Scintigraphie de l’appareil locomoteur
(Suite) Cours de l'appareil locomoteur
6- Ostéoarthropathie hypertrophiante (OAH)
:
Décrite en 1890 par Pierre Marie, l’OAH s’observe dans les
pneumopathies chroniques de causes diverses et notamment les
tumeurs bronchopulmonaires primitives ou secondaires, ainsi que
dans les cardiopathies cyanogènes.
* Sémiologie scintigraphique :
+ Forme typique
Le tableau scintigraphique caricatural associe trois signes :
– une hyperfixation linéaire soulignant la corticale des os longs ;
cette hyperfixation est plus fréquemment observée dans la zone métadiaphysaire distale que proximale ; l’épiphyse est respectée ;
lorsque l’hyperfixation est intense et étendue, elle dessine une image
en « rails de chemin de fer » ;
– une hyperfixation périarticulaire due à la synovite associée ;
– l’hippocratisme digital se traduisant par une hyperfixation du
corps des métacarpiens, des phalanges proximales et moyennes ;
c’est dire la nécessité de compléter le balayage corps entier par un
cliché statique des mains à l’aide d’un collimateur très haute
résolution.
+ Variantes scintigraphiques :
Une atteinte asymétrique et irrégulière des extrémités se rencontre
chez approximativement 15 % des patients.
L’atteinte peut intéresser
le crâne (notamment les maxillaires et la mandibule), les clavicules,
les omoplates, les rotules, les calcanéus, le gril costal, la symphyse
pubienne et les ailes iliaques.
L’atteinte thoracique pariétale peut
prendre le pas sur l’atteinte du squelette appendiculaire.
Le rachis
semble néanmoins constamment épargné par l’affection.
* Indications :
+ Sévérité :
La sévérité de l’OAH est évaluée en combinant les termes
d’extension physaire (diaphyse, métaphyse, épiphyse), d’épaisseur
(nombre de couches, régularité ou irrégularité) de l’hypertrophie
périostée et du nombre d’os atteints (moins de 10, de 10 à 20, plus
de 20).
Ces éléments tirés de l’imagerie radioscintigraphique
permettent de classer l’OAH en trois stades : limité, modéré et
sévère.
+ Pronostic
:
Dans une étude rétrospective portant sur une cohorte de 164 patients
ayant subi une scintigraphie osseuse de routine pour le bilan
d’extension d’un cancer bronchique, Morgan et al identifièrent
17 % d’OAH.
Il n’y avait pas de différence de survie significative
entre les deux groupes OAH positif et OAH négatif.
Le groupe OAH
positif comportait une incidence supérieure de tumeurs
périphériques.
+ Suivi
:
Les hyperfixations reflétant l’OAH secondaire régressent au cours
du premier mois si l’action thérapeutique de l’affection causale s’est avérée efficace alors que les anomalies observées sur les
radiographies standards apparaissent inchangées.
7- Ostéopathies métaboliques
:
S’il est vrai que le diagnostic positif se fonde sur des arguments
biochimiques et des radiographies standards, la scintigraphie
osseuse est indiquée :
– lorsque le diagnostic d’ostéopathie métabolique (ostéomalacie,
hyperparathyroïdie) n’est évidemment pas encore connu et que le
patient se plaint de douleurs ostéoarticulaires mal systématisées,
pseudo-inflammatoires, en règle lombopelviennes, d’installation
progressive, contrastant avec des radiographies d’aspect banal ;
– lorsque les radiographies standards révèlent des images
déroutantes : fracture pathologique ou aspect pseudotumoral ;
– lorsque le diagnostic a été porté mais la scintigraphie intervient
alors pour le bilan du retentissement osseux dans les formes
sévères ;
– classiquement systématique dans les rares cas de suspicion
d’ostéomalacie oncogénique « vraie » ;
– en cas d’association morbide avec une affection à expression
osseuse (exemple : association cancer de la prostate et ostéomalacie) ;
– au cas par cas : suivi des complications ostéoarticulaires sous
traitement étiologique et/ou symptomatique.
La « trop belle image » scintigraphique ou super bone scan est un
aspect qui est commun à la grande majorité des ostéopathies
métaboliques.
La sémiologie en est la suivante :
– hyperfixation diffuse des os longs ;
– hyperfixation diffuse du squelette axial ;
– hyperfixation périarticulaire ;
– hyperfixation de la voûte crânienne ou du maxillaire inférieur ;
– hyperfixation en « chapelet » des jonctions chondrocostales ;
– sternum en « cravate » ;
– images rénales atténuées ou quasi absentes, faible activité du
contenu vésical et des tissus mous.
Fait important, l’aspect des anomalies est régulier et leur répartition
symétrique.
Cela permet le diagnostic différentiel avec les lésions
métastatiques ostéomédullaires diffuses. Parmi les causes le plus
fréquemment retrouvées, on peut citer l’hyperparathyroïdie
et l’ostéomalacie.
En revanche, l’ostéoporose s’accompagne en règle d’une
hypofixation squelettique généralisée sur laquelle apparaissent les
hyperfixations liées aux complications comme les tassements
vertébraux.
C - PROTHÈSES :
L’aspect scintigraphique des prothèses doit être bien connu, compte
tenu du nombre croissant de patients porteurs de prothèse, que
l’examen soit prescrit en raison d’une pathologie générale ou locale
intéressant le reste du squelette ou, a fortiori, qu’il soit prescrit pour
une douleur attribuée à la prothèse.
1- Prothèse de hanche :
* Aspect normal :
Le premier signe qui permet de reconnaître la prothèse lorsqu’elle
n’a pas été signalée est l’absence de toute fixation sur la région du
col et de la tête fémorale, ainsi que sur la zone correspondant à la
tige d’insertion diaphysaire.
Lorsque la pose de la prothèse est récente, une hyperfixation est
volontiers observée, principalement dans la région cotyloïdienne,
sur le grand trochanter et à l’extrémité inférieure de la tige fémorale.
La durée de cette hyperfixation est variable, rarement inférieure à 6
mois, elle peut se prolonger jusqu’à 12 mois, voire plus rarement
pendant 2 ans.
Ces fixations sont plus prolongées lorsqu’il s’agit de
prothèses sans ciment qui provoquent une réaction osseuse plus
marquée.
Cet aspect d’hyperfixation rend difficile l’appréciation d’une
éventuelle pathologie associée pendant les 2 premières années qui
suivent l’intervention.
