Le sarcome d’Ewing est une tumeur osseuse primitive maligne de
l’enfant et l’adolescent, plus rarement de l’adulte.
Elle est
caractérisée par des amas denses de petites cellules rondes en
nappes, sans différenciation tissulaire et fait partie de la famille des
tumeurs neuroectodermiques qui présentent une translocation
11-22 caractéristique.
Elle peut atteindre tous les os du squelette.
C’est une lésion lytique, avec un envahissement fréquent des parties
molles.
En l’absence de traitement, l’évolution fatale est
habituellement rapide, avec apparition de métastases à distance,
pulmonaires ou osseuses.
Le traitement actuel repose sur
l’association d’une chimiothérapie et d’un traitement local
chirurgical, parfois complété d’une radiothérapie.
Le pronostic
dépend de l’existence de métastases et de la réponse à la
chimiothérapie.
La probabilité de survie sans récidive à 5 ans est
actuellement de 70 % dans les formes localisées.
Les protocoles les
plus récents tentent, grâce à des chimiothérapies à hautes doses,
d’améliorer ces résultats dans les formes de mauvais pronostic.
Les
progrès de la biologie moléculaire peuvent faire espérer de
nouveaux traitements dans l’avenir.
A - DÉFINITION. TERMINOLOGIE
:
Le sarcome d’Ewing est une tumeur osseuse primitive maligne,
caractérisée par des amas denses de petites cellules rondes
uniformes en nappes, sans structure tissulaire reconnaissable.
La première description d’une tumeur osseuse primitive ressemblant
au myélome multiple, particulièrement sensible à la radiothérapie,
et qu’il avait nommée endothéliome diffus ou myélome endothélial,
a été attribuée à Ewing en 1921.
Pour Huvos, des lésions
comparables avaient déjà été décrites par Lücke, dès 1866.
L’origine du sarcome d’Ewing a été longtemps source de
controverses.
On a parlé de sarcome réticuloendothélial, certains ont
pensé qu’il pouvait s’agir de métastases de neuroblastome et on a
longtemps considéré qu’il provenait du mésenchyme indifférencié.
Turc-Carel et Aurias, qui ont décrit la translocation 11-22, ont permis
d’établir que le sarcome d’Ewing était d’origine neuroectodermique, comme les tumeurs neuroectodermiques périphériques (PNET),
les neuroépithéliomes et les tumeurs d’Askin de la paroi thoracique.
Ces tumeurs de caractéristiques communes en biologie
moléculaire forment le groupe des tumeurs neuroectodermiques ou
famille des tumeurs d’Ewing.
B - ÉPIDÉMIOLOGIE. FRÉQUENCE. ÂGE. SEXE
:
Le sarcome d’Ewing touche surtout les enfants ou les adolescents et
il est rare chez l’adulte après 30 ans.
Le patient le plus jeune
rapporté avait 5 mois et le plus âgé avait 83 ans.
Le pic
d’incidence se situe entre 5 et 9 ans chez les filles et entre 10 et
14 ans chez les garçons.
Environ 80 % des cas surviennent dans la
seconde décennie. Les garçons sont plus souvent atteints que les
filles, avec un sex-ratio d’environ 6 pour 4.
Le sarcome d’Ewing est la deuxième tumeur osseuse maligne
primitive de l’enfant, après l’ostéosarcome.
Il s’agit néanmoins d’une
tumeur assez rare et l’on estime son incidence à environ 50 à
80 cas/an en France.
Il représente 5 à 15% de l’ensemble des
tumeurs osseuses malignes primitives.
Il est plus fréquent chez les
sujets d’origine européenne, qui représentent environ 96 % des cas
et il est exceptionnel chez les sujets d’origine africaine ou afroaméricaine (1,8 %) ou d’autres origines (2,2 %).
C - ÉTIOLOGIE :
L’étiologie précise du sarcome d’Ewing n’est pas encore connue mais
il existe probablement des facteurs héréditaires puisqu’il touche
préférentiellement les Blancs et que des formes familiales ont été
décrites.
Des travaux récents, mais controversés, pourraient
indiquer que certaines infections virales joueraient un rôle dans
l’induction des transformations génétiques nécessaires au
développement des tumeurs d’Ewing.
Les techniques de cytogénétique, d’immunocytochimie et de
biologie moléculaire ont permis de confirmer l’origine neurale du
groupe des tumeurs d’Ewing.
Actuellement, on pense que
le sarcome d’Ewing a pour origine les cellules parasympathiques postganglionnaires, expliquant les nombreuses localisations
possibles de ces tumeurs.
Différents caractères le distinguent des neuroblastomes, qui sont d’origine sympathique.
Une translocation chromosomique t(11;22)(q24,q12) est retrouvée
dans 88 à 95 % des sarcomes d’Ewing.
On a montré que le
gène EWS, jusque-là inconnu, situé sur le chromosome 22, était
fusionné en amont d’un oncogène connu, Fli1, situé sur le
chromosome 11.
Dans la translocation t(21;22), le gène EWS est
fusionné avec ERG, un oncogène appartenant à la même famille que
Fli1, et dans la translocation t(7;22) avec ETV. Le gène EWS est
impliqué dans tous les cas.
Le type de translocation semble, dans
certains cas, avoir un effet sur le pronostic et sur le comportement
biologique de la tumeur.
On peut rencontrer des translocations
intéressant le gène EWS dans d’autres tumeurs, comme certaines
tumeurs à cellules géantes, les tumeurs desmoplastiques intraabdominales
ou le liposarcome et le chondrosarcome myxoïdes.
Des cellules murines (NIH3T3) transfectées avec un gène de fusion
EWS-Fli1 deviennent tumorales, alors que le gène EWS ou Fli1 seul
est sans effet.
Des expériences plus récentes confirment le rôle de ce
gène de fusion dans la régulation de certains mécanismes de
prolifération cellulaire et pourraient également ouvrir des
possibilités thérapeutiques nouvelles.
Un des rôles de Fli1
pourrait être d’inhiber l’apoptose des cellules tumorales.
L’absence apparente d’antigène d’origine neurale a pendant un
temps servi à différencier le sarcome d’Ewing des autres tumeurs neuroectodermiques.
En réalité, il y a un continuum entre sarcome
d’Ewing typique, sarcome d’Ewing atypique et PNET.
Le
sarcome d’Ewing est la plus indifférenciée des lésions de cette
famille.
Localisation :
A - SUR LE SQUELETTE :
Le sarcome d’Ewing peut atteindre tous les os du squelette, avec
une légère préférence pour les os longs, touchés dans 50 à 60 % des
cas.
Le fémur est atteint dans environ 15 à 27 % de l’ensemble des
cas, puis le tibia, l’humérus et le péroné.
Le membre inférieur est
plus souvent atteint.
Lors d’atteinte des os plats, le bassin est le plus
souvent concerné, avec 20 % de l’ensemble des cas, puis plus
rarement les côtes (troisième localisation en fréquence), l’omoplate
ou les vertèbres.
Des cas d’atteintes du pied, ou plus
exceptionnellement de la main et du crâne, peuvent aussi se voir.
Dans les lésions des os du crâne, la mandibule est plus souvent
atteinte que le maxillaire ou la base du crâne.
Des sarcomes d’Ewing des parties molles sans aucune connexion
squelettique peuvent exister, ainsi que des sarcomes d’Ewing de la
peau.
