Sclérose tubéreuse de Bourneville Cours de dermatologie
Définition - historique
:
La STB est une affection caractérisée par la survenue de tumeurs
bénignes (hamartomes) dans divers organes.
En effet, l’atteinte est
pluritissulaire, affectant préférentiellement la peau, le système
nerveux central, les reins, le coeur et les poumons.
La triade classique
associant épilepsie, retard mental et « adénomes sébacés »
correspond à une forme grave de l’affection ; en effet, l’expressivité
de la maladie est très variable et, dans certains cas, le diagnostic est
difficile devant la pauvreté des manifestations cliniques.
L’incidence à la naissance est évaluée à 1/5 800, touchant de
manière identique les deux sexes.
La transmission de l’affection obéit
à un mode autosomique dominant, mais 50 à 70 % des cas sont
sporadiques, correspondant à un mécanisme de mutation.
Von Recklinghausen est le premier à avoir rapporté un cas de STB
en 1863, mais c’est Bourneville qui a établi un lien entre l’atteinte
cutanée et neurologique et a parlé, pour la première fois, de sclérose
tubéreuse en 1880.
Les lésions ont alors été décrites en détail par Balzer et Ménétrier en 1885 et Pringle en 1890.
Vogt, en 1908, a
complètement intégré la relation neurocutanée et a décrit la triade
clinique : épilepsie, retard mental et « adénomes sébacés ».
Manifestations cliniques :
A - MANIFESTATIONS CUTANÉES :
1- Taches hypomélaniques :
Leur fréquence est d’environ 80 à 90 % dans la STB mais elles sont courantes dans la population générale, ce qui leur confère un
faible poids diagnostique (0,8 % des nouveau-nés selon Alper ;
4,7 % dans une population adulte dans une étude de Sheryll).
L’âge d’apparition est souvent précoce : les taches existent
généralement à la naissance ou, souvent, surviennent lors des
premières années de la vie.
Elle sont parfois évidentes
cliniquement mais d’autres fois seulement visibles après un examen
minutieux en lampe de Wood.
Elles peuvent être uniques ou
multiples, localisées à la racine des membres ou sur le tronc,
épargnant la face.
Leur taille varie de quelques millimètres à
10 cm.
Elles sont uniformément blanches, sans halo hyperhémique ni hyperpigmentation périphérique.
La sudation n’y
est pas abolie et elles rougissent sous frottement, ce qui les distingue
des nævi achromiques.
Leur forme est variable : ovalaire, linéaire ou
typiquement en « feuille de sorbier ».
Un autre aspect classique est celui d’une hypopigmentation en « confetti », faite de multiples
taches de 1 à 2mmde diamètre, distribuées symétriquement sur les
membres.
Les taches peuvent se pigmenter légèrement avec l’âge,
mais en général elles ne se modifient ni en taille ni en forme.
Histologiquement, le nombre de mélanocytes est normal, avec des mélanosomes
de petite taille et en nombre restreint.
2- Angiofibromes :
Ils sont improprement nommés « adénomes sébacés » et sont
pathognomoniques de la STB.
Ils se présentent comme des élevures
globuleuses de surface lisse, de 1 à 4mmde diamètre, groupées par
dizaines ou par centaines, d’une façon symétrique, dans les sillons nasogéniens, qu’ils débordent, sur la racine du nez, dans le sillon
mentonnier et sur la zone médiane du menton.
Plusieurs cas
d’angiofibromes unilatéraux ont été décrits, le mécanisme
génétique pourrait être une mutation postzygotique.
Certaines
lésions sont de la couleur de la peau normale ou jaunâtres, mais la
plupart sont rouges et couvertes de fines télangiectasies.
On distingue classiquement deux types :
– le type Pringle, de couleur rose ou rouge et de consistance
élastique, à prédominance vasculaire ;
– le type Hallopeau-Leredde, variété dure à prédominance fibreuse.
Les angiofibromes sont rarement présents à la naissance, ils
apparaissent habituellement entre 5 et 10 ans, ou même plus
tardivement.
Ils persistent ensuite indéfiniment, avec des
poussées à la puberté et pendant les grossesses, sans jamais
dégénérer.
3-
Plaques « peau de chagrin » :
Elles apparaissent généralement entre 2 et 5 ans, parfois plus
tardivement.
En général unique, siégeant préférentiellement dans la région
lombosacrée, la lésion se présente comme une plaque discrètement
surélevée de surface fripée, granitée ou d’aspect pavé, de couleur
jaunâtre ou identique à celle de la peau normale.
Sa taille varie de
quelques millimètres à une dizaine de centimètres.
4- Fibromes périunguéaux de Koënen :
Ils sont caractéristiques de l’affection et parfois en sont les seules
manifestations.
