Diagnostic et conduite à tenir devant une prothèse de genou douloureuse Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
Les résultats des prothèses de genou s’améliorent depuis une
vingtaine d’années, se rapprochant ainsi de ceux obtenus avec les
prothèses de hanche.
En 1994, Callahan et al, dans une métaanalyse
de 130 séries regroupant 9 879 prothèses, relevaient à 4,1
ans de recul des taux de 89,3 % de bons et excellents résultats et de
3,8 % de réinterventions.
Actuellement, les courbes de survie
prothétique montrent près de 95 % de prothèses en place à 10 ans
de recul et plus, avec de bons et très bons résultats cliniques et
radiologiques, amenant certains chirurgiens à considérer
l’arthroplastie du genou comme l’une des interventions les plus
fiables en chirurgie orthopédique.
L’amélioration des résultats des prothèses totales de genou
s’explique par une diminution du taux d’infection, compris
actuellement entre 1 et 2 %, avec des extrêmes de 0,5 % dans
certaines séries et de 4,4 % pour la polyarthrite rhumatoïde, par
une meilleure conception des implants (dessin des prothèses,
épaisseur et stérilisation du polyéthylène...) et par une technique
opératoire plus précise, diminuant la malposition des implants dans
les trois plans de l’espace et les défauts d’équilibrage ligamentaire.
Pour les prothèses unicompartimentales fémorotibiales ou
fémoropatellaires, cette amélioration est également liée à une
meilleure connaissance de leurs indications opératoires et de leurs
impératifs biomécaniques et techniques.
La présence de douleurs après prothèse de genou, le plus souvent
associée à d’autres manifestations cliniques (infection, raideur ou
instabilité), est la principale cause d’échec, amenant en fonction de
leur intensité à discuter une réintervention.
Cette douleur a
habituellement une signification différente selon qu’elle existe
depuis l’implantation ou qu’elle survient après un intervalle de
temps plus ou moins long.
Quel que soit le type de prothèse de genou (prothèse unicompartimentale fémorotibiale, fémoropatellaire,
tricompartimentale de contrainte plus ou moins importante pouvant
aller jusqu’à la prothèse charnière, ou prothèse de reprise),
l’indication d’une réintervention doit impérativement s’appuyer sur
la connaissance précise de la cause de la douleur.
Cette indication
s’appuie sur les données d’un interrogatoire et d’un examen clinique
rigoureux, des examens biologiques, de l’examen bactériologique du
liquide de ponction articulaire parfois répété, des examens
radiologiques complets et scintigraphiques.
Une arthroscopie
diagnostique, avec notament des biopsies synoviales à visée
bactériologique et anatomopathologique, qui s’avère aussi souvent
thérapeutique peut être proposée.
Plusieurs publications
soulignent en effet la fréquence des mauvais résultats des reprises
de prothèse totale de genou en l’absence de cause précise expliquant
la douleur préopératoire.
Étiologie de la douleur
du genou prothésé :
Ces causes peuvent être classées en causes articulaires ou extraarticulaires,
parfois associées.
A - CAUSES ARTICULAIRES :
L’infection d’apparition précoce, intermédaire (de 2 à 24 mois) ou
tardive, et alors souvent hématogène, est la cause fréquente de
douleurs.
Elle se manifeste parfois par un aspect inflammatoire
du genou avec épaississement synovial, un trouble de cicatrisation
ou un écoulement avec fistule, souvent par un enraidissement et
des douleurs.
Elle peut être difficile à mettre en évidence avant le
stade de descellement mais doit toujours être recherchée.
Le descellement, ou la non-réhabitation des implants pour les
prothèses sans ciment, est souvent difficile à affirmer en l’absence de
mobilisation des implants ou de liserés périprothétiques
évolutifs supérieurs à 2 mm et étendus.
Les défauts
d’alignement du membre inférieur dans le plan frontal, notamment
en varus, favoriseraient cette complication.
L’instabilité du genou est le plus souvent frontale, par mauvais
équilibrage ligamentaire ou mise en place d’un insert tibial
d’épaisseur insuffisante.
Elle est habituellement la
conséquence d’une libération ligamentaire étendue, du plan interne
sur un genu varum ou plus souvent du plan externe sur un genu
valgum marqué ; elle est souvent plus nette en flexion, pouvant
favoriser la survenue de luxation intraprothétique entre l’insert tibial
et le composant fémoral.
