Syndrome des antiphospholipides Cours de l'appareil locomoteur
Historique
:
C’est en 1985 que Hughes a introduit le terme de syndrome des anticorps anticardiolipines (aCL) à propos de sujets présentant des thromboses
veineuses et/ou artérielles récidivantes, des pertes foetales répétées, une
thrombopénie et la présence d’aCL et/ou d’un anticoagulant circulant de type
lupique (LAC).
Le terme a ensuite été modifié en syndrome des
antiphospholipides, dès qu’il est apparu que les anticorps reconnaissaient
également divers phospholipides anioniques.
Actuellement on emploie volontiers le terme de syndrome des antiphospholipides/cofacteurs, pour tenir compte des développements récents
concernant les cofacteurs protéiques liés aux phospholipides, telle la bêta2-GP I
et la prothrombine.
D’autres proposent le nom de syndrome de Hughes,
éponyme immérité puisque la première description complète du syndrome,
tenant compte à la fois du versant obstétrical et du versant thrombotique est
due aux auteurs français Soulier et Boffa, dans un article de la Nouvelle Presse
Médicale de 1980.
Définition et nomenclature :
On distingue, sous le terme de « syndrome des anticorps antiphospholipides », l’ensemble des manifestations cliniques et biologiques
secondaires (ce qui implique un lien de causalité) ou associés (ce qui implique
une relation statistiquement significative) à la présence d’aPL et/ou de leurs
cofacteurs.
Le SAPL a été défini initialement par Harris en 1987, par
l’association de manifestations thrombotiques veineuses ou artérielles ou
d’avortements répétés, avec la présence durable d’anticorps
antiphospholipides : LAC ou aCL. Une thrombopénie périphérique est
souvent associée.
La symptomatologie clinique du SAPL s’est enrichie de diverses
manifestations dont certaines ne semblent pas de nature thrombotique ; leur
intégration dans une définition élargie du SAPL est actuellement proposée.
Ainsi, Alarcon-Segovia a proposé une série de critères à partir d’une
association statistiquement significative issue d’une large série de lupus
comportant des aPL.
Ces critères de
classement en SAPL « défini », « probable » et « douteux » ne sont pas d’un
grand intérêt pratique.
Seul un SAPL défini permet d’éviter des diagnostics
abusifs tels qu’on peut les voir fleurir actuellement dans la littérature.
Initialement considéré comme un sous-groupe entièrement inclus au sein du
lupus systémique, le SAPL est en fait parfois rencontré de façon totalement
isolée de toute manifestation clinique ou biologique du lupus : on parle de
syndrome primaire des antiphospholipides (SAPLI), par opposition au SAPL
secondaire (SAPL II) à un lupus, ou plus rarement à une autre connectivite,
une vascularite systémique ou une affection maligne.
Il est en effet très
fréquent de trouver des aPL, aCLsurtout, mais parfois aussi LAC, au cours de
situations cliniques variées ; mais en l’absence de toute symptomatologie
clinique évocatrice, on ne parlera pas de SAPLII, mais d’association avec des
aPL.
Épidémiologie des aPL et des SAPL :
La SAPL primaire, dans son versant non obstétrical, a une prédominance
féminine moindre que le lupus (2/1 à 4/1 versus 9/1) et un âge de début, en
moyenne, plus élevé de 5 à 10 ans que celui du lupus systémique.
Les
principales séries de la littérature avaient un âge moyen de 30 ans.
Néanmoins toutes les tranches d’âge sont concernées, y compris les
enfants.
La prévalence des aPL au cours du lupus varie selon les séries de 7 à 65%
pour les LAC, de 17 à 87 %pour les aCL, et de 20 à 40 %pour les anti-bêta2-GP
I.
Cette dispersion est liée à la sensibilité des méthodes utilisées, au nombre
de déterminations par patient (le titre des anticorps pouvant fluctuer dans le
temps) et à la durée du suivi.
Ces anticorps sont rares dans la population
générale : 2 à 4%selon qu’il s’agit d’IgG aCL ou d’IgM aCL, augmentant
sensiblement chez les sujets très âgés.
Mais il s’agit alors de vieillards
institutionnalisés et porteurs de polypathologies nécessitant des prises
médicamenteuses variées, elles-mêmes inductrices d’aPL.
La prévalence du SAPL au cours du lupus systémique a probablement été
surestimée, la méta-analyse de Love et Santoro faisait état d’un chiffre de
42 % chez le lupus porteur d’un LAC, contre 12 % chez ceux n’ayant pas de
LAC.
Selon Hughes, 40 %des 300 lupus avec aCL ont fait des thromboses
contre 18 %des 364 lupus sans aCL.
Alarcon-Segovia rapporte un chiffre
de 10 % de SAPL défini chez 667 lupus suivis, 7,5 mois en moyenne.
Cette
prévalence augmente avec la durée du suivi : 15 %après 3 ans et un maximum
de 23 % après 15 à 18 ans.
Petri rapporte un chiffre de 5 %. Dans une
série personnelle de 101 lupus hospitalisés et suivis en moyenne 7 ans, la
prévalence du SAPL défini était de 8 %.
Il n’existe aucune étude permettant de chiffrer la prévalence du SAPL
primaire dans la population générale.
Les seuls chiffres disponibles
concernent la prévalence des aPL au cours de situations pathologiques tels
que les accidents vasculaires cérébraux (AVC) et les infarctus du myocarde
chez les sujets jeunes.
Ainsi, chez les sujets de moins de 50 ans, le SAPL
rendrait compte de 36 % des nouveaux AVC.
Plus intéressant, après un premierAVC, le risque de récidive chez des sujets ayant des aPL est de 20 %
par an et de 60 % pour un suivi plus prolongé.
La présence d’aPL
constitue désormais un véritable facteur de risque vasculaire artériel (cerveau,
coeur) et pour certains veineux.
