Fiche additive : Rhumatismes intermittents : démembrement des fièvres héréditaires périodiques, actualités Cours de l'appareil locomoteur
Fièvre méditerranéenne familiale
:
Elle débute avant l’âge de 20 ans dans 80 % des cas, avant 10 ans
dans 55 % des cas ; quelques cas peuvent survenir après 40 ans.
Elle
survient (mais non exclusivement) chez des Juifs sépharades ou
ashkénazes, des Arméniens, des Arabes du Moyen-Orient, des Turcs.
Mais l’affection est possible chez des sujets d’autre origine
méditerranéenne ou bien qui ne sont ni d’origine méditerranéenne,
ni juifs.
Les accès surviennent de façon brusque, en quelques heures,
éventuellement précédés de prodromes.
Les accès fébriles et
abdominaux sont pratiquement constants à un moment de
l’évolution.
La température s’élève à 38 ou 39 °C, voire 40 °C en
quelques heures, avec des frissons et elle se normalise en 12 à
36 heures, parfois quelques jours.
L’absence persistante d’accès
abdominaux fait reconsidérer le diagnostic de fièvre
méditerranéenne familiale selon Vinceneux et al.
De façon rapide,
la douleur, d’abord localisée, s’étend à tout l’abdomen, avec de la
fièvre et des signes locaux cliniques évoquant souvent une urgence
chirurgicale.
L’exceptionnelle rapidité d’installation de la fièvre et
des douleurs abdominales, la bonne conservation de l’état général,
la diffusion des douleurs au thorax et à la région lombaire sont des
éléments évocateurs de cette affection.
Les manifestations articulaires sont révélatrices dans 25 % des cas,
avec une atteinte préférentielle des genoux, chevilles et hanches.
Les
autres articulations peuvent toutefois être atteintes.
Le nombre total
d’articulations atteintes au cours de l’évolution est de trois à six.
La monoarthrite est fréquente, l’oligoarthite possible, la polyarthrite
rare.
La douleur articulaire est intense, à début brusque, pseudogoutteuse.
Elle augmente à la moindre mobilisation, avec
présence possible d’un gonflement transitoire, d’une rougeur si
l’articulation est superficielle.
Mais les signes inflammatoires locaux
peuvent manquer, contrastant avec l’intensité de la douleur.
Le
sommet de la crise est atteint en 2 à 3 jours et l’accès articulaire
régresse en 1 semaine environ (de 3 jours à plusieurs semaines), sans séquelle habituellement.
La fièvre disparaît avant la sédation des
douleurs.
Certains patients développent une forme chronique, en
particulier à la hanche.
Les patients en crise peuvent se plaindre de myalgies localisées ou
diffuses, avec ou non un gonflement des masses musculaires, une
contracture des muscles voisins de l’articulation.
Les patients peuvent développer aussi des accès pleuraux
unilatéraux se traduisant par une dyspnée douloureuse transitoire,
une péricardite, une orchite, une éruption douloureuse aux membres
inférieurs, en dessous des genoux avec une peau rouge, infiltrée,
ressemblant à un érysipèle et également au tronc, au visage avec
des placards cellulodermiques rouge vif ou encore d’autres lésions.
Une splénomégalie, une hépatomégalie sont possibles (en dehors de
l’amylose), ainsi que d’autres manifestations intermittentes
(méningite périodique aseptique ?).
En crise, la vitesse de sédimentation augmente à 30-40 mm à la
première heure, parfois 100 mm, avec une réponse de phase aiguë
se traduisant par une élévation de la protéine C-réactive, du
fibrinogène (en 1 à 3 jours), de la protéine SAA (en quelques heures,
suivie d’un plateau de 2 à 4 jours, puis d’une décroissance rapide en
quelques jours).
L’hyperleucocytose, parfois majeure, dure souvent
24 heures.
Un déficit de l’inhibiteur enzymatique du fragment C5a du système
du complément est retrouvé dans les liquides péritonéaux et
synoviaux.
L’intervalle libre entre les accès est variable, allant de quelques jours
à quelques années.
