Scoliose idiopathique de l’adulte (Suite) Cours de l'appareil locomoteur
Traitement conservateur
:
A - TRAITEMENT MÉDICAL :
Il n’existe pas de traitement médical spécifique de la scoliose.
L’apport nutritionnel équilibré est d’autant plus important que le
sujet est plus âgé.
Les stratégies médicamenteuses voire hormonales
doivent assurer le meilleur capital osseux possible, pour éviter le
facteur aggravant que représente l’ostéoporose (en absorptiométrie
il faut faire la moyenne des deux cols fémoraux du fait de
l’asymétrie liée à la scoliose ; la déformation rachidienne rend
difficilement interprétable l’examen au niveau de la colonne).
Si les différentes classes d’antalgiques peuvent être utilisées, ces
médicaments ne concernent que la conséquence d’une contrainte
qu’il faut impérativement traiter.
Ce raisonnement s’applique aussi
pour les tensions musculaires.
Il en est de même des infiltrations
des articulaires postérieures.
La physiothérapie est souvent
décevante du fait de la profondeur des sites à atteindre ; en
revanche, les courants antalgiques sont souvent bénéfiques.
S’il
existe une cause de dysfonctionnement musculaire, il faut la traiter
(dépression, Parkinson, problèmes endocriniens, médicamenteux ou
métaboliques…).
La psychothérapie est souvent utile pour des
malades inquiétés par leur aspect et leur devenir ; elle est une des
composantes introduites pour les douleurs, surtout s’il existe des
réactions physiques et psychiques inadaptées.
B - RÉÉDUCATION :
Elle a pour but d’entretenir la meilleure souplesse possible, pour
conserver de bonnes possibilités fonctionnelles et réajuster les
aplombs et les courbures rachidiennes dans les activités de la vie
quotidienne grâce à une musculature adaptée, évitant ainsi les
contraintes délétères.
Les moyens sont :
– les assouplissements, qui doivent être entrepris en décharge
(couché ou en suspension partielle) aboutissant à la décoaptation
des concavités, indispensable à la mobilité des articulaires et au
maintien d’une homéostasie discale optimale.
La musculature est
impérativement détendue (contractures, rétractions, tensions
psychogènes…).
Les techniques de réajustement musculaire et de
musculation sont exécutées sans douleur (techniques d’antalgie en
fonction du site et des causes de la douleur).
Ils concernent les
rétractions à distance (ceintures scapulaire et pelvienne) pour
assurer l’autonomie du tronc par rapport aux membres. Ils
conduisent à retrouver un profil correct facilité par l’automatisation
des autograndissements autour d’un axe de gravité bien centré ;
– la proprioception est développée pour repérer la position idéale ;
– la musculation se fait sur des muscles relâchés, en position
corrigée : couché puis debout et sur des gestes variés, sans oublier
la musculature pelvienne qui contribue à la bonne orientation du
bassin ;
– la reprogrammation neuromotrice automatise le retour en bonne
position à chaque instant ;
– les massages contribuent pour une part à chacune de ces étapes :
détente, rétraction, proprioception, musculation ;
– le réentraînement aux efforts supprime la tachycardie et la
dyspnée corollaire, qui désadaptent l’équilibre harmonieux du rachis
au moindre effort ;
– la rééducation respiratoire : les tensions périthoraciques (dont
celles des accessoires respiratoires) qui freinent le jeu des côtes sont
libérées.
Les mouvements diaphragmatiques sont facilités par
l’autograndissement, voire la suspension ou la position couchée. Les
volumes mobilisés sont accrus.
La mixique est améliorée par
l’utilisation des volumes dans le champ de l’expiration ;
– l’ergothérapie participe à l’ajustement réciproque sujet-environnement.
La mise en oeuvre de cette rééducation est liée à la capacité du sujet
à se prendre en charge.
On ne traite que ce qui est déficient en
sachant parfois le rôle psychothérapeutique de la rééducation qu’il
faut maîtriser pour ne pas appliquer une stratégie de soins
inadaptée.
Le sujet doit apprendre et réaliser seul sa rééducation,
qui est régulièrement contrôlée et qui reconduit à une nouvelle
prescription en cas d’imperfection.
Aucune méthode ne répond aux
objectifs du traitement de la scoliose, mais chaque méthode
comporte des éléments à ne pas négliger.
Le prescripteur évalue les résultats au terme de la phase de soins.
Les résultats de la rééducation sont difficiles à évaluer car il n’y a
rien de très objectif.
La rééducation ne semble pas influencer le
pronostic évolutif des courbures. Elle soulage 40 % des sujets
douloureux.
La compétence pédagogique du kinésithérapeute est
très importante.
Il existe des cas particuliers :
– l’insuffisance respiratoire pose des problèmes généralement audelà
de 40 ans pour des courbures de plus de 100°.
Les principes de
la rééducation restent les mêmes.
Lorsque la décompensation est
analysée par la détérioration de la polysomnographie, les
modifications cardiopulmonaires et la biologie, la ventilation
nocturne non invasive s’impose.
Elle offre des résultats
spectaculaires ;
– l’évolution cyphosante conduit à la prescription de cannes
canadiennes dont la hauteur est réglée en position redressée.
Ce
réajustement antéropostérieur du tronc est également réalisé tout au
long de la journée grâce à des appuis correctement disposés en avant
du sujet, pour permettre le transfert de la masse corporelle sur les
membres supérieurs, facilitant ainsi la mise en décharge du rachis et
son réajustement.