Ils doivent donc être recherchés très minutieusement.
Ce sont des petites proliférations charnues, grises ou rosées, fermes,
se détachant en bas du sillon périunguéal et poussant parallèlement
à l’ongle, qu’elles dépriment parfois en gouttière longitudinale.
Elles
sont oblongues, en « grain de blé », leur extrémité distale est souvent
cornée.
Les fibromes siègent plus souvent au niveau des orteils que des
doigts, généralement uniques par ongle mais parfois au nombre
de deux ou trois.
L’évolution peut se faire vers la nécrose spontanée
ou traumatique, mais la tumeur ne dégénère jamais.
5- Autres manifestations cutanées
:
D’autres lésions sont retrouvées chez les patients atteints de STB :
– des fibromes de la racine des cheveux ou des sourcils ;
– des molluscum pendulum ;
– des plaques fibreuses frontales qui peuvent être la première
manifestation de la maladie.
Les taches « café au lait » ne sont pas plus fréquentes que dans la
population générale.
L’atteinte des muqueuses est également possible ; en effet, les
muqueuses buccales (gencive antérieure surtout, voile du palais,
langue) sont assez souvent le siège de petits éléments miliaires en
semis, de nodules fibreux ou d’infiltrations diffuses.
Les phanères peuvent également être atteintes, cela se manifeste
par :
– des mèches de cheveux gris (poliose) ou blanches (leucotrichie).
Celles-ci peuvent être la manifestation la plus précoce de la maladie,
en étant visibles dès la naissance ;
– des défauts ou « trous » de l’émail dentaire.
Ceux-ci peuvent se
voir sur les dents de lait tout comme sur les dents définitives
(incisives et canines en particulier) ; ils peuvent être un
argument diagnostique complémentaire lors de la recherche d’une
sclérose tubéreuse.
B - MANIFESTATIONS NEUROLOGIQUES :
L’atteinte du système nerveux central est responsable de la majorité
de la morbidité et de la mortalité dans la STB.
L’épilepsie et le retard
mental en sont les principales manifestations.
Les lésions cérébrales
sont de trois types :
– les tubérosités corticales ou sous-corticales ;
– les nodules sous-épendymaires ;
– les astrocytomes à cellules géantes.
Ces lésions sont multifocales, distribuées dans les hémisphères
cérébraux mais aussi dans le cervelet et le tronc cérébral.
Il est très
difficile d’évaluer la prévalence des différentes manifestations
neurologiques en raison de l’important biais de recrutement.
1- Épilepsie :
C’est la manifestation la plus fréquente de la STB avec une
prévalence de 62 à 92%.
L’épilepsie peut survenir de manière
isolée mais est plus fréquemment associée à un retard mental.
Elle
peut survenir à tout âge, de la période néonatale à l’âge adulte.
Le type le plus précoce et le plus caractéristique d’épilepsie en cas
de STB est le syndrome de West (spasmes infantiles).
Il est
fréquemment le mode de révélation de la STB (70 % des cas),
mais la STB n’est responsable que de 5 à 7% des syndromes de
West.
Le diagnostic repose sur la constatation de la triade de West qui
associe :
– des clonies axiales ou spasmes, le plus souvent en flexion
survenant par brefs accès ;
– une régression psychomotrice ;
– un tracé d’hypsarythmie à l’électroencéphalogramme (EEG).
Celui-ci survient en général entre 3 et 10 mois. Son pronostic est
généralement sombre et la réponse au traitement souvent
incomplète.
Avec la maturation corticale et sous-corticale, les
spasmes se résolvent parfois spontanément mais sont souvent alors
remplacés par d’autres types de crises convulsives, partielles ou
généralisées.
Dans 55 à 60 % des cas, l’évolution se fait vers un syndrome de Lennox-Gastaut diagnostiqué sur les critères suivants :
– début entre 1 et 7 ans ;
– multiples types d’épilepsie ;
– prévalence importante des difficultés d’apprentissage (plus de
90 %) ;
– EEG : longues salves de pointes-ondes à deux cycles/seconde.
La STB est la cause de 2 % des Lennox-Gastaut.
L’histoire naturelle de l’épilepsie dans la STB après le syndrome de
West et le Lennox-Gastaud se poursuit fréquemment par une
augmentation, en fréquence et en gravité, des crises convulsives
dans la petite enfance, avec un échappement au traitement.
On
remarque souvent, en revanche, à l’adolescence et au début de l’âge
adulte, une diminution spontanée de la fréquence des crises.
Plus rarement, l’épilepsie est due à des tumeurs cérébrales ; c’est
l’hypothèse qu’il faut envisager chez un sujet qui fait, pour la
première fois, une crise partielle, ou chez qui la fréquence des crises
se majore.
