Psoriasis : diagnostic et étiopathogénie (Suite)
Cours de dermatologie
2-
Psoriasis arthropathique :
L’arthropathie psoriasique peut être définie comme un rhumatisme
inflammatoire habituellement chronique.
Son individualité par
rapport aux autres arthropathies de ce groupe est souvent difficile à
affirmer.
Le rhumatisme psoriasique ne constitue pas toujours une
forme grave de psoriasis puisqu’il peut se limiter à des arthralgies
ou à des monoarthrites peu évolutives.
Sa fréquence est diversement
appréciée mais peut être située autour de 20 %.
La prépondérance
masculine est nette, contrairement à d’autres rhumatismes
inflammatoires, et l’âge de début se situe habituellement entre 35 et
40 ans.
Le plus souvent, le rhumatisme apparaît chez un psoriasique connu,
plus rarement (10 % des cas environ) l’atteinte articulaire précède la
dermatose.
Enfin, les atteintes cutanées et articulaires peuvent
apparaître simultanément (15 % des cas).
Les poussées
rhumatismales coïncident souvent avec les poussées psoriasiques,
mais sont parfois indépendantes d’elles.
Nous séparerons, par souci de clarté, les formes périphériques et
centrales, bien qu’elles soient regroupées par certains auteurs dans
le cadre des « spondyarthropathies inflammatoires ».
* Rhumatisme psoriasique périphérique
:
+ Arthralgies
:
Les douleurs articulaires sont fréquentes chez les psoriasiques et
peuvent rester isolées (forme arthralgique pure).
La spécificité de
ces arthralgies est souvent difficile à affirmer, surtout lorsqu’elles
apparaissent chez les psoriasiques âgés, candidats à l’arthrose.
D’autre part, la mobilisation articulaire est souvent douloureuse
chez un psoriasique si le revêtement cutané sus-jacent est atteint et
fortement congestif.
Il ne faut donc pas attribuer à l’arthropathie psoriasique toute
arthralgie apparaissant chez ces malades.
+ Oligo- et monoarthrites :
Elles peuvent atteindre n’importe quelle articulation ; par ordre de
fréquence : doigts et orteils, poignets, genoux, chevilles, coudes et
épaules.
Le tableau réalisé est celui d’une arthropathie inflammatoire
avec importantes douleurs à la mobilisation et, parfois, épanchement
synovial.
La vitesse de sédimentation est modérément accélérée.
Ces mono- et oligoarthrites peuvent guérir, récidiver ou passer à la
chronicité.
Dans certains cas, elles évoluent vers une polyarthrite psoriasique.
+ Polyarthrite psoriasique :
C’est la forme la plus fréquente.
Le début est généralement aigu ou
subaigu, plus rarement progressif et insidieux.
À ce stade, il s’agit
d’une oligoarthrite.
L’évolution vers la phase d’état se fait souvent
au cours de poussées successives de plus en plus étendues et
durables.
L’aspect clinique est voisin de celui de la polyarthrite rhumatoïde,
mais s’en distingue classiquement par les éléments suivants :
– atteinte moins symétrique ;
– déformation des doigts et des orteils non systématisée (aspect de
doigt ou orteil en « saucisse ») ;
– atteinte des interphalangiennes distales ;
– association fréquente à une sacro-iléite (30 % des cas) ;
– absence de nodules sous-cutanés ;
– signes généraux moins importants ;
– fréquence de la calcanéite.
Sur le plan biologique, il existe un syndrome inflammatoire mais la
recherche de facteurs rhumatoïdes par les réactions classiques
(Waaler-Rose et latex qui ne détectent que des immunoglobulines
[Ig] M) est le plus souvent négative.
On sait toutefois que la
recherche de ces facteurs par immunofluorescence (qui détecte aussi
les IgG) s’avère positive chez 50 % des psoriasiques, qu’ils soient ou
non atteints d’arthropathie.
La polyarthrite psoriasique est associée aux mêmes antigènes
d’histocompatibilité que le psoriasis non arthropathique (Cw6, B13,
B17) ainsi qu’à B38, alors qu’il n’existe pas d’association avec
l’antigène B27.
Les signes radiologiques peuvent être voisins de ceux de la
polyarthrite rhumatoïde mais s’en différencient par quelques
nuances : arthrite érosive des interphalangiennes distales,
destruction souvent anarchique fréquemment associée à un
important processus reconstructif (ostéophytose, prolifération
périostée) ; évolution possible vers de sévères lésions d’ostéolyse
avec mutilation (aspect en « pointe de crayon » ou en « sucre d’orge
sucé ») et ankylose interphalangienne.
L’évolution peut être progressive et d’un seul tenant, mais elle
est généralement faite de poussées irrégulières entrecoupées de
rémissions.
Si certaines formes aboutissent à l’ankylose complète, le
pronostic est cependant meilleur que celui de la polyarthrite
rhumatoïde.
Au cours de l’évolution, l’atteinte unguéale est plus fréquente
que dans le psoriasis vulgaire.
+ Enthésopathies :
Il s’agit d’une atteinte des insertions tendinoligamentaires qui peut
être responsables de douleurs périarticulaires (talalgies...) avec, à la
radiographie, des images qui au début sont très discrètes, voire
absentes, alors qu’ensuite apparaissent une réaction périostée, des
érosions osseuses et des calcifications.
Ces enthésopathies
calcifiantes sont favorisées par le traitement par les rétinoïdes
(cf infra).
Elles intéressent plus particulièrement le talon (talalgies)
et les doigts où elles réalisent l’onycho-pachydermo-périostite
psoriasique, le plus souvent localisée au gros orteil et qui associe une
ostéopériostite de la dernière phalange à une atteinte unguéale et
un épaississement des parties molles distales.
Il est rencontré beaucoup plus rarement que la polyarthrite à
laquelle il peut s’associer pour réaliser une forme mixte.
La symptomatologie clinique et radiologique est très voisine de celle
de la spondylarthrite ankylosante idiopathique et comporte une
atteinte vertébrale et, de façon inconstante, une sacro-iléite.
La présence de lésions articulaires périphériques associées, la
fréquence de l’atteinte cervicale, l’existence de syndesmophytes
atypiques avec ossification paraspinale, la faible évolutivité sont des
arguments en faveur de l’origine psoriasique.
Le problème de l’autonomie de la spondylarthrite psoriasique par
rapport à la spondylarthrite ankylosante idiopathique est discuté.
L’antigène B27 est moins fréquent au cours du rhumatisme psoriasique axial qu’au cours de la spondylarthrite idiopathique.
D - PSORIASIS DE L’ENFANT :
La maladie psoriasique débute, dans 15 % des cas environ, avant
l’âge de 10 ans.
Dans ce psoriasis infantile, les filles sont plus
souvent atteintes que les garçons et les antécédents familiaux sont
retrouvés dans la moitié des cas.
Les formes de l’enfant se
distinguent de celles de l’adulte par des particularités
symptomatiques et topographiques.
Quant au psoriasis du
nourrisson, il pose de délicats problèmes de diagnostic.
