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Données générales :
ÉTIOLOGIE :
Fréquence :
Le sarcome d'Ewing est une tumeur rare, dont la prévalence
estimée se situe (12, 17, 23, 30) entre 0,5 et 1,5/million par
an, soit pour la France entre 25 et 75 nouveaux cas annuels. Il
est exceptionnel chez les sujets de race noire.
Âge :
Le sarcome d'Ewing atteint habituellement l'enfant jeune et
constitue la tumeur osseuse maligne la plus fréquente avant 10
ans. La moyenne d'âge du premier signe est de 17 ans, sa médiane
de 15 ans; 75 % des cas surviennent avant 20 ans.
Sexe :
Il existe une prédominance masculine nette, retrouvée dans
presque toutes les séries; le sexe ratio est proche de 1,5.
TOPOGRAPHIE :
Tous les os peuvent être atteints,
mais le sarcome d'Ewing touche surtout les os plats (bassin,
côte. omoplate) et les métaphyses des gros os longs (fémur,
tibia, humérus).
L'atteinte des diaphyses et des
épiphyses n’est pas exceptionnelle, mains et pieds ne sont pas
épargnés.
Étude clinique :
SYMPTOMES ET SIGNES :
Les signes d'alarme :
Ils ne sont pas spécifiques.
La douleur constitue le
signe révélateur près de huit fois sur dix. La tumeur, qui
l'accompagne prés d'une fois sur deux, constitue parfois le
motif de consultation. La fracture spontanée est
exceptionnellement révélatrice.
Parfois enfin c'est une
radiographie fortuite qui révèle une maladie asymptomatique.
L'examen clinique :
Il est habituellement pauvre.
L'interrogatoire précise
la date d'apparition des premiers signes, habituellement 3 à 6
mois auparavant.
Il ne faut pas attendre la tumeur des
parties molles qui s'accompagne dans certains cas de signes de
compression, pour évoquer le diagnostic. Parfois très
inflammatoire, elle peut simuler un abcès ou une ostéomyélite
chronique d'emblée.
C'est da ns ces cas vus trop
tardivement qu'existent les signes généraux (fièvre, asthénie)
qui témoignent fréquemment (25 %) de l'évolutivité de la maladie
et des localisations secondaires, pulmonaires ou osseuses.
EXAMENS COMPLEMENTAIRES :
Avant la biopsie :
L'examen radiologique standard. Il est essentiel.
Typiquement, les clichés standards montrent l'association
habituelle de plusieurs anomalies : modification de la trame
osseuse, réaction périostée, rupture de la corticale.
-
Les modifications de trame osseuse sont dominées par
l'ostéolyse, parfois isolée, irrégulière à limites floues; elle
érode souvent d'emblée la corticale. Assez souvent, ces zones
d'ostéolyse sont parsemées irrégulièrement de plages de
condensation.
- La réaction périostée est très
évocatrice quoiqu'inconstante (60%) ou difficile à mettre en
évidence (os plats, où l'intérêt des incidences variées est
considérable). Tout d'abord simple soulèvement du périoste, puis
appositions successives d'os lamellaire, elle réalise parfois
(33%) la classique image en bulbe d'oignon. 
Sarcome d'Ewing diaphysaire
fémoral. Altération de la
cavité médullaire. Réaction périostée « en bulbe d'oignon » avec
rupture du périoste et envahissement
des parties molles sur la face externe
- La rupture évidente de la corticale ne tarde pas (40%),
permettant l'envahissement des parties molles. Dans la très
grande majorité des cas (90%), cette invasion des parties molles
n'est pas calcifiée et donc peu apparente sur les radiographies
standards; parfois au contraire, elle est caricaturale; en feux
d'herbe», évoquant plutôt l'ostéosarcome ostéogénique.
Les formes atypiques ne sont pas rares, dominées par l'ostéolyse
isolée ou par la soufflure de l'os, parfois au premier plan et
pouvant évoquer le kyste anévrymal.
Au
total, l'examen radiologique standard évoque le diagnostic plus
de 7 fois sur 10. Lorsqu'il est trompeur, un certain nombre
d'examens complémentaires peuvent aider au diagnostic.
La scintigraphie au technetium. Elle est toujours très
hyperfixante. Le contraste entre l'absence d'anomalies
radiographiques importantes et l'hyperfixation scintigraphique
doit inquiéter et faire diriger le malade sur une équipe
spécialisée. Elle permet en outre de rechercher une autre
localisation osseuse. 
Tumeur d'Ewing de la
branche ilio-pubienne gauche
L'examen tomodensitométrique.
