Introduction
:
Les sinusites sphénoïdales ou sphénoïdites sont des atteintes
infectieuses d’origine bactérienne ou fongique développées au
niveau du sinus sphénoïdal.
Elles peuvent être isolées ou associées
à une atteinte d’un ou plusieurs sinus adjacents.
Le terme de sinusite
sphénoïdale est habituellement réservé aux formes isolées.
Les formes bactériennes aiguës sont caractérisées par un risque
important de complications infectieuses de voisinage et les formes
bactériennes chroniques par une symptomatologie non spécifique.
Les sphénoïdites fongiques se divisent en formes non invasives et
en formes invasives indolentes ou fulminantes le plus souvent
compliquées.
ÉTIOPATHOGÉNIE :
Certains facteurs locaux favorisent la rétention sinusienne et la
prolifération bactérienne ou fongique.
Ces facteurs d’obstruction de
l’ostium sphénoïdal peuvent être morphologiques ou tissulaires.
Parmi les causes morphologiques ont été décrites les déviations
septales postérieures, les hypertrophies turbinales, et les obstructions
secondaires à une fracture osseuse.
Celles-ci ont pour conséquence
de réduire la perméabilité du récessus ethmoïdosphénoïdal
postérieur et favorisent l’obstruction ostiale quand un facteur
inflammatoire et/ou infectieux est surajouté.
Parmi les causes tissulaires d’obstruction ostiale, on distingue les
causes extrinsèques endonasales liées au développement devant
l’ostium d’une masse tumorale ou d’un polype inflammatoire et les
causes intrinsèques liées à une atteinte inflammatoire, infectieuse ou
fibreuse cicatricielle et iatrogène de la muqueuse de l’ostium
sphénoïdal.
L’atteinte directe, en dehors de toute obstruction ostiale, de la
muqueuse du sinus sphénoïdal par une affection inflammatoire ou
infectieuse est un mécanisme plus rare et plus difficile à mettre en
évidence, dans la mesure où une obstruction ostiale secondaire
partielle ou complète se développe habituellement.
La coexistence
d’un ostium perméable et d’une atteinte infectieuse sphénoïdale
entraîne une rhinorrhée postérieure évocatrice et objectivable par
l’examen endoscopique.
La rapidité de développement du mécanisme étiopathogénique à
l’origine de la sinusite sphénoïdale entraîne selon les cas des
manifestations aiguës, subaiguës ou chroniques.
Formes cliniques :
A - SPHÉNOÏDITE AIGUË D’ORIGINE BACTÉRIENNE
ISOLÉE NON COMPLIQUÉE :
1- Signes cliniques :
La céphalée est révélatrice et constitue le symptôme et signe d’appel
le plus constant.
Il s’agit typiquement d’une céphalée de
localisation rétro-orbitaire et/ou du vertex, de caractère pulsatile et
hyperalgique.
Elle peut être à prédominance unilatérale à type
d’hémicranie ou diffuse.
Son exacerbation lors des mouvements de
la tête est évocatrice de l’origine sinusienne.
La douleur est continue
et habituellement résistante aux antalgiques prescrits en première
intention.
La céphalée peut être le seul symptôme de la sphénoïdite
et ses caractéristiques qui permettent d’orienter le diagnostic doivent
être recherchées de façon attentive par l’interrogatoire.
Son manque
de spécificité peut cependant retarder le diagnostic.
Ce retard est
source de passage à la chronicité ou de développement de
complications infectieuses cérébroméningées ou ophtalmologiques.
La céphalée peut être associée à une fièvre comprise entre 38° et 40°,
mais celle-ci est rare en l’absence de complications.
L’existence
d’une céphalée fébrile doit cependant faire évoquer systématiquement le diagnostic de sphénoïdite aiguë.
La rhinorrhée postérieure est inconstante et peut être retrouvée à
l’interrogatoire.
Son existence dans les antécédents récents du
patient et son caractère éventuellement unilatéral et purulent ou mucopurulent orientent le diagnostic vers une atteinte sphénoïdale.
2- Examen clinique
:
Il doit permettre de poser le diagnostic.
La mobilisation de la tête
du patient confirme le caractère positionnel de la céphalée et
l’origine sinusienne.
