Polytraumatisme de l’enfant Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
La définition du polytraumatisme est très stricte.
Il s’agit d’un enfant
qui présente plusieurs lésions dont une au moins engage le pronostic
vital.
Un chapitre spécifique à l’enfant est nécessaire en raison de la
réponse physiopathologique différente et d’une prise en charge
chirurgicale avec des techniques spécifiques à l’enfant.
La prise en
charge récente de ces enfants polytraumatisés a été profondément
remaniée en raison de l’évolution des techniques d’imagerie
médicale.
C’est ainsi que les actes chirurgicaux à visée exploratrice
ont disparu.
Le chirurgien viscéraliste opère moins, il gère
l’imagerie, et la surveillance induite par ces techniques
conservatrices nécessite une connaissance parfaite de la
symptomatologie pédiatrique.
Le neurochirurgien garde la priorité
par ses indications sur l’organe responsable de la majorité des
séquelles, mais une place prépondérante est dorénavant faite aux
traitements médicaux et à la réanimation.
Le chirurgien-orthopédiste bouleverse ces indications, il doit rétablir
la cohésion squelettique pour faciliter la mobilisation et l’accès à tous
les moyens d’investigation et de réanimation.
C’est ainsi que les
entraves habituelles telles que les tractions, les plâtres peuvent
disparaître au profit d’ostéosynthèses qui permettent la réalisation
des images nécessaires à la surveillance de l’enfant.
Le facteur temps est modifié en raison de la possibilité nouvelle de
décision en temps réel au cours de l’exploration diagnostique.
Le problème qui reste à résoudre actuellement est moins du
domaine de la technique chirurgicale que de la stratégie
diagnostique et thérapeutique.
Les mesures de prévention concernant les accidents de l’enfant ont
porté leurs fruits et le nombre d’enfants polytraumatisés baisse
certainement, mais des exigences sociales, malgré la gravité des
lésions initiales, imposent au chirurgien-réanimateur un parcours
sans faute dans la continuité des soins depuis le lieu de l’accident
jusqu’à la réhabilitation.
Épidémiologie :
La définition très stricte de cette pathologie rend le recueil de
données délicat et il n’existe pas, en France, de registre permettant d’avoir une idée sur l’évolution du nombre de polytraumatismes
pédiatriques.
La littérature étrangère fait état d’un accroissement de
pathologies liées aux armes à feu.
Face à l’absence de notion sur
l’évolution du nombre de polytraumatismes, il faut garder à l’esprit
plusieurs points forts concernant l’accident grave de l’enfant.
Le traumatisme grave représente 40 % de la traumatologie de
l’enfant.
La traumatologie est toujours la première cause de mortalité
de l’enfant de plus de 1 an dans les pays industrialisés.
Un tiers des
décès est lié à un traumatisme et ce chiffre est de 50 % si l’on
considère la tranche d’âge de 1 à 19 ans.
Le profil lésionnel de
l’enfant peut être déterminé en fonction des circonstances de
l’accident mais aussi en fonction de sa tranche d’âge.
Chez l’enfant de moins de 2 ans, il faut toujours évoquer la
possibilité d’un infanticide ou d’une maltraitance.
Les chutes de lieu
élevé se rencontrent chez les enfants de moins de 5 ans.
Au-delà de
5 ans, la traumatologie routière est la principale cause des accidents.
Il s’agit le plus souvent d’accidents de la voie publique avec des
enfants victimes, piétons ou à vélo.
Il y a certainement une diminution du nombre d’accidents de la voie
publique en raison des limitations de vitesse en ville, mais une
pathologie spécifique liée au mode d’ancrage des enfants est
apparue : traumatismes par ceinture ventrale et traumatismes
cervicaux.
Les accidents sportifs sont en constante évolution avec une
augmentation due à l’importance de la pratique sportive et la
diffusion de la pratique du VTT (vélo tout-terrain) ainsi que des
sports pratiqués à grande vitesse ou à haute énergie comme le ski
de piste.
Enfin, les accidents agricoles restent souvent sévères.
Le
dernier facteur est l’amélioration des moyens de ramassage et de
conditionnement initial qui conduisent les équipes chirurgicales à
prendre en charge des enfants plus gravement atteints.
