Radiothérapie des tumeurs cérébrales primitives de l’adulte
(Suite)
Cours de Neurologie
B - RÉSULTATS ACTUELS DE LA RADIOTHÉRAPIE
DES GLIOMES MALINS DE HAUT GRADE
CHEZ L’ADULTE :
Résultats globaux
:
Il est actuellement démontré, à partir des résultats de nombreuses
équipes, qu’il existe une amélioration de la survie chez les patients
traités pour gliome malin par association chirurgie-radiothérapie,
par rapport aux patients traités par chirurgie seule, ou par
traitement symptomatique seul.
Cependant, ces résultats restent
décevants.
Pas d’amélioration significative de la survie ces
20 dernières années.
Une étude sur 115 patients traités par biopsie suivie d’irradiation,
ou exérèse suivie d’irradiation, montre un léger avantage à la
chirurgie d’exérèse : 32 semaines versus 39,5 semaines.
Les gliomes de haut grade, parmi lesquels le glioblastome représente
70 à 80 % du recrutement chez l’adulte, ont une médiane de survie
de 12 à 14 mois après traitement combiné par chirurgie et
radiothérapie.
Le taux de survie à 5 ans se situe entre 8 et 12 %.
Les résultats sont en fait fortement liés aux différents facteurs
pronostiques.
C - FACTEURS PRONOSTIQUES :
Ils sont classiquement au nombre de quatre, d’autres facteurs restant
plus discutés.
1- Histologie de la tumeur
:
Après exérèse macroscopiquement complète et radiothérapie à
60 Gy, le taux de survie à 5 ans est de 5 à 8%pour les glioblastomes,
et de 26 % pour les astrocytomes de grade III.
La médiane
de survie d’un glioblastome traité par radiothérapie est de 10 à
12 mois.
Pour le glioblastome, la survie à 3 ans est de 25,8 % entre 18 et
39 ans, et de 2,3 % entre 40 et 59 ans.
L’importance de l’index de marquage (LI) et de l’expression du
récepteur à l’epidermal growth factor (REGF), a été récemment
démontrée.
2- Âge :
L’impact négatif de l’âge sur le pronostic des glioblastomes soulève
la question de l’utilité de la radiothérapie chez les patients de plus
de 70 ans.
Les récentes observations tendent à montrer que les
patients âgés ayant un index de Karnofsky supérieur à 70 (PS >= 70)
et traités avec une radiothérapie optimale ont une survie
significativement meilleure que ceux traités de façon palliative :
7,4 mois versus 2,4 mois.
3- État fonctionnel du patient (mesuré par l’index
de Karnofsky (« performance status » ou PS)
:
Dans une série de glioblastomes (Radiation therapy oncology group
[RTOG]/ECOG, 1983), la survie à 18 mois est de 34 % pour les
patients présentant un PS >= 70, et de 13 % pour un PS compris entre
40 et 60.
4- Qualité de la résection chirurgicale
:
Dans une série d’astrocytomes de haut grade (principalement des
glioblastomes) rapportée par Chang, la survie à 18 mois est
respectivement de 15, 25 ou 34 % selon que l’intervention
chirurgicale a consisté en une biopsie seule, une résection partielle
ou une résection macroscopiquement complète.
– Importance de la dose d’irradiation.
Elle est corrélée à la survie jusqu’à la dose, semble-t-il optimale, de
60 Gy en fractionnement classique.
Au-delà de 60 Gy, il n’y a pas
d’amélioration de la survie, voire une chute de celle-ci en raison des
complications de l’irradiation à ces doses, tout au moins en
radiothérapie « classique », non conformationnelle.
– Importance de la réduction du volume tumoral en fin d’irradiation.
Il serait pour certains un facteur pronostique significatif.
D - COMPLICATIONS DE LA RADIOTHÉRAPIE
DES TUMEURS CÉRÉBRALES :
1- Réactions aiguës (première semaine
après le début du traitement) :
Avec les protocoles classiques (en dose-étalement-fractionnement),
on peut observer une aggravation des signes cliniques pendant le
traitement.
De telles réactions sont généralement transitoires et
cèdent avec une corticothérapie ; elles sont généralement dues à un
oedème cérébral, dont le mécanisme reste mal élucidé (augmentation
aiguë de la perméabilité capillaire régionale).
Afin d’éviter ces troubles, on a pu proposer une irradiation à doses
croissantes : 0,5 Gy lors des premières séances, 2 Gy/séance après le
10e jour.
En fait, avec les appareils actuels de radiothérapie, une dose
quotidienne de 2 Gy est parfaitement tolérée.
En cas d’irradiation fractionnée s’étendant sur plusieurs semaines, il
est rarement nécessaire d’utiliser de façon systématique la
corticothérapie dès le début du traitement.
2- Réactions semi-précoces (dans les 3 premiers mois
suivant la fin de l’irradiation)
:
Certains malades, après irradiation pour gliome de bas grade,
présentent, le plus souvent vers la quatrième semaine, des céphalées
ou une détérioration neurologique avec état de somnolence qui
disparaissent vers la sixième semaine.
Ces manifestations font souvent craindre une récidive ; pour Hoffman et al cette période de détérioration postirradiation
correspondrait au turnover de la myéline, et il postule que la
démyélinisation en serait la cause.
La connaissance de ces réactions semi-précoces est importante ; elles sont transitoires et ne nécessitent
pas de traitement particulier ; leur apparition quelques semaines
après la fin de la radiothérapie doit retenir l’attention et ne doit pas
faire craindre une récidive, notamment pour les tumeurs peu
évolutives.
3- Réactions tardives
:
Les réactions tardives sont le risque principal de l’irradiation
cérébrale.
