Psychiatrie et dermatologie
(Suite) Cours de dermatologie
B -
DYSMORPHOPHOBIES ET DÉLIRES CUTANÉS :
1- Dysmorphophobies :
Ce sont des préoccupations anormales concernant l’esthétique du
corps.
Ces préoccupations d’allure obsessionnelle sont relatives à
l’ensemble de la morphologie corporelle (poids, taille...) ou à une
partie définie du corps.
Différentes études indiquent que trois sites
sont principalement le siège des dysmorphophobies : le visage, le
cuir chevelu, la zone génitale (chez les hommes).
Les dysmorphophobies concernant le visage surviendraient
préférentiellement chez la femme et seraient particulièrement de
mauvais pronostic (trois suicides sur une série de six cas).
Les dysmorphophobies sont actuellement considérées comme des
symptômes non spécifiques survenant au cours de syndromes
psychiatriques variés.
Elles peuvent ainsi correspondre à des
préoccupations névrotiques hypocondriaques ou à de véritables
convictions délirantes pouvant marquer l’entrée dans une
schizophrénie.
Dans tous les cas, la dimension dépressive paraît très
importante.
Proche par certains aspects des dysmorphophobies, l’éreuthophobie
est la peur de rougir devant les autres.
Mais elle peut aussi être
vécue comme la crainte de laisser transparaître des pensées ou des
sentiments honteux ou coupables.
Les frontières entre le dedans et
le dehors et entre la réalité psychique et la réalité externe sont alors
fragiles.
Dans ces cas, l’éreutophobie est proche du délire de devinement de la pensée.
Dans l’immense majorité des cas, les dysmorphophobes consultent
en première intention un dermatologue pour avoir un avis
dermatologique et obtenir un traitement dermatologique et/ou
chirurgical tels que, épilation électrique, laser, greffe, acte chirurgical
à visée réparatrice ou esthétique.
Le travail de prise en charge le plus ardu revient donc, comme pour
les autres expressions cutanées de troubles psychiatriques, au
dermatologue.
On constate aussi que, dans ces cas, le chirurgien plasticien est
souvent concerné.
On ne dira jamais assez combien toute indication
d’acte chirurgical plastique doit être mûrement réfléchie.
2- Délires cutanés :
Le délire le plus fréquemment rencontré en dermatologie est le
délire d’infestation cutanée.
Les autres thèmes délirants se
développent principalement autour de la conviction d’émettre une
odeur corporelle désagréable ou d’avoir un objet étranger dans la
peau ou encore de présenter un aspect inesthétique d’une partie du
corps ou du corps tout entier (dysmorphophobie délirante).
Le délire d’infestation cutanée est caractérisé par la conviction
délirante d’être infesté par des parasites et il s’accompagne souvent
au niveau du revêtement cutané, de sensations variées à type de prurit, picotement, fourmillement.
Classiquement ce délire
d’infestation cutanée est monothématique, coexistant avec une
adaptation sociale de relativement bonne qualité et survenant chez
une femme de plus de 60 ans isolée sur le plan socioaffectif.
De nombreux auteurs s’accordent sur la causalité multiple du délire.
Ce dernier est en effet parfois favorisé par des sensations
prurigineuses d’origine physiologique (rôle du vieillissement
cutané) ou pathologique.
Dans ce cas, il peut s’agir d’une pathologie
métabolique : insuffisance rénale ou hépatique, diabète ou toxique :
corticostéroïdes, surdosage de médicaments à propriétés anticholinergiques (atropine, antidépresseurs tricycliques,
antiparkinsoniens) ou dermatologique : xérose, véritable infestation
cutanée préexistante ou enfin alimentaire : alimentation pauvre en
vitamines B.
Mais ce sont les facteurs psychologiques qui contribuent pour une
très large part à la pathogenèse du délire.
Celui-ci survient en effet
le plus souvent au cours d’un état dépressif et anxieux sévère sur
une personnalité de type sensitif.
Le délire est d’ailleurs
fréquemment sous-tendu par de véritables hallucinations tactiles et
une tendance interprétative qui rapprochent ce syndrome du délire
paranoïaque et de l’hypocondrie délirante.
Divers auteurs invoquent
aussi, dans le déclenchement du délire, le rôle des perturbations
sensorielles des personnes âgées (atteintes de la vision et de
l’audition, carence des échanges tactiles).
Au sens strict du terme, le délire d’infestation cutanée survenant
dans le cadre d’un affaiblissement démentiel constitue un diagnostic
d’élimination.
De même quand un tel délire survient chez un sujet
beaucoup plus jeune et s’accompagne d’autres idées délirantes et
d’autres troubles de la personnalité, il peut être révélateur d’une
schizophrénie.
Le principal problème du délire d’infestation cutanée classique est
celui d’amener une malade âgée, délirante, convaincue d’être
infestée par des parasites et cherchant de l’aide auprès des médecins
généralistes, dermatologues, parasitologues, à prendre un traitement
psychotrope (neuroleptique et/ou antidépresseur) et, si cela s’avère
nécessaire aux yeux du somaticien, à aller voir un psychiatre.
Dans
ce but, il est fondamental de ne jamais négliger le traitement local
dermatologique, y compris dans sa dimension cosmétologique et le
plus souvent antiparasitaire.
D’ailleurs, il est fréquemment rapporté
qu’un traitement chimique psychiatrique est d’autant mieux suivi
par une malade qu’il est prescrit par un dermatologue attentif à
soutenir psychologiquement sa malade mais aussi à l’aider à
prendre mieux soin de sa peau.
C - TROUBLES FONCTIONNELS CUTANÉS ET MUQUEUX
:
Ces troubles consistent en des plaintes qui ne correspondent à aucun
substratum anatomique.
Cependant la crainte des praticiens est de
poser abusivement le diagnostic de trouble fonctionnel et d’ignorer
une maladie organique sous-jacente (de la gale à la maladie de
Hodgkin, en passant par l’insuffisance rénale).
Dans la majorité des
cas, le diagnostic de trouble fonctionnel renvoie au diagnostic de
dépression.
Il s’agit alors dans ce contexte d’une dépression où les
signes somatiques sont au premier plan alors que les signes
psychiques demandent une recherche minutieuse.
1- Prurit
:
C’est une sensation cutanée particulière provoquant le besoin plus
ou moins incoercible de se gratter.
Cette sensation peut être
généralisée à tout le revêtement cutané ou bien localisée sur une
zone cutanée.
Le prurit est présent et parfois même révélateur dans
de nombreuses affections organiques, qu’elles soient générales ou
dermatologiques.
Le problème majeur du prurit est donc celui de la
recherche de son étiologie.
Certaines particularités cliniques peuvent
faire évoquer, lors de l’entretien, l’origine fonctionnelle du prurit :
– la brutalité des accès prurigineux ;
– la disparition du prurit quand l’attention du malade est focalisée
par un événement quelconque (par exemple par l’entretien avec un
médecin) ;
– l’écart entre une évocation riche et dramatique du prurit et une
pauvreté des lésions provoquées par le grattage.
Quant à l’insomnie au cours du prurit fonctionnel, elle est
diversement appréciée par les auteurs.
Pour certains d’entre eux,
cependant, le prurit fonctionnel respecterait le sommeil.
Enfin, l’origine fonctionnelle du prurit est confirmée par l’absence
de lésions cutanées spécifiques d’une dermatose, par l’absence d’une
maladie générale et par la négativité de tous les examens
complémentaires, en dehors d’une surinfection toujours possible des
lésions provoquées par le grattage.