Il y a donc
une situation paradoxale où l’événement devient plus rare mais avec
des lésions peut-être plus sévères et une exigence de résultats plus
importante.
Physiopathologie :
DE LA VISION ANATOMIQUE À L’APPROCHE
BIOLOGIQUE
:
Le polytraumatisme est un modèle unique, quasi expérimental,
d’agressions multiples concomitantes sur un organisme
préalablement sain.
C’est la sommation des lésions qui va entraîner
la faillite de l’organisme.
L’enfant est différent de l’adulte, bien sûr
en raison de ces proportions, mais surtout en raison d’une réponse
physiopathologique spécifique.
On peut découper le traumatisme
initial en quatre types d’agressions simultanées : hémorragie,
hypoxie, stress et douleur.
La réponse de l’organisme a pour but de préserver la vascularisation
et l’oxygénation des organes nobles (cerveau et coeur).
Le tableau
clinique initial associe : vasoconstriction périphérique
(particulièrement importante chez l’enfant) qui permet de maintenir
un certain temps la tension artérielle, tachycardie, hypothermie,
sueur, polypnée, acidose métabolique et respiratoire, hyperglycémie,
augmentation de la consommation d’oxygène.
La réanimation
initiale doit compenser ces modifications par la ventilation et
l’apport massif d’oxygène, la lutte contre l’acidose métabolique et
respiratoire et la limitation des apports glucidiques.
Ce système de
compensation physiopathologique « fonctionne » pendant quelques
heures au-delà desquelles, si la correction n’est pas effectuée, les
effets bénéfiques de cette régulation deviennent nocifs et entraînent
le syndrome de déficience polyviscérale qui, chez l’enfant plus
particulièrement, est irrattrapable.
Prise en charge d’un enfant
polytraumatisé :
A - RAMASSAGE, CONDITIONNEMENT ET TRANSPORT
:
L’analyse des causes de décès chez l’enfant polytraumatisé révèle
que la moitié de ces décès est quasiment immédiate sur le lieu de
l’accident en raison de grands traumatismes neurologiques centraux
ou de traumatismes cardiovasculaires importants.
Vingt pour cent
des décès sont tardifs par défaillance multiviscérale ou pathologie
infectieuse.
Il existe une frange de 30 % de décès précoces par
trauma crânien, par hémorragie ou asphyxie, qui représente la
proportion d’enfants pour lesquels un effort supplémentaire doit
être envisagé et constitue sans doute la population des décès
« évitables ».
Le pronostic vital et fonctionnel dépend étroitement
de la vitesse d’intervention, de la rapidité de la réanimation initiale.
Le problème que pose l’enfant polytraumatisé est la spécificité
propre de la réanimation pédiatrique et la difficulté technique que
représentent les gestes initiaux de réanimation.
Il faut donc des
réanimateurs formés aux techniques pédiatriques.
Il est toujours
licite de développer des programmes de formation et d’entraînement
spécifiques à la réanimation de l’enfant.
1- Examen clinique :
Il reste fondamental et essentiel, même s’il doit être restreint en
raison de la vitesse nécessaire de la mise en oeuvre des moyens de
réanimation initiaux.
Il doit être systématique.
Il comporte la prise
de paramètres vitaux, un examen neurologique initial avec
l’établissement du score de Glasgow dans son adaptation
pédiatrique.
Il faut insister sur l’examen neurologique
périphérique à la recherche de lésions médullaires.
Si l’auscultation
et la répercussion thoraciques sont indépendantes de l’état
neurologique, la palpation abdominale initiale est très importante
avant toute sédation, car elle seule renseigne sur une éventuelle
réaction péritonéale ou une défense abdominale.
Le reste de
l’examen clinique met en évidence une hémorragie extériorisée à
comprimer, des fractures qu’il faut immédiatement immobiliser sur
attelle.
2- Recueil des circonstances de l’accident
:
Il est important car il permet d’avoir une idée sur la violence du
traumatisme, sur le mécanisme de l’accident, il permet de connaître
l’état des autres victimes et mentionne éventuellement le décès d’un
des parents dans l’accident.
On peut ainsi, en fonction de l’âge de
l’enfant et des circonstances de la survenue de l’accident, établir un
portrait-robot avec les lésions principales auxquelles il faut
s’attendre, à savoir un traumatisme à prédominance céphalique ou
un polytraumatisme avec prédominance sur un hémicorps.