L’examen de la cavité buccale peut retrouver
une traînée mucopurulente sur la paroi postérieure du pharynx.
L’examen déterminant est l’exploration endoscopique ou fibroscopique des fosses nasales.
Cette exploration est réalisée après
préparation des fosses nasales par anesthésie locale et rétraction
muqueuse.
Son objectif est d’examiner la partie postérieure des
fosses nasales, le récessus ethmoïdosphénoïdal postérieur et l’ostium
du sinus sphénoïdal.
La constatation d’une obstruction
inflammatoire de l’ostium et d’un éventuel écoulement purulent au
niveau du récessus permet de poser le diagnostic de sinusite
sphénoïdale purulente.
En l’absence d’écoulement purulent
spontané, la palpation douce et prudente par un aspirateur
boutonné de la région ostiale peut induire l’extériorisation de pus.
Un prélèvement bactériologique protégé et dirigé sous contrôle
endoscopique apporte une identification bactériologique et permet
de réaliser un antibiogramme.
Le diagnostic de sinusite sphénoïdale
aiguë posé, il faut rechercher des signes cliniques de complications cérébroméningées ou ophtalmologiques débutantes et demander en
urgence un examen tomodensitométrique.
3- Examen tomodensitométrique (TDM)
:
Il est demandé en première intention devant un tableau clinique
évocateur de sinusite sphénoïdale aiguë.
Des coupes axiales et
coronales sans et avec injection de contraste sont demandées.
Des
fenêtres osseuses et parties molles sont réalisées.
La réalisation dans
le même temps de coupes cérébrales est recommandée pour dépister
une éventuelle complication cérébroméningée n’apparaissant pas
cliniquement au premier plan.
L’aspect typique est celui d’une
opacité intrasphénoïdale homogène, le plus souvent complète.
Un aspect épaissi des parois osseuses peut faire évoquer une
poussée aiguë compliquant une atteinte chronique.
Une atteinte
aiguë, simple, non compliquée, se traduit par un aspect normal des
parois osseuses sans lyse ni épaississement osseux.
4- Imagerie par résonance magnétique nucléaire (IRM)
:
Elle n’est pas systématiquement pratiquée si le scanner montre des
images typiques.
Si l’indication est portée, l’examen IRM est réalisé
par des séquences en écho de spin pondéré T1 et T2 dans les plans
axial et coronal.
Des séquences en écho de spin pondéré T1 avec
injection de gadolinium sont également réalisées.
Une sinusite
sphénoïdale aiguë se caractérise par une opacité homogène en hyposignal en T1 et en hypersignal en T2.
Cet aspect fait le
diagnostic de rétention sphénoïdale de nature liquidienne.
L’IRM est surtout utile pour apprécier les rapports de l’opacité
sphénoïdale avec les structures tissulaires avoisinantes et c’est la
raison pour laquelle son indication est plus souvent réservée aux
formes compliquées des sphénoïdites aiguës.
En cas de décision de
traitement chirurgical, l’IRM peut être demandée pour préciser la
position du nerf optique, ce d’autant qu’il existe des signes
ophtalmologiques (coupes sagittales).
Dans ce cas, outre les
informations apportées au chirurgien, l’IRM a un véritable intérêt
médico-légal.
La demande d’une IRM ne doit cependant pas, dans
ces formes aiguës, retarder la mise en route du traitement dès que le
diagnostic est posé.
5- Traitement
:
Le traitement de première intention en l’absence de complications
est médical et repose sur l’antibiothérapie.
Compte tenu des risques
de complications, une antibiothérapie par voie parentérale dans le
cadre d’une hospitalisation est recommandée.
La réalisation d’un
prélèvement bactériologique doit toujours être tentée pour disposer
d’une identification bactériologique et d’un antibiogramme.
Les
germes les plus fréquemment retrouvés sont le staphylocoque doré
et des streptocoques (Pneumoniae et bêtahémolytique).
L’Haemophilus influenzae est plus rarement en cause.
Des germes
anaérobies sont rarement retrouvés dans la littérature.
En
attendant les données de l’antibiogramme ou en l’absence de
données bactériologiques, l’antibiothérapie est probabiliste.
