Vascularite, périartérite noueuse, syndrome de Churg et Strauss
Cours de médecine interne
Sous le terme de vascularites systémiques, on désigne un groupe d’affections caractérisées par une atteinte
inflammatoire des vaisseaux sanguins artériels et veineux qui aboutit à une altération de la paroi vasculaire,
la constitution de sténoses, ou l’occlusion des lumières vasculaires par une thrombose ou une prolifération intimale.
Le polymorphisme clinique des vascularites dépend de la taille et de la distribution des vaisseaux atteints, avec des
implications pronostiques et thérapeutiques très variables.
Les vascularites systémiques engagent souvent le pronostic
vital.
Morbidité et mortalité sont le fait de manifestations multiviscérales, de localisations particulières, ou de
complications liées aux traitements.
Définition de la périartérite
noueuse et du syndrome
de Churg et Strauss
:
A - Périartérite noueuse
:
La périartérite noueuse (PAN) est une vascularite
inflammatoire qui touche les vaisseaux de petit et
moyen calibres, avec des lésions segmentaires et
transmurales siégeant volontiers aux bifurcations
artérielles.
Les zones pathologiques alternent avec
les zones saines, ce qui explique qu’une biopsie
pourra être négative alors que l’organe est atteint.
À
la phase aiguë, l’inflammation de la paroi artérielle
est caractérisée par une nécrose fibrinoïde de la
média et une infiltration cellulaire pléiomorphe avec
une prédominance de polynucléaires neutrophiles
associée à un nombre variable de lymphocytes,
macrophages, monocytes et polynucléaires
éosinophiles.
L’architecture normale de la paroi
vasculaire, y compris la limitante élastique interne,
est détruite, et la lésion peut être le siège d’une
dilatation anévrismale ou d’une thrombose.
La
phase de cicatrisation est caractérisée par
l’apparition d’une fibrose qui conduit à l’oblitération
artérielle.
Les dilatations anévrismales régressent.
La
PAN évolue par poussées et, fait très caractéristique
de cette affection, on observe dans le même organe
des lésions à des stades évolutifs différents.
Dans la
PAN, les artères sont exclusivement concernées.
Toutes les artères de l’organisme peuvent être
touchées, à l’exclusion des artères pulmonaires.
La
riche vascularisation du muscle par des artères de
moyen calibre explique la fréquente positivité des
biopsies faites à ce niveau.
La PAN est une affection rare. Les taux
d’incidence annuelle et de prévalence de la PAN
étaient, dans une étude ne retenant que des
observations documentées histologiquement,
respectivement de 0,7 pour 100 000/h et 6,3 pour
100 000/h.
La PAN peut toucher des sujets de tout
âge, avec une prédominance entre 40 et 60 ans,
sans prédominance sexuelle.
Dans la plupart des
cas, la cause de la PAN est inconnue.
Des virus
pourraient contribuer à la pathogénie de la vascularite.
L’association de la PAN au virus de
l’hépatite B (VHB) est clairement établie et présente
dans 10%des cas de PAN.
Les lésions de vascularite pouvant siéger dans
n’importe quel viscère, la PAN est une affection
cliniquement très polymorphe.
Le symptôme initial est extrêmement variable.
Les
signes les plus fréquents sont la fatigue, les douleurs
abdominales, les douleurs des jambes, les signes
neurologiques et la fièvre.
Les signes généraux sont
très fréquents : altération de l’état général avec un
amaigrissement souvent important, fièvre.
Les
douleurs sont presque constantes.
Elles sont soit
musculaires, diffuses ou localisées à certains
segments de membre, soit articulaires.
Les neuropathies périphériques sont très
suggestives du diagnostic.
Il s’agit de la
manifestation clinique la plus fréquente de la PAN,
exception faite des signes généraux.