Plus rarement, une instabilité postérieure
peut survenir, par rupture secondaire d’un ligament croisé
postérieur et sur un genou rhumatoïde, dans les prothèses à
conservation du ligament croisé postérieur ou également dans les
prothèses postérostabilisées.
L’instabilité peut être médiolatérale, postérieure ou globale pour les implants conservant ou non le
ligament croisé postérieur ; elle peut s’observer uniquement en
flexion.
L’usure du polyéthylène de l’insert tibial et la libération de
particules sont favorisées par l’instabilité du genou et le
descellement des implants.
Les particules induisent la formation des
granulomes à polyéthylène, créant les réactions synoviales
inflammatoires et l’ostéolyse.
Des débris métalliques liés au contact anormal entre deux parties
métalliques des implants du fait d’une usure anormale du
polyéthylène ou au relargage de particules du revêtement
réhabitable de prothèses sans ciment, et parfois même à la rupture
de l’implant (metal back tibial ou rotulien), entraînent une métallose
des parties molles intra-articulaires.
L’absence de mise en place, quasi systématique pour certains
opérateurs, d’une prothèse rotulienne pour minimiser le risque de
complication secondaire inhérent à ce resurfaçage (épaississement
ou amincissement de la rotule prothésée, nécrose ou fracture de
fatigue de la rotule en fait souvent asymptomatique,
descellement ou métallose pour les rotules metal back) peut induire
un syndrome douloureux fémoropatellaire.
Ces douleurs sont alors
liées à une subluxation de la rotule, à une incongruence entre la
forme de la trochlée prothétique et la surface articulaire de la rotule
ou à des lésions chondrales mal évaluées.
La raideur du genou, parfois douloureuse, peut être favorisée par
des coupes osseuses insuffisantes, un surdimensionnement de
l’implant fémoral, un resurfaçage mal adapté de la rotule ou une
ossification sus-trochléenne.
Cette raideur est parfois la conséquence
d’une fibrose intrasynoviale.
Le développement d’amas fibreux synoviaux dans la région infrapatellaire, favorisé par la forme du carter des implants
fémoraux de prothèses postérostabilisées, peut également entraîner
un conflit douloureux (patellar clunk syndrome).
Les malpositions des pièces prothétiques fémorale et tibiale
uniquement en rotation, mises en évidence au scanner, et sans
anomalie de coupe osseuse de la rotule, en épaisseur ou direction,
favorisent la survenue de douleurs de siège antérieur, comme l’ont
souligné récemment Barrack et al, indépendamment de toute
anomalie de la course fémoropatellaire (bascule rotulienne,
subluxation ou luxation) rapportée à la même cause par Berger et
al.
Un syndrome algodystrophique du membre inférieur ne réunissant
pas l’ensemble des signes cliniques habituels doit toujours être
évoqué devant des douleurs mal systématisées du genou
apparaissant quelques semaines après l’intervention ou un
enraidissement progressif du genou.
Des causes articulaires plus rares de douleur peuvent être
retrouvées : hémarthrose récidivante ; corps étrangers intraarticulaires
d’origine osseuse, prothétique ou particule de ciment ;
conflit entre condyle prothétique et ostéophyte fémoral ou, pour
le condyle externe, avec le poplité ou la fabella ;
pseudoménisque intra-articulaire.
B - CAUSES EXTRA-ARTICULAIRES
:
Elles sont parfois favorisées par des causes articulaires comme une
laxité du genou ou une malposition des implants créant un défaut
d’axe dans le plan frontal ou un mauvais centrage de la rotule dans
la gorge trochléenne.
Parmi ces causes extra-articulaires, citons les ruptures ou plus
souvent les avulsions de l’appareil extenseur, et habituellement du
tendon rotulien sur la tubérosité tibiale antérieure dont l’insertion a
été fragilisée par la luxation peropératoire de la rotule, et les
tendinites rotuliennes, parfois induites par un conflit avec la partie
antérieure de l’insert tibial en cas de rotule basse.
Des douleurs à
l’extrémité de tiges centromédullaires, visant à une meilleure
stabilisation des implants après certaines prothèses de reprises,
peuvent exister.
Mentionnons également la bursite de la patte d’oie,
les névromes sur la voie d’abord et les ossifications
périarticulaires.
C - PROTHÈSES UNICOMPARTIMENTALES
FÉMOROTIBIALES OU FÉMOROPATELLAIRES :
La douleur a la plupart du temps les mêmes origines que celles
précédemment énoncées.
