Rhinites hypertrophiques (Suite)
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
Étiologies
:
A - Rhinites infectieuses
:
Une hypertrophie de la muqueuse des cornets inférieurs est souvent
rencontrée dans les rhinites infectieuses aiguës.
Elle est en règle générale
transitoire et disparaît au décours de l’évolution, le plus souvent favorable, de
cette rhinite volontiers virale.
Les rhinites infectieuses chroniques sont le plus fréquemment atrophiques,
en rapport avec des pathologies spécifiques.
B - Rhinites inflammatoires :
1- Rhinites allergiques :
* Rhinites saisonnières :
Les principaux allergènes responsables de rhinite saisonnière sont les pollens
et appartiennent à trois grandes catégories : les graminées, les arbres et les
herbacées.
On peut les distinguer en fonction de leur période d’apparition
dans l’atmosphère.
Schématiquement, les périodes polliniques peuvent être
séparées en trois phases :
– la grande saison de mai et juin correspond essentiellement aux pollens de
graminées ;
– les arbres pollinisent plus précocement en février-mars et avril ;
– la postsaison pollinique est liée aux herbacées.
La pollinisation des différentes espèces est variable qualitativement et
quantitativement en fonction des régions, il est donc indispensable de
connaître le calendrier pollinique concernant sa région.
Une
symptomatologie saisonnière en dehors de la période printannière n’exclut
donc pas une allergie.
Plus rarement, une rhinite allergique peut être liée à
certaines moisissures apparaissant de façon périodique dans l’atmosphère
(Alternaria en fin d’été par exemple).
* Rhinites perannuelles :
Les principaux allergènes responsables de la rhinite allergique perannuelle
sont :
– les acariens de la poussière de maison, dont les plus fréquents sont du genre dermatophagoïdes ;
– les protéines animales dérivées de la peau, des phanères, de la salive, de
l’urine et des matières fécales.
Sont surtout en cause : le chat, à un degré
moindre le chien, mais aussi le cheval et les petits rongeurs type hamster,
cobaye, souris, lapin...
Plus récemment, il a été mis en évidence le rôle
allergisant des blattes, qui participent à la constitution antigénique de la
poussière de maison ;
– les moisissures du domicile peuvent aussi être responsables de rhinites
allergiques ;
– beaucoup plus exceptionnellement, des allergènes alimentaires ou
médicamenteux peuvent être responsables d’une rhinite allergique.
* Rhinites d’origine alimentaire :
En matière d’allergènes alimentaires, deux situations sont possibles :
– les allergènes alimentaires atteignent directement la muqueuse nasale par
voie aérienne.
C’est une éventualité exceptionnelle, mais des sujets peuvent
présenter des symptômes lors de l’épluchage de fruits ou de légumes ou en
cas d’exposition professionnelle à des protéines alimentaires : farine de blé
ou de soja, par exemple ;
– l’ingestion d’un aliment peut parfois entraîner des signes de rhinite, mais il
est alors rare que ceux-ci restent isolés.
Le plus souvent des manifestations
générales (urticaire, asthme, oedème de Quincke, voire choc anaphylactique)
sont associées et dominent le tableau clinique.
Ce type de réaction s’observe
surtout chez certains patients sensibilisés à certains pollens.
La véritable
allergie alimentaire ne provoque donc que rarement de rhinite isolée et
d’autres organes sont invariablement impliqués.
* Rhinites allergiques professionnelles :
La caractéristique commune à toutes les rhinites allergiques professionnelles
est l’amélioration, voire la disparition de la symptomatologie clinique en
période de repos.
Plusieurs tableaux du régime général concernent les affections respiratoires
de mécanisme allergique incluant les rhinites.
Les principaux agents
concernés sont : le chrome, le nickel, les pénicillines, les céphalosporines, le
formol, le bois, les isocyanates organiques, les enzymes, le méthacrylate de
méthyl.
