Symptomatologie clinique et diagnostic neuroradiologique des tumeurs intracrâniennes
(Suite)
Cours de Neurologie
* Tumeurs des méninges et des tissus apparentés
:
– Méningiomes.
Ce sont des tumeurs bénignes très fréquentes (13 à 18 % des tumeurs
intracrâniennes primitives dont 90 % sont supratentorielles).
Ils
touchent l’adulte entre 20 et 60 ans, les deux tiers des méningiomes
surviennent chez la femme.
Il existe de nombreuses formes
anatomopathologiques (méningothéliaux, fibroblastiques,
transitionnels et psammomateux) expliquant la grande variabilité
sémiologique en imagerie.
Les classiques méningiomes angioblastiques correspondent à des hémangiopéricytomes, tumeurs
mésenchymateuses issues des péricytes des capillaires sanguins,
bien différentes des méningiomes, ayant tendance à récidiver
localement et à donner des métastases viscérales.
Les méningiomes
peuvent se situer dans toutes les localisations où existe un
revêtement méningé, mais 2 % n’ont aucune attache durale :
méningiomes des plexus choroïdes, des nerfs optiques,
des sinus de la face.
Les méningiomes de la convexité et les
méningiomes parasagittaux de la faux du cerveau sont les plus
fréquents.
Ils sont multiples dans 9 à 16 % des cas, en dehors de la méningiomatose qui atteint les sujets porteurs d’une neurofibromatose de type NF2.
En imagerie, leur caractéristique
principale est d’être des tumeurs extra-axiales, bien que ce caractère
puisse être parfois impossible à affirmer.
En TDM : ces tumeurs sont de densité variable, le plus souvent
hyperdenses spontanément au parenchyme cérébral, parfois
isodenses, souvent calcifiées, présentant des microcalcifications
diffuses, des calcifications en mottes ou en masse (psammomes).
Des
kystes plus ou moins volumineux peuvent se voir, certains
méningiomes pouvant même être entièrement kystiques.
Il peut
exister un oedème au niveau du parenchyme cérébral adjacent, par
compression de veines corticales, par envahissement d’un sinus
dural ou par infiltration du cortex et recrutement de vaisseaux de la
pie-mère.
Après injection, les méningiomes se rehaussent fortement
à l’exception des psammomes.
Il existe fréquemment des
modifications osseuses à type de condensation et d’épaississement
en regard de la zone d’insertion des méningiomes, très fréquentes
dans les méningiomes en plaques.
En IRM : en spT1, la plupart des méningiomes ont un hyposignal
ou un isosignal au parenchyme cérébral.
En spT2, le signal est
variable selon l’histologie, iso- ou hyposignal dans les méningiomes
fibroblastiques, transitionnels et psammomateux, hypersignal dans
les méningiomes méningothéliaux, les hémangiopéricytomes et dans
les méningiomes anaplasiques.
Après injection, il existe en général un rehaussement intense. Un épaississement de la duremère
est fréquent autour de la zone d’insertion méningée.
La visualisation de vaisseaux en « vide de signal » au sein d’un
méningiome fait suspecter son caractère hypervascularisé et pose la
question de la réalisation d’une embolisation préopératoire.
L’angiographie est caractéristique lorsqu’elle montre une
vascularisation par une branche méningée et un blush tumoral
persistant sur les temps veineux.
– Méningiomes anaplasiques.
Ce sont des lésions de malignité élevée, peu fréquentes, qui se voient
chez l’enfant et l’adulte jeune et prédominent dans le sexe masculin.
Ils sont d’aspect radiologique peu différent des méningiomes mais
des foyers de nécrose sont plus fréquents. Ils peuvent infiltrer le
parenchyme cérébral ou essaimer dans les espaces sousarachnoïdiens.
La présence de pics de lactates et l’importante
augmentation du rapport Cho/Cr en spectro-IRM peuvent suggérer
le caractère potentiellement anaplasique d’un méningiome.
Les hémangiopéricytomes présentent un pic élevé de myo-inositol, qui
les distingue des méningiomes.
Les autres tumeurs méningées et mésenchymateuses intracrâniennes
sont les xanthomes, les nævus mélanocytaires, et les mélanomes
primitifs méningés, les chondromes, les ostéomes, les sarcomes
(chondrosarcomes, fibrosarcomes, angiosarcomes), les
hémangiopéricytomes et les hémangioblastomes (tumeurs intraaxiales
infratentorielles).