Lorsque la réaction du sujet n’est plus suffisante pour s’autocorriger,
le traitement orthopédique peut être envisagé.
C - ORTHOPÉDIE CONSERVATRICE
:
Elle inclut les lombostats et les corsets.
Ces orthèses sont des aides à
l’autocorrection apprise et développée grâce aux stratégies
rééducatives correctement enseignées ; elles ne sont réalisées qu’en
position de correction ; elles n’habillent pas la déformation ; elles
respectent les viscères pour éviter l’hyperpression abdominale
révélatrice de hernie hiatale ou prolapsus non décompensé.
En cas
d’insuffisance respiratoire, la contrainte imposée par l’orthèse doit
améliorer le couple abdominodiaphragmatique pour éviter toute
décompensation par diminution de la capacité vitale.
La prescription et la réalisation sont guidées et contrôlées par le
médecin, qui conseille l’orthoprothésiste.
L’ablation du corset est habituellement prévue au terme du sixième
mois, volontiers remis à titre temporaire, comme une aide aux
« mauvais passages ».
1- Lombostats standards
:
Ils sont utiles sur un rachis souple et musclé pour améliorer l’effet
de la sangle abdominale et l’abaissement des auvents chondrocostaux, facilitant ainsi la délordose et le réajustement des
aplombs.
2- Lombostats sur mesure :
En coutil baleiné plus ou moins renforcé, voire montés sur une cage,
ils relient le thorax au pelvis ; la disposition relative de ces deux
zones assure un réajustement de l’axe du tronc et de la courbure
lombaire.
Le montage est difficile du fait de l’asymétrie du pincetaille.
Le croisement des baleines sur les épineuses et les pointes de
transverse convexes engendre des douleurs difficilement
supportables.
Un tel appareil n’assure pas de force décoaptante.
3- Traitement orthopédique :
L’inflammation, les tensions musculaires, les réactions intercorporéales et articulaires des concavités des courbes lombaires
ou dorsolombaires et de la contre-courbure lombosacrée imposent
une force longitudinale décoaptante pour supprimer les contraintes
et retrouver une mobilité suffisante pour réajuster les aplombs.
Cette
action réalisée par une traction en position debout est maintenue
par une prise basithoracique précise, qui remonte vers T8 en arrière
et sous le sillon sous-pectoral en avant, avec de bons appuis
latérothoraciques.
Le contre-appui est assuré sur le pelvis,
principalement sur les massifs iliaques antérieurs et le galbe fessier.
L’ajustement de l’axe de gravité et de la courbure dorsolombaire ou lombaire se fait grâce à l’ajustement relatif de ces deux zones.
Dans
les formes relativement souples, un corset précis en polyéthylène ou
polypropylène peut être prescrit d’emblée.
Les formes plus sévères
imposent plus de rigueur : le lombostat plâtré (qui peut être bivalvé)
assure une réduction très supérieure au corset ; il est porté 1 mois,
parfois renouvelé.
Il facilite l’apprentissage de la rééducation et de
la réadaptation.
Le corset est prescrit secondairement, il est porté
6 mois avec poursuite du programme de rééducation et de
réentraînement.
Ce traitement freine l’évolution annuelle qui passe de 2° à 0°14 avec
un recul de plus de 8 ans ; parallèlement, plus de 20 % des sujets
sont soulagés ; l’intensité moyenne de la douleur pour ceux qui ne
sont pas soulagés est divisée par deux.
Néanmoins le traitement orthopédique a ses limites : il ne réduit
pas la scoliose.
Il n’est donc pas une alternative à la chirurgie.
Il
peut être proposé en étape préparatoire préliminaire ou en cas
d’impossibilité chirurgicale.
Le corsetage du tronc devient impossible lorsque la commande neuromotrice est déficiente ou lorsque le muscle s’est atrophié ; le
sujet ne pouvant réagir aux contraintes, soit celles-ci créent des
lésions cutanées, soit le sujet desserre l’orthèse qui perd alors son
efficacité.
Traitement chirurgical :
A - PROBLÈMES PÉRIOPÉRATOIRES
:
1- Évaluation préopératoire
:
Le risque lié à la chirurgie, majeur, et le risque lié à l’état de santé de
l’opéré (score ASA supérieur à 2, âge supérieur à 70 ans) imposent
une évaluation, réalisable par exemple au cours d’une
hospitalisation brève.
Le choix du bilan s’appuie sur le type
d’intervention, et plus encore sur la clinique.
La fonction respiratoire s’évalue sur l’examen, le cliché pulmonaire,
la gazométrie sanguine et l’exploration fonctionnelle respiratoire.
La
valeur prédictive de ce bilan est de plus en plus controversée face à
des données simples cliniques et biologiques : elles s’avèrent
prépondérantes dans l’Index de risque d’Arozullah, prédisant
l’insuffisance respiratoire postopératoire.
Le bilan cardiovasculaire comporte au minimum, après examen, un
électrocardiogramme (ECG), et en cas d’anomalie respiratoire une
échographie cardiaque.
Les tests dynamiques ne sont prescrits qu’en
fonction des recommandations du Collège américain de cardiologie.
Pour cette chirurgie par essence fonctionnelle, l’évaluation apporte
une aide à la décision pour le patient, le chirurgien et l’anesthésiste.
2- Transfusion autologue :
Malgré un saignement important (0,3 à 0,5 fois la masse sanguine)
la transfusion reste très souvent autologue exclusive.
Elle requiert
en préopératoire des dons séquentiels bien tolérés même chez les
sujets âgés, parfois une érythrophérèse, avec l’aide éventuelle par
l’érythropoïétine dans les deux cas.
