Symptomatologie et sémiologie des maladies respiratoires
Cours de pneumologie
Introduction
:
Entendre et écouter un patient égrener ses plaintes, l’examiner
ensuite, constituent le premier et plus important contact entre
médecin et malade.
De la qualité de ce premier contact dépendra
le degré de confiance que le malade accordera au soignant,
lorsque celui-ci va proposer un diagnostic clinique, une mise au
point complémentaire plus ou moins approfondie, un traitement.
Le malade attend de son médecin qu’il accorde une attention
suffisante à ses problèmes, sans oublier qu’il a devant lui un
individu dans toute sa complexité, et qu’il ne se concentre pas
exclusivement sur la maladie et ses signes objectifs.
L’intensité
de la maladie ressentie par le patient (illness) n’est pas
nécessairement étroitement liée à celle démontrée par des tests
objectifs et perçue par le médecin (sickness) ; il est fréquemment plus
difficile de convaincre un patient qu’aucune maladie organique n’a
pu raisonnablement être décelée que d’affirmer la présence d’un
cancer.
La majorité des patients souhaitent en outre comprendre le pourquoi
des choses et participer à la prise de décision, en particulier dans les
nombreuses situations où il n’y a pas de solution éprouvée au
problème posé.
Aucune rencontre médecin-malade ne devrait se
laisser déborder par la technologie, qui doit venir s’insinuer avec
délicatesse entre les interlocuteurs ; le stéthoscope reste ainsi un
symbole fort, au même titre que la percussion et la palpation
(l’imposition des mains !), de l’intérêt accordé par le praticien, même
si très souvent leur portée objective est limitée.
Après que le malade (et/ou son entourage) a eu l’occasion
d’exprimer le motif de sa consultation, que le médecin a demandé
les précisions nécessaires, une anamnèse générale s’avère très utile
en pneumologie, reprenant en premier lieu les antécédents personnels et familiaux, ainsi que les facteurs sociaux,
environnementaux et occupationnels, et passant en revue en second
lieu les différents systèmes.
Les quelques points suivants méritent
un intérêt particulier :
– l’histoire familiale en cas de suspicion d’asthme, de
mucoviscidose, de bronchopneumopathie chronique obstructive
(BPCO) (déficit en alpha-antitrypsine, agrégation familiale des
BPCO), d’immunodéficiences… ;
– les contacts éventuels avec un malade atteint de tuberculose, de
pneumonie à Mycoplasma… ;
– les toxicomanies, avec en particulier le tabagisme, dont les
caractéristiques suivantes doivent être relevées systématiquement :
âge de début, nombre de cigarettes fumées par jour et durée du
tabagisme résumés en paquets-année, longueur d’arrêt éventuel ;
– les hobbies (par exemple colombophilie) et les professions
pouvant induire directement une pneumoconiose ou un asthme, ou
constituer un facteur de risque indéniable (exposition aux fumées
pour les BPCO, à l’amiante pour le cancer bronchique et le
mésothéliome…) ;
– les antécédents personnels, importants parce que de nombreuses
maladies respiratoires constituent la résurgence d’un contact ancien
(exemple : la tuberculose) ou la complication d’une autre affection
(exemple : métastases pulmonaire ou pleurale) ou encore sont
induites par des médicaments (bêtabloquants, cordarone,
antimitotiques…) ; sont de même intéressantes à relever l’installation
récente d’une anorexie ou d’une perte de poids, ou à l’inverse
une prise de poids rapide ;
– la recherche de documents anciens comme une radiographie de
thorax ou un bilan fonctionnel respiratoire.
À l’anamnèse générale va succéder l’anamnèse orientée vers les
symptômes respiratoires, ceux-ci étant particulièrement fréquents en
pratique générale.
Symptomatologie :
A - TOUX :
1- Définition et mécanisme
:
La toux est l’une des plaintes les plus fréquentes amenant un patient
à consulter ; elle est rare chez le sujet sain, spécialement pendant le
sommeil.
Elle est considérée comme un mécanisme de défense
tendant à éliminer des voies aériennes des sécrétions excessives ou
du matériel étranger.
Elle est essentiellement un acte réflexe, suscité
par l’irritation de récepteurs mécaniques ou chimiques situés dans
le larynx et l’arbre bronchique ; des récepteurs à la toux existent
également dans le conduit auditif externe, le pharynx et les sinus paranasaux, et sans doute aussi dans le diaphragme, l’estomac, la
plèvre et le péricarde.
La toux pouvant par ailleurs être induite ou
contrôlée volontairement, il doit aussi exister des centres nerveux
supérieurs, en connexion avec les centres tussigènes diffus situés
dans le bulbe rachidien.
Les voies afférentes transitent par le nerf vague et probablement par
les nerfs glossopharyngé, trijumeau et phrénique, tandis que les
voies efférentes contrôlent les muscles expiratoires, le diaphragme
et le larynx, ainsi que le muscle lisse bronchique.
La toux peut être
décomposée en quatre phases :
– une phase inspiratoire profonde, qui renforce l’efficacité de l’acte
tussigène, et se termine avant la fermeture des cordes vocales ;
– une phase compressive induite par une contraction des muscles
thoraciques et abdominaux, alors que le diaphragme est fixé et la
glotte fermée ;
– une phase expulsive débutant dès que la glotte s’ouvre ; le
diaphragme se relâche de façon discontinue tout au long de
l’expiration ;
– la fin de la toux, qui survient lorsque les muscles expiratoires se
relâchent.
La toux par irritation laryngée n’est pas précédée d’une inspiration
profonde, et les laryngectomisés peuvent tousser efficacement.
La
toux à haut niveau de volume pulmonaire dégage surtout les voies
aériennes centrales, tandis que les voies aériennes plus
périphériques ne peuvent être nettoyées que par des quintes de toux
à bas volume pulmonaire.