Enfin, les enquêtes familiales ont montré que 10 à 20 %des malades ayant un SAPLont, parmi leurs ascendants ou descendants directs, des sujets souffrant
également d’un SAPL ou d’une maladie auto-immune : lupus systémique ou
lupus incomplet surtout, mais aussi thyroïdite, polyarthrite rhumatoïde,
sclérodermie ou polymyosite.
Mise en évidence des anticorps antiphospholipides
:
Les antigènes phospholipidiques sont composés d’un glycérol, dont deux
fonctions alcool sont estérifiées par des acides gras, et la troisième fonction
alcool primaire par un acide phosphorique formant habituellement un pont
phosphodiester avec un autre composant aminoalcool tel que la sérine, la
choline (lécithines) ou l’éthanolamine (céphaline).
D’autres glycérophospholipides sont non azotés tels la cardiolipine ou
diphosphatidylglycérol, molécule où deux diglycérides sont liés par une
molécule d’acide phosphorique.
Enfin, le phosphatidyl inositol est un
glycérophospholipide non azoté dont le composant estérifié est un ose :
l’inositol.
Les phospholipides anioniques tels que la cardiolipine,
lorsqu’ils sont sous forme micellaire, se lient à un cofacteur plasmatique
identifié comme étant l’apolipoprotéine H ou bêta-2-glycoprotéine I (bêta2-GP
I).
A - Méthodes de dépistage :
Trois types de méthodes utilisant des principes différents sont pratiqués pour
la détection des aPL.
Sérologie syphilitique :
La constatation d’une réaction de Bordet-Wassermann (BW) positive
(utilisant une réaction de déviation du complément avec un antigène extrait
du coeur de boeuf ou cardiolipine), contrastant avec un test de Nelson (utilisant
un antigène tréponémique) négatif, fut à l’origine de la première description
des aPL.
Cette dissociation des réactions de la syphilis est connue sous le nom
de « fausse sérologie syphilitique ».
Actuellement, le BW est remplacé par le
venereal diseases research laboratory (VDRL).
L’antigène utilisé est un
mélange de cardiolipide, de phosphatidyl choline et de cholestérol sous forme de micelles.
La positivité du VDRL contraste avec un treponemal
hemagglutination (TPHA) négatif, et surtout une réaction d’immunofluorescence
avec l’antigène tréponémique négative.
B - Méthodes biologiques d’hémostase
:
Elles étudient l’interaction des anticorps antiphospholipidiques avec le
complexe macromoléculaire appelé prothrombinase, capable de cliver la
prothrombine en thrombine.
Les anticorps antiprothrombinase allongent
certains temps de coagulation, d’où leur appellation d’anticoagulants
circulants (ACC).
Les anticorps responsables de l’activité
anticoagulante circulante de type « antiprothrombinase » ou « lupus
anticoagulant » (LAC) sont de tous isotypes et ne se fixent aux phospholipides
en phase « liquide » que si ceux-ci sont associés à des protéines impliquées
dans la cascade de la coagulation ou de la fibrinolyse pour former un
complexe plurimoléculaire en présence d’ions calcium.
Le plus important de
ces cofacteurs protéiques est la prothrombine qui rendrait compte de 70 %
environ des anticoagulants lupiques.
L’autre cofacteur protéique principal
est la bêta2-GP I qui rend compte de 30 % des anticoagulants lupiques.
Il est
possible que d’autres facteurs protéiques soient la cible de l’activité
anticoagulante lupique : citons la protéine C, la protéine S, l’annexine V et le
kininogène de haut poids moléculaire.
Compte tenu de la diversité des LAC, un seul test d’hémostase est insuffisant
pour dépister l’ensemble des anticoagulants circulants.
En France, on
propose, pour la mise en évidence d’un LAC, d’utiliser simultanément
plusieurs tests dont le temps de céphaline activée (TCA), en exprimant les
résultats en indice de Rosner [(A-B)/C] X 100 où A est le temps de coagulation
du mélange (M + T), B celui du plasma témoin (T), C celui du plasma malade
(M), il est positif si supérieur à 13 ; le temps de thromboplastine diluée (TTD)
avec une dilution de thromboplastine au 1/500.
Les résultats sont exprimés en
rapport M + T/T.
Il est positif si supérieur à 1,15 (1,20 si traitement par les antivitamines K [AVK]).
Enfin, un test de neutralisation sera effectué en
ajoutant soit de la céphaline (test de Rosove), soit des extraits
phospholipidiques plaquettaires (Staclot PNP), soit de la phosphatidyl
éthanolamine en phase hexagonale (Staclot LA).
Il existe une concordance
de positivité entre aCL et anticoagulant lupique chez 60 % des malades, et
dans 40 % des cas un seul test est positif, habituellement l’Elisa
anticardiolipine.
C - Méthodes immunologiques en phase solide
:
L’antigène phospholipidique est fixé sur un support solide où sa conformation
est globalement différente de ce qu’elle est en phase liquide.
On utilise surtout
la cardiolipine, mais il peut s’agir également de phosphatidyl sérine, d’un
mélange de ces deux antigènes, de phosphatidyl choline, de phosphatidyl
éthanolamine, de phosphatidyl inositol.
De nombreux problèmes techniques
limitent l’interprétation des dosages en phase solide (Elisa, RIA).
Plusieurs
ateliers de consensus ont permis d’aboutir à un certain degré de
standardisation.
Les résultats, exprimés en unités GPL pour les IgG et MPL
pour les IgM et APL pour les IgA, sont classés en négatifs, douteux, positifs et
très positifs.
Seuls des résultats positifs (supérieur ou égal à 25 UGPL, soit
supérieur à 5 DS) ou très positifs, vérifiés à 2 mois d’intervalle, seront retenus
comme pertinents.
Les anticorps ainsi dosés sont dirigés, soit contre un épitope du phospholipide
démasqué par la fixation de la bêta1-GPI, soit contre un épitope conformationnel
sur le cofacteur protéique qui se lie aux phospholipides (présents dans le
plasma ou le sérum servant à la préparation des tampons) et démasqué à
l’occasion de cette liaison, soit contre un épitope de faible affinité de la bêta2-GP
I lorsque cette protéine n’est pas sous forme d’un multimère.