B - SUR L’OS :
Le sarcome d’Ewing est plus souvent localisé dans la zone
diaphysaire des os longs que les autres tumeurs osseuses primitives,
mais il atteint préférentiellement la zone métaphysaire et
particulièrement diaphysométaphysaire.
Avant fermeture du
cartilage de croissance, l’atteinte épiphysaire est exceptionnelle.
Étude clinique :
A - FORME HABITUELLE :
Le symptôme révélateur habituel du sarcome d’Ewing est la
douleur, presque toujours présente.
Cette douleur est d’abord
intermittente, puis devient persistante au repos, pouvant être
d’intensité progressivement croissante sur plusieurs semaines.
Il
n’est pas rare de voir des patients après plusieurs mois d’évolution.
Le deuxième symptôme pouvant motiver la consultation est
l’existence d’une tuméfaction, de taille rapidement croissante, qui
peut devenir très importante.
B - FORMES PARTICULIÈRES :
Du fait des multiples localisations possibles et de l’importance
fréquente de l’envahissement des parties molles au cours de
l’évolution des sarcomes d’Ewing, les circonstances de diagnostic
sont extrêmement variables et trompeuses.
Les localisations pelviennes sont souvent muettes longtemps et le
diagnostic est alors fait tardivement avec des lésions très
volumineuses.
Des localisations pelviennes profondes peuvent
entraîner une symptomatologie urologique par compression de la
vessie, voire par retentissement sur les cavités hautes.
Des troubles vésicosphinctériens peuvent aussi être en rapport avec
l’envahissement du plexus sacré.
Les sarcomes d’Ewing du sacrum ou de la sacro-iliaque peuvent être
révélés par une sciatalgie.
Les localisations rachidiennes peuvent
se manifester par une attitude scoliotique dont le caractère raide et
douloureux doit alerter.
Le premier symptôme peut aussi être une
paraplégie.
Le sarcome d’Ewing est, avec le granulome éosinophile, l’une des
plus fréquentes lésions tumorales des côtes chez l’enfant.
Elle
peut se révéler de façon atypique par une symptomatologie
respiratoire en rapport avec un épanchement pleural.
Habituellement, les formes costales se révèlent par une tuméfaction
douloureuse.
Dans les formes à développement intrathoracique, il
peut ne pas y avoir de tuméfaction palpable.
Le caractère inflammatoire de la tumeur, les douleurs, l’existence
d’une fièvre, peuvent faire penser à une ostéomyélite ou une ostéoarthrite, d’autant qu’un syndrome inflammatoire biologique
peut se voir.
Une fracture pathologique est rarement révélatrice d’un sarcome
d’Ewing, même si cela est possible.
Les circonstances de découverte des rares sarcomes d’Ewing des
parties molles sont celles des tumeurs des tissus mous, et c’est
seulement l’examen histologique qui peut faire le diagnostic.
Étude radiologique :
A - FORME HABITUELLE TYPIQUE
:
1- Radiologie conventionnelle
:
L’aspect radiologique du sarcome d’Ewing est variable, mais prend
habituellement les caractéristiques d’une tumeur maligne agressive.
La forme typique (qui n’est pas la plus fréquente), siégeant sur les
os longs, est celle d’une lésion lytique, entourée d’une réaction périostée fusiforme en fines lamelles parallèles au grand axe de l’os,
réalisant une image en « bulbe d’oignon ».
La lyse osseuse
est mal limitée, irrégulière, donnant un aspect vermoulu, avec des
corticales apparaissant mouchetées.
L’éperon de Codman est
inconstant.
Certaines lésions, en particulier métaphysaires, peuvent aussi avoir
un aspect plutôt condensant, inhomogène, avec une réaction périostée souvent plurilamellaire et spiculée, irrégulière, pouvant
être associée à une masse dans les parties molles.
Dans les
lésions métaphysaires, le cartilage de croissance, quand il est ouvert,
est habituellement respecté.
Tous les aspects peuvent se voir, mais un élément très caractéristique
est le volume de la tumeur des parties molles, souvent radiotransparente, qui contraste avec une atteinte osseuse souvent
discrète.
Cet aspect se voit souvent dans les lésions
des os plats.
Dans les atteintes des côtes, les radiographies de gril costal sont
parfois difficiles à lire, montrant mal la lyse osseuse, alors que la
radiographie de thorax de face montre une masse arrondie ou
ovalaire à développement intrathoracique, avec parfois un
épanchement pleural associé.
2- Tomodensitométrie
:
L’examen tomodensitométrique (TDM) n’est pas le meilleur examen
dans les atteintes des os longs périphériques.
Il précise mal
l’envahissement intramédullaire, ainsi que l’atteinte des parties
molles dans lesquelles il n’y a habituellement pas de calcifications.
On lui préfère d’emblée l’imagerie par résonance
magnétique (IRM), même si cette dernière donne de moins bonnes
images de l’atteinte osseuse corticale.
La TDM est plus
intéressante dans les lésions des côtes où la masse des parties
molles contraste avec le parenchyme pulmonaire.
Lors des
atteintes rachidiennes, la TDM va montrer l’existence d’une atteinte
osseuse, souvent lytique, et l’éventuel envahissement intracanalaire.
Cet examen est parfois demandé dans le cadre du bilan d’une
radiculalgie et il permet alors d’en rapporter la cause à une lésion
tumorale et non discale.
Dans les lésions pelviennes, la TDM peut
préciser une image douteuse en radiologie conventionnelle, en
montrant un aspect spiculé, mité, irrégulier de la corticale osseuse
et en montrant l’atteinte des parties molles.
3- Imagerie par résonance magnétique
:
Dans les formes diaphysaires ou métaphysodiaphysaires, l’IRM
montre en T1 une atteinte intramédullaire souvent plus importante
que ne le laisserait supposer la radiologie conventionnelle.
En T2, il existe un renforcement hétérogène du signal
de la masse tumorale qui permet de bien montrer l’atteinte des
parties molles.
Lors de l’injection de gadolinium, la prise de
contraste est habituellement intense.
Les images en T1, en haut
contraste à saturation de graisse, donnent des images encore plus
précises de l’atteinte des parties molles.
Le contraste entre
l’importance de la masse des parties molles visible en IRM et une
atteinte radiologique parfois discrète est assez caractéristique du
sarcome d’Ewing.
4- Scintigraphie et artériographie
:
En scintigraphie au technétium, le sarcome d’Ewing s’accompagne
d’une hyperfixation du traceur radioactif, non spécifique.
Hormis le bilan d’extension, cet examen n’a d’intérêt que pour
localiser une zone pathologique mal visible en radiologie
conventionnelle et orienter d’autres examens.
L’artériographie, qui ne fait pas partie des examens à visée
diagnostique, montre habituellement une hypervascularisation
tumorale.
B - AUTRES FORMES RADIOLOGIQUES
:
Au début, les lésions radiographiques sont parfois très discrètes et
ne sont reconnues que rétrospectivement.
Dans ces cas, seules la
scintigraphie, la TDM ou l’IRM permettent des diagnostics précoces.
À côté des atteintes diaphysaires centrales typiques, des formes
diaphysaires corticales peuvent se voir, avec une lyse corticale
excentrée, à type de saucérisation, et un développement
prédominant dans les parties molles, sans extension intramédullaire.
Des formes purement condensantes peuvent rarement se voir, dans
certaines localisations métaphysaires, ou parfois au bassin.
Les sarcomes d’Ewing des parties molles, sans atteinte osseuse,
nécessitent d’emblée le recours à l’IRM, même si dans certains
cas le premier examen demandé a été une échographie.