* Lymphomes non hodgkiniens primitifs cérébraux
:
Ils représentent 1 % des tumeurs intracrâniennes primitives et sont
de fréquence croissante en dehors des cas liés au syndrome
d’immunodéficience acquise (sida).
Ils se présentent sous trois aspects :
– masse nodulaire uni- ou multifocale ;
– infiltration diffuse du parenchyme cérébral ;
– forme mixte nodulo-infiltrative.
De localisation le plus souvent sous-épendymaire ou sous-piale, ils
siègent au niveau des noyaux gris centraux, du corps calleux, de la
substance blanche périventriculaire et du cortex cérébral.
En TDM : ce sont des lésions souvent hyperdenses spontanément
du fait d’une importante cellularité, présentant un rehaussement
global homogène.
En IRM : ce sont des lésions iso-intenses au cortex en spT1 comme
en spT2, entourées de très peu d’oedème et se rehaussant de façon
globale et homogène.
Chez les patients atteints du sida, on trouve fréquemment des
formes multifocales en cocarde avec un centre nécrotique et une
couronne prenant le contraste intensément, qu’il est
impossible de différencier des abcès toxoplasmiques même en
s’aidant de l’imagerie de diffusion et de la spectro-IRM.
* Tumeurs d’origine malformative et lésions pseudotumorales
supratentorielles :
– Craniopharyngiomes.
Ce sont des tumeurs bénignes congénitales représentant 3 % des
tumeurs cérébrales, et 17 % des tumeurs sus-tentorielles de
l’enfant.
Ces tumeurs sont supra- et/ou intrasellaires.
Elles
proviendraient de reliquats de la poche de Rathke.
Leur topographie
s’expliquerait par la rotation embryonnaire de l’antéhypophyse qui
place ces reliquats en position postérieure et supérieure.
Ces
tumeurs associent de façon variable trois composantes : une
composante charnue vascularisée rehaussée après injection, une
composante kystique et enfin une composante calcifiée.
Les
calcifications sont mieux vues en TDM et peuvent passer inaperçues
en IRM.
En TDM : ce sont des masses arrondies, souvent polylobées, de taille
variable avec des composantes kystiques et des calcifications.
La
composante solide peut être iso- ou hypodense et prend
habituellement le contraste.
En IRM : Les kystes présentent un signal variable dépendant de la
richesse de leur contenu en protides, cristaux de cholestérol, ou
méthémoglobine.
En spT1, le signal varie d’un hyposignal en
général supérieur à celui du LCR jusqu’à un hypersignal intense. En
spT2, le signal est en général supérieur à celui du LCR.
Les parois
de ces kystes sont souvent rehaussées par l’injection de produit de
contraste, ce qui aide au diagnostic des kystes isodenses ou isointenses.
La portion charnue est rehaussée après injection de produit
de contraste.
Les calcifications volumineuses peuvent être visibles.
– Kystes de la poche de Rathke.
Développés à partir de la persistance de l’extrémité intrasellaire du
canal craniopharyngien, ce sont des kystes intrasellaires pouvant
avoir un développement suprasellaire.
En imagerie, l’aspect varie selon le contenu du kyste.
Ils sont en
général hypo-intenses, parfois hyperintenses spontanément en spT1 ou iso-intenses.
En spT2, ils sont habituellement en hypersignal
franc, bien limités par une fine membrane en hyposignal.
Il n’existe
pas de rehaussement après injection de produit de contraste.
– Kystes épidermoïdes et dermoïdes.
Ce sont des tumeurs congénitales résultant de l’inclusion d’éléments
ectodermiques au moment de la fermeture du tube neural.
Ils ont
une distribution parasagittale suivant les ébauches
mésenchymateuses vasculaires. Ils représentent 1,5 à 2 % des
tumeurs intracrâniennes.
Les kystes épidermoïdes sont situés à l’étage supratentoriel dans 15 %
des cas.
Ils prédominent au niveau des régions sellaires et
suprasellaires, de la région quadrigéminale et du système
ventriculaire.
Ils peuvent aussi être intradiploïques.
Les kystes dermoïdes kystes présentent un contenu lipidique, avec des
annexes cutanées, voire des dents. Leur capsule est souvent calcifiée.
Ils sont avasculaires.
Ils se localisent plus fréquemment dans la
région sellaire autour du tronc cérébral et le long des lignes de
fermeture embryonnaire.