Elles sont de trois ordres : la radionécrose, l’atrophie
cérébrale, les troubles endocriniens.
* Radionécrose :
Elle peut survenir de 4 mois à plusieurs années après l’irradiation.
Il
s’agit d’un phénomène irréversible, progressif.
Cette radionécrose
est dose-dépendante et le rôle du fractionnement semble majeur.
Elle
survient généralement dans le volume cible et sa manifestation
clinique fait évoquer la possibilité de récidive.
L’âge au moment de
l’irradiation est également à prendre en compte.
Le scanner cérébral peut mettre en évidence une hypodensité avec
effet de masse prenant ou non le contraste ; surtout l’artériographie
précisera s’il s’agit d’une tumeur avasculaire.
L’IRM n’apportera pas
plus que le scanner la preuve formelle de la radionécrose.
L’imagerie
la plus spécifique actuellement est obtenue par la caméra à positons
(positron emission tomography : PET).
Le diagnostic de certitude ne peut être qu’histologique, mais il est
assez fréquent d’avoir la coexistence nécrose-récidive tumorale.
Chez l’adulte, les réactions tardives seraient dues à une atteinte
vasculaire mais il a été également signalé expérimentalement, chez
le rat, une réduction importante du transport ou du métabolisme
du glucose dans le cortex irradié.
Cette même étude a montré que
les régions corticales associatives étaient plus touchées que les
régions corticales de réception sensitive ou sensorielle.
* Atrophie cérébrale
:
Après irradiation pour gliome, il n’est pas rare de noter quelques
mois après l’irradiation des signes de détérioration intellectuelle,
mais il est parfois difficile de faire la part entre séquelles postradiques et signes de récidive.
Les troubles postradiques tardifs sont plus fréquents et s’observent
plus facilement chez l’enfant que chez l’adulte (retard scolaire
facile à authentifier, espérance de vie supérieure à celle de l’adulte).
Ils correspondent radiologiquement (IRM, scanner) à une dilatation
ventriculaire parfois très importante, à une atrophie cérébrale et à
des hypodensités de la substance blanche périventriculaire.
* Troubles endocriniens de l’irradiation cérébrale
:
Les enfants sont quasi exclusivement concernés par les séquelles hypothalamohypophysaires.
La dose frontière semble être de l’ordre
de 25-30 Gy.
Le principal déficit hormonal est celui en hormone
de croissance entraînant des signes cliniques 1 à 4 ans après
l’irradiation.
Ces troubles de croissance sont d’autant plus
importants que l’enfant est jeune ; l’âge seuil serait de 11 ans.
E - PERSPECTIVES DE LA RADIOTHÉRAPIE
DES TUMEURS GLIALES :
1- Modificateurs de la réponse à l’irradiation :
* Radiosensibilisants :
En se basant sur le concept que les gliomes malins de haut grade
possèdent des cellules tumorales en hypoxie et que cela joue un rôle
important dans les récidives après irradiation classique, on a utilisé
des radiosensibilisants.
Deux types de radiosensibilisants ont été employés : l’oxygène
hyperbare pendant l’irradiation et les drogues radiosensibilisatrices.
+ Oxygène hyperbare (OHB)
:
Sous 2-3 atmosphères de pression, il existe une diffusion plus
importante de l’oxygène vers les cellules tumorales hypoxiques.
Il a été suggéré par plusieurs auteurs que l’OHB serait la cause
d’une vasoconstriction des vaisseaux du tissu sain, épargnant les
vaisseaux du tissu tumoral, ce qui occasionnerait une augmentation
du flux sanguin dans la tumeur.
Chang a réalisé une étude non randomisée (80 malades)
comparant un groupe OHB à un groupe témoin avec cinq
fractionnements différents.
Les résultats ne montrent aucune
amélioration de la survie quel que soit le groupe étudié, mais les
effectifs sont trop faibles dans chaque groupe pour tirer des
conclusions définitives.
+ Drogues radiosensibilisatrices :
Elles sont de deux types.
– Les agents accepteurs d’électrons, de la famille des nitroimidazoles,
compensent expérimentalement l’effet de l’action
radioprotectrice de l’hypoxie.
Deux produits ont été utilisés, le métronidazole et le misonidazole :
le métronidazole a été le premier sensibilisant employé dans un essai
thérapeutique pour les astrocytomes sus-tentoriels de grade IV ;
le misonidazole s’est avéré plus efficace que le métronidazole sur un
plan équimolaire.
Le pic plasmatique est obtenu 1 à 4 heures après
administration per os ; la demi-vie est de 9 à 17 heures et la
concentration dans la tumeur varie de 76 à 92 % des valeurs
plasmatiques ; le principal facteur limitant est l’apparition de
neuropathies périphériques (pour des doses totales de 10 à 12 g/m2).
Les travaux des différents groupes (MRC, EORTC, RTOG,
Brain Tumor Study Group [BTSG]) ne montrent pas
d’amélioration de la survie par l’administration de
radiosensibilisateurs chez les malades porteurs de gliome malin.
Pour le sous-groupe des astrocytomes anaplasiques, il semble que le
misonidazole aggrave le pronostic (RTOG) ; cela peut être dû à
une trop grande toxicité, à des doses mal adaptées.
– Les dérivés halogénés pyrimidiques comme la bromodéoxyuridine
(BUdR) et l’iododéoxyuridine (IUdR), apparaissent comme
radiosensibilisatrices indépendamment de l’effet oxygène.
La BUdR s’incorpore dans l’ADN comme un substitut de la thymidine
au moment de la synthèse de l’ADN. Incorporée avant l’irradiation,
elle augmente l’effet du rayonnement de deux à trois fois.
On obtient
ainsi un effet différentiel entre les cellules tumorales qui se divisent
rapidement et les cellules normales endothéliales et gliales.
