Les porokératoses (PK) représentent un groupe de dermatoses
acquises ou génétiques peu fréquentes, caractérisées par un trouble
de la kératinisation d’origine inconnue, se manifestant cliniquement
par des lésions caractéristiques en plaques kératosiques, et
histologiquement par la présence de la « lamelle cornoïde »,
empilement de cornéocytes parakératosiques au sein de la couche
cornée.
La forme classique des PK a été décrite par Mibelli en 1893,
mais d’autres formes, plus ou moins proches cliniquement de la
forme classique, ont par la suite enrichi le spectre clinique de ces
maladies.
Les PK se développent chez des sujets apparemment sains,
mais se voient de plus en plus chez des patients immunodéprimés,
notamment greffés d’organe.
Formes cliniques
:
La lésion primitive des PK est une papule asymptomatique sèche,
brunâtre, kératosique qui s’étend de façon centrifuge pour aboutir,
après plusieurs semaines d’évolution, à une plaque à contours nets,
de taille et forme variables ; sa bordure comporte un sillon en
« chemin de ronde » d’où émerge une lame cornée pointant vers
l’intérieur de la plaque, souvent plus palpable que visible à l’oeil nu.
Le centre de la plaque est légèrement atrophique et déprimé, parfois un peu pigmenté.
En fonction de la taille, du nombre et de la
localisation des lésions, on distingue plusieurs formes cliniques de PK.
A - POROKÉRATOSE EN PLAQUE DE MIBELLI
(PKM) (OMIM 175800)
:
Elle représente un peu plus du tiers de tous les cas de PK.
Elle est
caractérisée par une ou plusieurs plaques annulaires ou
polycycliques de grande taille (jusqu’à 20 cm), habituellement
unilatérales et plus rarement bilatérales et symétriques.
Il
existe des formes géantes, à bordure surélevée.
Dans les cas
familiaux, les lésions apparaissent habituellement dans l’enfance et
s’étendent pendant des années, mais chez certains patients elles
n’apparaissent qu’à l’âge adulte.
Les lésions prédominent sur les
membres, pouvant aussi siéger (parfois de façon exclusive) sur le
visage, les lèvres, les régions palmoplantaires, les organes
génitaux, les fesses et la muqueuse buccale ; elles sont
généralement asymptomatiques, mais peuvent être prurigineuses,
notamment au niveau des plis.
Il existe une prédominance
masculine (sex-ratio 2,17 : 1).
B - POROKÉRATOSE ACTINIQUE SUPERFICIELLE
DISSÉMINÉE (PASD) (OMIM 175900)
:
C’est la forme la plus fréquente, rapportée le plus souvent dans des
pays à fort ensoleillement.
Les lésions apparaissent habituellement
pendant la troisième ou la quatrième décennie, parfois plus
tardivement ; elles sont un peu plus fréquentes chez les femmes
(sex-ratio 1,76 : 1).
La PASD se manifeste par de nombreuses lésions
annulaires de petite taille (parfois des centaines), qui apparaissent
de façon bilatérale et symétrique sur des zones photoexposées,
notamment la face externe des membres, les épaules et le dos,
plus rarement le visage.
Les lésions peuvent être méconnues des patients ou prises à tort pour des kératoses actiniques ou
séborrhéiques, des stuccokératoses, des lésions de lichen plan ou de
granulome annulaire.
Les lésions ont tendance à s’aggraver par
l’exposition au soleil ou à des sources artificielles d’ultraviolets
(UV) A ou d’UVB ; elles sont prurigineuses dans un tiers
des cas.
C - POROKÉRATOSE SUPERFICIELLE DISSÉMINÉE (PSD)
:
Elle est cliniquement superposable à la PASD, en dehors du
fait que les rayons UV ne semblent pas agir comme facteur
déclenchant.
Les lésions siègent indifféremment sur des zones photoexposées et non exposées, et peuvent être prurigineuses ;
des localisations orales ont été décrites.
D - POROKÉRATOSE LINÉAIRE (PKL)
:
Elle comporte des lésions unilatérales, systématisées, s’étendant sur
les membres suivant les lignes de Blaschko, ressemblant à un
hamartome épidermique, un psoriasis linéaire ou un lichen
striatus. Sur le tronc, les lésions prennent une disposition
zostériforme.
La PKL se développe généralement plus tôt dans la
vie que les autres formes de PK, et touche un peu plus souvent
les femmes (sex-ratio 1,63 : 1).
La PKL peut coexister avec la PSD,
probablement à cause d’une mutation postzygotique à l’origine
d’une perte d’hétérozygotie, traduisant une manifestation
segmentaire de type 2.