II est très utile dans le bilan d'extension locale. Il évoque
également le diagnostic en montrant facilement la périostose, la
rupture de corticale et l'envahissement des parties molles par
une tumeur homogène, de densité cellulaire (d=30) bien
vascularisée. L'examen tomodensitométrique permet aussi de
choisir la voie d'abord de la biopsie, de préciser la réponse à
la chimiothérapie, et de définir plus exactement l'étendue de
l'exérèse chirurgicale. 
Scanographie
pelvienne (constantes osseuses).
Destruction de la pièce osseuse.
L'examen par résonance magnétique
Cet examen, basé sur
l'utilisation de champs magnétiques intenses, permet de
visualiser os et parties molles dans les différents plans de
l'espace et d'apprécier la vascularisation tumorale, même sans
injection de produit de contraste.
Dans le plan
transversal, il apporte les mêmes renseignements que l'examen
tomodensitométrique, en précisant mieux que celui-ci l'état de
la peau et le trajet d'une éventuelle biopsie préalable. Dans
les plans sagital et frontal, il permet de mesurer
l'envahissement intramédullaire et de dépister une éventuelle
métastase diaphysaire à distance de la tumeur principale.
Lorsque l'examen est réalisé avec une antenne de surface, il
permet de rechercher un envahissement intra-articulaire, une
atteinte des ligaments croisés, et fournit ainsi des arguments
objectifs au choix du trajet d'exérèse : «articulation ouverte »
ou « articulation fermée».
En cas de grosse tumeur fixée
en position vicieuse, l'IRM permet de mesurer plus facilement
que le scanner les modifications de taille, de volume et de
vascularisation tumorale sous chimiothérapie.
L'angiographie digitalisée. Elle montre l'hypervascularisation
tumorale constante dans le sarcome d'Ewing non traité, permet de
la silhouetter et de la mesurer ainsi dans les différents plans
de l'espace. Elle constitue l'un des meilleurs moyens
d'évaluation préopératoire de l'efficacité de la chimiothérapie
néoadjuvante. Elle s'impose enfin en préopératoire pour toutes
les grosses tumeurs proches des vaisseaux.
La biopsie
:
Elle est bien entendu indispensable car elle seule
autorise la mise en oeuvre du traitement. Le choix de la voie
d'abord tiendra compte du traitement local définitif et de
l'envahissement des parties molles mis en évidence par le
scanner. Insistons sur l'intérêt de l'examen extemporané des
parties molles, de la microscopie électronique, et des cultures
de tissu tumoral.
DIAGNOSTIC:
Le diagnostic de sarcome d'Ewing :
Selon la
définition de l'OMS le sarcome d'Ewing est une tumeur maligne
caractérisée par un tissu d'apparence histologique plutôt
uniforme, fait de petites cellules rassemblées en plages
compactes avec un noyau rond et sans limite cytoplasmique
distincte ni nucléole volumineux. Ce tissu tumoral est souvent
divisé en masses irrégulières par des cloisons fibreuses. Le
réseau intercellulaire de réticuline est absent. Les cellules
tumorales contiennent généralement du glycogène en abondance.
Ce diagnostic est habituellement aisé. Il peut être rendu
difficile dans plusieurs circonstances :
- lorsque la
nécrose osseuse et tumorale est particulièrement étendue ;
- lorsque la tumeur présente d'importants remaniements
hémorragiques;
- devant un aspect histologique
particulier correspondant au sarcome d'Ewing à grandes cellules,
entité reconnue par Dahlin qui en a publié vingt observations en
1980; dans ce dernier cas : les cellules tumorales ont
volontiers un arrangement périvasculaire; les cellules sont plus
volumineuses et périomorphes, leurs noyaux sont de plus grande
taille, de forme variable, pourvus d'un ou plusieurs nucléoles
acidophiles, les mitoses sont fréquentes; le cytoplasme a des
limites imprécises, il est clair, peu abondant et contient
habituellement du glycogène ; le réseau réticulinique est
développé. 
a) Image lacunaire, homogène, bien Iimitée, sans réaction
effraction du périoste.
b) Aggravation très
rapide de l'aspect radiologique un mois
après le curetage. Image caractéristique de
tumeur
d'Ewing
Le diagnostic différentiel :
La forme histologique
typique du sarcome d'Ewing ne doit pas être confondue avec une
métastase osseuse de neuroblastome. Les cellules tumorales ne
contiennent alors pas de glycogène ; leur disposition en
rosettes n'est pas un critère histologique formel. Par contre,
la mise en évidence de grains de sécrétion intra-cytoplasmiques
en microscopie électronique a plus de valeur. Le meilleur moyen
de diagnostic reste le dosage des catécholamines, augmentées
dans un très grand nombre de cas.