Le travail de Matsutami et al associe, dans 53 cas de glioblastome
malin, une irradiation à la dose de 50-60 Gy et l’injection intraartérielle
de BUdR.
Le taux de survie à 1 an est de 56 % et de 32,9 % à
2 ans.
Ces résultats sont très encourageants si on les compare aux
résultats de traitements classiques. Malheureusement, l’emploi de la BUdR a été arrêté en raison d’un taux important (11 %) d’occlusion
artérielle.
Kinsella et al ont publié une étude phase I/II concernant l’emploi
de BUdR associée à une irradiation bifractionnée.
La médiane de
survie des 40 malades était de 47 semaines, assez comparable aux
résultats d’autres protocoles classiques.
– Enfin, l’utilisation de la tirapazamine en essai clinique est à l’étude.
2- Facteur temps :
* Radiothérapie accélérée :
La rapidité de prolifération des gliomes de haut grade a fait
penser qu’un étalement accéléré de l’irradiation pouvait être une
voie intéressante dans l’amélioration des résultats du traitement de
ces tumeurs, une éventuelle repopulation tumorale en cours de
traitement pouvant alors être compensée par le raccourcissement de
la durée totale de l’irradiation.
Pour ne pas augmenter la dose par
fraction, plusieurs séances quotidiennes sont délivrées, avec un
intervalle de 6 heures au moins entre chaque séance.
Payne, dans un essai randomisé sur 157 patients porteurs
d’astrocytome III et IV, et Keim, dans une étude non randomisée
portant sur 133 malades porteurs de glioblastome multiforme, ne
retrouvent ni amélioration de la survie, ni augmentation des
complications neurologiques pendant la période de surveillance.
* Hyperfractionnement :
Il correspond à l’emploi de petites doses pluriquotidiennes pendant
la durée classique globale de l’irradiation.
Il permet d’augmenter la
dose totale sur la tumeur sans augmenter les effets sur les tissus
sains.
Le concept de base réside dans la différence de capacité de
réparation entre les cellules tumorales et les cellules normales.
L’étude randomisée du BTSG porte sur 557 patients.
Les patients
ayant eu un bifractionnement (1,1 Gy × 2/j) ont la même survie que
ceux ayant eu un fractionnement classique.
Deux travaux rapportent des résultats avec une légère
amélioration du taux de survie dans le groupe trifractionnement
(0,89 Gy × 3/j) par rapport au groupe ayant eu une irradiation
classique.
En fait, il semble que cette différence s’explique par une
mauvaise survie du groupe témoin (médiane de survie
29-39 semaines), alors que le groupe trifractionnement a une
médiane de survie (50-55 semaines) proche des séries traitées
classiquement.
Ludgate et al trouvent des résultats assez similaires dans un essai
contrôlé.
Soixante-seize patients ayant un gliome de grade III ou IV
ont été randomisés entre un protocole classique 2 Gy/séance/j (dose
totale 40 Gy), et un protocole hyperfractionné, trois fois 0,76 Gy à
4 heures d’intervalle (dose totale 47,6 Gy).
Tous les patients avaient
une surimpression tumorale de 10 Gy en cinq séances.
Les réactions
précoces nécessitant une corticothérapie étaient plus fréquentes dans
le groupe hyperfractionnement, et les séquelles à distance (oedème,
alopécie) moins importantes.
Aucune différence dans la survie n’est
trouvée pour la population globale.
Une étude de phase II sur un nombre réduit de patients semble
montrer un bénéfice de la radiothérapie hyperfractionnée accélérée
associée à l’IUdR comme radiosensibilisant sur l’astrocytome
anaplasique.
Une autre étude de phase I/II ne montre pas de bénéfice de la
radiothérapie hyperfractionnée avec ou sans accélération.
Une seule étude randomisée a montré la supériorité de la
radiothérapie accélérée, à raison de 3 X 0,89 Gy jusqu’à une dose
totale de 61,4 Gy versus une radiothérapie conventionnelle pour les
gliomes malins ; toutefois, le gain est inférieur à 6 mois.
L’équipe du Royal Marsden observe des résultats comparables à la
radiothérapie classique, en utilisant un protocole hyperfractionné
accéléré : 55 Gy en 34 fractions, deux fractions par jour.
3- Radiothérapie à transfert d’énergie
linéique (TEL) élevé :
* Neutronthérapie :
Historiquement, la raison de l’introduction de la neutronthérapie
était l’existence de cellules hypoxiques au sein des tumeurs,
nécessitant une dose trois fois supérieure à celle utilisée pour les
cellules bien oxygénées pour avoir le même effet (l’oxygen
enhancement ratio ou OER est de 3).
Avec les neutrons, le ratio de radiosensibilité est réduit de moitié :
l’OER passe de 3 à 1,6.
En raison de leur TEL élevé, les neutrons présentent, par rapport
aux photons, une grande différence dans la distribution des
ionisations à l’échelle des structures cellulaires et en particulier des
chromosomes.
Cela se traduit par une plus grande proportion de
lésions biologiques immédiates suivies de mort cellulaire.
Autre caractéristique, la radiosensibilité des neutrons n’est guère
modifiée par la phase du cycle cellulaire.
L’emploi de neutrons pour l’irradiation cérébrale pose un problème
car le tissu sain cérébral est riche en lipides et donc en noyaux
d’hydrogène.
Il absorbe ainsi de façon importante l’énergie déposée
par les neutrons d’où la nécessité d’épargner au maximum le tissu
sain cérébral (existence d’une marge thérapeutique étroite entre la
dose tumoricide efficace et la dose de tolérance du tissu sain).
Dès 1978, Laramore et al rapportaient l’expérience de Seattle
concernant l’irradiation des astrocytomes de grades III et IV.
