Structure et physiologie thyroïdiennes Cours
d'endocrinologie
Introduction
:
Le corps thyroïde est présent chez tous les vertébrés à sang chaud et
froid.
Il n’a acquis son statut de glande qu’à la fin du XIXe siècle
avec l’évaluation des conséquences de la thyroïdectomie sur le
développement normal des animaux.
Les amphibiens ont constitué
alors des modèles expérimentaux de choix, leur métamorphose (le
passage de l’état larvaire à l’état adulte) étant sous la dépendance
stricte des hormones thyroïdiennes (HT).
Le principe actif
d’origine thyroïdienne, la thyroxine, fut isolé en 1925 par EC
Kendall, qui obtint le prix Nobel en 1950.
Il est remarquable que
la nature de cette sécrétion soit invariable selon les espèces :
thyroxine et tri-iodo-thyronine sont produites par les glandes
thyroïdes de tous les tétrapodes.
Rappels d’anatomie, d’embryologie
et d’histologie :
A - ANATOMIE THYROÏDIENNE ET EXAMEN CLINIQUE :
La glande thyroïde est un corps impair et médian appliqué sur la
partie antérieure de l’axe laryngotrachéal.
Elle présente une partie
moyenne, mince et étroite, appelée isthme, et deux parties latérales
volumineuses, les lobes droit et gauche.
Du bord supérieur de
l’isthme part inconstamment un prolongement supérieur, le plus
souvent latéralisé à gauche, de hauteur variable (au maximum
jusqu’à l’os hyoïde) : le lobe pyramidal (ou pyramide de Lalouette).
Ses dimensions, variables selon les individus, sont
approximativement de 5 cm de large (à la partie moyenne des deux
lobes) et de 5 cm de haut (pour chaque lobe).
L’épaisseur est
d’environ 1,5 cm.
Ces dimensions sont significativement plus
importantes chez la femme que chez l’homme.
Le volume total de la
glande est de l’ordre de 10 à 28 mL, son poids d’environ 30 g.
Située au tiers inférieur du cou, elle est maintenue par sa capsule
fibreuse et surtout des adhérences à la trachée (ligaments thyrotrachéaux de Gruber) et à la gaine carotidienne (ligament
latéral de Berry).
En position habituelle, elle se place en avant des
deuxième et troisième anneaux trachéaux.
La palpation de la glande thyroïde se fait idéalement en se
positionnant derrière le sujet assis et adossé.
Les doigts sont placés
sous l’os hyoïde et glissent progressivement vers le bas pour repérer
successivement l’incisure supérieure du cartilage thyroïde, la
proéminence laryngée (pomme d’Adam), l’incisure inférieure du
cartilage thyroïde, la partie antérieure de l’arc du cartilage cricoïde,
puis le parenchyme thyroïdien lui-même.
En situation normale, il
est difficile d’en apprécier les contours et la consistance exacte en
raison de l’épaisseur des muscles préthyroïdiens (muscles sous- ou
infrahyoïdiens).
Quelques éléments permettent toutefois d’évaluer
l’existence d’un goitre : la palpation de la pyramide de Lalouette est
toujours pathologique, le pôle supérieur des lobes ne se projette
habituellement pas plus haut que la proéminence laryngée tandis
que les pôles inférieurs descendent jusqu’au niveau du troisième ou
du quatrième anneau trachéal.
Des pôles inférieurs non perceptibles
alors que la glande thyroïde est en position cervicale moyenne sont très évocateurs d’un goitre plongeant dans le médiastin (attention
cependant à la position basse de certaines glandes thyroïdes ptôsées).
Plus généralement encore, on parle d’hypertrophie
thyroïdienne lorsque la hauteur d’un lobe thyroïdien dépasse la
longueur de la deuxième phalange du pouce du sujet examiné
(critère Organisation mondiale de la santé [OMS] dans les enquêtes
épidémiologiques).
L’examen clinique de la thyroïde souligne
également son caractère sensible ou douloureux, recherche un
frémissement cataire (thrill) ou un souffle systolique, tous deux
témoignant d’une hypervascularisation pathologique, et la présence
d’adénopathies cervicales (jugulocarotidiennes, sous-mandibulaires,
mastoïdiennes, occipitales et plus rarement sus-isthmiques).
B -
EMBRYOLOGIE THYROÏDIENNE ET CONTRÔLE
MOLÉCULAIRE DE L’ONTOGENÈSE THYROÏDIENNE
:
Chez tous les tétrapodes, la glande thyroïde dérive d’une ébauche
centrale et d’une paire d’ébauches latérales : les corps ultimobranchiaux.
L’ébauche centrale apparaît au début de la
troisième semaine de développement (embryon de 2 cm) sous la
forme d’un épaississement endodermique médian sur le plancher
pharyngien.
Progressivement appendue à une invagination issue de
cet épaississement (le canal thyréoglosse qui se résorbera au moins
partiellement par la suite), l’ébauche thyroïdienne augmente de
volume, devient bilobée et, du fait de l’allongement du cou de
l’embryon, semble descendre vers sa position prélaryngotrachéale
définitive.
À la septième semaine, les corps ultimobranchiaux, issus
des quatrièmes poches pharyngées, se développent pour venir au
contact des lobes latéraux de l’ébauche centrale avec lesquels ils
fusionnent en se détachant du pharynx.