* Complications
:
L’apparition d’une douleur chez un patient porteur d’une prothèse
fait suspecter une complication qui, si elle n’est pas élucidée par les
radiographies, peut conduire à la réalisation d’une scintigraphie.
Ces complications peuvent être un descellement, une infection, une
fracture de fatigue, des ossifications périarticulaires, une
algodystrophie.
Le problème le plus fréquemment posé est celui
d’un descellement et/ou d’une infection.
Pour étudier les complications des prothèses de hanche, une
scintigraphie osseuse en trois phases est nécessaire.
La scintigraphie
est généralement positive en cas de descellement ou d’infection et
les anomalies consistent en une hyperfixation diffuse ou localisée
autour de la prothèse au temps osseux sur les images tardives.
L’hyperfixation est volontiers plus importante en cas d’infection.
Sur
les clichés précoces, au temps angiographique et à la phase
tissulaire, un descellement ne donne en général pas de signe alors
qu’une infection se révèle par une hyperfixation dans plus de 80 %
des cas.
La sensibilité de cette exploration ne doit pas masquer cependant
une faible spécificité : en particulier, dans la première année qui suit
la chirurgie, une hyperfixation est habituelle.
De plus, l’existence
d’une infection reste très difficile à affirmer sur la scintigraphie
osseuse simple.
C’est la raison pour laquelle, lorsque la question se
pose, il est plus utile de réaliser la scintigraphie en utilisant des radiopharmaceutiques spécifiques de l’inflammation ou de
l’infection.
Dans cette indication, le gallium 67 montre théoriquement, en cas
d’infection, des foyers d’hyperfixation plus intenses et/ou plus
étendus comparativement au radiopharmaceutique ostéotrope.
Aujourd’hui, lorsqu’il existe une suspicion d’infection, on utilise
plus volontiers la scintigraphie aux polynucléaires marqués in
vitro au 99mTc-hexa-méthyl-propyl-amine-oxime (HMPAO).
L’accumulation des polynucléaires dans le foyer infectieux doit être
différenciée de la présence normale des leucocytes dans les zones de
moelle osseuse active.
Pour reconnaître ces zones médullaires
actives, notamment sur les os remaniés par l’intervention
chirurgicale, on dispose d’un agent qui permet de visualiser la
moelle osseuse : les colloïdes marqués au 99mTc.
La comparaison
entre les zones de fixation des colloïdes et des leucocytes marqués
permet de déterminer celles qui correspondent à la moelle osseuse,
fixant les deux radiopharmaceutiques, des foyers infectieux qui
fixent uniquement ou très préférentiellement les leucocytes.
C’est le moyen qui apparaît aujourd’hui le plus approprié dans les
cas difficiles de recherche d’infection sur prothèse.
2- Prothèse de genou
:
Les remarques ci-dessus qui concernent les prothèses de hanche
restent valables pour la prothèse de genou mais, dans ce cas, il faut
savoir que l’hyperfixation postopératoire est plus intense et plus
prolongée que dans le cas de la hanche.
Cet aspect est en outre
plus marqué pour le composant tibial que pour le composant
fémoral.
L’interprétation des anomalies scintigraphiques n’en est
que plus difficile, en particulier dans les 2 premières années qui
suivent la chirurgie.
La recherche d’infection dans des cas
particuliers avec les radiopharmaceutiques spécifiques dont on
dispose (polynucléaires marqués, colloïdes) reste cependant utile.
D - OSSIFICATIONS HÉTÉROTOPIQUES
:
La phase de maturation des ostéomes périarticulaires, qui dure en
général de 6 mois à 1 an, peut s’étendre jusqu’à 5 ans.
La
scintigraphie montre une fixation élevée du radiopharmaceutique
sur l’os en formation.
Le risque de récidive après résection
chirurgicale de ces ostéomes est très réduit si l’intervention est
réalisée après la phase de maturation.
La scintigraphie semiquantitative
est donc parfois utilisée pour apprécier l’activité
ostéoblastique de l’ostéome.
E - INFECTIONS :
1- Généralités
:
En dehors des infections sur prothèse et du problème de
l’ostéomyélite de l’enfant, la recherche d’infection ostéoarticulaire
par les techniques scintigraphiques est devenue plus rare de nos
jours en raison de la place prise par le scanner et l’IRM.
La scintigraphie osseuse est très sensible pour détecter les foyers
d’infection osseuse mais son manque de spécificité conduit souvent
à compléter l’exploration scintigraphique par d’autres
radiopharmaceutiques comme le gallium ou les polynucléaires
marqués au 99mTc-HMPAO.
C’est par la confrontation entre la
scintigraphie osseuse et la scintigraphie au gallium dans certains cas
ou de la scintigraphie aux polynucléaires et aux colloïdes dans
d’autres cas, que la spécificité peut être améliorée.
Les scintigraphies qui sont prescrites pour la recherche de foyers
infectieux sont rarement demandées afin d’établir un diagnostic
positif en cas de suspicion, mais plutôt pour orienter les recherches
dans le cas où la localisation n’est pas connue ou pour compléter les
investigations en recherchant d’autres localisations lorsqu’un
premier foyer a été diagnostiqué.
Les infections sont aujourd’hui plus volontiers explorées par l’IRM
et par le scanner qui sert en outre de repérage pour ponctionner le
foyer infectieux.
En cas d’atteintes pouvant intéresser plusieurs
étages, la scintigraphie garde son intérêt pour orienter les
investigations si elle met en évidence d’autres foyers hyperfixants.
2- Sacro-iliaques
:
La recherche de sacro-iliite infectieuse est une bonne indication de
la scintigraphie osseuse, car les signes radiologiques initiaux
manquent souvent et la suspicion clinique peut alors être confortée
par la scintigraphie.
En effet, l’atteinte étant le plus souvent
unilatérale, l’asymétrie de fixation des sacro-iliaques est facile à
apprécier.
L’hyperfixation de l’articulation atteinte est en général
également visible sur l’incidence antérieure.
3- Ostéomyélite chronique
:
De diagnostic difficile, l’ostéomyélite chronique nécessite souvent de
recourir à des explorations complémentaires autres que la
radiographie.
Comme pour les autres diagnostics d’infection
osseuse, la scintigraphie est très sensible et très peu spécifique.
Les foyers d’ostéomyélite chronique donnent une hyperfixation du radiopharmaceutique liée à l’activité métabolique du tissu osseux
autour de l’infection chronique.
Cette hyperfixation peut persister
plusieurs mois après traitement efficace de l’ostéomyélite.