Le
protocole comprenait soit une neutronthérapie (n) exclusive
(18 Gy n) soit une association neutrons-cobalthérapie (7,8 Gy n +
37,5 Gy 60Co).
Dans les lésions de grade III, la médiane de survie
était de 12,6 mois pour la neutronthérapie exclusive et de 6 mois
pour le traitement mixte. Ces résultats sont nettement moins bons
que ceux de séries anciennes avec traitement classique (26 mois).
Des résultats similaires sont obtenus pour les grades IV.
Dans les 14
autopsies pratiquées, la tumeur était remplacée par de la nécrose,
mais ce contrôle local s’accompagnait de lésions dans le tissu sain à
type de gliose diffuse et de démyélinisation de la substance blanche.
Le même type de constatation anatomopathologique a été effectué
par Catterall et al.
L’expérience du Hammersmith, comparant l’irradiation de
glioblastome sus-tentoriel par neutrons seuls et par photons seuls,
est également décevante (survie moyenne neutrons 10 mois, versus
photons 11,4 mois).
Duncan et al ont fait un essai contrôlé
comparant traitement associant (n + 60Co) à cobalthérapie seule.
Soixante et un astrocytomes de grades III et IV ont été traités.
La
médiane de survie est de 8 mois pour le groupe photons et 4 mois
pour le groupe traitement associé.
Actuellement, la neutronthérapie des gliomes malins semble
abandonnée par la plupart des équipes.
* Particules chargées :
Les particules chargées à TEL élevé (pions, ions lourds) combinent
par rapport aux rayonnements classiques, d’une part l’avantage
d’une meilleure distribution de la dose (« pic de Bragg », autorisant
une irradiation tumorale optimale et une meilleure protection des
tissus sains), et d’autre part celui d’une efficacité biologique plus
importante sur les cellules tumorales.
Bush et al ont utilisé à Los Alamos un faisceau de pions.
La
médiane de survie a été de 10 mois chez 28 patients porteurs d’un
gliome multiforme, et de 22 mois chez 14 patients traités pour astrocytome de grade III.
À Berkeley (Californie), deux types de particules ont été employés
par Castro et al pour traiter les gliomes malins : le faisceau
d’hélium a une excellente distribution de dose grâce au pic de Bragg,
mais ses propriétés biologiques sont comparables à celles de la
radiothérapie 200 kV.
Onze malades ont été traités, la dose étant de
60-66 Gy équivalents.
La médiane de survie pour les six malades
ayant un glioblastome est de 9 mois, et pour les cinq ayant un
astrocytome anaplasique, de 33 mois.
Le deuxième type de
particules est représenté par le faisceau de néon qui a les mêmes
avantages de distribution de dose, mais des propriétés biologiques
proches de celles des neutrons.
À cause des dégâts observés sur la
substance blanche après irradiation par neutrons, les doses délivrées
ont été plus faibles (48 Gy équivalents) en 16 séances et 4 semaines.
Les résultats obtenus pour quatre glioblastomes et quatre
astrocytomes anaplasiques ne sont pas différents de ceux retrouvés
avec les traitements classiques, mais il est important de noter qu’il n’a pas été retrouvé de lésions de la substance blanche lors des
autopsies.
Cette série de traitement par faisceau de néon a été
actualisée récemment.
Pour l’instant, la radiothérapie par particules chargées reste une
modalité thérapeutique d’avenir dont les modalités (dose, étalement,
fractionnement) doivent être précisées par d’autres travaux.
Enfin, à côté des particules lourdes chargées à TEL élevé,
l’irradiation aux protons (par l’amélioration importante de la
précision balistique qu’elle autorise) tend à prendre une place
notable dans le traitement de ces tumeurs, notamment lorsqu’il
existe une extension basicrânienne.
* Capture des neutrons par le bore
:
Lorsqu’une molécule contenant du bore enrichi (10B) est exposée à
des neutrons thermiques, il se produit la réaction nucléaire suivante :
10B + n —> 4He + 7Li + γ
La radiothérapie par capture de neutrons (BNCT en anglais) est
basée sur une grande affinité (ou section efficace) du noyau de 10B à
capturer les neutrons thermiques, comparée à d’autres éléments
présents dans le tissu.
Les noyaux d’hélium et de lithium issus de
cette réaction possèdent une forte densité d’ionisation le long de
leur parcours, long de quelques micromètres seulement.
Cette
réaction se produisant à l’intérieur du noyau de la cellule ayant
incorporé le produit boré avant exposition aux neutrons thermiques,
ces particules de TEL élevé détruiront cette cellule, sans
endommager les cellules avoisinantes, en raison de leur faible
parcours.
Après une incorporation sélective des cellules malignes
avec une molécule vectrice borée, une irradiation avec des neutrons
thermiques (énergie de l’ordre de 0,025 eV) entraîne une destruction
tumorale par ces particules chargées, alors que le tissu sain,
dépourvu de 10B, est épargné.
Pour garantir l’efficacité de cette
thérapeutique, il faut que le produit boré soit sélectif, à savoir
pouvant être capté essentiellement par les cellules tumorales.
Il faut
également que sa concentration soit suffisante : un minimum de
20 íg 10B/g de tumeur est nécessaire, ce qui équivaut à environ 109
atomes de bore/cellule.
Il faut enfin qu’un flux adéquat de neutrons
thermiques parvienne à la zone tumorale et soit absorbé par les
molécules borées intracellulaires.
Cette forme de radiothérapie
binaire a connu un regain d’intérêt ces dernières années avec la
publication de résultats encourageants par une équipe japonaise,
utilisant le borosulfhydryl ou BSH comme produit boré.