En fait, en pratique, dans la genèse d’un prurit, les facteurs
organiques et les facteurs psychologiques sont souvent intriqués.
Les
praticiens doivent donc apprécier la part respective de ces différents
facteurs afin d’en tenir compte lors de la démarche thérapeutique.
Ainsi, certaines dermatoses, comme le psoriasis, ont été longtemps
considérées comme non ou peu prurigineuses.
En fait, récemment,
dans le psoriasis par exemple, une enquête auprès de 82 malades a
révélé que 67 % d’entre eux souffraient d’un prurit modéré ou
sévère.
En outre, il a été montré que l’intensité du prurit était
corrélée à l’intensité de la dépression, non seulement dans le
psoriasis mais aussi dans la dermatite atopique et dans l’urticaire
chronique.
Il a été suggéré que la dépression abaissait le seuil de
perception des sensations prurigineuses.
Si le prurit « trouble fonctionnel cutané » est surtout un équivalent
dépressif revêtant ou non une signification symbolique, il peut aussi
exprimer des affects agressifs et anxieux ainsi que parfois une
angoisse de morcellement quand il survient sur une personnalité
psychotique.
En cas de prurit génital, aussi bien chez l’homme que chez la femme,
on remarque une peur plus ou moins manifeste d’avoir un cancer
ou une maladie vénérienne.
Cette peur est souvent liée à des
relations sexuelles vécues comme très culpabilisantes.
En cas de prurit vulvaire, la dépression s’inscrit la plupart du temps
dans une structure de personnalité névrotique le plus souvent
hystérique.
Des sentiments hostiles et des reproches à l’encontre du
partenaire sont souvent exprimés en cours de psychothérapie.
Ce
sont ces affects négatifs qui empêchent l’émergence de tout désir
sexuel et la réalisation de toute vie affective et sexuelle satisfaisante
et non pas le prurit et les conséquences somatiques de ce dernier.
Cela apparaît de façon évidente quand les symptômes somatiques
sont guéris.
Dans le prurit anal, les facteurs dermatologiques ne sont jamais
négligeables.
Le prurit psychogène a souvent débuté après un
véritable problème somatique.
De plus, les conditions locales et les
multiples traitements n’ont pu qu’aggraver la symptomatologie ;
d’ailleurs, le prurit anal psychogène est très souvent insomniant.
Il
survient généralement chez une personnalité obsessionnelle
décompensée sur un mode dépressif.
Quant au prurit sénile, on trouve très souvent aussi à son origine
des facteurs somatiques (sécheresse cutanée).
Il survient en général
chez des personnes âgées déprimées, solitaires, isolées affectivement,
souffrant de troubles de la perception (audition, vision) et d’un
manque de stimulation et de contact cutanés.
Ce prurit sénile est
important à repérer et à traiter car il peut favoriser l’éclosion d’un
véritable délire parasitaire.
2- Douleurs muqueuses
:
* Glossodynie :
Elle est caractérisée par des douleurs persistantes de la langue.
Elles
s’installent peu à peu dans la matinée pour s’accentuer tout au long
de la journée mais elles entravent peu ou pas l’alimentation et le
sommeil.
Elles surviennent bien plus souvent chez la femme que
chez l’homme.
Elles peuvent parfois s’étendre au palais, aux lèvres,
aux joues et aux gencives (stomatodynie).
En cas de stomatodynie, il faut éliminer une xérostomie (facilement
détectée par un test au sucre).
Toute xérostomie inciterait à
rechercher une xérophtalmie, ces symptômes pouvant alors entrer
dans le cadre d’un syndrome de Gougerot-Sjögren
Dans la très grande majorité des cas, la glossodynie est l’expression
somatique d’une souffrance psychique qui n’a cependant pas de
signification univoque.
Bien au contraire, la glossodynie réalise un
symptôme polysémique survenant chez des personnalités diverses.
La glossodynie, comme d’autres manifestations fonctionnelles
cutanées, peut être considérée comme un équivalent dépressif
révélateur d’un trouble de l’humeur et pouvant revêtir une
signification symbolique.
Dans d’autres cas, la glossodynie correspond à une préoccupation
hypocondriaque.
Cette forme clinique se voit généralement chez une
femme plus âgée, plus solitaire, plus profondément déprimée que la
précédente : le sens du symptôme glossodynie semble, dans de tels
cas, très enfoui.
Il arrive enfin que la préoccupation hypocondriaque
soit délirante, mais cette éventualité reste peu fréquente.
* Vulvodynie :
Elle est le plus souvent caractérisée par des douleurs persistantes de
la région vulvaire à type de brûlures.
Ces sensations de brûlure
peuvent s’étendre à tout le périnée et en particulier à l’anus.
Elles
s’installent peu à peu dans la matinée pour s’accentuer tout au long
de la journée ou quand la malade quitte la position allongée.
Cependant, elles respectent classiquement le sommeil.
Les relations
sexuelles, quant à elles, sont entravées de façon très variable.
La plainte vulvodynique est fréquemment un équivalent dépressif
révélateur d’un trouble de l’humeur survenant sur une personnalité
névrotique organisée sur un mode hystérique.
Une étude a montré
que les femmes souffrant d’une plainte vulvodynique étaient plus
anxieuses et plus suggestionnables que les femmes souffrant d’une
vulvodynie liée à une cause organique.
Leur symptomatologie
vulvaire retentissait aussi plus sur leur vie sexuelle et elles
exprimaient plus de plaintes somatiques variées.
Il a été aussi
rapporté, chez des malades souffrant d’algies pelviennes chroniques,
une fréquence accrue de maltraitances physiques ou de sévices
sexuels, comparativement aux données concernant la population
générale.
Comme la plainte glossodynique, la plainte vulvodynique
peut correspondre à une plainte hypocondriaque, délirante ou
non.
Complications dermatologiques
des psychotropes :
On désigne sous le terme de toxidermies l’ensemble des effets
secondaires cutanés des médicaments.
Les psychotropes sont
responsables d’un certain nombre de toxidermies dont le
polymorphisme est extrême et les mécanismes physiopathologiques
encore inconnus dans une très grande majorité des cas.
A - LITHIUM :
Les relations entre le lithium, la peau et certaines dermatoses sont
nombreuses et complexes et de mécanismes non encore clairement
élucidés.
Les complications dermatologiques du lithium peuvent
survenir à doses thérapeutiques et contraindre parfois le praticien à
diminuer les doses, ou même à arrêter le traitement.
Leur incidence
est de 3 à 34 % selon les études.
Les femmes seraient plus susceptibles que les hommes de
développer des complications cutanées lors d’un traitement par le
lithium.
1- Psoriasis :
On a décrit l’apparition d’un psoriasis chez des sujets traités par
lithium sans aucun antécédent de psoriasis personnel ou familial.
Mais il a été plus fréquemment décrit l’aggravation d’un psoriasis
préexistant ou l’apparition d’une résistance aux traitements d’un
psoriasis auparavant bien équilibré ou même la transformation d’un
psoriasis en plaques en un psoriasis pustuleux généralisé, mettant
en danger le pronostic vital du sujet.
Après le début d’un traitement par le lithium à doses thérapeutiques
habituelles, le délai nécessaire à l’apparition d’un psoriasis ou à
l’aggravation d’un psoriasis préexistant varie de plusieurs semaines
à plusieurs années.