La scintigraphie osseuse est donc intéressante pour sa valeur
prédictive négative qui permet, en cas de fixation normale, d’écarter
le diagnostic.
Elle ne peut cependant, en cas d’hyperfixation, être
utilisée pour apprécier l’évolutivité des lésions.
Le recours à d’autres radiopharmaceutiques tels que le gallium permettrait, pour certains
auteurs, de préciser si l’ostéomyélite est active.
Le cas particulier du pied diabétique appelle les mêmes remarques :
une absence d’hyperfixation permet en pratique d’éliminer une
atteinte osseuse, mais une scintigraphie positive ne permet pas de
faire la différence entre l’atteinte osseuse de la neuroarthropathie et
une atteinte infectieuse.
F - TUMEURS BÉNIGNES :
1- Ostéome ostéoïde :
Certaines tumeurs primitives des os situées sur les os du carpe, du
tarse, sur le fémur proximal ou les vertèbres peuvent être difficiles à
identifier sur les radiographies.
La scintigraphie osseuse est
extrêmement utile, aussi bien pour l’ostéome ostéoïde que pour
l’ostéoblastome, en montrant, avec une sensibilité proche de 100 %,
un foyer localisé d’hyperfixation très intense.
Du fait de
l’hypervascularisation de la tumeur, l’hyperfixation est déjà visible
aux temps angiographique et tissulaire.
Ces caractéristiques scintigraphiques sont couramment exploitées pour contrôler en
peropératoire la localisation de la lésion à l’aide d’une sonde de
détection, puis pour s’assurer que toute la zone hyperfixante est bien
comprise dans le tissu qui a été réséqué.
2- Dysplasie fibreuse :
La dysplasie fibreuse peut intéresser un seul os (de 70 à 80 % des
cas), plusieurs os ou la totalité du squelette.
Les radiographies
permettent en règle d’évoquer fortement le diagnostic en montrant
le tissu fibreux sous forme d’une lésion radiotransparente et les
trabéculations d’os néoformé de densité variable.
Dans ce tableau,
la scintigraphie osseuse peut être concernée à deux titres :
– elle peut mettre en évidence de façon fortuite une dysplasie
fibreuse, qui apparaît sous la forme d’une hyperfixation due à l’activité ostéoblastique ; le diagnostic différentiel dépend de
l’étendue et de la localisation et inclut notamment la maladie de
Paget ;
– elle peut être utilisée pour préciser quelles sont les atteintes et
montrer par exemple une forme polyostotique quand une seule
localisation est initialement connue ; cependant, il faut savoir qu’un
certain nombre de lésions radiologiquement évidentes d’aspect
kystique ne montrent pas d’hyperfixation.
Pathologie maligne :
A - TUMEURS MALIGNES PRIMITIVES DE L’OS
:
1- Ostéosarcome
:
L’ostéosarcome est la plus fréquente des tumeurs malignes
primitives de l’os (30 %) et touche, dans plus de 75 % des cas,
l’enfant et l’adolescent.
Le diagnostic est évoqué sur la clinique et la radiographie, puis
confirmé par la biopsie.
La place de la scintigraphie dans cette
affection est donc limitée et se justifie essentiellement dans le cadre
du bilan d’extension.
Elle est utile pour dépister une dissémination
métastatique sur le squelette : ces métastases osseuses sont rares au
moment du diagnostic initial mais peuvent apparaître au cours de
l’évolution et sont alors démontrées très précocement par la
scintigraphie.
Les métastases pulmonaires sont plus fréquentes et sont visibles sur
la scintigraphie osseuse (balayage corps entier complété par une TEMP thoracique) dans un certain nombre de cas en raison de la
production de tissu osseux par les foyers métastatiques.
2- Sarcome d’Ewing
:
Comme pour l’ostéosarcome, l’intérêt de la scintigraphie osseuse
consiste essentiellement à dépister les localisations métastatiques sur
le reste du squelette.
B - MÉTASTASES OSSEUSES :
Le squelette est le troisième site le plus fréquemment atteint par les
métastases, dépassé seulement par le poumon et le foie.
À court ou
moyen terme, cet événement expose aux risques de douleur osseuse,
de fracture pathologique, de compression médullaire et
d’hypercalcémie.
1- Métastases multiples :
Le tableau scintigraphique typique est donné par la présence de
lésions multiples, distribuées de façon aléatoire, concentrées de
manière prédominante, sinon parfois exclusive, au squelette axial.
Sur le squelette appendiculaire, les métastases osseuses s’implantent
avec prédilection à la métaphyse proximale des humérus et des
fémurs.
L’atteinte des os longs distaux est nettement plus rare.
L’atteinte des petits os des extrémités (mains, pieds) est
exceptionnelle.
L’aspect typique est celui de multiples foyers hyperfixants mais, dans un certain nombre de cas, les localisations
osseuses sont hypofixantes et les deux formes hyper- et hypofixantes
peuvent coexister chez le même patient.
2- Métastase solitaire :
Approximativement 15 % des patients comptant un antécédent de
cancer présentent une anomalie de fixation isolée à la scintigraphie
osseuse.
Les arguments orientant vers une origine métastatique de
l’anomalie sont de plusieurs ordres.
Chez l’adulte, l’anomalie de
fixation métastatique siège préférentiellement aux dépens du
squelette axial, riche en moelle hématopoïétique.
Le rachis
dorsolombaire est majoritairement affecté, approximativement dans
50 % des métastases isolées, suivent ensuite, par fréquence
décroissante, le gril costal (20 %), la ceinture pelvienne (15 %) et le
sternum (10 %).
La localisation intraosseuse est également un critère
à retenir : les localisations métastatiques du rachis intéressent
préférentiellement le corps vertébral (mur postérieur) et le pédicule.
Les métastases des os longs sont métaphysodiaphysaires.
Le type de l’anomalie scintigraphique observée peut être
déterminant pour son identification : une hyperfixation simple en
foyer ne peut être considérée comme suspecte que lorsqu’elle est
localisée en pleine pièce osseuse, à distance de toute articulation
(exemple : diaphyse fémorale) ; une hypofixation osseuse à
l’emporte-pièce fait redouter une métastase lytique agressive (pas
de réaction d’ostéocondensation périlésionnelle) ; enfin une image
mixte, comme l’aspect en « cocarde » défini par une lacune de
fixation cernée par un liseré hyperfixant ou, a fortiori, réalisant un
aspect plus complexe, est hautement suspecte.
La scintigraphie osseuse est plus sensible que les radiographies
standards dans la détection des métastases osseuses.