Ces ébauches latérales
apportent au corps thyroïde des cellules neuroectodermiques,
originaires des crêtes neurales qui, lors de cette fusion, envahissent
les lobes thyroïdiens, s’éparpillent dans les follicules thyroïdiens en
cours de formation et se différencient en cellules claires (cellules C
ou parafolliculaires) productrices de calcitonine.
L’organogenèse et l’histogenèse thyroïdiennes sont sous la
dépendance de mécanismes moléculaires complexes encore très
imparfaitement compris.
Les avancées décisives concernent
l’identification des facteurs de transcription spécifiques de la
thyroïde (ou TTF).
Initialement isolés sur leur capacité
à lier les séquences régulatrices des gènes codant des protéines
spécifiques des cellules folliculaires de la thyroïde (comme le gène
du récepteur de la thyroid stimulating hormone [TSH]), les TTF se
sont révélés, dans des modèles murins d’inactivation génique (knockout),
des acteurs essentiels de la migration et du développement de
l’ébauche thyroïdienne.
Ils sont au moins au nombre de quatre et
incluent les facteurs TTF1 (le premier exprimé dans l’ébauche
thyroïdienne, également impliqué dans l’organogenèse pulmonaire),
TTF2 (un facteur peut-être spécifiquement impliqué dans la
migration thyroïdienne), Pax8 (indispensable à la différenciation des
cellules endodermiques en cellules folliculaires) et enfin Hex (facteur
impliqué plus généralement dans l’organogenèse de tous les dérivés
de l’intestin pharyngien).
Chez les souris dépourvues de l’un ou
l’autre de ces facteurs, la thyroïde est absente ou fortement
hypoplasique, éventuellement ectopique.
C - NOTIONS D’HISTOLOGIE :
L’unité fonctionnelle de la thyroïde est le follicule thyroïdien, sphère
de 200 à 300 µm de diamètre constituée d’une paroi épithéliale et
d’un contenu amorphe, pâteux et jaunâtre à l’état frais : la colloïde.
L’épithélium est unistratifié et contient des cellules
folliculaires, majoritaires, et des cellules plus claires, dites
parafolliculaires.
Les cellules folliculaires sont encore dites
vésiculaires ou appelées thyrocytes.
Le pôle basal des cellules
folliculaires repose sur la lame basale du follicule, en contact avec
les capillaires, alors que leur pôle apical, recouvert de
microvillosités, se projette dans la colloïde.
Le noyau est central,
d’autant plus basal que la cellule est active.
Les autres organites
incluent des mitochondries, un réticulum endoplasmique granulaire,
des ribosomes, un appareil de Golgi et de nombreuses vésicules
d’exocytose et d’endocytose.
Les organites sont d’autant plus
développés et la colloïde réduite que la glande est hyperactive.
Les cellules parafolliculaires représentent moins de 1 % du
parenchyme thyroïdien total.
Elles sont plaquées contre la lame
basale qui limite le follicule thyroïdien, et n’entrent jamais en contact avec la colloïde.
Elles sont caractérisées par la présence de grains de
sécrétion, visibles en microscopie électronique, contenant la
calcitonine.
Effets des hormones thyroïdiennes :
Le caractère invariable de la sécrétion thyroïdienne au cours de
l’évolution suggère une fonction fondamentale pour les HT. De
fait, les déficits ou les excès en HT perturbent le fonctionnement de
multiples organes et systèmes organiques, chez l’enfant en
développement comme chez l’adulte.
Les effets des HT sont variés
mais s’exercent sans véritables organes cibles spécifiques.
Toute
classification apparaît réductrice et artificielle même si,
classiquement, on sépare les effets au cours du développement
embryonnaire et foetal, les effets métaboliques et les effets spécifiques
d’organe.
A - RÔLE DANS LE DÉVELOPPEMENT EMBRYONNAIRE
ET FOETAL :
Les besoins en HT existent probablement très précocement au cours
de la vie intra-utérine ; ils sont initialement assouvis par la
production maternelle puisque les hormones libres sont capables de
traverser le placenta.
La thyroïde de l’embryon devient elle-même
fonctionnelle vers la dixième semaine de développement, se
substituant alors à la thyroïde maternelle.
Chez l’homme, les
conséquences d’un déficit embryonnaire ou foetal en HT se
remarquent essentiellement au niveau du squelette et du système
nerveux, même si les modèles murins d’inactivation génique
supportent leur rôle fondamental dans la différenciation d’autres
systèmes dont surtout le tractus digestif.
Pour l’os, elles
apparaissent plus nécessaires à l’ossification qu’à la croissance : les
enfants déficitaires ont un poids et une taille dans les limites de la
normale mais leurs épiphyses osseuses sont peu ou pas calcifiées.
Pour le système nerveux, l’appréciation d’un déficit intra-utérin est
difficilement perceptible à la naissance puisque la maturation
nerveuse est alors loin d’être achevée.
De façon générale, on peut
signaler que les HT jouent un rôle fondamental à la fois dans la
différenciation (développement des axones et des dendrites) et la
migration neuronales, la différenciation gliale (myélinisation des
fibres nerveuses) et la synaptogenèse.
Si le retard d’ossification
peut être rattrapé secondairement par un traitement substitutif
adéquat, le retard de maturation nerveuse est plus difficilement
corrigeable, soulignant l’importance d’une recherche systématique
de l’hypothyroïdie lors des échographies foetales, du dépistage
néonatal et, de façon plus générale, d’un diagnostic et d’un
traitement les plus précoces possibles.