Ces psoriasis paraissent plus résistants aux
traitements habituels.
Si dans quelques cas la réduction des doses
de lithium est suffisante pour faire disparaître ou pour atténuer de
façon notable le psoriasis, dans d’autres cas il peut être nécessaire
d’arrêter le traitement par le lithium.
Cependant, la présence d’un
psoriasis chez un sujet susceptible d’être traité par le lithium n’est
pas une contre-indication à ce traitement.
2- Acné
:
L’aggravation d’une acné préexistante ainsi que la survenue d’une
acné ou d’une éruption acnéiforme rapidement après le début d’un
traitement par lithium sont relativement fréquentes.
Dans les deux
cas, l’éruption acnéique diffère de l’acné vulgaire par le siège (elle
atteint les avant-bras et les jambes) et par l’aspect clinique (les
pustules sont toutes au même stade de développement et il n’existe
pas de comédons ou de kystes).
L’acné induite par le lithium semble
être plus dose-dépendante que les autres effets secondaires
dermatologiques induits par le lithium. Elle disparaît aussi
rapidement après l’arrêt du lithium.
Cependant, cet arrêt n’est pas
toujours nécessaire puisque l’acné induite par le lithium peut être
efficacement soignée par les traitements habituels utilisés dans
l’acné.
L’inhibition de l’activité de l’adénosine monophosphate (AMP)
cyclique par le lithium semble être un des facteurs favorisant
l’apparition ou l’aggravation d’un psoriasis ou d’une acné.
3- Autres complications dermatologiques du lithium
:
Il a été aussi décrit, chez les sujets traités par le lithium, des
hidrosadénites suppuratives, des folliculites, une décoloration des
ongles des orteils, une alopécie, des rashs prurigineux maculopapuleux et même un syndrome de Lyell (dans ce
dernier cas, l’arrêt définitif du lithium est obligatoire) ainsi que
l’aggravation d’une maladie de Darier et la survenue d’un lupus
comportant des signes cutanés et biologiques (vitesse de
sédimentation élevée, éosinophilie, anticorps antiacide
désoxyribonucléique).
B - NEUROLEPTIQUES :
Environ 5 % des malades traités par la chlorpromazine développent
des complications dermatologiques pendant ce traitement.
Ces
complications nécessitent souvent l’arrêt du traitement. Après l’arrêt,
elles sont en général réversibles mais en un temps variable.
Elles
consistent principalement en :
– des réactions cutanées urticariennes apparaissant entre la première
et la cinquième semaine de traitement ;
– des réactions cutanées de photosensibilité, surtout lors de
traitements prolongés à fortes doses (doses supérieures à 600 mg/j).
Elles se manifestent par une pigmentation progressive des zones
exposées au soleil ne disparaissant pas l’hiver.
Dans les cas les plus
sévères, les sujets développent une intense et persistante coloration bleu-gris du visage.
Des lupus induits par les phénothiazines ont été aussi décrits lors
de traitements prolongés et à fortes doses par ces produits
(supérieurs à 600 mg/j).
C - ANTICOMITIAUX :
La carbamazépine, le phénobarbital, l’hydantoïne sont des produits
assez fréquemment incriminés dans toutes les séries de malades
présentant des syndromes de Stevens-Johnson ou de Lyell.
Ces
syndromes correspondent à une nécrose de l’épiderme réalisant
cliniquement des décollements de l’épiderme en vésicules séparées
les unes des autres dans le syndrome de Stevens-Johnson ou en
« nappe » dans le syndrome de Lyell.
Ces décollements laissent à nu un derme rouge vif et suintant.
La mortalité précoce est de 3 % dans
le syndrome de Stevens-Johnson et de 30 % dans le syndrome de
Lyell.
Ces toxidermies, qui nécessitent bien sûr l’arrêt immédiat du
traitement, restent exceptionnelles. Certains facteurs, comme par
exemple une infection par le virus de l’immunodéficience humaine,
en augmentent le risque.
D’autres complications dermatologiques déclenchées par les anticonvulsivants, en particulier par l’acide valproïque, ont été
décrites : des chutes de cheveux de type effluvium télogène, des
lupus, des pseudolymphomes, des sclérodermies et des vascularites.
D - BENZODIAZÉPINES :
Elles ont en général peu d’effets secondaires cutanés.
On a surtout
décrit, avec le chlordiazépoxide et l’alprazolam, des réactions
cutanées de photosensibilité.
E - ANTIDÉPRESSEURS :
Si l’on excepte l’hyposialorrhée et la sécheresse oculaire entrant dans
le cadre des effets atropiniques des antidépresseurs tricycliques, les
effets secondaires cutanés des antidépresseurs ne sont pas très bien
connus.
On a décrit avec les antidépresseurs tricycliques et en
particulier avec la désipramine, l’apparition, lors de la troisième
semaine de traitement, de réactions cutanées allergiques (urticaire,
angiooedème).
Il n’existe pas cependant d’allergie croisée entre les
différents antidépresseurs tricycliques.
On a aussi décrit exceptionnellement des toxidermies bulleuses
sévères (syndrome de Stevens-Johnson ou syndrome de Lyell), des
vascularites leucocytoclasiques se manifestant au niveau de la peau
par des lésions purpuriques papuleuses et par des ulcérations mais
pouvant atteindre aussi les petits vaisseaux d’autres organes (rein,
poumon...), des réactions de photosensibilité, des chutes de cheveux,
des pseudolymphomes (avec la fluoxétine et avec l’imipramine).
Rôle des facteurs psychosociaux
dans le déclenchement et/ou
l’évolution des dermatoses :
De nombreuses dermatoses sont réputées pour être
psychosomatiques.
Cela signifie que dans le déclenchement et/ou
l’évolution de ces dermatoses, comportant des altérations
biologiques objectivables, interviennent des facteurs psychosociaux
tels que les stress et les caractéristiques de la personnalité des
malades, aux côtés des facteurs biologiques tels que, par exemple,
l’hérédité.
Les psychothérapies d’enfants et d’adultes ont le mérite
de rapporter de façon détaillée des cas de malades souffrant de
dermatoses pour lesquelles la composante psychosomatique est
importante.
Ces études de cas mettent souvent l’accent sur
certaines caractéristiques de la personnalité de ces malades, de leur
constellation familiale et sociale, du type de liens qu’ils entretiennent
avec autrui (y compris avec leur psychothérapeute).
Ces différentes
caractéristiques rendraient ces sujets plus fragiles face aux
événements de vie. Ceux-ci deviendraient donc éprouvants en
rencontrant une personnalité vulnérable.
Dans ces études de cas, la
personnalité des sujets est fréquemment décrite comme très fragile
sur le plan narcissique.
Mais cette fragilité narcissique peut être
masquée par une apparente bonne adaptation socioprofessionnelle
et affective et par la présence de traits de personnalité
psychosomatique telle que la définit Marty (pensée opératoire,
relation « blanche » avec l’interlocuteur, reduplication projective).
Dans ces conditions, il n’est pas toujours facile pour un investigateur
de repérer des événements de vie éprouvants chez de tels sujets.
Un
événement de vie éprouvant peut en effet paraître anodin alors que
le sujet a surtout des difficultés à reconnaître les émotions que cet
événement a fait naître en lui et à exprimer celles-ci.
Ou bien un
événement de vie éprouvant peut paraître banal ou même heureux
alors qu’il renvoie le sujet à la crainte de décevoir un objet
particulièrement investi et donc à la crainte de perdre ce dernier.