Un dosage Elisa direct des anticorps anti-bêta2-GP I a été mis au point.
Les
résultats obtenus sont très voisins de ceux obtenus avec la cardiolipine comme
antigène.
Son avantage principal est de discriminer parmi les aCL, en première
approximation, ceux qui sont bêta2-GP I dépendants et spécifiques de la bêta2-GP I
humaine, seuls associés aux phénomènes thrombotiques, et
d’ignorer les aCL qui reconnaissent réellement le phospholipide et non son
cofacteur et réputés non associés aux manifestations de thrombose.
Il s’agit
d’alloanticorps présents dans les sérums de sujets ayant une maladie infectieuse
telle la syphilis ou des maladies virales tel le VIH-1.
Parmi les a CL bêta2-GP I dépendants, certains ont une activité anticoagulante
circulante lupique (anticardiolipine type A) et d’autres en sont dépourvus
(aCL type B).
Plusieurs autres anticorps anticofacteurs protéiques font actuellement l’objet
d’investigations.
Les anticorps antiprothrombine sont présents chez 70 %des
lupus avec anticoagulant circulant, 40 % des SAPL et 70 % des sujets ayant
un anticoagulant circulant induit par une prise médicamenteuse.
Il s’agit, à
fréquence égale, soit d’IgG, soit d’IgM.
Les trois types de méthodes de détection des aCL sont de sensibilité différente,
et détectent des anticorps dirigés contre des antigènes différents.
Ainsi
s’expliquent les discordances entre les tests d’hémostase et les dosages Elisa
ou les sérologies de la syphilis.
Il faut également savoir que les traitements corticoïdes ou immunosuppresseurs
peuvent négativer temporairement les taux d’anticardiolipine et
être sans action sur l’activité LAC.
Enfin, à l’occasion d’un accident
thrombotique, on peut voir disparaître les aPL, en particulier les
anticardiolipines et les anti-bêta2-GP I.
On évoque un phénomène de
consommation.
On saura redemander un dosage quelques semaines plus
tard.
Devant un tableau clinique de SAPL dit « séronégatif », où ces trois types de
tests sont négatifs à plusieurs déterminations, on peut être amené à rechercher
les autres isotypes d’aCL (IgM ou IgA) ou des anticorps dirigés contre un
mélange de phospholipides, la phosphatidylsérine, la phosphatidyléthanolamine,
mais ces recherches sont rarement positives, des anticorps
de tous isotypes anticofacteurs, voire un anticoagulant circulant avec
d’autres réactifs avec préincubation à 37 °C du plasma ou encore des
anticorps antimitochondries de type V, souvent détectés en association avec
un tableau de syndrome d’Evans.
Manifestations cliniques :
A - Manifestations thrombotiques
:
1- Thromboses veineuses
:
Les localisations thrombotiques veineuses sont très diverses, et peuvent
intéresser, à côté des membres inférieurs, les membres supérieurs, le tronc
(veine cave inférieure ou supérieure), les viscères abdominaux ou thoraciques
(embolie pulmonaire), ainsi que les sinus duraux à l’origine d’un tableau de
pseudotumeur cérébrale, ou la veine centrale de la rétine.
À côté des
thromboses profondes, on observe parfois des thromboses superficielles.
Les thromboses profondes sont emboligènes dans un tiers des
cas, et volontiers récidivantes, notamment à l’occasion d’un facteur favorisant
insuffisamment pris en considération : interventions chirurgicales, alitement,
infections diverses, prise d’oestroprogestatifs, arrêt intempestif ou mauvais
contrôle de l’international normalised ratio (INR) chez un patient sousAVK
au long cours.
2- Thromboses artérielles :
Le cerveau est l’organe principalement touché.
Il peut s’agir d’accidents
ischémiques transitoires (AIT), mais souvent il s’agit d’accidents constitués
intéressant tous les territoires : carotide interne ou vertébrale, avec son
cortège de déficit moteur, sensitif, sensoriel, ou des fonctions supérieures.
On
décrit également des atteintes cérébelleuses, du thalamus, voire de la
tige pituitaire ou de l’hypophyse.
La taille des vaisseaux touchés est variable,
certaines formes donnant des accidents massifs, d’autres ponctiformes mais
multiples, constituant en partie l’explication des hypersignaux multiples
visibles en T2 en IRM dans la substance blanche, mais aussi la substance
grise.
Dans certains cas, le tableau réalisé est celui d’une pseudosclérose en
plaques.
Le mécanisme de ces thromboses cérébrales n’est pas univoque : il
peut s’agir de thromboses in situ, mais parfois il s’agit d’embolies multiples à
partir de végétations valvulaires cardiaques ou d’un thrombus mural
ventriculaire, plus rarement d’une plaque carotidienne ulcérée liée à un
athérome.
Un tableau de démence vasculaire peut s’observer après plusieurs
épisodes.
Si la prévalence de l’infarctus du myocarde est faible au cours du SAPL,
Asherson a rapporté une série de 13 cas comprenant pour moitié des SAPL II
à un lupus, et pour moitié des SAPL primaires.
La plupart des patients étaient
âgés de moins de 30 ans.
Une myocardiopathie ischémique a été rapportée
en l’absence de vascularite par atteinte thrombotique diffuse de la
microvascularisation.
Parmi les autres viscères faisant l’objet de thromboses artérielles, citons le
rein avec plusieurs tableaux cliniques possibles : hypertension artérielle
(HTA) rénovasculaire, insuffisance rénale chronique, par
néphroangiosclérose, ou aiguë par ischémie corticale touchant, soit les
vaisseaux arqués, soit les capillaires glomérulaires.
Les glomérules
apparaissent soit ischémiques, soit le siège de dépôts fibrinoïdes
intracapillaires.
Ce tableau est proche de celui d’une microangiopathie
thrombotique.