Bilan d’extension :
A - EXTENSION LOCALE :
Les radiographies conventionnelles et les radiomensurations sont
surtout utiles à la planification chirurgicale et à préparer le matériel
nécessaire.
Le meilleur examen pour évaluer l’extension locale est l’IRM qui
donne des images précises dans les plans frontal et sagittal et permet
de mesurer le volume tumoral.
Elle est actuellement indispensable
et doit être faite avant la biopsie.
Comme dans toute tumeur
maligne, l’IRM doit comprendre l’os atteint en entier, avec des
mensurations précises de l’envahissement intramédullaire.
L’IRM
précise au mieux l’envahissement dans les parties molles, sur les
séquences en T2, ou en T1 et saturation de graisse (fat sat) et les
rapports avec les principaux troncs nerveux et vasculaires.
L’IRM
peut également montrer un envahissement intra-articulaire.
Les
rapports de la tumeur et du cartilage de conjugaison sont bien
visibles.
Cette IRM est répétée au cours de la chimiothérapie, car les
modifications du volume tumoral donnent une idée de l’efficacité
du traitement sur la lésion.
Une IRM préopératoire est
indispensable, car parfois l’envahissement intraosseux peut avoir
augmenté en cours de chimiothérapie.
Dans les localisations de la paroi thoracique, la TDM donne des
renseignements comparables à l’IRM du fait du contraste offert par
le poumon.
L’envahissement intraosseux est mal évalué par
l’IRM, du fait de l’obliquité des côtes et des petites dimensions du
canal médullaire.
Les localisations costales ont la particularité de
donner des métastases pleurales et tout épanchement pleural doit
être ponctionné à la recherche de cellules tumorales.
Il est également
indispensable de rechercher une extension postérieure vers le canal
rachidien au travers du trou de conjugaison.
Les localisations
rachidiennes peuvent donner des métastases à tout le névraxe, dont
l’exploration complète par IRM est indispensable.
Une ponction
lombaire, si elle est possible, peut aider à rechercher un
envahissement de l’axe cérébrorachidien.
Les reconstructions permises par la TDM sont parfois utiles pour
imaginer la configuration tridimensionnelle de la tumeur.
L’artériographie paraît intéressante dans les localisations où une
dissection vasculaire est nécessaire.
Elle n’est pas demandée par
toutes les équipes chirurgicales, sauf avant reconstruction par
greffon vascularisé.
Dans ce cas précis, l’artériographie est aussi
nécessaire pour vérifier la présence d’une anatomie vasculaire
normale du site donneur.
B - EXTENSION GÉNÉRALE :
Le bilan d’extension à distance comporte systématiquement une
scintigraphie au technétium, à la recherche de métastases osseuses.
Des radiographies des zones fixant à la scintigraphie ou
douloureuses, même en l’absence de fixation, sont nécessaires.
En
cas de doute, une IRM est demandée, et si l’imagerie n’est pas
suffisante, on peut faire des biopsies orientées pour préciser
l’existence ou l’absence de métastases.
Le bilan d’extension doit comporter des radiographies de face et de
profil ainsi qu’un examen TDM du thorax, à la recherche de
localisations pulmonaires.
Le bilan comporte systématiquement une recherche d’extension à la
moelle hématopoïétique, par biopsie au trocart et ponctions
médullaires multiples.
La recherche de transcrit de fusion 11-22 ou
21-22 par reverse transcription-polymerase chain reaction (RT-PCR) sur
un pool de ponctions médullaires permet d’affirmer l’existence d’une
diffusion micrométastatique.
Anatomie pathologique :
Le sarcome d’Ewing appartient au groupe des tumeurs à petites
cellules rondes, groupe constitué d’entités bien définies sur le plan
biologique et évolutif mais aux caractéristiques histologiques
proches.
A - BIOPSIE :
1- Gestion de la biopsie :
La biopsie doit être de volume suffisant pour permettre les analyses
anatomopathologiques, bactériologiques, de biologie moléculaire
(recherche de transcrit), cytogénétiques (caryotype).
La biopsie doit être rapidement acheminée au laboratoire, soit à
l’état frais, soit dans un liquide conservateur de type RPMI, pour
permettre une étude histologique de qualité ainsi que les analyses
cytogénétiques et de biologie moléculaire.
À défaut, la biopsie est
placée dans un liquide fixateur, mais les analyses biologiques
(recherche de transcrit) ne sont plus possibles.
L’étalement sur lame de la biopsie permet en quelques minutes
d’orienter vers une tumeur à petites cellules rondes, ou bien vers
une infection, un granulome éosinophile, une tumeur à cellules
géantes ou cartilagineuse.
Le diagnostic n’est porté définitivement
qu’après analyse histologique.
La recherche du transcrit par RT-PCR ne nécessite qu’une très faible
quantité de matériel.
Le pathologiste doit donc congeler
systématiquement un fragment de chaque biopsie afin de pouvoir
réaliser l’analyse en cas de nécessité.
2- Aspect microscopique :
Le sarcome d’Ewing est, dans sa forme classique, constitué de petites
cellules tumorales agencées en larges travées séparées par un
abondant tissu fibreux.
* Cytologie :
Les cellules sont identiques entre elles, arrondies, mesurant entre
12 et 14 µm.
Leur noyau, ovalaire ou arrondi, est pourvu d’une
chromatine dense mais dispersée, et délimité par une fine membrane nucléaire.
L’activité mitotique est variable, souvent faible.
Les
cytoplasmes sont pâles et très peu abondants, aux limites floues.
Ils
comportent du glycogène, identifiable par les colorations
complémentaires, acide périodique Schiff (PAS) et carmin de Best.
Des cellules plus sombres, appelées dark cells, ont été décrites comme
le second type cellulaire du sarcome d’Ewing.
Il s’agit en fait de
cellules tumorales altérées spontanément ou lors de la biopsie.
* Architecture
:
Le plus souvent, les cellules forment de larges travées ou des plages
de très forte densité en cellules tumorales, sans agencement
particulier.
Il existe parfois des images de pseudorosette liées
à des nécroses cellulaires, sans neurofibrille. Les cellules se
regroupent parfois autour de petits capillaires.
Plus rarement, les cellules s’agencent en lobules, en alvéoles, ou
constituent de fines travées séparées par de larges trousseaux de
fibres de collagène, disposition appelée filigree pattern.
Cette
disposition s’observe à la périphérie de la tumeur et correspond à
l’infiltration du tissu musculoaponévrotique.
Le réseau de fibres
de réticuline apparaît très peu abondant entre les cellules tumorales,
alors qu’il est très dense autour des vaisseaux.
Les placards
tumoraux sont par ailleurs entourés par un abondant tissu hyalin.
* Remaniements
:
Ils sont extrêmement fréquents, liés à la fragilité des cellules,
associant hémorragies et surtout nécrose de coagulation.
Leur
importance peut être telle qu’ils rendent impossible un diagnostic
de certitude.
S’observent aussi très fréquemment, en périphérie des
plages tumorales, des cellules aux noyaux étirés ou écrasés,
altérations généralement induites par le geste biopsique.
3- Analyse immunohistochimique
:
Elle est décisive car l’aspect cytologique et la disposition
architecturale ne sont pas toujours spécifiques.
Son rôle est double.
* Éliminer les diagnostics différentiels
:
Pour une majorité d’entre eux, des marqueurs spécifiques sont
disponibles, comme le CD 45 et les marqueurs T et B pour les
lymphomes.