Le sarcome d'Ewing
atypique à grandes cellules pose des problèmes plus délicats,
tout d'abord avec le lymphome malin osseux à grandes cellules,
puis avec le sarcome ostéogène à petites cellules, et beaucoup
plus rarement avec un cancer métastatique indifférencié.
- Microscopiquement, la structure alvéolaire du lymphome malin
est moins fréquente; les cellules sont polymorphes, avec un
mélange en proportions variables de petites et grandes cellules
lymphoïdes, d'éléments histiocytaires ; leurs noyaux sont
souvent encochés ou clivés; elles ne contiennent pas de
glycogène. Le diagnostic de sarcome ostéogène à petites cellules
sera essentiellement basé sur la reconnaissance d'un matériel
ostéoïde plus ou moins minéralisé, étroitement associé aux
cellules tumorales ; cette ostéogénèse tumorale peut être
réduite, rendant difficile un diagnostic pourtant essentiel pour
la conduite thérapeutique.
Des précautions simples
peuvent aider à résoudre ces difficultés. Elles dépendent
essentiellement d'une bonne coordination entre
anatomopathologiste et chirurgien orthopédiste.
Présent à l'intervention, l'anatomopathologiste pourra effectuer
des empreintes, veiller à la qualité et à la bonne fixation du
matériel prélevé, effectuer des prélèvements pour la microscopie
électronique et si possible des techniques complémentaires
telles que des suspensions cellulaires ou la culture de tissu
tumoral permettant de mettre en évidence l'anomalie
chromosomique caractéristique de la maladie (réarrangement
cytogénétique t 11; 12 - q 24 q 12). Plus difficile encore
est le diagnostic différentiel avec le neuroépithéliome
périphérique et la tumeur d'Askin, tumeurs de même origine qui
comportent les mêmes anomalies cytogénétiques.
Pronostic - Traitement :
L’ÉVOLUTION :
L'évolution spontanée :
Elle est gravissime : 90 % des enfants meurent dans les deux ans
qui suivent le diagnostic, par métastases pulmonaires ou
osseuses.
L'évolution sous traitement :
Modalités :
Après traitement local isolé, la survie à 5
ans ne dépasse pas 10 à 20 %, affirmant le caractère très
précoce de la diffusion métastatique occulte et l'impérieuse
nécessité d'un traitement général précoce.
Depuis
l'emploi de polychimiothérapie intensive, la survie avoisine 60
% à 5 ans. Les échecs proviennent de diagnostics tardifs
(métastases visibles d'emblée) et des récidives locales après
radiothérapie.
Facteurs pronostiques :
Un
certain nombre de facteurs pronostiques sont apparus à l'analyse
des séries les plus importantes (5, 6, 18, 32, 35).
-
L'existence de métastases visibles qui diminue les chances de
guérison et la durée des rémissions (6, 15, 17, 18, 20, 21, 28)
est évidemment péjorative.
- La grosse masse tumorale
(diamètre dépassant 8 cm) fait pass
e r les chances de rémission de 65 % à 30 % dans la série de Graham Pole
(19), de 80 % à 30 % dans la série de Hayes (22), tandis qu'un
volume supérieur à 100 ml diminue l'espérance de survie de 35 %
dans la série de Jurgens (24).
- L'importance de la
nécrose tumorale spontanée, témoignant d'un temps de doublement
court, a été soulignée par Di Stephani (13).
- La
topographie centrale (rachis, pelvis ou côtes) ou proximale
(fémur ou humérus) retrouvée dans de nombreuses séries, est un
facteur qui disparaît après analyse multifactorielle et ne
traduit en fait que la corrélation habituelle gros volume
tumoral/siège central. Dans toutes les séries où la régression
multifactorielle a pu être réalisée, le siège, à volume égal, ne
constitue plus un facteur pronostique notable.
- Il en
est de même des signes généraux (fièvre, asthénie) et des signes
biologiques (élévation de la vitesse de sédimentation ou des LDH
(4) qui ne représentent en fait, le plus souvent que des indices
de gros volume tumoral.
De toute manière, ces facteurs
classiques du pronostic s'effacent progressivement devant les
facteurs thérapeutiques principaux qui sont, en 1989 : la
résection chirurgicale du primitif et l'efficacité de la
chimiothérapie néoadjuvante.