Enfin,
signalons la fréquence du psoriasis chez les enfants traités par
hormone de croissance (syndrome de Turner).
1- Aspects cliniques particuliers
:
Tous les aspects du psoriasis de l’adulte peuvent se rencontrer.
Cependant, certaines formes sont plus particulières à l’enfant.
*
Psoriasis aigu en gouttes :
C’est le mode de début le plus fréquent.
Il succède fréquemment à
une infection rhinopharyngée, parfois à une vaccination.
L’éruption
est d’apparition rapide, monomorphe et souvent fébrile.
Après une
phase d’extension rapide, les lésions se stabilisent et peuvent
régresser au bout de quelques semaines ou quelques mois.
Cette
régression, favorisée par l’antibiothérapie, pourrait même dans
certains cas être définitive.
Ce sont là les seuls cas de psoriasis
pouvant guérir.
* Psoriasis nummulaire
:
Il succède fréquemment à la forme précédente et prend souvent un
aspect annulaire sur le tronc.
* Psoriasis spinulosique :
Plus fréquent chez l’enfant, il réalise des placards des coudes et des
genoux, hérissés de kératoses pilaires, et pose des problèmes délicats
de diagnostic avec le lichen ou le pityriasis rubra pilaire.
2- Variantes topographiques :
Certaines localisations sont plus fréquemment rencontrées chez
l’enfant :
– le psoriasis du visage en gouttes ou nummulaire entraîne un
retentissement psychologique souvent important ;
– le psoriasis du cuir chevelu peut être isolé et inaugural et simuler
une fausse teigne amiantacée ; son diagnostic est délicat lorsque
d’autres lésions psoriasiques typiques ne sont pas présentes ; une
atteinte du conduit auditif externe est fréquemment associée ;
– le psoriasis palmoplantaire, non pas dans sa forme kératodermique,
qui est rare, mais sous l’aspect d’une acropulpite sèche, donne aux
orteils un aspect de « balle de ping-pong » ; les lésions peuvent
s’étendre sur la plante du pied, sur la paume de la main et se
compliquer de fissurations douloureuses, accentuées en période
hivernale ; lorsque l’acropulpite est isolée, le diagnostic est
particulièrement délicat puisque la même symptomatologie peut se
rencontrer dans l’atopie, l’ichtyose, les dermites orthoergiques ou
allergiques (dermatose plantaire juvénile) ; c’est la coexistence de
lésions unguéales ou de plaques psoriasiques à distance qui permet
le diagnostic, bien plus que l’histologie qui est généralement peu
spécifique ;
– le psoriasis par phénomène de Köbner sur cicatrice de vaccination ou
sur griffure se voit plus souvent chez l’enfant ;
– le psoriasis linéaire, nævoïde, suit les lignes de Blaschko et peut
apparaître sur un nævus épidermique ;
– le psoriasis de la muqueuse buccale (surtout la chéilite sèche), le
psoriasis unguéal et les psoriasis inversés des plis peuvent également
être rencontrés.
3- Formes graves du psoriasis de l’enfant :
Elles sont très rarement rencontrées.
Le psoriasis pustuleux est rare avant la puberté et deux fois plus
fréquent chez les garçons que chez les filles.
Fréquemment
inaugural, il peut aussi succéder à un psoriasis vulgaire.
L’affection
est volontiers déclenchée par des infections, un traumatisme
psychique, une vaccination ou un médicament.
Elle peut revêtir
plusieurs aspects :
– psoriasis pustuleux généralisé de type Zumbusch simulant parfois
un syndrome de Lyell, avec des signes généraux importants mais
d’une gravité qui serait moindre que chez l’adulte ;
– psoriasis pustuleux annulaire avec de nombreux éléments à
bordure pustuleuse et un état général conservé ;
– psoriasis pustuleux localisé à type d’acrodermatite de Hallopeau
ou de pustulose palmoplantaire.
L’érythrodermie psoriasique résulte de la généralisation des lésions de
psoriasis vulgaire : son diagnostic étiologique peut être
particulièrement difficile chez le nourrisson.
Le rhumatisme psoriasique évolue souvent dans un contexte grave de
psoriasis pustuleux ou érythrodermique.
4- Psoriasis du nourrisson :
Deux formes cliniques posent de délicats problèmes nosologiques.
* Psoriasis des langes (« napkin psoriasis »)
:
Il débute à l’âge de quelques semaines ou quelques mois.
L’aspect
peut être évocateur : plaques non prurigineuses, bien limitées,
squameuses, rouge sombre, avec à distance des éléments sur
l’abdomen, le thorax, les membres ou le cuir chevelu.
Souvent,
cependant, il se présente comme une dermite du siège isolée, peu
spécifique, atteignant les plis et les convexités.
L’aspect est celui de
la dermatite séborrhéique du nourrisson avec atteinte possible du
cuir chevelu.
Le diagnostic est également difficile avec des dermites orthoergiques ou une candidose profuse (Candida albicans est isolé
une fois sur deux dans ces psoriasis du siège).
L’histologie n’apporte
que rarement des arguments formels.
C’est essentiellement
l’évolution qui authentifie ou non la maladie psoriasique.
* Érythrodermie psoriasique congénitale ou d’apparition très précoce
:
Elle est exceptionnelle mais pose de très difficiles problèmes de
diagnostic avec la maladie de Leiner-Moussous et avec
l’érythrodermie ichtyosiforme congénitale sèche.
Là encore, le
diagnostic n’est souvent établi que rétrospectivement, l’existence
d’antécédents familiaux, l’histologie et la présence d’antigènes
d’histocompatibilité caractéristiques n’étant que des arguments de
présomption.
Diagnostic différentiel :
Le diagnostic est généralement facile quand la lésion élémentaire est
caractéristique.
Cependant, un pourcentage non négligeable de
psoriasis ont des présentations atypiques et de nombreuses
dermatoses peuvent prendre des aspects psoriasiformes parfois très
difficiles à distinguer d’un authentique psoriasis.
A - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL DU PSORIASIS
DANS SA FORME CLASSIQUE :
1- Pityriasis rosé de Gibert et eczématides :
Le diagnostic de pityriasis rosé de Gibert (PRG) est souvent facile :
aux taches rosées et finement squameuses qui pourraient en imposer
pour un psoriasis s’associent des médaillons de plus grande surface,
arrondis ou ovalaires, à bordure érythématosquameuse et dont le
centre, plus clair, paraît en voie de guérison.
L’un de ces médaillons,
de plus grande taille, a souvent inauguré la maladie.
L’éruption reste presque toujours limitée au tronc et à la racine des
membres, épargnant le visage et le cuir chevelu.
Mais l’aspect
clinique du PRG n’est pas toujours caractéristique et c’est l’évolution
(guérison spontanée en 4 à 6 semaines, récidives exceptionnelles)
qui permet de trancher les cas litigieux.
Les eczématides pityriasiformes sont des lésions discrètement
érythémateuses et finement squameuses qui ont un aspect voisin de
celui du PRG.
La localisation au cuir chevelu est responsable d’un
état pelliculaire le plus souvent chronique.