E - POROKÉRATOSE PALMAIRE, PLANTAIRE,
ET DISSÉMINÉE (PKPPD) (OMIM 175850)
:
Elle se caractérise par des papules de 1-2 mm rouge-brun kératosiques bilatérales et symétriques apparaissant à l’adolescence
ou à l’âge adulte, initialement sur les paumes et les plantes mais
pouvant s’étendre à d’autres territoires cutanés, photoexposés ou
non (extrémités, tronc).
La muqueuse buccale peut être le siège
de lésions annulaires opalescentes.
Malgré l’existence de cas
sporadiques, la majorité d’entre eux sont familiaux et concernent
des hommes (sex-ratio 2 : 1).
F - POROKÉRATOSE PONCTUÉE PALMOPLANTAIRE (PKPP)
(OMIM 175860)
:
Elle se manifeste par de multiples lésions ponctuées qui ressemblent
à des « spicules de boîte à musique » apparaissant initialement
sur les paumes puis les plantes des pieds ; elles doivent être
différenciées des lésions de la nævomatose basocellulaire, de la
maladie de Darier, du lichen nitidus (palmoplantaire) et de la
kératodermie héréditaire ponctuée.
Les lésions sont parfois sensibles
à la pression. Cette forme peut être associée à la PKM ou la PKL.
Aspects histopathologiques :
L’aspect histologique caractéristique des PK est observé à la
périphérie des lésions, au niveau de la bordure kératosique : il existe,
au sein d’une couche cornée épaissie et orthokératosique, une colonne verticale étroite de cornéocytes parakératosiques en « pile
d’assiettes » ; cette structure, la « lamelle cornoïde », pointe vers
l’intérieur de la plaque, et repose sur une dépression de l’épiderme
sous-jacent.
À ce niveau, la couche granuleuse est réduite, et le corps
muqueux sous-jacent contient quelques kératinocytes
dyskératosiques.
La lamelle cornoïde est parfois retrouvée en
regard d’un pore folliculaire ou sudoral, expliquant le terme de
« porokératose » ; cependant, ce phénomène est aléatoire, puisque la
bordure des lésions de PK s’étend de façon centrifuge, et la lamelle
cornoïde ne peut donc être associée en permanence aux annexes
épidermiques qui sont fixes.
L’existence de localisations muqueuses
(présentant également un aspect de lamelle cornoïde) démontre
aussi que les lésions de PK ne sont pas nécessairement associées aux
annexes épidermiques. Les kératinocytes basaux sont souvent
vacuolisés.
Le derme superficiel contient un infiltrat à cellules mononucléées, de densité faible ou modérée, constitué
essentiellement de lymphocytes T auxiliaires, venant
quelquefois au contact de l’assise basale de l’épiderme.
Le derme
papillaire contient parfois des polynucléaires éosinophiles, des
corps colloïdes ou des dépôts amyloïdes résultant de la
dégénérescence des kératinocytes épidermiques ; de rares cas
avec spongiose à éosinophiles ont été décrits.
La partie centrale
des plaques de PK montre une discrète hyperkératose
orthokératosique et un corps muqueux légèrement atrophique ou
rarement acanthosique.
Le derme sous-jacent contient des capillaires
dilatés et un infiltrat lymphocytaire périvasculaire de densité
modérée.
Les altérations les plus nettes sont observées au cours de la PKM, la
lamelle cornoïde étant moins importante dans les autres formes
(notamment la PASD). Les PK associées à l’immunosuppression ne
présentent pas de particularités histologiques.
L’aspect histologique des PK est caractéristique et permet de
confirmer le diagnostic.
Il est à noter cependant que la lamelle cornoïde n’est pas absolument spécifique des PK, puisqu’elle peut
être observée dans d’autres lésions, comme les kératoses préépithéliomateuses,
les carcinomes baso- et spinocellulaires, les
kératoses séborrhéiques et les verrues.
En ultrastructure, les cellules de la lamelle cornoïde contiennent des
noyaux pycnotiques, des organelles dégradées et des gouttelettes
lipidiques.
Sous la lamelle cornoïde, il existe une diminution des
grains de kératohyaline et des corps lamellaires, qui pourrait
expliquer la desquamation réduite des cornéocytes.
Les kératinocytes du corps muqueux présentent des signes de
dégénérescence (vacuoles intracytoplasmiques et condensation
marginale des tonofilaments).
Les kératinocytes
dyskératosiques contiennent des agrégats de tonofilaments.