Souvent
inaugurales, elles consistent en une multinévrite de
topographie distale, d’installation rapide, touchant
les membres inférieurs et en particulier les nerfs
sciatiques poplités externes et à un moindre degré
les nerfs sciatiques poplités internes, ou les membres
supérieurs.
Les diverses manifestations cutanées s’observent
dans 25 à 60% des PAN systémiques.
On peut
distinguer quatre types de lésions : purpura
vasculaire, nodules, livedo racemosa ou reticularis,
lésions ulcéronécrotiques et gangreneuses.
La
biopsie des lésions cutanées est importante pour le
diagnostic, bien que moins spécifique. Elle doit être
suffisamment profonde pour étudier le derme.
L’atteinte rénale est, suivant les séries, présente
dans 60 à 80% des cas de PAN, mais seulement
chez 36% des 182 patients étudiés prospectivement.
Les néphropathies vasculaires sont les
manifestations rénales les plus caractéristiques de la
PAN.
Elles réalisent un syndrome de néphropathie
vasculaire aiguë se manifestant par une
hypertension artérielle (HTA) sévère ou maligne, une
protéinurie souvent minime, une hématurie de
degré variable, et une insuffisance rénale
d’installation rapide.
Les lésions prédominent au
niveau des artères de moyen calibre et les lésions
glomérulaires sont la conséquence de l’ischémie.
Ces
formes sont souvent associées à des anévrismes intrarénaux objectivés par l’artériographie, ainsi que
de nombreuses zones d’infarctus rénal.
Les
néphropathies glomérulaires sont rares au cours de
la PAN.
Si elle atteint le coeur, la PAN lèse essentiellement
le myocarde, directement en occluant les artérioles
coronaires, ou indirectement par le biais de l’HTA.
On peut évaluer à 40% la fréquence des anomalies
cardiaques cliniques, électriques ou radiographiques.
Les crises d’angor authentiques sont exceptionnelles.
L’HTA est observée dans 40% des PAN.
L’HTA
maligne est rare, et dans la plupart des cas, l’HTA
persiste une fois la PAN guérie.
Son traitement a
bénéficié de l’introduction des inhibiteurs de
l’enzyme de conversion.
L’atteinte du tractus digestif est fréquente au
cours de la PAN et peut être à l’origine de
complications redoutables.
Dans notre expérience,
celle-ci est constamment associée à des douleurs
abdominales, présentes chez 34% des patients.
Les
lésions prédominent au niveau du grêle et sont
responsables de douleurs parfois intenses.
Dans la
majorité des cas, aucune lésion spécifique de la PAN
ne peut être mise en évidence et les douleurs
disparaissent avec le traitement.
La survenue
d’hémorragies et/ou de perforations intestinales, la
persistance de douleurs abdominales intenses
malgré le traitement et un amaigrissement lié à
l’atteinte digestive supérieur à 20 % du poids
corporel sont des éléments cliniques de mauvais
pronostic.
La plupart des organes peuvent être atteints par la
maladie, avec parfois des formes apparemment
limitées à un organe.
Une orchite est présente chez
6% des patients, plus volontiers au cours des PAN
liées au VHB.
L’atteinte de l’oeil peut se traduire par
un décollement de rétine, des nodules dysoriques
ou une atteinte du tractus uvéal.
Les manifestations pleuropulmonaires sont relativement rares au cours
de la PAN « classique ».
Les examens complémentaires biologiques
n’apportent pas d’éléments spécifiques au diagnostic
de la PAN. Il existe dans la majorité des cas un
syndrome inflammatoire majeur.
Les anticorps
dirigés contre le cytoplasme des polynucléaires
neutrophiles (ANCA) sont habituellement absents.
L’atteinte rénale se traduit habituellement par une
insuffisance rénale.
L’artériographie permet de mettre en évidence les microanévrismes et les sténoses étagées des
artères de moyen calibre dont la fréquence est
estimée à 60%au cours de la PAN.
