaire.
Un SGSs explique parfois
la présence d’antinucléaires dans une PR typique.
La contribution
du SGS aux intolérances des traitements de fond a été discutée.
L’allergie médicamenteuse est pourtant plus fréquente dans le SGSp.
Dans le lupus, il y aurait 8 % de SGSs, plus dans les débuts tardifs.
L’atteinte exocrine est modérée, l’atteinte articulaire plus marquée,
parfois érosive, et les anti-SSA quasi constants.
La découverte d’anti- SSB n’élimine pas le diagnostic de SGSs.
Ce dernier peut compliquer
aussi un lupus induit, mais rarement les autres connectivites.
La
connectivite mixte comporte fréquemment des signes de sécheresse.
La nosologie de ces cas est incertaine.
Dans la cirrhose biliaire primitive (CBP), la prévalence du SGSs
atteint 70 %, parfois avec sclérodermie (CREST) associée.
Les trois
atteintes réalisent le syndrome de Reynolds.
Il peut se compliquer
d’une fibrose pulmonaire.
L’histologie salivaire est également mixte.
Un SGS s’observe dans 40 % des hépatites auto-immunes.
Après les
greffes de moelle, la réaction chronique du greffon contre l’hôte
produit aussi un infiltrat glandulaire et une sécheresse, mais pas
d’anti-SSA/SSB.
Les rares observations où le SGS paraît compliquer une autre
maladie rhumatismale, y compris rhumatisme psoriasique,
spondylarthrite ou artérite de Horton, justifient des enquêtes
prospectives stratifiées selon l’âge et le sexe.
La pathogénie actuelle
du SGS n’exclut pas qu’elles puissent être positives.
B - FORMES ASSOCIÉES :
Plusieurs atteintes d’organes sont davantage des associations de
pathologies auto-immunes diverses au SGS que ses complications,
surtout quand elles comportent ses autoanticorps.
Un SGS n’est noté
que dans 3 % des maladies thyroïdiennes mais une dysthyroïdie
dans 15 % des SGSp, généralement une thyroïdite de Hashimoto ou
son hypothyroïdie séquellaire, plus rarement une hyperthyroïdie.
Elle précède communément le syndrome sec de plusieurs années.
Ce déséquilibre hormonal peut contribuer à l’asthénie et aux
troubles musculaires du SGS.
Des anticorps antithyroglobuline sans
dysthyroïdie sont encore plus fréquents dans le SGSp, mais de
spécificité différente.
Des hépatopathies auto-immunes, CBP ou
hépatite chronique active, sont généralement considérées comme des
maladies causales. Le diabète n’entraîne qu’une sécheresse passagère
concomitante de ses décompensations, sans la chronicité du SGS.
L’association vraie SGSp-sarcoïdose parfois signalée est curieuse.
Elle supposerait la coexistence de deux atteintes glandulaires
distinctes, mais l’histologie est celle du SGS qui précède, et peutêtre
favorise, la sarcoïdose.
C - SELON L’ÂGE ET LE SEXE
:
Le SGSp de l’enfant est très rare et sans biais sexuel.
Le
gonflement des glandes est prédominant, la sécheresse modérée ou
absente, les signes systémiques fréquents, le tableau histologique et
biologique souvent complet, avec des facteurs rhumatoïdes.
Un
lupus peut se démasquer à la puberté.
Un bloc auriculoventriculaire
congénital est détecté une fois sur 20 chez des enfants de mère
atteinte de SGSp avec anti-SSA/SSB.
Entre la puberté et 35 ans, le SGS a un risque accru de
lymphoprolifération et davantage d’autoanticorps.
La fréquence des
avortements est discutée.
Dans le sexe masculin, le SGSp comporte plus d’atteintes
extraglandulaires, notamment articulaires, mais deux fois moins
souvent des autoanticorps typables.
La fréquence des antinucléaires
non typés reste la même.
D - FORMES VIRALES :
Hépatite C : la présence d’un infiltrat salivaire chez des patientes
atteintes de cirrhose due au virus de l’hépatite C (VHC), avec 25 %
de xérostomies sévères mais aucune xérophtalmie, a été confirmée.
Toutefois, la fréquence de stade 3 ou 4 de Chisholm est faible.
La
recherche d’un contage dans des séries de SGSp a donné des
résultats négatifs ou peu probants. Ailleurs, le recrutement du
service a pu privilégier des cas avec signes extraglandulaires,
cryoglobuline ou facteur rhumatoïde, donc des porteurs de VHC.
Dans le syndrome sec dû au VHC, les anti-SSA/SSB sont négatifs.
Enfin, une sécheresse simple est courante dans l’hépatite C,
davantage quand elle entraîne une cryoglobulinémie ou des lésions
hépatiques sévères.