Elle peut être également liée à la
méconnaissance d’une chondrocalcinose ou d’une polyarthrite
rhumatoïde, ou à la dégradation dans le temps des surfaces
articulaires non prothésées.
Il convient en effet de rappeler pour les
prothèses unicompartimentales fémorotibiales le caractère très
péjoratif de l’absence de ligament croisé antérieur et d’une
hypercorrection de la déformation dans le plan frontal au moment
de l’intervention, accélérant l’usure cartilagineuse du compartiment
fémorotibial opposé à l’implant.
Pour les prothèses fémoropatellaires, la douleur peut être la conséquence de
phénomènes de ressaut ou d’engagement.
Éléments du diagnostic de la douleur
liée à la prothèse :
Le diagnostic repose sur des éléments cliniques, biologiques,
bactériologiques, radiologiques, scintigraphiques et éventuellement
arthroscopiques.
A - ÉLÉMENTS CLINIQUES :
Un interrogatoire complet et rigoureux est indispensable pour
connaître la date d’apparition de la douleur par rapport à l’acte
opératoire, ses caractères identiques ou différents de la douleur
préopératoire, ses circonstances de survenue, son intensité, son type
et son siège.
La douleur peut être uniquement de type mécanique et
apparaître à l’appui, majorée à la marche, et s’accompagner d’une
boiterie en faveur du diagnostic de descellement si elle est apparue
après un intervalle libre.
Elle peut survenir seulement à la montée
et/ou à la descente des escaliers, évoquant alors une douleur fémoropatellaire.
Survenant lors du passage de la flexion à
l’extension active du genou, la douleur est très évocatrice d’un clunk
syndrome, d’autant qu’elle s’accompagne d’une sensation de
crépitations et d’un crissement douloureux pararotuliens à la
palpation.
La douleur peut faire suite à un accident d’instabilité ou
à une sensation de blocage évoquant un corps étranger intraarticulaire.
Elle peut siéger à la face antérieure, sur les faces latérales
du genou, au creux poplité ou être décrite par le patient comme
circonférentielle ou profonde intra-articulaire.
Elle se situe parfois
sur une cicatrice, s’accompagnant d’une sensation hyperesthésique
faisant suspecter l’existence d’un névrome.
L’examen clinique apprécie la mobilité active et passive du genou,
ainsi qu’un éventuel déficit d’extension active contrastant avec une
extension passive complète, faisant suspecter une rupture de
l’appareil extenseur ; il recherche une désaxation du membre
inférieur, des signes inflammatoires locaux, une augmentation de
chaleur locale, une hypersudation, un épanchement intra-articulaire,
un épaississement ou une tuméfaction de la synoviale.
Cet examen
peut retrouver une laxité dans le plan frontal, en extension et/ou
seulement en flexion, et dans le plan sagittal, ou une douleur
provoquée dont le siège peut aider au diagnostic, cette douleur étant
souvent rotulienne et associée à une instabilité.
Cet examen du genou doit toujours se terminer par un examen
clinique complet.
B - ÉLÉMENTS BIOLOGIQUES, BACTÉRIOLOGIQUES
(PONCTIONS ARTICULAIRES)
ET ANATOMOPATHOLOGIQUES :
Tout doit être mis en oeuvre, comme le souligne Ritter, pour
éliminer l’infection, souvent larvée, qui reste la cause de douleur la
plus fréquente et la plus crainte, en particulier lorsqu’une
réintervention est envisagée.
Barrack et al observent que la
vitesse de sédimentation est peu contributive, puisque supérieure à
30 mm à la première heure elle n’a qu’une sensibilité de 80 % et une
spécificité de 62,5 % ; en revanche, la protéine C réactive est plus
fiable, avec des valeurs prédictives positive de 0,79 % et négative de
0,97 %, ainsi que la ponction articulaire avec mise en culture du
liquide intra-articulaire, avec des valeurs prédictives positive de
0,88 % et négative de 0,94 %.
Pour rendre cette ponction plus
efficiente, il est pour certains nécessaire de la répéter avant toute
reprise chirurgicale et pour Laskin indispensable de la réaliser
sans anesthésie locale, certains conservateurs associés à la xylocaïne
étant bactéricides.
La lecture des prélèvements ensemencés avec
enrichissement doit être suffisament retardée pour ne pas
méconnaître certaines infections dont le germe pousse tardivement.