L’atteinte des gros vaisseaux peut être à l’origine d’un tableau de claudication
intermittente des membres ou d’un infarctus viscéral (foie, rate, entéromésentérique, pancréas), plus rarement d’un syndrome de l’arche
aortique.
Les manifestations cutanées incluent le livedo reticularis, parfois
associé à des AVC dans le cadre d’un syndrome de Sneddon (40 %
comportent des aPL), des ulcérations cutanées, une pseudovascularite
(macules érythémateuses, purpura douloureux, bulles hémorragiques),
des nécroses cutanées superficielles, une gangrène digitale, des
hémorragies en « flammèche sous-unguéales », une papulose
atrophiante maligne de Degos.
Les manifestations rhumatologiques à type d’ostéonécroses épiphysaires
parfois multiples ont été décrites associées au SAPL, mais le rôle associé de
la corticothérapie est parfois difficile à éliminer.
De plus, la fréquence des aCL n’est pas plus élevée dans une population de patients ayant une
ostéonécrose aseptique de la tête fémorale, que dans une population témoin
rendant donc douteuse une relation de cause à effet.
3- Syndrome catastrophique des anticorps antiphospholipides
:
Certains patients (environ 50 cas publiés), porteurs de taux élevés d’aCLet/ou
d’un LAC, peuvent développer brutalement des occlusions vasculaires
disséminées (trois au moins dans la définition), aboutissant à une faillite
pluriviscérale rapidement progressive : insuffisance rénale aiguë,
hypertension maligne, atteinte du système nerveux central avec troubles de
conscience, ulcérations et gangrènes distales et insuffisance respiratoire
(adult respiratory distress syndrome) résument la symptomatologie.
Une
cause déclenchante infectieuse est parfois retrouvée.
L’histopathologie met en évidence des occlusions des vaisseaux de toute
taille, et l’hémostase, des signes de coagulation intravasculaire disséminée.
Il
n’y a pas de schizocytes en nombre important, ce qui distingue ce syndrome
du purpura thrombotique thrombocytopénique et du syndrome hémolytique
et urémique.
Le pronostic est sévère avec 50 % de mortalité, malgré des
mesures thérapeutiques et de réanimation qui n’ont pas été validées.
4- Manifestations obstétricales
:
Elles sont dominées par les avortements spontanés répétés et les morts foetales
que l’on distingue désormais selon leur date de survenue par rapport à la
dixième semaine révolue de gestation.
Ainsi, selon Branch et Silver, on
distinguera :
– la phase préembryonnaire (conception jusqu’à la troisième semaine
révolue de gestation) ;
– la phase embryonnaire (jusqu’à la neuvième semaine de gestation) ;
– la phase foetale qui se prolonge jusqu’à l’accouchement.
On distingue ainsi trois aspects différents de pertes foetales répétés mais qui
ont la même signification pour satisfaire au critère obstétrical des SAPL.
Les morts foetales constituent la complication la plus fréquente.
Elles seraient
la conséquence d’infarctus placentaires, mais un tel aspect n’est pas constant
et ne peut à lui seul expliquer l’ensemble des pertes foetales.
On insiste
actuellement sur le rôle antagoniste des aPL sur l’annexine V ou placental
anticoagulant protein 1 (PAP-1) produite par les cellules du trophoblaste.
La présence d’un taux modéré d’aCL et/ou d’un LAC entraînerait un risque
de perte foetale de 30 % lors d’une première grossesse.
Ce risque monte à
70 %, voire 90 %, s’il y a déjà eu deux avortements, en l’absence de
traitement.
D’autres risques obstétricaux sont également augmentés chez les femmes
porteuses d’aPL : retard de croissance intra-utérine, hématome
rétroplacentaire, prééclampsie responsable de mort néonatale et de
prématurité.
Enfin, la période du post-partum immédiat doit être considérée
comme critique pour la mère, particulièrement sujette à des accidents
thrombotiques veineux et artériels en tout genre.
5- Formes cliniques du SAPL :
Les thromboses du SAPL sont par définition récidivantes.
Elles peuvent
intéresser le même territoire et toucher plus volontiers le système veineux ou
le système artériel.
C’est ainsi que certains auteurs décrivent un SAPLartériel
et un SAPL veineux.
Dans notre expérience, ainsi que dans celle de Piette, les deux types de vaisseaux sont touchés chez 40 % environ des
individus souffrant de SAPL.
En milieu obstétrical, il n’est pas rare d’observer
uniquement des pertes foetales récidivantes sans autre manifestation
thrombotique.
B - Manifestations non thrombotiques
:
Plusieurs manifestations cliniques et biologiques sont statistiquement
associées à la présence d’aPL, mais leur nature thrombotique ou conséquence
d’une thrombose n’est pas démontrée.
1- Coeur et valves
:
Des lésions valvulaires sont fréquentes chez les sujets porteurs d’aPL.
Initialement décrites au cours du SAPL II à un lupus systémique, elles sont
également fréquentes au cours du SAPL I.
Elles s’apparentent à l’endocardite de Libman-Sachs.
Ainsi, l’étude échocardiographique
de Khamashta, portant sur 132 lupus, rapporte 16 % de végétations
valvulaires et 38 % d’épaississement de la valve mitrale.
L’insuffisance
valvulaire mitrale, et plus rarement aortique, en est une conséquence.
Des
emboles détachés des thrombi valvulaires sont à l’origine de certainsAVC ou
AIT chez ces malades.
Une greffe oslérienne est toujours possible.
2- Poumons
:
Une HTA pulmonaire primitive, sans phénomène thromboembolique ou
maladie cardiaque, a été rapportée par certains aux aPL.
3- Système nerveux
:
On a décrit l’association hautement significative entre chorée et anticoagulant
circulant type LAC.
D’autres mouvements normaux sont décrits : hémiballisme notamment.
Les migraines sont très fréquentes et les études
épidémiologiques n’ont pu confirmer l’association aux aPL.
Un syndrome de Guillain-Barré avec aPL, d’isotype IgA, a été décrit, mais le rôle des aPLreste
douteux.