Sur le visage, les lésions
prennent l’aspect de dartres parfois achromiantes alors que, sur le
reste du tégument, des aspects nummulaires de même
symptomatologie peuvent être rencontrés.
Beaucoup d’eczématides
pityriasiformes entrent probablement dans le cadre de la dermatite
atopique.
Les eczématides psoriasiformes ont elles aussi une autonomie très
discutable.
L’aspect clinique fait d’érythème et de larges squames
pourrait théoriquement se différencier du psoriasis par le caractère
moins bien limité des placards, l’absence de signes spécifiques au
grattage méthodique des lésions, la topographie qui respecte en
principe les territoires d’élection du psoriasis et l’étude histologique
qui, outre la parakératose, montre souvent une exosérose et une
exocytose pouvant réaliser l’aspect de vésicule primordiale de
l’eczéma.
En fait, si certains de ces états peuvent évoluer vers
d’authentiques psoriasis, d’autres sont à ranger dans le cadre des
eczémas d’origines diverses.
2- Dermatite séborrhéique :
Lorsque les lésions se localisent au visage (sillon nasogénien, racine
du nez et sourcils) et à la région médiothoracique (eczématides
séborrhéiques figurées de Brocq), le diagnostic en est évident.
Mais
lorsqu’elles intéressent le cuir chevelu, le problème est souvent plus
délicat.
Dans cette localisation, la dermatite séborrhéique
constitue des nappes couvertes de squames jaunâtres et grasses dans
lesquelles s’engluent les cheveux.
Le plus souvent, seule la région
antérieure est intéressée, réalisant la couronne séborrhéique.
En pratique, il convient donc, devant tout aspect de dermatite
séborrhéique du cuir chevelu, de rechercher minutieusement
l’existence de lésions psoriasiques à distance.
3- Pityriasis rubra pilaire
:
Cette dermatose rare comporte des placards psoriasiformes des
coudes et des genoux et souvent une hyperkératose palmoplantaire.
Mais ces lésions sont le plus souvent associées à un aspect plâtreux
du visage et à des papules cornées folliculaires, présentes sur les
plaques ou à distance, qui sont caractéristiques et permettent de
redresser le diagnostic.
N’oublions pas, cependant, l’existence de
psoriasis spinulosiques, essentiellement chez l’enfant.
Même l’étude
histologique qui confirme l’hyperkératose folliculaire peut rester
hésitante entre les deux affections.
4- Syphilides secondaires psoriasiformes :
Elles peuvent en imposer à première vue pour un psoriasis en
gouttes.
Outre le caractère papuleux et infiltré, elles ont
généralement une teinte cuivrée sous les squames qui, par ailleurs,
prennent sur certains éléments une disposition annulaire
périphérique (collerette de Biett).
L’éruption s’associe souvent à des
plaques muqueuses et les réactions sérologiques sont positives.
5- Lichen plan dans sa forme érythématosquameuse :
Il est souvent associé à des papules caractéristiques et à une atteinte
buccale.
Le prurit fait rarement défaut. L’histologie affirme le
diagnostic.
6- Pemphigus séborrhéique de Senear-Usher :
Il peut se présenter, en dehors des poussées bulleuses, en taches
érythémateuses couvertes de squames séborrhéiques.
L’histoire de la maladie, l’atteinte du visage et des régions médiothoraciques, le
caractère séborrhéique des éléments et enfin l’histologie qui confirme
l’acantholyse permettent de caractériser la maladie.
7- Hématodermies :
Il s’agit surtout du mycosis fongoïde qui, à son début, peut réaliser
des efflorescences érythématosquameuses souvent polycycliques qui prennent
rapidement un caractère infiltré.
L’association à des adénopathies, l’évolution et l’histologie ne
peuvent prêter à confusion.
8- Parapsoriasis en gouttes
:
Il se différencie en général aisément du psoriasis par le
polymorphisme de l’éruption et le caractère papuleux de la lésion
élémentaire dont la squame peu adhérente, en « pain à cacheter »,
se détache d’un bloc à la curette.
9- Toxidermies psoriasiformes :
Beaucoup de médicaments, et en particulier ceux qui ont été cités
auparavant comme pouvant déclencher ou aggraver un psoriasis,
peuvent être responsables d’éruptions psoriasiformes d’évolution
transitoire et cédant à l’arrêt du médicament.
B - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL DANS LES PSORIASIS INHABITUELS :
1- Psoriasis des plis
:
Isolé, il pose le problème des intertrigos.
La macération modifie la
morphologie psoriasique habituelle.
Le diagnostic est ainsi souvent
difficile mais peut être suspecté sur les éléments suivants : couleur
rosée ou rouge vif, nette limitation, évolution chronique, résistance
aux traitements antiseptiques habituels qui n’entraînent qu’une
amélioration partielle.
2- Psoriasis des paumes et des plantes
:
Il pose le problème des kératodermies palmoplantaires dont nous
ne rappellerons pas les diverses étiologies.
Le diagnostic peut être
facile si les lésions sont bien limitées, débordent sur les poignets et
ont un aspect érythématosquameux psoriasique net.
Mais le
problème est souvent plus difficile pour déterminer la place qui
revient au psoriasis dans l’étiologie des kératodermies
palmoplantaires dites essentielles et dans les pulpites sèches
primitives des doigts.
De même, l’acrokératose psoriasiforme paranéoplasique de Bazex et
Dupré peut en imposer pour un authentique psoriasis lorsque le
cancer des voies aérodigestives supérieures qui l’accompagne n’est
pas connu.
L’affection atteint non seulement les doigts et les orteils
mais aussi l’arête du nez et le pavillon des oreilles, ce qui est plus
évocateur.
L’histologie n’a pas de spécificité et l’évolution de la
dermatose est parallèle à celle de l’épithélioma causal.
3- Psoriasis à disposition zoniforme ou nævoïde :
Ils peuvent revêtir le même aspect clinique que le lichen striatus ou
le nævus épidermique verruqueux inflammatoire linéraire.
Cette
dernière affection, d’apparition précoce et d’évolution chronique,
s’accompagne d’un prurit important.
L’image histologique est très
proche de celle du psoriasis, bien qu’existe une alternance de zones parakératosiques et de zones à kératinisation normale.
Le lichen striatus, au contraire, n’est habituellement pas prurigineux
et disparaît en quelques mois sans laisser de traces.
Son histologie
n’est pas spécifique.
4- Érythrodermie psoriasique :
Elle ne pose de problème que lorsqu’elle survient d’emblée et, dans
ce cas, une origine médicamenteuse ou hématodermique doit être
systématiquement recherchée.
L’histologie n’est pas toujours
spécifique.
5- Rhumatisme psoriasique :
Il peut poser des problèmes de deux ordres :
– la survenue d’une arthropathie chez un psoriasique connu ne
permet pas d’affirmer sa nature psoriasique ; le diagnostic
différentiel clinique et radiologique peut être facile dans les cas de
rhumatismes dégénératifs, mais il est bien plus délicat pour ce qui
est des rhumatismes inflammatoires (polyarthrite rhumatoïde,
spondylarthrite ankylosante) ;
– lorsque le rhumatisme psoriasique inaugure la maladie, son
diagnostic est rarement fait et c’est souvent la survenue des lésions
cutanées ou unguéales qui permet de redresser un diagnostic erroné.
