Accidents vasculaires cérébraux et syndrome d’apnées du sommeil
Cours de Neurologie
Introduction
:
Pendant de nombreuses années, les relations unissant le syndrome
d’apnées du sommeil (SAS) et les maladies cérébrovasculaires ont
été discutées.
Cette discussion était expliquée, d’une part par le
fait que ces deux pathologies surviennent dans les mêmes tranches
d’âge et partagent les mêmes facteurs de risque (hypertension
artérielle, éthylisme chronique, obésité…) ; d’autre part, la majorité
des études évaluant ces relations étaient entachées de nombreux
biais méthodologiques.
Enfin, la grande fréquence de ces deux
pathologies implique une rencontre obligatoire pouvant être le fruit
du hasard, puisque la prévalence du SAS est estimée entre 2 % de la
population adulte féminine et 4 % de la population adulte
masculine et l’incidence des maladies cérébrovasculaires est
évaluée à 2/1 000/an.
Néanmoins, de nombreuses études épidémiologiques et
physiologiques récentes apportent des arguments forts montrant que
le SAS est un facteur de risque indépendant des accidents
vasculaires cérébraux (AVC) et qu’il doit être systématiquement
recherché dès lors qu’il est cliniquement soupçonné.
Le délai de son
traitement spécifique doit cependant être déterminé.
Nous discutons ces différentes relations en quatre points : le sommeil
est-il, en lui-même, un facteur de risque des AVC ?
Le ronflement et
le SAS sont-ils des facteurs de risque indépendants des AVC ?
Le
SAS est-il un facteur pronostique péjoratif de l’AVC et son traitement
spécifique limite-t-il le risque de récidive ultérieure d’événements vasculaires ?
Quels sont les mécanismes potentiels liant le SAS et les AVC ?
Variation circadienne de la survenue
de l’accident vasculaire cérébral :
Contrairement à ce qui avait été antérieurement démontré, les AVC
ne présentent pas d’augmentation significative de leur incidence
nocturne.
En effet, une méta-analyse récente de 31 publications
évaluant l’horaire de survenue de plus de 10 000 AVC démontre que,
comme l’infarctus du myocarde et la mort subite, il existe une
augmentation du risque de survenue de l’AVC lors du début de la
matinée, quel que soit son sous-type (accidents ischémiques
cérébraux [AIC], hémorragie intracérébrale [HIC] et accidents
ischémiques transitoires [AIT]).
Cette augmentation du risque
pendant la tranche horaire 06 h 00-12 h 00 est significativement
supérieure à ce que ne le voudrait le hasard.
Inversement, on
observe une diminution significative du risque d’AVC dans la
tranche minuit-06 h 00, et ce pour chaque sous-type d’AVC.
On
peut affirmer qu’approximativement, un AVC sur huit est lié à
l’excès matinal et que le sommeil n’est pas, en lui-même, un facteur
de risque spécifique pour l’AVC.
Aucune variable connue, hormis
l’hypotension artérielle diastolique, n’apparaît prédisposer à la
survenue nocturne d’un AVC.
En effet, dans une série consécutive
de 110 patients comprenant des AIT et des AIC, une survenue
nocturne de l’AVC était observée chez 21 % des 110 patients.
Il
n’existait aucune différence significative entre les deux populations
(survenue diurne versus survenue nocturne) pour ce qui concerne
les données démographiques et cliniques des patients, les facteurs
de risque, l’étiologie et la gravité de l’AVC ainsi que les
caractéristiques polysomnographiques architecturales et
respiratoires nocturnes.
Ronflement et accidents vasculaires
cérébraux
:
Le ronflement se définit comme des bruits essentiellement
inspiratoires survenant pendant le sommeil et dus aux vibrations et
à l’occlusion partielle de l’oropharynx.
Sa prévalence est variable et
fortement dépendante de sa définition dans l’étude, de l’âge et du
sexe de la population.
Néanmoins, elle est estimée entre 9 et 24 %
de la population adulte masculine et entre 4 et 14 % de la population
adulte féminine.
La première étude ayant démontré une relation forte entre le
ronflement et l’AVC a été publiée en 1985.
Dans cette étude castémoins
de 50 patients masculins victimes d’un AIC comparés à 100
témoins masculins hospitalisés pour une autre pathologie, l’AVC
était significativement associé à la présence d’un ronflement.
Le
ronflement était subdivisé en quatre catégories : « toujours ou
presque toujours » définissant le ronflement habituel ; « souvent » ;
« de temps en temps ou occasionnellement » et « jamais ».
Les
patients ronflant toujours, presque toujours et souvent étaient
qualifiés de ronfleurs ; ceux ne ronflant jamais ou occasionnellement
étaient qualifiés de non-ronfleurs.
La fréquence des « ronfleurs
habituels » était de 8 % dans le groupe témoin contre 30 % dans le
groupe d’AVC. De plus, les patients ayant présenté un AVC
rapportaient trois fois plus de pauses respiratoires nocturnes que les
sujets témoins.
Cependant, dans cette étude princeps, seuls les
patients (hormis quatre) ont été interrogés sur leurs habitudes
nocturnes et il est actuellement bien admis qu’un sujet sous-estime
ou nie volontiers son ronflement.
D’autre part, bien que la différence
de prévalence de l’hypertension artérielle et des affections
coronariennes n’était pas statistiquement significative entre les deux
groupes, aucune analyse de régression logistique multiple n’a été
effectuée pour éviter les biais d’autres facteurs de risque tels le
diabète, l’obésité ou l’éthylisme chronique.