L’évaluation a aussi pour rôle
d’en dépister les contre-indications, et de fixer l’anémie tolérable en périopératoire.
Enfin, pendant l’opération, il est très efficace et
indispensable de récupérer le saignement, a fortiori s’il prend une
ampleur inhabituelle : les machines type cell-saver en restituent une bonne part
sous forme de concentrés d’hématies lavées.
3- Antibioprophylaxie périopératoire
:
Les arthrodèses vertébrales étendues obéissent selon les experts aux
mêmes règles que la chirurgie classe 1 dite hyperpropre, type
prothèse articulaire totale.
Les recommandations de la Société
française d’anesthésie-réanimation préconisent en première intention
une céphalosporine de deuxième génération pour une durée
maximale de 48 heures.
4- Prévention de la maladie thromboembolique (MTE)
:
Le risque, modéré pour cette chirurgie, mais possiblement majoré
par les interventions prolongées et/ou les abords antérieurs, doit
aussi être apprécié par rapport au terrain de l’opéré.
Il reste mal quantifié et pose toute la problématique de sa
prévention en chirurgie du rachis.
L’évolution récente comporte,
outre la classique contention par bas et la très rare compression
plantaire intermittente, le recours fréquent en Europe aux héparines
non fractionnées, et maintenant aux héparines de bas poids
moléculaire (HBPM) dès la 24e heure postopératoire.
5- Lutte contre la douleur postopératoire
:
Elle se fonde sur l’analgésie intraveineuse, la morphine en mode
autocontrôlé par le patient étant reconnue comme la méthode de
référence.
Paracétamol et anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)
(inhibiteurs Cox 1 ou 2) lui sont le plus souvent associés, selon des
protocoles de prescription et d’évaluation conformes aux consensus.
Quant aux voies d’administration intrathécale ou périmédullaire,
très efficaces, leur rapport avantages/inconvénients reste à évaluer.
Il faut rappeler ici les inconvénients des morphiniques, notamment
hallucinations et difficultés de reprise du transit intestinal.
B - TECHNIQUES CHIRURGICALES
:
La chirurgie dans la scoliose de l’adulte comprend trois actes
chirurgicaux principaux qui sont la libération des courbures,
l’instrumentation et la réduction de la déformation, et enfin la greffe
osseuse afin d’obtenir une fusion définitive en bonne position.
1- Interventions de libération
:
Leur but est de faciliter la réduction des déformations scoliotiques
et de décomprimer si nécessaire les éléments neurologiques.
Elles
sont capitales car les courbures chez l’adulte sont habituellement
raides (lésions arthrosiques discales et articulaires) et leur réduction
spontanée ne permet pas dans la plupart des cas d’obtenir un
résultat satisfaisant.
* Intervention de libération antérieure
:
L’abord chirurgical antérieur pour libération se fait du côté de la
convexité de la courbure.
Il est conventionnel pour les régions thoracolombaires et lombaires, il peut être endoscopique pour la
colonne thoracique afin de diminuer les douleurs postopératoires et
les séquelles esthétiques.
Le geste de libération repose sur des dissectomies étagées réalisées de part et d’autre du sommet de la
courbure.
Le disque est réséqué presque totalement jusqu’au
ligament commun vertébral postérieur.
Le nombre des dissectomies
varie entre cinq et sept en fonction de la courbure.
Les ostéophytes
et ponts osseux seront enlevés.
Au niveau thoracique, les têtes
costales peuvent aussi être enlevées pour obtenir plus de mobilité.
Pour les déformations particulièrement raides et déséquilibrées,
Bradford propose une intervention de résection et de
raccourcissement vertébral.
La colonne est abordée en réalisant un
lambeau ostéopériosté.
Les disques sont enlevés et les corps
vertébraux sont réséqués par petits morceaux jusqu’au ligament
commun vertébral postérieur.
Les morceaux d’os sont ensuite
repositionnés, et le lambeau ostéopériosté vertébral est suturé.
Cette
technique, qui n’est pas sans danger, doit être réservée au cas où la
libération antérieure par dissectomies étagées risque d’être
insuffisante pour rééquilibrer la colonne.
* Intervention de libération postérieure
:
La libération postérieure est menée après un abord large jusqu’aux
transverses de part et d’autre de la colonne. Les ponts osseux
arthrosiques sont réséqués.
On attache une importance particulière
à la résection des épineuses, de la partie caudale de lames et surtout
à la partie inférieure des massifs articulaires inférieurs, afin de
pouvoir retrouver une certaine mobilité en lordose.
Parfois de véritables ostéotomies étagées de l’arc postérieur sont
nécessaires pour obtenir une mobilité nécessaire à la réduction.
Lorsqu’il existe des compressions radiculaires centrales ou foraminales, le geste de libération est associé à un geste de
décompression par laminectomie ou foraminotomie, selon les
techniques utilisées dans les sténoses lombaires dégénératives.
Lorsque la déformation est à l’origine d’une gibbosité thoracique
importante, un geste de gibbectomie par voie postérieure peut
être associé.
Par la même voie d’abord postérieure médiane, on
peut se déplacer latéralement vers la partie saillante des côtes.
Environ quatre à cinq côtes sont abordées en sous-périosté et
réséquées sur une longueur de 5 à 7 cm pour réaliser une
thoracoplastie.
2- Interventions d’instrumentation et de réduction
des courbures :
Leur but est de corriger la déformation scoliotique dans le plan
frontal et sagittal, et de maintenir cette correction jusqu’à la fusion définitive.