Sur le plan étiologique, il est habituel de classer la toux en deux
catégories : les toux aiguës et les toux chroniques, c’est-à-dire durant
3 semaines ou plus.
La plupart des toux aiguës sont liées à une
virose touchant les voies aériennes supérieures (VAS) (le rhume
banal) ; d’autres peuvent indiquer des pathologies plus sérieuses
comme une pneumonie, une décompensation cardiaque, une
embolie pulmonaire.
Pour élucider l’origine des toux chroniques, Irwin et al ont mis
au point une stratégie diagnostique basée sur une connaissance de
l’anatomie de la partie afférente du réflexe tussigène.
En effet, les
caractéristiques de la toux (telles que productive ou sèche), ses
qualités acoustiques (aboiement, bruit de clairon), sa survenue dans
le temps (nocturne ou non, postprandiale) n’aident généralement
pas à un diagnostic différentiel efficace, même si les sons sont
enregistrés et analysés ; tout au plus une toux bovine suggère-telle
une lésion laryngée.
2- Anamnèse
:
L’anamnèse joue un rôle essentiel, sans oublier l’histoire du
tabagisme.
Cependant, si la majorité des fumeurs sont des tousseurs
chroniques, ils consultent rarement à cause de ce symptôme et,
lorsque c’est le cas, une complication du tabagisme doit être
systématiquement suspectée, telle qu’un cancer bronchique ou une BPCO.
Chez un non-fumeur ayant une radiographie de thorax
banale et ne consommant pas d’inhibiteur de l’enzyme de
conversion de l’angiotensine (IECA), plusieurs études prospectives
ont mis en évidence quatre principales causes à la toux chronique :
– le jetage ou écoulement nasal postérieur ;
– l’asthme ;
– le reflux gastrooesophagien ;
– la bronchite chronique et les bronchiectasies.
Si une cause unique est présente dans environ trois quarts des cas,
deux voire trois causes peuvent être associées. Une liste exhaustive
des causes de toux chronique peut être trouvée dans l’article de
revue de Irwin.
3- Diagnostic
:
Le bilan diagnostique est adapté aux données de l’anamnèse et peut
comprendre un examen attentif de la sphère oto-rhinolaryngologique,
y compris une radiographie (de préférence une
tomodensitométrie) des sinus, un examen cytologique des
expectorations (recherche d’éosinophiles), un bilan allergique, une
spirométrie et un test de provocation bronchique non spécifique, une
oesophagoscopie et un monitoring de 24 heures du pH oesophagien,
une tomodensitométrie thoracique (recherche de bronchiectasies).
Une endoscopie bronchique n’est envisagée qu’après échec du bilan
initial ou en cas de radiographie thoracique anormale.
Chez un
fumeur ou un malade sous IECA, ce bilan peut n’être entamé que
1 mois après cessation du tabac (!) ou du médicament.
C’est
seulement si aucune cause organique n’est retrouvée qu’un
diagnostic de toux psychogène peut être proposé ; mais même si
des troubles psychiques semblent à l’avant-plan, une mise au point
exhaustive mérite d’être réalisée.
4- Complications
:
Une toux persistante peut se compliquer, suite aux variations
brutales de pression intrathoracique qui peuvent atteindre
300 mmHg.
Ces complications ont un impact négatif sur la qualité
de vie des patients.
Les principales sont les suivantes.
* Complications cardiovasculaires :
– Perte de conscience par hypotension artérielle.
– Rupture des veines conjonctivales, nasales ou anales.
* Complications neurologiques :
– Syncope tussigène, résultant probablement de facteurs mixtes,
hypotension et commotion cérébrale, suite à une augmentation
soudaine de pression du liquide céphalorachidien.
– Céphalées post-tussives.
* Complications urinaires :
– Incontinence, surtout chez la femme.
* Complications musculosquelettiques :
– Fractures costales.
– Élévation de la créatine phosphokinase.
– Rupture du muscle grand droit de l’abdomen.
* Complications digestives
:
– Reflux gastrooesophagien.
– Hernie inguinale.
– Rupture de cicatrices chirurgicales.
* Complications respiratoires :
– Emphysème interstitiel.
– Exacerbation d’asthme.
* Complications cutanées :
– Pétéchies et purpura.
B - DYSPNÉE :
1- Définition :
La respiration est un acte automatique permanent, habituellement
inconscient, se maintenant au cours du sommeil, qui ne peut être
volontairement interrompu que pendant quelques secondes.
Elle est
dépendante d’une activité neurale générée au niveau bulbaire,
laquelle est modulée par des afférences nerveuses d’origine
somatique ou viscérale (tel le réflexe de Hering-Breuer médié par le
nerf vague).
L’homme est capable de percevoir certains changements
induits par la respiration, tels que les variations de pression
respiratoire, de volume ou d’effort ; de même, il peut détecter des
charges additionnelles résistives (une augmentation de résistance de
25 à 30 % de la résistance de base, soit 0,6 cmH2O/L) ou élastiques
(une élastance de 2,5 cmH2O/L).
Lorsque la ventilation devient
inappropriée par rapport aux besoins de base, une sensation
d’inconfort peut survenir.
La dyspnée est habituellement définie
comme la prise de conscience explicite de cet inconfort.
En 1963, Campbell et Howell proposèrent qu’elle trouve son
origine dans une rupture de la balance entre la tension générée par
les muscles respiratoires et le déplacement du système respiratoire
qui s’ensuit (concept de length-tension inappropriateness).
La théorie
qui prévaut actuellement admet que c’est l’énergie développée par
le pool des neurones respiratoires centraux qui génère un signal,
qui, au-dessus d’un certain niveau d’activité (exprimé en valeur
absolue ou rapporté à l’activité respiratoire maximale possible), peut
être perçu et ressenti désagréablement.