Quelques années plus
tard, deux autres études issues de la même équipe finlandaise
confirmèrent que le ronflement était un facteur de risque
indépendant des AVC en comparant un groupe de 177 sujets
masculins victimes d’un AIC à un groupe de 177 sujets témoins
appariés en âge et en sexe.
De plus, il a été également montré que le
ronflement était le seul facteur de risque indépendant différenciant
l’AVC de survenue diurne de celui de survenue nocturne ou
survenant durant le sommeil ou les 30 minutes suivant le réveil du
patient.
Enfin, l’association du ronflement aux autres traits
caractéristiques cliniques du SAS (pauses respiratoires nocturnes,
obésité et somnolence diurne) augmentait fortement le risque de
survenue d’un AIC.
À l’inverse, le ronflement isolé (sans pauses
respiratoires nocturnes, obésité et somnolence diurne) n’était pas un
facteur de risque indépendant des AIC.
Des résultats identiques
ont été rapportés dans une autre étude ayant également inclus
des sujets de sexe féminin et comportant un questionnaire
systématique et standardisé du conjoint concernant les données
nocturnes (ronflement, pauses respiratoires) et diurnes (somnolence
excessive) du patient victime de l’AIC comme du sujet témoin.
D’autres études ont également confirmé que le ronflement
habituel était un facteur de risque significatif pour l’AVC, même
après ajustement avec les autres facteurs de risque connus et
classiques des AVC.
Une seule étude cas/témoins a
montré que le ronflement n’était pas un facteur de risque
indépendant chez 105 patients ayant présenté un AIC mineur ou un
AIT comparés à 300 témoins.
Néanmoins, la grande fréquence du
ronflement chez les patients victimes de l’AVC (67 %) et chez les
sujets témoins (63 %) indiquait clairement que les sujets qualifiés de
ronfleurs étaient ceux ronflant toujours, presque toujours, souvent
mais également occasionnellement.
Deux études prospectives ont retrouvé des résultats
discordants.
Dans une étude prospective d’une cohorte finlandaise
de 4 388 hommes, âgés de 40 à 69 ans et suivis sur une période de
35 mois, 149 sujets présentèrent une maladie coronarienne et 42 un AVC.
Parmi les patients victimes d’un AVC (de type non défini),
16 étaient des ronfleurs habituels, 26 des ronfleurs occasionnels et
aucun n’était non-ronfleur.
Après ajustement avec les autres facteurs
de risque vasculaires, le ronflement occasionnel et habituel était un
facteur de risque indépendant pour le groupe des seules affections
coronariennes et pour le groupe des affections vasculaires
cardiaques et cérébrales.
À l’inverse, sur une cohorte danoise
constituée de 804 hommes et femmes de 70 ans suivis sur une
période de 6 ans, 88 furent victimes d’une affection coronarienne, 60
d’une affection vasculaire cérébrale et 180 décédèrent.
Bien qu’une
incidence légèrement plus élevée d’AVC ait été découverte parmi
les ronfleurs, aucune association significative n’a été retenue entre le
ronflement et les pathologies vasculaires (coronariennes ou
cérébrales) après ajustement avec les autres facteurs de risque
vasculaires.
Plusieurs biais peuvent expliquer les résultats apparemment
contradictoires de ces différentes études.
– Le ronflement a été segmenté en quatre variables mais la
différence semble artificielle entre « souvent » (trois-cinq nuits par
semaine) définissant un ronfleur et « de temps en temps ou
occasionnellement » (une-trois nuits par semaine) définissant un
non- ronfleur.
De plus, l’analyse du ronflement, principalement dans
ces deux catégories intermédiaires, peut avoir été inconsciemment
influencée par le fait que l’observateur connaissait l’appartenance
du sujet étudié au groupe témoin ou au groupe vasculaire.
– Le questionnaire des paramètres nocturnes étudiés n’était pas
toujours adressé au conjoint du patient et il est classique
que le ronflement soit sous-estimé ou occulté par le patient.
Il a été
démontré que 13 % d’individus interrogés sur leurs sonorités
nocturnes étaient inconscients de leur ronflement.
De plus,
certains sujets ont dû être exclus de ces études en raison de troubles de la conscience ou du langage. Ceci pouvant sous-estimer la
responsabilité du ronflement en excluant les patients les plus graves.
– L’administration de ce questionnaire plusieurs jours, semaines ou
mois, voire années, après l’événement qualifiant représente un autre
biais, car excluant les patients décédés, c’est-à-dire potentiellement
les plus graves.
Cependant, si le ronflement habituel s’avère être un
facteur de risque indépendant d’AVC pour les patients survivants,
il est plausible de supposer qu’il l’est également pour ceux décédés
plus tôt de l’affection vasculaire.
– Les autres facteurs de risque vasculaires n’ont pas toujours été
pris en considération.
– Enfin, aucun enregistrement des sons trachéaux et aucune polysomnographie nocturne n’ont été réalisés pour valider, d’une
part la notion de ronflement, d’autre part pour étayer l’hypothèse
que le risque accru d’AVC chez les patients ronfleurs est
probablement davantage dû aux conséquences d’un SAS qu’au
ronflement lui-même.