Toutefois, avec le développement de techniques immunohistochimiques plus sensibles et l’emploi du démasquage
antigénique, des expressions aberrantes de ces marqueurs
s’observent dans des sarcomes d’Ewing, comme la cytokératine ou
la desmine.
Elles sont généralement focales et peu intenses.
* Apporter des éléments de diagnostic positif
:
La protéine p30/32 codée par le gène Mic2 est exprimée en grande
quantité dans les sarcomes d’Ewing et les PNET.
Son marquage
est membranaire.
Son expression s’observe aussi dans un grand
nombre de cellules normales de l’organisme, comme les fibroblastes,
ainsi que dans différentes tumeurs comme certains carcinomes, etc.
Parmi les tumeurs à petites cellules rondes, les PNET sont l’une des
seules à l’exprimer de façon intense et diffuse.
Toutefois, d’autres
tumeurs à petites cellules ont été trouvées positives pour le Mic2,
lymphome lymphoblastique, chondrosarcome mésenchymateux,
ostéosarcome à petites cellules, rhabdomyosarcome alvéolaire et
embryonnaire, mais aucune tumeur nerveuse ne semble l’exprimer.
Sa signification doit donc impérativement être corrélée à l’aspect
histologique et aux données cliniques et radiologiques.
L’expression
par la tumeur des marqueurs nerveux (NSE, neurofilaments, leu-7,
etc) est plus rare.
De nouvelles techniques de recherche de la
translocation et du transcrit de fusion à partir de tissus fixés et inclus
en paraffine se développent et sont très prometteuses.
B - DIFFÉRENTES FORMES ANATOMOPATHOLOGIQUES
:
1- Neuroépithéliome :
Il est considéré comme la forme la plus mature des lésions de la
famille des PNET.
Son aspect microscopique est caractéristique,
constitué des cellules de même morphologie mais qui se regroupent
autour de lumières à centre fibrillaire, réalisant les rosettes d’Homer-Whright.
En immunohistochimie, elles expriment intensément les
marqueurs nerveux (neuron specific enolase [NSE], neurofilaments,
leu-7), la chromogranine et la synaptophysine, et de façon conjointe
le Mic2.
Tous les intermédiaires morphologiques existent entre le
neuroépithéliome et le sarcome d’Ewing.
Pour certains, le diagnostic
de PNET doit être réservé aux tumeurs comportant des images de
rosettes typiques ou qui expriment au moins deux marqueurs
nerveux en immunohistochimie.
2- Sarcome d’Ewing atypique :
Les cellules tumorales sont plus volumineuses, aux noyaux
irréguliers en forme et en taille, à chromatine plus dense, à
cytoplasme abondant et bien limité.
Cet aspect microscopique est
trompeur.
Sa présentation clinique et son pronostic sont similaires à
la forme typique.
L’étude immunohistochimique et l’analyse
cytogénétique sont déterminantes.
3- Autres variantes
:
D’autres variantes sont décrites, comme les formes rhabdoïdes, à
grandes cellules et épithélioïdes.
Elles sont extrêmement rares,
identifiées grâce à la biologie moléculaire car leur aspect
histologique est particulièrement trompeur.
C - ASPECT MACROSCOPIQUE :
La tumeur possède des contours irréguliers et des limites très
imprécises.
C’est une masse blanc grisâtre, molle, luisante, prenant
dans les secteurs nécrotiques une consistance liquide, voire laiteuse.
Le sarcome d’Ewing infiltre diffusément la pièce osseuse, s’insinuant
entre les travées ostéoïdes, pénétrant la corticale au travers des
canaux d’Havers en détruisant peu ou pas les structures osseuses.
La réaction périostée s’effectue parallèlement au plan osseux, mais
rapidement franchie par la tumeur, une nouvelle ossification se
développe, réalisant l’aspect classique en « pelure d’oignon ».
L’infiltration des parties molles est extrêmement fréquente, la
tumeur se propageant le long des insertions tendineuses et des
aponévroses, s’étendant à distance de la lésion osseuse.
Cette
infiltration explique la discordance parfois observée entre
l’évaluation radiologique de la tumeur et l’infiltration plus
importante observée sur la pièce de résection.
D - ÉTUDE DE LA PIÈCE DE RÉSECTION
:
La technique de prise en charge est analogue à celle utilisée pour
l’ostéosarcome, mais une grande attention doit être déployée pour
évaluer la qualité d’exérèse. Deux caractéristiques du sarcome
d’Ewing gênent parfois l’évaluation du pourcentage de cellules
résiduelles viables.
Du fait de sa fragilité, il est difficile de
déterminer si la nécrose observée est spontanée ou induite par les
traitements.
Du fait qu’il altère de façon minime les tissus qu’il
infiltre, il est difficile d’évaluer la surface de la tumeur avant tout
traitement, à la différence de l’ostéosarcome qui laisse une marque
souvent nette.
E - BIOLOGIE MOLÉCULAIRE ET RECHERCHE
DU TRANSCRIT DE FUSION
:
La recherche des transcrits de fusion par RT-PCR sert non seulement
pour le diagnostic positif du sarcome d’Ewing, mais aussi au
diagnostic d’extension métastatique par l’analyse des prélèvements
de moelle osseuse.
La sensibilité importante de ces techniques
permet de mettre en évidence la présence de cellules tumorales non
détectées par la cytologie conventionnelle.
La recherche du
gène de fusion EWS-Fli1 peut également se faire par hybridation in
situ avec des sondes spécifiques fluorescentes (FISH).
Ces
techniques de RT-PCR ou de FISH permettent un diagnostic rapide.
Diagnostic différentiel :
A - CLINIQUE :
L’existence de douleurs ostéoarticulaires associées à une tuméfaction
inflammatoire et à une fièvre peut évoquer une ostéomyélite.
Le
diagnostic différentiel peut être rendu encore plus difficile par
l’existence d’un syndrome inflammatoire biologique et par l’aspect
radiologique de certaines localisations de sarcome d’Ewing.
L’aspect
macroscopique lors de la biopsie peut également être trompeur, avec
une tumeur qui peut prendre un aspect pseudopurulent.
Il est donc
indispensable, devant toute suspicion d’ostéomyélite, de faire un
prélèvement anatomopathologique à la recherche d’une éventuelle
tumeur maligne et en particulier le sarcome d’Ewing.
B - RADIOLOGIQUE :
L’image en « bulbe d’oignon », souvent décrite comme étant
caractéristique du sarcome d’Ewing, peut se voir dans d’autres
pathologies comme l’ostéomyélite ou les lymphomes non
hodgkiniens.
Les lymphomes osseux primitifs peuvent également
prendre un aspect moucheté et vermoulu comme le sarcome
d’Ewing.
Les lymphomes touchent habituellement des patients plus
âgés que le sarcome d’Ewing.
Le diagnostic est fait par l’étude
histologique et immunohistochimique.
Les métastases osseuses de neuroblastome sont une des premières
causes de lésions osseuses lytiques de l’enfant de moins de 5 ans.
Les métastases osseuses, souvent multiples, peuvent révéler la
maladie.
Le dosage sanguin et urinaire des catécholamines confirme
le diagnostic et la scintigraphie permet de localiser la tumeur
primitive.
Les métastases osseuses d’autres tumeurs viscérales se
voient surtout chez l’adulte.