Ces lésions étant
très spécifiques de la PAN, bien que non
pathognomoniques, l’artériographie a une valeur
diagnostique dans les formes où les examens
histologiques sont négatifs.
B - Polyangéite microscopique :
La polyangéite microscopique (microscopic
polyangiitis [MPA], anciennement appelée
périartérite noueuse microscopique) est une
vascularite systémique qui a été récemment
individualisée de la PAN, bien qu’elle ait été décrite
en 1948.
Il s’agit d’une vascularite des petits
vaisseaux, caractérisée par l’absence de granulome
extravasculaire et l’existence d’une glomérulonéphrite
nécrosante segmentaire et focale, associée
à une prolifération extracapillaire.
Une atteinte
rénale est présente dans 80 à 100 % des cas,
réalisant un tableau de glomérulonéphrite
rapidement progressive avec insuffisance rénale et
syndrome d’atteinte glomérulaire (hématurie,
protéinurie).
S’y associent d’autres atteintes
viscérales proches de celles de la PAN, touchant
surtout la peau, les muscles, les articulations et
l’appareil digestif.
Contrairement à la PAN, la MPA
comporte une atteinte pulmonaire due à une
capillarite pulmonaire se traduisant par des
hémorragies alvéolaires.
Associée à l’atteinte rénale
glomérulaire, elle réalise un syndrome pneumorénal qui peut être révélateur.
Des ANCA de type anti-MPO sont présents dans 50 à
80 % des cas.
Des microanévrismes ne sont
qu’exceptionnellement observés, surtout si les ANCA
sont présents.
C - Syndrome de Churg et Strauss :
L’angéite granulomateuse allergique, ou
syndrome de Churg et Strauss (SCS), se caractérise
cliniquement par l’existence d’un asthme grave,
d’une hyperéosinophilie sanguine et d’une angéite
nécrosante systémique et pulmonaire touchant les
artères et les veinules de petit calibre.
Des infiltrats à
éosinophiles et des granulomes gigantocellulaires
périvasculaires et surtout extravasculaires s’associent
aux lésions vasculaires et sont très caractéristiques
de la maladie.
Les manifestations cliniques du SCS sont très proches de celles observées
dans la PAN, notamment la multinévrite et l’atteinte
digestive.
L’atteinte cutanée est plus fréquente,
reflétant le tropisme de cette affection pour les
vaisseaux de petit calibre.
Des nodules sous-cutanés
sont présents chez environ un tiers des patients.
Ils
représentent la plus typique des manifestations
cutanées du SCS.
Rouges ou violacés, ils sont parfois
douloureux ; leur diamètre varie de 2 à 20mm, voire
plus.
Leur localisation préférentielle se fait à la face
d’extension des coudes, aux doigts et sur le scalp.
Les membres inférieurs, le tronc et la face peuvent
également être atteints, mais plus rarement.
Lorsqu’ils siègent aux extrémités, leur répartition est
grossièrement symétrique.
La biopsie des nodules sous-cutanés montre le plus souvent un aspect de
granulome extravasculaire.
Fait fondamental, le SCS
survient sur un terrain très particulier.
La plupart des
patients ont un long passé de maladies allergiques
(asthme, rhinite allergique) et tous ont un asthme à
la phase d’état, très caractéristique du SCS.
L’histoire
naturelle du SCS évolue en trois phases.
La phase
première consiste en l’apparition d’un asthme de
survenue tardive chez un sujet présentant des
antécédents allergiques cutanés ou respiratoires
(rhinite allergique, polypose nasale, rhume des foins,
sensibilité aux médicaments) alors qu’il n’y a pas de
terrain atopique familial.
La seconde phase est
caractérisée par l’hyperéosinophilie sanguine et
tissulaire réalisant des tableaux proches du
syndrome de Löffler ou de la pneumonie chronique
à éosinophiles.
Cette seconde phase peut durer
plusieurs années, puis s’installe la vascularite
systémique qui définie le SCS, dans un délai moyen
de 9 ans environ.
