Pustulose sous-cornée et pemphigus à immunoglobuline A Cours de dermatologie
Pustulose sous-cornée :
A -
INTRODUCTION
:
La pustulose sous-cornée (PSC) est une dermatose pustuleuse
chronique et récidivante, d’origine inconnue, caractérisée
histologiquement par la présence d’une pustule sous-cornée.
Décrite
en 1956 par Sneddon et Wilkinson, la PSC fut individualisée d’autres
dermatoses pustuleuses et/ou bulleuses, en particulier de la
dermatite herpétiforme et du pemphigus superficiel.
Les rapports entre PSC et psoriasis pustuleux ont été sujets à controverse
et, de l’avis même des auteurs, certains cas rapportés avant 1981
correspondent à des psoriasis pustuleux.
L’association fréquente
de la PSC à une gammapathie monoclonale, particulièrement à IgA,
place la PSC dans un cadre nosologique différent de celui du
psoriasis, dont elle peut être distinguée par des critères cliniques et
histologiques.
Par ailleurs, la bonne réponse de la maladie à la Disulonet, l’association à d’autres dermatoses neutrophiliques ou à
des pathologies communément associées à ces dermatoses, tendent
à placer la PSC dans le spectre des dermatoses neutrophiliques.
La
mise en évidence, dans certains cas (initialement appelés dermatoses neutrophiliques à IgA intraépidermiques), de dépôts
intraépidermiques d’IgA ainsi que d’anticorps sériques antiépiderme
souligne le rapport entre PSC et pemphigus.
B - CLINIQUE :
Il s’agit d’une dermatose rare qui touche préférentiellement la
femme entre 40 et 60 ans (sex-ratio femme/homme de 4).
Elle peut
cependant survenir à tout âge, y compris chez l’enfant.
Toutes les
races peuvent être touchées, même si la plupart des cas sont
rapportés chez des sujets de race blanche.
La lésion élémentaire est
constituée par une pustule de 0,5 à 1 cm de diamètre qui fait parfois
suite à une vésiculobulle fugace.
Les pustules rondes ou
ovales sont flasques et présentent de façon caractéristique un niveau
de pus surmonté d’un liquide clair appelé hypopion.
Elles
s’assèchent en quelques jours et laissent place à une squame sèche
ou à une croûte mélicérique.
Un élément caractéristique est la
tendance des pustules à se regrouper pour former des flaques
pustuleuses annulaires ou polycycliques, à contours
serpigineux et à extension centrifuge.
Une pigmentation brune
transitoire peut persister lorsque la croûte tombe, mais la guérison se fait habituellement sans cicatrice.
Les lésions intéressent
préférentiellement le tronc, les plis axillaires et inguinaux, la région sous-mammaire et les zones de flexion des membres.
L’atteinte des
paumes et des plantes est inhabituelle.
L’extrémité céphalique et les
muqueuses sont toujours respectées.
Un prurit modéré est parfois
retrouvé.
L’état général est conservé au cours des poussées qui ne
sont habituellement pas fébriles.
L’évolution est chronique et
récidivante, se faisant par poussées successives durant en moyenne
quelques semaines.
C - HISTOLOGIE :
La lésion caractéristique est une pustule amicrobienne uniloculaire
sous-cornée, remplie de polynucléaires neutrophiles parfois associés
à quelques éosinophiles.
Quelques cellules acantholytiques sont
parfois retrouvées en bordure de lésions anciennes.
Le derme
superficiel peut être le siège d’un infiltrat périvasculaire modéré
composé essentiellement de polynucléaires neutrophiles associés à
de rares éosinophiles et cellules mononucléées.
L’étude ultrastructurale des lésions a montré l’absence
d’acantholyse, mais des images de souffrance et/ou de nécrose de
kératinocytes isolés au sein de la couche granuleuse, dont résulterait
le clivage entre couche cornée et stratum granulosum.
L’IFD est le plus souvent négative dans la PSC.
Des dépôts interkératinocytaires d’IgA sont rarement retrouvés, parfois en
association avec des anticorps circulants de même isotype.
La
nosologie de ces observations frontières avec un pemphigus à IgA
reste discutée.