3- Scores
:
Ils sont relativement peu utilisés en France, probablement à tort.
En
dehors de l’échelle de Glasgow, deux scores sont particulièrement
intéressants chez l’enfant : le pediatric trauma score et le
revised trauma score.
L’utilisation rationnelle d’un score permet :
– de transmettre un bilan traumatique initial ;
– de donner le degré d’urgence ;
– de prévenir le site d’accueil ;
– d’orienter l’enfant. Pour certains, un score PTS (pression
télésystolique) ou un score de Glasgow inférieurs à 8 sont des
indications de transfert dans les centres chirurgicaux
pédiatriques.
Ils ont un intérêt pour toutes les études cliniques et pour les travaux
d’évaluation.
4- Réanimation et conditionnement
:
La réanimation initiale repose sur quatre volets.
* Traitement de la détresse respiratoire
Dégagement des voies aériennes supérieures :
Les conditions anatomiques du larynx de l’enfant font que cette
détresse respiratoire est très souvent due à un encombrement des
voies aériennes supérieures, surtout si l’enfant est comateux.
Les
gestes à effectuer sont :
– immobilisation du cou par un collier cervical non compressif ;
– aspiration et dégagement des voies aériennes ;
– luxation maxillaire ;
– intubation orotrachéale en appliquant la manoeuvre de Sellick
(clampage de l’oesophage par pression sur le cartilage cricoïde) pour
éviter toute inhalation, toujours précédée par une ventilation avec
préoxygénation au masque et une sédation.
Il est fondamental que le réanimateur amené à effectuer ces gestes
connaisse toutes les techniques spécifiques à l’enfant et qu’en cas
d’intubation difficile, il puisse avoir recours à l’intubation
rétrograde, la ponction trachéale percutanée, voire la trachéotomie.
L’intubation nasotrachéale est déconseillée en raison de dégâts
potentiels sur la face.
Une autre particularité de l’enfant est la
détresse respiratoire liée à une distension gastrique qui rend
systématique la mise en place d’une sonde gastrique.
* Respiration
:
C’est le traitement d’un pneumo- ou d’un hémothorax compressif
qui est la deuxième cause de détresse respiratoire.
Le diagnostic
repose sur la cyanose (qui peut être absente en cas d’hémorragie
importante), la distension jugulaire et surtout la baisse du murmure ventilatoire et la présence d’un tympanisme.
Le drainage ou la
ponction à l’aiguille doivent être effectués sur les lieux du
ramassage.
* Hémodynamique :
La réponse physiopathologique de l’enfant à l’hémorragie est le
maintien d’une bonne tension artérielle en raison d’une importante
vasoconstriction.
Celle-ci peut être normale jusqu’à une spoliation
sanguine de 25 à 30 % de la masse sanguine.
Inversement, lors de la
décompensation de ce processus, l’arrêt cardiaque est en règle
générale plus difficile à réanimer.
Il faut donc se fier plus au rythme
cardiaque qu’à la mesure de la tension artérielle, d’autant plus
délicate à effectuer que l’enfant est petit.
Une hémorragie externe
est un diagnostic facile et doit être traitée par compression.
Une plaie
importante du scalp peut à elle seule engager le pronostic vital.
Le remplissage : l’abord vasculaire peut être très délicat chez le petit
enfant.
En règle générale, il faut obtenir deux voies veineuses de
bon calibre, la ponction par cathéter peut être faite à distance du
thorax en région fémorale qui est une bonne voie d’attente et permet
une réanimation initiale.
Si les abords périphériques ne sont pas
possibles rapidement, il existe la possibilité d’une perfusion intraosseuse qui se fait dans le tibia sur la face antéro-interne au
tiers supérieur du tibia, à distance de l’apophyse tibiale antérieure.
Cette voie d’abord tolère de gros débits pouvant aller jusqu’à
100 mL/h chez le nourrisson.
Il s’agit d’une voie d’attente qui ne
doit pas être maintenue au risque d’induire des complications
infectieuses.
Le soluté de remplissage utilisé en France est le Ringer
Lactatet et les colloïdes type Elohest, administrés par bolus de
20 mL/kg en 10 minutes répété trois ou quatre fois de suite.