L’atteinte systémique s’installe
rapidement, en quelques semaines ou tout au plus 2
à 3 mois, dans un contexte de gravité clinique
rapidement évidente.
Le SCS fait partie des
vascularites associées aux ANCA présents dans deux
tiers des cas et typiquement de type p-ANCA
anti-MPO (antimyélopéroxydase).
Classification
:
L’hétérogénéité des vascularites, les nombreux
chevauchements cliniques et pathologiques
observés entre ces diverses affections, la
méconnaissance de leur étiopathogénie, constituent
autant d’obstacles à l’établissement d’une
classification pertinente et définitive.
La plupart des
classifications prennent en compte des critères
cliniques et histologiques.
Les critères histologiques
sont le type des vaisseaux atteints (gros vaisseaux :
aorte et ses branches de divisions ; vaisseaux dits de
petit calibre : capillaires et vaisseaux pré- et postcapillaires ; vaisseaux de moyen calibre
occupant une position intermédiaire) et le type de
l’atteinte vasculaire (nature de l’infiltrat
inflammatoire, présence d’une nécrose fibrinoïde de
la paroi vasculaire ou d’un granulome extravasculaire).
En 1990, le Collège américain de rhumatologie
(American College of Rheumatology [ACR]) a énoncé
une série de critères de classification pour les
principales vascularites systémiques,
mais ces critères ne peuvent être utilisés comme des
critères diagnostiques de ces affections.
Une conférence internationale de consensus,
conférence de Chapel Hill (Caroline du Nord,
États-Unis, 1993), a proposé une nomenclature
standardisée des vascularites systémiques.
Dans le groupe de la PAN, ont été
définies la PAN touchant préférentiellement les
vaisseaux de moyen calibre et la MPA affectant principalement les vaisseaux de
petit calibre (artérioles, capillaires et veinules).
Cette nomenclature doit faire l’objet en 1998
d’une révision afin de mieux définir les frontières entre ces deux
affections.
Le rôle des ANCA dans la classification des vascularites
n’est pas encore bien déterminé.
Pour les vascularites du groupe de la PAN, la présence de
p-ANCA anti-MPO est en faveur du diagnostic de
MPA. D’autres classifications, comme celle de Lie,
reposent sur des données clinicopathologiques.
La conférence de consensus de Chapel Hill sur
la nomenclature des vascularites systémiques a
défini le SCS comme une vascularite primitive des
petits vaisseaux caractérisée par une inflammation
riche en éosinophiles et en granulomes de l’appareil
respiratoire, associée à un asthme et une
hyperéosinophilie.
Lanham et al ont retenu
l’association de trois critères pour porter le diagnostic
clinique de SCS : un asthme, une hyperéosinophilie
supérieure à 1 500/mm3 et une vascularite
systémique comportant au minimum deux atteintes
viscérales extrapulmonaires. Cette définition, très
pragmatique, a une spécificité et une sensibilité
supérieures à 95%.
Rôle du médecin généraliste
:
Les vascularites systémiques sont des affections
dont le diagnostic est souvent porté avec un retard
conséquent du fait de leur polymorphisme clinique
et de leur méconnaissance.
La précocité du
diagnostic est un élément important du pronostic qui
est directement lié à l’extension anatomique de la
maladie.
Le rôle du médecin généraliste se situe à
plusieurs étapes dans la prise en charge des
patients atteints de vascularites systémiques :
– celle du diagnostic qui doit être évoqué
cliniquement sur l’association de signes généraux et
de symptômes multisystémiques ;
– dans la surveillance de la compliance au
traitement et le dépistage des complications
iatrogènes ;
– dans le suivi à long terme pour le diagnostic
des séquelles et des rechutes relativement
fréquentes au cours de ces affections.
A - Étape du diagnostic
:
Le diagnostic de la PAN est souvent difficile et
retardé.