Les instrumentations modernes ont permis de simplifier
les suites opératoires.
Les patients peuvent être levés précocement
sans immobilisation postopératoire.
* Instrumentations antérieures
:
Les instrumentations antérieures dans la chirurgie de la scoliose sont
utilisées depuis l’apparition du matériel de Dwyer.
Actuellement, elles utilisent une tige rigide pour la réduction, qui peut se faire en
associant une rotation de la tige et une compression entre les
différents niveaux vertébraux instrumentés.
Cette technique est
particulièrement indiquée pour les scolioses thoracolombaires où
elle a l’avantage de bien corriger un déséquilibre frontal et de
sauvegarder des niveaux lombaires en réalisant des montages plus
courts qu’une instrumentation postérieure.
Son principal
inconvénient est le risque d’aggraver la cyphose lors de la
réduction.
* Instrumentations postérieures :
Elles sont majoritairement utilisées.
Elles ont permis à la chirurgie
des déformations rachidiennes de faire d’énormes progrès depuis
l’utilisation de matériel à prise segmentaire.
Elles permettent
d’instrumenter la colonne vertébrale du rachis thoracique au bassin,
de corriger la déformation dans le plan frontal et sagittal, et
d’obtenir un montage solide.
La technique de réduction varie selon les instrumentations.
Elle peut
se faire par rotation de la tige dans le matériel de Cotrel Dubousset,
par alignement des segments vertébraux dans le matériel Colorado
de Roussouly, ou bien par cintrage in situ de la tige dans le matériel
SCS de Steib.
Nous ne rentrons pas dans le détail de ces différentes
techniques qui réunissent chacune les avantages de la prise
segmentaire.
Le choix du chirurgien se fait en fonction de son
expérience et de certaines particularités du matériel notamment
pour les prises pelviennes solides, très utiles dans la chirurgie de la
scoliose de l’adulte.
3- Interventions de greffe osseuse
:
Leur but est d’obtenir une fusion définitive du rachis sur la zone
instrumentée.
Les greffes sont constituées de greffons osseux
autogènes prélevés sur le rachis (épineuse, articulaires, produits de
décortication), les crêtes iliaques ou les côtes (gibbectomie).
Elles
sont positionnées après une préparation minutieuse des zones
receveuses.
Les allogreffes et substituts osseux peuvent être utilisés,
mais plutôt mélangés aux autogreffes (greffes mixtes) que seuls.
* Greffe osseuse antérieure :
Elle est effectuée après dissectomie étagée et avivement des plateaux
vertébraux.
Elle doit être assez volumineuse pour ne pas entraîner
d’aggravation de la cyphose surtout au niveau lombaire.
On peut
utiliser des cages intersomatiques antérieures, qui permettent de
maintenir un espace intervertébral en lordose.
* Greffe osseuse postérieure
:
Les greffons osseux sont positionnés en fin d’intervention après un
avivement minutieux des arcs postérieurs vertébraux d’une
transverse à l’autre.
Les greffes par voie postérieure peuvent être positionnées au niveau intersomatique avec l’utilisation de cage.
Cette technique peut
parfois être utile pour corriger une discopathie lombaire basse avec
départ oblique.
C - INDICATIONS CHIRURGICALES
:
Les indications chirurgicales dans la scoliose de l’adulte dépendent
avant tout de l’âge du patient au moment du traitement chirurgical.
Les grandes périodes de la vie adulte sont pour nous au nombre de
quatre.
L’âge chronologique n’a qu’une valeur indicative.
Le chirurgien en
collaboration avec l’anesthésiste doit plutôt se référer, après le bilan
préopératoire, à l’âge physiologique pour proposer la meilleure
indication au patient.
Les trois premières phases ont été définies par Guillaumat.
Nous
avons choisi de rajouter une dernière phase chez le grand adulte, où
les problèmes d’indication sont fréquents et les possibilités
chirurgicales réduites.
1- Adulte jeune de 20 à 30 ans
:
Les patients bénéficiant d’un traitement chirurgical à cet âge ont
souvent été suivis à l’adolescence et traités orthopédiquement.
Une
évolution clinique et radiologique après l’arrêt du traitement
orthopédique peut amener à proposer un traitement chirurgical, afin
d’arrêter la progression des courbures.
Parfois, la scoliose est
découverte chez un adulte jeune où les possibilités de traitement
orthopédique sont dépassées.
Dans ces deux cas, les indications et
techniques chirurgicales sont les mêmes que chez l’adolescent.
Connaissant le risque prédominant d’aggravation des scolioses
lombaires, la chirurgie par voie antérieure des scolioses T11 L3 est
assez facilement proposée, et se fait le plus souvent par voie
antérieure avec une correction qui s’obtient sans dépasser vers le
bas L3 et en préservant les muscles paravertébraux.
2- Adulte vrai de 30 à 50 ans :
* Caractéristique générale des courbures
:
C’est le terrain de la scoliose idiopathique à l’âge adulte.
Le
phénomène rachidien qui caractérise le plus cette période est
l’apparition d’une raideur.
Les courbures scoliotiques sont beaucoup
moins réductibles que chez l’adolescent.
Le programme chirurgical
est plus important, associant généralement deux temps opératoires.
La raideur d’une courbure est appréciée lors du bilan préopératoire
par l’examen clinique et la réalisation de bending test.
Les courbures
sont souples lorsque la réductibilité est supérieure à 50 % ; elles sont
raides lorsque la réductibilité est inférieure à 30 %.