Cette sensation désagréable
est appelée dyspnée par le médecin, terme cependant inexistant
dans le langage du malade, qui recourt à des expressions variées,
telles que : essoufflement, à court d’haleine, besoin d’air, oppression,
sensation de serrement dans la poitrine, suffocation…
Les termes
descriptifs utilisés peuvent varier en fonction du type de stimulus
utilisé ou du type de maladie.
Que des situations différentes
puissent induire des sensations différentes fut suggéré dès 1953 par
Richards, qui distingua la dyspnée induite par un effort physique
intense tel que l’escalade, du halètement (gasping) ressenti par
l’asthmatique, et de la suffocation présente en cas de tumeur
trachéale.
La grande variété des sensations induites par la respiration a pu
être rassemblée en neuf groupes différents :
– respiration rapide ;
– expiration difficile ;
– nécessité de se concentrer sur sa respiration ;
– respiration peu profonde ;
– respiration nécessitant un travail, un effort ;
– suffocation ;
– besoin d’air ;
– lourdeur dans la poitrine ;
– halètement.
Le terme « oppressé » semble le plus spécifique, orientant vers le
diagnostic d’asthme.
L’humeur du patient peut influencer la
perception de la gêne respiratoire qu’il ressent, notamment un état
dépressif et anxieux.
L’essoufflement est générateur d’une sensation
de détresse, l’importance relative de l’un et l’autre étant toutefois
variable selon les individus.
Aux signaux déclenchés par les
neurones respiratoires centraux peuvent se joindre des signaux
provenant des chémorécepteurs périphériques (induits notamment
par une hypoxie), des muscles respiratoires et de la paroi thoracique,
du poumon et des voies aériennes inférieures, ainsi que des VAS.
Dans un cas donné, la place respective de chacun de ces stimuli est
impossible à établir.
Certaines observations cliniques suggèrent que
les stimuli périphériques ont une place limitée dans la genèse de la
dyspnée, qui persiste après transplantation coeur/poumon ou après chémodénervation.
2- Mécanisme :
Trois types de mécanismes se retrouvent dans la majorité des
situations dyspnéisantes :
– les muscles respiratoires sont affaiblis suite à une maladie
(myopathie, par exemple), un traitement corticoïde prolongé, une
hyperinflation réduisant l’efficience diaphragmatique… ;
– les muscles respiratoires doivent faire face à une ventilation accrue
volontairement, par l’exercice ou d’origine réflexe ;
– les muscles respiratoires doivent surmonter un travail accru par
une résistance ou une élastance thoracopulmonaire augmentée.
Environ 80 % des sujets peuvent juger correctement et de façon
reproductible l’intensité du stress auquel ils sont soumis, tel que
l’augmentation de la ventilation au cours d’un exercice ou la
réduction du volume expiratoire maximum-seconde (VEMS) au
cours d’un test de provocation bronchique.
Les premières échelles destinées à évaluer l’intensité de la dyspnée
se sont en fait attachées à déterminer le type d’exercice courant
(marche lente ou rapide, en montée ou à plat) générateur de
dyspnée.
Ces échelles, peu précises et peu sensibles, ont
progressivement été remplacées :
– pour mesurer les variations aiguës ou à court terme, les échelles
utilisées en psychophysique ont été adaptées aux mesures des
variations des sensations respiratoires ; ce sont l’échelle de Borg
et l’échelle analogique digitale ;
– une approche multidimensionnelle des limitations induites par la
dyspnée a permis de développer des questionnaires plus précis et
validés, tels que celui développé par Malher ou le chronic
respiratory questionnaire (CRQ) par Guyatt ; le questionnaire
développé par Jones au St George Hospital de Londres (SGRQ)
s’intéresse ainsi à trois types de conséquences des maladies
respiratoires chroniques.
Ces instruments, dont la valeur scientifique est clairement établie,
ne font cependant pas encore partie de la routine pneumologique.
Des questions, telles que celles proposées par Juniper et al, restent
d’une approche plus simple pour cerner les conséquences de la
dyspnée.
Cliniquement, il est utile de séparer les dyspnées selon qu’elles
surviennent de façon brutale au repos (dyspnées aiguës) ou qu’elles
sont induites par l’exercice physique (dyspnée d’effort).
3- Dyspnées aiguës ou paroxystiques
:
Elles peuvent être classées selon leur origine principale.
* Voies aériennes supérieures :
Une obstruction brutale des VAS extrathoraciques induit une
dyspnée à prédominance inspiratoire, souvent accompagnée de
stridor audible à distance.
Cette prédominance inspiratoire
s’explique par la diminution physiologique du calibre des VAS liée
à une chute de la pression transmurale. Un exemple typique est le
laryngospasme d’origine réflexe ou psychogène, qui peut en
imposer pour une crise d’asthme sévère.
De tels laryngospasmes
peuvent survenir après l’exercice physique ou au cours du sommeil.
Les obstructions organiques des VAS ne deviennent symptomatiques
au repos que lorsque le diamètre de la lumière laryngée ou trachéale
descend en dessous de 5 mm.
La clinique est donc nettement moins
sensible que les boucles débit-volume pour détecter une obstruction
intrinsèque ou extrinsèque des VAS.
Lorsqu’un débris alimentaire
de gros calibre vient se figer dans le larynx, il peut s’ensuivre un
blocage respiratoire ; une intervention de toute urgence pour
évacuer l’obstacle est indispensable, telle que la manoeuvre
d’Heimlich.
* Arbre bronchique
:
+ Asthme :
L’asthme est caractérisé par une réduction diffuse et irrégulière du
calibre interne des bronches et des bronchioles suite à un spasme du
muscle de Reisseisen, un épaississement inflammatoire de la
muqueuse et une hypersécrétion.