L’absence de réponse au remplissage traduit une hémorragie
persistante importante ou la création d’un troisième secteur.
Les
solutés glucosés sont contre-indiqués en cas de traumatisme crânien.
Il faut connaître l’existence du pantalon antichoc qui, par la
compression exercée sur les membres inférieurs, permet de
récupérer un certain volume sanguin et peut constituer une solution
d’attente le temps du transport en milieu spécialisé.
Sur le plan orthopédique, seules les associations fracturaires ou la
fracture du bassin peuvent être responsables d’hémorragies
importantes.
* État de conscience
:
L’examen neurologique initial est sommaire et permet d’établir
l’échelle de Glasgow.
L’intubation et la ventilation assistée sont
d’indication très large en cas de traumatisme crânien.
L’instauration
d’une sédation à visée de protection cérébrale se fait sur les lieux de
l’accident.
L’immobilisation de l’enfant se fait dans un matelascoquille.
Il faut, dans la mesure du possible, déshabiller l’enfant et
le réchauffer par la couverture isotherme.
Un premier bilan sanguin
est prélevé comportant : détermination du groupe, numération
formule sanguine avec hématocrite et bilan ionique initial.
Ce bilan
est fourni à l’hôpital receveur.
B - PRISE EN CHARGE HOSPITALIÈRE
:
Les spécificités liées à la prise en charge de ces enfants rendent leur
transfert en centre spécialisé pédiatrique impératif avec des
spécialités chirurgicales, médicales et d’imagerie.
Il faut
insister sur plusieurs points déjà établis et qui restent valables, à
savoir :
– unité de lieu pour la prise en charge de ces enfants ;
– disponibilité immédiate de tous les intervenants ;
– parfaite coordination entre les équipes ;
– nécessité de définir un coordinateur qui peut varier en fonction
des situations et assure la responsabilité de la coordination des
explorations et de la prise en charge.
Il est en outre le référent
privilégié vis-à-vis de la famille dont l’accueil doit être prévu ;
– répartition préalable des tâches de chacun des membres de
l’équipe médicale et paramédicale.
Ces conditions nous paraissent indispensables pour atteindre le
niveau de compétence nécessaire à la prise en charge de ces
traumatismes.
À l’arrivée dans ce centre spécialisé, une nouvelle
évaluation clinique est effectuée.
Le conditionnement est complété
par la mise en place d’un drainage urinaire dont la seule contreindication
est la présence d’un globe vésical avec urétrorragie qui
impose le drainage sus-pubien.
Tous les gestes qui n’ont pu être
effectués lors du ramassage le sont à ce moment avec immobilisation
des fractures sur attelle, mise en route d’un traitement antalgique en
préférant les anesthésiques locorégionaux.
L’ensemble de ces gestes
ainsi que ce bilan clinique doivent être rapides et ne pas différer la
mise en route du bilan lésionnel et l’accès à l’imagerie.
Il y a deux
cas de figure :
– enfant instable à hémodynamique mal compensée par une
hémorragie soit externe évidente, soit interne thoracique ou
abdominale.
C’est le cas des grands fracas thoraciques avec rupture
d’artère pulmonaire, des lésions spléniques et surtout hépatiques
majeures ou des plaies des gros troncs vasculaires essentiellement
fémoraux.
Seule une échographie abdominale peut être pratiquée
en sas de réanimation pour confirmer la localisation de l’hémorragie
et l’enfant doit être transféré immédiatement au bloc opératoire pour
un geste d’hémostase.
Ce cas est exceptionnel en raison de la faible
masse sanguine des enfants qui malheureusement décèdent le plus
souvent avant l’arrivée à l’hôpital ;
– l’autre cas de figure est l’enfant stabilisé hémodynamiquement par
la réanimation initiale dont l’état neurologique est maîtrisé par le
traitement médical et là, le bilan lésionnel est possible.
L’enfant est
alors transféré dans une unité d’imagerie, accompagné de l’équipe
chirurgicale et médicale qui poursuit la réanimation et oriente les
examens à venir.
1- Imagerie diagnostique
:
L’exploration des lésions doit être complète, exhaustive et rapide.
Actuellement, l’ensemble du bilan peut être mené de manière non
invasive.