Elle doit
être de principe à large spectre, couvrant les atteintes par germes
aérobies (à Gram positif et négatif) et anaérobies.
La durée du
traitement est en moyenne de 10 jours.
L’association de
vasoconstricteurs locaux permet de faciliter le drainage ostial.
Les
traitements antalgiques et antipyrétiques sont administrés
parallèlement en fonction de l’évaluation clinique.
L’évolution durant les 24 premières heures conditionne l’indication
ou non de drainage chirurgical.
Une sphénoïdotomie par voie endonasale est indiquée en l’absence d’amélioration significative des
signes cliniques durant les 24 premières heures.
Ce drainage
chirurgical est parfois indiqué d’emblée devant le caractère
hyperalgique ou hyperpyrétique de l’atteinte.
Il permet dans ce cas
de réaliser un prélèvement bactériologique si celui-ci n’avait pas été
réalisé.
De façon générale, la sphénoïdotomie par voie endonasale
est d’indication large compte tenu des risques de complications.
Elle
est réalisée le plus souvent sous contrôle endoscopique selon une
voie directe ostiale transnasale ou selon une voie transethmoïdale
postérieure.
B - SPHÉNOÏDITE CHRONIQUE D’ORIGINE BACTÉRIENNE
ISOLÉE :
Elle se définit par une atteinte inflammatoire et/ou infectieuse du
sinus sphénoïdal évoluant depuis au moins 3 mois. Les céphalées
chroniques et les signes ophtalmologiques constituent les principaux
signes d’appel.
La mise en évidence dans ce contexte d’une
opacité sphénoïdale sur l’examen TDM permet de faire le diagnostic
de sphénoïdite chronique.
Cependant, la découverte d’une opacité
sphénoïdale isolée dans un contexte clinique de céphalées diffuses,
intermittentes, isolées et anciennes peut poser le problème de la
relation pathologique entre l’opacité radiologique et le tableau
clinique.
1- Signes cliniques :
Les céphalées de localisation rétro-orbitaire ou du vertex font
évoquer le diagnostic.
Mais tout type de céphalée peut révéler une sphénoïdite chronique.
La céphalée peut être diffuse ou localisée,
intermittente ou continue, évoluant par poussées plus ou moins liées
à des épisodes de congestion nasale.
Seul son caractère chronique
est alors évocateur.
Les céphalées peuvent être longtemps totalement
isolées. L’apparition de signes ophtalmologiques, qui représentent
déjà des complications, vient typiquement compléter le tableau de sphénoïdite chronique.
Les complications ophtalmologiques sur
lesquelles nous reviendrons peuvent aller du simple flou visuel
jusqu’à la diplopie et la baisse de l’acuité visuelle.
La rhinorrhée
postérieure est inconstante, de même que l’obstruction nasale.
2- Examen endoscopique des fosses nasales :
Il recherche une atteinte inflammatoire de l’ostium sphénoïdal ou
du récessus ethmoïdosphénoïdal et l’existence de sécrétions
pathologiques qui seront prélevées.
3- Examen tomodensitométrique :
La présence d’une opacité intrasphénoïdale permet de poser le
diagnostic de sphénoïdite. Cette opacité est typiquement homogène
et complète.
L’aspect épaissi des parois osseuses témoigne du
caractère chronique de la sphénoïdite.
L’existence d’un simple
épaississement muqueux sphénoïdal est plus difficile à interpréter
et sa responsabilité pathologique doit être discutée par confrontation
avec la clinique.
Les caractéristiques cliniques, l’aspect endoscopique
de l’ostium sphénoïdal, l’aspect des parois osseuses sur le scanner
permettront de confirmer l’aspect évolutif de cet épaississement
muqueux sphénoïdal.
4- Imagerie par résonance magnétique nucléaire :
L’IRM est systématique en cas d’atteinte ophtalmologique.
L’existence d’une opacité en hypersignal en T1 et T2 traduit la
nature inflammatoire du contenu sinusien et est en faveur du
caractère chronique de la sphénoïdite.
Les coupes sagittales dans
l’axe du canal optique sont intéressantes dans l’analyse des rapports
de l’atteinte sphénoïdale avec le nerf optique.