L’aspect radiologique de certains sarcomes d’Ewing peut évoquer à
tort un ostéosarcome, quand la réaction périostée se fait avec des
spicules perpendiculaires à la direction de la corticale ou
dans les localisations métaphysaires condensantes.
Le granulome éosinophile, ou histiocytose langerhansienne, donne
parfois des lésions lytiques d’évolution très rapide pouvant faire
discuter un sarcome d’Ewing.
La présence de multiples localisations
osseuses, avec des images de lyse à l’emporte-pièce au crâne, oriente
vers une histiocytose langerhansienne.
Dans certains cas de lésion
unique, seule la biopsie permet d’orienter le diagnostic.
Le kyste osseux anévrismal peut prendre un aspect très agressif,
avec une lyse importante et une volumineuse extension dans les
parties molles.
L’existence de niveaux liquides, si elle évoque
fortement le kyste anévrismal, n’est pas pathognomonique.
La
biopsie redresse le diagnostic.
C - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
ANATOMOPATHOLOGIQUE :
Une lésion à petites cellules rondes soulève une grande variété de
diagnostics différentiels que le tableau clinique et radiologique
permet de limiter.
1- Chez l’enfant :
Chez le jeune enfant avant 5 ans, avant d’envisager un sarcome
d’Ewing, deux diagnostics, le lymphome et le neuroblastome,
doivent être systématiquement évoqués.
Lymphome et leucose sont
très proches morphologiquement mais leur profil immunohistochimique
permet de les reconnaître aisément.
Le neuroblastome
est alors une métastase osseuse révélatrice.
La tumeur comporte
généralement des rosettes et entre les cellules un fond neurofibrillaire.
L’ostéosarcome à petites cellules, qui est rare, s’observe chez
l’adolescent et l’adulte jeune.
L’ostéoformation tumorale, qui permet
de porter le diagnostic, est parfois très peu abondante, pas toujours
intéressée par la biopsie et doit être distinguée de l’ostéoformation
réactionnelle, parfois très abondante.
Comme la tumeur exprime
aussi le Mic2 et que des observations avec la translocation 11-22 ont
été rapportées, le diagnostic de cette tumeur peut être
problématique.
La tumeur desmoplasique à petites cellules rondes est une tumeur
de l’adolescent ou du jeune adulte, généralement abdominale, qui
peut envahir l’os par contiguïté ou par dissémination métastatique.
Elle est généralement plus hétérogène que le sarcome d’Ewing, avec une expression en immunohistochimie de multiples marqueurs,
vimentine, cytokératine, marqueurs neuroendocrines, musculaires,
etc.
2- Chez l’adulte
:
La rareté du sarcome d’Ewing après 30 ans doit faire envisager les
autres tumeurs à petites cellules rondes, en particulier lymphome et
métastases.
Les métastases osseuses de carcinome peuvent simuler
morphologiquement un sarcome d’Ewing dans deux cas :
– la tumeur de Merkel est un carcinome neuroendocrine cutané
constitué de cellules de petite taille, identifiable grâce à l’expression
en immunohistochimie de la cytokératine et des marqueurs
neuroendocrines sous forme de boules intracytoplasmiques ;
– le carcinome à petites cellules, dont l’origine est souvent de siège
bronchique et dont les cellules sont fragiles, souvent écrasées, voire
nécrosées.
L’immunohistochimie associe l’expression des marqueurs
neuroendocrines et de la cytokératine.
Deux autres diagnostics difficiles, qui ont une présentation clinique
de tumeur osseuse primitive, peuvent aussi s’observer chez l’adulte
jeune : l’ostéosarcome à petites cellules déjà cité et le
chondrosarcome mésenchymateux, qui peut aussi siéger dans les
parties molles.
Le contingent cartilagineux, souvent minoritaire,
réalise des nodules disposés à l’emporte-pièce dans le contingent à
petites cellules.
L’absence de marqueur spécifique et la faible
abondance du contingent cartilagineux en font un diagnostic difficile
à porter.
Orientation thérapeutique :
A - MÉTHODES DE TRAITEMENT
:
Un protocole européen commun de traitement des sarcomes
d’Ewing et tumeurs apparentées existe depuis 1999, mais reste
encore en cours d’évaluation.
Ce protocole, appelé Euro-Ewing 99
pour European Ewing tumour Working Initiative of National
Groups, est identique pour les enfants et pour les adultes.
Le
traitement jusqu’à présent utilisé chez l’enfant, en France, était le
protocole Ewing 93 de la Société française d’oncologie pédiatrique.
Chez l’adulte, certains utilisent aussi le protocole EICESS 92
(European Intergroup Cooperative Ewing’s Sarcoma Study).
Dans
tous les cas, le traitement actuel du sarcome d’Ewing comprend un
traitement général, la chimiothérapie, et un traitement local,
chirurgie et éventuellement radiothérapie.
1- Traitement local : radiothérapie
Dès 1921, Ewing avait insisté sur la grande radiosensibilité de la
tumeur qu’il décrivait.
La radiothérapie est restée longtemps le
traitement local de choix du sarcome d’Ewing, mais laissait de
lourdes séquelles que les techniques modernes tentent de limiter.
Le champ doit inclure toute la tumeur, le trajet de la biopsie,
ou la voie d’abord chirurgicale, mais doit éviter d’irradier des tissus
sains.
Les marges de sécurité sont réduites à 2 cm.
Les rayons X de
haute énergie, qui ont une meilleure pénétration, sont plus
volontiers utilisés que les rayonnements classiques.
L’irradiation doit préserver les épiphyses, ce qui diminue son
retentissement sur la croissance chez l’enfant. Lors des irradiations
pelviennes, on peut transposer chirurgicalement les ovaires et
implanter des prothèses pour écarter la vessie ou les intestins.
Chez le garçon, la protection des testicules est systématique. Les
complications aiguës ou chroniques peuvent être potentialisées par
l’administration concomitante d’agents radiosensibilisants, comme
l’actinomycine.
L’irradiation thoracique peut entraîner une fibrose
pulmonaire et retentit sur la croissance du poumon et de la cage
thoracique. Elle peut également intéresser le coeur et potentialise
l’effet cardiotoxique de la doxorubicine.
Éviter les irradiations circonférencielles aux membres permet de ne plus rencontrer l’effet
de garrot.
La radiothérapie peut encore, dans certains cas de tumeurs
rapidement évolutives ou inopérables, rester le seul traitement
local.
Parfois, la radiothérapie peut être associée à la chirurgie
pour essayer de diminuer le risque de récidive locale.
Certaines
équipes utilisent la radiothérapie, avant ou pendant la chirurgie,
pour diminuer le volume tumoral et limiter le champ d’irradiation
au seul volume tumoral.
L’inconvénient de ces techniques est
de faire appel systématiquement à une irradiation.
Actuellement, la radiothérapie est plus souvent utilisée en
postopératoire et seulement si elle est nécessaire.
En cas de radiothérapie postopératoire, la dose recommandée dans
le protocole Euro-Ewing 99 est de 44 à 54 Gy.
Pour les patients non
opérés, la dose recommandée est de 54 Gy, avec surimpression
jusqu’à 60 ou 64 Gy en fonction de l’âge et de la localisation.
Au
rachis, la dose maximale tolérable par la moelle épinière est de 45 Gy.
L’existence d’un épanchement pleural tumoral dans les lésions
de la paroi thoracique ou d’une atteinte du liquide céphalorachidien
est une indication d’irradiation de l’hémithorax ou de l’ensemble
du névraxe.