L’expression de la filaggrine est diminuée, en rapport avec la
diminution de la couche granuleuse, mais l’expression de
l’involucrine est augmentée.
Le nombre de cellules de Langerhans épidermiques est souvent diminué.
Étiopathogénie :
L’étiopathogénie des PK n’est pas encore entièrement élucidée, mais
paraît complexe et multifactorielle.
Une hypothèse classique, bien
que non formellement démontrée, stipule que les lésions de PK sont
dues à l’extension centrifuge d’un clone de kératinocytes
épidermiques anormaux mutants, situés à la base de la lamelle
cornoïde.
Cette hypothèse est soutenue par l’existence d’un acide
désoxyribonucléique (ADN) aneuploïde, le pourcentage
augmenté de kératinocytes en phase S et G2/M du cycle
cellulaire, et par la surexpression des oncoprotéines p53 et Rb et d’autres antigènes de prolifération dans les kératinocytes à
proximité de la lamelle cornoïde ; elle est en accord avec
des études expérimentales ayant montré que l’autotransplantation
de peau normale sur la bordure d’une lésion de PASD aboutit à la
formation d’une bordure cornée dans le greffon, alors que celle-ci
disparaît après greffe d’une lésion sur une peau cliniquement
normale.
Plusieurs facteurs déclenchants ou favorisants jouent un
rôle plus ou moins documenté dans la genèse des lésions.
A - FACTEURS GÉNÉTIQUES :
Ils sont certainement importants, comme en témoigne l’existence de
nombreux cas familiaux de PKM, PASD, PKPPD et PKPP.
La
transmission serait autosomique dominante à pénétrance réduite,
les cas sporadiques étant probablement dus à des mutations
somatiques.
Des études in vitro ont mis en évidence des anomalies
chromosomiques dans des fibroblastes et des lymphocytes en culture, concernant notamment le chromosome 3 (p12-14).
Récemment, un locus pour la PASD a été identifié sur le
chromosome 12q23.2-24.1, dans une région de 9,6 cM entre les
marqueurs D12S1727 et D12S1605 contenant le gène ATP2A2 (qui,
contrairement à la maladie de Darier, n’est pas muté dans la PK).
Il n’existe pas de prédominance ethnique particulière, les PK ayant
été décrites dans tous les continents chez des patients caucasiens,
asiatiques et noirs.
B - RAYONS ULTRAVIOLETS :
Leur rôle important dans la PASD est suggéré par des données
clinicoépidémiologiques (apparition des lésions sur des zones
photoexposées, aggravation des lésions en été, cas induits par la
PUVAthérapie générale ou locale, prédominance de la PASD dans
les pays à fort ensoleillement, apparition des lésions à l’âge adulte),
et démontré expérimentalement.
L’électronthérapie peut aussi
agir comme facteur déclenchant.
Cependant, des études in vitro
ont montré que des fibroblastes en culture de patients avec PK sont
très sensibles aux rayons X, mais (paradoxalement) pas aux rayons
UV ; d’autre part, une amélioration des lésions par la PUVA a
été exceptionnellement observée.
Ces constatations, ainsi que la
rareté des localisations faciales des PK, jettent un doute sur le
rôle prépondérant des rayons UV.
C - IMMUNOSUPPRESSION :
De nombreux cas de PK sont associés à des déficits immunitaires.
Il
s’agit notamment de patients avec greffe d’organe,
hémopathies, lymphomes, infection par le virus de
l’immunodéficience humaine (VIH) et diverses maladies
inflammatoires ou auto-immunes traitées par des médicaments
immunosuppresseurs ou par chimiothérapie.
Dans
plusieurs de ces cas, il existait un parallélisme évolutif entre la PK et
le niveau d’immunosuppression, les lésions pouvant
régresser complètement après l’arrêt du traitement immunosuppresseur.
Ces observations soulignent clairement le rôle
promoteur de l’immunosuppression, qui pourrait conduire à la nonreconnaissance
et/ou la non-destruction immunologique de clones
de kératinocytes pathologiques, voire au développement et la
prolifération d’un clone mutant de kératinocytes.
L’immunosuppression
locale et générale pourrait également expliquer le rôle
promoteur des rayons UV.
D - FACTEURS TOXIQUES ET MÉDICAMENTEUX
:
Il existe de rares cas de PSD déclenchées ou aggravées par des
diurétiques (furosémide, hydrochlorothiazide) ou après
exposition chronique au benzène.
E - AGENTS INFECTIEUX
:
Leur rôle a été suspecté en raison des cas associés à
l’immunodépression, qui pourrait agir par réactivation d’un virus
latent.