Cette obstruction au débit aérien est plus marquée au cours de l’expiration (jeu des pressions transmurales bronchiques).
Il s’ensuit une augmentation notable du
travail des muscles inspiratoires, dont l’efficience est par ailleurs
modifiée par l’hyperinflation aiguë qui accompagne l’obstruction.
Le premier symptôme est la survenue d’une oppression thoracique,
s’accompagnant secondairement d’une sensation d’augmentation de
l’effort respiratoire.
Chez la majorité des malades (80 % d’entre eux
selon Morris), cette dyspnée est à prédominance inspiratoire,
contrairement à l’opinion d’encore pas mal de praticiens.
Tous les asthmatiques ne sont pas capables de juger de l’apparition
d’un trouble ventilatoire obstructif et/ou d’en apprécier le degré de
sévérité ; 15 à 20 % de la population d’asthmatiques sont « de
mauvais percepteurs ».
Il est possible que ces « mauvais
percepteurs » courent plus de risques d’encourir une crise d’asthme
grave, voire un arrêt respiratoire.
De plus, un effet placebo se
manifeste chez la majorité des asthmatiques en crise, lorsqu’on leur
administre un aérosol placebo.
Il n’y a pas de différence de
perception selon le sexe, ni la longueur d’évolution de la maladie,
mais la perception diminue après l’âge de 60 ans.
Environ 75 % des asthmatiques non traités signalent la survenue de
dyspnée paroxystique au cours du sommeil ; ces crises
n’entraînent cependant pas nécessairement d’éveil.
De même,
certains asthmatiques signalent des crises au petit matin (morning
dip).
Ces manifestations vespérales et matinales sont associées au
rythme nycthéméral auquel est soumis le calibre des voies aériennes,
tant chez le sujet normal que chez l’asthmatique.
Particulièrement chez les asthmatiques jeunes, un exercice physique
court et intense, surtout si l’air inspiré est froid, peut déclencher une
crise d’asthme commençant à se manifester 2 à 3 minutes après
l’arrêt de l’effort ; l’anamnèse permet de séparer cet asthme postexercice de la dyspnée d’effort traditionnelle.
Au cours d’une
crise sévère, l’asthmatique ne peut rester allongé (orthopnée) : il est
assis au bord du lit, souvent transpirant.
Étant donné la relation lâche, voire parfois inexistante, entre la
sensation d’oppression ou de dyspnée et un index de mesure du
calibre des voies aériennes tel que le débit expiratoire de pointe ou
le VEMS, il est indispensable de recourir à des mesures
fonctionnelles objectives, réalisées au cabinet du médecin, voire
parfois à domicile par le patient lui-même.
L’évaluation des
symptômes respiratoires, combinée aux indices fonctionnels (et
souvent au nombre d’inhalations d’un bêtamimétique à courte durée
d’action) se retrouve dans la quasi-totalité des études thérapeutiques
menées dans l’asthme.
+ Exacerbations au cours des bronchopneumopathies chroniques
obstructives
:
En état stable, un patient atteint de BPCO (caractérisée par un
trouble ventilatoire obstructif permanent et peu réversible) se plaint
surtout de dyspnée apparaissant ou s’aggravant à l’exercice.
Un
paroxysme dyspnéique peut survenir au cours d’une exacerbation
d’origine infectieuse virale ou bactérienne, ou liée à une exposition
à la pollution domestique, professionnelle ou atmosphérique.
Chez
la majorité des malades, la dyspnée aiguë des BPCO est à
prédominance inspiratoire comme chez l’asthmatique et la survenue
d’une orthopnée est fréquente.
Les malades les plus sévères
adoptent une position penchée en avant, les coudes appuyés sur les
cuisses. De façon plus exceptionnelle, quelques malades préfèrent la
position couchée (platypnée).
Il existe par ailleurs incontestablement un recouvrement entre des
asthmatiques chroniques, chez qui s’installe un trouble ventilatoire
obstructif partiellement irréversible, et des malades atteints de BPCO
d’origine tabagique sujets à des paroxysmes dyspnéiques, parfois
nocturnes.
Ce groupe intermédiaire de patients est parfois dit atteint
de bronchite asthmatique ou asthmatiforme.
* Parenchyme pulmonaire :
+ OEdème pulmonaire
:
L’insuffisance cardiaque aiguë se traduit par une dyspnée
paroxystique, conséquence de la congestion et de l’oedème
pulmonaire qu’elle induit.
Le travail respiratoire est accru, suite à
une diminution de la compliance pulmonaire et à une réduction du
calibre bronchique par l’oedème muqueux, de même que l’oedème
alvéolaire participe à l’hétérogénéité des rapports ventilationperfusion
et à l’hypoxémie qui s’ensuit.
Hypoxémie et chute du
débit cardiaque réduisent l’apport énergétique aux muscles
respiratoires.
Tous les facteurs ainsi réunis expliquent la dyspnée
paroxystique, laquelle s’améliore dès que la pression télédiastolique
ventriculaire s’abaisse, quel que soit le moyen utilisé.
Les dyspnées
d’origine cardiaque ont tendance à survenir en début de nuit, 2 à
3 heures après le coucher, et sont soulagées par la position assise
(dyspnée paroxystique nocturne et orthopnée).
Elles peuvent
s’accompagner de sibilances et simuler un asthme véritable
(« asthme cardiaque »).
+ Pneumopathies aiguës
:
Une pneumonie bactérienne ou virale disséminée peut être à
l’origine d’une dyspnée d’installation rapide, de même qu’une
pneumonie d’hypersensibilité comme la maladie des éleveurs
d’oiseau ou le poumon de fermier, ou encore une hémorragie
alvéolaire diffuse.