La stratégie
opératoire qui en découle en fonction de la topographie est un
simple temps opératoire comme chez l’adolescent lorsque la
courbure est souple, alors qu’un double temps (premier temps de
libération de la courbure et deuxième temps de réduction, greffe
osseuse et instrumentation) est nécessaire pour obtenir un résultat
satisfaisant lorsque la courbure est raide.
* Signes fonctionnels associés à la scoliose durant cette période
de 30 à 50 ans :
Cette période est aussi caractérisée par l’apparition de signes
fonctionnels liés à la scoliose.
La douleur rachidienne est la plus
fréquente, viennent ensuite les problèmes esthétiques et les troubles
respiratoires.
D’une façon générale, l’indication opératoire est
d’autant plus justifiée qu’on observe une aggravation clinique et
radiologique, avec une charnière lombosacrée encore intacte qui
n’est pas à instrumenter.
+ Douleurs rachidiennes :
C’est le signe fonctionnel le plus fréquent chez les adultes
scoliotiques.
Comme dans le traitement de la lombalgie
chronique, la polémique persiste sur l’efficacité de la chirurgie dans
la prise en charge des douleurs rachidiennes des scoliotiques.
Les
douleurs ont des origines multiples qui doivent être bien étudiées,
et sont souvent associées à d’autres signes qui peuvent amener à la
chirurgie.
L’amélioration des douleurs rachidiennes après traitement
chirurgical des déformations scoliotiques est habituelle.
Néanmoins, nous restons très prudents pour porter une indication
chirurgicale dans le cas de douleurs rachidiennes isolées.
Le geste
opératoire, pour espérer être efficace à long terme, doit prendre en
compte toute la déformation rachidienne même si la douleur reste
limitée à un segment précis.
C’est pourquoi nous pensons que cette indication doit rester
exceptionnelle, chez des patients bien évalués, pour être à la hauteur
de la demande initiale.
+ Troubles esthétiques
:
Ils sont très fréquents.
La demande esthétique des patients dans la
prise en charge de leur déformation rachidienne devient de plus en
plus importante, dans un environnement où l’apparence est très importante pour la vie socioprofessionnelle et le bien-être.
Les
troubles esthétiques sont parfois dissimulés ou associés à des
douleurs rachidiennes.
L’interrogatoire et les scores fonctionnels
permettent de redonner à chacun des signes fonctionnels leur part
respective dans les plaintes des patientes.
Avec l’évolution des techniques d’anesthésie-réanimation et
chirurgicales, une intervention à visée essentiellement esthétique est
envisageable chez des patientes parfaitement bien conscientes du
programme chirurgical, de ses suites et de ses complications.
Pour les courbures thoraciques ou thoracolombaires, un geste de
gibbectomie peut être associé au traitement chirurgical de la scoliose.
La résection de la partie saillante des côtes permet une diminution
de la gibbosité et une meilleure symétrie thoracique.
Ce geste ne
doit pas être proposé chez les patients avec un état respiratoire limité
ou défaillant, sous peine de voir la fonction respiratoire s’aggraver.
+ Troubles respiratoires
:
Les troubles respiratoires importants sont devenus de plus en plus
rares avec la prise en charge thérapeutique précoce des scolioses
thoraciques.
L’insuffisance respiratoire survient surtout chez des
patients avec des courbures thoraciques dépassant les 100°, associées
à une lordose thoracique, des déformations importantes et une perte
de souplesse de la cage thoracique.
L’altération de la capacité vitale est plus précise que l’angle de Cobb
pour prédire la survenue à long terme d’une insuffisance
respiratoire.
L’attitude chirurgicale chez les insuffisants respiratoires est de
surveiller la fonction respiratoire, après mise en traction du patient
à l’aide d’un halo crânien.
Si elle s’améliore, une intervention de
correction arthrodèse par voie postérieure est indiquée, sinon
l’abstention chirurgicale est recommandée.
* Indications en fonction des courbures scoliotiques
:
+ Courbures thoraciques :
La plupart d’entre elles sont actuellement traitées à l’adolescence.
Les courbures thoraciques supérieures à 50° non traitées en fin de
croissance évoluent à l’âge adulte.
La demande thérapeutique est
souvent accentuée avec l’apparition des signes fonctionnels décrits
plus haut (douleur, demande esthétique).
Les courbures encore souples comprises entre 50 et 70° peuvent être
traitées par un simple temps chirurgical postérieur de correction,
fusion et instrumentation.
Pour les courbures raides ou supérieures
à 70°, nous préférons un double temps opératoire.
Le premier temps
repose sur une libération antérieure par dissectomie étagée, qui peut
être réalisée soit par une thoracotomie conventionnelle soit par
thoracoscopie qui apporte des avantages sur la douleur
postopératoire, les séquelles esthétiques et l’accès au plan du disque
pour effectuer la dissectomie.
Le second temps, postérieur,
comporte une correction arthrodèse avec instrumentation
segmentaire ; le rachis lombaire inférieur et la charnière lombosacrée
sont le plus souvent laissés libres.
Lors de ce temps opératoire et si la fonction respiratoire n’est pas
altérée, on peut effectuer une gibbectomie dont l’intérêt esthétique
est certain.
Sur certaines courbures importantes (> 90°) thoraciques
raides et sans insuffisance respiratoire, la technique de résection
vertébrale de Bradford peut être utilisée dans le premier temps
opératoire.
Le second temps postérieur est identique à celui cité plus
haut.