Mais, en raison
d’une spécificité moindre, toute hyperfixation de signification
litigieuse impose d’être radiographiée.
Si les radiographies s’avèrent
à leur tour négatives ou non concluantes, une tomodensitométrie
(TDM) ou une IRM doit être entreprise.
Si ces dernières explorations
se révèlent non concluantes, une biopsie à l’aiguille peut être
légitime.
Le cas particulier de l’hyperfixation solitaire représente
probablement l’aspect de la plus faible spécificité.
Tumeh indique que 90 % des
hyperfixations du gril costal sont bénignes chez les patients
suivis pour un cancer.
Selon la même équipe, chez les
patientes aux antécédents de cancer du sein, une hyperfixation
isolée du sternum revêt une probabilité de malignité supérieure
à 80 %.
Cette prévalence élevée est la
conséquence d’un envahissement du cancer du sein par voie
lymphatique.
3- Oligométastases régionales
:
L’extension de la tumeur à l’os peut se produire de manière
prédominante ou exclusive en une région du squelette.
Ce type
d’extension peut être aussi bien la conséquence de métastases
provenant d’une tumeur primitive à distance que l’invasion directe
d’une tumeur primitive siégeant dans des tissus mous adjacents à la
région osseuse métastatique.
L’extension de la tumeur à une seule région du squelette se
rencontre avec plusieurs tumeurs primitives.
Une telle expression
de l’atteinte métastatique peut précéder de plus de 5 ans
l’identification de métastases éloignées.
Un envahissement régional du gril costal par un cancer primitif des
bronches provient souvent d’une invasion directe de l’os à partir de
la tumeur primitive voisine.
Le syndrome de Pancoast et Tobias
constitue un cadre clinique particulier où les trois premières côtes et
les vertèbres correspondantes peuvent être attaquées par une
infiltration néoplasique.
Le premier primitif en cause en est le cancer
bronchique non à petites cellules.
La scintigraphie osseuse montre alors en règle une hypofixation de la côte lysée, équivalent scintigraphique de la « côte fantôme » radiologique.
Parfois, c’est
une image mixte, hypofixation bordée d’une hyperfixation, qui est
individualisée.
Certaines tumeurs primitives localisées dans la cavité pelvienne
envahissent l’os par extension directe ; c’est le cas des tumeurs du
sigmoïde et du rectum.
La détection d’un envahissement osseux par
un sarcome des tissus mous assombrit le pronostic et modifie
l’approche thérapeutique.
4- Pièges
:
Lorsque la maladie métastatique implique l’os sous la forme
d’hyperfixations multifocales, son identification est aisée.
Cependant, plusieurs aspects scintigraphiques sont trompeurs et
méritent d’être soulignés.
Le premier d’entre eux est l’hypofixation
isolée, difficile à repérer, surtout lorsque la fixation globale sur le
squelette n’est pas très importante.
Le second est représenté par
l’hyperfixation diffuse ou super bone scan et le troisième est l’aspect
post-thérapeutique d’aggravation des lésions ou flare phenomenon.
* « Super bone scan »
:
Lorsque les métastases deviennent confluentes, elles peuvent être
plus difficiles à reconnaître sur la scintigraphie osseuse.
Ce cas de
figure se traduit par le tableau scintigraphique dit de super bone scan
ou « trop belle image ».
La scintigraphie osseuse montre une
hyperfixation diffuse intéressant le squelette axial, c’est-à-dire la cage
thoracique, le rachis cervico-dorso-lombaire, la ceinture pelvienne.
La métaphyse supérieure des humérus et des fémurs est également
impliquée.
A contrario, le squelette appendiculaire (humérus, radius,
mains, genoux, tibias, péronés, pieds et fréquemment le crâne)
apparaît relativement hypofixant (sink effect).
Le super bone scan est
également caractérisé par des anomalies extraosseuses : la fixation
par les tissus mous est abolie, et les reins et la vessie sont peu ou
non visibles.
L’image d’allure globalement symétrique
obtenue sur les clichés de balayage corps entier ne doit pas en
imposer pour une scintigraphie normale.
Ces erreurs par omission
sont à l’origine des observations cliniques publiées de faux négatifs.
C’est pourquoi l’analyse qualitative des clichés de balayage du corps
entier doit être doublée d’une analyse semi-quantitative
rudimentaire ; les taux de comptage total obtenu en face antérieure
et en face postérieure (affichés sur les clichés) sont de l’ordre de 1,5
à 2 fois la normale.
En cas de doute, et pour faire la différence avec
une ostéopathie métabolique qui donne des signes voisins, il faut
rechercher une hétérogénéité ou une asymétrie de la fixation des
métaphyses proximales des humérus et des fémurs, du gril costal et
du sacrum ; ce dernier peut se révéler anormalement riche en détails
anatomiques (trous sacrés), normalement non ou peu
reconnaissables.
* « Flare phenomenon »
:
Dans les mois qui suivent la mise en route d’un traitement
antinéoplasique, alors que l’on constate une amélioration clinique,
la scintigraphie osseuse peut montrer une aggravation des signes
sous la forme d’une augmentation de la fixation des métastases
connues et même de l’apparition de nouveaux foyers de fixation.
Cette symptomatologie peut être une des manifestations de
l’embrasement thérapeutique (flare phenomenon), syndrome
classiquement pourvoyeur de « faux positifs » scintigraphiques.
Le mécanisme incriminé du flare scintigraphique est l’augmentation
de l’activité ostéoblastique des zones d’ostéolyse tumorale dont la
colonisation métastatique a été éradiquée par le traitement.
À
l’aide de la scintigraphie osseuse dynamique, Sundkvist a
démontré que cet accroissement d’activité ostéoblastique était
logiquement accompagné d’une probable augmentation du débit
sanguin osseux local.
La visualisation des foyers d’hyperfixation
apparemment supplémentaires correspond en réalité à des lésions
préexistantes passées inaperçues en raison de l’absence de réaction ostéoblastique.
Le flare a été décrit pour des métastases osseuses provenant de
tumeurs malignes très diverses (prostate, sein, poumon,
ostéosarcome, lymphome), en réaction à diverses options
thérapeutiques, notamment la chimiothérapie et l’hormonothérapie.
Cette accentuation des hyperfixations concernerait entre 15 et 30 %
des patients. Les patients dont la scintigraphie osseuse montre un flare ont un pronostic analogue à ceux dont la scintigraphie objective
une amélioration sans flare.