D - EXAMENS COMPLÉMENTAIRES :
La numération formule sanguine est normale et la culture
bactériologique du liquide de pustule est stérile.
Une électrophorèse
et une immunoélectrophorèse des protides doivent être
systématiquement réalisées du fait de l’association possible de la
PSC à une gammapathie monoclonale, en particulier à IgA.
E - FORMES CLINIQUES :
1- Formes cliniques et histologiques :
Des formes végétantes et des formes folliculaires ont
été décrites.
2- Pustulose sous-cornée et maladies associées
:
* PSC et dermatoses neutrophiliques :
Les dermatoses neutrophiliques constituent un spectre de différentes
entités, classées notamment selon la profondeur de l’infiltrat de
polynucléaires neutrophiles.
Des associations entre ces
dermatoses ont été décrites.
Ainsi, sept cas de pyoderma
gangrenosum associés à une PSC (dont six présentaient une
gammapathie à IgA) ont été décrits.
Des cas
d’atteinte neutrophilique extracutanée ont été rapportés chez deux
malades atteints de PSC associée à un pyoderma gangrenosum et à
une gammapathie monoclonale à IgA : il s’agissait d’abcès
aseptiques ganglionnaires et spléniques dans un cas et d’une
atteinte pulmonaire dans l’autre cas.
* PSC et gammapathies monoclonales
:
Le nombre de cas de PSC associées à une gammapathie monoclonale
est suffisant pour affirmer que l’association n’est pas fortuite.
Il peut s’agir de gammapathies monoclonales bénignes, de
myélomes ou, plus rarement, de lymphomes sécrétants.
Dans la
grande majorité des cas, il s’agit de gammapathies à IgA (alors que
les gammapathies monoclonales à IgA ne représentent que 10 % des
gammapathies monoclonales).
La découverte de la gammapathie
peut être antérieure, concomitante ou postérieure au diagnostic de
PSC, avec parfois des délais très prolongés (de 4 à 27 ans) avant que
la paraprotéine n’apparaisse.
Il est donc nécessaire, chez les patients atteints de PSC, de surveiller régulièrement l’électrophorèse
et l’immunoélectrophorèse des protides afin de dépister la survenue
d’une éventuelle hémopathie associée.
* PSC et maladies inflammatoires
:
Comme les autres dermatoses neutrophiliques, la PSC peut
s’associer à des maladies inflammatoires du tube digestif, à la
polyarthrite rhumatoïde ou à diverses hémopathies.
Cependant, ces
associations sont beaucoup moins fréquentes dans la PSC que dans
le pyoderma gangrenosum.
De très rares cas d’association à une
entéropathie inflammatoire (maladie de Crohn, rectocolite
ulcérohémorragique) ont été signalés. Des manifestations
articulaires ont été rapportées à huit reprises.
Il s’agissait le plus
souvent (six cas) d’une polyarthrite rhumatoïde, séropositive
dans quatre cas, et semblant évoluer de façon parallèle à la PSC.
Un cas de polyarthrite aiguë, ainsi qu’un cas de polyarthrite
chronique rattachée à un lupus ont également été rapportés.
* PSC et tumeurs :
Quatre cas d’association entre PSC et tumeurs solides ont été
rapportés (cancers du poumon, du pancréas, séminome et apudome) correspondant probablement à des associations
fortuites.
* PSC et maladies auto-immunes :
De la même façon, trois cas d’association avec des maladies autoimmunes
(maladie de Basedow, syndrome de Sjögren, lupus
érythémateux disséminé) ont été rapportés sans que l’on puisse
conclure sur leur signification.
* PSC et médicaments :
Le possible rôle inducteur de certains médicaments (diltiazem,
éprazinone, quinidine) a été suggéré dans quelques cas, soit à
type de toxidermie pustuleuse mimant une PSC chez des sujets non
porteurs de la maladie antérieurement, soit sous forme de
poussées pustuleuses concomitantes à des prises médicamenteuses
chez des sujets déjà porteurs d’une PSC.
* Cas familiaux
:
Un seul cas de PSC touchant deux soeurs a été rapporté.
Le rôle
respectif de l’hérédité et de facteurs environnementaux communs
ne peut donc pas être discriminé.