* Vaisseaux pulmonaires :
La survenue d’une dyspnée aiguë est l’un des symptômes majeurs
de l’embolie pulmonaire, avec les douleurs thoraciques et la tachypnée.
Elle peut cependant être absente dans environ 15 % des
cas, lorsque le tableau clinique est celui d’un infarctus pulmonaire
ou d’un collapsus circulatoire.
* Plèvre
:
Un pneumothorax spontané entraîne une dyspnée aiguë, plus
volontiers lorsqu’il complique une pathologie respiratoire
préexistante, comme un emphysème ou une pathologie
interstitielle.
* Dyspnée sine materia :
Le plus souvent après un choc émotionnel, une symptomatologie
polymorphe regroupée sous le nom de syndrome d’hyperventilation
peut s’installer.
Un des éléments d’orientation est la sensation
d’avoir des difficultés à respirer à fond, contrastant avec un rythme
respiratoire, y compris pendant la parole, entrecoupé d’inspirations
profondes de type baillements.
Une telle situation, très stressante
pour la victime, peut être rapidement corrigée par la réinspiration
dans un sac.
Ces dyspnées surviennent préférentiellement chez des
sujets relativement jeunes (habituellement de moins de 45 ans).
4- Dyspnées chroniques
:
* Voies aériennes supérieures
:
Une sténose après intubation ou trachéotomie prolongée, une
compression sévère de la trachée par un goitre plongeant, une
tumeur trachéale, entraînent une réduction progressive du calibre
des VAS, se traduisant d’abord par une dyspnée d’effort.
L’étiologie
est précisée par des boucles débit-volume inspiratoire et expiratoire, une
exploration radiologique et une endoscopie.
* Voies aériennes inférieures :
+ Bronchopneumopathies chroniques obstructives
:
Le malade s’adapte longtemps à la limitation lente de ses possibilités
physiques et ne consulte généralement que lorsque son VEMS a
chuté jusqu’à environ 50 % de la valeur prédite, c’est-à-dire après 50
ans.
L’examen physique n’est pas suffisamment précis, de sorte
qu’une spirométrie est absolument indispensable, de préférence
complétée d’une mesure des volumes statiques (le degré de
distension pulmonaire est correlé à la sensation de dyspnée) et du
transfert du monoxyde de carbone (celui-ci peut être beaucoup plus
réduit que ne l’est la spirométrie en cas d’emphysème prédominant).
Pour une appréciation plus précise de la capacité physique, il faut
recourir à un test de marche de 6 (ou 12) minutes ou à une épreuve
d’effort sur bicyclette ergométrique ou tapis roulant.
Le degré de
dyspnée n’est pas relié étroitement aux gaz du sang artériel, mais en
cas d’hypoxémie prononcée, une oxygénothérapie continue améliore
les performances.
+ Asthme chronique :
De nombreux asthmatiques, sans facteur de risque de BPCO, voient
au fil des années un trouble ventilatoire obstructif permanent
s’installer et un fond de dyspnée d’effort chronique peut alors se
superposer aux crises d’asthme classiques.
La spirométrie et les tests
de bronchodilatation sont indispensables pour une évaluation
correcte de leur état respiratoire.
* Pneumopathies interstitielles
:
Les plus fréquentes sont, chez le sujet jeune, la sarcoïdose et, chez le
sujet plus âgé, la fibrose pulmonaire idiopathique.
La dyspnée
d’effort en est, parfois avec la toux, le symptôme cardinal.
Leur bilan
nécessite au minimum un examen tomodensitométrique et un bilan
fonctionnel approfondi au repos et à l’effort.
* Maladies cardiaques :
La dyspnée d’effort et la fatigue sont les deux symptômes
principaux d’une défaillance cardiaque chronique.
La dyspnée,
plutôt que l’angor classique, peut aussi être le seul symptôme d’une
insuffisance coronarienne.
La nature de la dyspnée ne permet pas
un diagnostic différentiel précis entre dyspnée d’origine cardiaque
et dyspnée d’origine respiratoire.
Outre les signes d’accompagnement,
le recours à des examens complémentaires simples
(électrocardiogramme, radiographie du thorax, spirométrie,
échographie cardiaque) permet d’orienter le diagnostic et, en cas de
doute persistant ou d’association des deux types de problème, une
épreuve d’effort devient utile.
* Maladies vasculaires pulmonaires :
L’hypertension artérielle pulmonaire primitive et l’hypertension
artérielle thromboembolique doivent être évoquées lorsqu’une
dyspnée chronique n’a pas trouvé d’explication (cf supra).
L’échographie cardiaque permet de suspecter le diagnostic, la
scintigraphie pulmonaire de perfusion d’en faire le diagnostic
différentiel de probabilité, mais le cathétérisme cardiaque droit et
l’angiographie pulmonaire sont incontournables, dans les cas
douteux et avant une thérapeutique lourde.
* Maladies pleurales :
La dyspnée d’effort est le symptôme principal des épanchements
pleuraux ou des séquelles pleurales significatives (fibrothorax).
* Maladies de la paroi thoracoabdominale :
Les cyphoscolioses sévères (évaluées par la mesure de l’angle de
Cobb) limitent la capacité respiratoire maximale, qui devient alors
un facteur limitant de l’exercice.
L’obésité morbide entraîne un
quasi-doublement de la consommation d’oxygène au repos, ainsi
que la consommation d’oxygène induite par le pédalage à vide ; dès
lors les possibilités d’effort sont réduites.
De plus, un certain
déconditionnement physique déclenche un abaissement du seuil
aérobie avec hyperventilation.
L’ensemble de ces facteurs sont
responsables de l’apparition de dyspnée, pour des charges
habituellement bien supportées par des sujets de poids normal.
* Varia :
Toutes les circonstances aboutissant à une amputation des
possibilités ventilatoires (séquelles pleurales, séquelles
parenchymateuses) abaissent le seuil de dyspnée.