B - EFFETS MÉTABOLIQUES
DES HORMONES THYROÏDIENNES :
L’action générale des HT est d’accroître les métabolismes : une
augmentation du métabolisme de base est décelée au cours des
hyperthyroïdies.
Les HT augmentent en effet la consommation
d’oxygène de tous les tissus et la production de chaleur par
l’organisme en favorisant la thermogenèse inhérente aux réactions
métaboliques (thermogenèse obligatoire), notamment les réactions
mitochondriales qui utilisent l’adénosine triphosphate (ATP) comme
substrat.
Elles sont hyperglycémiantes en accélérant l’absorption
intestinale de glucose, en accroissant la glycogénolyse et en
réduisant la glucogenèse et la néoglucogenèse d’origine protidique
ou lipidique.
Elles stimulent également l’utilisation cellulaire de
glucose.
Dans le métabolisme protidique, les HT interviennent de
façon discordante, avec une stimulation conjointe de la synthèse et
du catabolisme protidiques.
Ce dernier prédomine cependant avec
une fonte musculaire et une augmentation consécutive de la créatininurie remarquables dans les hyperthyroïdies (négativité de
la balance azotée).
L’action des HT sur le métabolisme lipidique est
également complexe avec une action stimulatrice de la synthèse du
cholestérol aux concentrations physiologiques mais inhibitrice à des
concentrations supérieures.
La baisse du cholestérol total et du
cholestérol low density lipoprotein (LDL) en particulier constitue un
marqueur classique de l’hyperthyroïdie.
Les HT augmentent la
cétogenèse et l’absorption intestinale du calcium.
Sur l’os constitué,
elles ont des effets contrastés, associant destruction et synthèse
osseuses, ce qu’exprime bien l’augmentation de l’ensemble des
marqueurs du remodelage osseux sous leur influence.
L’action
ostéolytique prédomine cependant, expliquant l’ostéoporose et la
diminution de la densité osseuse observées dans l’hyperthyroïdie
prolongée.
C - EFFETS SPÉCIFIQUES D’ORGANES :
Après la naissance, les HT participent encore à la différenciation
osseuse.
Elles stimulent la chondrogenèse, la croissance des
cartilages de conjugaison et l’ossification enchondrale (ossification à
partir du cartilage).
Si le déficit se poursuit en période néonatale, le
retard de croissance finit par se déclarer, résultant probablement de
l’absence de leur effet stimulant physiologique sur les productions
hypophysaires de l’hormone de croissance (growth hormone : GH) et
hépatique de l’insulin-like growth factor-1 (IGF-1).
Comme les autres
muscles, le myocarde est sensible à l’action des HT qui ont des effets chronotrope (accélération du rythme cardiaque), inotrope
(augmentation de la contractilité), dromotrope (amélioration de la
conduction) et lusitrope (accélération de la relaxation ventriculaire).
En périphérie, les HT diminuent les résistances vasculaires en
relâchant les muscles lisses.
Les résultantes sont l’augmentation du
débit cardiaque et l’hypertrophie ventriculaire.
Ces effets miment
les actions b-adrénergiques des catécholamines et de fait, les HT
semblent agir au moins partiellement en favorisant l’effet de ces
substances.
Leurs effets cardiaques sont d’ailleurs contrecarrés par
les b-bloquants.
Enfin, les HT stimulent la motilité intestinale et
accélèrent le transit digestif.
Biosynthèse des hormones
thyroïdiennes :
A - STRUCTURE DES HORMONES THYROÏDIENNES :
Les hormones produites par la glande thyroïde sont dérivées de la
forme lévogyre (L) d’un acide aminé, la tyrosine, et sont donc
caractérisées par la présence des groupements acide (COOH) et
amine primaire (NH2).
Elles contiennent également deux noyaux
phénols, appelés anneaux interne et externe.
Les six atomes
de carbone qui constituent ces noyaux sont numérotés de 1 à 6 (ou
1’ à 6’ dans l’anneau externe) dans le sens antihoraire. Sur les
anneaux sont branchés trois ou quatre atomes d’iode.
Sont ainsi
produites la thyroxine (ou T4 ou 3, 5, 3’, 5’ tétra-iodo-thyronine) et
la 3, 5, 3’ tri-iodo-thyronine (ou T3).
La T3 n’est produite par la
thyroïde qu’en quantité réduite (20 %).
Elle provient essentiellement
de la désiodation de l’anneau externe de la T4 par les tissus cibles
périphériques (foie, rein, muscle, cerveau), cette production
périphérique s’adaptant aux conditions physiologiques.
B - GRANDES ÉTAPES DE LA BIOSYNTHÈSE
DES HORMONES THYROÏDIENNES :
Les grandes étapes de la biosynthèse des HT comprennent :
– toutes les étapes qui permettent la mise à disposition de l’iode
pour son incorporation dans les précurseurs des HT : le transfert de
l’iode capté dans le sang circulant à travers la membrane cellulaire
du pôle basal de la cellule folliculaire (rôle d’un transporteur
spécifique : le symporteur sodium-iodure), son transfert
intracellulaire vers le pôle apical, son transfert à travers la
membrane cellulaire du pôle apical (rôle d’un transporteur
spécifique : la pendrine) ;
– toutes les étapes qui permettent son incorporation dans la
thyroglobuline, une protéine spécifique qui contient les précurseurs des HT.