L’aspect de
l’opacité en hypersignal T1 et T2 peut faire évoquer une mucocèle.
C’est l’aspect des parois osseuses sur la TDM qui permet de
différencier l’atteinte inflammatoire et/ou infectieuse chronique où
les parois sont normales ou épaissies de la mucocèle où les parois
sont à l’inverse amincies et soufflées.
5- Traitement :
En l’absence de complications, le traitement est médical et basé sur
l’antibiothérapie adaptée ou probabiliste.
Une corticothérapie
générale associée à des vasoconstricteurs locaux accompagne
l’antibiothérapie.
La sphénoïdotomie est indiquée en cas d’échec du
traitement médical ou de première intention en cas de complications
ophtalmologiques.
En fait, l’indication de sphénoïdotomie est assez
large, autant dans un but étiologique que de prévention des
récidives.
La sphénoïdotomie est réalisée par voie endonasale sous
contrôle endoscopique.
C - COMPLICATIONS DES SPHÉNOÏDITES BACTÉRIENNES :
Les complications des sphénoïdites se définissent par l’extension et
la propagation de l’atteinte sinusienne aux structures et tissus
adjacents.
Elles peuvent être révélatrices de l’atteinte sphénoïdale.
La proximité des parois du sinus sphénoïdal avec les paires
crâniennes II, III, IV, V et VI, le sinus caverneux et les méninges de
la base expliquent les différents types de complications
rencontrées.
Les atteintes des Ve et VIe paires crâniennes, les
méningites et les thrombophlébites du sinus caverneux sont les
complications les plus fréquentes.
Ces complications se rencontrent
plus souvent dans les sphénoïdites aiguës mais elles peuvent
émailler l’évolution des formes subaiguës ou chroniques.
Elles
surviendraient plus fréquemment chez les patients de plus de 50
ans et chez la femme alors qu’à l’inverse les complications
crâniennes et endocrâniennes d’origine ethmoïdofrontale et
maxillaire toucheraient plus souvent les sujets jeunes et de sexe
masculin.
Les staphylocoques et les streptocoques (pneumocoques) sont les germes le plus fréquemment retrouvés
comme origine bactérienne à ces complications.
1- Atteintes des paires crâniennes
:
L’atteinte de la Ve paire crânienne se manifeste par une hypoesthésie
faciale et plus rarement par une hyperesthésie irritative.
Une
hypoesthésie traduit une diffusion de l’atteinte infectieuse aux parois
du sinus caverneux et une hyperesthésie traduit un syndrome
irritatif à point de départ sphénoïdal.
Les atteintes des VI, IV et IIIe paires crâniennes se traduisent par
une diplopie avec trouble de la motilité oculaire.
L’atteinte de la VIe
paire crânienne est la plus fréquente.
Elle doit faire suspecter une
thrombophlébite du sinus caverneux.
L’existence d’une névrite optique par atteinte du nerf optique peut
résulter d’une atteinte directe du nerf par le processus infectieux ou
d’une atteinte indirecte par vascularite ou ostéite de voisinage.
L’existence d’une névrite optique doit faire rechercher une atteinte
sphénoïdale, ce d’autant que celle-ci aura été précédée d’une longue
période de céphalées.
La baisse de l’acuité visuelle est d’intensité
variable mais peut aller jusqu’à une perte complète de la vision.
La
récupération visuelle est possible et principalement liée à la rapidité
de mise en route du traitement et au degré de gravité de l’atteinte.
2- Méningites
:
Le sinus le plus souvent en cause dans les méningites à point de
départ sinusien serait le sinus sphénoïdal.
Le germe le plus
fréquemment en cause serait le pneumocoque. Les sphénoïdites
chroniques seraient plus souvent à l’origine des méningites que les
formes aiguës.
Le début est souvent brutal, associant d’emblée un
syndrome méningé intense et des troubles de la conscience.
Des
signes déficitaires peuvent rapidement compléter le tableau.
La
fièvre est élevée.
Des formes suraiguës peuvent entraîner la mort en
quelques heures.
Le diagnostic repose sur la ponction lombaire
réalisée après examen tomodensitométrique.
Les risques de décès et
de séquelles neurologiques sont évalués respectivement à environ
12 % des cas.