Des ponctions-biopsies de la synoviale sous arthroscopie peuvent
être réalisées pour recherche de germes et, en anatomo-pathologie,
recherche de leucocytes altérés.
Du fait que la négativité de tous ces
examens n’élimine pas formellement l’infection, Mariani et al ont
proposé la recherche de traces d’acide désoxyribonucléique ou
d’acide ribonucléique bactérien par polymerase chain reaction.
C - ÉLÉMENTS RADIOLOGIQUES :
Ils comportent les données de l’examen radiologique standard et de
la gonométrie en charge, des examens dynamiques et, plus
récemment, de la fluoroscopie.
Les clichés standards en charge permettent d’apprécier la taille et le
positionnement des implants dans les plans frontal et sagittal, et
particulièrement celui de la rotule par rapport à l’interligne
prothétique (rotule basse), et de mettre en évidence de face un
éventuel bâillement articulaire témoignant d’un mauvais équilibrage
ligamentaire.
Ils permettent dans le temps, sous réserve de clichés
parfaitement perpendiculaires à l’interligne, de rechercher une
diminution de la hauteur de l’insert en polyéthylène, de quantifier
son usure, et d’analyser la présence et l’évolution d’éventuels liserés périprothétiques précurseurs d’un descellement.
Ce descellement est
parfois évident en cas de mobilisation des implants, souvent mieux
mis en évidence dans les mouvements forcés (varus, valgus ou hyperflexion).
Ces liserés, souvent mieux appréciés au tibia, sont
plus difficiles à mettre en évidence pour les prothèses sans ciment
pour lesquelles on recherche des signes indirects de mobilisation de
l’implant, comme l’existence d’une chambre de mobilisation autour
des vis de fixation du plateau tibial.
Ces clichés mettent
exceptionnellement en évidence une dégradation des implants, un désencliquetage de l’insert ou une luxation intraprothétique.
Les
incidences fémoropatellaires peuvent montrer une bascule
rotulienne, une subluxation, presque toujours externe, avec
possibilité de contact entre la partie osseuse externe de la facette
latérale de la rotule et la trochlée métallique non toujours
symptomatiques ou une exceptionnelle luxation ; elles peuvent
mettre en évidence un liseré périprothétique, un descellement ou une fracture de fatigue de la rotule parfois associée à une
nécrose souvent asymptomatique.
Des appositions périostées
associées à un liseré net sont très en faveur du diagnostic d’infection
prothétique.
La gonométrie permet de mesurer l’axe global du membre inférieur
et d’apprécier le positionnement des implants fémoral et tibial dans
le plan frontal.
Les clichés dynamiques peuvent montrer une mobilisation des
pièces, permettent de mieux analyser l’instabilité fémorotibiale dans le plan frontal et de rechercher pour les prothèses conservant le
ligament croisé postérieur un mouvement de tiroir postérieur
rendant compte de son inefficacité.
Le scanner revêt un intérêt certain, souligné par Berger et al, pour
rechercher les défauts de positionnement des pièces fémorale et
tibiale par rapport à l’axe biépicondylien et à la tubérosité tibiale
antérieure, générateurs de douleurs du compartiment antérieur du
genou, même en l’absence de défaut de centrage de la rotule.
La fluoroscopie, technique réalisant des clichés guidés sous scopie,
a permis à Fehring et McAvoy de mettre en évidence chez 14
patients sur 20 un descellement prothétique aseptique, non visible
sur des examens radiologiques conventionnels d’excellente qualité,
ce descellement étant confirmé lors de la réintervention et toujours
suivi d’une nette amélioration du score du genou après la reprise.
D - ÉLÉMENTS SCINTIGRAPHIQUES
:
La scintigraphie au technetium 99 est un examen d’intérêt discutable
pour envisager une reprise, d’autant que l’hyperfixation, en
particulier tibiale, peut persister plusieurs années après
l’implantation selon Hoffman et al ; à l’opposé, Smith et al,
selon une étude de 75 patients ayant une prothèse de genou devenue
douloureuse en moyenne 3 ans après son implantation, lui trouvent
un intérêt en raison de sensitivité, spécificité, valeur prédictive
positive et négative, en cas de scintigramme normal ou anormal sans
équivoque, respectivement de 92,3, 75,9, 64,9 et 95 %.
Elle peut
cependant aider à faire le diagnostic d’algodystrophie
postopératoire.