Diverses observations de myélite transverse, parfois récidivante
ou extensive, parfois associée à une névrite optique (syndrome de Devic), ont
été rapportées au cours de lupus systémiques compliqués de SAPL.
En
l’absence de preuve anatomique, une origine thrombotique paraît douteuse.
4- Manifestations hématologiques
:
Une thrombopénie est observée chez 30 % des SAPL.
Il s’agit rarement
d’une thrombopénie profonde, et ne se complique d’hémorragie que s’il
existe un déficit associé en facteur de coagulation.
Sa physiopathologie est
sans doute multiple : parfois il existe des stigmates de coagulopathie de
consommation a minima, expliquant l’effet favorable de l’aspirine ou de
l’anticoagulation dans certaines observations.
D’autres mettent en évidence
des autoanticorps antiplaquettes.
Une anémie hémolytique à test de Coombs positif est rare dans le SAPLI, elle
s’observe essentiellement au cours du SAPL II du lupus.
Les anticorps
associés sont des aCL d’isotype IgM.
Un anticoagulant circulant est
fréquemment retrouvé ainsi que des anticorps antimitochondrie de typeV.
Rappelons les rares observations de purpura thrombotique thrombocytopénique et d’anémie hémolytique avec schizocytes par
microangiopathie thrombotique.
Similitudes et différences d’expression
des SAPL I et du SAPL secondaire à un lupus
:
Deux études portant sur un nombre suffisant de patients ont comparé la
prévalence des diverses manifestations cliniques et biologiques dans le SAPL
I et le SAPL secondaire à un lupus systémique.
Dans l’étude européenne de Vianna et al, portant sur 114 patients, seules trois manifestations sont plus
fréquentes au cours du lupus avec SAPL :
– l’anémie hémolytique (21 % versus 7 %) ;
– la neutropénie (11 % versus 0 %) ;
– les atteintes valvulaires cardiaques (67 % versus 37 %).
L’étude mexicaine multicentrique confirme, sur 146 patients, la plus grande
fréquence de l’anémie hémolytique au cours du lupus (28 % versus 12 %),
mais également du livedo reticularis (72 %versus 32 %), de la thrombopénie
(53 % versus 28 %).
Enfin, deux manifestations sont plus fréquentes dans le SAPL I : il s’agit des thromboses artérielles (44 %versus 13 %) et des pertes
foetales répétées (80 % versus 46 %).
Les études longitudinales de séries de SAPL ont montré qu’un contingent très
faible de SAPL I devenait ultérieurement des lupus systémiques avec les
manifestations clinico-immunologiques qui lui sont propres : on estime cette
fréquence à 1,5 à 3 % des SAPL I.
Dans l’expérience d’Alarcon-Segovia, portant sur 557 lupus, dont 52 avec
SAPL II, 11 étaient entrés dans la maladie par une manifestation de SAPL.
Il existe cependant un contingent de patients, avec un SAPL, qui ne répondent
pas à quatre critères de la classification de l’association des rhumatologues
américains (ACR) édictée en 1982 et modifiée en 1997, pour le lupus
systémique.
Les auteurs anglo-saxons parlent de syndrome lupus-like, ou de
lupus incomplet.
Cette catégorie de malades est de classement très difficile,
même en utilisant les critères d’exclusion proposés par Piette.
Dans notre expérience portant sur 108 SAPL, 17 étaient ainsi classés lupuslike
contre 22 SAPL I et 69 SAPL II. Avec un recul moyen de 7,2 ± 6,5 ans,
ces patients se sont comportés comme des SAPLI et n’ont pas évolué vers un
lupus. Mais d’autres auteurs ont une opinion différente.
Pronostic du SAPL et influence
sur le pronostic du lupus
:
Les thromboses étant par définition récidivantes dans le SAPL, certains se
sont attachés à rechercher, dans une étude multivariée, quels étaient les
facteurs prédictifs d’une récidive : les deux facteurs indépendants qui
semblent ressortir sont l’existence d’un antécédent de thrombose (sic) et un
taux élevé d’IgG aCL (supérieur à 40 UGPL).
Différentes études
rétrospectives ont montré que la présence d’un anticoagulant circulant
constituait le facteur de risque le plus puissant de la survenue d’une thrombose
artérielle ou veineuse.
La présence d’un anticoagulant circulant augmente morbidité et mortalité :
3,9 % versus 19 % dans la série de Glueck et al.
Cette conclusion a été
confirmée par la suite par Jouhikainen et al, avec 30 %de mortalité versus
14 % sur un suivi de 22 ans.
Une analyse multivariée faite par Gulko et al
en 1993, qui disposait d’un dosage d’aCL, 6 à 21 ans avant l’étude de survie,
conclut que l’existence d’accidents thromboemboliques et la positivité des
IgM aCL affectent toutes deux, et indépendamment négativement, la
probabilité de survie.
D’autres facteurs sont associés à une mortalité plus
élevée, selon Alarcon-Segovia et Drenkard : l’anémie hémolytique, les
thromboses veineuses, les thromboses artérielles et la thrombopénie, soit
l’ensemble des manifestations non obstétricales du SAPL.
La présence d’aPL au cours du lupus en l’absence de SAPL reste
d’interprétation et donc de traitement débattus en l’absence d’étude
prospective.
Un début de réponse est fourni par Shah et al qui ont suivi
pendant 10 ans 21 lupus systémiques avec aCL ou LAC mais sans SAPL :
52 % ont développé durant ce suivi un SAPL.
Durant cette même période,
2/10 patients avec un SAPL I et 3/21 avec un SAPL II sont morts ; quatre fois
sur cinq le décès est secondaire à une thrombose.
Dans un travail français multicentrique prospectif, nous avons montré que
l’existence d’un anticoagulant circulant mais non d’anticardiolipine au cours
du lupus était associée, en l’absence de signe préalable de SAPL, à une
fréquence élevée de manifestations artérielles et neurologiques cliniques
attribuables à un SAPL.
Physiopathologie du SAPL :
Elle reste en grande partie méconnue.