En outre, il ne faut
pas oublier les facteurs extrapulmonaires, tels qu’une anémie
significative, une hyperthyroïdie…
C - DOULEURS THORACIQUES :
La cage thoracique est une structure complexe, dans laquelle
cohabitent de multiples organes et tissus, tous susceptibles de
réaction douloureuse, à l’exception des poumons eux-mêmes !
En
outre, des douleurs prenant leur origine au cou, aux bras ou à
l’abdomen peuvent être référées et perçues comme si elles étaient
d’origine thoracique.
Une liste quasi exhaustive des différentes
causes de douleurs thoraciques peut être trouvée dans un article de
revue de Curley et Wilson.
L’expression mnémotechnique PQRST
aide à la description des douleurs thoraciques :
– P : facteurs provocants/palliatifs ;
– Q : qualité de la douleur ;
– R : région douloureuse ;
– S : sévérité ;
– T : évolution en fonction du temps.
Leur intensité peut être mesurée sur une échelle visuelle analogique
entre les deux descriptifs extrêmes 0 et 10.
Deux classes principales de neurones contribuent à la perception de
la douleur :
– les mécanorécepteurs à seuil élevé sont d’abord recrutés et
transmettent les douleurs « primaires », une sensation bien localisée
et discriminante (par exemple douleur tranchante, comme une
piqûre), persistant aussi longtemps que le stimulus aigu est présent ;
– les nocicepteurs polymodaux recrutés lorsque le stimulus initial
est suffisamment puissant et transmettant les douleurs
« secondaires », une sensation de brûlure persistante et plus diffuse.
Les douleurs thoraciques peuvent être séparées en deux grandes
catégories :
– les douleurs d’origine somatique, prenant naissance dans la peau,
les tissus sous-cutanés, les os et les muscles de la paroi, ainsi que
dans la colonne vertébrale ; leur caractère est décrit comme une
sensation de froid, de brûlure, de chaud, de piqûre, de coup de
couteau ; elles peuvent rester localisées ou irradier selon le dermatome atteint ;
– les douleurs d’origine viscérale, se présentant plus comme un
inconfort que comme une véritable douleur ; plus sourdes et perçues
comme ennuyeuses, elles sont décrites comme une sensation de
pression, d’oppression ou de serrement, mal localisées, débordant
du territoire où elles sont sensées prendre naissance, et volontiers
irradiées.
Leur localisation préférentielle, plutôt rétrosternale ou plutôt
latérothoracique, aide à orienter le diagnostic différentiel.
1- Douleurs à prédominance rétrosternale :
*
Dissections de l’aorte
:
Une douleur sévère est leur symptôme cardinal ; l’impression est
celle d’un coup de couteau ou d’une déchirure antérothoracique,
pouvant irradier vers le cou, la gorge, les joues ou les dents.
La
douleur peut migrer au fur et à mesure que la dissection progresse.
Lors d’une dissection distale, la douleur est plutôt interscapulaire.
* Angor :
L’inconfort ou la douleur (sensation d’oppression, de lourdeur, voire
de brûlure) sont ressentis rétrosternalement et profondément, et
peuvent irradier vers le bras gauche, jusqu’à la partie médiale de
l’avant-bras, du poignet et des doigts.
Plus rarement, ils irradient
vers le cou, les joues, l’épaule, les dents, le dos ou le bras droit.
* Infarctus du myocarde :
La douleur est de type angineux, plus sévère voire intolérable, non
calmée par le repos ou la trinitrine, durant généralement plus de
30 minutes.
À noter que tant l’angor que l’infarctus peuvent être perçus comme
de la dyspnée plutôt que douloureux.
* Péricardites aiguës
:
La douleur est rétrosternale ou parasternale gauche, irradiant vers
le cou ou le trapèze.
Elle peut s’accompagner d’une douleur pleurale
et être modulée par les mouvements respiratoires, aggravée par la
toux, calmée par la position assise ou penchée en avant.
* Hypertension artérielle pulmonaire primitive :
Lorsqu’elle est présente, la douleur est précordiale, irradiant peu si
ce n’est vers le cou, aggravée à l’effort.
* Maladies oesophagiennes :
Les principales ici en cause sont le reflux gastrooesophagien
(douloureux dans un tiers à la moitié des cas) et les troubles de la
motilité.
La douleur oesophagienne peut en imposer pour une
douleur angoreuse, au point d’être aggravée par l’effort et calmée
par la prise de trinitrine.
Si elle est accompagnée de pyrosis ou de
régurgitation, une origine oesophagienne devient plus suspecte.
* Maladies du médiastin
:
Une médiastinite résultant le plus souvent d’une rupture de
l’oesophage ou un pneumomédiastin, spontané ou accompagnant un
pneumothorax, peuvent être douloureux.
2- Douleurs à prédominance latérothoracique :
*
Douleurs pleurales
:
Elles résultent de l’étirement ou du frottement de la plèvre pariétale
enflammée, décrites comme tranchantes comme un couteau et de
localisation plutôt superficielle.
Elles sont aggravées par la toux,
l’inspiration profonde, les changements de position, et aisément
localisables. Les douleurs prenant leur origine dans la plèvre
diaphragmatique peuvent être référées vers l’épaule (le dôme est
innervé par le nerf phrénique issu des racines cervicales C3-C5),
tandis que les douleurs d’origine thoracique basse peuvent être
référées vers l’abdomen.
Les causes les plus fréquentes sont les pleurésies virales ou
idiopathiques, l’embolie pulmonaire, les pneumonies.
Elles sont
également éventuellement présentes dans les pleurésies
néoplasiques, les pleurésies accompagnant les collagénoses, le mésothéliome malin.