Cette phase, dite d’organification de l’iodure, nécessite une
oxydation enzymatique de l’iode, utilisant des enzymes spécifiques
catalysant la réaction (thyroperoxydase) ou générant les matériaux
qui lui sont nécessaires (système générateur de peroxyde
d’hydrogène ou H2O2) ;
– toutes les étapes qui libèrent les HT de la thyroglobuline et leur
libération dans le sang après transfert de la solution de stockage, la
colloïde, vers le pôle basal de la cellule.
C - CAPTAGE DE L’IODURE :
1- Origines de l’iodure
:
Traditionnellement, l’organisme puise l’iode dont il a besoin dans
les aliments issus de la mer.
L’eau de mer est en effet la principale
source d’iode ; elle en contient jusqu’à 5 parties par million.
Le sel
de table, lorsqu’il est enrichi en iode, constitue la source alimentaire
la plus simple et la plus efficace pour accroître l’apport iodé dans les
régions déficitaires.
En France, l’apport moyen d’iodure est de
l’ordre de 50 à 100 µg/j dans les conditions alimentaires normales,
ce qui est considéré comme la limite de la carence iodée.
L’iodure
peut également être apporté par l’administration de médicaments
ou de produits de contraste radiologiques ou encore l’application de
produits antiseptiques.
Une surcharge en iode peut apparaître,
susceptible d’induire à la fois des hyperthyroïdies et des
hypothyroïdies.
Il existe enfin une production d’iode endogène, liée
à la désiodation périphérique et intrathyroïdienne des HT et de leurs
catabolites.
Dans l’organisme, l’iode ainsi disponible se répartit dans un espace
de diffusion qui correspond à environ 35 % du poids corporel et
comprend la thyroïde (iode organique), les glandes salivaires,
gastriques et mammaires, le secteur vasculaire et les organes
d’élimination (iode inorganique).
Si de l’iode est présent dans les
selles ou la sueur, le rein est le principal émonctoire avec une
clairance quotidienne de l’ordre de 30 mL/min.
À l’équilibre, la
quantité d’iodure excrétée égale la quantité ingérée et la mesure de
l’iodurie des 24 heures constitue une bonne estimation des apports
(alimentaires et/ou iatrogènes).
La concentration sérique d’iodure,
résultant des apports et de l’élimination, oscille normalement entre
0,1 et 0,3 µg/100 mL.
2- Transport de l’iode au pôle basolatéral :
symporteur du sodium et de l’iodure
C’est sous la forme d’un ion (iodure) que l’iode est activement capté
au pôle basolatéral des cellules folliculaires : il ne s’agit pas d’une
entrée passive.
Ce transport actif est saturable et réversible.
Une
autre particularité remarquable est son adaptabilité aux fluctuations
d’apport de l’iodure : l’entrée d’iode est stable malgré un apport
iodé accru ou réduit.
Enfin, l’influx d’iodure dans la cellule est
inhibé de façon compétitive par d’autres anions comme les ions
perchlorate (ClO4
-), pertechnétate (99mTcO4
-), thiocyanate (SCN-) et
perrhenate (ReO4-).
Cette constatation est à la base du test au
perchlorate qui révèle l’efflux passif de l’iode non organifié.
Il est
considéré comme positif lorsque l’on constate après 1 heure une
diminution d’au moins 10 % du taux de fixation de l’iode radioactif.
Cette diminution importante signifie que l’iode n’a pas été organifié
en quantités suffisantes et ne peut suivre les étapes ultérieures de la
biosynthèse hormonale.
Ces données sont connues depuis
longtemps mais ce n’est que récemment que la « pompe à iodure » a
été identifiée au niveau moléculaire, d’abord chez le rat puis chez
l’homme.
Chez l’homme, il s’agit d’une protéine membranaire glycosylée de 643 acides aminés, dont le gène est situé sur le
chromosome 19.
L’analyse de sa structure lui prédit 13 domaines
transmembranaires.
Le transport de l’iodure aboutit à un gradient
de concentration entre milieux intra- et extracellulaires d’environ 30.
La force motrice nécessaire à ce transport actif contre gradient utilise
un flux entrant concomitant de Na+, d’où le nom de symporteur du
sodium et de l’iodure (ou NIS).
Le gradient de Na+ est assuré par
une enzyme consommant de l’ATP : une ATPase dépendante du Na+
et du K+ (Na+ /K+ ATPase) dont l’inhibition par l’ouabaïne abolit le
transport de l’iodure.
Dans la thyroïde, le NIS est exprimé spécifiquement dans la
membrane basolatérale, mais une forte expression est également
détectée dans d’autres tissus capables de concentrer l’iode comme
les glandes salivaires, gastriques ou mammaires.
L’expression
mammaire est maximale en fin de grossesse et au cours de
l’allaitement ; elle assure une concentration forte d’ion iodure dans
le lait permettant la synthèse d’HT par le nourrisson.
Une
expression plus faible a également été notée dans d’autres tissus qui
ne concentrent pas l’iode comme l’hypophyse, le pancréas, les
gonades, la prostate, la surrénale ou le thymus.
La véritable capacité
à concentrer l’iode dépendrait de la possibilité d’une stimulation de l’activité du NIS et en particulier de la présence d’un récepteur de la TSH : la TSH augmenterait à la fois l’expression et l’activité de
transport du NIS.
L’expression du NIS est également sous la
dépendance des facteurs de transcription spécifiques de la thyroïde :
les facteurs TTF1, TTF2 et Pax8.