En effet, le rôle pathogène direct des aPL ou des anticofacteurs est rarement démontré, malgré l’existence de
modèles expérimentaux.
A - Antiphospholipides et facteurs de la coagulation
ou de la fibrinolyse
:
De nombreuses interactions ont été mises en évidence entre les IgG ou IgM
antiphospholipides ou anticofacteurs, certains anticoagulants circulants et
diverses voies de la coagulation ou de la fibrinolyse, ainsi qu’avec certaines
fonctions cellulaires des plaquettes ou de l’endothélium vasculaire.
La
liste n’est pas exhaustive et aucune d’entre elles ne paraît rendre compte de
l’ensemble des phénomènes.
On peut espérer un réel progrès des
connaissances le jour où on comprendra quels sont, parmi les différents aPL/cofacteurs, ceux qui ont réellement un rôle pathogène.
B - Modèles expérimentaux :
1- Modèles spontanés :
Deux souches de souris auto-immunes développent spontanément des aPL et
des manifestations cliniques proches de celles de l’homme.
Les souris MRL/lpr développent, dès l’âge de 2 mois, des titres élevés d’IgG aCL,
associés à une thrombopénie et des portées de faible effectif.
L’analyse histopathologique montre une vasculopathie du système nerveux central avec
occlusions vasculaires et infiltrat périvasculaire des plexus choroïdes.
Le second modèle spontané est l’hybride mâle de première génération F1
(NZW × B X SB) qui fait des infarctus myocardiques et une thrombopénie.
Les aCL produits par ces hybrides sont bêta2-GP I dépendants et reconnaissent
les principaux phospholipides anioniques ainsi que les plaquettes et l’acide
désoxyribonucléique (ADN).
2- Modèles induits :
L’induction d’un SAPL a pu être obtenue chez la souris Balb/c en injectant
des IgG purifiées de patientes ayant des avortements répétés avec aPL : ainsi,
15 mg d’IgG injectés à la souris Balb/c gestante provoquent un avortement
en 48 heures avec à l’histologie une nécrose, des dépôts d’IgG et de fibrine.
Des portées peu nombreuses et de petit poids de naissance sont observées avec
des doses beaucoup plus faibles (10 íg/souris) d’aCL monoclonal ou
polyclonal humain injecté chez la souris ICR.
Les IgG antiphosphatidylsérine
ont un effet identique.
Les souris ainsi immunisées ont un taux bas
d’interleukine 3 (IL3), cytokine intervenant dans la trophicité placentaire.
Le
traitement de ces animaux par l’IL3 prévient les résorptions foetales.
L’aspirine agirait en rétablissant des taux élevés d’IL3.
L’immunisation de
lapins ou de souris avec de la bêta2-GP I induit la production simultanée d’anti-
bêta2-GP I et d’aCL en l’absence de toute contamination de la bêta2-GP I par des
phospholipides.
Des manifestations cliniques analogues à celles obtenues
avec des anticorps aCL sont observées.
En particulier, les souris PL/J
immunisées avec la bêta2-GP I ont des portées très faibles (fort indice de
résorption) et certaines développent une myélite transverse.
Une parenté
de séquence a été mise en évidence entre le cinquième domaine (site de
fixation aux phospholipides) de la bêta2-GP I et une protéine virale.
L’immunisation de souris normales par cette séquence induit la production
d’aPL.
3- Modèle de thrombose :
Un modèle de thrombose veineuse expérimentale a été développé par Pierangeli et Harris : il consiste à pincer la veine fémorale de souris mâles
CD1 après dénudation à l’aine afin d’y créer une lésion thrombogène.
L’injection intraveineuse préalable d’IgG antiphospholipides induit un caillot
de taille supérieure et plus durable que celui obtenu chez les témoins ayant
reçu des IgG normales.
Il s’agit actuellement du seul modèle in vivo de
thrombose liée à des IgG antiphospholipides.
Histopathologie
:
Les données histopathologiques proviennent de prélèvements de peau, de
pièces d’amputation, de biopsies rénales, neuropathologiques et valvulaires.
Tous les travaux publiés insistent sur le caractère purement thrombotique des
lésions histologiques observées, même si cliniquement, les manifestations
peuvent mimer une vascularite.
Les artères de gros calibre présentent un
épaississement important de l’intima, une prolifération de la média, et un
épaississement de l’adventice.
Il en résulte une diminution nette du calibre
de la lumière vasculaire.
Une endartérite proliférante sans vascularite
caractérise les vaisseaux cutanés du syndrome de Sneddon, ainsi que les
artérioles méningées et corticales.
Parmi les viscères, le rein a fait l’objet de
descriptions histopathologiques qui toutes insistent sur l’ischémie
glomérulaire, la présence d’une fibrose intimale des artères interlobulaires et
parfois de thrombi hyalins dans les lumières artériolaires.
L’histopathologie
des valves cardiaques reste d’interprétation délicate : s’agit-il de dépôts fibrinocruoriques sur valves saines, d’une endocardite marastique ou d’une
endocardite type Libman Sacks ?
La vasculopathie déciduale décrite lors
des avortements répétés est d’interprétation également difficile, car une
infiltration par des cellules inflammatoires est habituellement rapportée dans
les artères spiralées.
Les marquages immunohistochimiques insistent sur
la diminution de l’annexine V (ou PAP-1), protéine ayant une activité
antithrombotique.
Génétique du SAPL :
Une prédisposition génétique aux anticorps antiphospholipides est fortement
suggérée à travers les études portant sur les familles ou les jumeaux dont
plusieurs membres sont, soit porteurs sains d’antiphospholipides, soit atteints
d’un syndrome primaire des antiphospholipides alors que d’autres germains
ont un lupus ou une autre affection auto-immune.
Une transmission
autosomique dominante est proposée.
Dans le syndrome primaire des antiphospholipides, il existe un excès de DR4,
DR53, DQB1*0301 (DQ7) et DQB1*0302, résultat confirmé pour DR4 et DQ7, et pour certaines études DR7, plus récemment DRB1*1302.