Ils peuvent se rompre dans les
espaces sous-arachnoïdiens ou dans les ventricules, se manifestant
par une méningite « chimique » aseptique avec en imagerie, des
niveaux hydrograisseux dans les ventricules et/ou une diffusion de
gouttelettes lipidiques dans les espaces sous-arachnoïdiens pouvant
persister plusieurs années.
En TDM : ce sont des lésions souvent très hypodenses du fait de la
richesse en triglycérides et en acides gras insaturés.
Elles peuvent
être relativement homogènes mais plus souvent hétérogènes avec
de nombreuses calcifications.
En IRM : le contingent graisseux est en hypersignal marqué en spT1,
moindre en spT2, et qui est annulé par les séquences de suppression
de graisse.
Les calcifications sont en hyposignal sur toutes les
séquences.
Ces tumeurs ne sont pas rehaussées par l’injection de
produit de contraste.
– Kystes colloïdes du IIIe ventricule.
Lésions bénignes d’origine vraisemblablement entodermique, ces
kystes présentent une capsule fibreuse revêtue d’un épithélium
cubique et contenant un matériel gélatineux amorphe pouvant
contenir des gouttelettes lipidiques.
Des remaniements
hémorragiques peuvent survenir.
On les trouve principalement chez
l’adulte entre 30 et 50 ans. Ils sont toujours situés en arrière des trous
de Monro, appendus à la paroi antérosupérieure du IIIe ventricule
entre les colonnes antérieures du fornix et peuvent entraîner une
hydrocéphalie.
En TDM : ce sont des lésions rondes bien limitées de la partie
antérieure du IIIe ventricule, hyperdenses spontanément dans les
deux tiers des cas, isodenses dans les autres cas et ne se rehaussant
pas après injection.
En IRM : le contenu du kyste est le plus souvent hyperintense en
spT1, hypo-intense en spT2 en raison d’une haute teneur en substances paramagnétiques, la capsule est iso-intense en spT1
devenant hyperintense en spT2, parfois finement rehaussée après
injection de produit de contraste.
– Kystes neuroépithéliaux.
Ils constituent un groupe hétérogène de lésions kystiques bénignes
contenant un liquide semblable au LCR, comprenant les kystes
épendymaires, les kystes des plexus choroïdes, les kystes de la
fissure choroïdienne.
Ils se localisent dans l’ensemble du névraxe,
en particulier dans les ventricules latéraux, les plexus choroïdes, les
espaces sous-arachnoïdiens ou même en plein parenchyme cérébral.
En imagerie, ces lésions présentent un contenu liquidien aux
caractéristiques identiques à celles du LCR et une paroi très fine,
non rehaussée par l’injection de produit de contraste.
– Kystes arachnoïdiens.
Ce sont des lésions d’origine controversée (congénitales pour la
plupart des auteurs), bordées par des feuillets de cellules
arachnoïdiennes et remplies de LCR.
Ces kystes sont de découverte
fortuite très fréquente depuis l’avènement du scanner et de l’IRM.
À l’étage supratentoriel, ils sont le plus souvent temporaux, sylviens
ou suprasellaires.
Ils peuvent être volumineux mais n’entraînent le
plus souvent pas d’effet de masse.
Ils sont séparés du parenchyme
cérébral par un bord lisse, souvent rectiligne.
Les parois osseuses
bordant ces kystes sont souvent érodées ou « soufflées ».
Leur
densité en TDM et leur signal en IRM sont identiques à ceux du
LCR.
– Lipomes.
Ce sont des formations de tissu adipeux, bénignes, résultant de la
persistance et de la différenciation anormales de la méninge
primitive.
Ils sont associés dans la moitié des cas à des
malformations cérébrales.
Ils sont situés sur la ligne médiane dans
90 % des cas.
La moitié d’entre eux siègent dans la région du corps
calleux, souvent associés à une agénésie partielle ou complète de ce
dernier.
Les autres localisations sont la citerne chiasmatique et
l’infundibulum, la citerne interpédonculaire, la région
quadrigéminale et la citerne ambiante, mais ils peuvent se voir dans
la vallée sylvienne et dans la citerne de l’angle pontocérébelleux.
En TDM : ils sont de densité négative, très inférieure à celle du LCR,
parfois associés à des calcifications.
En IRM : ils sont en hypersignal en spT1 et en hyposignal par
rapport au LCR en spT2.
Leur signal est annulé par les séquences
de suppression de graisse.
– Hamartomes.