Syndrome d’apnées du sommeil
et accidents vasculaires cérébraux
:
Ainsi, sans enregistrement polysomnographique nocturne, les études
précédentes du ronflement ont suggéré, sur des arguments cliniques
purs (association ronflement, pauses respiratoires nocturnes, obésité
et somnolence diurne), que le SAS et non pas le ronflement isolé
était un facteur de risque indépendant des AVC.
Cependant, la
définition du SAS n’est pas clinique, mais repose exclusivement sur
un enregistrement polygraphique nocturne.
En effet, le syndrome
d’apnées obstructives du sommeil se caractérise par des épisodes
répétitifs d’apnées (interruption du flux ventilatoire d’une durée
d’au moins 10 secondes par convention) et d’hypopnées (diminution
du flux ventilatoire durant au moins 10 secondes en dessous d’un
seuil souvent mal défini et associée à une diminution (< 4 %) de
saturation en oxygène du sang [SaO2]).
Bien que les définitions
varient, un SAS est retenu si l’index d’apnées (nombre d’apnées par
heure de sommeil) est supérieur à 5 ou si l’index d’apnées/ hypopnées (IAH) (nombre d’apnées et d’hypopnées par heure de
sommeil) est supérieur à 10.
Les relations unissant le SAS et l’AVC posent le problème de savoir
si, d’une part le SAS est la cause ou la conséquence de l’AVC, d’autre
part si les troubles respiratoires nocturnes observés chez les patients
victimes d’un AVC correspondent toujours à un SAS.
A - SYNDROME D’APNÉES DU SOMMEIL : CONSÉQUENCE
DE L’ACCIDENT VASCULAIRE CÉRÉBRAL
Les neurones régulant la respiration automatique sont situés dans le
tronc cérébral au niveau bulbaire (formation réticulaire
paramédiane) et pontique (tegmentum). Plusieurs observations
isolées cliniques et parfois anatomopathologiques ont montré que le
SAS pouvait être la conséquence de l’AVC.
Levin et
Margolis ont rapporté l’observation anatomoclinique d’un patient
de 52 ans présentant une perte du contrôle automatique respiratoire
avec alternance d’épisodes apnéiques et tachypnéiques pendant la
veille et le sommeil mais avec préservation de la respiration
volontaire.
L’infarctus était strictement unilatéral gauche impliquant
le noyau du tractus solitaire et le noyau ambigu.
Toutefois, des
lésions controlatérales de démyélinisation et une gliose associée
étaient observées.
Bogousslavsky et al ont rapporté
l’observation d’un homme de 65 ans présentant une hypoventilation
concernant la respiration automatique liée à un infarctus unilatéral
de la formation réticulaire paramédiane et du noyau ambigu
mais épargnant le noyau du tractus solitaire.
Askenasy et
Goldhammer ont décrit l’observation d’un homme âgé de 49 ans
présentant un syndrome de Wallenberg gauche suivi quelques jours
plus tard de troubles respiratoires nocturnes.
L’enregistrement polysomnographique confirmait le diagnostic de SAS avec un IAH
à 25/h de sommeil.
Mais ce sont probablement Rivest et Reiher
qui rapportèrent l’observation la plus probante d’un homme de 64
ans, victime d’un infarctus de tronc cérébral.
Lors des 3 semaines
suivantes, et ce malgré un traitement adapté, il présentait des
épisodes fréquents et quotidiens de coma transitoire associé à une ophtalmoplégie et une hémiplégie gauche.
Ces épisodes strictement
nocturnes étaient à chaque fois précédés d’une apnée obstructive
confirmée lors de la polysomnographie.
Ainsi, il est possible que
des infarctus unilatéraux ou bilatéraux impliquant le tronc cérébral
puissent entraîner un SAS.
L’atteinte unilatérale de la formation
réticulaire paramédiane et du noyau ambigu pourrait être suffisante
pour entraîner une perte de la respiration automatique, tandis
qu’une lésion associée du noyau du tractus solitaire provoquerait
des troubles respiratoires plus sévères affectant également la
respiration volontaire.
Cependant, en l’absence d’enregistrement
nocturne précédant l’infarctus, il reste difficile d’affirmer avec
certitude que le SAS soit une stricte conséquence de l’AIC et qu’il
n’existait pas auparavant.
B - SYNDROME D’APNÉES DU SOMMEIL :
FACTEUR DE RISQUE DE L’ACCIDENT VASCULAIRE
CÉRÉBRAL
Durant les 5 dernières années, beaucoup de travaux ont été
consacrés à l’évaluation de la fréquence du SAS chez des patients
présentant un AVC aigu essentiellement ischémique.
La première
étude montra que 72 % de 47 patients admis pour un AVC aigu
présentaient un SAS (IAH >= 10/h).
Un IAH supérieur ou égal à 20
était retrouvé chez plus de 50 % des sujets et 30 % avaient un IAH
supérieur ou égal à 40/h.
Le groupe apnéique comportait des
patients significativement plus âgés, plus lourds et souffrant d’une
somnolence diurne plus marquée que le groupe non apnéique.
Cependant, cette étude ne comportait aucun groupe témoin.
Une
oxymétrie nocturne a été réalisée lors d’une seconde étude composée
de 47 autres patients victimes d’un AIC récent (médiane à 13 jours).
Dix-neuf d’entre eux ont également subi une étude polysomnographique.
Un index de désaturation supérieur ou égal à
10 (nombre de désaturation par heure de sommeil) était observé
chez 32 % des sujets et 13 % avaient un index supérieur ou égal à
20.