La rhinite du boulanger à la farine de blé peut être prise en charge si
elle est bien documentée.
Un test de provocation nasale est nécessaire pour confirmer le lien de causalité
entre la maladie et l’exposition professionnelle.
Une augmentation de plus de
50 % des résistances nasales à la rhinomanométrie après exposition
allergénique semble nécessaire pour affirmer le diagnostic.
Ces rhinites coexistent souvent avec un asthme professionnel.
2- Rhinites non allergiques :
* Rhinite à éosinophiles :
La rhinite non allergique à éosinophiles (NARES), décrite en 1980 par Mullarkey et en 1981 par Jacobs, constitue à l’heure actuelle une entité
clinique bien définie.
Il s’agit d’une rhinite sans facteur allergique
déclenchant retrouvé, se caractérisant par la présence d’une hyperéosinophilie
dans les sécrétions nasales, le taux de polynucléaires éosinophiles atteignant
au moins 20 % du total des leucocytes présents dans les sécrétions nasales.
L’âge du début des symptômes se situe vers 20 à 40 ans, avec une
prédominance féminine.
À côté des antécédents familiaux (notion d’asthme tardif, de polypose nasale,
d’intolérance à l’aspirine), la particularité clinique de cette rhinite est
l’association à l’obstruction nasale de troubles de l’olfaction dans environ
60 % des cas.
Dans 50 % des cas, un facteur de stress est retrouvé lors du
déclenchement de cette rhinite.
L’évolution est souvent longue et capricieuse.
Elle constituerait pour certains un état préliminaire à l’apparition d’une polypose, voire d’un véritable syndrome de Fernand Widal.
Elle est
caractérisée par la négativité du bilan allergique (anamnèse, tests cutanés,
tests de provocation) et la présence d’une éosinophilie sécrétoire à des taux
supérieurs à 20 % sur deux prélèvements successifs.
Aucun élément tiré de
l’examen endoscopique n’est spécifique, car tous les aspects endoscopiques
sont possibles.
* Rhinites par intolérance chimique :
Les rhinites par intolérance chimique (médicaments, aliments, boissons) font
intervenir des mécanismes non IgE-dépendants.
De nombreux médicaments
peuvent être responsables de rhinites : réserpine, guanéthidine, phentolamine,
méthyldopa, inhibiteurs de l’enzyme de conversion, alphabloquants, bêtabloquants
ophtalmiques locaux, chlorpromazine, aspirine, antiinflammatoires
non stéroïdiens, contraceptifs oraux.
Des mets épicés, l’alcool, des additifs alimentaires peuvent aussi provoquer,
lors de leur absorption, des symptômes rhinitiques, au premier rang desquels
se trouve l’obstruction nasale.
Le mécanisme de ce type de rhinite n’est
pas allergique mais passerait par la stimulation au niveau de la muqueuse
nasale des voies cholinergiques à partir des différents récepteurs.
* Rhinites médicamenteuses :
L’utilisation prolongée de vasoconstricteurs à usage nasal peut dans certains
cas aboutir à la formation d’une véritable rhinite hypertrophique se
manifestant essentiellement par une obstruction nasale.
* Rhinites hormonales :
Des perturbations hormonales sont retrouvées dans certaines formes de
rhinite, notamment chez la femme :
– la rhinite en période menstruelle ou rhinite cataméniale ;
– la rhinite de la femme enceinte : l’obstruction nasale est au premier plan
avec, à l’endoscopie nasale, une infiltration oedémateuse de la muqueuse du
cornet inférieur.
Cette rhinite disparaît en général à l’accouchement.
La
rhinite pendant la grossesse peut s’expliquer par plusieurs facteurs :
l’élévation des taux plasmatiques de progestérone et d’oestrogènes (bien que
le rôle de ces deux hormones ne soit pas clairement établi dans l’apparition
d’une obstruction nasale), le déséquilibre du système nerveux autonome,
l’augmentation du volume des fluides extravasculaires, le stress émotionnel
et physique ;
– la rhinite survenant à la ménopause.