Elle doit être suspectée chez un patient
présentant une fièvre, des sueurs, un amaigrissement,
une asthénie et une atteinte plurisystémique.
L’examen clinique recherche
attentivement des lésions cutanées (purpura), une
neuropathie périphérique ou une atteinte rénale.
La
survenue d’une multinévrite dans un tel contexte est
très évocatrice du diagnostic.
Il existe presque
constamment un syndrome inflammatoire
biologique très marqué.
Dans la PAN classique, les ANCA sont rarement présents.
Bien que le diagnostic
de PAN puisse être porté sur la clinique et des
examens biologiques non spécifiques, la
démonstration histologique de l’existence d’une vascularite nécrosante des artères de moyen et petit
calibres est un élément essentiel de la démarche
diagnostique.
Les biopsies neuromusculaires (s’il
existe une multinévrite), musculaires et cutanées
sont les prélèvements les plus rentables pour l’étude
anatomopathologique.
L’idéal est de biopsier les
organes cliniquement atteints plutôt qu’un purpura où les lésions sont moins spécifiques.
L’apport de
l’angiographie est également un élément important
du diagnostic permettant de confirmer l’atteinte
vasculaire dans environ un cas sur cinq.
En l’absence
de preuve histologique et/ou angiographique, la
clinique garde un rôle déterminant.
Cliniquement,
des observations d’embolies de cholestérol peuvent
simuler une PAN et des patients atteints de
septicémie, d’endocardite bactérienne, de cancer et
de myxome de l’oreillette gauche peuvent présenter
un tableau clinique proche de la PAN.
Les conditions du diagnostic de la MPA sont
assez proches de celles de la PAN, mais il faut insister
sur la grande fréquence de l’insuffisance rénale, la
maladie pouvant se présenter comme une affection
en apparence limitée aux reins.
Lorsqu’il existe un
syndrome pneumorénal, on peut discuter l’existence
d’un syndrome de Goodpasture, d’autres
vascularites (granulomatose de Wegener) ou d’une
connectivite (lupus systémique).
Les recherches
d’ANCA, d’anticorps antinucléaires et antimembrane
basale ont une bonne valeur d’orientation.
Le diagnostic du SCS est avant tout clinique. Le
tableau clinique est relativement stéréotypé.
L’association d’un asthme fébrile, avec ou sans
infiltrats pulmonaires à la radiographie, à une
altération importante de l’état général et une hyperéosinophilie supérieure à 1 000/mm3 doit faire
évoquer le diagnostic de SCS.
L’examen clinique
cherche à mettre en évidence les signes systémiques
de la maladie (arthrites, myalgies, purpura, douleurs
abdominales) dont la présence permet en général de
porter le diagnostic.
Il est cependant toujours
préférable d’obtenir une confirmation histologique
de la vascularite.
Les trois éléments histologiques
(nécrose fibrinoïde de la paroi des vaisseaux de petit
calibre, infiltrats tissulaires à éosinophiles et
granulomes extravasculaires), caractéristiques de
l’affection, ne coexistent que rarement sur le même
site biopsique.
Dans notre expérience, une preuve
histologique de la vascularite a pu être obtenue chez
91,6% des patients.
Les trois sites de biopsie les plus
rentables pour le diagnostic histologique de vascularite sont la peau, le nerf et le muscle.
L’apport
diagnostique de l’angiographie est moindre qu’au
cours de la PAN.
En l’absence de preuve histologique
et/ou angiographique, la clinique garde un rôle
déterminant.
Bien que les ANCA soient relativement
spécifiques des vascularites systémiques, leur valeur
diagnostique reste à confirmer et n’apparaît réelle
que dans un contexte clinique évocateur du
diagnostic de vascularite.