+ Courbures thoracolombaires et lombaires
:
Peuvent être traitées chirurgicalement à cet âge les courbures
scoliotiques dont le bilan préopératoire permet de planifier une
intervention qui préserve la charnière lombosacrée.
Si la fusion doit
descendre sur le sacrum, il est préférable de différer l’intervention à
la période d’âge adulte mûr du fait de son retentissement
fonctionnel.
Les courbures T11 L3 sont très souvent symptomatiques et
évolutives à l’âge adulte ; elles représentent durant cette période
l’essentiel du traitement chirurgical.
Pour ces courbures (T11 L3) symptomatiques et évolutives encore
souples et sans contre-courbure structuralisée, on peut proposer un
traitement par voie antérieure unique par thoraco-phrénolombotomie
avec dissectomies étagées, greffe osseuse et
instrumentation avec un matériel utilisant une tige rigide.
Les cages intersomatiques peuvent être utilisées sur les deux ou trois derniers
disques lombaires, afin d’éviter une perte de lordose importante.
La
limite inférieure de ce type de montage se situe sur les vertèbres L3
ou L4.
Il est capital d’obtenir en postopératoire un disque lombaire
sous-jacent au montage horizontal afin d’éviter une évolution
dégénérative.
Pour ces mêmes courbures raides sur les bendings test et/ou avec
une contre-courbure thoracique structuralisée, nous préférons un
double temps opératoire.
Le premier temps de libération antérieure
par thoraco-phréno-lombotomie comporte des dissectomies étagées
(cinq à six niveaux) de part et d’autre du sommet de la courbure.
Le
second temps opératoire de réduction-arthrodèse et instrumentation
est étendu de la région thoracique haute à la région lombaire basse
(L4), laissant libre la charnière lombosacrée.
Si le disque L4 L5 est
incliné ou dégénéré, l’instrumentation doit s’étendre jusqu’en L5 en
laissant libre le disque L5 S1.
Vers le haut, si la colonne thoracique
est en cyphose, il est préférable de l’inclure dans l’instrumentation
pour éviter tout déséquilibre antérieur qui s’aggraverait dans le
temps.
+ Doubles courbures scoliotiques :
Elles sont souvent bien tolérées à cette période de la vie adulte, car
elles restent globalement équilibrées et entraînent peu de signes
fonctionnels.
L’évolution se fait souvent à la période suivante au
niveau de la courbure lombaire.
3- Adulte mûr de 50-65 ans :
* Caractéristique générale des courbures
:
L’évolution des courbures idiopathiques à cette période se fait vers
l’aggravation de signes dégénératifs, présents surtout à la colonne
lombaire, et sur l’apparition d’une ostéoporose postménopausique
qui va changer les conditions locales.
À côté de l’évolution des courbures idiopathiques, sont apparues à
l’âge adulte mûr les scolioses lombaires dégénératives ou arthrogéniques qui vont être à l’origine de signes invalidants
notamment douloureux, qui vont nécessiter un traitement
chirurgical adapté à la scoliose et à la période physiologique du
patient.
* Signes fonctionnels associés à cette période
:
+ Douleurs
:
En plus des douleurs rachidiennes rencontrées à la période
précédente, apparaissent à cette étape de la vie des radiculalgies
dans les membres inférieurs (sténose foraminale dans les concavités
des courbures et par rétrécissement du canal central).
Là aussi la
polémique reste entière sur les indications chirurgicales.
Certains
auteurs défendent la correction chirurgicale de la courbure pour
décomprimer les racines et corriger les sténoses canalaires ; d’autres,
dont nous faisons partie, proposent une décompression chirurgicale
endocanalaire ou foraminale associée au traitement classique de la
scoliose.
Parfois, la radiculalgie représente la gêne fonctionnelle principale
avec une bonne tolérance de la déformation.
Dans ces conditions,
une intervention chirurgicale de décompression avec arthrodèse
instrumentée réalisée au niveau sténosé peut être proposée, sans
traiter chirurgicalement la déformation scoliotique.
C’est la chirurgie
localisée, qui n’a qu’un but neurologique. Plus rarement chez
un patient pouvant le supporter on propose une chirurgie plus
complète de la déformation.
+ Troubles de l’équilibre rachidien
:
L’équilibre global du rachis dans une courbure scoliotique est
fondamental pour son évolution.
L’aggravation d’un déséquilibre est un tournant évolutif important.
De plus, les troubles de
l’équilibre rachidien sont souvent à l’origine d’une augmentation des
douleurs et du préjudice esthétique.
La correction chirurgicale d’une évolution en cyphose d’une
courbure lombaire ou d’un déséquilibre frontal repose avant tout
sur un temps chirurgical postérieur de réduction du déséquilibre,
avec arthrodèse et instrumentation étendue de la partie supérieure
du rachis thoracique jusqu’au sacrum.
En fonction de l’état général
du patient, un temps opératoire de courte libération antérieure et
greffe osseuse, ou de greffe osseuse antérieure seule après réduction
postérieure, peut se discuter. Nous restons prudents pour proposer
des doubles temps opératoires à ces patients.
* Indication en fonction des courbures
:
À cette période, l’évolution et les problèmes chirurgicaux intéressent
surtout les courbures lombaires.
Les compressions radiculaires et la
présence de contre-courbure lombosacrée structuralisée imposent
dans la plupart des cas de descendre l’arthrodèse jusqu’au sacrum.
Les programmes chirurgicaux lourds (doubles temps opératoires)
deviennent risqués chez ces patients fragiles.