Les patients ayant une fièvre méditerranéenne familiale sont à risque
de développer une amylose AA.
Le gène de la fièvre méditerranéenne familiale appelé MEFE (deux
premières lettres des termes anglais mediterranean et fever) a été
identifié en 1997 par deux équipes indépendantes.
Il
comprend dix exons et code pour une protéine appelée pyrine ou
marenostrine.
Cette protéine fait partie de la famille des protéines RoRet, qui comprend aussi l’autoantigène Ra52 et la ret-fingerprotein.
La pyrine/marénostrine ne s’exprime apparemment que
dans les polynucléaires neutrophiles.
Différentes mutations portant
sur le gène MEFV ont été mises en évidence et leur recherche est
devenue un outil pour le diagnostic de la fièvre méditerranéenne
familiale.
D’autres gènes interviennent dans l’expression de la
maladie, sa gravité ou encore dans l’association avec une amylose
AA.
La colchicine, à la posologie quotidienne de 1 mg en une ou deux
prises (parfois 1,5 à 2 mg/j), prévient les accès dans la majorité des
cas et évite la constitution d’une amylose AA.
La corticothérapie
pourrait réduire l’évolution de certains accès lorsqu’elle est utilisée
précocement et à forte dose, mais avec un risque de rebond si elle
est utilisée au long cours lors des essais de sevrage.
Fièvre périodique avec hyperimmunoglobulinémie D
ou syndrome hyper-IgD :
Le syndrome hyper-IgD a été décrit en 1984 par Van der Meer et des
observations équivalentes faisaient aussi partie du travail de Prieur
en 1983.
La majorité des patients est décrite en Europe (origine
surtout néerlandaise et française), mais des cas sont rapportés sur
d’autres continents.
Cette fièvre périodique débute en règle générale
avant l’âge de 10 ans, le plus souvent dès la première année
(rarement chez l’adulte).
Les accès avec fièvre supérieure à 39 °C, arthralgies, arthrite,
apparaissent toutes les 4 à 8 semaines.
Des douleurs abdominales
intenses sont fréquentes, avec souvent une diarrhée, des nausées,
des vomissements.
L’examen retrouve des adénopathies inguinales,
axillaires et surtout cervicales, bilatérales, parfois une hépatosplénomégalie, et souvent une éruption maculaire ou
papulaire.
Le début des accès est brutal, mais les signes cliniques disparaissent
progressivement en quelques jours, parfois plusieurs semaines.
Les
signes articulaires peuvent se traduire par une oligoarthrite, souvent
symétrique, qui manque lors des premières crises.
Il n’y a pas de
périodicité.
Les accès péritonéaux sont rares et il n’y a pas d’accès
pleuraux.
Biologiquement, une réponse de phase aiguë est présente lors des
accès, et surtout le taux d’IgD est supérieur à 100 mU/mL ou encore
140 mg/L, à deux dosages à 1 mois d’intervalle.
Le taux d’IgA
sérique est souvent augmenté. Il n’y a pas de risque d’amylose.
La prédisposition au syndrome hyper-IgD est liée à des mutations
du gène codant pour la mévalonate kinase, située sur le
chromosome 12q24.
La mévalonate kinase intervient dans le
métabolisme du mévalonate, intermédiaire dans la voie de synthèse
du cholestérol (qui est en taux sérique normal ou légèrement
augmenté).
Le dosage de la mévalonate kinase lymphocytaire montre sa
diminution.
Ce déficit enzymatique n’est pas aussi profond que dans
une autre affection touchant cette enzyme, l’acidurie mévalonique,
liée à d’autres mutations du gène de la mévalonate kinase.
Des
études sur de grands nombres de patients ayant cliniquement et
biologiquement un syndrome hyper-IgD montrent que cette
anomalie n’est toutefois pas constante.
L’efficacité des anti-inflammatoires (anti-inflammatoires non
stéroïdiens, corticothérapie) est inconstante et partielle, de même que
celle de la colchicine.
L’efficacité parfois de la corticothérapie
pourrait être liée à une action via le facteur nucléaire de
transcription Kappa B (NF-KB).