En outre, la présence de troubles respiratoires nocturnes était
associée à une mortalité plus importante à 12 mois et à un handicap
plus sévère à la sortie du patient de l’unité vasculaire, ainsi qu’à 3 et
12 mois après l’AVC.
Cependant, cette étude ne comportait
également aucun groupe témoin. Mohsenin et Valor ont réalisé
une polysomnographie chez dix patients ayant présenté un AVC et
admis dans leur unité de réadaptation fonctionnelle.
Ce groupe
vasculaire a été comparé à un groupe témoin de dix sujets appariés
en âge, indice de masse corporelle, tabagisme et antécédent
d’hypertension artérielle.
L’IAH était significativement plus élevé
dans le groupe vasculaire que dans le groupe témoin.
La
quatrième étude a inclus seulement 24 patients consécutifs admis
pour un AVC récent (20 AIC et quatre HIC).
Treize patients (54 %)
avaient présenté leur AVC pendant leur sommeil.
La polysomnographie a été réalisée dans un délai de 2 à 5 semaines
après l’AVC et les résultats ont été comparés à ceux obtenus chez
27 sujets témoins.
Un SAS, défini avec un IAH supérieur ou égal
à 10, a été retrouvé dans 77 % des hommes et 64 % des femmes du
groupe vasculaire, tandis qu’il n’était retrouvé que chez seulement
23 % des hommes et 14 % des femmes du groupe témoin.
L’IAH
moyen était aussi significativement plus élevé dans le groupe
vasculaire que dans le groupe témoin. De plus, cette étude
confirmait le moins bon pronostic des patients vasculaires avec un
SAS associé.
En effet, la mortalité à 4 ans des patients vasculaires
était de 20,8 % et tous les patients décédés étaient ceux qui avaient
un SAS associé initial.
Cependant, dans cette étude, patients et
témoins différaient significativement pour ce qui concernait les
autres facteurs de risque (hypertension artérielle, indice de masse
corporelle et tabagisme).
Il est ainsi impossible de savoir avec
certitude si cette association n’est pas fortuite, compte tenu du petit
nombre de sujets inclus.
La contribution la plus importante a probablement été apportée par
les travaux de Bassetti. Le premier a inclus 59 patients victimes d’un AIC (n = 36) ou d’un AIT (n = 23).
La polysomnographie a été
obtenue chez seulement 36 sujets avec un délai moyen de 12 jours.
La somnolence diurne était évaluée à l’aide de l’échelle de
somnolence d’Epworth.
Les données polysomnographiques ont été
comparées à celles obtenues chez 19 sujets témoins.
Un SAS (IAH >=
10) était significativement plus fréquent parmi les patients
vasculaires (69 %) que chez les sujets témoins (16 %).
Un IAH
supérieur ou égal à 20 a été retrouvé chez 55 % des patients
vasculaires contre seulement 5 % des sujets témoins.
Un des
éléments importants de cette étude, outre celui de confirmer la
grande fréquence des SAS chez les sujets victimes d’un AVC, a été
de montrer qu’il n’existait aucune différence significative des
paramètres respiratoires nocturnes (IAH, apnées centrales,
respiration périodique de type respiration de Cheyne-Stokes, durée
moyenne des apnées, taux moyen de SaO2 minimale et moyenne du
temps passé avec une SaO2 minimale < 85 %) entre les patients ayant
un AIT et ceux ayant un AIC.
Ainsi, cette fréquence identique de
SAS observée dans les deux groupes de patients vasculaires (AIC et
AIT) suggère fortement que le SAS n’est pas une conséquence de
l’AVC, puisqu’il n’existe, a priori, aucune lésion cérébrale
ischémique dans le groupe d’AIT.
Le deuxième travail a inclus
39 patients non comateux ayant un premier AVC aigu, soit
hémisphérique (28 patients), soit sous-tentoriel (11 patients).
Des
troubles respiratoires étaient observés chez 18 % des sujets éveillés
et 67 % des sujets durant leur sommeil.
Un SAS (IAH >= 10) a été
trouvé chez 14 sujets (35,9 %).
La prévalence et la sévérité des
troubles respiratoires étaient semblables entre les patients avec AIC
hémisphériques et AIC sous-tentoriels.
Cette fréquence identique de
SAS entre ces deux groupes constitue un deuxième argument
démontrant que le SAS est plus probablement la cause ou un facteur
de risque que la conséquence de l’AVC.
En effet, si le SAS était
plutôt la conséquence de l’AVC, sa fréquence devrait être
significativement supérieure dans le groupe des AIC sous-tentoriels
où sont localisés les centres respiratoires.
Le troisième et dernier
travail prospectif a été réalisé chez 128 patients victimes d’un AIC
(n = 75) ou d’un AIT (n = 53).
La polysomnographie a été obtenue
chez 80 sujets avec un délai moyen de 9 jours (extrêmes : 1-71 jours)
après l’événement vasculaire.
Pour 48 sujets, la polysomnographie
n’était pas disponible, n’était pas interprétable ou était refusée par
le patient.
Les données cliniques et polysomnographiques ont été
comparées à celles obtenues chez 25 sujets témoins (âge, sexe et
indice de masse corporelle identiques).
Cette dernière étude a
confirmé la fréquence significativement plus importante d’un SAS
(IAH >= 10) dans le groupe vasculaire (62,5 %) que dans le groupe
témoin (12,5 %).