* Rhinite « vasomotrice » :
Le terme « vasomotrice » est impropre.
En effet, toute pathologie
inflammatoire de la muqueuse nasale est vasomotrice.
L’étiologie exacte de
ce type de rhinite est encore inconnue.
Les termes de rhinite inflammatoire
idiopathique ou essentielle seraient plus adéquats.
Sur le plan clinique, l’hyperréactivité nasale associant obstruction nasale, rhinorrhée, éternuements, est en général isolée.
Les signes cliniques peuvent
être dissociés en fonction du terrain.
L’évolution est souvent capricieuse
malgré le traitement.
Il existerait dans ce type de rhinite, un terrain
d’hypersympathicotonie, avec souvent un facteur psychogène surajouté :
stress, émotivité, difficultés relationnelles.
C - Rhinopathies non inflammatoires
:
Elles sont, le plus souvent, uniquement obstructives, liées à des facteurs
anatomiques morphologiques, à des causes malformatives congénitales ou à
des causes tumorales.
Cependant, atteinte inflammatoire de la muqueuse
nasale et facteurs morphologiques sont souvent intriqués.
Parmi les facteurs morphologiques citons la valve nasale, la déviation septale
et l’hypertrophie osseuse des cornets inférieurs.
Traitements :
A - Mesures d’hygiène de vie :
1- Éviction allergénique :
C’est la base du traitement antiallergique, lorsqu’elle est possible.
Elle est
bien évidemment impossible en cas de rhinite allergique pollinique, bien que
l’on puisse conseiller au patient d’éviter certaines situations au cours
desquelles l’exposition allergénique est massive.
L’éviction est totalement
possible dans le cas de rhinites allergiques professionnelles par la suppression
de l’allergène en cause, soit par une réorientation professionnelle, soit par une
amélioration des conditions de travail.
Le port d’un masque peut parfois être
utile.
Dans le cas d’allergènes perannuels comme les acariens, l’éviction doit être
proposée, bien que parfois difficile à mettre en oeuvre.
Ces mesures d’éviction sont un préalable avant toute désensibilisation.
2- Mouchage
:
C’est une mesure essentielle d’hygiène des cavités nasales.
Il doit être réalisé
d’un côté puis de l’autre, en obstruant la fosse nasale au repos, à l’aide du
pouce appliqué sur l’aile du nez.
Cette manoeuvre ne doit pas être brutale et il
faut éviter les hyperpressions qui peuvent être préjudiciables pour l’oreille
moyenne ou pour le sinus.
Le simple mouchage peut être répété mais ne
permet en général de désencombrer que la partie proximale des fosses nasales.
Il est parfois nécessaire d’instiller du sérum physiologique pour mobiliser les
sécrétions.
3- Lavages des fosses nasales
:
Certaines études cliniques ont montré les effets bénéfiques de lavages
réguliers des fosses nasales avec un soluté physiologique.
Les lavages
permettent le drainage des sécrétions, diminuent la stase, évacuent les
particules irritantes et augmentent le mouvement ciliaire.
Ils peuvent être
réalisés au sérum physiologique isotonique à 9 pour 1 000, à l’aide de
certaines solutions isotoniques disponibles en préparations commerciales, ou
de solutions physiologiques hypertoniques.
Ils doivent être réalisés selon une technique rigoureuse : debout, la tête
penchée au dessus d’un lavabo, alternativement du côté droit puis du côté
gauche. Le lavage doit se terminer par un mouchage.
B - Traitements médicaux :
1- Traitements locaux
:
* Corticoïdes :
La corticothérapie locale par voie nasale constitue une modalité
d’administration de choix dans l’obstruction nasale, car les corticoïdes sont
administrés directement sur le lieu de la réaction inflammatoire et diminuent
le taux de cellules inflammatoires dans la muqueuse nasale.