Ce sont des lésions bénignes constituées de cellules neuronales de
différenciation variable associées fréquemment à une prolifération de la lignée astrocytaire.
Ils sont souvent rencontrés dans le cadre
des phacomatoses et en particulier dans la neurofibromatose de type
NF1.
L’hamartome de l’hypothalamus ou du tuber cinereum est une
entité particulière touchant l’enfant, classiquement associé à une
puberté précoce isosexuelle.
L’imagerie révèle une masse arrondie isodense ou hypodense
suprasellaire, souvent iso-intense au cortex en spT1 comme en spT2
en IRM.
Ces lésions ne sont pas rehaussées par l’injection de produit
de contraste.
* Tumeurs secondaires :
– Métastases parenchymateuses.
Elles représentent environ 20 % des tumeurs cérébrales et
surviennent dans la plupart des cas chez l’adulte de plus de 40 ans.
Le cancer d’origine est par ordre de fréquence un cancer bronchique,
mammaire, un mélanome, un cancer colique ou rénal.
Les lésions
sont souvent multiples et se localisent dans n’importe quelle partie
du cerveau, le plus souvent au niveau de la jonction corticomédullaire.
L’IRM avec injection est actuellement la meilleure
méthode de détection précoce de ces métastases.
L’importance du
diagnostic de métastase unique pour la conduite thérapeutique
conduit à réaliser des protocoles particuliers en IRM quand ce
diagnostic est suspecté (transfert de magnétisation, double dose de
produit de contraste).
En TDM : ce sont des lésions arrondies entourées d’oedème, prenant
le contraste en anneau ou de façon nodulaire. Les lésions
de petite taille peuvent passer inaperçues en TDM.
En IRM : ces lésions sont iso-intenses en spT1, discrètement
hyperintenses en spT2, silhouettées par un oedème périphérique très
hyperintense mais inconstant.
Elles se rehaussent constamment
après injection de produit de contraste, de façon nodulaire ou en
anneau irrégulier.
La spectroscopie montre l’absence de pic
de Cr, un pic de Cho variable, un pic de NAA bas ou absent, des lactates et des lipides témoignant de la nécrose.
L’absence de pic de
lipides permettrait d’exclure le diagnostic.
Certaines étiologies possèdent des aspects particuliers :
– les métastases de mélanome présentent une hyperdensité
spontanée en TDM, un hypersignal en spT1 et hyposignal en spT2
en dehors de toute hémorragie ;
– les métastases de cancers mucosécrétants (digestifs, bronchiques)
présentent une hypo-intensité marquée en spT2 ;
– les cancers anaplasiques bronchiques peuvent donner des
« miliaires » visibles uniquement après injection.
Les métastases
nodulaires de ces cancers sont souvent hyperdenses spontanément ;
– les métastases kystiques sont fréquentes dans les cancers du sein
et les cancers mucosécrétants (digestifs, bronchiques) ;
– les métastases calcifiées se rencontrent dans les cancers du sein,
les cancers mucineux et les ostéosarcomes ;
– les métastases hémorragiques proviennent le plus fréquemment
de mélanomes, parfois de choriocarcinomes, de cancers du rein ou
de la thyroïde.
Un fait marquant est la simultanéité habituelle des
hémorragies au sein des métastases.
– Métastases extraparenchymateuses.
Les métastases durales sont moins fréquentes que les métastases
osseuses avec extension durale.
Elles peuvent parfois simuler un
méningiome.
Les métastases leptoméningées sont plus
fréquentes que les métastases pachyméningées.
Il s’agit d’une
dissémination sous-arachnoïdienne, souvent visible uniquement
après injection, qui peut être associée à une atteinte piale.
Les lymphomes secondaires et les localisations cérébrales des
leucémies se traduisent le plus souvent par une atteinte leptoméningée, rarement par des localisations intraparenchymateuses.
2- Tumeurs infratentorielles :
Les tumeurs de la fosse postérieure représentent 70 % des tumeurs
cérébrales de l’enfant et 30 % des tumeurs intracrâniennes de
l’adulte.
Chez l’enfant, ce sont le plus souvent des tumeurs
primitives (astrocytomes et médulloblastomes).
Chez l’adulte, ce
sont le plus souvent des tumeurs extraparenchymateuses ou des
métastases chez le sujet de plus de 50 ans.
* Tumeurs intraparenchymateuses primitives
:
– Gliomes.