La scintigraphie aux leucocytes marqués, couplée à
la scintigraphie au technetium, plus fiable que celles à l’indium ou
au gallium dans la recherche d’une infection, peut présenter un
intérêt en cas de négativité des ponctions articulaires ; Palestro et
al ont cependant prouvé la possibilité de faux positifs et de faux
négatifs.
E - ÉLÉMENTS ARTHROSCOPIQUES
:
L’arthroscopie constitue un acte peu invasif qui peut être proposé
comme aide au diagnostic devant une prothèse du genou
douloureuse lorsque tous les autres éléments d’investigation sont
restés négatifs.
Elle peut constituer un acte à la fois diagnostique et
thérapeutique.
L’arthroscopie permet la découverte de formations synoviales
iatrogènes (bandes ou amas fibreux) au contact des implants,
susceptibles d’induire une pathologie douloureuse par création de
conflit.
L’exemple le plus caractéristique est constitué par le nodule infrapatellaire conflictuel avec le carter de l’implant fémoral
postérostabilisé (clunk syndrome).
L’arthroscopie peut également
révéler une synovite réactionnelle aux débris d’usure (polyéthylène)
et/ou à la métallose parfois très importante.
Elle met également en évidence les conflits fémoropatellaires et les
anomalies de course rotulienne ; en cas de non-resurfaçage de la
rotule, elle peut montrer l’importance de lésions cartilagineuses ou
osseuses insoupçonnées de la face profonde de la rotule au contact
d’une trochlée prothétique dont la forme peut être inadaptée car non
congruente.
Elle peut montrer l’existence d’un conflit condylien
prothétique externe avec le tendon du muscle poplité, ou la présence
de corps étrangers intra-articulaires radiotransparents ou de
particules de ciment ayant échappé à la lecture des clichés standards.
Elle permet de localiser et d’apprécier l’importance de l’usure du
polyéthylène et de son état de surface, et dans certains cas de
diagnostiquer une rupture du plot médian de l’insert tibial d’une
prothèse postérostabilisée, un désassemblage d’un insert tibial ou
rotulien de son embase metal back ou de faire la preuve d’un
descellement prothétique.
L’arthroscopie permet également de
porter le diagnostic d’infection, grâce aux prélèvements synoviaux
pour examens bactériologiques et anatomopathologiques à la
recherche de leucocytes altérés.
Diagnostic d’une prothèse
douloureuse :
A - LIÉE À LA PROTHÈSE
:
Le plus souvent, la prothèse paraît directement en cause et il faut
identifier la cause de la douleur.
Cette recherche s’oriente de façon
différente selon la date de survenue de cette douleur par rapport à
celle de l’implantation prothétique, exception faite de la recherche
de l’infection qui doit rester, quel que soit l’intervalle de temps entre
ces deux événements, la préoccupation majeure.
Devant une douleur persistant depuis l’intervention ou apparue
dans ses suites proches, la raideur ou une rupture de l’appareil
extenseur sont évidentes ; il faut rechercher en premier lieu
l’infection, un problème fémoropatellaire, un syndrome
algodystrophique, puis un conflit entre les implants et les
parties molles (synoviale, poplité), ou exceptionnellement un
ostéophyte, des corps étrangers intra-articulaires, des ossifications
douloureuses et l’existence d’un névrome.
La non-fixation d’un
implant sans ciment et une instabilité peuvent également entraîner
des douleurs.
Devant une douleur apparue après une période totalement
asymptomatique de près de 1 an ou plus, en dehors de l’infection il
convient de rechercher en premier lieu une mobilisation des
implants et une dégradation anormale du matériel implanté avec
usure anormale du polyéthylène, une rupture de matériel ou une métallose pouvant entraîner synovite et ostéolyse, favorisés par une
malposition ou une instabilité.
Quelle que soit la date d’apparition de la douleur d’une prothèse de
genou, les différents éléments de diagnostic précédemment énoncés
doivent être recherchés ou mis en oeuvre en soulignant que l’intérêt
des scintigraphies est contesté et que la fluoroscopie mérite d’être
développée dans les cas où les données cliniques et les examens
radiologiques ne révèlent aucune anomalie.