Cependant, des tentatives d’inoculation animale ainsi que
les cultures bactériologiques à partir de lésions cutanées sont restées
négatives.
Récemment, le rôle du virus de l’hépatite C a été
discuté, en raison de quelques observations de patients
immunodéprimés avec PK et infection par ce virus.
F - TRAUMATISMES :
Le développement de PK sur une cicatrice de brûlure ou sur le
site de ponction pour hémodialyse suggère un rôle de la réaction
isomorphique (phénomène de Koebner) dans la genèse des lésions ;
cependant, des tentatives d’induction des lésions par scarification
ont été infructueuses.
Diagnostic :
Le diagnostic des différentes formes de PK repose sur l’aspect
clinique des lésions et les données de l’anamnèse (évolution
chronique, existence de cas familiaux, exacerbation des lésions par
l’exposition solaire, existence d’un déficit immunitaire).
Sur le plan
clinique, le diagnostic différentiel doit se faire avec l’acrokératose
verruciforme de Hopf, les kératoses actiniques et séborrhéiques, les
stuccokératoses, l’élastome perforant serpigineux, le lichen plan
(annulaire), le lichen striatus, le granulome annulaire, le lichen scléreux, le pityriasis rubra pilaire, les hamartomes épidermiques, le
psoriasis linéaire.
Les formes palmoplantaires doivent être
distinguées de la nævomatose basocellulaire, de la maladie de
Darier, du lichen nitidus (palmoplantaire) et de la kératodermie
héréditaire ponctuée.
Le diagnostic est confirmé et souvent posé par
l’examen histologique d’un prélèvement biopsique, qui doit être
réalisé sur la bordure kératosique de la lésion.
Associations
:
En dehors des déficits immunitaires, les associations des PK à d’autres maladies sont rares et probablement fortuites :
syndrome de Werner, protoporphyrie érythropoïétique, cancer
familial du côlon non associé à la polypose.
Récemment, un
syndrome associant PK, craniosynostose familiale et anomalies
anales (syndrome CAP) a été décrit ; il pourrait s’agir d’une
nouvelle entité puisqu’il n’y a pas été retrouvé de mutations
présentes dans d’autres syndromes comportant une craniosynostose
(Crouzon, Jackson-Weiss, Beare-Stevenson, Apert, Saethre-Chotzen),
portant notamment sur les gènes codant pour les récepteurs du
facteur de croissance des fibroblastes (FGFR1-3).
Ce syndrome
pourrait être transmis selon le mode autosomique récessif (ou lié à
l’X).
Évolution. Pronostic
:
L’évolution spontanée des PK se fait vers une aggravation lente mais
progressive, par augmentation du nombre et de la taille des lésions.
Les régressions spontanées, après une poussée inflammatoire, sont
rares.
Les PK associées à l’immunosuppression peuvent
fluctuer parallèlement au niveau de celle-ci, et des guérisons
complètes ont été rapportées après arrêt du traitement
immunosuppresseur.
La transformation maligne des lésions
de PK (en carcinome spinocellulaire, maladie de Bowen, et plus
rarement en carcinome basocellulaire) survient en moyenne dans
7,5 % des cas, un peu plus souvent chez des patients japonais
(11,6 %), dans des délais assez longs (moyenne 33,5 ans).
Les
lésions les plus à risque sont les lésions anciennes de grande taille,
siégeant sur les membres, ainsi que les lésions de PK linéaire,
la PASD comportant un risque plus faible.
Dans un cas
démonstratif, la transformation maligne s’est produite sur des
lésions linéaires hémicorporelles, mais pas les lésions de PSD
coexistantes.
Le mécanisme de perte d’hétérozygotie pourrait
expliquer la susceptibilité des lésions à subir une transformation
maligne. Les carcinomes sont habituellement uniques, mais dans
un tiers des cas ils sont multiples, avec possibilité de métastases
ganglionnaires et d’évolution fatale.
Les PK sont donc souvent
considérées comme des dermatoses prémalignes ; l’instabilité
chromosomique détectée dans des fibroblastes de la peau
cliniquement saine ainsi que dans les lymphocytes circulants
est en faveur d’une susceptibilité accrue au développement de
tumeurs malignes en général.
Le pronostic global des PK est
favorable, conditionné cependant par la possibilité de
transformation carcinomateuse des lésions.
Traitement :
Plusieurs traitements ont été essayés, mais leur efficacité reste
aléatoire et les résultats sont souvent incomplets et transitoires.