La fréquence et la sévérité du SAS n’étaient pas
significativement différentes chez les sujets ayant présenté un AIC
et ceux ayant présenté un AIT.
Un âge avancé, un diabète, une
obésité et la gravité de l’AVC étaient des facteurs prédictifs
indépendants de l’association d’un SAS à l’AIC.
Ces données
simples pourraient permettre une meilleure sélection des patients
victimes d’un AVC pour la réalisation d’une polysomnographie.
Des résultats identiques ont été observés parmi 147 patients
consécutifs admis dans un département de réadaptation
neurologique quelques semaines après un premier AVC.
Avec
comme critère un index de troubles respiratoires supérieur ou égal
à 5, 10, 15 ou 20/h, la prévalence respective de troubles respiratoires
au cours du sommeil était de 61, 44, 32 et 22 %.
Les troubles
respiratoires observés étaient essentiellement de type obstructif, ne
comportant une prépondérance d’apnées centrales que chez
seulement 6 % des patients.
Cette grande prévalence d’apnées du
sommeil de type obstructif est le troisième argument principal
montrant que le SAS est plus probablement la cause ou un facteur
de risque que la conséquence de l’AVC. En effet, si le SAS était
plutôt la conséquence de l’AVC, les apnées devraient être, pour la
majorité, de type central.
Cependant, la prévalence de SAS diminue avec le temps ;
161 patients consécutifs présentant un premier AVC (112 AIC,
39 AIT et dix HIC) ont bénéficié d’un enregistrement
polysomnographique nocturne dans les 48 à 72 heures suivant
l’admission du patient, puis un contrôle à 3 mois pour 86 d’entre
eux.
Comme dans les études précédentes, aucune relation n’a pu
être trouvée entre la localisation de l’AVC et la présence ou non
d’un SAS.
À la phase aiguë, 116 patients (71,4 %) présentaient un IAH supérieur ou égal à 10, et 45 (28 %) avaient un IAH supérieur
ou égal à 30.
À 3 mois, 53 patients (61,6 %) et 17 patients (19,8 %)
avaient respectivement un IAH supérieur ou égal à 10 et supérieur
ou égal à 30.
L’IAH et l’index d’apnées centrales étaient
significativement plus bas que ceux recueillis lors de phase aiguë,
tandis que l’index d’apnées obstructives restait inchangé.
Ainsi, une
respiration de type Cheyne-Stokes observée chez 26,1 % des patients
à la phase aiguë et les apnées centrales pourraient être la
conséquence de l’AVC tandis que les événements respiratoires de
type obstructif pourraient précéder l’AVC.
Ces données montrent
qu’il reste difficile de connaître la date optimale pour réaliser une
recherche d’un SAS après un AVC.
D’autre part, l’intérêt d’un
traitement immédiat par ventilation nocturne par pression positive
reste à démontrer quant à son effet sur une amélioration éventuelle
du pronostic fonctionnel et vital et sur la prévention d’une récidive.
Cette grande prévalence de SAS a également été retrouvée chez des
patients âgés victimes d’un AVC.
Dix-neuf sujets âgés victimes d’un AVC ont été comparés à 21 sujets témoins présentant une insomnie.
Un SAS a été retrouvé chez 68,4 % des sujets vasculaires et chez
28,6 % des sujets témoins.
Dans une régression logistique, une
somnolence diurne était associée de façon significative à l’AVC.
Cette somnolence diurne antérieure à l’AVC constitue un autre argument démontrant que le SAS est plus probablement la cause ou
un facteur de risque que la conséquence de l’AVC.
Il reste évident que la meilleure façon de savoir avec certitude si le
SAS est une cause ou une conséquence de l’AVC serait d’enregistrer
les paramètres respiratoires nocturnes d’une grande cohorte de
sujets indemnes de pathologie vasculaire et de suivre celle-ci sur
une longue période.
Parmi la population présentant initialement un
SAS, il serait nécessaire de tirer au sort les patients bénéficiant ou
non d’un traitement adapté par ventilation nocturne en pression
positive afin de savoir si celui-ci a une efficacité en prévention
primaire. Néanmoins, une telle étude semble non éthique tant ce
traitement est efficace sur l’amélioration de la somnolence diurne
qui peut être responsable d’accidents de la circulation routière.
Prévention primaire et secondaire
des accidents vasculaires cérébraux
chez les patients avec syndrome
d’apnées du sommeil :
L’évolution spontanée du SAS est partiellement inconnue.
Dans une
série prospective de 385 patients masculins, He et al ont montré que
les patients ayant un IAH supérieur ou égal à 20 avaient une
mortalité plus importante que ceux ayant un IAH inférieur à 20.
Cette différence était en particulier plus marquée chez les patients
âgés de moins de 50 ans, mais aucun détail des causes de mortalité
(éventuellement vasculaire) n’était fourni.
Sur une période de
suivi de 7 ans de 198 patients ayant un SAS traité, soit par
trachéotomie (71 patients), soit par traitement médical seul
comportant des règles hygiénodiététiques (127 patients), le risque
de survenue d’événements vasculaires était significativement
supérieur dans le groupe médical malgré le fait que les patients
traités par trachéotomie étaient ceux qui avaient un SAS plus sévère.
Ces résultats montrent de façon indirecte qu’un traitement agressif
mais aussi probablement la ventilation nocturne par pression
positive diminuent la morbidité vasculaire chez les patients avec
SAS.