F - ÉTIOLOGIE :
L’étiologie de la PSC reste inconnue.
Le caractère aseptique des
pustules, l’association possible à d’autres dermatoses neutrophiliques ou à des maladies associées à ces dermatoses, et la
sensibilité aux sulfones tendent à classer la PSC dans le groupe des
dermatoses neutrophiliques.
Il est cependant probable que les
anomalies des polynucléaires neutrophiles rencontrées dans ces
maladies sont différentes d’une affection à l’autre.
Dans la PSC, la
fonction des polynucléaires neutrophiles est considérée comme
normale.
Leur migration dans la zone sous-cornée est probablement
liée à des facteurs chimiotactiques épidermiques : produits de
clivage du complément ou cytokines.
La description d’un cas de
PSC localisée aux points d’injections de GM-CSF (granulocyte
macrophage-colony stimulating factor) chez un patient atteint de
myélome à IgA, ainsi que des cas de syndrome de Sweet et de
pyoderma gangrenosum compliquant des traitements par G-CSF ou
GM-CSF, illustrent le rôle de ces facteurs de croissance
hématopoïétique sur la migration des polynucléaires neutrophiles
dans la peau.
Une élévation du taux de TNFalpha (tumour necrosis factor
alpha) dans le sérum et dans les pustules d’un patient atteint d’une
forme atypique de PSC a été rapportée, suggérant que cette cytokine
puisse jouer un rôle dans la physiopathologie de la maladie.
G - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
Des lésions cliniques et histologiques voisines de la PSC peuvent
être rencontrées dans l’impétigo.
Les deux entités sont cependant
aisées à différencier sur la topographie des lésions, la stérilité des
pustules, l’absence de réponse aux traitements antibiotiques ou
antiseptiques et la chronicité de la PSC.
La pustulose
exanthématique aiguë généralisée se distingue de la PSC par son
début souvent brutal, parfois déclenché par une prise
médicamenteuse ou une infection virale, son évolution aiguë vers
un exanthème généralisé souvent fébrile et sa rapide résolution
spontanée.
Certaines formes pustuleuses de syndrome
d’hypersensibilité médicamenteuse peuvent également faire discuter
une PSC, mais le début brutal après une prise médicamenteuse,
l’existence de signes généraux sévères, d’adénopathies, d’anomalies
hématologiques ou hépatiques, et l’aspect histologique
caractéristique sont en faveur du syndrome d’hypersensibilité
médicamenteuse.
Le pemphigus superficiel peut prendre des aspects
cliniques et histologiques proches de ceux rencontrés dans la PSC.
Cependant, l’existence d’une acantholyse franche et de dépôts
intercellulaires d’IgG et de C3 en IFD permettent le diagnostic.
La
situation nosologique de la dermatose neutrophilique à IgA
intraépidermique (encore nommée pemphigus à IgA) par rapport à
la PSC reste mal définie.
Le diagnostic différentiel entre PSC et psoriasis pustuleux occupe
une place à part, puisque certains auteurs considèrent la première
comme une forme clinique du second.
La plupart s’accordent
cependant à considérer la PSC comme une entité propre.
L’application des critères de Sneddon et Wilkinson
permet habituellement de faire le diagnostic différentiel. La forme
généralisée érythrodermique type Zumbusch ne pose en général
aucun problème diagnostique.
Les formes annulaires de psoriasis
pustuleux peuvent être plus difficiles à distinguer : le caractère
spongiforme des pustules à l’histologie, l’absence de réponse aux
sulfones, l’existence d’antécédents personnels ou familiaux de
psoriasis, une atteinte palmoplantaire ou unguéale sont des
arguments en faveur d’un psoriasis.
L’éruption pustuleuse de la PSC peut plus rarement faire discuter
un érythème nécrolytique migrateur, une pemphigoïde bulleuse ou
une dermatose à IgA linéaires.
H - PRONOSTIC
:
La PSC est une affection bénigne.
L’état général des patients est
habituellement conservé, même lorsque l’éruption est étendue.
Il
s’agit en revanche d’une maladie chronique et récidivante.