A - STRESS :
De nombreux travaux dans le domaine de la psychosomatique ont
tenté de repérer un lien entre des événements vitaux (life-events) ou
des changements vitaux (life-changes) stressants et le déclenchement
de diverses catégories de maladies.
Ces résultats ont été affinés en
tenant compte de la résonance affective de chaque événement pour
chaque sujet particulier.
La notion de stress ne renvoie pas
seulement en effet à une réalité extérieure mais également à la
structure de la personnalité et aux capacités défensives du sujet
confronté à une réalité contraignante.
Un événement n’est stressant,
voire traumatique, que s’il prend une place particulière dans
l’histoire du sujet.
Ceci indique combien il faut être prudent quand
on interprète les études portant sur le stress.
L’importance du rôle
du stress a été mise en évidence dans le déclenchement ou la
survenue de récidives de nombreuses dermatoses aussi différentes
les unes des autres que par exemple l’herpès, l’acné ou
l’hyperhidrose idiopathique.
Ailleurs, les résultats des études sont
parcellaires (dans le pemphigus) ou même contradictoires.
1- Pelade
:
Selon les études, un stress est incriminé comme pouvant être à
l’origine de cette chute de cheveux et/ou des poils dans 5 à 96%
des cas.
Dans une étude portant sur 60 enfants peladiques, on a
pourtant repéré la présence d’un événement ou d’un changement
stressant dans 75 % des cas ou cours des semaines ou des mois
précédant la survenue de la pelade.
Deux catégories principales d’événements stressants ont été
retenues :
– des événements ayant entraîné une peur intense chez l’enfant ;
– des événements ayant entraîné une rupture ou ayant signifié une
menace de rupture d’un lien relationnel privilégié.
Mais le rôle du stress a été surtout étudié dans la dermatite atopique
et dans le psoriasis.
2- Dermatite atopique :
Le caractère très fluctuant de la dermatite atopique (ou eczéma
constitutionnel) a favorisé les études cliniques, en particulier
longitudinales, aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte jeune.
Ces
études ont montré le rôle déterminant du stress dans la survenue de
poussées de dermatite atopique et le rôle aggravant du stress sur le
pronostic de la dermatite atopique.
Ainsi, une étude a été réalisée
chez 50 sujets atopiques sur une durée de 15 jours grâce à une
technique d’autoévaluation basée sur un compte rendu quotidien
concernant la dermatite atopique et les facteurs psychologiques.
Cette étude a montré que le stress et la dépression étaient
significativement liés aux poussées de dermatite atopique.
Un stress
le jour « j » prédisait une poussée de dermatite atopique le jour j + 1.
Cette relation était réciproque.
Par ailleurs, une poussée de
dermatite atopique le jour « j » prédisait un état dépressif le jour j+1.
Mais cette dernière relation n’était pas réciproque.
La valeur prédictive de l’intensité des stress quotidiens et la qualité
de l’environnement familial en ce qui concerne la sévérité de la
dermatite atopique chez l’enfant ont été aussi montrées.
Une étude a par ailleurs indiqué que les sujets atopiques
répondaient plus vite par l’action de se gratter à un stimulus
provoquant une sensation de démangeaison que les sujets d’un
groupe contrôle indemnes de toute affection cutanée.
Or, on sait
combien le grattage aggrave les lésions de dermatite atopique et
favorise même l’apparition de ces dernières.
3- Psoriasis
:
Une étude portant sur 100 psoriasiques a montré de façon
statistiquement significative que les malades qui avaient pu retrouver, avec la caution de leur médecin, un événement ou un
changement stressant à l’origine de leur psoriasis avaient présenté,
au cours des 3 années de suivi, des rémissions plus fréquentes et de
meilleure qualité que les malades qui n’avaient pas pu rapporter de
tels événements.
En outre, au sein de la première catégorie de
malades, ceux qui, après 3 ans, avaient gardé en mémoire ce lien
entre événement stressant et psoriasis, étaient plus souvent en
rémission que ceux qui l’avaient oublié.
Une autre étude a comparé trois groupes de malades.
Le premier
groupe était constitué de malades psoriasiques, le deuxième de
malades souffrant de dermatoses variées mais pour lesquelles le rôle
du stress est souvent incriminé (urticaire, dermatite atopique, acné,
alopécie), et le troisième groupe était constitué de dermatoses a
priori indépendantes de facteurs psychiques (mycoses cutanées,
nævi nævocellulaires, mélanomes).
Le rôle du stress dans le
déclenchement de la dermatose ou de ses poussées a été invoqué
beaucoup plus fréquemment par les malades souffrant d’un
psoriasis que par les malades des deux autres groupes.
Les
principaux événements stressants rapportés par les malades psoriasiques étaient des bouleversements familiaux (en particulier
des deuils) ou de fortes contraintes professionnelles ou scolaires.
Dans la plupart des études, le délai entre le stress et l’apparition du
psoriasis ou d’une des poussées de celui-ci varie entre 2 jours et 4
semaines.
Il ne semble pas exister de corrélation entre la longueur
du délai et la sévérité du psoriasis.
En revanche, une corrélation
paraît exister entre la gravité du psoriasis et de la détresse
psychologique et l’intensité de l’impact émotionnel des événements
stressants subis par le malade.
En ce qui concerne les facteurs de risque, la plupart des travaux ont
surtout étudié l’association psoriasis et intoxication alcoolique et/ou
tabagique.
L’expérience clinique a souvent montré que le psoriasis
semblait plus résistant aux thérapeutiques habituelles quand il
survenait chez un sujet consommant beaucoup d’alcool.
Une étude
a montré que les psoriasiques de sexe masculin avaient une
consommation d’alcool et des taux de gammaglutamyl
transpeptidases plus élevés que les hommes d’un groupe contrôle,
aussi bien avant le psoriasis qu’après.
En revanche, il n’y avait pas
de différence significative dans les deux groupes pour le tabagisme.
Il a été aussi noté dans cette étude que les psoriasiques, au contraire
des malades avec d’autres dermatoses, avaient tendance à boire de
plus en plus avec le temps.
En outre, il a été montré que l’abstinence
pouvait être associée à une rémission du psoriasis.
Un autre travail a concerné 55 femmes psoriasiques, leur
consommation d’alcool et de tabac et la survenue d’événements de
vie stressants.
Le groupe contrôle était constitué de 108 femmes
présentant une autre dermatose.
Il a été trouvé une consommation
d’alcool et de tabac avant la survenue de la dermatose
significativement plus élevée chez les malades psoriasiques que chez
les malades du groupe contrôle.
Après le début de la dermatose, le
psoriasis était significativement associé à l’alcoolisme, au tabagisme
et aux stress.
La surface cutanée atteinte par le psoriasis était aussi
significativement plus importante chez les psoriasiques dont la
consommation d’alcool était plus élevée.
Aucune relation de ce type
n’a été trouvée dans cette étude pour le tabagisme et le stress.
Enfin, il semble que la consommation excessive d’alcool modifierait
surtout l’aspect et la distribution du psoriasis plutôt que la sévérité
du psoriasis : le psoriasis serait plus inflammatoire et siégerait
préférentiellement au niveau des extrémités.
4- Lupus érythémateux aigu disséminé :
Les manifestations psychiatriques du LEAD sont nombreuses et
variées.