Le
traitement est donc plus palliatif que curatif, visant à réduire le
risque de transformation maligne.
Les lésions peu étendues peuvent
être traitées par des produits locaux, avec ou sans occlusion
(hydratants, kératolytiques, 5-fluorouracile [FU], trétinoïne,
dermocorticoïdes), isolément ou en association (5-FU-trétinoïnedermocorticoïdes).
Les dérivés topiques de la vitamine D3
(calcipotriol, tacalcitol) ont été utilisés récemment avec succès chez
quelques patients avec PASD.
Les lésions uniques ou peu
nombreuses peuvent être détruites par chirurgie, cryothérapie, électrocoagulation-curetage, dermabrasion ou aux rayons laser
(CO2, à colorant pulsé ou Q-switched).
Les rayons grenz ont été
essayés avec succès dans un cas de PK avec des lésions bulleuses.
L’efficacité des rétinoïdes per os (isotrétinoïne, étrétinate) (20-
75 mg/j) est partielle et inconstante ; les rechutes sont
fréquentes à l’arrêt, et une aggravation sous rétinoïdes a même été
rapportée.
Cependant, les rétinoïdes pourraient ralentir le
développement des carcinomes.
Une photoprotection préventive doit être conseillée chez des patients
avec PASD, et les lésions doivent être surveillées pour détecter
précocement une dégénérescence maligne.
Cas particulier des porokératoses
après greffe d’organe
:
Après l’observation initiale de MacMillan et Roberts en 1974, plus
de 60 cas de PK ont été rapportés après transplantation d’organe,
surtout de rein, mais aussi de coeur, poumon, foie et moelle
osseuse.
L’incidence des PK après greffe d’organe varie selon les séries
publiées.
Dans la plupart des études, elle est faible, allant de 0,34 %
à 3,4 %, mais une étude prospective plus récente réalisée chez
des greffés rénaux a rapporté une incidence beaucoup plus élevée
(10,7 %).
Bien que les effectifs des séries publiées soient faibles, les PK semblent plus fréquentes après greffe cardiaque et pulmonaire
qu’après greffe rénale, probablement en raison du degré
d’immunosuppression supérieur nécessaire chez ces patients.
Le délai d’apparition des PK après la greffe varie de 1 mois à 14
ans ; chez les greffés rénaux (qui représentent 72 % de tous les
patients greffés avec PK), le délai moyen est d’environ 4,5 ans.
Le
délai d’apparition est plus court (inférieur à 3 ans) après greffe
d’organe autre que le rein (foie, coeur, poumon, moelle osseuse).
Les formes cliniques les plus fréquentes de PK après greffe sont la
PASD et la PKM.
Sur le plan pathogénique, le rôle de l’hérédité
semble moins important dans les PK après greffe, puisque aucun de
ces patients n’avait d’antécédents familiaux.
Une expression
diminuée des antigènes human leukocyte antigen (HLA)-DR par les
cellules de Langerhans épidermiques a été raportée dans les PK de
patients greffés, témoignant d’une immunosurveillance locale
réduite, favorisant l’émergence de clones de kératinocytes
anormaux.
Malgré quelques observations contradictoires,
l’exposition solaire semble favoriser le développement des lésions.
Comme dans les PK « idiopathiques », l’évolution des PK après
greffe est lentement progressive. Habituellement, les lésions se
multiplient sur les territoires atteints, mais n’apparaissent pas sur
de nouvelles zones.
Dans un cas, la substitution de la ciclosporine
A par l’azathioprine et des stéroïdes a conduit à l’effacement partiel
des lésions, mais il n’existe aucun argument en faveur du rôle
prépondérant d’une drogue immunosuppressive par rapport à une
autre.
Curieusement, la PK a régressé chez un patient après une
greffe hépatique réalisée pour insuffisance hépatique terminale ;
il est possible que dans ce cas la PK fût liée aux troubles hépatiques
qui ont été corrigés par la greffe.
En dépit du risque accru que présentent les patients greffés d’organe
de développer des carcinomes cutanés, il n’existe qu’une seule
observation de transformation maligne (avec évolution
métastatique) d’une PK périanale chez un greffé rénal.
Cette rareté
est probablement due au suivi relativement court des malades
greffés, le délai moyen de transformation d’une PK étant supérieur
à 30 ans ; de plus, la PASD, qui est la forme la plus fréquente chez
ces malades, présente un risque relativement faible de
transformation maligne.
Toutefois, l’apparition d’une PK chez un
patient greffé doit conduire à une destruction des lésions et à une
surveillance étroite.