6- Psoriasis pustuleux :
Il pose le problème des pustuloses généralisées et des pustuloses
des extrémités.
Les pustuloses bactériennes sont rapidement éliminées sur leur
aspect clinique et histologique (pustules uniloculaires).
En revanche,
les pustuloses amicrobiennes comportent une lésion élémentaire
identique (la pustule spongiforme multiloculaire de Kogöj-Lapierre)
et peuvent être beaucoup plus difficiles à individualiser.
* Psoriasis pustuleux généralisé :
Sa forme grave est voisine de l’impétigo herpétiforme de Hebra-Kaposi.
Celui-ci apparaît en principe, mais de façon non obligatoire, chez la
femme enceinte.
Il s’accompagne de signes généraux
particulièrement graves et évolue souvent vers la mort.
L’éruption
reproduit l’aspect du psoriasis pustuleux généralisé, avec parfois
disposition en bouquets et en cercles.
L’importance des lésions
muqueuses (pustules, bulles, érosions), l’existence d’une
hypocalcémie, peuvent orienter le diagnostic.
En fait, beaucoup
d’auteurs pensent que la séparation des deux maladies est plus
théorique que réelle.
Le diagnostic différentiel peut aussi se poser avec le syndrome de
Lyell dont les éléments superficiels peuvent prendre un aspect de
nappes pustuleuses.
Bien entendu, les signes muqueux, l’histologie
et l’évolution séparent en quelques jours les deux affections.
La pustulose exanthématique aiguë généralisée peut poser des
problèmes plus délicats.
L’affection est caractérisée par une éruption
érythémateuse scarlatiniforme recouverte de nombreuses pustules
non folliculaires de petite taille, accompagnée d’un état fébrile avec
hyperleucocytose.
Le tableau pourrait en imposer pour un psoriasis pustuleux
généralisé, mais l’évolution est rapidement favorable en moins de
15 jours.
À l’examen histologique, les pustules, spongiformes,
s’associent à un oedème massif du derme, à une vascularite et à des
foyers de nécrose kératinocytaire.
La pustulose exanthématique
aiguë généralisée, qui survient le plus souvent rapidement après une
prise médicamenteuse (essentiellement les antibiotiques), est
actuellement considérée comme une toxidermie.
Elle pourrait
également accompagner certaines éruptions virales.
Le psoriasis pustuleux annulaire peut prendre l’aspect voisin de la pustulose sous-cornée de Sneddon-Wilkinson qui est caractérisée par
une éruption vésiculopustuleuse réalisant des images circinées,
serpigineuses, de localisation essentiellement thoracoabdominale.
L’histologie est ici d’un grand secours puisqu’elle montre le
caractère uniloculaire de l’élément pustuleux.
* Psoriasis pustuleux palmoplantaire :
Il doit être différencié des autres pustuloses récidivantes des
extrémités.
Les eczémas surinfectés passent par un stade vésiculeux
et comportent des pustules uniloculaires.
Il en est de même pour les bactérides pustuleuses d’Andrews dont les éléments sont
essentiellement localisés sur les parties proximales des paumes et
des plantes, respectant les régions distales.
Ces bactérides,
s’accompagnant de foyers infectieux à distance, pourraient être liées
à des phénomènes d’allergie microbienne et guérir après éradication du foyer infectieux causal.
En fait, l’aspect histologique de la pustule
est variable et beaucoup de ces bactérides sont sans doute
d’authentiques psoriasis.
Enfin, le diagnostic peut se poser avec les dermatophyties plantaires suppurées qui sont affirmées par le
prélèvement mycologique et, éventuellement, les colorations
spéciales à l’histologie.
Plus difficiles sont les problèmes des pustules de la maladie de Fiessinger-Leroy-Reiter.
Elles atteignent non seulement les paumes et
les plantes, mais souvent aussi les avant-bras, les coudes, les
membres inférieurs et éventuellement d’autres parties du tégument.
La kératinisation des pustules est rapide, aboutissant à la formation
des éléments cornés du syndrome de Vidal-Jacquet.
La pustule a
une structure spongiforme identique à celle du psoriasis pustuleux.
Le diagnostic de maladie de Fiessinger-Leroy-Reiter (exceptionnel
actuellement) est évoqué lorsqu’il existe en outre un syndrome
conjonctivo-urétro-synovial, et on recherchera les Chlamydia.
En fait,
il est souvent impossible de différencier les deux affections dont les
frontières nosologiques se chevauchent.
Enfin, nous avons déjà envisagé les problèmes de diagnostic posés
par les psoriasis de l’enfant et du nourrisson.
Histopathologie et histogenèse :
Le plus souvent, la biopsie est inutile pour affirmer le diagnostic.
Ce
n’est que dans les formes atypiques que l’étude histologique peut
avoir un intérêt bien que, dans ces cas, elle ne soit pas toujours
caractéristique.
Les anomalies concernent à la fois l’épiderme et le
derme.
A - ANOMALIES ÉPIDERMIQUES :
1- Microscopie optique :
La couche cornée est épaissie (hyperkératose), formée de lamelles
horizontales superposées et les cellules qui la constituent ont
conservé leur noyau (parakératose).
La parakératose, qui traduit les
anomalies de la différenciation du kératinocyte, est souvent
irrégulièrement disposée, des zones d’orthokératose alternant avec
les zones parakératosiques.
Elle est plus importante dans les lésions psoriasiques évolutives, souvent situées à la périphérie des plaques.
Dans la couche cornée et au-dessous d’elle existent des amas de
polynucléaires formant les microabcès de Munro-Sabouraud.
Ces microabcès sont principalement rencontrés dans les régions
suprapapillaires des lésions récentes.
La couche granuleuse est nettement diminuée ou absente, en
particulier dans les zones parakératosiques.
L’épiderme passe alors
sans transition du corps muqueux de Malpighi à la couche cornée.
Le corps muqueux de Malpighi est particulièrement épaissi entre les
papilles avec des crêtes épidermiques très allongées
(hyperacanthose), souvent élargies en « battant de cloche » à leur
partie inférieure, parfois ramifiées et anastomosées entre elles.
À
l’inverse, au-dessus des papilles dermiques, le corps muqueux est
aminci, réduit à quelques couches cellulaires.
2- Microscopie électronique :
Les cellules épidermiques ont une grande activité métabolique : le
réticulum endoplasmique, l’appareil de Golgi, les mitochondries et
les ribosomes sont très développés.
En outre, on constate :
– l’élargissement des espaces intercellulaires avec disparition
presque complète des glycoprotéines de surface ;
– la diminution du nombre des tonofilaments et des desmosomes ;
– l’absence ou la nette réduction des granules de kératohyaline ;
– des anomalies des nexus ou gap junctions, canaux membranaires
dont le rôle est important dans les transferts intercellulaires ; ces
structures sont retrouvées en grand nombre, souvent annulaires, de
grande taille, de situation parfois intracellulaire et les connexines
qui les composent sont anormales.