Le TRAPS réalise une fièvre héréditaire intermittente à transmission
dominante liée à des mutations documentées du récepteur de type
1A du tumor necrosis factor (TNF).
Il englobe la fièvre hibernienne
familiale décrite en 1982 dans une famille irlando-écossaise (et
d’autres cas plus anciens).
L’origine ethnique des patients est assez
complexe : sujets de l’Europe du Nord, mais non exclusivement.
Une
observation vient d’être rapportée chez un enfant arabe israélien.
L’âge de début est variable, souvent précoce.
Les accès fébriles et douloureux durent en général plus de
1 semaine.
Les douleurs abdominales sont quasi constantes, les
douleurs thoraciques possibles (pleurodynie), de même que des
douleurs testiculaires.
Les myalgies sont fréquentes, touchant un
groupe musculaire à la fois, volontiers à la racine d’un membre
supérieur ou inférieur, avec gonflement, sensibilité, augmentation
de la chaleur locale ; la peau est érythémateuse en regard, avec un
oedème « prenant le godet », un flessum des articulations proches,
transitoires, un épanchement articulaire.
Les myalgies, l’érythème,
la raideur articulaire progressent vers la région distale du membre
en quelques jours ou semaines chez la majorité des patients, avec
régression sans séquelles. L’éruption cutanée paraît épargner le
visage.
Mais un oedème périorbitaire unilatéral ou une conjonctivite
sont possibles.
Il n’y a pas de signes cutanés histologiques de vascularite, mais un aspect d’infiltrat périvasculaire fait de
lymphocytes et de monocytes.
Les arthralgies sont présentes chez environ deux tiers des patients
pendant les poussées, soit monoarticulaires, soit oligoarticulaires,
surtout aux genoux, aux épaules, aux coudes, aux hanches ou encore
aux doigts, aux poignets, aux articulations temporomandibulaires.
Des facteurs déclenchent des accès : un traumatisme, une infection
bénigne.
Les intervalles libres d’accès sont variables : plusieurs mois
ou années.
Les patients ont un risque de développer une amylose
AA, en particulier rénale, hépatique.
Le dosage du récepteur soluble du TNF pendant un accès
inflammatoire montre des valeurs normales ou basses, alors que la
concentration du TNF est augmentée.
Le taux des IgA est possiblement élevé. L’analyse de l’acide désoxyribonucléique (ADN)
génomique confirme typiquement une mutation du gène
TNFRSF1A, sur le chromosome 12p13.
Les anomalies génétiques
donnent des mutations faux-sens affectant les domaines
extracellulaires du récepteur TNFRSF1A portant sur les cystéines qui
sous-tendent sa structure spatiale.
Le TRAPS est la situation où l’on
a reconnu pour la première fois une mutation naturelle du récepteur
du TNF.
Dans certains cas, la symptomatologie est très évocatrice
du TRAPS, mais on ne retrouve pas l’une des mutations attendues,
ce que McDermott appelle le TRAPS négatif.
La colchicine ne prévient pas les accès ; son action sur la prévention
d’une amylose AA n’est pas démontrée dans le TRAPS. Les
corticoïdes sont efficaces.
Ils diminuent la sévérité et la durée des
accès inflammatoires qui peuvent durer plusieurs semaines et dans
certains cas devenir subintrants.
L’étanercept, protéine de fusion
comportant le récepteur TNFRSF1A, thérapeutique proposée dans
le TRAPS sur une base pathogénique, nécessite des études
complémentaires.
Syndrome de Mückle et Wells
et urticaire au froid familiale
:
Le syndrome de Mückle et Wells a été décrit en 1962 dans une
famille anglaise.
Il comporte une urticaire, une surdité
neurosensorielle progressive, des arthralgies ou arthrites
intermittentes, un risque d’amylose, en particulier rénal.
Il est inclus
dans les fièvres récurrentes autosomiques dominantes, comme le TRAPS.
L’anomalie génétique porte sur le site chromosomique 1q44
(gène CIAS1).
Les anti-inflammatoires n’ont pas une efficacité
spectaculaire.