La chronologie de l’exploration doit aller des lésions vitales
puis, secondairement, aux lésions dites fonctionnelles.
À l’heure
actuelle, l’examen qui répond le mieux à cet impératif est la
tomodensitométrie (TDM) qui permet de faire une exploration
rapide de l’axe vital céphalo-cervico-thoraco-abdominal.
Le bilan des
lésions périphériques est fait secondairement en radiologie standard.
* TDM :
L’accès à cet examen nécessite des locaux adaptés et une
disponibilité de l’équipe d’imagerie.
On préfère un examen scanographique à rotation continue qui, une fois le malade installé,
permet d’obtenir l’ensemble des coupes nécessaires en quelques
minutes.
Cet examen peut faire le diagnostic des lésions urgentes.
Nous proposons le protocole suivant après clampage de la sonde
urinaire :
– visualisation par topogramme face (scout-view) et profil du thorax
et de l’abdomen.
Ceci permet de détecter une lésion importante qui
serait jusqu’à présent passée inaperçue telle qu’un volumineux
pneumothorax ou pneumopéritoine, une fracture du bassin ;
– topogramme cervical de profil pour dépister les lésions majeures
du rachis cervical en particulier supérieur ;
– coupes cérébrales sans injection. Les lésions hémorragiques sont
spontanément hyperdenses ;
– imagerie du thorax et de l’abdomen selon la séquence suivante :
– coupes abdominales sans injection pour faire le diagnostic des
hématomes (lésions hyperdenses) du foie, de la rate, des reins et
du pancréas ;
– coupes thoracoabdominales après injection de produit de
contraste.
On obtient alors un rehaussement des parenchymes
sains, ce qui visualise mieux les fractures des organes pleins (foie,
rein et rate).
Les capacités actuelles de cette technique permettent d’avoir une
sensibilité proche de 100 %.
Elle fait le diagnostic des épanchements
liquidiens, donne leurs origines, retrouve les épanchements gazeux
abdominaux ou thoraciques, même de faible importance.
On peut
aussi, par injection en bolus, visualiser les gros vaisseaux tels que la
crosse de l’aorte.
En fin d’examen, un bilan néphrographique fait le
diagnostic d’un rein muet ou d’une lésion parenchymateuse.
Quelques coupes en regard du pédicule rénal remplacent
avantageusement l’artériographie.
Il faut cependant éviter quelques
pièges :
– se contenter d’un scanner cérébral et reporter à un autre type
d’imagerie l’examen thoracoabdominal ;
– ne pas faire un examen trop long avec, en particulier, de
nombreuses coupes diagnostiques au niveau du rachis.
On peut tout
au plus effectuer quelques coupes au niveau de C1-C2 ou d’une
lésion rachidienne osseuse vue au topogramme.
* Clichés standards osseux :
Ces clichés sont effectués de préférence sur une table de
radiographie où la qualité des images est nettement meilleure
qu’une exploration faite dans un service de réanimation avec un
appareil portable.
Il est impératif que le chirurgien soit présent pour
aider au positionnement du malade.
Il faut s’efforcer d’avoir les
clichés les plus orthogonaux possible et s’évertuer à faire tourner le
rayon X autour du malade plutôt que d’utiliser des positionnements
dangereux.
Certains clichés restent systématiques, comme les radiographies de
l’ensemble du rachis et du bassin, avec en particulier dégagement
de l’odontoïde et de la jonction cervicodorsale, un rachis
dorsolombaire bien visualisé surtout sur les clichés de profil.
Le reste
des clichés nécessaires est guidé par l’examen clinique.
* Échographie :
Elle est quelquefois le seul examen praticable en cas d’urgence
extrême et permet de confirmer la présence d’un épanchement
important en donnant sa localisation thoracique ou abdominale.
Dans le cas habituel de l’enfant stabilisé par la réanimation, sa
réalisation première est inutile dans la mesure où, si elle est très
sensible pour le diagnostic positif d’un épanchement, elle est en
revanche médiocre dans la définition de son origine.
C’est ainsi que
toute échographie objectivant un épanchement doit conduire à un
examen scanographique qui permet d’en préciser l’origine.
Elle reste fondamentale, en revanche, en raison de sa maniabilité
dans la surveillance des lésions abdominales.