3- Anomalies moléculaires de la kératinisation
:
Les perturbations de la maturation du kératinocyte se traduisent par
la modification du profil des kératines : augmentation de
l’expression des kératines basales K5 et K14, réduction des kératines
de maturation K1 et K10 alors qu’apparaissent les kératines de
prolifération K6, K16 et K17.
Il existe en outre un blocage de la
synthèse de la filagrine (normalement synthétisée dans la granuleuse
pour participer à la constitution des grains de kératohyaline), une
apparition précoce, dès les premières assises suprabasales, de
l’involucrine (protéine de l’enveloppe cornée), une forte activité
transglutaminase et une diminution de l’expression de la loricrine.
4- Immunomarquages :
Les techniques d’immunohistochimie et de biologie moléculaire ont
permis de démontrer de très nombreuses anomalies parmi
lesquelles :
– l’augmentation du nombre des récepteurs de l’epidermal growth
factor (EGF), présent sur toute la hauteur de l’épiderme alors qu’il
est normalement réservé aux couches basales ;
– la forte production de cytokines par le kératinocyte, en particulier
des interleukines (IL) 1, 6 et 8 qui ont un rôle important dans les
phénomènes inflammatoires et dans la prolifération épidermique ;
– l’expression d’intégrines en position suprabasale et la présence
de molécules d’adhésion (ICAM 1) à la surface des cellules qui
portent aussi de faibles quantités d’antigènes de classe II (DR) du
complexe majeur d’histocompatibilité ;
– la répartition très irrégulière des cellules de Langerhans dont le
nombre est diminué dans les lésions évolutives ;
– la présence de lymphocytes T, essentiellement TCD8
(suppresseurs cytotoxiques).
Toutes ces anomalies ne sont pas strictement spécifiques du psoriasis
et les diverses techniques, largement développées ces dernières
années, n’ont pas permis de mettre en évidence la présence (ou
l’absence) d’un marquage strictement réservé à l’affection.
5- Cinétique cellulaire :
On peut dire que le psoriasis est une maladie proliférative de
l’épiderme associée à des anomalies du programme de maturation
des kératinocytes.
L’élément majeur est l’augmentation considérable
(9 à 12 fois) du nombre des mitoses dans les lésions.
De ce fait, le
temps de transit des cellules entre la couche basale et la couche
cornée est beaucoup plus bref dans l’épiderme psoriasique.
Les
mitoses sont rencontrées non seulement dans l’assise basale, mais
également dans les deux ou trois couches cellulaires suprabasales.
Cette anomalie proliférative existe aussi, mais à un degré moindre,
dans la peau apparemment saine des psoriasiques.
Il semble que la prolifération épidermique ne soit pas due à un cycle
cellulaire plus court, mais au recrutement de cellules souches qui
restent au repos chez le sujet normal.
En culture ou lors de greffes de peau psoriasique sur des souris
nude, l’état prolifératif ne persiste que partiellement, ce qui rend
difficile l’obtention de modèles pour étudier ses caractéristiques et
ses causes.
B - ANOMALIES DERMIQUES :
1- Papillomatose et infiltrat inflammatoire
:
Les papilles dermiques sont augmentées en hauteur, allongées en
massues, oedémateuses, et contiennent dans leur partie supérieure
des capillaires dilatés et tortueux.
L’infiltrat est essentiellement
formé de lymphocytes TCD4 dans les lésions évolutives,
progressivement remplacés par des lymphocytes TCD8 lors de la
régression des lésions.
Les polynucléaires sont également présents
et vont rapidement migrer vers l’épiderme dans les zones suprapapillaires.
Des cellules dendritiques facteur XIII positives sont
retrouvées en grand nombre, mais leur rôle n’est pas parfaitement
défini.
2- Membrane basale et microcirculation dermique
:
La membrane basale est épaissie, dédoublée, et comporte des
solutions de continuité permettant l’augmentation des échanges
entre l’épiderme et le derme, et le passage des cellules de l’infiltrat.
Les boucles capillaires, très développées dans les papilles, ont une
structure de type veineux dans leur portion artérielle avec de
nombreuses fenestrations, permettant, là encore, le passage
d’éléments sanguins, facilité par les molécules d’adhésion que
portent les cellules endothéliales.
La paroi des microvaisseaux
lymphatiques est elle aussi anormale avec de nombreuses solutions
de continuité.
Toutes ces anomalies sont réversibles lors de
traitements efficaces de la maladie.
Étiopathogénie :
Bien que la pathogénie du psoriasis ait suscité d’innombrables
travaux de recherche, nous ne savons pas encore exactement quels
sont les mécanismes qui conduisent à la maladie. Les difficultés sont
sans doute liées au fait qu’il n’existe pas de psoriasis chez l’animal,
pas plus que de modèle in vitro, la peau psoriasique perdant les
caractéristiques en culture.
Cependant, le développement des
techniques des transfert de gènes (en particulier ceux de certaines
cytokines, des intégrines, du génome VIH...) a permis récemment
d’obtenir des souris transgéniques atteintes de dermatoses voisines
du psoriasis.
A - FACTEURS CLASSIQUEMENT RECONNUS :
1- Hérédité
:
Le caractère familial du psoriasis est connu de longue date. Une fois
sur trois existent des antécédents familiaux précis de l’affection.
La
fréquence du psoriasis chez les enfants serait autour de 30 % si l’un
des parents est atteint et autour de 60 % lorsque les deux parents
sont psoriasiques.
Les études de jumeaux confirment également
l’importance des facteurs génétiques : la concordance du psoriasis
est de 72 % chez les jumeaux monozygotes, de 23 % seulement chez
les dizygotes.
Le caractère autosomique récessif ou dominant de l’affection est
discuté. Il paraît probable que l’hérédité soit liée à des gènes
multiples dont les effets s’additionnent (cf infra).
2- Rôle des infections bactériennes
:
Environ 10 % des psoriasis débutent à la suite d’une
rhinopharyngite, mais ce pourcentage est bien plus important chez
l’enfant et l’adolescent (30 à 50 %) et il s’agit souvent d’un psoriasis
en gouttes d’évolution aiguë.
D’autre part, chez un psoriasique
connu, la survenue d’une infection pharyngée peut provoquer une
nouvelle poussée de la maladie.
Le streptocoque paraît être le plus souvent en cause : on le retrouve
fréquemment sur les prélèvements bactériologiques pharyngés et le
taux des antistreptolysines est élevé chez un fort pourcentage de
jeunes psoriasiques.
Récemment, de nombreux auteurs ont proposé que les bactéries, en
particulier les streptocoques, agissent en sécrétant des toxines ayant
les propriétés de superantigènes capables de stimuler les lymphocytes.
3- Facteurs psychologiques
:
Le rôle des chocs émotifs dans le déclenchement de la maladie psoriasique ou dans la survenue des poussées est connu de longue
date et pourrait être retrouvé chez 70 % des psoriasiques.