Les
résultats japonais ont suscité la mise en oeuvre d’essais aux États-Unis et en Europe.
Des études pilotes sont conduites en utilisant d’autres molécules,
comme la boronophénylalanine ou BPA qui traverse la barrière
hématoencéphalique.
Par ailleurs, l’utilisation de neutrons épithermiques (énergie de 0,4 eV à 10 keV) au lieu des neutrons
thermiques confère un avantage en termes de rendement en
profondeur.
En effet, alors que les neutrons thermiques interagissent
avec les molécules borées au niveau du cuir chevelu en raison de
leur faible pénétration, les neutrons épithermiques traversent plus
facilement le crâne et sont ralentis en neutrons thermiques au niveau
du site tumoral.
Des réacteurs nucléaires sont actuellement utilisés
pour traiter les gliomes de haut grade.
Un essai européen est en
cours, évaluant l’intérêt de cette thérapeutique chez des patients
porteurs de glioblastome, ayant bénéficié d’une exérèse large.
Une
administration de BSH précède l’irradiation par des neutrons
épithermiques produits par le réacteur nucléaire à haut flux de
Petten (Pays-Bas).
Une variante de la technique de thérapie par capture de neutrons
consiste à utiliser cette réaction comme traitement d’appoint.
Appelée la « potentialisation par la capture de neutrons », elle
permet de combiner l’avantage des neutrons rapides (quelques
dizaines de MeV) produits par des cyclotrons, en termes de
rendement en profondeur, avec le phénomène de capture.
Alors que
les neutrons rapides ne peuvent offrir un gain thérapeutique en
traitement exclusif, la thermalisation d’une partie de ces neutrons
en profondeur permet de bénéficier de la sélectivité de la capture.
Des études dosimétriques et biologiques ont conclu à l’intérêt de
cette technique et ouvrent la voie à la conduite d’essais
thérapeutiques chez l’homme.
4- Augmentation des doses : curiethérapie
La radiothérapie externe entraînant fréquemment, au-delà de 70 Gy,
une radionécrose, il a semblé naturel au radiothérapeute de proposer
une curiethérapie qui permet de délivrer une dose élevée dans un
petit volume en respectant les tissus sains avoisinants.
Deux isotopes radioactifs sont principalement employés, l’iode 125
et l’iridium 192.
L’iode 125 est le plus utilisé, car il ne donne pas de rayonnement
bêta et 10 fois moins de rayonnement gamma.
Il protège mieux les
tissus sains péritumoraux et entraîne moins de radionécrose.
L’application, non radioactive, se fait sous repérage stéréotaxique ;
on emploie des cathéters en Téflont, leur rigidité permettant une
bonne stabilité du dispositif au sein d’une tumeur de consistance
molle.
Avant de pratiquer le chargement radioactif, une dosimétrie
prévisionnelle par ordinateur est effectuée afin d’obtenir une dose
homogène dans le volume tumoral.
La curiethérapie est une méthode utilisée aussi bien pour le
traitement de la lésion primitive que de ses récidives.
Ostertag et al ont rapporté une série de 316 cas sélectionnés :
tumeur isolée, bien limitée chez des malades ayant un PS supérieur
à 70.
Le volume traité par iode est défini par le scanner cérébral
avec injection, et par l’angiographie.
La dose délivrée est de 60 Gy
en 60 heures.
Quatre-vingts pour cent des astrocytomes grade II et 25 % des
astrocytomes anaplasiques sont en vie à 2 ans.
Le taux de complications est des plus faibles (un cas sur 316). Pour
ces auteurs, les indications sont précises :
– tumeur de bas grade, profonde, inaccessible à la chirurgie, en
complément de l’irradiation externe ;
– astrocytome anaplasique, de petite dimension, bien limité.
Gutin et al ont rapporté leur expérience des récidives de gliome
malin traitées par iode.
Quatre-vingt-quinze malades ont été ainsi réirradiés ; la dose varie de 12 à 46 Gy.
La médiane de survie après
implantation pour récidive était de 87 semaines pour les astrocytomes anaplasiques (511 cas) et de 54 semaines pour les
glioblastomes (45 cas).
Le taux de complications est important : 48 %
des malades ont dû avoir une craniotomie pour suspicion de
récidive.
Ce groupe de malades, opérés souvent de nécrose, a une
meilleure survie que le groupe sans intervention après implantation.
L’interprétation d’un tel résultat est sujette à caution.
Néanmoins
ces résultats sont encourageants et permettent une qualité de vie
satisfaisante pour les patients guéris.
En France, Vrousos, à Grenoble, a traité 12 gliomes.
Les lésions
inférieures à 3 cm étaient traitées par curiethérapie interstitielle
exclusive par iridium 192 (60 Gy).
Celles comprises entre 3 et 5 cm
bénéficient d’une combinaison curiethérapie 35 Gy-radiothérapie
externe 25 Gy.
Malkin et al ont traité 13 glioblastomes par iode 125 à la dose de
60 Gy, en postopératoire ; dix malades sont vivants 1 à 23 mois après
l’implantation, dont sept avec un recul supérieur à 10 mois.
Ces deux derniers travaux ont peu de malades et un recul insuffisant
pour les comparer aux protocoles classiques.
Mais il apparaît que
chez les malades réopérés, il est rarement retrouvé de lésions
tumorales évolutives.
La tolérance est bonne et les réactions aiguës
bien contrôlées par corticothérapie.
Une étude pilote a été faite par Patchell et al à Lexington par
curiethérapie interstitielle aux neutrons (californium 252).
La lésion
recevait dans un premier temps 3 Gy neutrons, puis 60-70 Gy
photons par radiothérapie externe.
La dose totale équivalente
photons est estimée à 81-91 Gy.