Ces produits
ne présentent aucun effet secondaire systémique, peu ou pas d’effets
secondaires locaux et une activité locale puissante du fait de leurs
caractéristiques pharmacocinétiques : faible biodisponibilité systémique,
demi-vie sérique courte, métabolisation hépatique intense et rapide en
métabolites inactifs.
La différence entre les doses thérapeutiques (800-1 600 µg) et celles
susceptibles d’entraîner des effets hormonaux (doses supérieures ou égales à
8 000 µg/j), ainsi que l’inactivation métabolique des corticoïdes locaux
expliquent l’absence d’effets indésirables.
L’effet significatif des corticoïdes
peut s’installer plus ou moins rapidement selon les patients : de quelques
heures en général à quelques jours parfois.
Le traitement doit être poursuivi
quelques semaines après avoir obtenu un effet thérapeutique car
l’inflammation peut récidiver lors de traitements de courte durée.
Des
effets secondaires locaux mineurs, le plus souvent transitoires, peuvent se
voir : picotements de nez, sécheresse nasale, épistaxis, paresthésies
pharyngées.
Ceux-ci surviennent en général en début de traitement et ont
tendance à disparaître ensuite.
Ces effets secondaires sont variables en
fonction du support d’administration (aérosol, spray, solution aqueuse).
Les
corticoïdes locaux n’entraîneraient pas d’atrophie de la muqueuse nasale, et
ce même lors d’une prescription au long cours.
+ Rhinites chroniques allergiques :
La corticothérapie locale est actuellement prescrite en première intention,
le plus souvent en association avec les antihistaminiques.
Elle est
volontiers administrée préventivement avant la saison pollinique, en cas de
rhinite allergique périodique, pour empêcher l’amorçage de la réaction
allergique et inflammatoire.
Les corticoïdes agissent sur tous les
symptômes de la rhinite allergique y compris sur l’obstruction nasale, mal
contrôlée par tous les autres traitements médicaux.
+ Rhinites chroniques non allergiques :
Le traitement du NARES repose sur la corticothérapie locale mais il
semblerait que les posologies nécessaires soient plus élevées et la durée du
traitement plus longue que dans les autres formes de rhinite.
Le traitement des rhinites par intolérance chimique (médicaments, aliments,
boissons) repose en premier lieu sur l’éviction de la substance en cause,
lorsque celle-ci est possible.
Il en est de même pour les rhinites iatrogènes par
abus de vasoconstricteurs locaux où le sevrage est parfois difficile.
L’efficacité des corticoïdes locaux n’a pas été démontrée dans ce type de
rhinite.
Le traitement des rhinites de cause hormonale (grossesse, période
prémenstruelle) repose aussi sur la corticothérapie locale, celle-ci n’étant pas
contre-indiquée pendant la grossesse.
Dans les rhinites idiopathiques à prédominance sécrétoire, les corticoïdes
locaux n’ont pas d’indication.
Dans les formes à prédominance obstructive,
la corticothérapie locale donne des résultats inconstants.
En cas d’échec, des
gestes de réduction turbinale peuvent être proposés.
* Antihistaminiques :
Les antihistaminiques locaux comme l’azélastine ou la lévocabastine peuvent
être utilisés dans le traitement des rhinites allergiques, sans effets secondaires
systémiques.
Leur efficacité semble comparable à celle des
antihistaminiques par voie générale.
* Anticholinergiques :
Le bromure d’ipratropium (Atroventt) est un anticholinergique local dont
l’indication est la rhinorrhée acqueuse ou séromuqueuse.
Il ne présente pas
les contre-indications des anticholinergiques par voie générale.
Il a peu ou pas
de rôle dans le contrôle vasculaire et n’a donc aucun effet sur la congestion
nasale.
Il n’a pas d’influence sur les terminaisons nerveuses sensitives et
n’a donc pas d’effet sur le prurit nasal ou les éternuements.