Il peut
s’agir de chocs affectifs brutaux (séparation, deuil, accident, rupture
sentimentale) ou d’événements d’ordre matériel ou professionnel.
Toutefois, il est souvent difficile d’établir une relation certaine entre
ces stress, fréquents dans la vie moderne, et la survenue de la
dermatose.
Leur rôle apparaît dans certains cas indiscutable, mais
ils n’interviennent certainement que chez des psoriasiques en
puissance, possédant le terrain génétique nécessaire à la constitution
de la maladie.
Si le rôle du traumatisme psychique est admis par la plupart des
auteurs, en revanche les avis sont discordants quant à l’existence
d’un profil psychologique particulier aux psoriasiques.
Certaines
études ont montré la fréquence d’une structure caractérielle de type
obsessionnel et dépressif, essentiellement lorsque le psoriasis
s’accompagne d’un prurit important.
Cependant, ces conceptions
sont loin de faire l’unanimité, et les troubles psychologiques que
l’on peut rencontrer chez les psoriasiques paraissent essentiellement
dus au retentissement de la maladie qui perturbe leur vie sociale et
relationnelle.
B - ANALYSE DES PERTURBATIONS CONNUES :
Nous passerons en revue les principales anomalies qui ont été
décrites et qui concernent non seulement le kératinocyte, mais pratiquement tous
les types cellulaires présents dans l’épiderme et le derme.
1- Kératinocyte :
Le kératinocyte est la cellule qui comporte le plus d’anomalies
envisagées à divers chapitres : anomalies de la kératinisation,
production d’innombrables cytokines, marqueurs de surface
anormaux, gènes anormalement exprimés.
L’expression suprabasale de bêta-1-intégrines (normalement
exprimées uniquement dans la couche basale) est d’un grand intérêt.
En effet, ces molécules ont un rôle important non seulement dans
l’adhésion, mais aussi dans la prolifération et l’initiation de la
différentiation du kératinocyte.
En outre, les souris transgéniques
avec expression suprabasale d’intégrines développent une
dermatose psoriasiforme suggérant que ces anomalies pourraient
être en cause dans la genèse du psoriasis.
Les deux principaux systèmes de transduction qui permettent la
transmission des signaux extérieurs à la cellule et jouent le
rôle de second messager cellulaire sont perturbés dans le psoriasis :
– des anomalies ont été décrites, tant au niveau de l’adénylatecyclase
que des nucléotides eux-mêmes, avec une augmentation de
l’acide guanosine monophosphorique cyclique (GMPc) par rapport
à l’acide adénosine monophosphorique cyclique (AMPc), pouvant
être responsable d’une hyperactivité cellulaire ; le point le plus
intéressant est sans doute la diminution de l’activité de la protéine
kinase A (AMPc-dépendante) présente non seulement dans la peau,
mais aussi dans les globules rouges ; ce déficit se retrouve aussi chez
les membres non atteints des familles de psoriasiques et est redressé
sous rétinoïdes ;
– plus récemment, des anomalies de la voie du phosphatidylinositol
phosphate ont été décrites : augmentation de l’activité de la
phospholipase C aboutissant à une production accrue de
diacylglycérol (activateur de la protéine kinase C [PKC]) et d’inositol
triphosphate (capable d’activer la phospholipase A2) ; le rôle de
l’activation de la PKC dans le psoriasis n’est pas clairement établi,
dans la mesure où son activité serait secondairement réduite par un
rétrocontrôle négatif.
2- Fibroblastes :
Une activité accrue des fibroblastes psoriasiques a été décrite au
début des années 1980, mais c’est surtout Saiag et Dubertret qui ont
mis en avant l’origine fibroblastique possible de la prolifération
épidermique du psoriasis.
Ces auteurs ont montré, dans leur
système de culture utilisant un derme équivalent et des fibroblastes
comme support, que lorsque ces fibroblastes étaient d’origine psoriasique, on obtenait une prolifération accrue des kératinocytes
normaux placés sur ce support.
Ceci indiquerait la capacité pour les
fibroblastes psoriasiques de délivrer un signal anormal de
prolifération.
Toutefois, il faut des conditions expérimentales
particulières (présence de sérum) et la nature du signal délivré par
les fibroblastes psoriasiques n’est pas, à ce jour, déterminée.
On sait
que ces cellules sont capables de produire de nombreux facteurs de
croissance et certaines thérapeutiques (rétinoïdes, vitamine D)
pourraient limiter leur activité.
3- Polynucléaires et protéases :
Les polynucléaires présents dans l’épiderme psoriasique peuvent
sécréter des protéases qui ont une activité promitotique.
La
prolifération épidermique pourrait donc être due soit à une
hypersécrétion de protéases, soit à un déficit des facteurs inhibiteurs.
Les travaux très nombreux portant sur les fonctions des
polynucléaires sont discordants et ne permettent pas de dégager de
façon certaine la notion d’une anomalie intrinsèque de cette cellule
dans le psoriasis.
In vitro, la majorité des auteurs fait état d’une
hyperactivité de certaines fonctions, alors que in vivo les études,
plus difficiles et plus rares, sont plutôt en faveur d’une inhibition du
chimiotactisme.
Il semble probable que la présence de polynucléaires
dans la lésion psoriasique soit essentiellement liée à leur attraction
par les nombreux facteurs chimiotactiques qui sont présents dans
l’épiderme : fragments de compléments et autres peptides
chimioattractants ou métabolites de l’acide arachidonique, ce qui
reporte le problème à d’autres niveaux.
L’inhibition des fonctions
des polynucléaires expliquerait l’action bénéfique des rétinoïdes et
de la colchicine dans certains psoriasis pustuleux.
4- Cellules de Langerhans :
Dans l’épiderme psoriasique, ces cellules sont réparties de façon
hétérogène et leur nombre paraît diminué.
Or, les cellules de Langerhans sont impliquées non seulement dans les phénomènes
immunitaires locaux, mais également dans la prolifération et la
différenciation épidermique, et pourraient donc jouer un rôle
important dans les anomalies de l’épiderme psoriasique.
Les cellules
de Langerhans sont la cible de nombreuses thérapeutiques qui
modifient leurs fonctions, en particulier la photothérapie, les
rétinoïdes et sans doute aussi la ciclosporine et la vitamine D.
5- Cellules endothéliales :
Les anomalies structurales des microvaisseaux dermiques dans la
lésion psoriasique sont connues de longue date.
La présence de
cellules endothéliales particulières (identiques aux high endothelial
veinules qui permettent la recirculation des lymphocytes dans les
ganglions) a permis d’évoquer un rôle direct de la cellule
endothéliale dans le psoriasis.
En effet, ces cellules expriment des
molécules d’adhésion (en particulier ELAM 1) qui permettraient aux
lymphocytes T-CD4 de migrer dans la lésion psoriasique.
L’hypothèse de l’origine endothéliale primitive du psoriasis doit être
prise en considération, d’autant que les fonctions de ces cellules ne
sont encore qu’imparfaitement connues.