Les résultats des réinterventions ou
des autopsies montraient que les malades avaient des récidives, mais
que la radionécrose était limitée au volume tumoral traité.
Cette
implantation de neutrons était une voie logique pour augmenter la
dose tumorale tout en diminuant la dose au tissu cérébral sain, qui
est connu classiquement pour ne pas tolérer les neutrons.
Malheureusement, le protocole employé a les mêmes résultats que
les autres types d’irradiation.
Laperriere et al ont randomisé 140 patients atteints d’astrocytome
de haut grade, entre radiothérapie externe seule ou radiothérapie
suivie de curiethérapie stéréotaxique avec de l’iode 125.
La
curiethérapie n’améliore pas la survie.
* Curiethérapie et hyperthermie
:
L’adjonction à la curiethérapie d’une hyperthermie interstitielle par
micro-ondes est particulièrement attrayante, étant donné la synergie
entre radiation et hyperthermie.
L’hyperthermie, à température non létale, est connue pour radiosensibiliser les cellules, d’autant plus que l’irradiation sera à
faible dose.
Au niveau des cathéters permettant d’implanter les sources
radioactives de curiethérapie, on peut introduire des antennes
chauffantes par micro-ondes.
Peu de patients ont bénéficié de ce type de traitement car les
problèmes techniques sont loin d’être résolus et les effets de
l’hyperthermie sur le cerveau sont mal connus.
Place de la radiothérapie dans
le traitement des épendymomes,
des lymphomes cérébraux, des tumeurs
pinéales, du craniopharyngiome
et des méningiomes
:
A - ÉPENDYMOMES :
Ils se développent à partir des cellules épendymaires qui tapissent
les ventricules et le canal central de la moelle épinière.
Ces tumeurs
ont tendance à s’étendre le long des espaces épendymaires ;
occasionnellement, elles essaiment dans le liquide céphalorachidien
(LCR) pour envahir le névraxe. Les épendymomes sont
généralement de bas grade histologique, les tumeurs de haut grade
sont parfois appelées épendymomes malins ou anaplasiques.
L’épendymoblastome est une variante embryonnaire ayant une forte
tendance à essaimer le long du névraxe.
La radiothérapie est administrée après une résection large.
Les
tumeurs de bas grade sont irradiées à une dose de 55 Gy, englobant
une marge de sécurité de 2 cm.
La radiothérapie est poursuivie
jusqu’à 60 Gy pour les tumeurs de haut grade.
Il n’y a pas lieu
d’irradier le névraxe pour les tumeurs supratentorielles.
Pour les
tumeurs sous-tentorielles, l’irradiation craniospinale est
recommandée en cas d’envahissement du LCR, documenté par
l’imagerie et/ou la cytologie, dans les tumeurs avec une large
composante intraventriculaire, ainsi que dans les
épendymoblastomes.
Celle-ci est menée à une dose de 36 à 40 Gy.
L’expérience de la Mayo Clinic montre que la survie à 10 ans est
de 73 %. Elle dépend fortement du grade histologique.
B
- LYMPHOME CÉRÉBRAL CHEZ LE PATIENT
IMMUNOCOMPÉTENT :
Le traitement optimal n’est pas encore trouvé.
Il est d’usage
d’administrer une chimiothérapie suivie d’une radiothérapie,
généralement sous forme d’une irradiation de l’encéphale
« in toto » à la dose de 40 Gy à raison de 1,8 Gy par fraction, suivie
éventuellement d’une surimpression localisée de 15 Gy.
L’équipe du
Royal Marsden rapporte ainsi une survie à 5 ans de 36 %.
Toutefois, la toxicité d’un tel traitement qui associe une
chimiothérapie intensive est non négligeable : mucites, leucopénies
et septicémies sont à redouter.
Selon une revue de la littérature
comportant un total de 1 180 patients, il apparaît que les facteurs
pronostiques favorisant une meilleure survie sont le jeune âge
(< 60 ans), une dose supérieure à 40 Gy sur l’encéphale in toto, ainsi
que l’utilisation du méthotrexate avant la radiothérapie.
C - TUMEURS PINÉALES :
Les tumeurs pinéales sont représentées par une variété de lésions
reflétant les différentes structures anatomiques de la région.
Elles
peuvent être classées en trois grands groupes : le premier
comprenant les tumeurs germinales (germinome [ou
dysgerminome], tératome, carcinome embryonnaire), le second, les
tumeurs pinéales vraies, le troisième enfin, les tumeurs gliales
(gliomes) et les tumeurs rares.
Fréquence des différents types histologiques des tumeurs de la
région pinéale :
Elles sont rares, représentant moins de 1 % des tumeurs cérébrales.
Elles surviennent dans les deux premières décennies de la vie. La
majorité des tumeurs germinales de la région pinéale surviennent
chez l’homme, alors qu’il existe à l’inverse une prépondérance
féminine pour les germinomes suprasellaires.
* Germinomes intracrâniens (des régions pinéale et suprasellaire)
:
Ils sont du même type histologique que les séminomes du testicule
ou de l’ovaire.
Ils pourraient provenir de la multiplication
anarchique de cellules germinales totipotentes « oubliées » lors de la
migration de ces cellules vers les gonades au cours du
développement embryonnaire.
Dans le cerveau, le germinome se
présente comme une masse gris rosé infiltrant les tissus voisins vers
le ventricule, pouvant ainsi donner des métastases au niveau de
l’axe cérébrospinal.
* Dysembryomes (tératomes et carcinomes embryonnaires)
:
Macroscopiquement mal limitées, charnues, bigarrées, pouvant
contenir os et cartilages, ces tumeurs présentent microscopiquement
toutes les variétés, de la bénignité à la plus haute malignité, selon le
degré de différenciation des trois lignées germinales, ecto-, endo- et
mésodermiques.