* Antidégranulants :
Le chromoglycate de sodium diminue le prurit nasal, les éternuements,
l’hypersécrétion et l’obstruction nasale lorsqu’il est utilisé de manière
prophylactique dans les rhinites allergiques.
Il est essentiellement prescrit
chez l’enfant.
* Vasoconstricteurs :
On peut classer les vasoconstricteurs en deux familles : les dérivés aminés qui
stimulent préférentiellement les récepteurs alpha1 (phenylnéphrine,
éphédrine...) et les dérivés imidazolés qui stimulent préférentiellement les
récepteurs alpha2 (oxymétazoline, xylométazoline, naphazoline...).
Ces
derniers sont le plus souvent utilisés.
De nombreuses spécialités associent aux
vasoconstricteurs d’autres principes actifs : corticoïde, antibactérien, mucolytique...
Aucune de ces associations thérapeutiques n’est validée.
Les contre-indications classiques sont le glaucome par fermeture de l’angle
et les risques de rétention urinaire par trouble urétroprostatiques.
Leur
utilisation est par ailleurs contre-indiquée chez l’enfant de moins de 12 ans.
Le risque de rhinite médicamenteuse fait déconseiller l’administration de
vasoconstricteurs locaux pour une période de plus de 7 à 10 jours.
Plusieurs mécanismes pourraient expliquer le phénomène rebond lié à
l’utilisation des vasoconstricteurs :
– ils entraînent une vasoconstriction locale intense avec ischémie tissulaire
responsable d’une libération de substances vasodilatatrices, induisant un
oedème tissulaire persistant après la durée d’action du vasoconstricteur ;
– même si la stimulation bêta est discrète, elle persiste plus longtemps que la
stimulation alpha, induisant une vasodilatation et donc une congestion
muqueuse ;
– la prise prolongée de sympathicomimétiques aurait pour conséquence une
augmentation de l’activité du système parasympathique qui est
vasodilatateur.
Ils ont un fort pouvoir décongestionnant.
Ils agissent rapidement en quelques
minutes mais leur durée d’action est assez brève.
Ils diminuent l’obstruction
nasale mais n’ont qu’un faible effet sur le prurit, les éternuements ou la rhinorrhée.
2- Traitements généraux
:
* Corticoïdes :
Les corticoïdes peuvent être prescrits dans l’obstruction nasale pour leur effet
anti-inflammatoire et/ou pour leur effet antiallergique.
Ils agissent à toutes les
phases de la réaction inflammatoire : vasculaire, cellulaire et cicatricielle.
Contrairement à la voie locale, la voie générale a pour cible la muqueuse des
voies aériennes supérieures (fosses nasales et sinus) dans sa totalité.
Il
n’existe que très peu de publications faisant état de travaux concernant les
indications, les modalités d’administration et les résultats de la
corticothérapie par voie générale dans l’obstruction nasale.
La corticothérapie injectable retard n’a aucune indication dans les rhinites en
raison des effets secondaires majeurs liés à la diminution de la sécrétion du
cortisol endogène pendant plusieurs semaines.
Il existe d’importantes
variations interindividuelles sur le plan métabolique qui rendent compte de
l’imprécision de la dose administrée.
Son efficacité importante conduit
souvent à une demande de répétition des injections de la part des patients,
source de complications.
La corticothérapie orale est actuellement prescrite le plus souvent en cure
courte.
Ceci permet de tirer bénéfice de l’action des corticoïdes sans que
n’apparaissent leurs effets secondaires.
En particulier, la cure courte respecte
l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, respecte le métabolisme
phosphocalcique, assure une bonne tolérance digestive et ne modifie ni le
métabolisme glucidique, ni le métabolisme hydrosodé chez un sujet sans
antécédent.
Les corticoïdes généraux en cure courte ne se conçoivent qu’en cas de rhinite
allergique sévère ou pour passer un cap aigu, lorsque les autres thérapeutiques
sont inefficaces.
Ils ne doivent en aucun cas être envisagés comme traitement
permanent.