2- Retard mental et difficultés d’apprentissage
:
Les capacités intellectuelles des patients atteints de STB sont très
variables, allant du développement rigoureusement normal jusqu’à
l’arriération mentale profonde.
La prévalence du retard
d’apprentissage varie de 38 % à 80%.
S’il ne semble pas
exister de rapport avec l’atteinte cutanée, on note, en revanche, une
relation directe entre de sévères difficultés d’apprentissage et
l’épilepsie, tout particulièrement si :
– les crises convulsives surviennent précocement (spasmes infantiles
en général) ;
– elles persistent et évoluent vers un syndrome de Lennox-Gastaut ;
– elles sont difficiles à contrôler par le traitement.
Le dysfonctionnement intellectuel se manifeste en général assez
précocement, dès les premiers mois de vie.
Beaucoup plus rarement,
l’évolution semble normale initialement, les difficultés survenant à
l’adolescence ou à l’âge adulte.
3- Troubles du comportement
:
Ils sont fréquents dans la STB, en particulier l’autisme existant chez
50 % des sujets atteints de STB.
Les autres manifestations
classiques sont l’hyperactivité, l’agressivité et les automutilations.
Ces troubles sont d’origine multifactorielle :
– directement liés au dysfonctionnement cérébral ;
– conséquences du retard d’apprentissage ;
– liés à l’usage simultané de plusieurs antiépileptiques ;
– ou, plus rarement, séquelles d’une épilepsie mal contrôlée.
4- Troubles du sommeil
:
On les retrouve chez 60 % des patients atteints de STB ; ils se
manifestent par des retards à l’endormissement ou des réveils
fréquents.
La pathogénie est difficile à déterminer, tout comme ses
rapports avec l’épilepsie, le retard d’apprentissage ou les troubles
du comportement.
Cependant, il est clair que des troubles du
sommeil peuvent engendrer des difficultés d’apprentissage et une
majoration de troubles du comportement.
5- Tumeurs cérébrales et hydrocéphalie
:
Les nodules sous-épendymaires ou les tubérosités peuvent entraîner
une obstruction du trou de Monro ou, moins fréquemment, de
l’aqueduc, responsable alors d’une hydrocéphalie.
Plus rarement, les
tubérosités peuvent se transformer en astrocytomes à cellules
géantes ou glioblastomes (5 à 10 % des patients).
Cette
transformation se traduit par un syndrome d’hypertension
intracrânienne, ou par la survenue de crises partielles.
6- Imagerie cérébrale :
Actuellement, l’examen le plus performant pour mettre en évidence
les lésions cérébrales de STB est l’imagerie par résonance
magnétique (IRM). Le scanner n’a de supériorité que pour les lésions
calcifiées.
Les lésions visibles sont de quatre types :
– tubérosités corticales et sous-corticales : présentes dans 95 % des
cas.
En IRM, il existe un iso- ou hyposignal en T1 et un
hypersignal en T2 (sauf chez le nouveau-né où les images sont
inversées).
L’injection de gadopentetate dimeglumine peut
accentuer les signaux.
Au scanner, les lésions sont hypodenses, le
seul intérêt de cet examen est de montrer des calcifications non
visibles à l’IRM ;
– lésions de la substance blanche : sous forme de bandes linéaires
s’étendant de l’épendyme aux tubérosités, elles sont retrouvées chez
90 % des patients et leur nombre est proportionnel à celui des
tubérosités ;
– nodules sous-épendymaires : présents chez 95 % des patients
atteints de STB et généralement bilatéraux.
Leur évolution se fait
progressivement vers la calcification, ce qui explique la supériorité
du scanner sur l’IRM pour les mettre en évidence.
Ils sont
responsables d’un iso- ou hyposignal en T1 et d’un hyposignal en
T2 à l’IRM.
La prise de contraste après injection est classique et ne
signe pas forcément une transformation néoplasique ;
– astrocytomes à cellules géantes : survenant chez environ 15 % des
patients atteints de STB et en général localisés à proximité du trou
de Monro.
L’aspect des lésions en IRM est superposable à celui
des nodules sous-épendymaires.
Il est donc conseillé de réaliser des
IRM de manière annuelle chez les patients ayant des images
suspectes, et en particulier entre 8 et 18 ans, âges où la survenue
d’astrocytome est la plus fréquente.
Une détection précoce
facilitera, en cas d’indication, l’acte chirurgical.
L’évaluation de l’importance des lésions cérébrales présente, par
ailleurs, l’intérêt de permettre une extrapolation clinique.
En effet,
quand le nombre de tubérosités est élevé, le retard mental, les
spasmes infantiles et la survenue précoce de l’épilepsie sont plus
fréquents.