6- Lymphocytes et phénomènes immunitaires :
Dans le derme, la lésion psoriasique s’accompagne d’une
accumulation de lymphocytes T-CD4 activés (DR+), alors que dans
l’épiderme c’est la population T-CD8, à activité cytotoxique, qui est
retrouvée.
Le rôle de ces lymphocytes dans la prolifération
épidermique est sans doute capital et sera discuté plus loin. Au plan
fonctionnel, le psoriasis semble une maladie médiée par les
lymphocytes T-H1 producteurs d’IL2 et d’interféron.
Cette dernière
cytokine, retrouvée en grande quantité dans l’épiderme, serait
responsable de l’expression accrue des molécules d’adhésion et des
antigènes histocompatibilité de classe 2 par le kératinocyte.
En outre, il existe des anomalies de l’immunité humorale :
augmentation des IgA, des IgE, présence de facteurs rhumatoïdes
de type IgG, mais aucun autoanticorps spécifique de la maladie n’a
été décrit à ce jour.
7- Terminaisons nerveuses et neuromédiateurs :
Les relations entre psoriasis et stress ont suscité de nombreuses
études concernant les neuromédiateurs.
La peau contient des
terminaisons nerveuses sensitives qui pénètrent l’épiderme jusqu’à
la couche granuleuse et ces terminaisons sont en nombre plus
important dans les lésions psoriasiques qui contiennent de grandes
quantités de neuromédiateurs.
Ces substances sont également sécrétées par les kératinocytes qui
portent des récepteurs faisant suspecter, pour la plupart d’entre
elles, des mécanismes d’action non seulement paracrine, mais
également autocrine.
L’action des neuromédiateurs dans la peau est
complexe : ils peuvent être mitogènes pour les kératinocytes,
modifier le comportement des cellules de Langerhans et des
lymphocytes, induire la dégranulation des mastocytes.
Ils ont donc
une grande importance dans les phénomènes inflammatoires et
immunitaires cutanés.
Dans le psoriasis, les modifications de la substance P et du vasoactive
intestinal peptide (VIP) ont été décrites, de même que des contacts
plus nombreux entre les terminaisons nerveuses et les mastocytes.
Récemment, plusieurs études ont démontré une augmentation
importante du nerve growth factor (NGF), produit par les
kératinocytes et qui a un rôle régulateur dans la production des
neuromédiateurs.
Le NGF est en outre un inhibiteur de l’apoptose,
sans doute par stimulation de l’oncogène Bcl-2, et pourrait donc
jouer un rôle important dans les anomalies de la maturation des
kératinocytes psoriasiques.
Par ailleurs, les peptides opioïdes, étroitement liés aux
neuromédiateurs, sont retrouvés en plus grande quantité dans la
peau psoriasique.
8- Gènes :
Il faut distinguer, d’une part les anomalies des gènes exprimées dans
le kératinocyte, et, d’autre part, l’étude des gènes responsables de
l’hérédité de la maladie.
* Anomalies de l’expression des gènes dans le kératinocyte :
De très nombreux gènes sont anormalement exprimés dans le
kératinocyte psoriasique comme ceux codant pour diverses
cytokines, médiateurs de l’immunité et de l’inflammation.
Mais le
point le plus intéressant concerne les gènes des facteurs de
croissance, en particulier ceux de la famille de l’EGF.
Ainsi, le
récepteur de l’EGF, le TGF-alpha (transforming growth factor), et
l’amphiréguline sont anormalement exprimés sur toute la hauteur
de l’épiderme.
De même, il existe des anomalies des oncogènes et des antioncogènes (gènes tumeur suppresseurs) dont l’équilibre règle
l’homéostasie épidermique.
Certains oncogènes sont surexprimés
comme c-sis (qui code pour le platelet derived growth factor [PDGF])
ou gro (qui code pour l’IL8), alors que les études concernant ras ou
myc sont plus discordantes.
Il est étonnant de constater que certains oncogènes comme c-fos et
c-jun ont une expression diminuée dans la lésion psoriasique, sans
doute parce qu’ils sont fortement impliqués dans la différenciation
des kératinocytes plus que dans leur prolifération.
Leur diminution
dans le psoriasis pourrait dont expliquer les troubles de la
différenciation kératinocytaire.
En ce qui concerne les antioncogènes, il est possible que P53 (muté
dans de nombreux cancers) et NF1 (gène de la neurofibromatose de
type 1) aient une expression diminuée, mais aucune mutation de
P53 n’a pu, à ce jour, être démontrée.
Actuellement, à côté des oncogènes et des antioncogènes, les études
se portent sur les gènes du développement (les voies de WNT et de
Hedgehog).
Ils pourraient avoir une importance considérable dans
l’affection dans la mesure où ils régulent le flux des cellules souches
vers la différenciation, phénomène qui est sans doute à la base des
anomalies de l’homéostasie épidermique dans la lésion psoriasique.
La connaissance des anomalies de l’expression des gènes dans la
lésion psoriasique est de toute première importance puisque c’est
sans doute à ce niveau que les premières thérapies géniques de la
maladie pourront être appliquées.
* Gènes de prédisposition
:
Ils sont responsables de l’hérédité de la maladie et sont sans doute
multiples, comme dans les maladies auto-immunes.
La nature des
gènes n’est pas connue mais la localisation de certains d’entre eux a
été précisée grâce aux techniques de la génétique moléculaire, en
particulier les études de coségrégation des microsatellites dans les
familles psoriasiques.
+ Chromosome 6 et gènes d’histocompatibilité (« human leukocyte
antigen » [HLA])
:
L’association du psoriasis à certains antigènes HLA de classe 1 (B13,
B17, B27, B57 et surtout Cw6 et Cw7) est connue de longue date.
C’est l’association à Cw6 qui est majeure, mais il faut remarquer
qu’elle n’est ni nécessaire ni suffisante pour entraîner le psoriasis,
puisque seuls 10 % des individus porteurs de Cw6 auront la maladie
et 20 % des psoriasiques sont négatifs pour Cw6.
Des anomalies de
la molécule Cw6 ont été décrites par les auteurs japonais et la
présence d’alanine en position 73 serait plus fréquemment associée
au psoriasis.
Parmi les antigènes d’histocompatibilité de classe 2, c’est l’antigène
DR7 qui est surreprésenté dans la maladie.
Les associations entre psoriasis et antigènes d’histocompatibilité sont
surtout retrouvés dans les psoriasis de type I (d’apparition précoce
et familiale), les lésions les plus fortes étant avec Cw6, B57 et DR7.
On admet actuellement que l’un des gènes de susceptibilité au
psoriasis est situé sur le bras long du chromosome 6, dans la région
des gènes HLA, mais qu’il ne s’agit pas de l’un de ces gènes.
+ Autres locus
:
Plusieurs études ont montré la liaision du psoriasis avec des gènes
situés sur le bras long des chromosomes 17 et 4.
Mais, là encore, il
existe des familles dans lesquelles cette liaison n’est pas retrouvée.