De même, le symptôme prédominant du
pneumothorax spontané est la douleur pleurale présente dans 90 %
des cas.
* Douleurs pariétales :
+
Douleurs cutanées
:
Les douleurs herpétiques, suivant habituellement le trajet d’un dermatome, peuvent apparaître avant l’éruption typique.
Elles
peuvent également persister après la guérison du zona, en
particulier chez les sujets âgés.
Elles peuvent être exacerbées par un
simple toucher.
+ Douleurs musculaires :
– Le syndrome de « click précordial » est une douleur brève (moins
de 3 minutes) centrée dans la région de la pointe du coeur, survenant
surtout chez les sujets jeunes et au repos.
– La fibromyalgie est caractérisée par une douleur chronique diffuse
bilatérale, pouvant n’atteindre que le thorax, s’accompagnant de
raideur.
Pour que le diagnostic soit retenu, au moins trois sites
doivent être atteints depuis au moins 3 mois. Sont également
présents : de l’anxiété et du stress, une activité physique exagérée
ou déficitaire, une modulation par des changements de temps, une
fatigue générale, un sommeil de piètre qualité, des céphalées, un
intestin irritable.
– Le syndrome de la gaine pectorale résulte d’un travail exagéré et
inhabituel des muscles pectoraux.
+ Douleurs ostéoarticulaires :
– Les costochondrites, et notamment le syndrome de Tietze, qui
atteint de préférence la deuxième ou la troisième jonction
costochondrale, qui peuvent être gonflées.
– La xiphodynie résulte d’une inflammation de la région
xiphosternale ; elle est aggravée par simple pression de cette région.
– Les lésions costales, notamment les traumatismes ou les fractures
secondaires, donnent une douleur élective.
– Les lésions de la colonne vertébrale cervicale ou dorsale peuvent
résulter en une compression d’une racine nerveuse.
– Les lésions de l’épaule, ou reférées vers l’épaule, comme lors du
syndrome de Pancoast.
– Le syndrome du défilé thoracique se manifeste surtout par des
compressions vasculaires.
+ Seins
:
Plusieurs maladies du sein chez la femme (mastite, mastodynie,
moins fréquemment cancer) et la gynécomastie chez l’homme
peuvent être douloureuses.
D - HÉMOPTYSIES :
Une hémoptysie est une émission, par la toux, de sang provenant
du poumon ou des voies aériennes sous-glottiques ; elle peut varier
entre le simple filet de sang mêlé à une expectoration et une
hémorragie massive.
L’importance de l’hémoptysie n’a pas de
relation avec le facteur causal, mais détermine le pronostic.
Plus de 90 % des hémoptysies prennent naissance à partir de la
circulation bronchique ; font exception l’anévrisme de Rasmussen,
les malformations artérioveineuses, les infarctus pulmonaires, les
abcès pulmonaires et parfois la décompensation cardiaque
congestive.
Sur le plan clinique, il est intéressant de séparer les
hémoptysies en deux catégories, les massives (plus de 200 mL en
24 heures) et les non massives.
1- Hémoptysies non massives
:
– La bronchite chronique et les bronchiectasies sont la cause la plus
fréquente de crachats striés de sang.
– La tuberculose aiguë, vu la réduction progressive de sa prévalence
en Europe occidentale, est moins fréquemment en cause.
Ses
séquelles, telles que bronchiectasies ou broncholithiases d’une part,
cavité séquellaire avec anévrisme de Rasmussen ou colonisation par
Aspergillus d’autre part, méritent d’être rappelées.
– En cas de cancer du poumon, une hémoptysie est le symptôme
princeps dans environ 10 % des cas, mais augmente en fréquence au
cours de l’évolution.
Elle est plus fréquente (environ un tiers des
cas) dans les tumeurs vascularisées comme le carcinoïde.
– La décompensation cardiaque congestive peut entraîner une
hémoptysie par rupture de veinules ou de capillaires pulmonaires
distendus, mais aussi par rupture d’une veine bronchique.
La
sténose mitrale était anciennement une cause très fréquente
d’hémoptysie.
– En cas d’embolie pulmonaire, la survenue d’une hémoptysie
signifie infarctus pulmonaire ou atélectasie congestive, ou encore
consolidation hémorragique.
– Dans la mucoviscidose, les hémoptysies augmentent en fréquence
avec l’âge.
– Les contusions thoraciques et les plaies pénétrantes peuvent
entraîner une dilacération ou un hématome pulmonaire.
– Des hémorragies pulmonaires diffuses se rencontrent au cours de
maladies de système, comme le syndrome de Goodpasture ou la
granulomatose de Wegener, ou encore le lupus érythémateux.
– Les fistules artérioveineuses de la maladie de Rendu-Osler-Weber
peuvent parfois saigner.
– Les anticoagulants oraux sont la cause principale de saignement
diffus induit par des médicaments.
– En cas d’hémoptysie récidivant à la période menstruelle, le
diagnostic d’endométriose ectopique doit être évoqué.
– Aucune cause n’est retrouvée dans 10 à 30 % des cas ; l’évolution
de ces cas est généralement favorable.
2- Hémoptysies massives
:
Elles représentent moins de 5 % de toutes les causes d’hémoptysies ;
la majorité est attribuable à un cancer bronchique ou des
bronchiectasies, un abcès pulmonaire, un aspergillome sur ancienne
tuberculose, une mucoviscidose.
En clinique, il n’est pas toujours aisé de séparer une hémoptysie
vraie d’une émission de sang à partir des VAS ou d’une
hématémèse.
Un examen attentif des muqueuses gingivales et de la
langue, ainsi que du nasopharynx, est toujours utile.