À l’étage infratentoriel se trouvent les trois quarts des gliomes de
l’enfant et de l’adulte jeune, représentés essentiellement par les
astrocytomes pilocytiques et les gliomes du tronc cérébral.
Les
gliomes de haut grade y sont rares.
Certains auteurs préconisent
l’IRM comme unique procédure diagnostique dans les gliomes du
tronc, en s’aidant de la spectroscopie chez les enfants porteurs
d’une neurofibromatose de type NF1 pour les distinguer
d’hamartomes du tronc cérébral.
L’astrocytome pilocytique est une tumeur bénigne encapsulée
de grade I, très fréquente chez l’enfant, touchant surtout le vermis
et les hémisphères cérébelleux, parfois le tronc cérébral.
L’aspect
habituel est celui d’une volumineuse tumeur kystique avec un
nodule mural.
Au niveau du tronc cérébral, ils constituent la plupart
des gliomes exophytiques dorsaux et ne surviennent pas
électivement au niveau protubérantiel comme les astrocytomes
de grade II.
Ils sont très classiques au niveau des hémisphères
cérébelleux et cérébraux.
L’imagerie de ces lésions a été décrite plus
haut.
Les astrocytomes de grade II plus fréquentes chez l’adulte que chez
l’enfant se développent le plus souvent dans la protubérance en la
déformant et en refoulant le IVe ventricule.
Elles entraînent souvent
une hydrocéphalie.
Leurs caractéristiques en imagerie sont les
mêmes qu’à l’étage supratentoriel.
Les astrocytomes anaplasiques sont des tumeurs de grade III, touchant
principalement l’adulte.
De topographie le plus souvent pontique
lorsqu’elles sont situées dans la fosse postérieure, elles s’étendent
ensuite secondairement dans le mésencéphale ou dans le bulbe avec
souvent des prolongements exophytiques.
Un rehaussement
après injection de produit de contraste est évocateur mais inconstant.
Les glioblastomes sont principalement de siège supratentoriel, mais
ils peuvent aussi se développer au niveau du tronc cérébral.
Les
localisations cérébelleuses sont exceptionnelles.
En imagerie, ces tumeurs sont très hétérogènes, se rehaussent de façon hétérogène
après injection ; la tumeur infiltre rapidement l’ensemble du tronc
cérébral et peut présenter des prolongements exophytiques.
Les épendymomes du IVe ventricule représentent 15 % des
tumeurs de la fosse postérieure de l’enfant. Ils peuvent néanmoins
se voir à tout âge avec un deuxième pic de fréquence chez l’adulte
jeune.
Développée à partir des cellules épendymaires du IVe
ventricule, la tumeur se moule sur les parois ventriculaires, refoulant
le tronc cérébral et le cervelet qui peuvent être envahis, et s’insinue
dans les foramens de Luschka et de Magendie, entraînant une
hydrocéphalie obstructive.
L’extension dans les espaces sousarachnoïdiens
de la fosse postérieure et du canal cervical est
fréquente.
Les métastases spinales sont d’autant plus fréquentes que
le grade est élevé.
Le diagnostic différentiel principal à cet étage est
le médulloblastome, tumeur d’origine vermienne dans
90 % des cas, et qui représente un quart des tumeurs infratentorielles
de l’enfant.
Il peut être difficile à différencier d’un épendymome du
IVe ventricule.
En TDM : il s’agit d’une tumeur solide du IVe ventricule, de densité
variable, très hétérogène, très souvent ponctuée de calcifications,
parfois kystique, parfois hémorragique, rehaussée en général
massivement après injection de produit de contraste.
En IRM : la tumeur est hypo- ou iso-intense en spT1, hyperintense
en spT2, pouvant être marquée de zones nécrotiques ou
hémorragiques.
Elle se rehausse fortement mais inconstamment
après injection, souvent de façon très hétérogène.
L’injection permet
d’apprécier l’extension aux espaces sous-arachnoïdiens et l’existence
d’éventuelles métastases spinales.
Les subépendymomes sont des gliomes mixtes de grade I se
présentant comme de petits nodules intraventriculaires sans prolongement exophytique.
Ce sont des tumeurs solides, en général
asymptomatiques, touchant l’adulte de plus de 60 ans ; 75 % sont
situés dans le IVe ventricule.
– Tumeurs intraventriculaires.
Le IVe ventricule est le siège de plusieurs autres tumeurs telles que
papillomes des plexus choroïdes, méningiomes, tératomes, kystes épidermoïdes, dont l’imagerie a été décrite à l’étage supratentoriel.