La radiothérapie est administrée 2 à 4 semaines après la chirurgie
en cas de chimiothérapie conventionnelle, et 8 à 10 semaines en cas
de chimiothérapie à hautes doses.
2- Traitement local : chirurgie
Grâce aux progrès de la chimiothérapie, la chirurgie est redevenue
de nos jours le traitement local de référence du sarcome d’Ewing.
Avec l’apparition des premières chimiothérapies, et grâce à
l’effet de la radiothérapie, le traitement était devenu de moins en
moins chirurgical, car il consistait alors essentiellement en
l’amputation.
Les complications de la radiothérapie, le contrôle
local incomplet offert par l’irradiation et les bons résultats des
résections ont conduit à modifier les indications.
Progressivement,
les publications ont montré une amélioration du pronostic grâce
au recours à la chirurgie conservatrice dans le traitement local
par rapport aux résultats obtenus avec les radiothérapies seules.
Actuellement, il est admis que la chirurgie doit
être conservatrice, tout en répondant aux impératifs de la chirurgie
carcinologique, car le pronostic est plus général que local.
Les très
rares indications d’amputation concernent certaines localisations des
extrémités distales et les tumeurs des très jeunes enfants (pour
certains auteurs).
Les tumeurs impossibles à réséquer du fait des
séquelles fonctionnelles prévisibles ou pour des raisons
carcinologiques sont généralement des indications d’irradiation.
La reconstruction des localisations métaphysaires avec atteinte épiphysaire, au genou ou à l’humérus et au fémur proximal, se fait
par prothèse massive.
La seule particularité de ces reconstructions
est le jeune âge des patients qui peut nécessiter le recours à des
prothèses de croissance, télescopiques, destinées à compenser le
sacrifice du cartilage de croissance.
Dans les lésions des os longs, le sarcome d’Ewing est souvent
purement diaphysaire ou métaphysodiaphysaire, permettant la
conservation des épiphyses et des cartilages de croissance.
La
reconstruction fait alors appel soit à un segment d’allogreffe
diaphysaire, soit de préférence à un greffon de péroné vascularisé
que certaines équipes associent à une allogreffe. Les résultats de ces
reconstructions par péroné vascularisé sont spectaculaires chez
l’enfant.
La résection du péroné proximal peut nécessiter le sacrifice du nerf fibulaire commun, imposant alors le transfert secondaire du tendon
tibial postérieur pour compenser la paralysie des releveurs du pied.
En cas de résection diaphysaire, il faut parfois stabiliser la malléole
externe par vis.
Au pied ou à la main, des résections carcinologiques sont parfois
possibles, mais l’amputation est souvent préférée.
Dans les lésions costales, les limites précises de l’envahissement intraosseux sont difficiles à mesurer sur l’imagerie.
La résection doit
donc intéresser toute la côte qui est désarticulée du rachis en arrière
et du cartilage en avant, avec l’espace intercostal sus- et sous-jacent.
La reconstruction consiste dans le rapprochement des deux côtes
voisines avec fermeture simple des plans sus-jacents. Parfois, on fait
appel à des plaques de tissu résorbable, voire à des lambeaux
musculaires de rotation.
Dans les lésions postérieures de la côte,
la résection emporte l’apophyse transverse en bloc avec la côte, et
parfois même une partie du corps vertébral.
Les procédés de reconstruction, dans les localisations pelviennes ou
rachidiennes, n’ont pas de particularité.
Le principal problème est
d’évaluer précisément avant et pendant l’intervention les limites de
la résection.
Au rachis, une résection large, en bloc, est rarement
possible du fait de la présence du canal vertébral et de la moelle ou
du sac dural et des racines, rendant une irradiation souvent
nécessaire.
Les lésions de l’omoplate sont traitées par scapulectomie et la
reconstruction peut se faire par simple suspension de l’humérus à la
clavicule.
Les sarcomes d’Ewing du crâne et du massif maxillofacial peuvent
rarement bénéficier d’une résection large, hormis les lésions de la
mandibule qui sont accessibles à un traitement chirurgical avec
reconstruction par greffe, de péroné vascularisé par exemple.
Les sarcomes d’Ewing des parties molles doivent être traités comme
ceux d’autres localisations, par résection large.
3- Traitement général de la maladie : chimiothérapie
L’action du cyclophosphamide (Endoxant), de l’actinomycine
(Dactinomycinet) et de la vincristine (Oncovint) contre le sarcome
d’Ewing est connue depuis le début des années 1960.
La
chimiothérapie permet de diminuer le volume de la tumeur
primitive, ce qui en rend le traitement local plus facile et plus
efficace, et permet de diminuer le développement de métastases à
distance.
Depuis le milieu des années 1980, différents
protocoles associant vincristine + actinomycine D +
cyclophosphamide (VAC), plus ou moins doxorubicine (VACA),
étoposide (VP-16, vépésidet) ou ifosfamide (Holoxant), ont permis
d’améliorer le pronostic.
Dans les formes métastatiques au départ ou répondant mal à la
chimiothérapie conventionnelle, des protocoles faisant appel à des
chimiothérapies à hautes doses ont donné certains résultats
encourageants.
Le protocole Ewing 93 comporte, pour les formes localisées, une
chimiothérapie d’induction composée de trois à cinq cures initiales,
(Adriblastinet-Adriamycinet) dites « Memphis », associant
cyclophosphamide et doxorubicine, et parfois une association
d’étoposide et d’ifosfamide.
La chimiothérapie d’entretien après
chirurgie comporte, en fonction de la réponse de la tumeur , d’abord
six cures de vincristine associée à de l’actinomycine D, puis dans
une seconde phase, six cures de « Memphis » répétées toutes les 3
semaines.
Dans les autres cas, la chimiothérapie d’entretien
comporte six cures d’étoposide ifosfamide au lieu des six cures de
« Memphis ».
Le protocole Euro-Ewing 99 comporte une induction par six cures
de vincristine + ifosfamide + doxorubicine + étoposide (VIDE) à des
intervalles de 3 semaines.
Après chirurgie ou bilan radioclinique
dans les formes non chirurgicales, la chimiothérapie fait ensuite
appel à différentes drogues, soit vincristine + actinomycine +
ifosfamide (VAI), soit vincristine + actinomycine + cyclophosphamide
(VAC).
Dans les formes de mauvais pronostic, les deux protocoles font
appel à une chimiothérapie à hautes doses associant busulfan et
melphalan.
La cure est suivie de la réinjection de cellules souches
périphériques prélevées auparavant par cytaphérèse et congelées.
B - TRAITEMENT DES MÉTASTASES
:
1- Traitement général :
Le traitement des formes métastatiques comporte un traitement
général et un traitement local des métastases, en plus de celui de la
tumeur primitive.
Le traitement général fait bien entendu appel aux
chimiothérapies déjà décrites.
Certaines équipes ont également fait
appel à des irradiations du corps en entier ou de l’hémicorps, après
prélèvement de cellules souches périphériques, ou autogreffe de
moelle hématopoïétique.
Ces irradiations n’ont pas apporté de
résultats durables et sont actuellement souvent abandonnées.
2- Traitement local
:
Dans les métastases pulmonaires, le traitement peut comporter soit
une résection chirurgicale des nodules visibles en imagerie, soit des
lobectomies.
Du fait de la haute radiosensibilité du sarcome d’Ewing
à la radiothérapie, les lésions secondaires pulmonaires peuvent être
traitées par irradiation.
L’irradiation pulmonaire nécessite la
prévention des pneumopathies interstitielles à Pneumocystis carinii.