Même s’il semble probable que les patients ayant un SAS
ont une augmentation de la morbidité vasculaire, peut-être en raison
d’une comorbidité associée, aucune étude actuelle n’a démontré que
le traitement optimal du SAS diminuait le risque de morbidité
vasculaire en prévention primaire.
D’autre part, bien que le SAS
ou le ronflement soient associés à un moins bon pronostic
fonctionnel ou vital de l’AVC, aucune étude n’a été consacrée quant
à l’intérêt d’un traitement du SAS associé à l’AVC pour obtenir une
réduction du risque secondaire de récidive vasculaire ou améliorer
le pronostic fonctionnel ou vital de l’AVC.
Mécanismes physiopathogéniques
:
Les mécanismes potentiels unissant le SAS et les AVC sont inconnus
et probablement multiples. Différents travaux ont
démontré que le SAS entraînait des effets délétères sur l’oxygénation
cérébrale et l’hémodynamique intracérébrale, mais aussi altérait la
fonction cardiaque, accélérait l’athérosclérose et modifiait la
coagulation.
Une partie des ces anomalies régresse ou disparaît sous
traitement par ventilation nocturne par pression positive.
A - HYPERTENSION ARTÉRIELLE :
L’hypertension artérielle est un des facteurs de risque principaux
des AVC.
Elle est observée chez plus de 50 % de patients avec un
SAS. Inversement, une grande fréquence (34,8 %) de SAS
précédemment non identifiés est retrouvée au sein d’une population
de patients avec hypertension essentielle montrant ainsi l’intérêt
d’un dépistage au sein d’hypertendus essentiels.
Des études
prospectives récentes ont démontré que les troubles
respiratoires nocturnes étaient un facteur de risque de
développement de l’hypertension artérielle et ainsi, probablement
indirectement, de la morbidité cardiovasculaire et cérébrovasculaire
étroitement liée à l’hypertension artérielle.
Dans une étude de
cohorte de 709 patients du Wisconsin (Wisconsin Sleep Cohort
Study), les données sur les troubles respiratoires nocturnes, la
tension artérielle et les autres facteurs de risque vasculaires ont été
analysées initialement à l’inclusion de chaque sujet puis après 4 ans
de suivi.
Cette étude a clairement montré une relation directe
entre l’intensité initiale des troubles respiratoires nocturnes et la
présence d’une hypertension artérielle 4 ans plus tard, et ce
indépendamment des autres facteurs de risque.
Pour une catégorie
référentielle d’un IAH initial de 0 événement par heure, le risque de
développer une hypertension artérielle à 4 ans était de 1,42
(intervalle de confiance : 1,13-1,78) pour un IAH initial compris entre
0,1 et 4,9 événements par heure ; de 2,03 (intervalle de confiance :
1,29-3,17) pour un IAH initial compris entre 5,0 et 14,9 événements
par heure, et de 2,89 (intervalle de confiance : 1,46-5,64) avec un IAH
supérieur ou égal à 15,0 événements par heure.
Ainsi, la valeur
de la tension artérielle et/ou le nombre de sujets avec une
hypertension artérielle augmentent de façon linéaire avec la sévérité
des anomalies respiratoires nocturnes appréciée par l’IAH.
La
responsabilité du SAS dans le développement éventuel d’une
hypertension artérielle a été confirmée par deux autres études.
L’une
a démontré que chaque apnée supplémentaire par heure de sommeil
augmentait le risque d’avoir une hypertension artérielle de 1 % ;
l’augmentation étant de 0,10 et de 0,04 mmHg pour les pressions
systolique et diastolique respectivement.
D’autre part, une
diminution de 10 % du nadir de la saturation d’oxygène nocturne
augmentait le risque d’une hypertension artérielle de 13 %.
L’autre étude a évalué la survenue d’une hypertension artérielle
dans une cohorte de plus de 6 000 patients suivie sur une période
de 2 ans (Sleep Heart Health Study).
Dans cette étude, la pression
artérielle moyenne diastolique et systolique ainsi que la prévalence
de l’hypertension artérielle augmentaient proportionnellement et
significativement avec l’augmentation de l’IAH initial, même après
ajustement avec les autres facteurs de risque principaux vasculaires,
démographiques ou anthropométriques.
Il semble donc exister
des arguments épidémiologiques sérieux qui tendent à prouver que
les anomalies respiratoires au cours du sommeil peuvent être
responsables du développement d’une hypertension artérielle, quel
que soit le groupe ethnique, le sexe, l’âge et le poids du sujet. Une
telle relation de cause à effet a également été démontrée sur un
modèle canin de SAS.
Les mécanismes physiopathogéniques
unissant le SAS et l’hypertension artérielle restent mal élucidés,
complexes et probablement multiples bien qu’ils impliquent
vraisemblablement les chémorécepteurs périphériques et le système
nerveux sympathique.
Enfin, si le SAS augmente le risque de
survenue d’une hypertension artérielle, son traitement par
ventilation nocturne en pression positive diminue la pression
artérielle nocturne. D’autre part, les b-bloquants semblent les
traitements médicamenteux les plus efficaces dans l’hypertension
artérielle associée au SAS.
B - ARYTHMIE CARDIAQUE :
L’arythmie cardiaque est une étiologie fréquente des AVC
ischémiques.
Ces troubles de la conduction cardiaque sont
également fréquents lors du sommeil des patients apnéiques.