C - MANIFESTATIONS OPHTALMOLOGIQUES :
L’atteinte ophtalmologique la plus fréquente dans la STB est le
phacome rétinien, il s’observe dans environ 50 % des cas.
Histologiquement, il s’agit d’un hamartome astrocytaire qui peut
prendre trois formes cliniques :
– la forme plane qui se présente comme un placard grisâtre,
gélatineux, lisse, aux bords flous ;
– la forme saillante, muriforme, qui correspond à une tumeur blanc
grisâtre, en amas de « grains de tapioca » ;
– la forme intermédiaire.
Le diagnostic de ces tumeurs est ophtalmoscopique.
Les lésions
étant en général asymptomatiques, le diagnostic est fait de façon
fortuite ou lors d’un examen systématique chez un sujet ayant
d’autres signes de la maladie.
L’angiographie fluorescéinique met en évidence la composante
vasculaire des lésions.
En effet, on note un remplissage rapide des
vaisseaux au temps artériel, il persiste ensuite une hyperfluorescence
aux temps tardifs.
Les lésions n’entraînent en général pas de signes fonctionnels, la
baisse d’acuité visuelle est rare, elle peut être due à une hémorragie
du vitré qui fait partie des rares complications possibles. Les phacomes rétiniens sont classiquement peu évolutifs et ils n’ont pas
de traitement spécifique.
D’autres manifestations ophtalmologiques peuvent être observées :
des zones de dépigmentation rétinienne ou irienne, des nodules
fibreux sous-conjonctivaux ou palpébraux.
D - MANIFESTATIONS RÉNALES :
Dans la STB, la principale manifestation rénale est
l’angiomyolipome.
Il s’agit d’une tumeur bénigne faite de muscle
lisse, de tissu adipeux et de vaisseaux sanguins. Sa taille varie de 1 à
15 cm.
Elle siège préférentiellement au niveau cortical.
C’est une tumeur rare, qui représente environ 3 % des tumeurs
solides du rein.
Son histoire naturelle permet de distinguer deux
formes :
– la forme sporadique : 80 % des cas, où les tumeurs sont en général
peu nombreuses, de petite taille et asymptomatiques ;
– la forme associée à la STB (20 %), où les tumeurs sont multiples et
bilatérales.
Des angiolipomes existent chez 40 à 80 % des patients atteints de
STB.
Les lésions peuvent rester asymptomatiques et être
découvertes fortuitement lors d’une échographie abdominale.
Dans
d’autres cas, elles sont révélées par des douleurs abdominales ou du
flanc, une masse palpable, une hématurie ou une anémie.
Le
principal risque évolutif des angiomyolipomes est une hémorragie
(5 à 25 % des cas). Ce risque est d’autant plus important que
l’angiomyolipome est de grande taille (> 4 cm) et symptomatique.
La grossesse est une période particulièrement à risque de
saignement.
Dans environ 16 % des cas, les angiomyolipomes peuvent se
compliquer d’hypertension artérielle (HTA).
L’évolution peut
également se faire vers l’insuffisance rénale (13 % des cas).
Même si l’angiomyolipome est une tumeur évolutive qui augmente
de taille (67 % des cas selon Steiner), il n’est jamais constaté de
dégénérescence maligne.
L’échographie rénale est l’examen clef pour le diagnostic
d’angiomyolipome.
Celui-ci se présente comme une tumeur
homogène, hyperéchogène (en raison de la composante
graisseuse).
Cette image n’est pas spécifique, en effet certains
adénocarcinomes rénaux peuvent prendre le même aspect.
Il est
donc nécessaire de confirmer le diagnostic d’angiomyolipome rénal
par un scanner en coupes fines sans, puis avec injection de produit
de contraste.
La tumeur est hypodense, avant et après l’injection.
L’IRM est réservée aux cas douteux.
L’artériographie rénale n’est indiquée qu’avant l’embolisation d’une
artère principale ou avant un geste chirurgical sur un
angiomyolipome de grande taille.
Le traitement de l’angiomyolipome doit être le plus conservateur
possible.
La taille et le caractère évolutif sont les deux principaux
éléments qui guident l’approche thérapeutique.
En effet, les tumeurs
dont la taille est inférieure à 3,5 ou 4 cm, ou asymptomatiques,
peuvent être simplement surveillées par échographie tous les 6 mois.
En revanche, si la taille de la tumeur excède 4 cm, ou si elle est
symptomatique ou évolutive, une chirurgie doit être envisagée (la
plus conservatrice possible), l’embolisation peut être aussi une
bonne solution.