Le risque d’assimiler le flare à une progression métastatique est de
modifier le traitement de façon intempestive.
Programmer la
scintigraphie osseuse de contrôle au sixième mois permet d’éviter
ces difficultés d’interprétation car, au-delà de ce délai, une
accentuation des foyers préexistants ou une apparition de nouveaux
foyers sur la scintigraphie osseuse signe une progression
métastatique.
Cependant, une scintigraphie osseuse précoce (avant 6 mois) peut
s’avérer nécessaire.
En ce cas, la distinction entre flare et progression
métastatique repose sur un faisceau d’arguments : l’état clinique
(amélioration ou détérioration de l’état général), l’aspect des
radiographies standards (recalcification ou aggravation de l’ostéolyse), l’évolution des taux circulants des marqueurs tumoraux
(prostate specific antigen [PSA], antigène carcinoembryonnaire, CA
15-3) et la cinétique comparative des paramètres d’ostéoformation
(phosphatases alcalines osseuses) et d’ostéorésorption (pyridinoline,
déoxypyridinoline, télopeptides C- et N-terminal du collagène de
type I).
Il est parfois nécessaire de recourir à l’IRM qui montre
une disparition de l’infiltration métastatique ostéomédullaire en cas
de flare.
C - INDICATIONS DE LA SCINTIGRAPHIE OSSEUSE
EN ONCOLOGIE
:
1- Si le cancer est connu
:
La scintigraphie contribue à déterminer l’extension de la maladie,
que ce soit à la phase initiale ou lors du suivi.
* Bilan d’extension initial
:
La scintigraphie est proposée tout d’abord dans le bilan d’extension
initial de la maladie pour tous les cancers susceptibles de donner
des métastases osseuses : les cancers de la prostate et du sein en
représentent les indications les plus fréquentes.
Pour le cancer de la prostate, une majorité d’études rétrospectives et
prospectives suggèrent qu’une scintigraphie osseuse est superflue
dans le bilan initial d’un cancer nouvellement diagnostiqué si le taux
sanguin circulant de PSA se situe en dessous d’une valeur-seuil.
Cette valeur-seuil est comprise entre 10 et 20 ng/mL.
Cette stratégie
d’indication de la scintigraphie osseuse de référence conditionnée
par le taux sérique d’un marqueur tumoral est toutefois contestée
sur divers arguments.
Le désaccord porte sur la valeur prédictive
négative, estimée insuffisamment élevée, pour un seuil choisi à
20 ng/mL.
La nécessité d’obtenir une scintigraphie osseuse de
référence est défendue par certaines équipes dans cette population
de patients, en règle âgés, atteints fréquemment d’arthropathies
dégénératives axiales ou périphériques et, moins fréquemment, de
maladie de Paget.
Certains adénocarcinomes se propagent ou récidivent selon un mode
essentiellement locorégional.
Les mécanismes font intervenir les
voies sanguine et lymphatique ; plus rarement, il s’agit d’un
envahissement direct par la tumeur primitive.
Obéissent à cette règle
les tumeurs de la sphère oto-rhino-laryngologique (propagation au
massif facial), les cancers colorectaux (propagation au plan
sacrococcygien), les tumeurs bronchiques primitives périphériques
(propagation aux éléments de la paroi thoracique : côtes, omoplate,
rachis dorsal).
Le recours à la scintigraphie osseuse est d’autant plus
précieux que les localisations métastatiques aux os plats (côtes,
sternum, omoplates) de la cage thoracique sont notoirement
méconnues par les radiographies standards.
* Au cours de l’évolution :
On a de nouveau recours à la scintigraphie osseuse si apparaissent
des signes faisant évoquer des localisations secondaires osseuses
chez un patient qui en était préalablement indemne, par exemple :
– apparition de douleurs osseuses ; une méta-analyse a conclu à
l’intérêt de la TEMP rachidienne dans l’exploration de douleurs
dorsales apparaissant dans le sous-groupe des patients comptant un
antécédent néoplasique ;
– évaluation d’une ascension inexpliquée d’un marqueur tumoral ; à l’opposé, chez un(e) patient(e) asymptomatique, un taux
circulant se maintenant de manière stable au-dessous du seuil de
coupure est hautement prédictif d’une scintigraphie osseuse
négative pour les cancers de la prostate et du sein, et la
scintigraphie n’est pas utile dans ce cas.
* Guide pour la biopsie ou l’exérèse
:
L’indication d’une biopsie, orientée par la scintigraphie, se pose
dans deux situations bien différentes.
– Une scintigraphie osseuse est réclamée pour une surveillance d’un
cancer traité ou encore pour un motif non carcinologique (suspicion
de fracture de fatigue par insuffisance osseuse) chez un patient
comptant comme antécédent un cancer considéré comme « guéri ».
L’examen découvre un foyer hyperfixant franc en pleine pièce
osseuse.
L’anomalie est isolée et les radiographies standards sont
normales.
Il est alors primordial de s’assurer qu’il ne s’agit ni d’un
artefact, ni d’une variante normale de la scintigraphie osseuse et
qu’il n’existe aucun antécédent traumatique.
Si le cancer est réputé ostéophile à risque de récidive tardive (exemples : sein, rein,
thyroïde), l’indication d’une biopsie peut être posée afin de connaître
la nature métastatique ou non de la lésion.
– Une scintigraphie osseuse est réclamée dans le cadre du bilan
d’extension de métastases, viscérales ou osseuses, d’un primitif de
siège indéterminé.
Le but de la scintigraphie osseuse est de localiser
des lésions atteignant des sites osseux accessibles et commodes pour
effectuer un geste biopsique (exemples : sternum, rachis, sacroiliaque,
crête iliaque) afin d’obtenir une orientation
anatomopathologique.
* Évaluation pronostique :
Pour contribuer à évaluer le pronostic, certains proposent de
quantifier l’extension des lésions métastatiques.
L’importance de la
masse tumorale osseuse peut être ainsi évaluée de façon semiquantitative
au moyen de scores popularisés par Soloway dans le
cancer de la prostate et par Citrin dans le cancer du sein.
L’évolutivité (ou activité) métabolique des sites métastatiques du
cancer de la prostate a été étudiée par Drelichman et al.
La topographie des atteintes revêtirait également un intérêt
pronostique indépendant de la masse tumorale osseuse : la présence
de métastases osseuses périphériques contribue à diminuer
significativement la durée de vie des patients porteurs d’un cancer
de la prostate et la présence de métastases osseuses en aval de la
charnière lombosacrée expose les patientes atteintes d’un cancer du
sein au risque de métastases viscérales significativement plus qu’en
amont de la charnière.