Dans
un groupe de 400 patients ayant un SAS, 48 % des patients avaient
des troubles nocturnes du rythme cardiaque (tachycardie
ventriculaire, troubles de la conduction auriculoventriculaire,
extrasystoles ventriculaires ou arythmie cardiaque) sans corrélation
toutefois avec la sévérité du SAS.
D’autre part, un enregistrement
Holter sur 18 heures chez 45 patients avec SAS montre que 35
d’entre eux (78 %) avaient des troubles du rythme dont huit (18 %)
étaient suffisamment pathologiques pour induire un AIC.
Cependant, dans toutes les études sauf une, les AIC ayant une
origine cardioembolique prouvée n’étaient pas significativement
associés à la présence d’un ronflement habituel ou d’un SAS.
Néanmoins, cette facilitation de troubles du rythme induite par le
SAS pourrait expliquer certains infarctus cérébraux.
Le traitement
par ventilation nasale par pression positive entraîne, dans la plupart
des cas, la suppression de ces troubles du rythme cardiaque.
C - ATHÉROSCLÉROSE :
L’athérosclérose est également une étiologie très fréquente des AIC.
Peu d’études sur ce sujet ont été menées chez l’homme.
Des
radiographies panoramiques faciales de 54 sujets masculins ayant
un SAS ont été comparées à celles obtenues chez 54 sujets témoins.
Après ajustement avec les autres facteurs de risque vasculaires, les
calcifications artérielles étaient significativement plus fréquentes
chez les sujets ayant un SAS, principalement chez ceux ayant un
diabète associé.
Les mécanismes physiopathogéniques unissant
athérosclérose et SAS sont également purement spéculatifs.
Des
études expérimentales menées chez le lapin montrent que l’hypoxie
accélère l’athérosclérose extra- et intracrânienne et pourrait ainsi
augmenter le risque à long terme des AIC.
Cette accélération de
l’athérosclérose pourrait être favorisée par les effets conjoints
délétères de l’hypoxie et de l’hypertension sur la paroi artérielle.
Les plaquettes activées durant les périodes hypoxiques pourraient
traverser l’endothélium lésé par les modifications tensionnelles et
induire indirectement une prolifération des cellules musculaires
lisses.
Les low density lipoproteins (LDL) oxydées durant les
périodes d’hypoxie pénétreraient également l’endothélium
vasculaire lésé et seraient phagocytées par les macrophages
stimulant ainsi la transformation du LDL en cellules spumeuses.
D’autre part, le taux sérique de certaines molécules solubles
d’adhésion cellulaire favorisant l’athérosclérose semble corrélé avec
l’IAH.
Un grand nombre de ces anomalies sont réversibles par la
ventilation nocturne par pression positive.
Cependant, dans
toutes les études épidémiologiques cliniques, aucun lien significatif
n’a été établi entre les AIC par athérosclérose et la présence d’un
ronflement habituel ou d’un SAS.
Néanmoins, l’augmentation du
risque de pathologie coronarienne chez les patients ayant un SAS
pourrait être liée à l’athérosclérose.
D - MODIFICATIONS DES PARAMÈTRES DE COAGULATION
:
De nombreuses études ont démontré que le SAS induisait des
modifications des paramètres de coagulation.
Ainsi, les
catécholamines plasmatiques sanguines ou urinaires sont
augmentées chez les patients ayant un SAS et peuvent activer les
plaquettes via leurs liaisons aux récepteurs alpha-2 situés sur la
surface plaquettaire.
Outre l’augmentation de l’agrégabilité
plaquettaire, il a été démontré une diminution de l’activité
fibrinolytique et une augmentation de la viscosité plasmatique
matinale chez les sujets apnéiques par rapport aux sujets témoins.
Enfin, une corrélation significative entre l’IAH et le taux plasmatique
de fibrinogène a été démontrée.
Chez 113 patients admis dans un
service de rééducation fonctionnelle pour un AVC, 44 n’avaient pas
de SAS, 42 un SAS modéré (5 < IAH < 20) et 27 un SAS d’intensité
modérée à sévère (IAH >= 20).
Le taux de fibrinogène plasmatique
matinal était corrélé avec l’IAH, la durée de l’apnée la plus longue
et les mesures nocturnes de saturation en oxygène.
Ces corrélations
étaient plus marquées après exclusion secondaire des infarctus
d’origine cardioembolique.
Ces modifications de la viscosité
plasmatique et l’augmentation du taux de fibrinogène se
normalisent secondairement sous traitement par ventilation
nocturne par pression positive tout comme l’augmentation de
l’agrégabilité plaquettaire.
Ainsi, des anomalies des paramètres de coagulation ou des
modifications de l’agrégabilité plaquettaire pourraient jouer un rôle
dans l’augmentation du risque vasculaire cérébral chez les patients
ayant un SAS.
E - AUGMENTATION DE LA PRESSION INTRACRÂNIENNE
(PIC) :
La PIC diurne est anormalement élevée chez les patients ayant un
SAS sévère.
Cette PIC augmente davantage lors du sommeil,
particulièrement lors des stades 2 et 3 du sommeil lent profond et
du sommeil paradoxal.
Cette augmentation de la PIC est corrélée
avec la durée de l’apnée.
La pression de perfusion cérébrale
(différence entre la pression artérielle et la PIC) est diminuée lors
des apnées, pouvant ainsi favoriser l’ischémie cérébrale.
Cependant,
aucune différence significative n’a été constatée sur des imageries
par résonance magnétique cérébrale quant à la présence de lésions
ischémiques entre une population de SAS et une population
témoin.