En complément de son rôle
dans la physiologie thyroïdienne, le captage de l’iode par le NIS
constitue un prérequis crucial pour l’imagerie fonctionnelle de la
glande lors des scintigraphies diagnostiques et le traitement radioisotopique
des affections thyroïdiennes bénignes et malignes.
Les implications du NIS en pathologie sont rares.
Des cas de déficit
congénital en transport de l’iodure ont été sporadiquement
rapportés.
La transmission de ce déficit est autosomique récessive et
une consanguinité est fréquente dans la famille.
Ce déficit
s’accompagne d’un goitre congénital, de l’incapacité à concentrer
l’iodure et, quand il est complet, d’une hypothyroïdie.
Dans
toutes les familles testées, une anomalie des deux allèles du gène
codant le NIS a été découverte. L’étude phénotypique de ces
familles a été très instructive pour comprendre le fonctionnement
du NIS.
La remarque la plus intéressante est que le phénotype est
variable d’un sujet atteint à l’autre ; des patients hétérozygotes pour
la mutation peuvent présenter des anomalies cliniques mineures
(goitre et hypothyroïdie fruste).
Ces données suggèrent l’existence
de cofacteurs du NIS, pour l’instant non identifiés.
D - TRANSPORT TRANSMEMBRANAIRE DE L’IODURE
AU PÔLE APICAL : LA PENDRINE
L’iodure entré dans la cellule folliculaire peut diffuser vers
l’extérieur (probablement passivement du fait du gradient
électrochimique) ou être transféré dans la lumière folliculaire et la
colloïde.
Longtemps considéré comme un transport passif, le
transport transmembranaire de l’iodure au pôle apical nécessite en
fait un transporteur protéique actif qui n’a que récemment été
identifié au niveau moléculaire : la pendrine.
Il s’agit du produit du
gène PenDred’s Syndrome (PDS), présent sur le chromosome 7,
dont les mutations, à l’état homozygote, expliquent l’apparition du
syndrome de Pendred, ce syndrome rare associant surdité
congénitale, goitre survenant dans l’enfance et hypothyroïdie
d’intensité variable.
La pendrine est une protéine
transmembranaire de 780 acides aminés et 86 kDa dont la structure
prédite comporte 11 domaines transmembranaires.
Dans la
thyroïde, elle est spécifiquement exprimée au pôle apical des thyrocytes, avec une intensité variable d’un thyrocyte à l’autre et
d’un follicule à l’autre.
Elle est également exprimée dans le rein,
le cerveau foetal, le placenta et la membrane labyrinthique de
l’oreille interne.
La pendrine se comporte comme un transporteur
des ions iodure et chlorure selon un mécanisme qui reste à
évaluer précisément.
Contrairement à l’activité du NIS, ce transport
apparaît indépendant de la TSH, de la concentration en Na+ ou de
l’apport iodé.
Sur le plan physiopathologique, dans le syndrome de Pendred, l’altération fonctionnelle de ce transport serait responsable,
dans la thyroïde, du défaut d’incorporation de l’iode dans la
thyroglobuline (à l’origine du goitre et de l’hypothyroïdie) et, dans
l’oreille interne, d’une anomalie hydraulique des liquides
labyrinthiques (à l’origine de la surdité par dilatation des sacs et des
canaux endolymphatiques puis des aqueducs vestibulaires, visibles
lors de l’exploration morphologique des rochers temporaux).
Plus de 50 anomalies différentes du gène codant la pendrine ont été
publiées chez des patients atteints de syndrome de Pendred.
Il
faut noter là encore une certaine variabilité phénotypique avec la
description de mutations homozygotes du gène PDS chez des
patients porteurs d’une surdité congénitale avec dilatation des
aqueducs vestibulaires sans anomalie aucune de la fonction
thyroïdienne.
On pressent ainsi l’activité conjointe à celle de la pendrine d’autres facteurs intervenant dans la mise à disposition de
l’iode à la thyroglobuline dans la colloïde.
Récemment, un autre transporteur apical de l’iode a été décrit.
Appelé apical iodide transporter (AIT), il a été identifié sur la base de
son identité avec le NIS et favoriserait la diffusion passive de l’iode
à travers la membrane apicale du thyrocyte où il est exprimé.
E - ORGANIFICATION DE L’IODURE
ET SYNTHÈSE HORMONALE :
1- Présentation globale :
L’iodure capté par la cellule folliculaire et excrété dans la colloïde
est incorporé à la thyroglobuline, qui constitue le support essentiel
de la biosynthèse des HT.
Cette incorporation est appelée organification de l’iode et l’iode est dit alors organique.
La
thyroglobuline est synthétisée dans la cellule folliculaire et excrétée
dans la colloïde.
Sous l’action d’une peroxydase spécifique, la thyroperoxydase ou TPO, l’iode est couplé à certains résidus
transformés de tyrosine présents dans la thyroglobuline.
Dans cette
réaction, le peroxyde d’hydrogène H2O2 est un élément limitant et
sa mise à disposition dépend d’un système enzymatique : le système
générateur d’H2O2.
La thyroglobuline iodée s’accumule dans la
colloïde, assurant ainsi un stockage des HT sous la forme d’une
véritable prohormone inactive, dans un espace clos isolé des
influences métaboliques non spécifiques.
Sous la stimulation de
facteurs spécifiques, la thyroglobuline sera réabsorbée par la cellule
folliculaire, clivée dans des vésicules lysosomiales de façon à libérer
les HT.