LE TRAITEMENT :
Les traitements locaux :
L'amputation. Elle a
constitué le premier espoir thérapeutique. Le contrôle local
était obtenu au prix d'une mutilation que ne justifiait pas le
faible taux de survie à cinq ans (inférieur à 10 % dans la
majorité des séries de malades traités sans chimiothérapie).
Aussi s'est on rapidement orienté vers la radiothérapie.
La radiothérapie classique
La radiothérapie aux
hautes énergies a longtemps représenté la base du traitement
local. Une dose de 45 à 60 grays délivrée à raison de 2 grays
par jour, 5 jours par semaine, constituait le traitement de
base. Le champs d'irradiation devait tenir compte de l'extension
intra et extra osseuse visualisée en tomodensitométrie et en
IRM, mais aussi des organes critiques : parenchyme pulmonaire,
intestin, moelle épinière dans les localisations centrales,
cartilages de conjugaison des gros os longs des membres. Si la
radiothérapie avait le mérite d'éviter l'amputation aux malades
qui allaient mourir rapidement, ses complications et ses
insuffisances sont devenues évidentes dès que les
chimiothérapies efficaces ont permis une survie prolongée à la
majorité des malades.
- Les complications fonctionnelles
de la radiothérapie sont la conséquence de la sclérose des
tissus mous, de la stérilisation des cartilages de conjugaison
et de la fragilisation osseuse :
1) fibrose cutanée et
atrophie musculaire constantes représentent des séquelles
minimes;
2) l'insuffisance du retour veineux, les
raideurs articulaires (par rétraction musculaire et synéchies
articulaires) et les attitudes vicieuses, entrainent une gêne
fonctionnelle plus notable;
3) les désaxations et les
raccourcissements importants, les fractures radiques,
constituent des séquelles graves dont le traitement chirurgical
ne permet pas toujours d'éviter l'évolution vers l'amputation.
La fréquence et la gravité de ces complications, souvent
sous-estimées en France, ont été bien étudiées par Lewis (27) et
Treff (42).
Elles dépendent de l'âge du malade, du
siège et du volume de la tumeur, et de la dose administrée :
1) la stérilisation radique des cartilages de conjugaison,
constante dès que la dose dépasse 45 grays, est d'autant plus
lourde de conséquences que l'enfant est plus jeune;
2)
les séquelles trophiques sont d'autant plus lourdes que la dose
administrée est élevée et administrée sur un champ large;
3) au membre supérieur, les raccourcissements, les désaxations
et même les pseudarthroses sont compatibles avec une fonction
moyenne ; par contre, l'évolution des tumeurs du membre
inférieur de l'enfant jeune est compliquée de raccourcissement
important plus d'une fois sur deux, de fracture près d'une fois
sur trois, et d'amputation pour séquelles fonctionnelles une
fois sur quatre, les membres conservés restant exposés au risque
de sarcome radioinduit et de récidive locale.
- Les
récidives locales après radiothérapie sont en effet beaucoup
plus fréquentes qu'on ne le pense généralement (Tableau 1).
Souvent précoces, dans les deux années qui suivent la fin de la
chimiothérapie, les récidives naissent souvent au centre de la
tumeur malgré le surdosage habituel. Compte tenu du faible taux
de survie des séries anciennes, l'estimation du taux d'échec
local doit être réalisée en actuariel (sur les malades
survivants avec un membre conservé); dans ces conditions,
l'analyse des séries de la littérature montre que ce risque de
récidive locale après radiothérapie est considérable : 25 % dans
la série de Mardsen et dans notre protocole SE 4; 33 % dans la
série de Boyer; 40 % dans la série de Daugaert (6); 43 % dans la
série de Rosen (39); 50 % dans les séries de Jenkin (23),
Freeman (17), Bacci (2); 52 % dans la série de Mac Intosh (28).
L'augmentation des doses de radiothérapie et l'adjonction de
polychimiothérapies plus efficaces ont fait espérer une
diminution du risque de récidive locale autour de 15 % (15, 37,
43); en fait, l'effectif, le recul ou le taux global de
rémission des séries optimistes étaient trop faibles, l'analyse
des séries les plus récentes (aux résultats globaux meilleurs)
montre que le risque de récidive locale après radiothérapie
reste élevé : 30 % dans la série de Campanacci (5); 36 % dans la
série de Hayes (22); 46 % dans la série de Jurgens (24). Dans
toutes ces séries la récidive locale constitue d'ailleurs la
cause principale des échecs thérapeutiques; en effet, le
pronostic des récidives locales est grave : elles s'accompagnent
de métastases visibles dès le premier bilan dans la moitié des
cas, et lorsqu'elles apparaissent isolées, l'inefficacité
habituelle des chimiothérapies de reprise aboutit, malgré le
contrôle chirurgical local, à la mort par métastases tardives.