D’autres études ont mis en évidence, de façon ponctuelle dans
certaines familles, des corrélations avec d’autres locus, le plus
intéressant est sans doute celui porté par le bras long du
chromosome 1 sur lequel se situent des gènes multiples impliqués
dans la différenciation des kératinocytes et dans l’inflammation
(complexe de différenciation épidermique).
Rappelons également la possibilité d’un gène de susceptibilité au
psoriasis sur le chromosome 16 à côté du locus de la maladie de Crohn dont l’association au psoriasis est maintenant bien établie.
Il est probable que l’étude complète du génome humain, qui a
maintenant débuté et qui se terminera dans les toutes prochaines
années, permettra de mieux définir quels sont les gènes associés au
psoriasis, ce qui devrait ensuite déboucher sur la production
d’animaux transgéniques psoriasiques.
C - MÉCANISMES PATHOGÉNIQUES :
1- Histoire et évolution des idées
:
L’histoire moderne de l’étude des mécanismes physiopathologiques
commence au début des années 1960, lorsque fut démontrée
l’hyperplasie épidermique de la lésion.
La question qui se posait
immédiatement était de savoir quels étaient les facteurs conduisant
à l’état hyperprolifératif du kératinocyte.
Deux tendances se
développèrent alors : d’une part, l’étude biochimique de l’épiderme
qui supposait que la maladie soit liée à une anomalie intrinsèque du kératinocyte et, d’autre part, la théorie immunologique qui postulait
que les troubles du kératinocyte n’étaient pas primitifs, mais sous la
dépendance d’un dysfonctionnement immunitaire.
Dans les années 1970, la première tendance a connu un
développement considérable avec la découverte du rôle des
nucléotides cycliques et des médiateurs lipidiques comme seconds
messagers cellulaires capables de modifier les mitoses et la
différenciation du kératinocyte.
En même temps, l’étude
systématique de l’immunité dans le psoriasis permettait de mettre
en évidence de très nombreuses perturbations rapprochant le
psoriasis des maladies auto-immunes.
Dans les années 1980, les progrès remarquables de l’immunologie
permettaient la mise en évidence d’anomalies multiples des
cytokines et des populations lymphocytaires dans la lésion, alors
que l’action thérapeutique remarquable de la ciclosporine confortait
la théorie immunitaire.
Les années 1990 ont vu l’avènement de la biologie moléculaire qui a
permis de démontrer, dans les lésions, la dysrégulation de gènes
impliqués dans la croissance et la différenciation du kératinocyte,
ainsi que la localisation de gènes impliqués dans le caractère
héréditaire de la maladie.
2- Conception pathogénique actuelle :
La conception actuelle reprend les schémas pathogéniques qui
avaient été proposés 20 ans auparavant et qui mettaient la
prolifération psoriasique sous la dépendance de facteurs
immunologiques, en particulier des lymphocytes T.
On peut résumer
ainsi la chaîne pathogénique :
– l’élément de base de la lésion psoriasique est une épidermopoïèse
anormale ;
– elle s’accompagne d’anomalies (biochimiques et immunologiques)
du kératinocyte ;
– ces anomalies kératinocytaires sont dues à des facteurs
immunitaires, en particulier à des cytokines produites par le
lymphocyte TCD4 ;
– les troubles immunologiques sont sous la dépendance de gènes
de prédisposition et d’antigènes et/ou superantigènes qui stimulent
les lymphocytes.
* Arguments en faveur de l’hypothèse lymphocytaire du psoriasis
:
Jusqu’à ces dernières années, nous n’avions que des arguments
indirects : présence de nombreuses anomalies immunitaires et
surtout effet bénéfique des immunosuppresseurs, en particulier la
ciclosporine, le tacrolimus, les anticorps anti-CD4 et les traitements
par une toxine spécifique des récepteurs de l’IL2.
Les travaux expérimentaux récents ont apporté des arguments
directs quant au rôle des lymphocytes dans la prolifération
épidermique.
Ainsi, il a été démontré in vitro que les lymphocytes
lésionnels avaient la capacité de faire proliférer les kératinocytes.
Plus intéressant encore, dans un modèle animal où la peau psoriasique non lésionnelle est greffée à la souris, l’injection de
lymphocytes psoriasiques activés entraîne l’apparition et permet le
maintien d’un phénotype psoriasique.
Bien que ces expériences
soient complexes et sujettes à caution sous certains aspects, elles
apportent des arguments importants quant à la production par les
lymphocytes de cytokines à effet promitotique et pro-inflammatoire
responsables des lésions psoriasiques.
Cependant, de nombreuses questions restent encore non résolues.
Quelle est la sous-population de cellules T impliquée ?
Quelles sont
les cytokines en cause ?
Par quel antigène sont activées les cellules
T ?
* Rôle des antigènes et des superantigènes :
La notion de psoriasis poststreptococcique a déclenché de
nombreuses études quant au rôle des antigènes bactériens et, plus
récemment, ont été impliqués les superantigènes.
Les antigènes
classiques activent les lymphocytes T après interaction avec la région
hypervariable du récepteur aboutissant au développement d’un
clone de lymphocytes autoréactifs.
Les superantigènes sont capables
d’activer les lymphocytes T exprimant une même région variable
(V-bêta) du récepteur T aboutissant à l’activation d’un grand nombre
de clones lymphocytaires.
Les diverses études concernant ces mécanismes sont discordantes
puisque l’on trouve des arguments en faveur du rôle d’un superantigène (avec, en particulier, une expansion de lymphocytes
T porteurs de la chaîne V-bêta-2 dans les lésions cutanées), mais
également en faveur du rôle d’un autoantigène classique.
Il est
possible que ces deux mécanismes soient complémentaires dans
l’activation des lymphocytes T de la lésion psoriasique.
En fait, la
question la plus importante, et qui n’est pas résolue, est de savoir
quelle est la nature du matériel antigénique entraînant ces
stimulations.
Certains auteurs insistent, comme cela avait été
proposé auparavant, sur les similitudes antigéniques existant entre
certaines protéines streptococciques et les kératines.
À côté des stimulations bactériennes, on peut également impliquer
certains virus dans la stimulation antigénique et, tout récemment, la
présence du génome de Papillomavirus (en particulier HPV5) a été
démontrée dans les kératinocytes.
En outre, on insiste actuellement
sur l’expression anormale de rétrovirus dans les maladies autoimmunes.
Le psoriasis peut être amélioré par les thérapeutiques
utilisées lors de l’infection par le VIH et nous avions déjà proposé
un rôle possible des rétrovirus endogènes transmis verticalement.
Au total, les concepts pathogéniques du psoriasis restent multiples
mais les arguments sont de plus en plus nombreux pour soutenir le
rôle prépondérant des lymphocytes T, sans pouvoir cependant
éliminer le rôle d’autres facteurs dans la maladie.
En l’absence
d’autoantigènes et d’autoanticorps spécifiques, nous ne pouvons
affirmer avec certitude le caractère auto-immun de la maladie.
On
peut espérer que la découverte des gènes en cause permettra des
avancées décisives dans les toutes prochaines années.