Chez les patients atteints de STB, l’angiomyolipome peut être associé
à d’autres lésions rénales :
– carcinome à cellules rénales, dont l’incidence est diversement
appréciée (26 % selon Tanaka et al, nettement moindre dans une
étude récente de Steiner) ;
– des kystes rénaux multiples ;
– une polykystose rénale (4 %), l’évolution vers l’insuffisance rénale
est alors classique.
E - MANIFESTATIONS CARDIAQUES :
La STB peut s’accompagner de rhabdomyomes cardiaques qui
s’expriment plus particulièrement chez le nouveau-né.
Les tumeurs cardiaques primitives sont rares dans la population
générale et très inhabituelles chez l’enfant.
Parmi celles-ci, la plus
fréquente chez le nouveau-né (deux tiers des cas) est le rhabdomyome. Il est classiquement reconnu que les
rhabdomyomes cardiaques sont associés à une STB dans 50 % des
cas.
Inversement, chez environ 50 % des patients atteints de STB,
on retrouve des rhabdomyomes, mais ce chiffre est très variable au
cours de la vie ; en effet, les rhabdomyomes apparaissent très
précocement en période anténatale et ont une tendance spontanée à
la régression.
L’incidence des rhambdomyomes à la naissance chez
les patients atteint de STB serait de 58 % et diminuerait rapidement
pour atteindre 18 % à l’âge adulte.
Il s’agit souvent de la
manifestation la plus précoce de la STB.
Le diagnostic peut être fait
en période anténatale par échographie de routine, mais l’arythmie
foetale est le mode de révélation le plus habituel, conduisant à la
réalisation d’une échographie foetale qui fait le diagnostic.
Dans
d’autres cas, la détection prénatale est faite chez des foetus à risque
de STB.
Le diagnostic de rhabdomyome est fait au mieux
échographiquement ; en effet, il existe une bonne corrélation entre
les images échographiques et l’histologie, les autres tumeurs
cardiaques primitives (tératomes, myomes et fibromes) étant très
différentes échographiquement.
Le rhabdomyome se présente
macroscopiquement sous la forme de nodules blanc-gris souvent
multiples, disséminés en règle dans les deux ventricules, voire
infiltrant de façon diffuse le myocarde.
Si les rhabdomyomes sont souvent asymptomatiques, ils peuvent
aussi être responsables d’obstruction ou de fuite valvulaire
entraînant une insuffisance cardiaque ou des troubles du rythme tels
que le syndrome de préexcitation ventriculaire, Wolff-Parkinson-White, flutter auriculaire (FA), bloc atrioventriculaire, extrasystoles
et tachycardie ventriculaire.
La majorité des rhabdomyomes régressent spontanément, ce qui est
un plaidoyer en matière de traitement pour une abstention ou un
simple traitement médical des troubles du rythme.
Seuls les rhambdomyomes responsables d’obstruction, de troubles
hémodynamiques ou d’arythmie résistant au traitement devront
bénéficier de la chirurgie.
F - MANIFESTATIONS PULMONAIRES :
L’atteinte pulmonaire dans la STB est rare (1 % des cas selon
Dwyer), de révélation souvent tardive, elle touche essentiellement
les sujets de sexe féminin.
Histologiquement, l’atteinte est identique à celle de la lymphangiomyomatose ; elle se caractérise par l’existence de
nombreux kystes parenchymateux dont les parois sont constituées
de muscle lisse.
Selon la localisation de cette prolifération
musculaire, les signes cliniques varient :
– autour des voies respiratoires, elle entraîne une obstruction, la
formation de bulles et de pneumothorax ;
– autour des veines et veinules : une dilatation responsable
d’hémoptysie ;
– autour des artères : une HTA pulmonaire et un coeur pulmonaire ;
– autour des lymphatiques : une obstruction et un chylothorax.
La forme pulmonaire touche avec prédilection les femmes (84 ou
74 % selon Dwyer) en période d’activité génitale (âge moyen de
diagnostic des lésions pulmonaires : 34 ans).
Les symptômes cliniques sont en général d’apparition progressive.
Le signe d’appel le plus fréquent est la dyspnée d’effort (68 %)
pouvant s’associer à une toux (27 %) ou à des hémoptysies (27 %).
L’évolution se fait ensuite lentement vers l’insuffisance respiratoire,
avec coeur pulmonaire chronique. L’évolution est également
fréquemment émaillée par la survenue de pneumothorax volontiers
récidivants et bilatéraux.
Différents examens complémentaires peuvent aider au diagnostic de
l’atteinte pulmonaire ou de sa sévérité :
– la radiographie pulmonaire objective classiquement un syndrome
interstitiel diffus avec un aspect réticulé ou réticulonodulaire.
Des
images en « rayon de miel » ou des kystes peuvent également être
visibles en cours d’évolution.