On connaît les manifestations liées à une atteinte cérébrale
par la maladie (anxiété, dépression, états délirants), les
manifestations réactionnelles à la maladie (états anxieux et
dépressifs), les manifestations révélant une action iatrogène des
médicaments utilisés dans le LEAD (les corticoïdes par exemple).
L’aspect psychosomatique dans le LEAD et en particulier le rôle du
stress dans la survenue de la maladie ou de l’une de ses poussées
est exploré depuis plusieurs années.
Une étude transversale et
longitudinale a eu, par exemple, pour buts d’une part de vérifier les
relations existantes entre la survenue d’événements de vie
éprouvants et la sévérité de la symptomatologie lupique et d’autre
part de considérer la fluctuation quotidienne de la symptomatologie
lupique avec les événements de vie éprouvants antérieurs à
l’inclusion, avec le poids des stress quotidiens, et avec trois variables
émotionnelles mesurées chaque jour (l’anxiété, la dépression, la
colère).
On a trouvé que l’éruption cutanée et la symptomatologie
abdominale (diarrhées, nausées, vomissements, perte de l’appétit et
douleurs) étaient prédites par l’impact négatif des événements de
vie vécus lors des 12 mois précédant l’inclusion.
On a montré aussi
que la sévérité de la symptomatologie digestive et des douleurs
articulaires ainsi que l’importance de l’éruption cutanée étaient
prédites par l’impact des stress quotidiens et par l’intensité de la
dépression.
De plus, après ajustement sur les événements de vie
antérieurs à l’inclusion, il apparaît que le poids des stress quotidiens
contribue davantage à la variance de la symptomatologie lupique
que les événements de vie antérieurs seuls.
5- Mélanome
:
Une étude portant sur un essai thérapeutique randomisé a comparé,
après ajustement sur les facteurs classiques d’ordre pronostique
(indice de Breslow par exemple), deux groupes de 40 malades
chacun souffrant d’un mélanome au stade I et âgés d’au moins 18
ans.
Les autres critères d’inclusion étaient l’absence, dans les
antécédents, de traitement psychiatrique ainsi que de radiothérapie,
chimiothérapie, immunothérapie et corticothérapie.
Chez les malades du groupe contrôle ont été pratiqués l’ablation
chirurgical de la tumeur et un suivi médical.
Les malades du groupe
expérimental ont bénéficié en plus d’une intervention psychocomportementale juste après l’acte chirurgical et ce pendant
6 semaines.
Les effets de cette intervention psychocomportementale, à 5 ans, ont
été les suivants :
– dans le groupe expérimental, on a observé une augmentation
significative des techniques d’ajustement aux stress et une
diminution significative de la détresse psychologique et de
l’instabilité émotionnelle ;
– si le taux de récidives dans le groupe expérimental ne différait
pas singificativement de celui du groupe contrôle, en revanche, le
taux de survies était significativement plus élevé dans le groupe
expérimental ;
– enfin, il a été observé que le taux de récidives et le taux de survies
étaient prédits indépendamment par quatre variables :
– l’indice de Breslow (la variable la plus significative) ;
– la qualité des stratégies d’ajustement aux stress ;
– une augmentation des stratégies actives d’ajustement aux stress
dans les 6 mois suivant l’inclusion ;
– l’existence ou non de troubles émotionnels dans les antécédents
personnels (dépression, anxiété, hostilité, fatigue).
B - FACTEURS DE PERSONNALITÉ
:
On retrouve fréquemment une comorbidité entre des dermatoses et
des facteurs de personnalité.
Mais il n’est pas aisé de savoir si ces
facteurs de personnalité jouent un rôle étiologique dans la survenue
de la dermatose ou s’ils sont la conséquence de celle-ci.
Les résultats
des études cherchant à objectiver ce rôle sont parfois contradictoires
et/ou peu significatifs. Sifneos a tenté de caractériser le fonctionnement psychique de
malades souffrant d’affections organiques chroniques à forte
composante psychosomatique.
C’est ainsi qu’il a créé le terme
d’alexithymie qui comporte quatre composantes :
– l’incapacité à reconnaître, identifier et exprimer verbalement ses
émotions ;
– la limitation de la vie imaginaire, notamment de l’aptitude à la
« rêverie diurne » ;
– la tendance à recourir à l’action pour éviter ou résoudre les
conflits ;
– enfin, la description détaillée des faits, événements, ou symptômes
physiques.
L’alexithymie peut être mesurée au moyen d’échelles d’appréciation
remplies par l’investigateur ou au moyen d’autoquestionnaires.
Quelques études comparatives ont été menées en dermatologie.
Elles
ne sont pas toujours très convaincantes.
Par exemple, l’une d’elles a
mesuré, à l’aide d’un test de Rorschach, le degré d’alexithymie de
quatre groupes de malades comparés entre eux et avec un groupe
de sujets sains.
Le premier groupe de malades était composé de
malades souffrant de douleurs dorsales, le deuxième de malades
souffrant de colite ulcéreuse, le troisième de migraineux, le
quatrième de malades souffrant d’un eczéma ou d’un psoriasis.
Les
sujets malades étaient significativement plus alexithymiques que les
sujets sains.
Les malades souffrant de douleurs dorsales et les
malades souffrant d’une dermatose étaient significativement plus alexithymiques que les malades des deux autres groupes.
Une étude comparative du degré d’alexithymie a été réalisée entre
32 patients psoriasiques et 120 sujets sains appariés.
Si les malades psoriasiques avaient plus de traits alexithymiques, la différence entre
les deux groupes de malades n’était pas significative.
Ces éléments corroborent les données cliniques et le matériel
recueilli lors des psychothérapies qui sont loin de trouver
fréquemment un fonctionnement mental alexithymique ou une
personnalité dite « psychosomatique » chez les malades souffrant
d’une dermatose.
Différents travaux ont constaté de façon significative une comorbidité entre anxiété et dépression d’une part et certaines
dermatoses telles que le lichen plan, l’urticaire, l’herpès, la pelade,
l’acné, la dermatite atopique, le psoriasis.
Dans la pelade, comme pour le stress, le rôle de facteurs de
personnalité dans la genèse de la maladie est très discuté.
Cependant, la gravité et la fréquence de troubles psychiatriques
variés précédant la survenue de la maladie ont été notées dans la
littérature.
On a mis en évidence aussi un trouble anxieux généralisé
plus fréquemment chez les malades souffrant d’une pelade en
plaques que chez les malades souffrant d’une pelade décalvante.
Ceci soulève différentes questions et en particulier celle de
l’aggravation de la pelade par l’anxiété.
Dans l’acné, les études mettent l’accent sur l’anxiété comme facteur
aggravant de la maladie ainsi que sur l’instabilité émotionnelle et la
grande réactivité aux stress des sujets concernés.
Une étude a,
par exemple, montré que les malades souffrant d’une acné sévère
selon l’estimation de leur dermatologue étaient significativement
plus anxieux et avaient des taux plus élevés de colère ressentie et de
colère exprimée que les sujet contrôles.
Nous insistons maintenant plus particulièrement sur la dermatite atopique et le psoriasis.
1- Dermatite atopique :
C’est une dermatose inflammatoire chronique évoluant par poussées
et caractérisée par un prurit intense associé à des lésions cutanées
eczématiformes pouvant être généralisées à tout le revêtement
cutané.
C’est aussi une dermatose multifactorielle exemplaire pour
montrer combien les facteurs psychologiques interviennent dans le
déclenchement des poussées d’une dermatose aux côtés des facteurs
biologiques tels que le facteur héréditaire ou le facteur infectieux.