Les allèles
DR4 ou DR7, DQB1*0301, 0302 et 0303 sont souvent portés par le même haplotype et sont en déséquilibre de liaison.
DQB1*0302 (DQ8) et
l’ensemble des allèles DQB1*03 sont corrélés avec la présence d’anticorps
anti-bêta2-GP I.
DQB1*0301 mais aussi DQB1*0302, *0303 et *0602 partagent la même
séquence d’acides aminés en position 71-77 du troisième segment
hypervariable DQB1, soit TRAELDT selon le code des acides aminés.
Dans
le syndrome primaire, l’étude phénotypique du C4 par RFLP a révélé une
association entre haplotypes portant les allèles silencieuxC4AQOouC4BQO
et présence d’aCL.
Prise en charge thérapeutique du SAPL
:
Cette prise en charge multidisciplinaire nécessite la coopération étroite du
médecin traitant, du coagulationniste et de l’équipe obstétricale.
Elle
comporte un volet de traitement des thromboses et un volet de prise en charge
de la grossesse.
Mais il ne faut pas perdre de vue que les deux versants
peuvent être présents chez le même individu, en particulier autour de la
période d’accouchement, imposant une vigilance extrême de toute l’équipe
afin d’éviter toute interruption, même temporaire, du traitement.
A - Traitement des thromboses
:
Bien qu’il s’agisse d’un travail rétrospectif, on connaît, depuis Glueck et
al, la propension des SAPL à récidiver les épisodes thrombotiques dans
l’année qui suit le premier épisode : 13,7 % après une première phlébite,
6,7 % après une première thrombose artérielle.
Tous les auteurs s’accordent
sur la nécessité d’un traitement préventif de ces récidives en utilisant des
doses curatives.
1- Prévention des récidives de thrombose veineuse
:
La phase initiale du traitement d’une thrombose veineuse n’a aucune
originalité et fait appel à l’héparine classique, aux posologies habituelles ou
l’héparine à bas poids moléculaire (HBPM) ayant l’autorisation de mise sur
le marché (AMM) dans cette indication.
La seule difficulté consiste, en cas de
LAC, à déterminer les ajustements nécessaires puisque le TCA est
habituellement allongé.
On se fonde alors sur l’héparinémie (entre 0,2 et 0,4
U/íL) ou l’activité anti-Xa.
La surveillance du chiffre des plaquettes est
impérative compte tenu du risque (6 à 15 %) de thrombopénie induite par
l’héparine.
Le relais par les AVK peut se faire dans les délais usuels.
La
surveillance de l’INR doit être fréquente, sachant que l’équilibration est
parfois difficile en cas de SAP Lavec LAC.
Une étude rétrospective a suggéré
que la meilleure prévention de récidives était obtenue en stabilisant l’INR au delà
de 3,0, mais le risque de complications hémorragiques graves est alors
plus élevé (10 % à 24 mois selon Gitter et al. L’équipe de Harris et al
préconise plutôt un INR entre 2,6 et 3,0.
Actuellement, toutes les équipes prônent la poursuite de façon indéfinie des AVK, compte tenu des nombreuses observations de récidive thrombotique
dans les semaines et le mois qui suivent un arrêt de l’anticoagulation.
Les femmes désirant une grossesse doivent repasser par un traitement héparinique, de préférence avant la conception car les AVK sont tératogènes
au premier trimestre de la grossesse.
2- Thromboses artérielles :
Les études rétrospectives ont également montré que la prévention des
récidives artérielles passait par un traitement par les AVK seuls ou associés à
l’aspirine à dose antiagrégante (100 à 300 mg/j).
Cette association donnerait
peut-être des résultats un peu meilleurs que les AVK seuls, lesquels sont
très supérieurs au non-traitement.
L’INR préconisé serait de 3,0 pour certains,
supérieur à 3,0 pour d’autres.
L’addition d’aspirine n’augmente pas le risque
hémorragique dans les séries rapportées.
Il n’y a pas de place pour la prednisone, ou les immunosuppresseurs dans la
prévention des récidives artérielles.
L’hydroxychloroquine aurait des
propriétés antithrombotiques intéressantes, en particulier en matière de
thromboses artérielles (en abaissant le cholestérol et la glycémie ainsi qu’en
faisant baisser le titre des aPL), son utilisation est actuellement préconisée
comme traitement adjuvant auxAVK et à l’aspirine.
Les autres mesures préventives consistent à traiter toutes les facteurs de
risque :
– arrêt du tabac ;
– régime hypocholestérolémiant, voire les statines qui ont l’AMM en cas de
coronaropathie ;
– contrôle métabolique du diabète ;
– interdiction de contraception
orale avec des produits à base d’oestrogènes ;
– correction par l’acide folique d’une hyperhomocystinémie.
En cas d’intervention chirurgicale programmée, on peut préconiser 5 000
unités d’héparine en sous-cutané, juste avant l’induction anesthésique, puis
5 000 unités en sous-cutané toutes les 12 heures durant les 2 à 3 premiers jours
postopératoires ou durant toute la période d’alitement.
3- Syndrome catastrophique des antiphospholipides
:
Chez ces sujets extrêmement fragilisés, l’anticoagulation par l’héparine est
rarement suffisante, et il est habituel (sans preuve définitive) d’y associer des
bolus de Solu-Médrolt, des échanges plasmatiques, quotidiens au début, et
pour certains le cyclophosphamide et/ou les veinoglobulines avec des succès
variables.
B - Contraception, stimulation de l’ovulation
et traitement hormonal substitutif :
En cas d’antécédent thrombotique, la contraception hormonale oestroprogestative est contre-indiquée, même au prix d’un traitement
anticoagulant à dose efficace.
De même, toute stimulation hormonale en vue
de déclencher l’ovulation, et a fortiori pour une fécondation in vitro après
recueil d’ovules, est formellement contre-indiquée.
Plusieurs accidents
thrombotiques sévères ont été rapportés.