* Antihistaminiques :
Le principal mode d’action des antihistaminiques est le blocage des
récepteurs H1 de l’histamine.
Ainsi ils réduisent efficacement le prurit nasal,
les éternuements et l’hydrorrhée, mais ont peu d’effet sur l’obstruction nasale.
Les antihistaminiques ont aussi des propriétés d’action au niveau du système
nerveux central et du système nerveux autonome, ce qui explique les
propriétés sédatives.
Toutefois, les antihistaminiques récents ont des effets
centraux et des effets anticholinergiques réduits.
Il est cependant parfois
intéressant, dans le cadre des perturbations neurovégétatives de la rhinite
vasomotrice, d’utiliser des antihistaminiques avec action centrale et anticholinergique.
Les antihistaminiques sont indiqués dans le traitement symptomatique des
rhinites allergiques.
Leur efficacité moindre sur l’obstruction nasale explique
qu’ils sont en général insuffisants en traitement de longue durée et nécessitent
l’association d’une autre thérapeutique.
Afin de prévenir l’apparition,
toujours possible, d’effets secondaires lors de l’utilisation au long cours, il
faut choisir la molécule antihistaminique la plus sélective avec le moins
d’effets centraux.
La perte d’efficacité clinique avec l’utilisation au long
cours des antihistaminiques a parfois été rapportée.
C - Traitements chirurgicaux :
1- Turbinoplasties :
*
Luxation latérale des cornets inférieurs
:
Elle est réalisée à la spatule de Freer ou au spéculum de Killian.
Elle était très
en vogue au temps où le dogme était à l’abstention chirurgicale sur le cornet
inférieur.
Elle est indiquée dans les hypertrophies osseuses du cornet inférieur
et n’est efficace qu’en l’absence de pathologie muqueuse.
Le repositionnement
des cornets vers la cloison est rapporté par plusieurs auteurs avec
des résultats aléatoires à long terme.
Elle est le plus souvent effectuée en
association à une septoplastie, en fin du temps opératoire.
* Résection sous-muqueuse des cornets inférieurs
:
Elle représente une alternative à la turbinectomie totale du fait de la
conservation de la muqueuse et de ses fonctions mucociliaires.
L’intervention s’effectue sous anesthésie générale et les descriptions qui ont
été publiées font état de l’utilisation du microscope.
En effet, ce geste semble
plus difficile sous guidage optique.
Après infiltration de la muqueuse, l’incision est menée d’avant en arrière au
bord inférieur du cornet inférieur, jusqu’au contact osseux.
Le décollement
s’effectue au contact du périoste et est réalisé sur les faces supérieure et
inférieure de l’os turbinal.
L’os est ensuite fracturé et peut être réséqué sans
lésion muqueuse.
Les lambeaux supérieur et inférieur sont alors accolés et
maintenus en dehors par un méchage.
Les résultats semblent intéressants, mais peu de séries sont publiées.
* Électrocoagulation sous-muqueuse des cornets inférieurs
:
Elle est réalisée sous anesthésie générale ou pour certains sous anesthésie
locale, et utilise une pointe coagulante de chirurgie endonasale.
Introduite à
la partie antérieure du cornet, la pointe longe le squelette osseux jusqu’à la
queue du cornet inférieur.
En se retirant, la pointe coagulante en action
coagule le chorion et les plexus caverneux de la muqueuse du cornet inférieur.
Outre le risque d’hémorragie postopératoire, le risque de nécrose ischémique
de l’os turbinal est mis en avant par certains auteurs.
En France cette
technique a été décrite et utilisée par Frèche.
* Cautérisation chimique :
Elle consiste en un badigeonnage au porte-coton, sous anesthésie locale,
d’une solution caustique : acide chromique, acide trichloracétique ou nitrate
d’argent, sur la muqueuse des cornets inférieurs, de manière à obtenir une
fibrose associée à une diminution de la vascularisation superficielle de la
muqueuse.