Le temps opératoire
postérieur unique répond à toutes ces exigences.
La libération
postérieure devient un temps opératoire important, avec résection
des articulaires et parfois des ostéotomies des arcs postérieurs
vertébraux. Une décompression radiculaire peut être associée si
nécessaire.
La correction chirurgicale des courbures doit se
concentrer sur l’obtention d’un bon équilibre global et d’une
amélioration de la lordose lombaire.
L’instrumentation doit être
effectuée avec un matériel permettant une prise sacrée ou sacroiliaque
solide si nécessaire.
4- Grand adulte (au-delà de 70 ans)
:
* Caractéristique générale des courbures
:
Avec l’évolution ultime des scolioses idiopathiques et dégénératives
sont apparues des déformations rachidiennes spécifiques en
« chandelier ou candelabre », entraînant des déséquilibres majeurs
du tronc dans un contexte de vieillissement neuromusculaire.
* Indications en fonction des signes fonctionnels
:
+ Radiculalgies
:
Les radiculalgies rebelles au traitement conservateur sont souvent à
l’origine de l’indication chirurgicale.
Elles sont traitées par une intervention par voie postérieure pour privilégier les gestes de
décompression. Une arthrodèse instrumentée est souvent associée,
mais n’est pas obligatoire si l’état général du patient est très
diminué.
+ Troubles de l’équilibre
:
Pour les déformations en candélabre, la correction des troubles de
l’équilibre dans les plans frontal et sagittal est à l’origine de
l’indication chirurgicale.
La chirurgie par voie postérieure unique
est proposée aux patients ayant un état général encore satisfaisant.
Une arthrodèse instrumentée longue étendue du bassin au rachis
thoracique supérieur est effectuée.
Des gestes de libération
postérieure (arthrectomie, ostéotomie des arcs postérieurs), de
greffes intersomatiques par voie postérieure (cage intersomatique
pour discopathie oblique lombaire inférieure), de décompressions
radiculaires peuvent être associées.
Chez ces patients, il faut se
réserver la possibilité d’utiliser en postopératoire un traitement
orthopédique par corset, afin de contrôler au mieux les troubles de
l’équilibre.
D - RÉSULTAT DE LA CHIRURGIE DE LA SCOLIOSE
CHEZ L’ADULTE :
Lorsque l’objectif d’arthrodéser la colonne vertébrale en respectant
un bon équilibre dans le plan frontal et sagittal est obtenu, le résultat
est habituellement excellent.
Pour Bradford, la correction de la
courbure est dépendante des caractéristiques initiales de la scoliose,
et des moyens utilisés pour la réduire ; elle est généralement
comprise entre 30 et 60 %.
La reprise des activités se fait après 6 mois
à 1 an.
Plus que le résultat radiologique, c’est le résultat fonctionnel qui est
intéressant pour les patients.
Dans l’étude de Simmons où la
douleur est étudiée selon plusieurs stades, le résultat chirurgical sur
les déformations douloureuses de 49 patients dont 40 scolioses
idiopathiques donne un taux de succès de 90 %.
L’état fonctionnel des patients et l’amélioration de leur qualité de
vie sont très significativement améliorés en postopératoire par
rapport à leur état antérieur ou par rapport au patient non
opéré.
Des études récentes utilisent des scores afin d’évaluer au mieux le
résultat chirurgical.
Le score MOS SF 36 a été appliqué par Albert à 55 scoliotiques en
pré- et postopératoire avec un suivi de 2 ans.
La fonction physique,
la fonction sociale, la douleur et la perception de la santé sont les
éléments les plus modifiés par la chirurgie.
Il n’y a pas de différence
significative selon que le sujet a plus ou moins de 40 ans, selon le
niveau inférieur (en L4 ou L5) de l’arthrodèse, selon la présence ou
non de complications postopératoires ; ces dernières conclusions font
penser que ce score est peu spécifique et trop générique.
Haher a évalué avec le score de la Scoliosis Research Society (SRS)
244 patients comparés à un groupe d’étudiants en école supérieure
non scoliotiques.
Il existe un lien étroit entre le degré de satisfaction
et l’amélioration de la douleur, ainsi que l’amélioration de l’image
de soi.
Soixante quatorze pour cent des patients sont satisfaits de la
chirurgie, 16 % se disent indifférents et 4 % non satisfaits.
La
chirurgie serait à nouveau acceptée par 84 % des scoliotiques opérés.
Plus récemment, White a appliqué ce score de la SRS à 121
adolescents opérés par voie postérieure.
En préopératoire, les filles
décrivent une meilleure fonction et une meilleure image de soi que
les garçons.
L’image de soi dépend du type anatomique de la
scoliose.
Les scolioses des types 3 et 4 de King font apparaître la
plus mauvaise image de soi, puisqu’il s’agit de simples courbures
parfois déséquilibrantes.
En postopératoire, il n’y a pas de lien entre
le degré de satisfaction et la gravité de la lésion préopératoire, le
pourcentage de corrections et la présence ou non de complications.
L’auteur conclut en estimant que cet outil est encore à évaluer,
notamment chez l’adulte, et peut-être à modifier.
E - COMPLICATIONS DE LA CHIRURGIE DE LA SCOLIOSE
CHEZ L’ADULTE :
La chirurgie de la scoliose chez l’adulte comporte souvent des
programmes chirurgicaux lourds avec un risque de complications
supérieur à celui des adolescents.
Ce risque varie entre 20 et 40 %
des cas et peut aller jusqu’au décès du patient.