L’association d’un asthme,
d’une hyperéosinophilie, d’une multinévrite et d’un
taux significatif d’ANCA paraît suffisante pour porter
le diagnostic de SCS, et la recherche d’une lésion
histologique de vascularite ne doit pas faire retarder
la mise en route de la thérapeutique.
Les principaux
problèmes diagnostiques concernent les autres vascularites systémiques, principalement la PAN et la
granulomatose de Wegener, et les pneumopathies à
éosinophiles.
Le terme de pneumopathies à
éosinophiles désigne un groupe hétérogène
d’affections pulmonaires qui ont en commun
l’existence d’une hyperéosinophilie sanguine et
tissulaire.
Leur diagnostic repose en règle générale
sur l’existence d’une hyperéosinophilie sanguine,
d’infiltrats pulmonaires radiologiques, d’une
augmentation du pourcentage de polynucléaires
éosinophiles dans le liquide de lavage bronchoalvéolaire,
et plus rarement sur les résultats d’une
biopsie pulmonaire chirurgicale.
Deux des affections
ont certaines similitudes avec le SCS : la pneumonie
chronique à éosinophiles et le syndrome
hyperéosinophilique.
B - Traitement de la PAN, de la MPA
et du SCS :
Les vascularites nécrosantes du groupe de la PAN
sont des affections dont l’évolution spontanée était
presque constamment fatale. En 1950, la survie à 5
ans des patients atteints de PAN, dont la MPA et le
SCS n’avaient pas encore été individualisés, était de
10 %.
Le pronostic des vascularites nécrosantes a été
transformé par l’introduction, dans un premier
temps, des corticoïdes, puis des immunosuppresseurs
et notamment le cyclophosphamide.
Dans
l’immense majorité des cas et étant donné leur
gravité initiale, le traitement est habituellement
entrepris au cours d’une hospitalisation.
Si on prend
en compte que le pronostic de la PAN, de la MPA et
du SCS dépend de l’extension anatomique de la
maladie et de la nature des organes atteints, le
schéma thérapeutique, pour être le mieux adapté à
chaque cas particulier, doit se fonder sur une
évaluation clinique et biologique standardisée et des
facteurs pronostiques bien établis.
À partir de l’étude
prospective de 342 patients atteints de PAN, MPA
et de SCS, cinq critères cliniques et biologiques
ayant une valeur pronostique et associés à un
risque significativement plus élevé de mortalité ont
pu être reconnus.
Il s’agit d’une protéinurie
supérieure à 1 g/24 h, d’une créatininémie
supérieure à 140 íM/L, d’une atteinte myocardique,
digestive ou du système nerveux central.
Ces
cinq facteurs ont permis d’établir un score
pronostique (five factors score [FFS]) corrélé avec la
mortalité.
Chaque facteur compte pour un point.
Pour des FFS à 0, 1 et 2, la mortalité à 5 ans est
respectivement de 12 %, 26% et 46%.
Dans notre
expérience, le FFS peut être utilisé pour déterminer la
stratégie thérapeutique.
Il est probable que les
patients ayant un FFS égal à 0, ne nécessitent qu’un
traitement par corticoïdes, les immunosuppresseurs
n’étant introduits qu’en seconde intention en cas
d’échec du traitement initial ou en cas de rechute.
Quand le FFS > 1, un traitement immunosuppresseur
(essentiellement le cyclophosphamide
[Endoxant]) est indiqué en première intention.
Étant
donné la fréquence de l’atteinte rénale, la plupart
des patients atteints de MPA nécessitent un
traitement associant les corticoïdes et le
cyclophosphamide.
En dehors du cas particulier des PAN liées au VHB,
la corticothérapie reste la base de tout traitement.
Le médicament de choix est la prednisone
(Cortancylt).
La posologie est élevée en traitement
d’attaque, de l’ordre de 1 mg/kg/j, et peut être
précédée par trois bolus intraveineux de
méthylprednisolone (Solu-Médrolt), à la dose de
15 mg/kg/j, 3 jours consécutifs, qui ont souvent un
effet spectaculaire sur les signes généraux.