Le seul traitement efficace des récidives locales est préventif,
par chirurgie extratumorale systématique (2, 4).
Le
traitement classique par radiothérapie exposait en outre le
malade en rémission au risque de sarcome radioinduit tardif dont
la fréquence est évaluée à : 1,2 % dans l'étude de l'ISS1 (37);
2,5 % dans l'étude de Daugaerdt (6) ; 5 % dans l'étude de Rosen
(40) ; 15 % dans le relevé de Chan (2,5).
Insuffisamment
efficace sur la tumeur, source de séquelles fonctionnelles
lourdes et de sarcome radioinduit, la radiothérapie exclusive ne
devrait pas être utilisée en 1989 dans le traitement du sarcome
d'Ewing, à l'exception de la localisation rachidienne. La
persistance de ses indications traduit dans la plupart des cas
la méconnaissance des possibilités actuelles de la chirurgie
conservatrice.
La chirurgie conservatrice
L'intérêt de la chirurgie dans le traitement du sarcome d'Ewing
a été suggéré dès 1975 par Pritchard (35), après analyse
rétrospective de 228 malades traités sans chimiothérapie ; dans
cette série, l'inclusion d'une séquence chirurgicale dans le
protocole thérapeutique faisait passer le taux de guérison de 10
% à 34 %. A cette époque, les indications chirurgicales étaient
pourtant limitées à la résection des os sans rôle mécanique
important (côte, clavicule, crête iliaque, pubis, péroné) et à
l'amputation. Les progrès de la chimiothérapie préopératoire, de
l'imagerie médicale et des techniques de reconstruction,
permettent maintenant de l'envisager dans tous les cas. La
chirurgie constitue en effet l'arme la mieux adaptée contre les
cellules hypoxiques qui peuplent habituellement le centre des
grosses tumeurs, alors que la radiothérapie et la chimiothérapie
exercent leur efficacité maximale sur les cellules bien
oxygénées de la maladie métastatique.
La résection
tumorale, pour être carcinologique, doit être monobloc
extratumorale et enlever la tumeur osseuse, les muscles envahis,
la voie d'abord et la cicatrice de la biopsie, le trajet et
l'orifice du redon, entourés d'une couche suffisante de tissus
sains.
- L'efficacité remarquable de la chimiothérapie
préopératoire explique les difficultés considérables d'appliquer
à cette chirurgie la classification d'Ennecking; en effet, la
chimiothérapie efficace fait généralement disparaître la tumeur
sans laisser de traces permettant de reconnaître les limites de
la pseudo-capsule tumorale. Vouloir classer l'exérèse réalisée
en marginale ou large correspond ici le plus souvent à évaluer
l'efficacité de la chimiothérapie néoadjuvante : en cas de bonne
réponse (aucune cellule résiduelle) l'exérèse paraît être
toujours large.
- Dans notre expérience, la valeur
carcinologique de l'exérèse repose sur la qualité de l'imagerie
préopératoire (TDM et IRM) qui permet de ,choisir le niveau de
résection osseuse; sur l'expérience manuelle du chirurgien (qui
apprécie au palper l'épaisseur de muscles sains qu'il laisse sur
la tumeur) et sur l'efficacité de la chimiothérapie (qui doit
éradiquer les micronodules de perméation régionaux). Lorsque ces
conditions sont réunies, la chirurgie conservatrice du sarcome
d'Ewing non précédemment traité est toujours possible, le risque
de récidive locale est inférieur à 5 % et la valeur
fonctionnelle du membre le plus souvent supérieure à celle
qu'aurait obtenue la radiothérapie classique.
L'amélioration de l'espérance de guérison par l'inclusion de la
résection chirurgicale du primitif est retrouvée par tous les
auteurs qui l'ont récemment étudiée : 20 % pour Neff (31); 25 %
pour Rosen (38); 28 % pour Jurgens (24); 31 %.pour Hayes (22) ;
33 % pour Matojewsky (30). Elle est maximale pour les grosses
tumeurs costales (11) et pelviennes (15) mais s'observe aussi
dans les autres localisations, expliquant l'élargissement
progressif des indications chirurgicales (3, 8, 24, 29, 36).