Actuellement, les patients doivent être parfaitement informés des
risques de cette chirurgie, et leur totale adhésion au programme
opératoire est indispensable.
Les progrès de l’anesthésieréanimation
et une meilleure planification des actes opératoires ont
permis de réduire les complications.
Les doubles temps opératoires
sont fréquemment proposés.
Plusieurs études ont montré l’intérêt
d’effectuer ces deux temps opératoires le même jour lors de la même
anesthésie, afin de diminuer les complications postopératoires, le
séjour hospitalier, et le coût.
Nous recommandons cette
attitude.
Les pertes sanguines peropératoires peuvent être importantes dans
la chirurgie de la scoliose, surtout si plusieurs temps opératoires sont
prévus (chirurgies antérieure et postérieure, gibbectomie).
Leur
prévention repose sur le dépistage et le traitement d’une anémie
préopératoire, sur les programmes d’autotransfusion différés et sur
la récupération sanguine peropératoire par l’aspiration chirurgicale.
Parfois le recours à une transfusion est nécessaire, le patient est
toujours informé de cette éventualité.
Les complications neurologiques sont présentes chez environ 1 %
des patients.
Elles sont habituellement immédiates, mais peuvent
parfois être retardées de quelques heures ou jours.
Leurs
mécanismes peuvent être traumatiques (ostéosynthèse, distraction
médullaire), compressifs (hématome extradural, sténose canalaire)
ou ischémiques. Les risques sont augmentés lorsque deux temps
opératoires sont associés, lorsqu’il existe une courbure rigide ou une
cyphose importante.
Leur prévention repose sur le test du réveil
sur table de Stagnara, ou mieux sur la surveillance électrique
peropératoire (potentiels évoqués somesthésiques et potentiels
moteurs).
Les complications thromboemboliques après chirurgie rachidienne
sont favorisées par l’alitement, des temps opératoires prolongés et
la dissection des gros vaisseaux lors des abords antérieurs.
Leur fréquence est particulièrement élevée chez les patients traités
par double temps opératoire (6 %).
Leur prévention repose sur le
port de bas de contention élastiques, un lever précoce et l’utilisation
du traitement anticoagulant (HBPM).
Les complications infectieuses après chirurgie rachidienne
postérieure instrumentée sont variables selon l’importance du geste
opératoire et l’état général des patients.
Le risque est moins
important pour la chirurgie antérieure isolée. Dans la plupart des
cas, un traitement par lavage chirurgical associé à une
antibiothérapie prolongée permet de laisser le matériel en place.
La
prévention repose sur l’amélioration de l’état général et nutritionnel
des patients et sur l’antibioprophylaxie per- et postopératoire.
Les complications mécaniques et les pseudarthroses sont présentes
dans 10 à 30 % des cas.
Elles varient en fonction de nombreux
paramètres comme l’état général du patient (âge, ostéoporose), la
stratégie opératoire (simple ou double temps opératoire), la
technique et l’instrumentation utilisées (matériel d’ostéosynthèse à
prise segmentaire) et les suites opératoires (présence d’infection).
Les
doubles temps opératoires apportent une nette amélioration dans le
domaine, avec un risque de pseudarthrose très faible.
Les mobilisations de matériel d’ostéosynthèse et les pseudarthroses
restent des complications souvent à l’origine de reprise chirurgicale.
La chirurgie de reprise des déformations rachidiennes ne semble pas
responsable d’un taux de complications tardives supérieur à celui
de la chirurgie primaire.
Les douleurs résiduelles après chirurgie de la scoliose sont
fréquentes et variables : 5 à 10% d’après Bradford.
Une des causes principales de ces douleurs postopératoires est le
dos plat postopératoire : l’arthrodèse lombaire a été réalisée et
obtenue sans lordose suffisante ; les principaux facteurs de cette hypolordose sont la scoliose elle-même qui aplatit la courbure
sagittale, l’installation peropératoire qui elle aussi amène la région
lombaire en position moins cambrée qu’en position debout, et enfin
l’agression chirurgicale des muscles paravertébraux qui sont
extenseurs et lordosants.
Il faut prévenir ce dos plat en lordosant
par l’ostéosynthèse au maximum, ce qui est obtenu plus facilement
grâce aux prises pédiculaires et aux instrumentations modernes.
Si la fusion est obtenue en dos plat, le patient est déporté vers
l’avant et doit, pour aligner sa tête au-dessus des têtes de fémur, rétroverser son bassin voire même parfois fléchir ses genoux.
La
correction chirurgicale impose une ablation de matériel et des
ostéotomies de soustraction postérieure soit corporéale soit étagée.
Des calculs préopératoires pour ramener le sujet dans la meilleure
position sont possibles.
En conclusion sur le traitement chirurgical, rappelons qu’il faut bien
connaître l’évolution naturelle souvent sévère pour les scolioses
lombaires et thoracolombaires qui ont atteint 30 à 40°, et donc ne
pas hésiter à proposer une chirurgie chez l’adulte jeune où
l’enraidissement ne s’est pas encore fait.
Si la rachialgie est au
premier plan, il faut être aussi sélectif que dans la lombalgie
chronique.
Si les radiculalgies sont prédominantes, on peut, dans
certains cas, ne proposer qu’une chirurgie localisée de décompression-arthrodèse encadrant le segment sténosé.
Enfin la
chirurgie de reprise notamment pour dos plat doit être prévenue
grâce aux progrès de l’instrumentation ; si elle doit être réalisée, il
faut faire des prévisions préopératoires très précises.