La principale complication de cette technique est l’apparition de
synéchies entre le cornet inférieur et la cloison.
Elle tend à être supplantée
par la cautérisation électrique bipolaire ou la vaporisation au laser.
* Diathermocoagulation bipolaire
:
Elle est réalisée sous anesthésie locale à l’aide de l’électrode bipolaire de Bourdial.
L’électrode bipolaire est préférable à l’électrode monopolaire, dont
le risque de diffusion est plus important. Son but est de réduire la
vascularisation turbinale.
Le temps de contact et l’intensité du courant sont
ajustés pour obtenir un blanchiment, et non une carbonisation de la muqueuse
du cornet inférieur.
Le même résultat peut être obtenu avec une cautérisation
électrique bipolaire.
Les soins postopératoires sont représentés par des
lavages au sérum physiologique et une corticothérapie locale pendant
15 jours.
* Cryothérapie :
Elle utilise une sonde d’azote liquide à -180 °C que l’on applique sur la
muqueuse turbinale pendant 2 ou 3 minutes.
L’encombrement du matériel et
l’absence d’étude scientifique font que cette technique n’est, à l’heure
actuelle, plus guère utilisée.
Toutefois, Bumsted a rapporté une étude réalisée
sur 50 patients présentant une rhinite chronique vasomotrice sans facteur
morphologique surajouté et résistante aux différents traitements médicaux et
à la cautérisation chimique.
La cryothérapie a permis une disparition de
l’obstruction nasale dans 92 % des cas et une amélioration nette de celle-ci
dans 8 % des cas, avec un suivi minimal de 2 ans.
L’auteur pense qu’une
sélection stricte des patients couplée à une technique rigoureuse permettent
d’obtenir de tels résultats.
* Laser :
Différents types de laser ont été utilisés dans la chirurgie des cornets
inférieurs : CO2, KTP, YAG, et plus récemment l’holmium-YAG.
La vaporisation au laser de la muqueuse des cornets inférieurs est une des
alternatives thérapeutiques dans le traitement des rhinites chroniques
hypertrophiques, quelle que soit l’étiologie.
Le but est le même que celui des
cautérisations : obtenir un blanchiment puis une rétraction durable de la
muqueuse turbinale inférieure.
Elle est proposée en cas d’échec d’un
traitement médical bien conduit.
La plupart des auteurs ont montré l’efficacité
de cette méthode, avec une amélioration des symptômes obstructifs
dans 60 à 85 % des cas.
2-
Turbinectomies :
La turbinectomie inférieure ne représente qu’une étape dans la prise en charge
thérapeutique des patients alléguant une obstruction nasale chronique.
Pour certains, elle peut être proposée devant une obstruction nasale chronique
isolée, chez un patient ne présentant pas de rhinosinusite chronique, pas de
manifestations allergiques respiratoires, pas d’éosinophilie sécrétoire nasale,
pas d’asthme associé.
Pour la plupart des auteurs, l’indication de la turbinectomie inférieure ne se
pose que lorsque l’obstruction nasale n’est plus contrôlée par le traitement
médical général et local bien conduit.
Pour Romanet, le patient doit être gêné
continuellement depuis au moins 12 mois, et avoir été traité médicalement
sans succès.
Ceci repésente, pour la majorité des auteurs, environ 10 % des
patients.
La turbinectomie ne s’adresse qu’au symptôme obstruction nasale, elle ne
dispense donc pas des traitements ultérieurs habituels des autres symptômes
de l’hyperréactivité nasale.
Un défaut de prise en charge pré-, per- et
postopératoire, peut rendre compte de certains échecs de turbinectomie.
Le bilan préopératoire est le bilan classique réalisé avant toute intervention
chirurgicale avec en plus, pour certains, le dépistage systématique de troubles
mineurs de la crase sanguine par la réalisation d’un temps de saignement.
L’intervention chirurgicale peut être réalisée sous anesthésie locale,
locorégionale ou générale.