Après résection tumorale, une reconstruction osseuse est
nécessaire dans près de 80 % des cas, et de sa qualité dépend en
grande partie la valeur fonctionnelle du membre conservé. Cette
reconstruction squelettique doit être adaptée aux topographies
particulières de l'Ewing, à l'âge des malades (prothèse de
croissance) et aux nécessités d'une chimiothérapie prolongée.
L'usage d'allogreffes massives, de .prothèse en titane longue
queue sur mesure et de montage composite ciment/vis, assure un
résultat fonctionnel satisfaisant.
Tableau 1 : Risque de récidive
locale après traitement radiothérapique exclusif
|
|
NOMBRE |
% |
% |
AUTEURS |
ANNÉE |
DE
MALADES |
DE RECIDIVE
LOCALE |
DE REMISSION
COMPLÈTE |
TELLES |
1978 |
20 |
65 % |
série anatomique |
POLE |
1979 |
21 |
19 % |
38 % à 5 ans |
GASPARINI |
1981 |
34 |
12 % |
53 % à 3 ans |
PEREZ |
1981 |
271 |
11 % | 38
% a
5 ans |
HOSFELD |
1982 |
14 |
30 % |
60 % à 3 ans |
ZUCKER |
1983 |
30 |
17 % |
49 % à 5 ans |
JURGENS |
1988 |
33 |
46 % |
55 ‰ à 5 ans |
DELEPINE |
1988 |
16 |
25 % |
40 % à 5 ans |
CAMPANACCI |
1988 |
|
|
|
- Protocole A |
|
80 |
43 % |
37 % à 3 ans |
- Protocole B |
|
58 |
27 % |
50 % à 3 ans |
- Protocole C |
|
37 |
30 % |
60 %
à 3 ans | HAYES |
1989 |
50 |
36 % |
63 % à 5 ans |
Le traitement général.
Le sarcome d'Ewing étant une maladie diffuse d'emblée dans près
de 90 % des cas, la cible thérapeutique prioritaire reste la
maladie générale, son stade occulte le moment privilégié
d'efficacité thérapeutique, et la chimiothérapie l'arme
principale.
Produits efficaces en monothérapie
Le traitement des métastases mesurables a permis de sélectionner
les produits les plus régulièrement efficaces en monothérapie
(ceux dont le taux de réponse objective TRO est le plus élevé) :
Cvclophosphamide (T-RO 61 %), Iphosphamide (TRO 75 9 ),
Adriamycine (TRO 60 %), Vincristine (TRO 50 %), Fluorouracil
(TRO 50 %) et à un moindre degré Actinomycine D, BCNU et VP 16
(TRO compris entre 30 et 45 %).
L'emploi préventif' de monothérapie dans les cas d'Ewing non
métastatique a montré un allongement significatif des durées de
rémission et de survie, mais sans amélioration des taux de
guérison. L'usage de polychimiothérapies préventives s'est donc
imposé rapidement.
Sarcome d'Ewing de la 11° côte droite, 12 ans.
A) Radiographie standard initiale : opacité des 2/3 inférieurs
de l'hémithorax droit avec réaction pleurale, seule la tumeur
des parties molles est visible: discret fuseau paravertébral
dorsal inférieur gauche (<—) correspondant à l'extension
controlatérale de la tumeur des parties molles. 
B) Après 4 mois de chimiothérapie : masse résiduelle entraînant
une irrégularité de la coupole diaphragmatique droite (∆), ligne
bordante pleurale (—>).
Polychimiothérapies
Associant les drogues les plus actives, elles permettent de
potentialiser leurs effets en diminuant leur toxicité propre. Au
prix d'une surveillance hématologique, cardiaque et rénale
étroite, ces polychimiothérapies obtiennent des taux de survie
en rémission à 3 ans de 30 à 60 % (1, 16, 26, 34, 43), le
problème étant moins celui du choix des drogues efficaces qu'à
l'optimalisation de leur technique d'administration : avant,
pendant, ou seulement après traitement du primitif; en
association lourde (quatre drogues mensuelles) ou bidrogues (une
semaine sur deux).
Les chimiothérapies néoadjuvantes
se sont imposées car la plupart des protocoles actuels prévoient
une phase d'induction par chimiothérapie exclusive précédant le
traitement local (chimiothérapie néoadjuvante) et suivie d'une
chimiothérapie d'entretien (Tableau 2). Une telle attitude
permet de vérifier l'efficacité de la chimiothérapie
d'induction, facilite le traitement local et sélectionne les
patients nécessitant un renforcement thérapeutique (7, 9, 32).