– Tumeurs neuroépithéliales primitives (TNEP).
Les médulloblastomes (TNEP) représentent la forme infratentorielle des TNEP.
Ce sont des tumeurs de malignité élevée,
représentant 30 à 40 % des tumeurs de la fosse postérieure de
l’enfant, qui peuvent se rencontrer chez l’adulte avant 50 ans.
De
siège vermien dans 75 % des cas, la tumeur s’étend rapidement dans
le IVe ventricule et peut infiltrer le tronc cérébral.
Les localisations
lobaires sont plus fréquentes chez l’adulte.
Les médulloblastomes
disséminent par la voie du LCR et les localisations méningées
supratentorielles sont fréquentes. Des métastases spinales
asymptomatiques existent dans 30 % des cas.
En TDM : ils se présentent sous l’aspect d’une masse tumorale
vermienne plus ou moins hétérogène, parfois kystique et/ou
nécroticohémorragique, présentant parfois des calcifications.
Après
injection, la tumeur se rehausse de façon hétérogène délimitant des
zones nécrotiques ou kystiques, un oedème péritumoral est fréquent.
Les métastases méningées ne sont visibles qu’après injection.
En IRM : en spT1, la masse tumorale solide est souvent hétérogène
en iso- ou hyposignal par rapport à la substance grise, hypersignal
pour les zones hémorragiques.
Des kystes sont visibles dans 75 %
des cas.
En spT2, la masse est en hypersignal par rapport au LCR au
niveau des kystes et des zones nécrotiques. Les zones hémorragiques
sont parfois en hyposignal marqué.
L’oedème péritumoral est
constant mais de degré variable.
Après injection de gadolinium, il
existe un rehaussement souvent modéré et hétérogène des portions
solides de la tumeur la délimitant de l’oedème.
Les métastases
méningées, parfois suspectées en spT2 (zones corticales plus ou
moins nodulaires en hypersignal) se rehaussent fortement.
L’étude
de l’ensemble du névraxe après injection est systématique à la
recherche de métastases spinales.
Les hémangioblastomes ce sont des tumeurs bénignes
d’origine vasculaire, représentant 7 à 8 % des tumeurs primitives de
la fosse postérieure de l’adulte.
Ils peuvent survenir isolément ou
dans le cadre de l’angiomatose de von Hippel-Lindau.
Dans 60 %
des cas, il s’agit d’une tumeur kystique avec un nodule mural, dans
40 % des cas c’est une tumeur solide.
Les sites préférentiels de
développement sont les hémisphères cérébelleux puis le vermis,
presque toujours en superficie, mais l’ensemble du névraxe peut être
concerné et de rares hémangioblastomes supratentoriels ont été
décrits.
Les hémangioblastomes multiples ne se voient que chez les
sujets porteurs de la maladie de von Hippel-Lindau.
En TDM : l’hémangioblastome se présente comme une masse
kystique bien limitée de densité identique au LCR, avec un nodule
mural plus ou moins volumineux, isodense au parenchyme et très
fortement rehaussé de façon homogène après injection.
Les formes
solides se présentent comme une masse isodense fortement
rehaussée par l’injection, bien limitée.
En IRM : en spT1, le kyste a un signal identique au LCR et le nodule
mural est en isosignal par rapport au cortex.
En spT2, le kyste est en hypersignal par rapport au LCR et le nodule en isosignal par
rapport au cortex.
Après injection, il existe un rehaussement intense
du nodule tumoral.
L’hypervascularisation de ces lésions se traduit
par des images serpigineuses intra- ou péritumorales, bien visibles
sous forme d’un « vide » de signal en spT2.
Il peut exister un oedème péritumoral. Parfois, on peut noter des zones hémorragiques.
Des
localisations bulbaires peuvent être associées à une cavitation
médullaire (cavité syringomyélique et/ou kyste tumoral).
L’artériographie est caractéristique quand elle est réalisée en montrant
le nodule hypervascularisé par des vaisseaux nourriciers dilatés dès
le temps artériel, le blush tumoral étant maximal au temps veineux,
sans retour veineux précoce.
– Tumeurs de la lignée neuronale.
Les gangliogliomes sont plus fréquents à l’étage supratentoriel.
La gangliocytome (maladie de Lhermitte, Duclos), lésion rare, est
associée de façon significative au syndrome de Cowden
(phacomatose rare appelée aussi maladie des hamartomes
multiples).