La radio pulmonaire permet également
de faire le diagnostic de pneumothorax ;
– le scanner thoracique permet de dépister les lésions pulmonaires
à un stade plus précoce et même asymptomatique.
Il ne permet pas,
en revanche, de différencier ces lésions de celles de la lymphangioléiomyomatose ;
– les épreuves fonctionnelles respiratoires sont très utiles pour
évaluer la gravité de l’atteinte pulmonaire ; il existe en général un
syndrome obstructif.
Les gaz du sang artériel peuvent montrer une
hypoxie de repos.
Le transfert du CO peut être réduit.
Les liens entre l’atteinte pulmonaire dans la STB et la
lymphangioléiomyomatose sont très controversés : pour Stovin et al
en 1975, il s’agissait de deux affections différentes ; pour Maziak
et al, en 1996, il s’agit de deux aspects différents d’une même
maladie. ; Castro et al, en 1995, concluent que la STB et la
lymphangiomyomatose sont semblables en termes d’histoire
naturelle, de manifestations cliniques et de réponse au traitement.
Tout récemment, Smolarek et al ont mis en évidence, chez sept
femmes atteintes de lymphangiomyomatose isolée, une perte
d’hétérozygotie de TSC2.
Il est indéniable que ce sont deux entités très proches dont les liens
ne sont pas encore définis précisément.
Le traitement des manifestations pulmonaires de STB était, jusqu’ici,
essentiellement symptomatique.
Les importantes similitudes avec la lymphangiomyomatose ont encouragé à essayer des traitements
hormonaux, tout comme dans la lymphangiomyomatose.
La progestérone et le tamoxifène ont donné des résultats variables.
Le traitement de choix actuel est l’injection mensuelle de médroxyprogestérone.
L’ovariectomie et le tamoxifène peuvent être
des alternatives thérapeutiques.
G - AUTRES MANIFESTATIONS :
L’atteinte hépatique est moins bien connue car presque toujours
asymptomatique, mais la fréquence des hamartomes hépatiques est
loin d’être négligeable (45 % des sujets de plus de 10 ans selon
Joswiak et al). Histologiquement, il s’agit d’un angiomyolipome,
tumeur mésenchymateuse à triple composante : vasculaire, adipeuse
et musculaire lisse.
Cette tumeur est rare en dehors de la STB.
Elle est en général asymptomatique et sans répercussion
biologique.
En échographie, l’image classique est celle d’une lésion bien limitée, hyperéchogène et hétérogène ; en tomodensitométrie (TDM), les
lésions sont hypodenses et hétérogènes.
La preuve diagnostique
est apportée par la cytoponction.
L’abstention thérapeutique est la
règle.
Des microhamartomes rectaux surviennent chez deux tiers des
patients atteints de STB, ils sont en général multiples et
asymptomatiques.
Des désordres endocriniens ont également été décrits : puberté
précoce, diabète insipide, déficit en growth hormone (GH).
Les localisations osseuses de la STB sont en général
asymptomatiques.
Elles se manifestent radiologiquement par des
zones ostéocondensées au niveau de la voûte crânienne, du rachis,
des côtes ou du bassin, correspondant à un tissu fibreux.
Critères diagnostiques et pronostiques :
L’expression clinique de la STB est caractérisée par son
polymorphisme et sa variabilité d’un sujet à l’autre.
Le diagnostic
peut être évident dans les formes classiques : épilepsie, retard
mental, signes cutanés, mais, bien souvent, l’expression est plus
discrète et il est alors important de reconnaître, à l’aide de critères
cliniques stricts, les signes de la maladie pouvant affirmer la sclérose
tubéreuse.
Ce diagnostic engage le médecin à plusieurs niveaux :
– diagnostique : pour une prise en charge précoce de la maladie ;
– pronostique : par la recherche de localisations encore
asymptomatiques ;
– préventif : au niveau familial par le conseil génétique ;
– pathogénique : dans le cadre d’une corrélation génotype-phénotype.
Ces
critères sont cliniques, radiologiques ou histologiques.
Selon leur
spécificité dans la STB, leur poids diagnostique varie, ce qui permet
de définir des critères primaires, secondaires ou tertiaires.
Il est essentiel de remarquer que toutes ces manifestations ne
surviennent pas au même âge et n’ont pas le même profil évolutif.
Ainsi, en période néonatale, le problème cardiaque est au premier
plan avec la survenue de troubles du rythme ou la découverte
systématique de rhabdomyomes.
Chez l’enfant, l’épilepsie et le retard mental sont un mode classique
d’entrée dans la maladie.
Les taches dépigmentées peuvent également être les premières
manifestations, si elles ne sont pas spontanément visibles, il convient
de les rechercher par examen à la lampe de Wood.