-
Le protocole CESS8I rapporté par Jurgens en 88 comporte une
chimiothérapie néoadjuvante de 18 semaines de VACA (VCR CPX ADR)
suivie du traitement local (chirurgical ou radiothérapique, ou
l'association des deux) et de 18 semaines complémentaires de la
même chimiothérapie. Sur 93 malades suivis avec un recul médian
de 29 mois, le taux actuariel de rémission complète atteint 60 %
à 3 ans et 55 % à 5 ans. Les échecs du CESS8I proviennent
essentiellement des récidives locales des malades encore traités
par radiothérapie exclusive (46 % de récidive locale et
seulement 38 % de DFS) et de l'absence de renforcement de la
chimiothérapie chez les malades mauvais répondeurs à la
chimiothérapie d'induction (30 % de DFS).
-
Les trois protocoles successifs de l'Institut Rizzoli rapportés
en 1988 par Campanacci confirment eux aussi la nécessité du
traitement chirurgical si possible extra tumoral large,
l'intérêt de la chimiothérapie préopératoire pour faciliter la
chirurgie conservatrice, et l'insuffisance fréquente de la
chimiothérapie par VAC (VCR ADR CPX). La survie en rémission du
protocole le meilleur ne dé-passe pas les 60 % à 3 ans, montrant
la nécessité d'inclure de nouvelles drogues (Holoxan, Cisplatin,
VP 16) dans le traitement.
- L'un des meilleurs protocoles publiés, le T11 de Rosen,
associe 4 à 5 cycles de chimiothérapie néoadjuvante au
traitement local (aussi chirurgical que possible) et une
chimiothérapie complémentaire de près d'un an : la survie en
rémission à 30 mois atteint 75 %.
- Le protocole le plus prometteur paraît actuellement être celui
de Hayes, dont la phase initiale de chimiothérapie est
remarquablement efficace. Elle associe Endoxan per os (150
mg/M2/j) 7 jours de suite et Adriamycine le 8e jour (35 mg/M2) à
5 reprises, puis traitement local conservateur si possible
chirurgical, suivi d'une chimiothérapie de maintenance associant
VCR BCNU ACT D sur 12 semaines, puis à nouveau 5 cures de
CPX-ADR. Sur 50 malades non métastatiques, ce protocole obtient
65 % de rémission complète à 3 ans. Les échecs proviennent pour
les 3/4 des récidives locales des malades traités par
radiothérapie, alors que les malades traités par chirurgie ont
une espérance de survie en rémission de 91 %.
- Notre protocole SE 4 a repris la phase initiale de
chimiothérapie du protocole de Hayes et en a confirmé tout
l'intérêt.
Il obtient très régulièrement une amélioration clinique,
radiologique, tomodensitométrique et angiographique
spectaculaire de l'Ewing après 3 ou 4 cures, sans que cette
rémission clinique et radiographique ne préjuge toujours de la
réponse histologique et donc de l'évolution ultérieure. Cette
phase d'induction permet une chirurgie précoce sur une tumeur
nécrosée ou disparue et un os d'apparence quasi normale, alors
que d'autres protocoles utilisant les mêmes drogues en
administration plus espacées (toutes les 3-4 semaines)
n'obtiennent pas une telle réponse. Cette discordance a été
particulièrement frappante chez un certain nombre de malades
atteints de compression médullaire, dont l'évolutivité se
poursuivrait malgré une chimiothérapie quadridrogues mensuelle
et qui ont été rapidement mis en rémission clinique après 2
cures du protocole de Hayes.
La chimiothérapie post-opératoire est discutée.
- Si la phase initiale de la chimiothérapie néoadjuvante du
sarcome d'Ewing est résolue par le protocole de Hayes, si le
traitement par chirurgie monobloc extratumorale s'impose dans
tous les cas (excepté la localisation rachidienne), la 3e phase
du traitement qui est celle de maintenance et de renforcement
chez un malade apparemment en rémission n'est pas encore réglée.
- Notre protocole DD2, qui prévoit un renforcement
postopératoire par Adriamycine, Cisplatyl, Iphosphamide (IPA),
semble apporter une solution efficace puisque sur 23 malades
ayant subi une résection monobloc extratumorale, 22 sont en
première rémission complète (taux de survie actuariel : 94 % à
30 mois).