Sur une série de 102 révisions effectuées après une période
totalement asymptomatique d’au moins 1 an, Lonner et al
retrouvent sur le plan clinique, en fréquence décroissante, la douleur
(84 %), un gonflement articulaire (76 %), une déformation
progressive (19 %), l’instabilité (17 %), l’enraidissement (17 %), les
claquements (7 %), les accrochages (4 %) et un dysfonctionnement
rotulien (4 %) ; sur le plan radiologique, ils notent un descellement
(80 %), une usure du polyéthylène (43 %), une rupture de composant
(3 %), une usure métallique (3 %), une luxation ou subluxation
rotulienne (4 %) et une ostéolyse (4 %).
À l’intervention, ils
constatent l’usure du polyéthylène (72 %), une ostéolyse (22 %), une métallose (9 %), une rupture de composant (6 %), une subluxation
rotulienne (4 %) et une infection (6 %).
Bonnin et al, sur 69 reprises de prothèse totale de genou, infection
exclue, mentionnent 30 descellements dont 11 faisant suite à une malposition, 14 laxités, 11 raideurs douloureuses, six échecs rotuliens
et huit cas de douleurs isolées sans autre anomalie au bilan.
Dans le symposium de la Société française de chirurgie
orthopédique et traumatologique (SOFCOT) de l’année 2000
consacré aux reprises de prothèses de genou, sous la direction de Burdin et Huten, sur 490 cas on retrouve comme étiologies de la
reprise le descellement fémorotibial et l’ostéolyse (34,9 %), les
complications de l’appareil extenseur (18,9 %), la raideur (9,7 %) et
la laxité (13,3 %), et plus rarement une défaillance mécanique (6,9 %),
des douleurs inexpliquées (6,5 %), une fracture (4,3 %) ou une
pathologie synoviale (clunk syndrome, 2,7 %.).
B - NON LIÉE À LA PROTHÈSE
:
Il existe à l’opposé des cas où la douleur ne peut être rattachée de
façon évidente à la prothèse du genou implantée ; il convient alors,
avant de rechercher une cause articulaire rare de douleur du genou,
éventuellement par des examens scintigraphiques ou une
arthroscopie, de refaire un examen clinique complet.
Une attention
particulière doit être portée au membre inférieur homolatéral à la
recherche d’une coxarthrose sus-jacente méconnue dont la douleur
se manifeste uniquement par sa projection au genou ou d’une
prothèse totale de hanche souvent associée devenue douloureuse par
descellement.
L’examen vasculaire et neurologique doit être
soigneux, étudiant les pouls périphériques à la recherche d’une
claudication vasculaire et recherchant des signes neurologiques
orientant vers une hernie discale intracanalaire L3-L4, foraminale
L4-L5 ou un canal lombaire étroit. Au terme de cet examen, la
situation est parfois claire, la douleur étant rapportée de façon
indiscutable à une autre cause que la prothèse du genou.
Mais il est
de nombreux cas où la prothèse peut être incriminée au même titre
que d’autres éléments pathologiques associés chez un patient
souvent âgé, posant alors des problèmes thérapeutiques d’autant
plus difficiles
Une arthrographie de la hanche prothésée ou une
infiltration de la hanche arthrosique, un doppler artériel et un
scanner ou un examen en imagerie par résonance magnétique
lombaire peuvent être nécessaires.
Sur le plan général, le diagnostic
de neuropathie diabétique doit être évoqué.
Un bilan psychiatrique
est parfois indispensable avant de recourir à une éventuelle
arthroscopie susceptible de mettre en évidence une des rares causes
de douleur sur prothèse de genou.
Conduite à tenir :
A - PRINCIPES :
La conduite à tenir devant la persistance ou l’apparition secondaire
de douleurs sur un genou prothésé est fonction de l’étiologie mais
trois principes doivent être impérativement respectés.
– Ne pas réopérer une prothèse avec des douleurs inexpliquées.
Mont et al, sur une série de 27 patients présentant une douleur
importante de cause inconnue et réopérés, différencient deux
groupes : le premier de 15 genoux ayant une mobilité de moins de
80° d’arc de mobilité qui obtiennent un bon ou excellent résultat
dans 60 % des cas et le deuxième de 12 genoux uniquement
douloureux pour lesquels ce pourcentage de résultats satisfaisants
n’est que de 17 %.
Dans la série du symposium de la SOFCOT déjà
mentionnée, Bonnin rapporte des résultats dans l’ensemble mauvais.
Dans sept réinterventions sans changement de prothèse, la douleur
a persisté ou a été aggravée cinq fois, amenant à trois nouvelles
reprises.