Les angiofibromes de la face se multiplient à la puberté.
À l’âge adulte apparaissent les kystes rénaux et les angiomyolipomes hépatiques et rénaux.
Génétique :
A - INTRODUCTION
:
La STB présente une hétérogénéité génétique et clinique.
Deux gènes
responsables de STB ont été décrits et, pour une même mutation, on
observe un spectre clinique très large.
En 1991, des études de liaisons
ont révélé un troisième locus mais cette observation a été
infirmée.
B - ORGANISATION ET FONCTION DE TSC1 ET TSC2
:
La physiopathologie de la STB est très mal comprise et de gros
efforts dans ce sens ont été entrepris en clonant TSC1 en 9q34 et
TSC2 en 16p13.3. Le clonage positionnel de TSC2 (1993) a été facilité par la mise en évidence de larges délétions en 16p13.3.
Celui
de TSC1 (1997) fut plus délicat car, en 9q34, on n’observe pas ce
type de délétions ; il s’est écoulé 10 ans entre la première localisation
et le clonage de TSC1 car un séquençage extensif de la région
candidate a dû être réalisé. TSC1 possède un acide ribonucléique
messager (ARNm) de 8 600 paires de base (8,6 kb) et code pour une
protéine de 130 kDa : l’hamartine. TSC2, composé de 45 exons,
occupe 35 kb et code pour la tubérine (130 kDa).
La tubérine
comporte un domaine GTP-ase activating proteine (GAP) et
activateur transcriptionnel.
À l’inverse, l’hamartine n’a révélé
aucune homologie avec d’autres protéines.
Ces deux protéines
auraient un rôle dans la même voie signalétique.
Leur dimérisation
prédite à partir de leur séquence protéique a été confirmée par des
expériences in vivo. TSC2 est un gène d’expression quasi
ubiquitaire et on ne note pas de différence quantitative entre
l’expression dans des tissus porteurs de la mutation et celle de tissus
homozygotes normaux.
C - MÉCANISME TUMORAL :
La STB est une phacomatose et il semble clair maintenant que
l’apparition des tumeurs hamartomateuses est liée à une perte
d’hétérozygotie (LOH).
C’est-à-dire qu’en plus de la mutation d’un
allèle de TSC1 ou TSC2 hérité d’un des deux parents, une seconde
mutation (en général une délétion) survient de façon aléatoire sur le
second allèle au cours de la vie du patient.
La tumeur, dans ce cas,
est due à une anomalie récessive de TSC1 ou TSC2, mais le type de
transmission observé est autosomique dominant.
Ces observations
tendent à prouver que TSC1 et TSC2 sont des gènes supresseurs de
tumeur.
Cette hypothèse a été étayée par plusieurs études effectuées sur des hamartomes (angiomyolipomes, rhabdomyomes, astrocytomes).
Au total, l’équipe de AJ Green a observé une LOH dans
21 tumeurs sur 51 étudiées (41 %) ; 16 impliquaient le locus TSC2
et cinq celui de TSC1.
La corrélation entre la prévalence des angiomyolipomes et l’âge du patient renforce l’hypothèse du gène
supresseur de tumeur.
Enfin, les travaux de Kobayachi et al sur TSC2 (transgenèse sur le
rat d’Eker) confirment les études citées (cf supra).
Le rat d’Eker est
atteint d’un carcinome rénal à transmission autosomique dominante
lié à une mutation de TSC2.
Par transgenèse, Kobayashi et al ont
montré qu’en rajoutant une troisième copie non mutée de TSC2 au
génome du rat d’Ekert, on n’observait pas l’apparition de
carcinome.
D - RÉPARTITION DES MUTATIONS ET CORRÉLATION
PHÉNOTYPE-GÉNOTYPE :
Selon les études de liaisons, les cas familiaux de STB ségrégeraient
avec les deux loci en proportion équivalente.
Toutefois l’étude de
AC Jones et al montre une prédominance nette de TSC1 dans les
cas familiaux et TSC2 dans les cas sporadiques.
1- TSC1
:
Il est beaucoup plus présente dans les formes familiales (37 % des
mutations retrouvées) que dans les formes sporadiques (8 %).
Au
niveau de TSC1, il n’y a pas de délétion.
Les mutations ponctuelles,
responsables de protéines tronquées dans la plupart des cas, sont
également réparties de façon homogène ; très peu sont récurrentes :
trois mutations retrouvées chez deux individus non apparentés dans
une étude sur 169 cas.
2- TSC2
:
Dans une étude portant sur 90 patients atteints de STB, il a été
retrouvé des mutations pathogènes du gène TSC2 dans 32 % des
cas sporadiques et 9 % des cas familiaux.