Elle est caractérisée par une hypertrophie progressive du
cortex cérébelleux, en hypersignal en spT2, en général non rehaussée
par l’injection de produit de contraste.
* Tumeurs extraparenchymateuses :
– Neurinomes.
Tumeur bénigne développée à partir de la gaine de Schwann des
nerfs crâniens, elle est plus fréquente entre 35 et 40 ans avec une
légère prédominance féminine.
Elle représente 7 à 8 % des tumeurs
intracrâniennes.
La grande majorité concerne la VIIIe paire
crânienne.
Elle se développe le plus souvent à partir du nerf
vestibulaire au niveau du conduit auditif interne (CAI), puis s’étend
secondairement à l’angle pontocérébelleux.
Les autres nerfs crâniens
sont beaucoup plus rarement touchés, par ordre de fréquence : le
trijumeau, le facial et les nerfs mixtes.
Le nerf optique ne présente
pas de gaine de Schwann et n’est donc pas susceptible de
développer de neurinome.
En TDM : cette technique ne doit plus être utilisée que chez les
patients présentant une contre-indication absolue à l’IRM
(essentiellement pacemaker).
Dans ce cas, les neurinomes du VIII
nécessitent un protocole d’exploration précis : coupes fines (1 mm)
centrées sur les CAI sans puis après injection.
Les neurinomes de
petite taille se traduisent par un élargissement unilatéral d’un CAI.
L’injection confirme le diagnostic en montrant une élévation de
densité dans l’angle pontocérébelleux.
En l’absence d’IRM, une cisternographie couplée à une TDM est la seule technique
permettant de mettre parfois en évidence un neurinome
intracanalaire.
Les tumeurs plus volumineuses se traduisent par un
refoulement du pédoncule cérébelleux moyen homolatéral, du IVe
ventricule, du tronc cérébral avec parfois hydrocéphalie sus-jacente,
par une masse isodense prenant fortement le contraste.
Des formes
kystiques, rarement calcifiées, peuvent se voir.
En IRM : en spT1, la masse est en iso- ou discret hyposignal par
rapport à la substance grise.
Les tumeurs volumineuses sont souvent
hétérogènes, parfois kystiques.
Les tumeurs intracanalaires peuvent
se traduire par un discret épaississement du nerf.
En spT2, le
neurinome présente un hypersignal plus ou moins marqué selon le
type histologique.
Après injection, il existe un rehaussement intense
de la lésion, hétérogène pour les plus volumineuses, ce
rehaussement est parfois le seul signe d’un très petit neurinome intracanalaire (sensibilité : 100 %).
Ce rehaussement intracanalaire
peut se voir dans les névrites du VIII.
Les neurinomes des autres nerfs crâniens présentent les mêmes
caractères densitométriques et de signal IRM.
Ils peuvent avoir des
prolongements extracrâniens par les trous de la base du crâne en
suivant leurs nerfs d’origine.
Les formes acoustiques bilatérales se
voient essentiellement dans le cadre de la neurofibromatose de type
NF2, les neurinomes sont alors volontiers volumineux et
hétérogènes.
Les neurofibromes des autres nerfs crâniens sont
beaucoup plus rares.
– Méningiomes.
Les méningiomes de la fosse postérieure représentent 7 % des
méningiomes.
À l’étage infratentoriel, ils sont le plus souvent
localisés dans l’angle pontocérébelleux et doivent être différenciés
des neurinomes, mais toute zone recouverte de méninges peut être
concernée.
– Kystes épidermoïdes.
Encore appelés cholestéatomes, tumeurs « perlées », ce sont des
kystes bordés d’un épithélium pavimenteux stratifié kératinisé, et
qui contiennent des débris cellulaires, de la kératine, des cristaux de
cholestérol, de l’hémosidérine, des microcalcifications et de l’eau en
proportions variables.
Ce sont des lésions d’origine congénitale,
mais certaines sont acquises, d’origine post-traumatique par
inclusion d’éléments cutanés kératinisés dans les tissus sous-jacents.
Cette origine traumatique concerne essentiellement les localisations
spinales (ponctions lombaires) et de l’oreille moyenne.
À l’étage infratentoriel, on retrouve plus de 80 % des localisations
intracrâniennes.
Les kystes épidermoïdes sont situés
préférentiellement au niveau de l’angle pontocérébelleux où ils
représentent la troisième cause de tumeur après le neurinome et le
méningiome.
Rarement, ils se développent du IVe ventricule.