Elle a été améliorée une fois et a disparu une fois. Dans les
25 changements de prothèse, la douleur a persisté ou a été aggravée
11 fois, avec reprise itérative trois fois ; elle a été améliorée 11 fois et
a disparu seulement trois fois.
– Ne pas considérer que toute anomalie radiologique, tels un défaut
d’alignement, la taille inadaptée d’un implant, une bascule, une
fracture ou le contact de la partie externe de la rotule avec la trochlée
métallique, est sûrement la cause des douleurs.
– Toujours penser à la possibilité d’une infection larvée.
B - APPLICATIONS :
Ces principes étant acquis, toute étiologie accessible à un traitement
chirurgical doit faire discuter le principe d’une réintervention dont
il existe deux modalités : la première, relativement peu
traumatisante, est l’arthroscopie qui, dans des mains expérimentées,
permet assez souvent de pouvoir traiter efficacement certaines
lésions et la seconde consiste en une nouvelle intervention à « ciel
ouvert » plus lourde pour le patient.
Certaines causes de douleurs sont accessibles à un traitement arthroscopique : arthrolyse pour raideur ; résection de brides ou
amas fibreux synoviaux ; synovectomie pour synovite
proliférative génératrice d’épanchement récidivant ; libération
partielle d’un ligament croisé postérieur trop tendu ; section d’un
tendon poplité en conflit avec le condyle externe ; ablation de corps
étranger intra-articulaire ou d’implant rotulien descellé et libre dans
l’articulation ; résection de l’aileron rotulien externe pour une
bascule ou subluxation rotulienne...
Cette arthroscopie permet
également de faire ou de confirmer un diagnostic préalablement
suspecté concernant en particulier une usure localisée du
polyéthylène, une rupture du matériel radiotransparent... et ainsi,
en retrouvant une étiologie à la douleur jusque-là inexpliquée, de
justifier la réintervention mais cette exploration a une valeur
limitée.
Ces mêmes causes peuvent être également traitées par un nouvel
abord chirurgical à « ciel ouvert ».
Ce type d’abord devient impératif lorsque l’usure de l’insert en polyéthylène nécessite son seul
changement, sous réserve de l’absence de descellement des
implants et lorsque l’ostéolyse par granulome reste modérée, ce qui
justifie une surveillance régulière de tous les patients porteurs d’une
prothèse totale de genou pour ne pas laisser passer ce stade d’une
intervention simple.
Une ostéolyse importante avec descellement
entraîne la reprise par prothèse plus ou moins contrainte,
éventuellement avec tiges centromédullaires permettant une
meilleure répartition des contraintes, et un comblement des zones
lytiques par greffe osseuse, cale(s) métallique(s) ou plus rarement
par du ciment acrylique lorsque la perte de substance reste modérée.
Une ostéolyse modérée sans descellement peut être traitée par
curetage des zones lytiques et comblement par greffons osseux, en
association le plus souvent à un changement de l’insert tibial usé.
Une instabilité du genou prothésé peut être traitée parfois par la
mise en place d’un insert tibial de plus grande épaisseur ou un
changement de prothèse.
Des douleurs antérieures du genou ou une
instabilité rotulienne par malposition des implants peuvent
également justifier une reposition des implants.
L’infection de la
prothèse, en dehors d’une infection hématogène vue dans les tout
premiers jours, susceptible d’être traitée par lavages articulaires sous
arthroscopie et antibiothérapie adaptée, nécessite habituellement
l’ablation des implants et des tissus intra-articulaires infectés et la
mise en place d’une entretoise, articulée ou non, de ciment aux
antibiotiques, suivie quelque mois plus tard de la mise en place
d’une nouvelle prothèse après normalisation des tests
inflammatoires.
L’ablation des tissus infectés et des implants, et leur
remplacement dans le même temps opératoire, ne s’envisage que
dans de rares cas en raison d’un plus faible pourcentage de résultats
favorables.
Conclusion :
Les causes de la douleur après arthroplastie totale du genou sont
multiples, souvent articulaires et parfois associées à des causes extraarticulaires.
Leur diagnostic nécessite la mise en oeuvre de nombreux
examens clinique et paracliniques pouvant aller jusqu’à la réalisation
d’une arthroscopie diagnostique qui s’avère parfois également
thérapeuthique.
La possibilité d’une infection larvée doit toujours être
présente à l’esprit.
La réintervention, en l’absence de cause reconnue à
l’existence de la douleur, a trop peu de chances d’être efficace pour être
raisonnablement proposée.