2- Thyroglobuline :
La thyroglobuline est une protéine spécifiquement produite par la
glande thyroïde.
Cette particularité est utilisé en pratique clinique
dans les surveillances des cancers thyroïdiens différenciés après
exérèse chirurgicale : une réascension des taux de thyroglobuline
signe une récidive ou une persistance tumorale.
La thyroglobuline
se présente sous la forme d’une protéine homodimérique de 660 kDa
à la fois glycosylée, phosphorylée et sulfatée.
Elle contient deux sous-unités identiques comportant chacune 2 749 acides aminés.
Sa
capacité d’iodation dépend de la présence, dans sa structure
protéique, de 134 résidus tyrosine, dont seulement quelques-uns (5
à 16) participent réellement à la synthèse hormonale.
L’iodation des
résidus tyrosine aboutit à la formation d’iodotyrosines (mono- ou
di-iodo-tyrosines) et le couplage de deux iodotyrosines à la
formation des iodothyronines (T3 ou T4).
Les résidus tyrosine
qui supportent les HT formées ou en formation (sites accepteurs)
sont, pour ceux qui ont été localisés, situés aux extrémités de la
thyroglobuline.
Ils portent toujours une di-iodo-tyrosine tandis que
les sites donneurs offrent souvent une di-iodo-tyrosine et plus
rarement une mono-iodo-tyrosine ; ceci explique la sécrétion
préférentielle de T4 par rapport à la T3.
Le résidu situé en position 5
supporte la majorité de la synthèse hormonale, jusqu’à 70 % dans
certaines espèces ; il se couple spécifiquement avec le résidu tyrosine
en position 130 (site donneur).
Enfin, la thyroglobuline est une
protéine fortement antigénique : elle est le principal autoantigène
thyroïdien et au moins 40 déterminants antigéniques ont été
répertoriés.
Le gène de la thyroglobuline est situé sur le chromosome 8. Sa
particularité essentielle est la longueur de la région qu’il couvre :
jusqu’à 300 000 paires de bases !
Il comprend 42 exons et des
séquences régulatrices complexes qui portent des éléments de
réponse pour des facteurs de transcription spécifiques de la
thyroïde.
Les facteurs TTF1 et Pax8 stimulent son expression alors
que les facteurs TTF2 et Hex l’inhibent.
La
thyroglobuline, a retro, contrôlerait probablement indirectement
l’expression de protéines spécifiques de la cellule folliculaire comme
TTF1, réalisant ainsi une véritable boucle de régulation.
La TSH,
mais aussi l’IGF-1 stimulent indirectement (par une voie utilisant
leurs récepteurs membranaires) l’expression du gène de la
thyroglobuline.
Des hypothyroïdies génétiquement déterminées ont été rapportées
dans lesquelles un défaut qualitatif ou quantitatif de production de
la thyroglobuline est spécifiquement présent.
Chez l’homme,
quelques mutations du gène de la thyroglobuline ont été identifiées,
habituellement portées à l’état homozygote, conduisant à un codon
stop prématuré et une thyroglobuline tronquée, ou à une anomalie
du processus complexe d’épissage de l’acide ribonucléique messager (ARNm).
Dans d’autres cas, des mutations de séquences
spécifiques entraînent un défaut de sécrétion par anomalie
d’adressage intracellulaire de la thyroglobuline.
Dans d’autres
familles avec goitre, le gène de la thyroglobuline est normal et la
thyroglobuline normalement glycosylée mais la thyroglobuline ne se replie pas
correctement, s’accumulant dans le réticulum endoplasmique.
L’anomalie d’une enzyme impliquée spécifiquement dans les
processus de maturation de la thyroglobuline est l’hypothèse
retenue.
3- Thyroperoxydase :
La peroxydase thyroïdienne ou thyroperoxydase est une enzyme
majeure de la biosynthèse hormonale thyroïdienne.
Elle est
responsable de l’oxydation de l’iodure, de son incorporation
ultérieure dans la thyroglobuline et du couplage des iodotyrosines
en iodothyronines.
Ces activités dépendent étroitement d’un
substrat, l’H2O2, qui lui est fourni par un système enzymatique
spécifique.
La TPO est une glycoprotéine membranaire de 933 acides
aminés et localisée au pôle apical de le cellule folliculaire.
Son
extrémité C-terminale contient une région d’ancrage à la membrane
tandis que sa moitié N-terminale, qui sera libre dans la lumière
folliculaire, supporte l’activité enzymatique. Un résidu histidine,
situé en position 407, sert d’ancrage à la structure hémique : la TPO,
comme les autres peroxydases, est une hémoprotéine.
Comme la
thyroglobuline, la TPO est antigénique ; les anticorps anti-TPO
correspondent aux anticorps antimicrosomes.
Le gène de la TPO est localisé sur le chromosome 2. Il s’étend sur
plus de 150 000 paires de base et comprend 17 exons dont l’exon 10
(171 nucléotides) est soumis à un épissage alternatif.
Il existe donc
deux isoformes de TPO dont l’une est dépourvue de l’exon 10.
L’expression du gène est strictement limitée à la cellule folliculaire
de la thyroïde.
Elle est stimulée par la TSH via son récepteur
membranaire.
Les facteurs transcriptionnels qui véhiculent le
signal stimulant issu de la TSH sont peut-être les facteurs TTF1,
TTF2 et Pax8 qui reconnaissent des éléments de réponse spécifiques
situés dans le promoteur et l’enhancer du gène.