Les
associations morbides parfois rencontrées dans la PSC peuvent
cependant grever le pronostic, en particulier l’association à un
myélome.
I - TRAITEMENT
:
Aucune étude contrôlée ne permet d’affirmer ni de comparer
l’efficacité des différents traitements proposés dans la PSC.
Aucun
n’a d’ailleurs une efficacité constante. Les rechutes sont fréquentes à
l’arrêt des traitements, nécessitant le plus souvent une dose
d’entretien.
Le traitement le plus régulièrement efficace est la dapsone (Disulonet) qui est utilisée à la dose de 50 à 150 mg/j.
La réponse est habituellement moins rapide que dans la dermatite
herpétiforme, mais permet la plupart du temps d’obtenir une
rémission partielle, voire complète.
Contrairement à ce qui est
observé dans la dermatite herpétiforme, l’arrêt du traitement ne
s’accompagne pas nécessairement d’une rechute.
Les sulfones
agiraient en inhibant l’action cytotoxique des polynucléaires.
La sulfapyridine peut également être utilisée à la dose de 1 à 3 g/j.
Les dermocorticoïdes de niveau II sont habituellement efficaces mais
sont le plus souvent utilisés au stade aigu, ne dispensant pas d’un
traitement de fond de la maladie.
Les corticoïdes par voie orale,
même lorsqu’ils sont utilisés à forte dose, sont habituellement moins
efficaces que la Disulonet.
Leurs effets secondaires doivent par
ailleurs être mis en balance avec la bénignité de la maladie.
En cas
de mauvaise tolérance ou de résistance aux sulfones, situation plus
fréquente lorsqu’une gammapathie monoclonale est associée, une
autre alternative thérapeutique est représentée par les rétinoïdes qui
inhiberaient la migration des neutrophiles.
Leur intérêt est
cependant discuté puisque, si plusieurs cas de bonne efficacité sont
rapportés avec l’étrétinate, un essai avec l’isotrétinoïne n’a pas
montré d’efficacité.
Une autre alternative thérapeutique est
également représentée par la photothérapie par PUVAthérapie
ou UVBthérapie (bande étroite ou bande large).
Diverses
associations de ces traitements (dapsone-étrétinate, dapsone-PUVA,
réPUVA...) ont également été rapportées.
D’autres traitements ont
été proposés de façon plus anecdotique : macrolides, colchicine
et, plus récemment, méthotrexate.
Pemphigus à IgA (dermatose
vésiculopustuleuse à IgA
intraépidermique)
:
A - HISTORIQUE. DÉFINITION
:
Les premiers cas de PSC associée à des dépôts intraépidermiques
d’IgA ont été décrits en 1979 par Varigos ainsi que par Sneddon
et Wilkinson eux-mêmes. Quatre autres cas sont rapportés entre
1982 et 1984, en particulier par Wallach qui individualise cette
nouvelle entité sous le nom de « pustulose sous-cornée, acantholyse
superficielle et IgA monoclonale ».
Une revue publiée par
le même auteur en 1992 fait la synthèse des 29 cas publiés à
l’époque.
La classification de cette entité, par rapport à la PSC et
au pemphigus superficiel, reste incertaine, telles qu’en témoignent
les nombreuses dénominations choisies par les auteurs.
Des
caractéristiques communes avec certaines formes de pemphigus
superficiel sont à l’origine de dénominations rappelant cette
parenté : « pemphigus foliacé à IgA », « pemphigus à IgA »,
« pemphigus herpétiforme à IgA ».
D’autre part, les similitudes
avec la PSC et les autres dermatoses neutrophiliques sont à l’origine
de dénominations telles que « dermatose neutrophilique à IgA
intraépidermique », « pustulose à IgA intraépidermique »,
« dermatose neutrophilique atypique avec dépôts sous-cornés
d’IgA ».
Enfin, d’autres dénominations telles que « dermatose à IgA intercellulaire » ou « dermatose vésiculopustuleuse à IgA
intercellulaire » ajoutent à la confusion terminologique et
nosologique.