La durée
du traitement d’attaque est fonction de la réponse
clinique, mais 4 à 6 semaines de traitement à pleines
doses sont habituellement nécessaires.
La
diminution doit être très prudente et progressive
dans le but d’amener la dose de corticoïde à 10 mg/j
au sixième mois de traitement.
Cette décroissance de
la posologie doit être interrompue en cas de
nouvelle poussée de la maladie.
En général, la
corticothérapie peut être interrompue après 1 an de
traitement, sauf dans 75% des cas de SCS où une
corticothérapie aux alentours de 10 mg/j de
prednisone est nécessaire pour contrôler l’asthme
résiduel.
Lorsqu’il est indiqué, le traitement immunosuppresseur
de choix est le cyclophosphamide
(Endoxant).
Les effets secondaires sont, à court
terme, des troubles digestifs, une myélotoxicité, une
alopécie transitoire, les cystites hémorragiques, et à
plus long terme, une azoospermie et une
aménorrhée.
Le risque oncogène est certain, avec
une augmentation de fréquence des cancers de la
vessie, des myélodysplasies et des lymphomes.
Deux modes d’administration du cyclophosphamide
sont possibles, avec une efficacité équivalente : per
os à la dose de 2 mg/kg/j en continu, ou en bolus
mensuel de 600 à 750 mg/m2.
Cette deuxième voie
d’administration du cyclophosphamide a été
développée afin de limiter l’iatrogénicité
médicamenteuse qui est devenue un des problèmes
majeurs du traitement des vascularites systémiques.
L’association de mesna (Uromitexant) permet de
limiter la toxicité vésicale des métabolites toxiques
du cyclophosphamide.
Les doses cumulatives de cyclophosphamide plus faibles chez les patients
traités par bolus intraveineux mensuels permettent
de penser que le risque oncogène est diminué dans ce cas.
Dans certaines observations, un traitement
par cyclophosphamide oral a permis de contrôler
l’évolution de la vascularite après l’échec de son
administration par bolus intraveineux.
La durée du
traitement par cyclophosphamide est habituellement
de 1 an.
L’évaluation de traitement raccourci
(6 mois) est en cours. L’azathioprine (Imurelt) est
utilisée par certains auteurs en relais du
cyclophosphamide vers le sixième mois de
traitement pour en limiter la toxicité.
Il n’y a pas, à l’heure actuelle, d’indication aux
échanges plasmatiques dans le traitement de
première ligne des vascularites systémiques du
groupe de la PAN.
Le traitement de la PAN liée au VHB représente une
situation particulière.
L’existence d’une infection
virale active impliquée dans la physiopathologie de la vascularite est un élément à prendre en compte dans
les indications thérapeutiques.
Les risques
thérapeutiques d’un traitement immunosuppresseur
sont, dans cette situation particulière, liés à la
pérennisation de l’infection qui expose le patient aux
complications de l’infection virale chronique et aux
rechutes, puisque persiste un des facteurs étiologiques
de la vascularite.
La stratégie thérapeutique dans les vascularites associées aux infections virales doit être,
dans la mesure du possible, la plus adaptée à la
physiopathologie et comportait un traitement antiviral
associé au traitement symptomatique et/ou
immunomodulateur de la vascularite.
À l’heure
actuelle, le traitement de la PAN liée au VHB repose
sur l’association d’un traitement antiviral par
interféron-alpha aux échanges plasmatiques avec un
succès tout à fait comparable au traitement
conventionnel des PAN non liées au VHB, et une
durée de traitement plus brève, d’environ 6 mois.
L’évaluation de la lamivudine (3 TC), en remplacement
de l’interféron, est actuellement en cours.
Même s’il ne participe pas directement au choix
thérapeutique initial, le médecin généraliste est un
interlocuteur important pour la bonne conduite du
traitement.