Ainsi, les dysembryomes adultes (tératomes),
composés de tissus matures, sont histologiquement bénins.
À
l’inverse, les tumeurs très indifférenciées de ce groupe sont
comparables aux carcinomes embryonnaires du testicule et peuvent
contenir des éléments trophoblastiques ; elles sont hautement
malignes et peuvent métastaser dans le LCR ; du fait de leur
histologie, elles sont responsables d’une élévation de l’alpha-FP et de la
bêta-hCG (human chorionic gonadotrophin) dans le sang et le LCR.
+ Analyse du LCR :
L’examen du LCR peut montrer une augmentation de la
protéinorachie et une lymphocytose, surtout pour les lésions
suprasellaires.
La fréquence des cellules malignes dans le LCR varie
selon les séries (18 à 55 %) et est corrélée à la probabilité de
métastases.
Mais la négativité de la cytologie peut être associée à la
présence connue de lésions secondaires.
+ Marqueurs tumoraux :
Ce sont les mêmes que ceux des tumeurs testiculaires : élévation de l’alpha-FP pour les tumeurs du sinus endodermique ; élévation de la
bêta-hCG en cas de contingent choriocarcinomateux ; les deux
marqueurs sont élevés dans le carcinome embryonnaire.
+ Radiothérapie
:
C’est le traitement de choix des germinomes des régions pinéale et
suprasellaire.
Mais l’importance de la dose à délivrer sur l’ensemble
des volumes, en particulier sur la tumeur primitive, reste sujette à
discussion.
La radiosensibilité du séminome suggérerait qu’une dose
de 30 Gy serait suffisante pour contrôler un germinome intracrânien,
mais certains résultats tendent à faire penser qu’un meilleur contrôle
local serait obtenu avec une dose de 50 Gy sur un petit volume, à
raison de 1,8 Gy par séance journalière.
L’étendue de l’irradiation
du germinome reste également controversée.
Certains n’irradient
que la tumeur primitive, d’autres étendent l’irradiation à l’axe
cérébrospinal en totalité.
Selon Aoyama et al, l’irradiation de l’axe
cérébrospinal en totalité améliore le pronostic (survie spécifique et
survie sans récidive : 90 % à 10 ans).
L’irradiation hyperfractionnée n’apporterait pas d’amélioration.
L’incidence de la dissémination méningée peut être considérée
comme variant autour de 10 %.
Il n’est donc pas logique de proposer
une irradiation étendue systématique ; il vaut mieux avoir recours à
une approche plus individuelle :
– en cas de cytologie négative du LCR, on proposera une irradiation
englobant toute la tumeur avec une marge de sécurité de 2 à 3 cm,
en se basant sur l’imagerie scanner ou IRM ; la dose sera de 50 Gy,
avec un étalement et un fractionnement classiques ;
– en cas de cytologie positive, on proposera une irradiation étendue
de l’encéphale à S2, à la dose de 30 Gy, avec surimpression de 20 Gy
au niveau de la lésion primitive.
Les résultats de l’irradiation des germinomes sont excellents, avec
une survie à 5 ans supérieure à 80 %.
Les tératomes sont irradiés à des doses de 50 à 55 Gy, mais les
résultats sont beaucoup moins bons : 10 à 30 % de survie à 5 ans.
Actuellement les malades sont traités par des associations chimioradiothérapie.
2- Tumeurs pinéales vraies
:
Ce sont les tumeurs propres de la glande pinéale, pouvant entraîner
une puberté précoce chez le garçon.
Macroscopiquement, il s’agit
d’une tumeur mal limitée, de consistance molle, pouvant infiltrer
les parois ventriculaires.
Il existe histologiquement deux types de
tumeurs.
* Pinéaloblastome :
Il rappelle la phase embryonnaire de la glande, a une très forte
cellularité, formant une pullulation de petites cellules arrondies
ressemblant au médulloblastome ou au neuroblastome.
Son
évolution est rapide en raison de son caractère infiltrant et de sa
dissémination dans le LCR.
Le pinéaloblastome survient surtout
avant 20 ans, et son pronostic est mauvais.
* Pinéalocytome :
Il est bien différencié ; il se rencontre chez l’adulte, se développe
lentement et métastase rarement.
+ Radiothérapie
:
Les pinéaloblastomes sont traités de la même manière
que les médulloblastomes.
Les pinéalocytomes sont moins radiosensibles et demandent des
doses de 55 à 60 Gy.
D - CRANIOPHARYNGIOME
:
Il se forme aux dépens de reliquats épithéliaux provenant de la
poche de Rathke, ébauche pharyngienne de l’hypophyse.
Il s’agit
d’une tumeur peu fréquente (4 % des tumeurs intracrâniennes)
survenant le plus souvent avant 30 ans.
Son siège habituel est la
région suprasellaire rétrochiasmatique.
L’aspect macroscopique est
dans certains cas celui d’une tumeur solide ou charnue, nodulaire et
irrégulière ; dans d’autres cas, celui d’une tumeur kystique, plus ou
moins cloisonnée, contenant un liquide type « huile de vidange » ;
enfin, il peut s’agir d’une forme mixte.
Histologiquement, il s’agit
d’une tumeur bénigne, d’évolution lente.
Le pronostic dépend de
son extension locale.
En effet, cette tumeur est d’exérèse complète
souvent difficile, adhérant aux structures adjacentes tels la carotide
ou l’hypothalamus ce qui entraîne un pourcentage élevé de récidive :
20 % après exérèse dite complète, 75 % après exérèse partielle.
Ce
pourcentage tombe à 30 % si l’on fait suivre l’exérèse partielle d’une
radiothérapie à 50 Gy.