Les études concernant les sujets souffrant d’une dermatite atopique
sont anciennes et nombreuses et se développent beaucoup
actuellement.
Certaines études psychanalytiques ont décrit sous le terme de
« personnalité allergique » l’association d’une avidité affective et
d’une dépendance « orale » aux membres de l’entourage avec à la
fois un besoin de protection et une attitude captatrice et
possessive.
Les sujets allergiques surprennent parfois dès le
premier contact par une aisance excessive face à un interlocuteur
pourtant non familier.
La frontière avec une pathologie névrotique,
notamment hystérique, n’est pas toujours franche.
Les
manifestations allergiques se caractérisent d’ailleurs assez souvent
par leur labilité, voire leur sensibilité à la suggestion.
On dit aussi que les mères d’enfants souffrant d’eczéma atopique
éviteraient les contacts physiques et limiteraient les caresses. Ces
mères cacheraient leur agressivité à l’égard de leur enfant par ce
qu’il est convenu d’appeler « une sollicitude anxieuse ».
On a
critiqué ces déductions faites à partir d’une population de mères
célibataires vivant en institution et certaines études semblent même
les contredire.
Il faut faire en effet la part dans le comportement
phobique décrit chez la mère de l’enfant atopique, d’une exigence
instinctuelle excessive de l’enfant déconcertant la mère, d’une
maladresse chez cette dernière, bien compréhensible lorsqu’il s’agit
d’un premier-né, enfin d’un rejet de l’enfant plus ou moins refoulé.
Par ailleurs, plusieurs études ont été effectuées lorsque la dermatite atopique de l’enfant s’était déjà constituée : surprotection maternelle
et phobie du toucher peuvent aussi être interprétées comme une
réaction de ces mères à une maladie physique de leur enfant vécu
comme endommagé, tout mouvement agressif devant être évité par
la mère en raison de sa culpabilité, au profit d’une attitude
réparatrice.
La culpabilité maternelle se trouve parfois renforcée
quand c’est la lignée maternelle qui a transmis l’hérédité atopique.
Plus récemment, différentes études tendent à montrer que par
rapport à des malades de groupes contrôles présentant une
dermatose ou une maladie organique autre, les sujets atopiques se
mettaient plus vite en colère avec des difficultés pour exprimer celleci.
Ils étaient aussi plus anxieux et moins sûrs d’eux-mêmes.
Il a été
noté par ailleurs une plus grande fréquence du trouble panique chez
ces sujets.
Le rôle de la dépression dans la réponse par le prurit, qui aggrave la
dermatite atopique, aux frustrations paraît aussi fondamental.
Ces
frustrations correspondent le plus souvent à la perte de liens (ou à
la crainte de perte de liens) avec l’objet dont dépend le sujet atopique.
2- Psoriasis
:
Dans le psoriasis, divers auteurs ont tenté de mettre en évidence un
profil de personnalité spécifique des malades psoriasiques. Depuis
les travaux de Bolgert et Soule, les études réalisées dans ce but se
sont multipliées, elles restent toutefois peu convaincantes.
Cependant, certains auteurs insistent sur la possibilité de survenue
d’une angoisse très archaïque à type d’angoisse de morcellement ou
d’angoisse d’intrusion quand le psoriasis s’améliore.
Un travail plus récent a comparé des sujets psoriasiques
fortement réactifs aux stress définis par le fait que ces sujets
estimaient qu’il existait un lien fort entre le stress et les poussées de
psoriasis et ceux qui étaient faiblement réactifs aux stress définis par
le fait que ces sujets estimaient qu’il n’existait pas de lien entre les
stress et les poussées de psoriasis.
Il faut préciser que chez les sujets
très réactifs aux stress, les lésions psoriasiques siégeaient avec
prédilection sur les zones visibles du corps et/ou la région génitale.
Ces localisations influent probablement sur le vécu psychique du
psoriasis.
Les sujets très réactifs aux stress rapportaient plus de
stress liés à leur psoriasis et en particulier à l’atteinte de l’image de
soi et à la stigmatisation sociale provoquées par le psoriasis.
Les
sujets très réactifs aux stress avaient aussi souffert de plus
nombreuses poussées de psoriasis pendant les 2 ans précédant
l’inclusion.
Enfin, ils présentaient une plus grande désirabilité
sociale et des difficultés à exprimer leurs sentiments agressifs.
Les
auteurs de cette étude concluent en insistant sur le fait que certains
traits de personnalité (la désirabilité sociale et la répression de
l’hostilité) ainsi que le caractère affichant de certains psoriasis
rendaient les sujets psoriasiques plus vulnérables aux stress, qu’ils
soient liés au psoriasis lui-même ou bien qu’ils paraissent
indépendants du psoriasis.
Enfin, c’est surtout à propos du psoriasis que les psychanalystes ont
discuté les rapports complexes entre psychosomatique et hystérie de conversion.
Il est classique d’insister sur les différences entre le
symptôme somatique de conversion hystérique, sans lésion
anatomique décelable, exprimant et revêtant un sens dont la
découverte par le malade peut avoir un effet thérapeutique et le
symptôme somatique d’origine psychosomatique, aboutissement
d’un processus biologique mystérieux, dénué de sens ou en tout cas
utilisant un code encore indéchiffrable pour nous.
Cependant, les
localisations du psoriasis sur le revêtement cutanéomuqueux,
l’aspect morphologique des lésions, ainsi que la date de survenue
des poussées posent le problème d’un choix inconscient de certaines
caractéristiques du symptôme psoriasis.
C - MÉCANISMES PHYSIOLOGIQUES :
Les psychanalystes ont suggéré que la peau pouvait jouer tout au
long de la vie son rôle de frontière entre le dedans et le dehors si le
sujet avait acquis dans son enfance un sentiment de sécurité
suffisant, lié à la qualité des échanges libidinaux avec sa mère et à la
protection que cette dernière aura pu lui assurer.
Les capacités
d’individuation et d’autonomisation de l’enfant vont de pair avec la
confiance que celui-ci met dans ses ressources corporelles et la
solidité de ses limites.
Accepter dans ce cas une séparation avec la
personne aimée n’est plus une source de danger car il existe alors
des possibilités de repli respectant l’intégrité du soi.
Dans le cas
contraire, toute séparation constitue une menace pour le sujet car
elle équivaut à une brèche ouverte dans son système de protection
et de défense, dans la mesure où la personne aimée l’est moins
comme un individu à part entière que comme un complément de
soi indispensable à l’équilibre vital.
La défaillance de la fonction de « pare-excitation » dévolue à la mère,
qu’elle soit due à des exigences instinctuelles excessives chez l’enfant
ou à un comportement insuffisant ou inadéquat chez la mère, a été
rapportée par de nombreux auteurs comme étant à l’origine de
plusieurs affections dites « psychosomatiques », en particulier
dermatologiques.
On sait combien on trouve fréquemment, dans le
déroulement de ces affections ou de leurs poussées évolutives, des
situations de perte objectale ou des conflits de dépendance à l’égard
d’un tiers.
Ces situations sont vécues sur le mode de véritables
agressions somatiques dont on peut penser qu’elles vont déclencher
un système complexe de défenses biologiques prenant appui sur un
certain nombre de fragilités constitutionnelles qui auront pu rester
jusque-là masquées.