3- Thrombophlébite du sinus caverneux :
Elle complique essentiellement les formes aiguës des sphénoïdites.
L’atteinte du sinus caverneux par le processus infectieux sphénoïdal
se fait soit à partir d’une ostéite de voisinage, soit le plus souvent
par l’atteinte du réseau veineux de voisinage.
Le tableau complet
associe une fièvre élevée, une altération de l’état général, une atteinte
oculaire avec oedème palpébral, exophtalmie douloureuse et
paralysies oculomotrices.
Le tableau peut être incomplet et au
début marqué par une atteinte isolée de la VIe paire crânienne qui
doit faire évoquer le diagnostic.
Le processus infectieux peut diffuser
à la paroi carotidienne avec développement d’un anévrisme
infectieux carotidien interne.
Le scanner avec injection, ou mieux
l’IRM, permet de faire le diagnostic.
Le pronostic est marqué par un
risque de décès d’environ 14 %.
4- Autres complications
:
Des ostéites de la base du crâne, des empyèmes sous-duraux et des
ramollissements cérébraux par atteinte carotidienne ont été
rapportés dans la littérature.
5- Traitement :
Le traitement de ces formes compliquées associe une antibiothérapie
adaptée administrée par voie parentérale à un drainage chirurgical
du foyer infectieux sphénoïdal par sphénoïdotomie.
En cas de
thrombophlébite du sinus caverneux, l’héparinothérapie est
recommandée par certains auteurs et discutée pour d’autres.
D - SINUSITE SPHÉNOÏDALE D’ORIGINE FONGIQUE
:
Les mycoses du sinus sphénoïdal sont des entités pathologiques bien
décrites dans la littérature.
Elles sont considérées comme
rares mais leur incidence semble en augmentation.
Pour
certains, elles seraient retrouvées dans environ 15 à 20 % des
pathologies sphénoïdales chroniques isolées et explorées
chirurgicalement.
Pour d’autres, elles seraient retrouvées dans
25 % des cas des sinusites sphénoïdales compliquées nécessitant un
abord chirurgical.
L’étiopathogénie de l’atteinte sphénoïdale est mal connue bien que
discutée depuis plusieurs années.
La contamination sinusienne
s’effectuerait par inhalation directe de spores fongiques qui
deviendraient pathologiques dans certaines conditions.
Parmi les
facteurs locaux, l’hypoventilation sinusienne secondaire à un
blocage ostial mécanique ou inflammatoire favorisant l’anaérobiose
semble jouer un rôle important. Parmi les facteurs généraux
favorisants sont décrits le diabète, la corticothérapie et toute
situation entraînant une immunodépression.
Ces phénomènes étiopathogéniques conduisent au
développement au niveau du sinus sphénoïdal des formes chroniques
non invasives ou « balles fongiques » et des formes invasives
chronique indolente et aiguë fulminante.
La sinusite fongique allergique n’ayant à notre
connaissance jamais été décrite sous une forme isolée au niveau du
sinus sphénoïdal.
1- Sphénoïdite mycotique non invasive chronique
ou « balle fongique » sphénoïdale
:
La localisation sinusienne sphénoïdale est en termes de fréquence la
deuxième localisation après le sinus maxillaire et avant les sinus
ethmoïdaux et frontaux.
Il semble exister une prédominance
féminine de ces formes.
La symptomatologie est comparable à celle de la sinusite
sphénoïdale chronique non compliquée.
La céphalée est le
symptôme principal, parfois associée à un jetage postérieur avec
toux et parfois une obstruction nasale.
Certains auteurs
insistent sur le caractère particulièrement algique de ces formes mycotiques par comparaison avec les formes bactériennes ou
inflammatoires simples.
Elles s’expriment dans certains cas sous
une forme aiguë avec fièvre et syndrome hyperalgique mais jamais
sous une forme compliquée oculaire ou cérébroméningée.
L’endoscopie nasale permet de faire le diagnostic de sphénoïdite.
L’examen de la région de l’ostium sphénoïdal retrouve un aspect
toujours pathologique soit polypoïde inflammatoire, soit
inflammatoire avec des sécrétions mucopurulentes
exceptionnellement noirâtres pouvant faire évoquer le diagnostic
d’atteinte mycotique.