Le long de TSC2, les
mutations sont distribuées de façon homogène et tous les types sont
représentés : délétions, insertions, duplications, non sens, faux sens.
3- Corrélation phénotype génotype
:
AC Jones et al ont remarqué que le retard mental était
significativement plus fréquent lorsqu’il s’agissait de néomutations
(le plus souvent associée à TSC2).
Mais le biais de recrutement entre
les deux populations (familiales et sporadiques) est possible.
En
dehors de cette observation, il n’y a pas de corrélation phénotype
génotype évidente : ni les mutations responsables d’un décalage du
cadre de lecture, ni celles touchant le domaine GAP ou activateur transcriptionnel (pour TSC2) ne sont responsables de formes plus
graves.
E - CAS PARTICULIER DE LA POLYKYSTOSE RÉNALE
:
Les kystes rénaux surviennent dans approximativement un tiers des
patients atteints de STB, mais la polykystose rénale sévère du
nourrisson est beaucoup plus rare.
Le gène de la polykystose
autosomique dominante PKD1 a été identifié en 1994 et est situé
en 16p, directement adjacent à TSC2.
Les deux gènes sont orientés
en sens inverse.
Pour la première fois, Brook-Cater et al ont mis
en évidence, chez six patients atteints de polykystose rénale sévère
d’apparition précoce, une délétion de TSC2 et PKD1.
La même
équipe, sur une série plus importante de 27 patients, a montré
que cette même délétion n’a jamais été retrouvée chez les patients
atteints de kystes survenus à l’âge adulte et aucun patient porteur
d’une mutation respectant PKD1 n’a souffert de polykystose sévère
précoce, mis à part cinq cas porteurs d’une très large délétion de
TSC2 isolée (affectant possiblement l’expression de PKD1).
Il a été
aussi mis en évidence des patients mosaïques, avec des atteintes de
sévérité variable.
Il s’agit donc d’un syndrome de gènes contigus avec un phénotype
original résultant d’une synergie des deux gènes.
F - CONSEIL GÉNÉTIQUE
:
Dans la STB, il se heurte à la variabilité d’expression, problème
fréquemment rencontré dans les maladies autosomiques
dominantes.
Quant à la non-pénétrance, elle est rare, et on ne
peut l’affirmer qu’après un examen clinique et paraclinique complet.
En ce qui concerne le conseil génétique dans la STB, il existe deux
grands cas de figure :
– la forme familiale connue où le risque de transmission est de un
sur deux ;
– la forme sporadique où la difficulté consiste à ne pas manquer le
diagnostic de STB chez un des parents atteint d’une forme très
discrète.
Cela pose le problème de la non-pénétrance dans la STB.
Dans la forme sporadique vraie, le risque de récurrence est de
2 %.
En anténatal, le diagnostic prénatal (DPN) est possible s’il s’agit
d’une forme familiale et que la mutation a été identifiée chez les
parents.
Toutefois, l’expressivité variable de la STB ne permet pas
d’évaluer la sévérité de l’atteinte de l’enfant à naître.
Dans une
forme sporadique, il semble licite d’effectuer un DPN (cas d’une
mutation identifiée chez un premier enfant de parents sains) pour
écarter tout risque de récurrence dans le cas d’une mosaïque
germinale parentale.
L’imagerie ne peut affirmer ou infirmer un
diagnostic de STB.
Mais, selon Sonigo et al, 87 % des foetus
porteurs de rhabdomyomes (visualisés en échographie généralement
au troisième trimestre) sont atteints de STB.
L’IRM foetale a
développé, en plus du diagnostic, des éléments pronostiques en
détectant les nodules subépendymaux.
En présence de ces lésions
cérébrales diffuses, le pronostic neurologique serait défavorable.
G - CONCLUSIONS POUR LA PRATIQUE CLINIQUE
:
La confirmation par biologie moléculaire d’un diagnostic clinique
de STB sera difficile en raison :
– de l’hétérogénéité génétique : deux gènes pour une même
maladie ;
– de la taille importante de TSC2 et TSC1 ;
– de la diversité des mutations et la quasi-absence de mutations
récurrentes ;
– de l’absence de « points chauds » : la recherche de mutation n’est
pas orientée ;
– du fait que plus de la moitié des mutations de TSC2 et la quasitotalité
des mutations de TSC1 conservent le cadre de lecture et ne
sont pas détectables par la PTT (protein truncating test).
En dehors de la délétion emportant PKD1 et TSC2, la découverte
d’une mutation de TSC1 ou TSC2 en anténatal ou chez un
nourrisson ne permettra pas de se prononcer sur la gravité du
handicap, et notamment sur la présence d’une comitialité ou d’un
retard mental.