Le syndrome sec du VHC serait donc
nosologiquement distinct du SGSp et caractérisé par une atteinte
exocrine légère ou dissociée, une histologie modérément perturbée,
l’absence d’autoanticorps, à l’exception du facteur rhumatoïde, et la
présence plus fréquente d’une cryoglobuline, donc de ses troubles
systémiques.
Le bilan hépatique révèle toujours des anomalies au
moment où la sécheresse est signalée.
Le syndrome sec ne contreindique
pas l’interféron qui, anecdotiquement, a été efficace sur lui.
Le virus de l’hépatite G (VHG) n’est pas impliqué dans le SGS.
D’autres virus ont été suspectés. Dans le DILS du VIH, on observe
une sécheresse, un gonflement glandulaire, des complications
viscérales, mais non la prédominance féminine, les autoanticorps, ni
le terrain HLA du SGSp.
L’infiltrat salivaire comme celui des autres
organes est fait de TCD8. HTL-V1 (human T-cell lymphoma virus), les
herpès virus, le virus d’Epstein-Barr ou leurs acides nucléiques ont
été mis en évidence dans les glandes salivaires sans convaincre de
leur rôle pathogénique.
E - FORMES COMPLIQUÉES : LYMPHOMES
Dans le SGSp, l’incidence annuelle du lymphome non hodgkinien
est de 0,5 à 1 %, et le risque relatif de 35 à 45, plus élevé chez les
malades qui ont (ou ont eu) adénopathies, splénomégalie, ulcères
de jambe, IgMj monoclonale, cryoglobuline, radiothérapie ou
traitement cytostatique ancien. Le risque serait moindre chez la
femme et surtout dans le SGSs.
L’éclosion du lymphome peut être
annoncée par une baisse des anticorps et/ou des IgG.
Il est rarement
exclusivement glandulaire, et alors surtout parotidien.
Il atteint
presque toujours les ganglions, fréquemment le poumon, l’estomac
et d’autres organes.
L’aspect histologique est, trois fois sur quatre,
peu agressif : lymphome de la zone marginale type MALT avec
petits lymphocytes, plasmocytes et centrocytes ou, plus rarement,
lymphome à cellules monocytoïdes qui est un équivalent
ganglionnaire.
Une fois sur quatre, ce sont des lymphomes plus
agressifs à grandes cellules centroblastiques.
Les lymphomes du SGSp appartiennent à la lignée B (CD20) avec, une fois sur deux,
une chaîne j monoclonale intracellulaire.
Le traitement comporte
soit une simple surveillance rapprochée dans les formes très
limitées, soit une monochimiothérapie, ou une polychimiothérapie
avec ou sans radiothérapie.
Une réponse complète est obtenue trois
fois sur quatre (les deux types confondus), une réponse partielle
dans les autres cas mais avec des rechutes, certaines mortelles.
La
pathogénie semble être une stimulation antigénique ou autoantigénique vraie de lymphocytes B des glandes ou de leurs
annexes lymphoïdes, peut-être en priorité de lymphocytes
produisant du facteur rhumatoïde, puis l’expansion clonale de
certains d’entre eux, avec oligoclonalité, voire prédominance d’un
clone, pendant plusieurs mois ou années.
La cancérisation survient
finalement dans l’un ou l’autre de ces clones.
Le stade intermédiaire oligoclonal non malin, et peut-être le lymphome de très bas grade,
correspondent au pseudolymphome décrit par Talal.
La maladie de Waldenström rapportée dans une vingtaine de cas de SGSp doit être
aussi réexaminée.
Dans le SGSp, la présence d’un réarrangement
dominant, donc d’une monoclonalité cellulaire dans la biopsie
salivaire, est de signification trop incertaine pour servir au dépistage.
D’autres lymphomes ou hémopathies malignes ont été signalés.
F - FORMES « POSSIBLES »,
MONOPOLAIRES, INCOMPLÈTES :
Ces SGSp « possibles » sont fréquents, bénins et peu ou pas
évolutifs.
Comme indiqué pour la kératoconjonctivite sèche pure, la
prudence limite leur prise en charge à la surveillance et au
traitement symptomatique.
L’intérêt de discuter des SGS possibles
vient des atteintes systémiques importantes, notamment
neurologiques, qu’ils comportent parfois.
De plus, pour tout malade,
un diagnostic de SGSp « incomplet » est mieux reçu du médecin
qu’un aveu d’ignorance ou une négation de l’organicité des troubles.
Évolution :
Elle a été peu étudiée car la chronicité de la maladie exige un très
long recul.
Kruise a suivi 42 patients sur 10 à 12 ans.