Par ailleurs, la localisation des foyers permet d’attirer l’attention sur
le risque de complications liées à la présence des métastases comme
les fractures pathologiques ou les compressions médullaires, et de
prendre les mesures appropriées pour les prévenir.
2- Si le cancer n’est pas connu
:
La scintigraphie est indiquée lorsqu’on suspecte des métastases
osseuses et les principaux tableaux sont les suivants :
– découverte d’une image radiographique suspecte de malignité ;
– ascension d’un marqueur tumoral demandé en dépistage ;
l’exemple-type est la découverte d’un taux de PSA supérieur à
10 ng/mL lorsque le dosage a été demandé à titre systématique chez
un homme âgé de plus de 50 ans strictement asymptomatique.
3- Conclusion
:
La scintigraphie osseuse conserve un rôle prépondérant dans les
stratégies diagnostique et thérapeutique des cancers ostéophiles.
L’optimisation des rapports coût/efficacité et coût/bénéfice a
conduit à la codification de telles stratégies.
L’insertion de la
scintigraphie osseuse dans un arbre de décision où figurent les
marqueurs tumoraux sériques et les explorations radiologiques
(IRM) lui a fait perdre le caractère systématique de sa prescription.
L’amélioration de la sensibilité et de la spécificité de la
technique implique un large recours aux incidences « anatomiques »
et à la TEMP.
D - MYÉLOME :
Les signes scintigraphiques sont variables et l’image
scintigraphique peut en particulier être normale.
Il n’en demeure
pas moins que cette hypothèse est parfois soulevée à la scintigraphie.
Ils peuvent prendre l’aspect d’une hyperfixation focale
solitaire ou d’hyperfixations multiples (gril costal, rachis),
mais d’autres aspects sont possibles :
– une hypofixation focale solitaire (cernée par un liseré hyperfixant,
plus rarement pure, à l’« emporte-pièce », d’aspect « soufflé ») ;
– une hétérogénéité de fixation d’une pièce osseuse ;
– des hyperfixations et hypofixations associées multifocales (aspect
« pseudométastatique ») ;
– une hyperfixation squelettique diffuse (aspect de super bone scan
pur ou dégradé) ;
– une hyperfixation extraosseuse.
Il faut souligner que, si une scintigraphie osseuse en trois phases de
la région douloureuse a été effectuée, elle révèle en règle une
hyperhémie, quelle que soit l’anomalie observée sur les images
tardives (hypofixation, hyperfixation, fixation hétérogène).
Pédiatrie :
Les applications de la scintigraphie osseuse en pédiatrie méritent un
développement particulier, d’une part parce que les explorations
doivent y être conduites de façon adaptée et, d’autre part, parce que
la pathologie étudiée est propre à cet âge et que les images normales
diffèrent de celles des adultes.
A - ASPECTS TECHNIQUES :
Dans le but de minimiser l’irradiation des jeunes patients, les doses
administrées sont adaptées en fonction du poids des sujets
(10 MBq/kg).
La scintigraphie en deux (plutôt que trois) phases peut
être pratiquée chez l’enfant.
L’une des principales difficultés à surmonter est d’obtenir une
sédation suffisante des enfants pour que les images obtenues soient
de bonne qualité.
Un personnel entraîné, une présence rassurante à
proximité et divers petits moyens permettent en général d’obtenir le
résultat escompté sans avoir recours à des traitements
complémentaires.
Chez le très jeune enfant, il est parfois utile de
disposer d’une perfusion pour faciliter la voie d’abord lors de
l’injection et d’administrer une prémédication.
Chaque vue est
acquise en un temps assez court (quelques minutes) mais suffisant
pour obtenir une image interprétable.
La durée d’acquisition est
cependant beaucoup plus longue si l’on souhaite effectuer une
tomographie (single photon emission computed tomography).
L’enregistrement des images corps entier est plus rapide du fait de
la petite taille de l’enfant.
L’exigence de la résolution est ici
maximale et l’on est souvent amené à compléter les images obtenues
avec le collimateur habituel à haute résolution par des images
agrandies, montrant plus finement les détails, qui sont obtenues
avec les collimateurs pin-hole.
La principale différence entre la scintigraphie osseuse de l’adulte et
celle de l’enfant est l’existence chez ce dernier d’une hyperfixation
des cartilages de conjugaison, qui apparaissent dans la région
métaphysaire des os longs sous forme de bandes d’hyperfixation
linéaires lorsque l’incidence est bien perpendiculaire à cette région.
Cette hyperfixation diminue progressivement avec l’âge mais peut
rester visible, notamment pour le fémur distal et le tibia proximal,
jusqu’à la vingtième année.
L’aspect scintigraphique ne peut être
utilisé pour évaluer l’âge osseux ; la scintigraphie peut montrer la
persistance d’une activité des cartilages de conjugaison après leur
disparition radiologique.
B - INDICATIONS :
1- Traumatismes
:
Il est rare que l’on ait recours à la scintigraphie osseuse chez l’enfant
pour les cas habituels de fractures : les anomalies scintigraphiques
des foyers de fracture sont quasi constantes à partir de la 24e heure.
Cette exploration peut donc être utile dans les cas où le diagnostic radioclinique est incertain.
C’est le cas des fractures occultes du jeune enfant d’âge préscolaire
qui se manifestent par des troubles de la marche et qui peuvent
intéresser le tibia ou les os du tarse (calcanéus, cuboïde).
Ces
fractures sont difficiles à voir sur les radiographies : l’hyperfixation
de la scintigraphie permet de les mettre en évidence et les images
obtenues au pin-hole précisent la localisation sur les os du tarse.
C’est le cas également de fractures de fatigue qui peuvent survenir
chez les adolescents ou préadolescents.
Si les radiographies sont le
plus souvent éloquentes dans les grades 3 et 4, elles sont le plus
souvent négatives dans les grades 1 (96 %) et 2 (75 %).
2- Syndrome des enfants battus
:
Dans cette pathologie, le dépistage et le bilan des fractures sont
essentiels et de nombreuses études démontrent l’intérêt d’associer la
scintigraphie osseuse pour établir un bilan précis.
Les enfants qui
sont l’objet de ces violences ont le plus souvent moins de 3 ans et
sont soumis à des traumatismes particuliers.