Tableau 2 : Résultats récemment
publiés
|
NOMBRE |
|
SURVIE EN REMIS‑ |
|
DE
MALADES
|
RECUL MEDIAN |
SION |
GRAHAM-POLE
(Université de Floride)
|
42 |
36 mois |
54 % à 3 ans |
BOVE
(Institut Gustave Roussy
Adultes)
|
18 |
2 ans |
39 %
à
2 ans |
OBERLIN
(Institut Curie +
Institut G. Roussy Enfants) |
63 |
2 ans |
68 % à 2 ans |
CAMPANACCI < C >
(Institut Rizzoli)
|
37 |
30 mois |
60 % à 3 ans |
JURGENS
(CESS 81) |
93 |
29 mois |
60 %
a
3
ans
55 %
a
5
ans |
ROSEN T 11
(Memorial Hospital New-York)
|
51 |
30 mois |
76 % à 3 ans |
HAYES
(Memphis) |
50 |
39 mois |
82 % à 3 ans
69 % à 5 ans |
DELEPINE DD2 |
24 |
30 mois |
94 % à 3 ans 1/2 |
Sarcome d'Ewing de l'aile iliaque droite. 15 ans 
A) Coupe tomodensitométrique (TDM) pour apprécier l'extension
dans les parties molles : tumeur volumineuse des parties molles
en regard de l'atteinte osseuse (*). 
B) Coupe TDM après
chimiothérapie : disparition de la tumeur des parties molles (à).
Schéma thérapeutique pour 1989 :
Modalités
Le traitement du sarcome d'Ewing est une urgence
multidisciplinaire.
- Toute symptomatologie ou image radiologique pouvant évoquer le
sarcome d'Ewing justifie des examens complémentaires, et en
particulier une scintigraphie osseuse et un examen
tomodensitométrique ou une IRM en urgence. Ces examens
permettent en effet de concevoir l'exérèse future et de choisir
la technique de la biopsie la mieux adaptée.
- La biopsie avec examen extemporané devra être suivie aussi
vite que possible (dans notre pratique, en moyenne 2 jours) par
le début de la chimiothérapie néoadjuvante, comprenant 3 cures
hebdomadaires (Endoxan, Adriamycine), reprise après une semaine
de repos.
- Le traitement local est toujours chirurgical et conservateur.
Dans les localisations vertébrales et sacrées, on se limitera à
une exérèse complète. Toutes les autres localisations se feront
par résection monobloc extratumorale et reconstruction immédiate
selon des techniques adaptées à l'âge et à la localisation.
- Une chimiothérapie periopératoire suivra l'intervention dans
les 24-48 heures, afin de tenter de détruire les cellules mises
en phase par la chirurgie et l'anesthésie.
- La chimiothérapie post-opératoire comporte une alternance de
cures d'IPA, de VCR-BCNU, et se termine par une phase de rappel
de la chimiothérapie d'induction.
- Une radiothérapie locale complémentaire est nécessaire en cas
de limites de résection incertaines. Sa dose sera adaptée à
l'âge du malade, aux sréquelles possibles et à la réponse
Histologique évaluée sur la totalité de la pièce de réèction.
- Un tel traitement multidisciplinaire permet de transformer le
pronostic de l'Ewing et le rend potentiellement curable : nos
résultats actuels confirment et améliorent ceux de Hayes : 94 %
de première rémission à 30 mois chez les patients non
métastatiques non précédemment traités, ayant bénéficié d'une
chirurgie extratumorale.
Les métastases initiales des malades non précédemment
traités ne doivent plus entraîner la résignation. Avec un
protocole plus court et plus léger que le nôtre, Hayes parvient
à maintenir en rémission 50 % de ces malades; son recul médian
est de 4 ans. L'efficacité de notre protocole DD2 est telle que
les malades métastatiques non précédemment traités peuvent
pratiquement tous être mis en rémission et qu'il n'est
généralement plus nécessaire d'opérer les métastases
pulmonaires. L'espérance de survie en rémission de nos malades
initialement métastatiques atteint 85 % à 18 mois.
Par contre, les échecs locaux après radiothérapie et les
métastases apparues pendant une chimiothérapie restent pour
l'instant de très mauvais pronostics. Ceci souligne l'importance
cruciale de la prise en charge initiale immédiate par une équipe
multidisciplinaire au recrutement suffisant.
Au total. Le pronostic de cette tumeur ne dépend plus en 1989 ni
du siège de la tumeur ni de son volume, peu de l'existence de
métastases visibles, mais beaucoup du moment de prise en charge
par une équipe multidisciplinaire au recrutement suffisant.
Traiter un sarcome d'Ewing sans expérience suffisante entraîne
une perte de chance de survie de 30 à 40 %.
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