Elle est contre-indiquée après chimiothérapie à hautes doses par bulfalan.
Quand les métastases osseuses sont uniques, on peut dans certains
cas discuter un traitement par résection chirurgicale, comme pour la
tumeur primitive.
La plupart des métastases osseuses sont
irradiées.
C - INDICATIONS ACTUELLES
DES DIFFÉRENTS TRAITEMENTS :
Selon le protocole Ewing 93, dans les formes localisées opérables, le
traitement local repose sur la chirurgie qui est effectuée après cinq
cures de « Memphis » et un nouveau bilan d’extension.
L’analyse de
la pièce de résection permet d’évaluer la réponse histologique à la
chimiothérapie et la qualité des marges de résection.
Les bons
répondeurs, ayant moins de 5 % de cellules viables, reçoivent six
cures de vincristine + actinomycine D, puis six cures de « Memphis
».
En cas de résection incomplète, une irradiation complémentaire
est effectuée.
Les patients ayant entre 5 et 30 % de cellules viables
reçoivent une radiothérapie postopératoire puis six cures de
vincristine + actinomycine D, suivies de six cures d’étoposide et
holoxan.
Les patients ayant au moins 30 % de cellules résiduelles
reçoivent deux cures de VP-16 + holoxan, puis une chimiothérapie à
hautes doses par misulban-melphalan, et une greffe de cellules
souches périphériques, ainsi qu’une radiothérapie locale.
Le
traitement des patients non opérables dépend de la taille de la
tumeur initiale et repose sur les mêmes principes.
Dans les formes métastatiques, le traitement initial reste le même.
En cas de réponse apparente supérieure à 50 %, et si les métastases
semblent opérables, les patients reçoivent deux cures d’étoposide
(VP-16) + ifosfamide (holoxant), puis une chimiothérapie à hautes
doses et une greffe de cellules souches.
Si la tumeur initiale est
opérable, elle est traitée chirurgicalement ; sinon, elle est irradiée.
Dans les autres cas, les indications sont discutées individuellement.
Dans le protocole Euro-Ewing 99, après la résection, on utilise, chez
les bons répondeurs, sept cures, soit de VAI, soit de VAC.
Chez les
mauvais répondeurs ayant plus de 10 % de cellules résiduelles, le
protocole compare sept cures de VAI versus une chimiothérapie à
hautes doses par busulfan-melphalan.
Dans les formes métastatiques, aux poumons ou à la plèvre, tous les
patients reçoivent six cures de VIDE, puis on décide de la poursuite
du traitement local et général de consolidation en fonction de la
réponse à la chimiothérapie évaluée cliniquement et par l’imagerie,
et parfois par biopsie de la tumeur.
Le moment du traitement local dépend des modalités du traitement
général choisi.
En cas de chimiothérapie conventionnelle ou de
tumeur facilement opérable, la résection chirurgicale est faite après
la sixième cure de VIDE, puis la chimiothérapie est poursuivie selon
la randomisation.
Dans les cas où une chimiothérapie à hautes doses
a été choisie, si la chirurgie est complexe et risque d’entraîner un
retard dans la poursuite de la chimiothérapie, le traitement local est
repoussé à la fin de la chimiothérapie.
En fonction de la réponse
histologique à la chimiothérapie et du caractère complet ou non de
l’exérèse, une radiothérapie complémentaire peut être indiquée.
Les patients dont la tumeur continue d’évoluer localement (qu’ils
aient des métastases ou non) ou dont les métastases ne répondent pas au traitement par VIDE peuvent recevoir soit une
chimiothérapie à hautes doses avec busulfan et melphalan, soit une
irradiation de la tumeur primitive et des sites métastatiques suivie
d’une chimiothérapie de consolidation par double-ME.
Évolution. Pronostic. Résultats des traitements
:
A - ÉVOLUTION
:
Le sarcome d’Ewing est une lésion d’évolution habituellement
rapide.
Localement, elle a tendance à envahir les parties molles, de
façon parfois très importante, et elle peut aussi s’étendre à
l’ensemble de la cavité médullaire de l’os atteint.
Cet envahissement
se fait au travers des canaux de Havers de l’os, puis par une
véritable infiltration des tissus sains environnants.
Il y a quelques cas où la tumeur a, au contraire, une évolution assez
lente, restant longtemps confinée dans l’os et ne donnant pas
rapidement de métastases.
Cela explique probablement que le retard
au diagnostic ne soit pas régulièrement retrouvé comme facteur de
mauvais pronostic dans les études cliniques.
Le sarcome d’Ewing a une très forte tendance à donner des
métastases par voie hématogène, ce qui en fait le pronostic.
Selon
différentes études, environ 20 à 30 % des patients sont porteurs de
métastases au diagnostic.
La survenue secondaire de
métastases fait la gravité de la maladie, même dans les formes
localisées au diagnostic.
Chez les patients sans métastases
pulmonaires ni osseuses détectables, les méthodes de biologie
moléculaire peuvent permettre de détecter des cellules tumorales
dans la moelle osseuse.
Les principaux sites de diffusion métastatique sont le poumon
(38 %), l’os (31 %) et la moelle hématopoïétique (11 %), ainsi que le
névraxe dans les localisations rachidiennes ou la plèvre dans les
localisations costales.
Dans le cas des métastases pleurales des
tumeurs costales et des métastases au névraxe des localisations
rachidiennes, la diffusion se fait par contiguïté et circulation des
cellules dans la cavité pleurale ou le liquide céphalorachidien.
Le
rachis est un des sites préférentiels des métastases osseuses
hématogènes.
On peut également voir des métastases intradurales
dans 5 % des cas environ.
L’envahissement lymphatique est assez
rare, présent dans moins de 10 % des cas.
B - PRONOSTIC :
Avant le développement de la chimiothérapie et malgré un
traitement chirurgical radical ou une irradiation, moins de 10 % des
patients survivaient, à cause des métastases qui ne manquaient pas
de se développer.
Le premier facteur pronostique dans le sarcome d’Ewing est
l’existence de métastases au diagnostic.
La
probabilité de survie sans récidive à 5 ans, qui va jusqu’à 70 % dans
les séries modernes en l’absence de métastases, tombe alors à moins
de 30 %.
Le pronostic des patients ayant des métastases
osseuses est très mauvais, nettement inférieur à celui des patients
ayant des métastases seulement pulmonaires.
La détection de
cellules tumorales dans le sang circulant par RT-PCR n’a pas
d’influence sur le pronostic, contrairement à la positivité de la RTPCR
sur les biopsies médullaires.
Les tumeurs de grande taille, de volume tumoral initial supérieur à
100, voire 200 mL, ou une plus grande dimension supérieure à 8 cm,
semblent de moins bon pronostic.
À traitement local
équivalent et à réponse histologique égale, ce facteur perd de son
influence.
Il semble également que les tumeurs les plus
volumineuses soient aussi celles qui ont le plus de métastases, ce
qui peut introduire un biais dans certaines études.
Généralement, les tumeurs des côtes ou des membres sont de
meilleur pronostic que celles du bassin, du rachis et de l’omoplate.
L’influence de la localisation n’est pas retrouvée avec la même
intensité dans les études portant sur les tumeurs non métastatiques,
et Carrie rapporte des survies sans récidive à 5 ans de 72 % chez des
patients opérés pour sarcome d’Ewing du bassin.