En TDM : ils apparaissent en général bien limités, parfois lobulés,
presque isodenses au LCR, non rehaussés par l’injection, difficiles à
différencier de kystes arachnoïdiens par leur densité. Des
calcifications peuvent se voir dans 10 % des cas.
En IRM : dans la plupart des cas, ils apparaissent hypo-intenses en
spT1 et hyperintenses en spT2, avec un signal très peu différent du
LCR.
On peut mettre en évidence un liseré hyperintense en densité
de protons autour de la lésion correspondant à du LCR piégé.
La
tumeur n’est pas rehaussée après injection de gadolinium.
Le
diagnostic avec un kyste arachnoïdien est parfois difficile, mais à la
différence de ces derniers, leurs contours sont lobulés et ils
s’insinuent dans les espaces sous-arachnoïdiens en refoulant le
parenchyme cérébral adjacent.
Des formes atypiques en imagerie
peuvent se voir selon les variations du contenu des kystes en
substances paramagnétiques ou lipoïdes.
L’imagerie en séquence
FLAIR les fait apparaître en hypersignal par rapport au LCR, mais
les kystes de petite taille peuvent être masqués par des artefacts de
flux de LCR.
L’imagerie de diffusion est caractéristique : les kystes épidermoïdes possèdent un coefficient apparent de diffusion très
faible, ce qui leur donne un hypersignal très intense en imagerie de
diffusion, contrastant nettement avec l’hyposignal franc du LCR
environnant et le signal intermédiaire du parenchyme cérébral
adjacent.
Enfin, en spectroscopie IRM, la présence d’un doublet de
lactates isolé est typique.
– Kystes dermoïdes.
À l’étage infratentoriel, ils sont situés préférentiellement au niveau
du IVe ventricule ou en regard du vermis.
– Kystes arachnoïdiens.
Souvent localisés en regard de la convexité des hémisphères ou en
arrière du vermis, ils peuvent faire discuter une méga grande
citerne.
Lorsqu’ils sont volumineux, ils peuvent simuler une
malformation de Dandy-Walker.
– Kystes entéroïdes.
Ce sont des kystes d’origine embryologique incertaine,
probablement développés à partir du canal neuroentérique, siégeant
dans plus de 80 % des cas à l’étage spinal.
Ils sont extrêmement
rares à l’étage intracrânien, situés à la jonction craniocervicale en
avant du bulbe.
En TDM : ce sont des masses bien limitées, lobulées, hypodenses ou
isodenses au parenchyme adjacent, non rehaussées par l’injection.
En IRM : leur contenu liquidien riche en protéines leur confère un
signal plus élevé que le LCR en spT1 et en spT2.
Conclusion
:
Devant des tableaux cliniques souvent frustes ou atypiques, la
neuroradiologie est devenue la plaque tournante du diagnostic des
tumeurs intracrâniennes.
Le rôle de l’imagerie est de tenter de répondre à trois questions.
– Existe-t-il une lésion intracrânienne ?
La TDM la met en évidence dans la plupart des cas.
L’apport de l’IRM
est considérable, permettant par sa meilleure résolution en contraste la
détection d’anomalies invisibles en TDM.
– Est-on en présence d’un processus tumoral ?
L’imagerie, intégrée au contexte clinique, permet le plus souvent de
réunir les arguments en faveur d’un processus expansif.
Sa nature tumorale est parfois plus difficile à affirmer, de nombreuses lésions
pouvant se présenter sous forme pseudotumorale (infarctus, hématomes,
abcès, encéphalites, granulomatoses, plaques de démyélinisation,
malformations vasculaires…).
Dans de rares cas, seule la biopsie
stéréotaxique rétablira le diagnostic.
– Quelles sont les caractéristiques de cette tumeur ?
Le siège, la structure, les limites, le retentissement sur le parenchyme
cérébral, la vascularisation, le rehaussement après injection de la
tumeur sont des éléments importants à analyser.
Ils participent à
l’appréciation de l’« agressivité » de la tumeur.
L’apport de l’imagerie
métabolique est important, mais sa place reste encore à définir.
Le grand
polymorphisme et l’hétérogénéité histologique de certaines tumeurs font
que la biopsie reste souvent indispensable pour assurer un diagnostic
histologique correct.
Toutefois, le contexte clinique, l’âge du patient et les
caractéristiques en imagerie constituent un faisceau d’arguments
permettant d’approcher le diagnostic de nature d’une lésion tumorale en
préopératoire.