L’examen TDM retrouve soit une opacité homogène non spécifique
avec dans certains cas des parois osseuses épaissies témoignant du
caractère chronique de l’atteinte ou une opacité avec présence
d’une image spontanément hyperdense irrégulière et le plus
souvent centrée qui fait évoquer le diagnostic de balle fongique. Dans ces formes non invasives, il n’existe pas de lyse osseuse
associée.
L’IRM n’apporte pas de renseignements supplémentaires et montre
dans la forme typique une image en T1 de signal intermédiaire avec
en son centre un hyposignal caractéristique de la balle fongique.
Le traitement est chirurgical.
La sphénoïdotomie est réalisée par voie
endonasale sous contrôle endoscopique ou pour certains
microscopique.
Le diagnostic est confirmé par la mise en évidence
dans le sphénoïde d’un amalgame noirâtre caractéristique de balle
fongique.
L’exérèse des lésions est réalisée par aspiration et
lavage de la cavité sphénoïdale.
Les prélèvements sont adressés en
examen mycologique et anatomopathologique.
L’analyse
anatomopathologique met en évidence la présence de filaments
mycéliens.
L’examen mycologique direct et après mise en culture
permet d’identifier l’espèce fongique incriminée.
L’agent fongique
en cause le plus souvent retrouvé est Aspergillus fumigatus ou flavus
mais d’autres espèces peuvent être isolées.
Dans ces formes
non invasives, les agents fongiques sont exceptionnellement des
mucors.
L’analyse histologique de la muqueuse sphénoïdale, si
elle est réalisée, montre des signes d’inflammation non spécifiques
sans signes d’envahissement fongique et confirme le caractère non
invasif de cette forme.
Un examen bactériologique réalisé sur les
sécrétions peut mettre en évidence une éventuelle surinfection
bactérienne surajoutée.
Aucun autre traitement n’est nécessaire et la
guérison est assurée par le maintien d’une sphénoïdotomie ouverte.
La surveillance est clinique et endoscopique et
ne requiert aucun autre examen complémentaire.
2- Sphénoïdites fongiques invasives chronique indolente
et aiguë fulminante
:
Elles se rencontrent chez les sujets immunodéprimés atteints du
syndrome d’immunodépression acquise (sida) ou d’hémopathies
malignes. Ces deux formes se caractérisent par la fréquence des
complications associées et révélatrices.
Sur le plan clinique,
ces deux formes se différencient par le caractère aigu ou chronique
d’apparition des symptômes.
Outre le terrain sur lequel elles
surviennent, les signes permettant d’évoquer le diagnostic sont
l’importance des céphalées, le plus souvent rétro-orbitaires,
l’existence d’une fièvre parfois élevée et une altération de l’état
général.
En fait, le plus souvent le tableau est d’emblée compliqué
et le patient se présente avec une ou plusieurs complications déjà
décrites dans le chapitre sur les sphénoïdites aiguës.
L’examen TDM met en évidence une opacité sphénoïdale avec
signes de lyse osseuse et confirme l’existence de la diffusion de
l’atteinte aux organes adjacents.
L’IRM permet d’analyser l’étendue de la diffusion du processus
infectieux.
Le traitement doit être institué en urgence.
La sphénoïdotomie
permet de réaliser plusieurs prélèvements permettant de confirmer
le diagnostic d’atteinte fongique et d’identifier l’agent fongique en
cause.
Le traitement repose sur l’administration d’antifongiques
(amphotéricine B ± itraconazole) par voie parentérale.
Des lavages
par antifongiques de la cavité de sphénoïdotomie peuvent être
associés. Enfin, le rétablissement de l’immunité adapté à la
pathologie immunodépressive sous-jacente est indiqué dans tous les
cas.
Certains conseillent un débridement chirurgical large.
Celui-ci
ne peut malheureusement qu’être limité dans la localisation
sphénoïdale compte tenu des organes vitaux de proximité.
Le
pronostic est lié à l’importance de la diffusion de l’infection, à la
rapidité de mise en route du traitement, à la gravité de
l’immunodépression et, pour certains, aux possibilités d’éradication
chirurgicale.
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