Cependant, les mécanismes physiologiques à l’action dans ces
phénomènes complexes et plus précisément ceux sous-tendant le
rôle des facteurs psychosociaux dans la survenue d’une dermatose
sont loin d’être élucidés, même si les travaux se multiplient dans ce
champ de la recherche.
1- Mécanisme hormonal
:
Il a surtout été étudié lors des manifestations cutanées de
l’hyperandrogénie chez la femme (acné, alopécie androgénogénétique,
hirsutisme).
Chez ces femmes souvent décrites comme
anxieuses, instables émotionnellement et très réactives au stress, il
existe aussi une réceptivité hormonale accrue.
En outre, on sait que
des situations de stress physique et/ou psychologique augmentent
la production de prolactine ainsi que celle, par le cortex surrénalien,
des hormones stéroïdiennes et en particulier des androgènes par
l’intermédiaire de l’adrenocorticotrophic hormone (ACTH).
La
survenue d’un hirsutisme paraît ainsi favorisée.
Ces constatations
expliqueraient, par exemple, la fréquence du début d’un hirsutisme
après un épisode dépressif.
D’ailleurs, une étude récente montre une
relation très significative entre l’élévation de la testostérone
biologiquement active et de la testostérone libre et l’intensité des
affects dépressifs.
Ainsi, certains troubles émotionnels et certaines
particularités de la personnalité peuvent avoir précédé l’installation
des troubles hormonaux et ne doivent pas toujours être considérés
comme la conséquence de ces derniers.
2- Mécanisme neuro-immunitaire :
Un nombre croissant de travaux a tenté de cerner les relations entre
événements vitaux, stress, traits de personnalité et fonctions
immunitaires.
On a ainsi pu démontrer une altération de l’immunité
humorale et surtout cellulaire, en situation de stress aigu, ou à la
suite d’un deuil, ou encore chez des malades présentant une
dépression sévère.
Ces données peuvent conduire à des hypothèses
intéressantes en ce qui concerne le mécanisme d’action des facteurs
émotionnels dans certaines dermatoses sous-tendues par des
phénomènes auto-immuns, vitiligo, pelade, pemphigus par exemple.
Une étude originale a comparé la durée de cicatrisation d’une
biopsie cutanée de 3,5 mm faite chez 26 femmes appariées pour l’âge
et la situation familiale et réparties en deux groupes de 13 femmes
chacun.
Les femmes du premier groupe se différenciaient de celles
du deuxième groupe en ce qu’elles soignaient un proche atteint
d’une maladie d’Alzheimer.
La cicatrisation fut significativement
plus longue dans le groupe des femmes qui soignaient un proche
d’une maladie d’Alzheimer.
L’étude des leucocytes circulants de ces
femmes montrait que ceux-ci, en réponse à une stimulation lipopolysaccharidique, produisaient moins d’acide ribonucléique
(ARN) messager pour l’interleukine 1B.
On explore beaucoup actuellement le rôle des neuromédiateurs dans
la peau.
De nombreux neuromédiateurs ont été en effet
détectés dans la peau normale.
Ils sont produits aussi bien dans le
derme que dans l’épiderme par des fibres nerveuses comme par des
cellules cutanées (kératinocytes, mélanocytes, cellules de
Langerhans, cellules de Merkel).
Leurs actions au niveau de la peau
concernent principalement les phénomènes immunologiques, de
croissance et inflammatoires et la transmission des messages
douloureux.
Les cellules immunitaires, par exemple, transitoirement
présentes dans la peau (macrophages, lymphocytes, polynucléaires)
ont des récepteurs aux neuromédiateurs.
Beaucoup d’auteurs
pensent que les neuromédiateurs jouent un rôle important dans la
genèse du prurit et de la douleur ainsi que dans celle des dermatoses
inflammatoires.
Par exemple, l’injection intradermique de substance
P (SP) induit un prurit intense.
Par ailleurs, le vaso-intestinal peptide
(VIP) est augmenté et la SP diminuée dans les lésions cutanées de
dermatite atopique, d’eczéma, de psoriasis.
On étudie aussi
beaucoup la capsaïcine.
C’est une neurotoxine qui produit une
déplétion des neurones en neuromédiateurs.
Son application sur la
peau entraîne la disparition des réactions urticariennes et des lésions
psoriasiques.
On peut penser que lors de certaines dermatoses inflammatoires,
divers stimuli internes et externes peuvent altérer le relargage des
neuromédiateurs et participer ainsi à la production de lésions
cutanées.
Mais le lien existant entre stress, neuromédiateurs et
dermatose reste encore obscur.
Quoi qu’il en soit, la capsaïcine
commence déjà à être étudiée en thérapeutique dermatologique dans
les algies postzostériennes qu’elle diminue dans 80 % des cas ainsi
que dans le psoriasis, la dermatite atopique et l’eczéma de contact.
Implications thérapeutiques :
L’attention portée à la qualité de vie des malades dermatologiques a
permis, entre autres, de développer l’aspect cosmétologique de la
prise en charge dermatologique et de répondre de façon plus
adaptée aux différentes plaintes esthétiques des malades.
En outre,
en dehors de toute pathologie, les approches thérapeutiques visant
à réduire les phénomènes dus au vieillissement cutané se multiplient
(trétinoïne locale, injections de collagène, chirurgie esthétique...).
Un
essai thérapeutique randomisé a comparé deux groupes de sujets
âgés en moyenne de 41 ans ± 4 ans. Les sujets du premier groupe
recevaient un traitement local de trétinoïne. Les sujets du deuxième
groupe recevaient seulement l’excipient.
Après 24 semaines de
traitement, chez les sujets du premier groupe uniquement, on a
trouvé une diminution significative de la sensitivité dans les
relations interpersonnelles et de l’anxiété phobique.
Dans les expressions dermatologiques des troubles psychiatriques,
l’utilité des psychotropes et en particulier des neuroleptiques et des
antidépresseurs à action sérotoninergique n’est plus à démontrer.
Leurs indications respectives dépendent du type, de la place et de l’importance du symptôme cutané ainsi que des caractéristiques de
la personnalité sur laquelle survient ce symptôme.
Quoi qu’il
en soit, ils demandent bien sûr à être associés à d’autres approches
thérapeutiques, principalement psychothérapiques d’inspiration
analytique ou comportementales.
Mais dans ces cas, le problème le
plus difficile est celui d’amener un malade à prendre conscience de
ses difficultés psychologiques et à bien vouloir suivre un traitement
psychologique.
Ce problème ne peut être le plus souvent résolu que
par le dermatologue, puisque dans l’immense majorité des cas, c’est
ce praticien que les malades consultent en première intention.
Mais
le dermatologue résout d’autant plus facilement ce problème qu’il
peut se sentir épaulé par un confrère psychiatre psychothérapeute
et ceci même si ce dernier n’a jamais rencontré le malade en
question.
La prise en compte des facteurs psychosociaux en dermatologie
ouvre un large éventail d’approches thérapeutiques pour lesquelles
la dimension psychologique est importante, ou d’approches
psychothérapiques au sens plus strict du terme.
Des programmes d’éducation pour la santé se mettent ainsi peu à
peu en place.
Ils concernent par exemple la protection solaire,
l’hygiène des peaux malades, les conditions d’application des
traitements locaux non seulement lors des poussées de la maladie
cutanée mais aussi en dehors de ces poussées, une meilleure
compréhension de la maladie cutanée.