Des mutations homozygotes du gène de la TPO ont été identifiées
dans des familles d’hypothyroïdie congénitale avec goitre.
Elles s’accompagnent d’un défaut d’organification de l’iodure qui
peut être détecté par le test au perchlorate.
Elles sont transmises sur
un mode autosomique récessif.
Les anomalies du gène de la TPO
représenteraient les erreurs congénitales les plus fréquentes du
métabolisme des HT.
4- Système générateur d’H2O2
:
L’activité catalytique de la TPO dépend strictement de l’oxydation
de son hème par une molécule de peroxyde d’hydrogène (H2O2) ; la
TPO passe alors d’une forme inactive à une forme active appelée
« composé I ».
Elle utilise de plus une molécule d’H2O2 à chaque
fois qu’elle incorpore un atome d’iode sur une tyrosine ou qu’elle
réalise un couplage d’iodotyrosines en iodothyronines.
Pour
synthétiser la T4, la TPO a donc besoin de cinq molécules d’H2O2 ;
la quantité d’H2O2 est un facteur limitant de la biosynthèse des HT
et le système générateur d’H2O2 se doit d’être performant.
L’enzyme
responsable est une nicotinamide-adénine-dinucléotide phosphate
(NADPH) oxydase spécifique de la thyroïde appelée Thyroid
OXydase (TOX) ou THyroid OXydase (THOX).
Présente à la
membrane apicale de la cellule folliculaire, elle produit
directement l’H2O2 à partir du NADPH, de l’oxygène et d’un ion
hydrogène :
NADPH + O2 + H+ -> NADP+ + H2O2
Il existe en fait deux THOX, l’une de 1 548 acides aminés (THOX2
ou p138tox), l’autre de 1 551 résidus (THOX1), codées par des gènes
différents localisés cependant conjointement sur le bras long du
chromosome 15.
Les deux protéines sont identiques à 83 %,
probablement transmembranaires et toutes deux des flavoprotéines,
capables de fixer le flavine adénine nucléotide (FAD) nécessaire à
leur activité enzymatique.
Le calcium est également un
cofacteur nécessaire à l’activation enzymatique.
L’analyse de la
structure primaire de la THOX2 prévoit une organisation en sept
domaines transmembranaires ou en tout cas fortement hydrophobes.
Les domaines de liaison du FAD et du NADPH seraient situés à
l’extrémité C-terminale (intracellulaire) tandis que le domaine de
liaison du calcium, lui aussi intracellulaire, serait situé entre les
premier et deuxième segments transmembranaires.
Une étude plus
récente montre que les THOX sont faiblement exprimées à la
membrane cellulaire et suggère que d’autres protéines enzymatiques
interviennent in vivo dans la génération des molécules d’H2O2.
Récemment, des anomalies du gène de la THOX2 ont été identifiées
chez des patients atteints d’hypothyroïdie congénitale avec déficit
de l’organification de l’iode.
Les anomalies identifiées sont, soit
homozygotes, aboutissant à une hypothyroïdie sévère et
permanente, soit hétérozygotes, conduisant à une hypothyroïdie
légère et transitoire.
5- Sécrétion des hormones thyroïdiennes
:
La première phase de sécrétion des HT est la recapture de la
thyroglobuline stockée dans la colloïde par la cellule folliculaire.
Cette étape utilise un procédé d’endocytose, ou plus précisément
d’endopinocytose puisque le matériel récupéré est liquide.
Selon la
taille de la gouttelette de colloïde récupérée, on parle de micropinocytose (vésicules de 100 nm de diamètre) ou de
macropinocytose (gouttelettes jusqu’à 2 µm de diamètre, en
moyenne 1,5 µm).
Comme la phagocytose, la macropinocytose
utilise la formation de pseudopodes à partir de la membrane apicale,
près des bords de la cellule, à proximité des jonctions cellulaires.
La
formation des pseudopodes et des gouttelettes de colloïde est
stimulée par la TSH.
Ce processus de macropinocytose ne serait pas
sélectif : la thyroglobuline récupérée peut être non iodée ou n’avoir
subi qu’une iodation partielle.
La micropinocytose de vésicules de colloïde constituerait en fait chez
l’homme le mécanisme d’internalisation préférentiel de la
thyroglobuline, en tout cas en situation normale (la
macropinocytose pourrait être mise en jeu en cas de nécessité d’une
production intense d’HT).
Comme la macropinocytose, la
micropinocytose est stimulée par la TSH.
Ce processus nécessite non
plus la projection de pseudopodes dans la colloïde, mais la
formation d’une invagination, d’un puits dans la membrane
plasmique.
Dans le cadre de la recapture de thyroglobuline, le puits
se fait entre deux microvillosités et est recouvert, sur sa face
cytoplasmique, d’une protéine spécifique de l’endocytose : la
clathrine.
Le puits se recouvre, la couverture de clathrine se referme
et permet à la vésicule ainsi formée de se détacher de la membrane
cytoplasmique.
La vésicule recouverte se libère ensuite de la
couverture de clathrine pour former une vésicule nue qui fusionne
rapidement avec un organite intracellulaire accepteur appelé
endosome précoce.
La molécule internalisée est ensuite transférée
de proche en proche vers un endosome tardif (ou prélysosome) puis
vers un lysosome.
La micropinocytose de la thyroglobuline serait
un phénomène sélectif : après internalisation, la thyroglobuline non
ou peu iodée serait réorientée vers la colloïde.