Ces différences
sont en partie dues au fait que les tumeurs du bassin sont plus
souvent métastatiques au diagnostic, plus volumineuses et que leur
traitement local est plus difficile.
Pour certains, les sarcomes d’Ewing des tissus mous seraient de
mauvais pronostic, ce qui est également controversé.
L’existence d’un syndrome inflammatoire biologique franc, d’une
anémie, d’une fièvre élevée au diagnostic, ou une élévation de la lacticodéshydrogénase (LDH) sont des facteurs péjoratifs.
Les résultats sont habituellement moins bons chez les sujets les plus
âgés.
Il semble néanmoins que l’âge des patients ait un rôle
moins significatif quand les protocoles de traitement sont
équivalents chez les enfants et les adultes et que les localisations
sont comparables.
Par exemple, Bacci a montré dans un
travail récent que le pronostic des patients âgés de plus de 40 ans
était peu différent de celui des patients plus jeunes, avec
respectivement 53 % contre 58 % de survie sans récidive à 5 ans.
L’existence d’une fracture pathologique n’est pas en soi un facteur
de mauvais pronostic si le traitement est correctement conduit.
Le rôle du degré de différenciation histologique de la tumeur est
encore controversé actuellement, ainsi que le type de translocation.
Le facteur essentiel du pronostic, après traitement, est la réponse
histologique à la chimiothérapie.
Par exemple, pour Bacci, la probabilité de survie sans récidive à 5 ans était de 28 %
chez les mauvais répondeurs contre 77 % chez les bons répondeurs.
Le délai avant récidive était plus long, en moyenne 51 mois chez les
bons répondeurs contre 32 chez les mauvais.
Dans l’étude
rétrospective conjointe SFOP-EICESS, le taux de survie sans récidive
à 5 ans des patients ayant moins de 10 % de cellules viables après
chimiothérapie était de 73 % contre 45 % pour les patients ayant au
moins 10 % de cellules résiduelles.
Environ 30 % des tumeurs
avaient une mauvaise réponse à la chimiothérapie.
Les tumeurs
chirurgicalement inextirpables ont un moins bon pronostic.
Les récidives très tardives, au-delà de 10 ans, ne sont pas
exceptionnelles dans le sarcome d’Ewing et nécessitent une
surveillance prolongée, et les études rapportant des résultats à
seulement 5 ans de recul demandent à être confirmées sur de plus
longs reculs.
Les récidives locales sont plus fréquentes après radiothérapie isolée
qu’après chirurgie seule ou association de chirurgie et de
radiothérapie.
Après radiothérapie isolée, le taux de
contrôle local est estimé à 70 à 80 % dans les lésions périphériques
et 60 % pour les lésions proximales.
Tous les auteurs s’accordent
sur la nécessité d’avoir des marges de résection larges.
Par exemple, selon Ozaki, après chirurgie seule, le taux de récidive
locale est de moins de 10 %, et si les marges de résection sont larges,
ce taux de récidive est d’environ 5 % contre 12 % en cas de marges
contaminées.
L’adjonction d’une radiothérapie à la chirurgie
permet d’améliorer le contrôle local mais dans des proportions
souvent peu significatives.
Le pronostic des récidives locales
(habituellement accompagnées de diffusion métastatique) est très
mauvais, avec moins de 10 % de survie à 5 ans, malgré les
traitements par chimiothérapie à hautes doses avec greffe de moelle.
Les récidives précoces ont encore plus mauvais pronostic
que celles survenant après 2 ans.
Le pronostic des récidives métastatiques reste mauvais, inférieur à
10 % de survie, sans seconde récidive à 5 ans.
Il est moins péjoratif
en cas de métastase pulmonaire unique qui peut être accessible à un
traitement chirurgical, et en cas de métastase tardive que de
métastase précoce.
En cas de récidive après une chimiothérapie
conventionnelle, le recours à une chimiothérapie à hautes doses
permettra peut-être d’améliorer le pronostic à long terme.
C - RÉSULTATS DES TRAITEMENTS ACTUELS
:
Nous avons déjà vu qu’avec les traitements récents, dont les
résultats peuvent être connus à 5 ou 10 ans de recul, le pronostic du
sarcome d’Ewing était de 65 à 70 % de survie sans récidive à 5 ans
dans les formes non métastatiques au départ, et d’environ 30 % de
survie sans récidive à 5 ans dans les formes métastatiques au départ.
D - COMPLICATIONS À DISTANCE DU TRAITEMENT
:
Les résultats à long terme dépendent aussi de la survenue de
complications directement liées aux traitements.
Un certain nombre
de décès sont imputables à la chimiothérapie, en particulier
défaillances cardiaques par cardiomyopathie progressive liée à la doxorubicine.
La surveillance tardive régulière de la fonction
cardiaque est nécessaire, en particulier au moment d’interventions
chirurgicales ou de grossesses.
Le retentissement sur la fertilité de la
chimiothérapie est inconstant.
Habituellement, la fertilité n’est pas
modifiée par les chimiothérapies conventionnelles à base
d’anthracyclines, de vincristine ou d’actinomycine, alors que les
chimiothérapies à hautes doses entraînent régulièrement une
stérilité.
Chez le garçon pubère, une cryopréservation de sperme
doit être proposée.
Une complication du traitement chirurgical des tumeurs des côtes
est l’apparition secondaire d’une scoliose, convexe du côté de la
résection.
Ces scolioses sont évolutives et entraînent un
retentissement respiratoire d’autant plus important qu’une
irradiation a été associée.
Les autres complications tardives de la
chirurgie n’ont rien de spécifique.
Les complications de l’irradiation, en particulier viscérales, ont déjà
été évoquées.
Certaines de ces complications sont désormais évitées.
D’autres complications sont plus particulièrement orthopédiques.
L’irradiation d’un cartilage de croissance va entraîner chez l’enfant
une stérilisation au moins partielle de celui-ci et son retentissement
est d’autant plus important que l’enfant est jeune.
Les
traitements de ces inégalités sont difficiles.
On peut recourir à des
allongements ou à l’épiphysiodèse du côté sain.
La correction des
déviations angulaires peut se faire par épiphysiodèse, avant la fin
de la croissance, ou par ostéotomie.
Les fractures en os irradié posent des problèmes liés à la sclérose
des parties molles avoisinantes et à la mauvaise consolidation de
l’os irradié.
La fracture est parfois le mode de révélation d’un
sarcome radio-induit et une biopsie est toujours nécessaire lors du
traitement d’une telle fracture.
L’incidence des sarcomes radio-induits est d’environ 6 à 10%,
20 ans après traitement du sarcome d’Ewing.
Ces lésions
secondaires radio-induites peuvent survenir très tardivement et leur
incidence élevée dans le sarcome d’Ewing paraît en partie liée aux
chimiothérapies associées et à des facteurs génétiques.
Conclusion
:
Le sarcome d’Ewing reste une maladie relativement rare.
Son
diagnostic repose actuellement sur l’histologie et sur les données de la
biologie moléculaire.
Son pronostic a été significativement amélioré
grâce aux thérapeutiques modernes.
Son traitement repose sur
l’association d’une chimiothérapie entourant la résection chirurgicale
complète de la tumeur.
La radiothérapie doit rester réservée à quelques
indications particulières en raison de ses complications.
Le but des
traitements actuels est de diminuer les séquelles directement liées aux
thérapeutiques dans les formes dites de bon pronostic et d’améliorer les
résultats du traitement des formes dites de mauvais pronostic, dont les
taux de survie restent actuellement décevants.