Il note une
stabilisation des signes après une période initiale relativement
évolutive.
Pour l’oeil, la tendance est à une diminution de
l’inflammation, avec une légère baisse de la production de larmes.
Peu de complications sont apparues : une atteinte
neuropsychiatrique et un syndrome de Raynaud.
Dans deux autres
cas, une sclérodermie et une PR se sont démasquées.
La
transformation du SGSp en lupus a été observée, avec un risque
accru par un début précoce et des antécédents de synovites.
Elle est
annoncée par une (poly)sérite, une atteinte neurologique centrale,
une glomérulonéphrite et surtout une séroconversion.
Traitements de fond :
Il paraît logique de les réserver à des cas où l’inflammation clinique
ou histologique des glandes prédomine encore sur la destruction du
parenchyme, ce dont n’ont pas tenu compte les essais
thérapeutiques.
Généralement peu probants, ils ont été aussi
jusque-là trop courts.
L’hydroxychloroquine améliore les signes biologiques sans grand effet
sur la sécheresse, sauf dans quelques cas où l’inflammation des
glandes est très importante.
Chez certains malades au moins, elle
diminue les arthralgies, les arthrites et les douleurs musculaires.
Les corticoïdes, utilisés contre le gonflement où ils posent des
problèmes de sevrage, sont en principe inefficaces contre la
sécheresse. Beaucoup les emploient cependant, à la dose de
0,5 mg/kg/j, réduite progressivement à 10 mg/j.
Les corticoïdes
diminuent aussi les douleurs articulaires et musculaires, le purpura
et les signes généraux.
Ils sont indispensables dans les complications
systémiques menaçantes, souvent en association avec des
cytostatiques.
La ciclosporine per os, d’abord écartée sur une
accentuation de la fibrose salivaire, serait à réévaluer à petite dose.
L’azathioprine paraît inefficace, la Salazopyrinet, mal tolérée.
Le méthotrexate pourrait être utile.
Pathogénie :
La découverte d’un mécanisme pathogénique incontestable aurait
l’avantage de clarifier la nosologie et d’améliorer les traitements de
fond.
Il n’est probablement pas identique dans le SGSp et les SGSs,
ni même parmi ceux-ci.
L’intervention du système immunitaire est
évidente, mais peut être seconde.
Cependant les anticorps
déclenchent les lésions exocrines dans un modèle animal et semblent
directement impliqués dans des complications extraglandulaires
humaines.
Les lymphocytes de l’infiltrat sont surtout des
T cytotoxiques (CD4 et CD8) qui paraissent détruire le parenchyme,
mais celui-ci est anormal en lui-même. Ses zones restées intactes sont hypofonctionnelles.
Une freination de base des récepteurs muscariniques est suspectée, d’autant qu’on détecte chez les
malades des anticorps, mais contre les récepteurs de souris
uniquement.
Surtout, dans un autre modèle animal, la sécheresse
est due à l’apoptose des cellules épithéliales en l’absence de tout lymphocyte opérationnel.
Le nouveau paradigme est donc une
« épithélite », soit génétique, soit acquise et déclenchée par un virus
sialotrope, par des cytokines venues d’autres sites (SGSs), par le
déficit oestrogénique ou par une autre cause.
Ces étiologies
favoriseraient l’apoptose épithéliale tout en diminuant celle des
lymphocytes des glandes. La présentation d’autoantigènes par les
cellules apoptotiques, ou par d’autres cellules à partir de leurs
débris, est renforcée.
Cette facilitation concerne des particules SSA/SSB-RNA (dont la synthèse est elle-même accrue) et des
fragments cytosquelettiques (alphafodrine).
Elle expliquerait
l’efflorescence des manifestations auto-immunes cellulaires et
humorales.
L’infiltrat lymphocytaire est peu productif en cytokines,
interféron c excepté.
En revanche, l’épithélium canalaire et même la
muqueuse buccale synthétisent des cytokines pro- et antiinflammatoires.
Un déséquilibre cytokinique local pourrait susciter
ou amplifier les lésions, voire rendre compte de leur aspect et de
leur localisation. Les cellules épithéliales, productrices d’IL-1, et
d’IL-1 RA, exprimant aussi HLA de classe II et molécules
d’adhésion, peuvent en effet présenter des autoantigènes et suppléer
au manque de monocytes-macrophages dans l’infiltrat.
Une
réduction directe de la production de larmes ou de salive par des
cytokines lymphocytaires est plausible, avec ou sans autoimmunisation
contre les récepteurs muscariniques.
Des protéinases matrix metalloproteinase (MMP) dégradent la matrice intercellulaire
dont la bonne trophicité est nécessaire à la santé épithéliale des
canaux et des acini.