Les mécanismes sousjacents
précis ne sont pas déterminés ; on pense que des récepteurs
spécifiques, localisés dans la membrane des endosomes,
reconnaissent le contenu riche en certains résidus sucrés (galactose,
N-acétylglucosamine, N-acétylgalactosamine) et pauvre en acide
sialique de la thyroglobuline non iodée.
Il s’agit par exemple du
récepteur des asialoglycoprotéines qui présente une affinité
maximale pour ses ligands dans un contexte de pH bas.
Par cette
liaison forte à pH bas, ce récepteur permettrait à la thyroglobuline
d’échapper à la protéolyse lysosomique (lors de la fusion des
vésicules internalisées avec les lysosomes, les protéines dont les
récepteurs ont une affinité maximale à pH neutre, se dissocient des
récepteurs et sont protéolysées alors que les récepteurs à affinité
maximale à pH acide ne se dissocient pas de leurs ligands et les
empêchent d’être protéolysées).
De façon anecdotique, la présence
du récepteur thyroïdien des asialoglycoprotéines est nécessaire à la
répression de l’expression de plusieurs protéines spécifiques de la
thyroïde (TTF1, TTF2, Pax-8, NIS) exercée par la thyroglobuline.
Les gouttelettes de colloïde ou les vésicules fusionnées aux endosomes fusionnent dans le cytoplasme cellulaire avec des
lysosomes.
Dans ces compartiments subcellulaires, la thyroglobuline
entre en contact avec des enzymes du lysosome qui libèrent les
résidus hormonaux.
Les enzymes nécessaires à la protéolyse de la
thyroglobuline sont des endopeptidases (qui fractionnent les
protéines en peptides d’au moins cinq acides aminés en coupant
des liaisons peptidiques internes) et des exopeptidases (qui
réduisent les peptides en dipeptides ou en acides aminés en
supprimant un à un les résidus des extrémités).
Les enzymes
libérant les HT pourraient être différentes selon que les résidus
hormonaux sont situés à l’extrémité N-terminale ou C-terminale de
la thyroglobuline.
Une fois les HT libérées, la thyroglobuline
serait dégradée entièrement par d’autres enzymes protéasiques mais
aussi des enzymes capables de supprimer les chaînes
d’hydrocarbones, de sulfates ou de phosphates.
Les mono-iodotyrosines
et les di-iodo-tyrosines non utilisées pour la formation des
HT sont également libérées ; elles sont rapidement décomposées en
résidus tyrosine et en ions iodure par une désiodase spécifique
localisée dans la membrane du réticulum endoplasmique.
T3 et T4
seraient, quant à elles, libérées dans le cytoplasme de la cellule
folliculaire et, classiquement, diffuseraient passivement dans la
circulation sanguine à travers la membrane cytoplasmique du pôle basolatéral.
Il est en fait vraisemblable, mais cela n’est pas démontré,
que les HT utilisent aussi (surtout ?) des transporteurs
membranaires et/ou sont conservées dans des vésicules qui
s’ouvrent secondairement à la membrane cytoplasmique du pôle basolatéral par exocytose.
Certaines vésicules, voire certaines
gouttelettes de colloïde, échappent à la fusion avec les lysosomes et
parviennent à la membrane cytoplasmique du pôle basolatéral où
elles s’ouvriraient par exocytose.
Ce mécanisme, appelé transcytose,
explique la production de thyroglobuline intacte, plus ou moins
iodée, dans la circulation générale, où elle sert de marqueur sérique
de la présence d’un parenchyme thyroïdien fonctionnel.
Il serait sous
la dépendance d’un autre récepteur apical de la thyroglobuline, la mégaline.
Il s’agit d’une glycoprotéine de 330 kDa, appartenant à la
famille des récepteurs des LDL et se comportant comme un
récepteur multiligand transmembranaire impliqué dans les
processus d’endocytose.
Elle est exprimée à la surface de
plusieurs cellules épithéliales polarisées (rein, intestin, glandes
parathyroïdes, thyroïde...).
Dans la thyroïde, la mégaline est
exprimée à la membrane apicale des thyrocytes.
Cette expression et
son activité de liaison de la thyroglobuline sont stimulées par la TSH.
La liaison thyroglobuline-mégaline est inhibée par l’héparine
et facilitée par les héparane-sulfate protéoglycanes.
L’expression
de la mégaline est stimulée dans la maladie de Basedow,
l’augmentation des taux sériques de thyroglobuline s’expliquant
ainsi par le goitre mais aussi par une augmentation de la
transcytose.
Des autoanticorps antimégaline sont produits au cours
de cette maladie mais également dans d’autres maladies autoimmunes
sans que l’on en connaisse encore la signification.
Chaque jour, la thyroïde produit de l’ordre de 85 à 125 µg de T4
(environ 110 nmol).
La T3 est produite en quantités beaucoup plus
faibles ; seuls 20 % de la T3 produite chaque jour proviennent de la
thyroïde, 80 % étant issus de la transformation à partir de la T4.
La
concentration en HT des veines thyroïdiennes augmente dans les 30
minutes qui suivent une injection de TSH.
Cet effet découle
principalement d’une stimulation de l’endocytose de la
thyroglobuline et donc d’une libération partielle des stocks situés
dans la colloïde.
La libération des HT dans les lysosomes et leur
sécrétion proprement dite dans les capillaires folliculaires ne
semblent pas sous le contrôle de la TSH.