Nous utiliserons ici le terme de « pemphigus à IgA »
qui, en plus de l’avantage de la concision, nous semble adapté pour
qualifier une maladie caractérisée par un clivage intraépidermique
vraisemblablement lié à la présence d’autoanticorps antiépiderme,
même si le mécanisme est probablement différent de celui rencontré
au cours du pemphigus classique.
Le pemphigus à IgA partage
cependant plusieurs caractéristiques communes avec certaines
dermatoses neutrophiliques, notamment une présentation clinique,
des caractéristiques évolutives, des associations morbides et une
sensibilité thérapeutique commune.
Le pemphigus à IgA peut être défini comme une maladie
vésiculopustuleuse ou bulleuse caractérisée histologiquement par la
présences de pustules intraépidermiques et de dépôts interkératinocytaires d’IgA en IFD.
Il semble que le pemphigus à IgA puisse être divisé en deux sous-types en fonction de la
localisation des pustules et des dépôts d’IgA dans l’épiderme.
Ainsi, Ebihara et Hashimoto distinguent-ils la PSC (type SPD :
subepidermal pustular dermatosis) caractérisée par des dépôts d’IgA
et la présence de polynucléaires neutrophiles dans la région souscornée
et la pustulose intraépidermique décrite par Huff (type
IEN : intraepidermal neutrophilic) dans laquelle les dépôts d’IgA et
les pustules sont localisés sur toute la hauteur de l’épiderme.
Cette
subdivision en deux sous-types rejoint celle proposée par Beutner
qui distingue le pemphigus foliacé à IgA et le pemphigus à IgA type
IEN.
B - TABLEAU CLINIQUE :
La maladie touche aussi bien les hommes que les femmes avec un
sex-ratio homme/femme de 0,7.
L’âge de début des symptômes est
très variable.
Il ne semble pas exister de prédominance
géographique ni raciale.
La plupart des cas décrits correspondent à un tableau clinique
superposable à celui de la PSC, tant sur l’aspect et la topographie
des lésions que sur leur mode évolutif.
Il existe cependant un certain
polymorphisme clinique, certains cas se rapprochant cliniquement
d’un pemphigus superficiel ou d’un pemphigus herpétiforme, et même un cas d’un pemphigus végétant. Des lésions
ulcérées proches du pyoderma gangrenosum ont été décrites dans
un cas [84].
Une atteinte de la muqueuse buccale a été rapportée dans
deux observations.
Comme dans la PSC, l’évolution est
chronique mais le plus souvent bénigne, malgré la survenue de
poussées parfois responsables de lésions disséminées.
C - HISTOLOGIE :
L’examen histologique des lésions montre le plus souvent une
pustule uniloculaire sous-cornée siégeant sur un épiderme intact,
identique à celle observée dans la PSC.
Cependant, des pustules sont
parfois rencontrées à d’autres niveaux de l’épiderme soit de façon
isolée, soit en association à des pustules sous-cornées.
Le niveau de
formation des pustules est utilisé pour distinguer le pemphigus à IgA type SPD du pemphigus à IgA type IEN.
Une acantholyse
modérée est fréquemment présente.
Un clivage suprabasal a été
observé dans quelques cas.
D - IMMUNOHISTOCHIMIE :
La présence de dépôts d’IgA en IFD est caractéristique de la maladie.
Ces dépôts interkératinocytaires sont parfois localisés aux couches
superficielles de l’épiderme (type SPD) ou intéressent l’ensemble de
l’épiderme (type IEN). Un marquage linéaire sous-corné a été signalé
dans quelques observations. Des dépôts intercellulaires
d’IgG ou de C3 sont parfois associés aux dépôts d’IgA.
La recherche d’anticorps antiépiderme circulants d’isotype IgA n’est
positive que dans 50 % des cas, donnant généralement un aspect de
fluorescence superposable avec celui obtenu en IFD.
Il a été noté,
dans deux cas, que les anticorps circulants étaient uniquement de
sous-classe IgA1.
Des anticorps circulants de classe IgG sont
rarement retrouvés en association aux IgA et posent le problème du
rapport de cette affection avec les pemphigus classiques.
E - ÉTUDE ULTRASTRUCTURALE :
Une étude en immunomicroscopie électronique (IME) a été réalisée
dans quatre cas montrant, dans un cas, des dépôts d’IgA
prédominant sur les structures desmosomales et, dans les trois
autres cas, des IgA réparties uniformément le long de la membrane
cytoplasmique des kératinocytes.