Enfin, en l’absence de données
définitives sur le sujet, il n’est pas recommandé de recourrir à un traitement
hormonal substitutif chez les femmes ménopausées ayant un SAPL.
C - Traitement des pertes foetales
:
La prise en charge thérapeutique des pertes foetales répétées permet d’obtenir
actuellement plus de 70 % d’enfants vivants contre 10 % en l’absence de
traitement.
Les corticoïdes ne constituent plus la pièce maîtresse du traitement
et leur posologie ne doit en aucun cas dépasser 20 mg/j de prednisone sauf
indication extraobstétricale.
En effet, les corticoïdes ont été rendus
responsables d’une morbidité maternelle et foetale élevée (hypertension,
diabète gestationnel, prééclampsie, ostéonécroses, infections, prémarurité,
etc).
Les études prospectives portant sur des SAPLprimaires et non des lupus avec
SAPL ont bien montré l’intérêt de l’association héparine-aspirine.
La
posologie de l’héparine standard a été initialement proposée entre 10 000 et
20 000 unités deux fois par jour en deux injections sous-cutanées, ce qui
allonge le TCA vers 1,2 à 1,5 fois le témoin.
Une dose de 5 000 à 12 500
unités, deux fois par jour, qui n’allonge pas le TCA, donnerait des résultats
équivalents.
Les HBPM peuvent remplacer l’héparine standard, mais n’ont
pas l’AMM dans cette indication.
Toutes les héparines utilisées au long
cours entraînent une perte osseuse, mesurée par densitométrie, et une
supplémentation vitaminocalcique est préconisée (2 g de calcium/j et 800
unités de vitamine D).
L’aspirine utilisée seule à dose antiagrégante a été
créditée de nombreux succès, mais elle peut s’avérer insuffisante chez des
femmes ayant déjà présenté de nombreuses pertes foetales.
Elle diminue la
fréquence des épisodes de prééclampsie.
Ces diverses mesures thérapeutiques restent cependant insuffisantes pour
diminuer les taux de prématurité, qui restent très élevés (50 % des naissances),
en particulier dans le SAPL secondaire à un lupus systémique.
D - Indications thérapeutiques dans les grossesses
du SAPL :
Elles sont au mieux établies par un avis spécialisé dans le cadre d’une
consultation préconceptionnelle.
On décourage toute grossesse en cas
d’antécédent thrombotique artériel, a fortiori récidivant. On détermine le
taux et l’isotype, IgG ou IgM, des aPL.
Ces tests sont répétés tous les 3 mois,
car des fluctuations importantes peuvent s’observer durant une grossesse, en
l’absence de tout accident de thrombose.
La surveillance obstétricale
comprend un suivi régulier de la fréquence cardiaque foetale et de son
développement par ultrasons.
La vélocimétrie doppler du débit sanguin
ombilical est possible à 20 semaines, puis répétée toutes les 2 ou 3 semaines.
Elle est utile pour dépister une détresse foetale, en surveillant la résistance
vasculaire placentaire.
Les femmes sous AVK avant la conception sont passées sous héparine, de
préférence avant l’arrêt de la contraception.
En fait, plusieurs attitudes théapeutiques sont préconisées selon les antécédents maternels :
– absence de traitement : elle s’adresse aux femmes avec aPL n’ayant aucun
antécédent de thrombose ou de perte foetale ;
– aspirine à faible dose : elle est préconisée chez les femmes avec aPL ayant
eu une perte foetale, mais aucun antécédent de thrombose ;
– héparine et aspirine à faible dose : c’est l’attitude préconisée, soit chez les
femmes ayant eu des antécédents de thromboses, la posologie étant plutôt de
15 000 unités d’héparine calcique deux fois par jour, soit chez les femmes
ayant eu une perte foetale durant le deuxième ou le troisième trimestre de
gestation, ou trois pertes foetales documentées durant le premier trimestre
avec des taux modérés ou élevés d’IgG aCL, ou un LAC.
La posologie
d’héparine sous-cutanée étant alors de 15 000 U/j en deux fois.
Selon Petri,
l’aspirine ne doit pas être arrêtée au moment de l’accouchement.
On connaît
cependant les réticences des anesthésistes devant une telle recommandation.
Les veinoglobulines, voire les échanges plasmatiques, vivent des rares échecs
de l’association héparine-aspirine.
E - Traitement de la thrombopénie
:
Le chiffre des plaquettes au-dessus de 50 000/mm3 ne nécessite aucun
traitement.
Les corticoïdes à forte dose sont habituellement efficaces sur la
thrombopénie en cas de complication hémorragique.
Certains auteurs ont
rapporté l’effet bénéfique, soit de l’aspirine à faible dose, soit de l’héparine,
mais l’effet reste inconstant.
La dapsone et le danazol ont également
été crédités de certains succès.
Il en est de même des veinoglobulines, mais
l’effet obtenu est transitoire et le coût très élevé.
La splénectomie est parfois
le seul traitement efficace, en particulier dans le SAPL secondaire à un lupus.
F - Divers :
En cas d’insuffisance valvulaire mal tolérée, il est possible de recourir à un
remplacement valvulaire avec de bons résultats.
On préfére les hétérogreffes
aux valves métalliques, compte tenu des risques de thrombose plus élevés en
cas d’arrêt imposé du traitement anticoagulant au long cours.
L’embolectomie pulmonaire reste un geste de sauvetage exceptionnel mais
possible.
Enfin, en cas d’insuffisance rénale chronique, l’hémodialyse est
indiquée mais on redoute les thromboses de la fistule artérioveineuse.
La
transplantation rénale est également grevée de fréquentes complications
thrombotiques.
Le SAPL n’a été individualisé que depuis 15 ans.
Le nombre
considérable de publications qu’il a suscitées en fait indiscutablement
une « maladie vedette » des années 1990.
Il reste encore beaucoup
de travaux à réaliser pour comprendre sa physiopathologie exacte.
Sa
prise en charge thérapeutique est d’ores et déjà satisfaisante, au prix
d’un traitement continu et étroitement surveillé.