F - MODIFICATIONS DE L’HÉMODYNAMIQUE
ET DU MÉTABOLISME CÉRÉBRAL
:
L’examen doppler transcrânien permet l’étude non invasive de
l’hémodynamique intracérébrale et autorise l’appréciation in vivo
des modifications des vitesses de circulation sanguine cérébrale.
Plusieurs études évaluant la vitesse systolique dans l’artère sylvienne ont été réalisées chez des sujets ayant un syndrome
d’apnée obstructive du sommeil.
Les mesures ont été réalisées
pendant et en dehors de l’apnée obstructive.
Lors de l’apnée
obstructive, toutes ces études sauf une montrent une
augmentation de la vitesse systolique sylvienne concomitamment
avec celle de la pression artérielle.
Cette augmentation s’avère plus
marquée en fin d’apnée puis diminue progressivement jusqu’à une valeur inférieure à la normale avec un minimum d’environ
20 secondes après la fin de l’apnée.
Le retour à des valeurs
normales s’effectue tardivement en 60 secondes environ.
Cette
diminution de la vitesse systolique sylvienne après l’apnée entraîne
une hypoperfusion cérébrale probable qui peut perdurer pour peu
que le SAS soit sévère.
En outre, cette augmentation de vitesse
systolique cérébrale n’apparaît pas suffisante pour compenser la
diminution de la SaO2.
Ces modifications de l’hémodynamique
intracérébrale dépendent de la durée de l’apnée et sont retrouvées
quel que soit le stade de sommeil.
En comparaison avec des sujets
témoins, elles sont néanmoins plus marquées lors du sommeil de
stade 2 et lors du sommeil paradoxal.
Les modifications de la
pression artérielle et non les modifications de la vigilance (apparition
d’un éveil) ou gazométriques induites par l’apnée (diminution de la
pression partielle en gaz carbonique) provoqueraient ces
perturbations hémodynamiques intracérébrales.
La corrélation
étroite entre la pression moyenne artérielle et la vitesse systolique
cérébrale indique que l’autorégulation cérébrale est insuffisante pour
protéger le cerveau de changements rapides et potentiellement
délétères de pression qui surviennent pendant l’apnée obstructive.
Ces changements prononcés et répétés des flux sanguins cérébraux
et les modifications concomitantes de la tension sur la paroi
vasculaire lors des apnées pourraient provoquer des lésions de microangiopathie et macroangiopathie.
Après traitement par ventilation nocturne par pression positive, les
modifications de l’hémodynamique intracérébrale se normalisent et
deviennent comparables aux valeurs recueillies chez les sujets
témoins.
Le doppler transcrânien permet également l’étude de la réactivité
vasomotrice, c’est-à-dire de la réserve cérébrovasculaire.
La
circulation sanguine cérébrale augmente normalement avec
l’augmentation de la pression partielle en gaz carbonique car les
artérioles cérébrales sont dilatées, et diminue inversement lors de la
baisse de la pression partielle en gaz carbonique en raison d’une
vasoconstriction artériolaire.
La réactivité vasomotrice est définie
comme la différence de débit mesuré lors de la vasodilatation
induite par l’inhalation de dioxyde de carbone et lors de la
vasoconstriction due à l’hypocapnie lors d’une épreuve
d’hyperventilation.
Le changement du débit sanguin cérébral en
retenant la respiration est une méthode simplifiée pour la mesure
de la réactivité vasomotrice.
Cette technique utilisée chez des sujets
ayant un SAS a montré une diminution de la réactivité vasomotrice
en comparaison avec des sujets témoins.
Cette baisse s’avère plus
marquée le matin et pourrait témoigner du risque accru d’AVC
lors de cette période.
Ces anomalies de la réserve cérébrovasculaire
chez les sujets ayant un SAS sont réversibles après une nuit de
traitement par ventilation par pression positive.
D’autres techniques ont démontré, chez les patients ayant un SAS,
des anomalies du débit sanguin et du métabolisme cérébral qui sont
réversibles après traitement adapté.
Une étude en tomographie par
émission monophotonique à l’aide de l’héxaméthylpropylène amineoxyme
(HMPAO) chez 14 patients ayant un SAS a montré une
hypoperfusion frontale et pariétale gauche réversible sous
traitement.
L’inhalation de xénon 133 retrouve également une
diminution du débit sanguin cortical hémisphérique et cérébelleux
chez les patients ayant un SAS par comparaison avec des sujets
témoins.
La diminution du débit sanguin cérébral existe à l’état
d’éveil mais s’accentue lors du sommeil jusqu’à un seuil critique
lors des apnées répétitives.
En spectroscopie par résonance
magnétique, une diminution significative du rapport N-acétylaspartate/
choline a été observée dans la substance blanche cérébrale
de 23 sujets ayant un SAS par comparaison avec 15 sujets témoins.
Aucun des sujets apnéiques n’avait d’anomalies sur l’imagerie par
résonance magnétique nucléaire standard.
Bien que les relations liant le SAS et les AVC soient encore mal
élucidées et probablement complexes, il est clairement établi que les
troubles respiratoires au cours du sommeil ont des conséquences
néfastes sur le métabolisme et l’hémodynamique intracérébrale qui
sont réversibles par la ventilation nocturne par pression positive.
Ces données doivent probablement inciter à un traitement agressif
des SAS détectés chez les patients victimes d’un AVC.