Elle est réalisée sous guidage endoscopique ou, pour certains, sous
microscope.
Différentes techniques de turbinectomies inférieures ont été décrites, en
fonction de la quantité de cornet réséqué.
Sont à retenir : la turbinectomie
inférieure totale, la turbinectomie inférieure partielle, la turbinectomie
antérieure.
* Turbinectomie inférieure totale
:
Elle consiste à réséquer la totalité du cornet inférieur en le sectionnant au ras
de son attache supérieure.
Cette section doit être franche, en monobloc, et une
attention particulière doit être apportée au niveau de la queue du cornet
inférieur.
* Turbinectomie inférieure partielle
:
Elle consiste à laisser en place une partie plus ou moins importante de
l’attache supérieure du cornet inférieur, tout en réalisant une exérèse totale
du cornet inférieur dans sa longueur.
La section du cornet inférieur
est menée aux microciseaux, d’avant en arrière, en attaquant perpendiculairement
la tête du cornet et en s’efforçant de rester parallèle au bord
libre.
Cette section préalable du squelette osseux avant exérèse du cornet
évite toute manoeuvre d’arrachement, source d’hémorragie et de croûtes
postopératoires.
Certains réalisent ensuite une hémostase soigneuse du lit
d’exérèse à l’aide de la pince bipolaire de Dessi, en apportant un soin
particulier au niveau de la queue du cornet, d’où fait issue l’artère turbinale
inférieure.
Pour d’autres, il faut éviter les coagulations excessives, sources
de nécrose.
* Turbinectomie antérieure
:
Elle consiste en une résection de la tête du cornet inférieur après luxation
interne des 2 premiers centimètres de cornet inférieur.
L’appréciation des résultats des différentes séries de la littérature est difficile
car :
– la technique de turbinectomie utilisée varie en fonction des équipes ;
– la turbinectomie est souvent associée à un geste septal ou sinusien ;
– dans la plupart des équipes, les résultats sont analysés sur les seules
données subjectives.
Au vu des différentes séries de la littérature, il apparaît que la turbinectomie
inférieure est une technique efficace face à l’obstruction nasale fonctionnelle.
Le pourcentage d’amélioration de la perméabilité nasale varie en effet de 80
à 100 %selon les auteurs.
D - Autres traitements
:
1- Cures thermales
:
De nombreuses méthodes thérapeutiques sont utilisées pendant la cure :
bains, irrigations nasales, douches gazeuses, humages, nébulisations,
aérosols.
Des travaux ont montré la supériorité des eaux thermales soufrées par rapport
au sérum physiologique sur les phénomènes immunitaires induits au niveau
de la muqueuse nasale après la cure.
La crénothérapie dans le cadre des rhinites allergiques peut être envisagée
quand :
– le patient n’est pas entièrement contrôlé par un traitement adéquat ;
– il existe une surinfection chronique ; l’environnement climatique ou
psychologique semble exercer une action prédominante sur l’évolution de
l’affection.
2- Désensibilisation spécifique
:
La désensibilisation reste le seul traitement susceptible de modifier la réponse
immunitaire vis-à-vis de l’allergène.
Dans le cadre des rhinites allergiques,
l’efficacité de la désensibilisation a été démontrée par des essais cliniques en
double aveugle pour un nombre limité d’allergènes, essentiellement les
acariens, certains pollens (graminées, bouleau, ambroisie, ragweed), ou
moisissures (Alternaria, Cladosporium).
Le bénéfice escompté doit être mis en balance avec les autres options
thérapeutiques.
Elle est en général proposée aux patients dont les symptômes
sont intenses et nécessitent des traitements médicamenteux associés et
prolongés, lorsque l’éviction est impossible.
La présence de signes
respiratoires mineurs de type asthmatique est un élément supplémentaire en
faveur de la désensibilisation lorsque le déterminisme allergique des
symptômes a été clairement établi.