Les lésions qui en
résultent, apparaissant sous forme de foyers d’hyperfixation à la
scintigraphie, ont des caractéristiques propres : les atteintes
multiples des côtes, foyers superposés verticalement, sont souvent
symétriques et siègent dans la région pararachidienne ou le long
des jonctions chondrocostales, ainsi que dans la région axillaire.
Sur
les membres, les localisations diaphysaires multiples des lésions périostées sont très évocatrices sinon pathognomoniques de ce
syndrome : le seul diagnostic différentiel qui est évoqué dans la
littérature est l’ostéogenèse imparfaite.
Afin de bien préciser
d’éventuelles lésions des régions métaphysaires, des
agrandissements au pin-hole peuvent être nécessaires.
Les études comparant les résultats obtenus en radiologie et en
scintigraphie montrent que cette dernière est plus sensible et dépiste
de 25 % à 50 % de lésions supplémentaires.
Les rares faux négatifs
de la scintigraphie concernent surtout les lésions du crâne.
Une
scintigraphie négative rend donc très peu probable le diagnostic et,
au contraire, les éventuelles lésions sont dépistées avec le maximum
de sensibilité.
3- Maladie de Legg-Calvé-Perthes
:
Alors que les signes radiologiques n’apparaissent qu’après 4 à
6 semaines d’évolution de la nécrose avasculaire de l’épiphyse
fémorale, la scintigraphie est précocement positive.
Le signe le plus précoce est une hypofixation de tout ou partie de la
tête fémorale témoignant de sa dévascularisation ; il apparaît
plusieurs semaines avant les signes radiologiques.
La sensibilité de
la scintigraphie rapportée dans la plupart des études est voisine de
95 %, de même que la spécificité.
Au cours de l’évolution, dans les mois qui suivent, la scintigraphie
montre les signes de la revascularisation de la tête fémorale qui ont
été bien étudiés par Conway : une « recanalisation » se manifeste
par une colonne latérale de fixation du traceur à la partie externe de
la tête fémorale.
Dans les cas moins favorables, la revascularisation
est plus tardive et les modifications radiologiques sont plus
marquées : une néovascularisation se forme à partir de la région du
cartilage de conjugaison, qui prend ultérieurement sur la
scintigraphie un aspect en dôme (en champignon).
L’évolution peut
alors s’étendre sur plusieurs années.
Le diagnostic différentiel est celui qui peut se poser avec d’autres
causes de douleur de hanche chez l’enfant, et notamment la synovite
transitoire dans laquelle la scintigraphie est normale ou peut
montrer une discrète fixation périarticulaire.
L’arthrite septique
survient dans un contexte différent.
La dysplasie de Meyer fait aussi
partie des diagnostics différentiels, mais l’atteinte est dans ce cas le
plus souvent bilatérale.
La scintigraphie osseuse est donc un examen très sensible et
spécifique dans cette pathologie, mais sa place par rapport à l’IRM,
qui est de plus en plus utilisée dans cette indication, reste à définir : les sensibilités seraient voisines ; l’étude anatomique précise des
lésions est plus fine avec l’IRM ; la revascularisation est mieux
appréciée par la scintigraphie.
4- Ostéomyélite :
L’ostéomyélite aiguë touche dans 75 % des cas la métaphyse.
Elle
peut être uni- ou multifocale.
Le diagnostic et le traitement précoces
sont essentiels pour prévenir les séquelles.
En cas de suspicion
d’ostéomyélite, lorsque les radiographies sont négatives, la
scintigraphie osseuse en deux ou trois phases est une exploration
très sensible (de 87 à 95 % suivant les études), quel que soit le site
de l’infection.
Pour atteindre une telle sensibilité, la technique doit
cependant être rigoureuse et les images à haute résolution doivent
être systématiquement complétées par des vues agrandies,
enregistrées au pin-hole, des zones suspectes de façon à bien
distinguer les modifications de fixation parfois discrètes qui siègent
au voisinage des cartilages de conjugaison, eux-mêmes
naturellement hyperfixants.
Les signes scintigraphiques sont présents dès la 24e heure après le
début des symptômes et se manifestent par une hyperfixation de la
région atteinte sur les clichés précoces, reflétant l’hyperhémie, et
tardifs, reflétant l’atteinte osseuse ; la comparaison de ces clichés
permet de faire la part entre l’inflammation des tissus mous et
l’atteinte osseuse proprement dite.
Une hyperfixation s’étendant à la
région sous-jacente (par exemple au tibia pour une atteinte fémorale)
peut se voir, en raison d’une hyperhémie réactionnelle, et ne doit
pas être considérée comme une atteinte infectieuse bifocale.
Beaucoup plus rarement, des zones hypofixantes, froides, sur les
clichés tardifs ont été notées dans des cas d’ostéomyélite aiguë,
interprétées comme d’origine ischémique.
Modifications iatrogènes
des images de scintigraphie osseuse :
A - BIOPSIE OSSEUSE
:
Si les ponctions du sternum et de la crête iliaque n’induisent
généralement pas d’anomalie à la scintigraphie osseuse, la biopsie
osseuse au trocart de l’aile iliaque entraîne une anomalie scintigraphique qui peut persister plusieurs mois.
B - RADIOTHÉRAPIE
:
Les antécédents de radiothérapie doivent être connus avant
d’interpréter une image scintigraphique.
En effet, celle-ci entraîne
une diminution de la fixation osseuse du radiopharmaceutique sur
les os concernés.
L’aspect peut être trompeur, par exemple, en cas
de radiothérapie thoracique : les vertèbres dorsales hypofixantes
contrastent avec une fixation normale du rachis lombaire, qu’il ne
faut pas confondre avec une hyperfixation diffuse
pathognomonique.
C - CHIMIOTHÉRAPIE ET IMMUNOTHÉRAPIE
:
L’interleukine 2 provoque parfois des arthralgies.
La scintigraphie
osseuse révèle en ce cas une hyperfixation bilatérale des articulations
douloureuses (scapulohumérales, genoux, chevilles).
La chimiothérapie et l’hormonothérapie induisent une recalcification
des métastases osseuses lytiques du cancer de sein.
La guérison de
l’os peut se traduire par une augmentation de la fixation des
métastases sur la scintigraphie osseuse (flare up phenomenon) qui
contraste avec l’amélioration clinique et radiologique observée : cet
aspect doit être connu pour ne pas être interprété à tort comme une
aggravation des lésions et, en pratique, il est préférable de respecter
un délai de 6 mois après la fin de la chimiothérapie avant de
procéder à une éventuelle scintigraphie de contrôle.