Les éléments suivants aident à séparer hémoptysie d’hématémèse,
ils sont indiqués hémoptysie versus hématémèse :
– après effort de toux/après vomissement ;
– sang spumeux/sang non spumeux ;
– sang rouge/sang noirâtre ;
– histoire de maladie respiratoire/histoire de maladie digestive ;
– pH alcalin/pH acide ;
– sang mêlé avec macrophages/sang mêlé avec déchets de
nourriture.
E - SIFFLEMENTS ET RONFLEMENTS :
Beaucoup de malades sont capables de percevoir leur respiration
lorsqu’elle devient bruyante ; les sifflements thoraciques peuvent
donc à la fois être un symptôme et un signe physique (sibilances,
ronchi).
L’existence d’un sifflement indique la présence d’un
rétrécissement diffus ou localisé de tout ou partie de l’arbre
respiratoire.
Ils peuvent prédominer en inspiration ou en expiration ;
les sifflements d’origine extrathoracique prédominent en inspiration
par le jeu des variations de pression transmurale.
Le stridor est une
variété de sifflement présent pendant toute l’inspiration et de
caractère monophonique.
L’existence d’une respiration sifflante est encore trop souvent
assimilée à la maladie asthmatique.
Cependant, dans une étude
prospective, la cause la plus fréquente (près de 50 % des cas) est
l’écoulement nasal postérieur !
Une respiration sifflante est associée
entre autres aux trachéobronchites aiguës et au rhume banal, aux BPCO, à l’oedème pulmonaire, au syndrome d’aspiration
chronique…
Les ronflements sont un bruit inspiratoire généré pendant le
sommeil suite à la mise en vibration des parois de l’oropharynx.
Ils peuvent varier en sévérité d’un ronflement intermittent
en décubitus dorsal, favorisé par la prise d’alcool ou d’un
hypnotique, jusqu’au ronflement quasi ininterrompu et dans toutes
les positions.
Le diagnostic est plus aisément fait par le partenaire
ou par un membre de la famille.
Les ronflements peuvent être le
témoin d’un syndrome d’apnées obstructrices du sommeil (SAOS)
notamment chez les obèses, chez lesquels peut être réalisé le
syndrome de Pickwick.
La fréquence du ronflement dans une population adulte est plus
importante chez l’homme que chez la femme, et a tendance à
augmenter avec le vieillissement ; beaucoup d’études
épidémiologiques sont cependant biaisées par le fait que la question
« ronflez-vous ? » a été posée aux sujets eux-mêmes plutôt qu’à leur
partenaire.
Un chiffre approximatif de 40 % chez l’homme et 30 %
chez la femme semble pouvoir résumer ces données parfois
discordantes.
L’histoire clinique diurne aide peu à un diagnostic différentiel entre
un ronflement simple nuisance et un ronflement signal d’un SAOS ;
toutefois, une tendance à l’endormissement pendant une
conversation ou la conduite automobile font penser à un SAOS.
Un
diagnostic précis ne peut être atteint que par une polysomnographie.
F - HALITOSE ET HOQUET :
1- Halitose :
L’halitose est appelée communément « mauvaise haleine » ; elle est
perçue non pas par le malade mais par un spectateur.
La
plupart du temps, elle prend son origine dans la cavité buccale,
résultant de la production de composés volatils suite à la
putréfaction d’un substrat endogène ou exogène par des microorganismes,
une accentuation d’un mécanisme normal.
Le
mécanisme est aggravé par le ralentissement du flux salivaire
pendant le sommeil.
Le risque d’halitose est fortement réduit par
des mesures d’hygiène buccale.
Des régurgitations sur diverticule
de Zenker ou par reflux gastrooesophagien peuvent également être
à l’origine de l’halitose.
Certaines maladies pulmonaires peuvent
également être concernées, et en particulier les infections à germes
anaérobies telles qu’un abcès ou des bronchiectasies.
L’haleine du fumeur invétéré permet de le repérer sans peine, de
même que la consommation d’ail, d’oignons, de poireaux ou de
certaines épices est aisément détectable.
Certaines maladies systémiques peuvent également être détectées à
l’odorat :
– l’odeur d’acétone de l’acidocétose diabétique ;
– l’odeur de foie cru (fetor hepaticus) de la cirrhose ou de
l’insuffisance hépatique ;
– l’odeur de poisson ou d’ammoniaque de l’insuffisance rénale ;
– l’odeur fétide de certaines histiocytoses.
2- Hoquet
:
Le hoquet est dû à une contraction brutale involontaire des
muscles inspiratoires, suivie rapidement par une fermeture de la
glotte produisant un bruit caractéristique.
On parle d’accès de
hoquet lorsque plus de sept se succèdent ; ces accès sont plus
fréquents le soir.
Un hoquet aigu peut survenir spontanément ou être induit par
l’ingestion d’alcool, une distension gastrique, une excitation
émotionnelle…
Le hoquet est fréquent en situation postopératoire,
favorisé par une distension gastrique ou un iléus, après chirurgie
abdominale.
De multiples causes sont soupçonnées à l’origine d’un hoquet
récidivant ou persistant plus de 48 heures :
– provenant du système nerveux central : traumatismes, infections,
lésions vasculaires ;
– provenant de la tête et du cou : laryngite, pharyngite, tumeurs
diverses ;
– d’origine thoracique : maladies pleurales, lésions du médiastin,
infarctus du myocarde inférolatéral, irritation du diaphragme etc ;
– d’origine abdominale : ce sont les causes les plus fréquentes, allant
de lésions diverses de l’oesophage, y compris le reflux gastrooesophagien, aux lésions de l’estomac, en passant par de
nombreuses maladies intestinales, sans oublier les péritonites et
abcès abdominaux ;
– d’origine métabolique : urémie, diabète, troubles ioniques etc ; les
patients en état terminal peuvent également souffrir d’un hoquet
persistant ;
– d’origine médicamenteuse : certains antibiotiques, barbituriques, antitumoraux…