Ces programmes d’éducation
pour la santé visent non seulement les malades eux-mêmes mais
aussi leur entourage familial (par exemple, les parents d’enfants atopiques ou les parents d’enfants atteints d’une génodermatose),
ou social (le personnel des écoles par exemple).
La plupart des
études concernant les facteurs psychosociaux en dermatologie
soulignent d’ailleurs l’importance de la qualité du support familial
et social pour l’évolution de nombreuses dermatoses (dermatite atopique, psoriasis).
D’autres études insistent aussi, comme nous l’avons indiqué
précédemment, sur les différences individuelles face aux stress et
donc sur l’importance de l’apprentissage des stratégies de coping
face aux événements éprouvants de la vie indépendants de la
dermatose ou bien liés à la dermatose elle-même.
Dans
l’apprentissage des stratégies de coping, il faut souligner
l’importance du rôle des groupes de rencontre de malades ou de
parents de malades ainsi que l’importance du rôle des associations
de malades.
Quant aux différentes approches psychothérapiques, elles sont
indiquées dans de nombreuses dermatoses, soit seules, soit associées
entre elles ou à un traitement psychotrope.
L’hypnose est plus particulièrement conseillée en dermatologie dans
les affections virales récidivantes ou résistantes (herpès, verrues) et
dans les affections allergiques (dermatite atopique, urticaire).
L’effet
des suggestions hypnotiques sur les phénomènes allergiques est
connu depuis longtemps.
Des travaux récents ont permis de mettre
en évidence, lors d’une sensibilisation au dinitrochlorobenzène et
au diphénylcyclopropénone, des réactions cutanées retardées
modifiées en intensité de façon significative selon les suggestions
hypnotiques proférées.
Le massage général peut être indiqué (par exemple en cas de prurit
chez une personnalité « limite »).
Il permet à l’image du corps de
retrouver sa globalité puisque l’ensemble du corps est massé.
Grâce
au massage, le malade retrouve ou reconnaît sa peau en tant que
surface et enveloppe.
Enfin, le massage a pour but de mettre en
place un premier dialogue malade-thérapeute sur un mode
infraverbal.
Chez l’enfant, un travail rigoureux a été effectué chez 20 enfants atopiques âgés de 2 à 8 ans.
Ceux-ci ont été répartis après
randomisation en deux groupes : un groupe interventionnel et un
groupe contrôle, bénéficiant d’un suivi dermatologique standard et
de l’application usuelle de topiques cortisonés.
Dans le groupe interventionnel, les parents bénéficiaient eux-mêmes, lors d’une
session de formation, d’une séance de massages et ils assistaient aux
massages de leur enfant par le spécialiste ; une cassette vidéo avec
des instructions leur était ensuite confiée.
Les caractéristiques
physiques des lésions de dermatite atopique de l’enfant ont été
quantifiées avant le début du traitement puis au bout de 1 mois, par
des observateurs indépendants, ignorant le groupe d’appartenance
de l’enfant.
Si le degré de desquamation a diminué significativement
dans les deux groupes, seul le groupe interventionnel a permis de
constater une diminution de la rougeur, de la lichénification, une
diminution de l’anxiété parentale (évaluée sur une échelle
autoadministrée) entre le début et la fin du traitement, ainsi qu’une
diminution de l’anxiété de l’enfant (évaluée par le parent).
Les techniques de relaxation, qui vont de la relaxation progressive
de Jacobson à de véritables psychothérapies analytiques par
relaxation, sont surtout indiquées dans les troubles fonctionnels
cutanés ou muqueux (prurit, vulvodynie) ainsi que dans la
dermatite atopique.
Une étude méta-analytique a vérifié l’hypothèse
que le stress était plutôt immunosuppresseur alors que la relaxation
augmentait les défenses immunitaires.
Les résultats de cette étude,
portant par exemple sur l’expression des récepteurs de l’interleukine
2 sur les lymphocytes et sur l’effet de la concentration en
immunoglobulines A dans le sérum, vont dans ce sens.
Les approches cognitivocomportementales sont utilisées avec succès
dans des dermatoses variées telles que l’hyperhidrose
palmoplantaire, la dermatite atopique, l’urticaire, la trichotillomanie
et l’onychophagie, l’acné excoriée, le prurit, le psoriasis.
Un essai thérapeutique randomisé a comparé cinq groupes de sujets atopiques expérimentant cinq traitements différents.
Le premier
groupe a suivi un programme d’éducation pour la santé, le
deuxième une relaxation de type training autogène, le troisième une
psychothérapie cognitivocomportementale, le quatrième
l’association d’un programme d’éducation pour la santé et d’une
psychothérapie cognitivocomportementale, le cinquième le
traitement médical classique de la dermatite atopique avec, en
particulier, une corticothérapie locale.
La cible thérapeutique de la
relaxation et de la psychothérapie cognitivocomportementale était
les sensations de démangeaison et le grattage.
Après 1 an de suivi, on a constaté une
amélioration de la symptomatologie cutanée
significativement plus importante chez les sujets du deuxième,
troisième et quatrième groupe accompagnée d’une diminution
significative de la quantité de corticoïdes appliqués sur la peau.
Il
existait aussi une plus grande diminution de l’anxiété dans le
premier et le quatrième groupe.
Les auteurs de cette étude lient cette
diminution de l’anxiété dans le premier et le quatrième groupe au
fait que les sujets atopiques étaient mieux informés sur leur maladie
dans ces groupes.
La psychanalyse et les psychothérapies d’inspiration analytique
(dont les psychothérapies de groupe) sont largement utilisées en
dermatologie quand les malades désirent modifier en profondeur
certains traits de leur personnalité.
Elles n’excluent pas d’autres
approches thérapeutiques médicamenteuse ou cognitivocomportementale
par exemple.
L’effet bénéfique qu’elles apportent
à la symptomatologie cutanée elle-même est souvent noté dans les
comptes rendus de cure.
La psychothérapie systémique qui s’appuie sur la théorie générale
des systèmes est à distinguer des psychothérapies d’inspiration
analytique.
Dans la psychothérapie systémique, le symptôme cutané
d’un sujet (une pelade par exemple) exprime non seulement une
souffrance individuelle mais aussi une souffrance familiale qui ne
peuvent être communiquées qu’avec la peau du sujet malade.
Les
interventions du psychothérapeute concernent donc le système
familial tout entier.
Dans l’immense majorité des cas, toutes les approches
psychologiques que nous venons d’évoquer ne peuvent être mises
en place qu’après une prise en charge dermatologique classique.
Celle-ci ne doit jamais négliger l’examen clinique et le traitement
dermatologique.
Bien souvent d’ailleurs, l’approche dermatologique correcte est suffisante pour diminuer considérablement le
retentissement socioprofessionnel et affectif de la dermatose.
De toutes les façons, quand le malade a confiance en son
dermatologue, il suit les conseils de celui-ci quant à sa souffrance
psychique.
Par la suite, ces approches psychologiques ont souvent
besoin de l’appui discret mais efficace du dermatologue (en
particulier dans les moments de plus grande résistance au travail
psychothérapique) pour se poursuivre jusqu’à leur terme.
Conclusion
:
Il faut insister sur l’importance en de nombreuses occasions de la
collaboration entre les psychiatres et les dermatologues, aussi bien dans
le champ de la recherche que dans celui de la pratique.
Cette collaboration est d’autant plus aisée que les dermatologues d’une
part et les psychiatres, psychologues, psychothérapeutes d’autre part
s’intéressent aux travaux respectifs des uns et des autres.