On ignore
actuellement si les biphosphonates, qui peuvent aussi induire une
recalcification des métastases osseuses, sont susceptibles d’induire
un tel aspect.
D - BIPHOSPHONATES :
Les biphosphonates, qui sont utilisés comme radiopharmaceutiques
pour la scintigraphie osseuse, sont aussi de plus en plus prescrits en
thérapeutique.
L’augmentation constante des composés de la famille
des biphosphonates, l’élargissement des autorisations de mise sur le
marché en oncologie (métastases osseuses lytiques, hypercalcémie
maligne), rhumatologie et orthopédie (prévention secondaire des
fractures par insuffisance osseuse, maladie de Paget) et la forte
croissance de prescription soulèvent des difficultés et des
interrogations concernant les interférences avec la scintigraphie
osseuse.
Plusieurs équipes ont démontré que lorsque la scintigraphie osseuse
est réalisée chez des patients atteints de cancer traités par étidronate,
par voie orale ou intraveineuse, la fixation osseuse du 99mTc-MDP
ou du 99mTc-HMDP s’en trouve effondrée avec élévation de l’activité
extraosseuse, aboutissant à une visualisation dégradée du squelette,
voire à l’absence de visualisation de métastases osseuses.
E - FACTEURS DE CROISSANCE HÉMATOPOÏÉTIQUE
:
Abu-Judeh et Kaplan rapportent la distribution particulière de la
fixation squelettique chez des patients recevant de fortes doses de
granulocyte-colony stimulating factor (G-CSF).
La scintigraphie révèle
en règle une hyperfixation diffuse du 99mTc-MDP sur le squelette
axial (rachis, gril costal, sternum, ceinture pelvienne) associée à une
hyperfixation de la tête humérale, de l’extrémité inférieure du fémur
et supérieure du tibia de façon bilatérale et symétrique, l’ensemble
donnant une image très contrastée du squelette, proche du super bone scan.
Cet aspect a fait évoquer le rôle mobilisateur du G-CSF vis-à-vis des
cellules souches hématopoïétiques, à l’origine de la
« périphéralisation » de l’activité médullaire hématopoïétique.
Conclusion :
La scintigraphie osseuse est, depuis une trentaine d’années, entrée dans
les explorations courantes en pathologie ostéoarticulaire.
L’émergence
du scanner X puis de l’IRM a certes modifié certaines indications.
Sa
place reste néanmoins essentielle aujourd’hui par sa capacité unique à
donner une image fonctionnelle du squelette sur laquelle, à chaque
endroit, ce qui est présenté reflète directement l’ampleur de l’activité ostéoblastique.
La TEMP permet depuis quelques années de préciser de
façon plus fine les diagnostics.
Avant qu’une atteinte osseuse ne donne
des signes radiologiques, lorsqu’on cherche l’existence d’une anomalie
sans avoir d’orientation sur sa localisation ou lorsqu’on veut faire un
bilan de l’extension des lésions, la scintigraphie osseuse reste
irremplaçable.
Au terme de cet exposé sur la scintigraphie osseuse, quelques points
supplémentaires méritent d’être abordés.
Traitements des métastases osseuses douloureuses : on utilise
aujourd’hui plusieurs isotopes pour le traitement par radiothérapie
métabolique.
Ces applications sont une conséquence directe des travaux
qui ont été faits sur la scintigraphie osseuse.
Ainsi, le strontium, l’un
des premiers radioéléments à avoir été utilisé pour la scintigraphie en
raison de son affinité pour l’os, a été abandonné dans cette indication,
mais son isotope 89Sr, émetteur bêta pur, est utilisé pour la radiothérapie
métabolique (palliative) des métastases osseuses douloureuses du cancer
de la prostate.
Les biphosphonates, dont l’affinité pour l’os est à l’origine
des produits utilisés actuellement en scintigraphie osseuse, sont aussi
utilisés comme vecteurs d’isotopes émetteurs bêta destinés à irradier in
situ les métastases osseuses, tel l’EDTMP marqué au samarium 153.
Avant d’effectuer ces traitements, la fixation de ces biphosphonates sur
les métastases est vérifiée par la scintigraphie osseuse.
En outre, le
samarium comme le rhénium émettent, en plus des rayons bêta utiles au
traitement, des rayonnements c qui permettent d’obtenir une image scintigraphique en cours de traitement.
Autres radiopharmaceutiques : on a évoqué au cours de l’exposé un
certain nombre de radiopharmaceutiques qui, sans être spécifiques de
l’os, étaient parfois utilisés en pathologie osseuse, tels que le gallium 67
ou les leucocytes marqués au technétium pour la recherche d’infection
osseuse.
On utilise également des colloïdes marqués au technétium pour
étudier la moelle osseuse.
Un autre radiopharmaceutique mérite d’être
mentionné : il s’agit de l’iode 131 qui est utilisé pour le suivi des
cancers thyroïdiens et qui permet d’en dépister les métastases viscérales
et osseuses.
Lorsque des métastases sont fixantes, de fortes activités
(> 3,7 GBq) d’iode 131 peuvent êtres administrées à des fins
thérapeutiques.
Enfin, il faut signaler une évolution possible de la scintigraphie osseuse,
conséquence des développements que connaît aujourd’hui la
tomographie par émission de positon.
Celle-ci se développe du fait de
l’existence d’un radiopharmaceutique, le fluorodésoxyglucose marqué
au fluor 18 (18FDG), qui est d’un grand intérêt en oncologie par son
aptitude à se concentrer dans les tissus en hypermétabolisme comme les
tumeurs.
Pour utiliser ce radiopharmaceutique dans les meilleures
conditions, des caméras spécialement adaptées ont été conçues car le
fluor émet des positons.
De même, les cyclotrons destinés à produire le
fluor 18 pour produire le FDG sont de plus en plus répandus.
Le FDG est en principe apte à se fixer sur les tumeurs osseuses comme
les métastases, de même que sur tout type de tumeur : cependant, les
résultats obtenus pour les lésions ostéocondensantes paraissent moins
probants qu’avec la scintigraphie osseuse conventionnelle.
En revanche,
on se rappelle que dès le début des années 1960, le fluor 18, sous la
forme de fluorure de sodium, avait montré tout son intérêt en
scintigraphie osseuse.
Les limitations techniques qui l’avaient alors fait
écarter sont aujourd’hui en passe d’être effacées et il est probable que le
fluor 18, excellent imageur du squelette, soit de nouveau utilisé dans
l’avenir.