On en rapproche l’urticaire au froid familiale, à transmission
autosomique dominante, décrite pour la première fois en 1940, débutant dans la petite enfance.
Elle se traduit par une
urticaire survenant quelques heures après une exposition au froid et
d’autres manifestations : articulations gonflées, douloureuses,
frissons, fièvre, conjonctivite, évoluant par accès, avec un risque
d’amylose.
Ce rapprochement est lié à la découverte de la
localisation du gène impliqué (CIAS1) sur le chromosome 1, en
1q44.
La protéine correspondante a des régions homologues à
celle de la pyrine/marénostrine et est appelée cryopyrine.
Une observation assez proche a été décrite dans une famille du nord
de l’Inde avec début précoce, fièvre intermittente, durant plus de
1 semaine, urticaire, oedème périorbitaire, arthralgies modérées à
sévères, réponse de phase aiguë importante en crise, risque
d’amylose AA, réponse à la colchicine et site chromosomique
impliqué dans la région 1q44.
Informations sur d’autres
rhumatismes intermittents :
Par rapport au travail de 1996, certaines avancées sont également
importantes.
D’autres affections sont isolées chez l’enfant.
L’arthrite récurrente
familiale (familial recurrent arthritis), proche du « PAPA syndrome »
(Pyogenic sterile Arthritis, Pyoderma gangremosum, and severe cystic
Acne), comporte des arthrites purulentes stériles récidivantes
(apparaissant entre 1 et 16 ans), des lésions de pyoderma
gangrenosum, une acné kystique sévère, avec un gène en cause
possiblement localisé en 15q22-24.
Le syndrome de Marshall
se traduit, à partir de l’âge de 3 ans, par des accès avec fièvre à
40 °C, des frissons intenses, une pharyngite, des adénopathies
cervicales volumineuses, des aphtes buccaux et parfois des douleurs
abdominales, des arthralgies, durant 5 jours, avec une vraie
périodicité de 4 à 9 semaines.
Une réponse de phase aiguë est
présente pendant les crises.
Des prodromes peuvent annoncer les
accès : asthénie, céphalées, dysphagie, anorexie.
La guérison survient
avant 15 ans.
Chez l’adulte, Amor et al décrivent ce qu’ils appellent le syndrome
de Flory, qui rassemble des patientes ayant volontiers une forme
intermittente d’un rhumatisme inflammatoire non classé et ayant la
particularité de se manifester par des épanchements synoviaux à
prédominance lymphocytaire et surtout peu riches en polynucléaires
neutrophiles.
Un travail semble démontrer une efficacité des antimalariques au
cours du rhumatisme palindromique pour éviter une évolution vers
une polyarthrite rhumatoïde ou une autre connectivite.
Il n’y a
pas de travaux récents concernant l’hydarthrose périodique.
Le
recours dans la maladie de Whipple à la technique de polymerase
chain reaction (PCR) pour la mise en évidence de Tropheryma
whippelii permet des diagnostics de cette affection dans des
situations cliniques difficiles, dans l’attente d’un sérodiagnostic
en cours de validation.
Les patients ayant une vascularite
urticarienne associée à une normocomplémentémie ont une
probabilité faible d’avoir un lupus érythémateux disséminé par
rapport à ceux ayant une hypocomplémentémie (3 % versus 54 %).
Conclusion :
Les règles d’or face à un rhumatisme
intermittent précisées antérieurement restent valides.
Il est sans
doute utile sur le long terme de contrôler les tests d’inflammation,
quand le patient est en période sans manifestation clinique évidente, en
particulier s’il existe dans l’affection en cause un risque d’évolution
vers une amylose.
Le grand bouleversement actuel dans le démembrement des
rhumatismes intermittents d’origine génétique, principalement dans le
domaine des fièvres périodiques héréditaires, invite à centraliser les
recherches ADN dans des centres hyperspécialisés, à la fois pour
confirmer les anomalies génétiques qui sont déjà pour certaines une aide
diagnostique, mais aussi pour se mettre dans les meilleures conditions
de nouvelles découvertes.