Son intervention se situe à plusieurs
niveaux :
– oeuvrer pour une bonne observance des prises
médicamenteuses et des conseils hygiénodiététiques
qui garantissent le succès thérapeutique ;
– s’assurer que les traitements adjuvants qui
doivent être administrés simultanément aux
corticoïdes et aux immunosuppresseurs ont été
prescrits (par exemple : prévention de l’ostéoporose
cortisonique par l’administration de calcium et de
vitamine D3, lutte contre la douleur chez des patients
atteints de multinévrite, apport d’une alimentation
hypercalorique riche en protides chez les malades
dénutris, traitement optimal de l’HTA) ;
– dépister les complications du traitements et
évaluer les séquelles.
Les complications liées aux traitements
représentent à l’heure actuelle un des principaux
écueils dans la prise en charge des vascularites
systémiques.
Une grande part du bénéfice
thérapeutique apporté par l’adjonction du cyclophosphamide est obérée par la survenue des
complications, essentiellement infectieuses,
habituellement à la phase initiale du traitement,
quand l’immunosuppression est maximale.
C - Surveillance de l’évolution :
Dans leur plus grand nombre, les patients traités
pour une vascularite systémique du groupe de la
PAN répondent bien aux traitements d’attaque
(corticoïdes seuls ou en association avec le
cyclophosphamide) qui permettent d’obtenir une
rémission pour la majorité d’entre eux.
La survie
globale à 5 ans se situe actuellement autour de 80 à
85 %.
Environ 20 % des décès observés sont
directement liés à l’évolutivité de la vascularite.
Ils
surviennent en règle générale précocement, dans les
3 premiers mois du traitement.
Ils sont le fait, soit de
formes fulminantes de vascularite, soit de
complications évolutives survenant malgré le
traitement et particulièrement de perforations
intestinales qui sont la première cause de mortalité
spécifique.
À plus long terme, l’évolution des vascularites est
marquée par trois faits principaux : les rechutes dont
la fréquence est variable en fonction de la nature de
la vascularite, les complications à long terme du
traitement et notamment de la corticothérapie
prolongée, les séquelles.
Les taux de rechutes observés au cours de la PAN
liée au VHB, de la PAN non liée au VHB, du SCS, de la
MPA, sont respectivement de 7%, 20%, 25% et
35 %.
Les rechutes sont plus fréquentes au cours des vascularites associées aux ANCA.
Elles sont
habituellement de présentation clinique moins
sévère que la poussée initiale, mais des rechutes
graves, voire fatales, sont possibles.
Lorsqu’elles
surviennent précocement, la réapparition de signes
généraux et notamment de fièvre, alors que le
traitement immunosuppresseur est encore
important, doit faire rechercher une complication
infectieuse qu’il faut impérativement écarter avant
de majorer l’immunosuppression.
Les complications à long terme du traitement sont
souvent sous-estimées, les patients étant perdus de
vue des centres hospitaliers qui ont initialisé le
traitement.
Les plus handicapantes pour le patient
sont surtout celles de la corticothérapie prolongée :
cataracte, ostéoporose cortisonique, prise de poids,
fragilisation de la peau.
Les séquelles sont également fréquentes :
troubles de la marche et dysesthésies liés aux
séquelles de la multinévrite, HTA, insuffisance rénale.
Conclusion :
Les vascularites systémiques sont des affections
redoutables dont le pronostic a été considérablement
amélioré par un diagnostic plus précoce favorisé par
une meilleure connaissance de leur physiopathologie
et de leur présentation clinique, l’amélioration des
traitements, la prévention des complications
thérapeutiques et des séquelles.
L’intervention du
médecin généraliste a sa place à chaque étape de la
prise en charge des patients atteints de vascularites :
précocité du diagnostic qui est un élément important
du pronostic, conduite et surveillance du traitement,
diagnostic des complications thérapeutiques, des
rechutes et des séquelles.