Un meilleur contrôle local (90 %) est obtenu en cas de radiothérapie
immédiate, alors qu’il n’est plus que de 70 % en cas de radiothérapie
après la première récidive, et de 30 % après la seconde.
Une revue sur 188 patients traités au Royal Marsden Hospital
montre que 14 % des patients développent une détérioration aiguë
de leur état neurologique, en liaison avec une kystisation de la
tumeur, associée ou non à une hydrocéphalie, ce qui nécessite une
intervention chirurgicale rapide, permettant la poursuite de la
radiothérapie.
Ces patients ont un taux de contrôle à 10 ans de 77 %,
contre 86 % chez les patients qui ne développent pas cette
détérioration.
Facteurs pronostiques :
* Âge
:
Les tumeurs sont mieux contrôlées chez l’enfant que chez l’adulte :
86 % versus 72 % à 5 ans.
* Taille de la tumeur
:
Inférieure ou égale à 3 cm : 86 % de contrôle local.
Supérieure à 3 cm : 61 % de contrôle local.
* Hydrocéphalie :
Elle est associée à un moins bon pronostic, avec contrôle local
inférieur et baisse du quotient intellectuel (QI) chez l’enfant.
Qualité de vie.
* Complications tumorales et thérapeutiques :
La majorité des patients auront des problèmes, à distance du
traitement, quel que soit le choix thérapeutique.
Chez l’enfant, on
observe une baisse du QI et une diminution de la taille, dues à
l’hydrocéphalie et aux déficits endocriniens.
Quel que soit leur
âge, 87 % des malades ont besoin d’une hormonothérapie
adjuvante ; 25 % sont aveugles d’un ou des deux yeux.
L’adjonction
de la radiothérapie n’aggrave pas la qualité de vie, elle augmente
seulement le taux d’épilepsie secondaire.
Le craniopharyngiome présente un caractère inhabituel pour le
cancérologue.
Il s’agit d’une tumeur bénigne pour laquelle l’exérèse
chirurgicale est grevée d’une mortalité postopératoire non
négligeable et d’un mauvais contrôle local à distance, et pour
laquelle l’irradiation, d’une façon un peu surprenante, joue un rôle
important dans le contrôle local et la guérison.
Les différentes séries publiées font état de protocoles
comparables :
– exérèse de la masse tumorale sans chercher à tout prix l’exérèse
totale, qui est souvent illusoire et grevée de complications ;
– irradiation postopératoire précoce à la dose de 50-55 Gy,
9 Gy/semaine, cinq fractions/semaine.
E - MÉNINGIOMES :
Ces tumeurs spécifiques des méninges sont fréquentes : 12 à 15 %
des tumeurs cérébrales de l’adulte.
Elles sont deux fois plus
fréquentes chez la femme ; il existe un pic de fréquence entre 50 et
60 ans.
Macroscopiquement, le méningiome est arrondi, bien limité, extracérébral, comprimant et n’envahissant pas le tissu cérébral.
Histologiquement, les méningiomes sont divisés en deux types :
bénin (90-97 %) et malin (très rare).
Parmi les bénins, on trouve le plus souvent le type méningoépithélial (60 %) et rarement le type angioblastique (10 %)
dont les variétés hémangioblastique et hémangiopéricystique ont un
mauvais pronostic.
Le méningiome malin (ou atypique) présente les critères
histologiques habituels de la malignité ; il a tendance à envahir
localement le tissu cérébral ou la dure-mère.
Le siège des méningiomes est varié : souvent la convexité,
frontale et pariétale (31 %), ou la faux du cerveau (25 %).
Ces
localisations permettent des exérèses totales dans 90 % des cas.
Mais
lorsque le méningiome est profond et médian, l’exérèse n’est
possible que dans un cas sur deux.
Le fait que le méningiome soit plus fréquent chez la femme et qu’il
évolue pendant la grossesse, a fait penser à un rôle thérapeutique
hormonal.
Il a été mis en évidence au niveau tumoral des récepteurs estrogéniques et progestéroniques, ainsi que des récepteurs à
l’epidermal growth factor (EGF).
Des travaux in vitro ont montré
l’action de la mifépristone (RU-486) et de la bromocriptine sur
l’index de marquage (dans le sens d’une réduction du taux de
cellules en phase de synthèse).
Mais les études cliniques n’ont pas
montré d’activité significative de ces drogues.
Après chirurgie d’exérèse complète, le taux de récidive locale
est faible (4 à 9 %) ; lorsque, en revanche, la chirurgie n’est que
partielle, sans traitement complémentaire, le taux de récidive locale
est élevé (69 %) ; en cas d’irradiation postopératoire, il n’est plus
observé que 15 à 20 % de récidive.
De même, en cas de
récidive, la radiothérapie postopératoire apporte un meilleur
contrôle local.
Lorsque la chirurgie est récusée, Bloom a noté
de bons résultats de la radiothérapie seule.
Une récente analyse, sur 9 000 cas, rapporte une survie à 5 ans de
69 %. Dans cette étude, la radiothérapie ne semble pas améliorer
la survie.
Indications de la radiothérapie dans les méningiomes
:
Des principaux travaux de la littérature, on peut retenir quatre
indications de la radiothérapie des méningiomes :
– exérèse incomplète ;
– histologie agressive ;
– première récidive ;
– chirurgie récusée.
La dose habituellement délivrée est de 50 à 55 Gy sur un volume
restreint défini par TDM, à raison de 9 Gy par semaine en cinq
fractions.
En cas de tumeur agressive ou maligne, ces doses sont trop faibles.
On traitera ces tumeurs comme des gliomes malins : 60 Gy en
6 semaines avec une marge péritumorale de 3 cm.