Dans un cas avec dépôts
linéaires sous-cornés d’IgA en IF, l’IME a montré que ces dépôts
étaient localisés dans les couches superficielles du stratum
spinosum, ne différant donc pas du type SPD.
F - CARACTÉRISATION DU (OU DES) ANTIGÈNE(S)
CIBLE(S) :
Les antigènes reconnus par les autoanticorps au cours du
pemphigus à IgA ne sont pas encore tous individualisés.
Les
différents antigènes identifiés jusqu’à présent comme reconnus par
les IgA sont la desmocolline 1 et, plus rarement, la desmogléine 1 et
la desmogléine 3.
Des anticorps anti-desmocollines (Dsc, 105-115 kDa) sont le plus
souvent détectés.
La réactivité des sérums de pemphigus à IgA
vis-à-vis de ces cadhérines desmosomales semble différente entre les
types SPD et IEN.
La plupart des sérums de pemphigus à IgA
type SPD reconnaissent la Dsc1, ce qui ne semble pas le cas des
sérums de type IEN.
Les autoanticorps antiDsc1 ne sont cependant pas
pathognomoniques du pemphigus à IgA puisque des anticorps
reconnaissant cette protéine peuvent être détectés dans des sérums
de pemphigus superficiels sporadiques ou endémiques, ainsi que
dans quelques sérums de pemphigus vulgaires.
La desmogléine 1 et la desmogléine 3 sont plus
rarement reconnues par les sérums de pemphigus à IgA et
soulignent les rapports du pemphigus à IgA avec les autres types de
pemphigus.
Il existe en fait vraisemblablement des formes de
passage entre pemphigus classique et pemphigus à IgA.
G - PHYSIOPATHOLOGIE :
Les mécanismes à l’origine de l’accumulation des polynucléaires
neutrophiles dans l’épiderme et du clivage intraépidermique sont
assez mal connus.
Quelques observations suggèrent le caractère directement pathogène
des IgA.
Cependant, l’hypothèse le plus couramment avancée est
celle d’une action chimiotactique directe ou indirecte (complémentdépendante)
des IgA sur les polynucléaires neutrophiles.
Par leur
capacité de liaison aux polynucléaires neutrophiles, les IgA
pourraient constituer un facteur chimiotactique de ces cellules dans
l’épiderme, ce qui expliquerait la colocalisation fréquente des dépôts
d’IgA et de l’infiltrat de polynucléaires neutrophiles.
Le
clivage intraépidermique pourrait résulter de la libération
d’enzymes lysosomiales et de dérivés de l’oxygène actifs par les
polynucléaires neutrophiles.
H - ASSOCIATIONS MORBIDES :
Une gammapathie monoclonale à IgA est retrouvée dans 20 % des
cas.
Il s’agit des mêmes hémopathies que dans la PSC.
Dans deux
cas, les IgA déposées dans l’épiderme utilisaient exclusivement la
même chaîne légère que celle de la paraprotéine circulante, ce qui
constitue un argument en faveur du dépôt de la paraprotéine dans
l’épiderme.
Les mêmes associations morbides que celles rencontrées au cours de
la PSC ont été décrites dans le pemphigus à IgA : associations à
d’autres dermatoses neutrophiliques d’une part, et à d’autres
maladies inflammatoires (polyarthrite, entéropathies inflammatoires) d’autre part.
Des dépôts concomitants d’IgA dans la peau
et le tube digestif ont été rapportés.
I - TRAITEMENT :
Comme dans la PSC, le médicament le plus constamment efficace
est la Disulonet, avec cependant des cas de résistance, en particulier
en cas d’association à une gammapathie.
Les rétinoïdes ou la PUVAthérapie peuvent alors être proposés.
En cas de résistance à
la Disulonet, la colchicine ou les corticoïdes per os, seuls ou
associés à des immunosuppresseurs, peuvent être essayés. Les
dermocorticoïdes sont un traitement d’appoint intéressant du
pemphigus à IgA, notamment au stade aigu de la maladie.