L’échographie
cardiaque, quant à elle, est précieuse pour explorer un hémopéricarde.
* Artériographie
:
L’artériographie préconisée autrefois en cas de rein muet est
remplacée avantageusement par des coupes au scanner faites en
regard du pédicule rénal avec injection en bolus de produit de
contraste.
Elle garde son importance dans une exceptionnelle
nécessité d’embolisation.
Il faut garder à l’esprit qu’elle est très
dangereuse chez l’enfant en raison du risque de spasmes vasculaires
qu’elle peut provoquer.
* Imagerie par résonance magnétique (IRM)
:
L’IRM est irremplaçable en dehors du cadre de l’urgence.
Elle
est réalisable après ostéosynthèse à condition d’explorer un organe
à distance du matériel métallique ou d’utiliser des implants non
ferromagnétiques, indispensables au rachis en cas de lésion
médullaire.
L’IRM en urgence est de réalisation difficile en raison
du temps qu’elle nécessite, du matériel de réanimation qu’il faut
introduire dans la salle, de la difficulté de surveillance à distance
des patients.
Les progrès techniques permettent rapidement un accès
plus facile et une utilisation plus fréquente dans le cadre de
l’urgence.
Son indication principale est la lésion médullaire.
L’alternative actuelle est le myéloscanner qui nécessite une ponction
lombaire et des manipulations délicates sur table.
* Scintigraphie :
Elle n’a pas sa place dans le cadre de l’urgence.
Elle peut, en
revanche, rendre de grands services dans les jours suivants pour
dépister les fractures passées inaperçues au bilan osseux standard,
en particulier chez le petit enfant dont l’ossification est faible.
Au total, la chronologie idéale est la séquence TDM corps entier
suivie du bilan radiographique standard.
L’artériographie
d’embolisation est exceptionnelle.
L’IRM est encore de maniement
difficile mais il est certain que l’avenir permettra de banaliser son
utilisation.
L’échographie demeure l’examen de référence pour la
surveillance des lésions abdominales.
Elle limite les déplacements
du malade.
2- Lésions et particularités de leur traitement
:
* Lésions de l’axe vital :
+ Traumatisme crânien
:
L’enfant présente plusieurs particularités :
– le volume de la tête est plus important que chez l’adulte, et le
rapport tête-corps est d’autant plus important que l’enfant est petit ;
– les espaces sous-arachnoïdiens sont plus importants, ce qui
explique le grand nombre de lésions par ébranlement et possibilité
de contusions controlatérales au choc ;
– l’augmentation de la pression intracrânienne est plus rapide, de
même la diminution de la pression intracrânienne n’est obtenue
qu’avec des pressions gazeuses (PaCO2) plus basses que chez
l’adulte.
Il est présent dans 80 % des polytraumatismes.
Il est responsable
des séquelles les plus lourdes, reste la première cause de décès et
doit être exploré en premier.
Le pronostic final dépend de la vitesse de mise en route du
traitement.
La mesure du score de Glasgow établie par levée de
la sédation est un bon indice pronostique.
Les lésions rencontrées
sont par ordre de fréquence décroissante :
– contusion cérébrale : 43 % ;
– hémorragie méningée et intraparenchymateuse : 36 % ;
– lésions axonales diffuses : 34 % ;
– lésion du tronc cérébral : 19 % ;
– hématome extradural et hématome sous-dural : ils ne représentent
que 8 % des lésions rencontrées.
Le traumatisme se déroule en deux temps :
– traumatisme primaire lié au choc direct lors du traumatisme ;
– traumatisme secondaire ischémique en raison essentiellement de
l’hypotension à laquelle s’ajoutent l’hypoxie et l’oedème.
L’ischémie
est elle-même responsable d’oedème, ce qui entraîne un cercle
vicieux.
Le traitement médical a deux objectifs :
– maintenir une tension artérielle correcte, en évitant l’hypoosmolalité
et en instaurant des drogues vasopressives (dobutamine
et dopamine) ;
– maintenir une oxygénation correcte par une intubation et une
ventilation assistée dès que le score de Glasgow est inférieur à 8.
Ce traitement médical associe :
– hyperventilation de manière à obtenir une hypocapnie située entre
30 et 35 mmHg.
La perfusion de mannitol ne se justifie qu’en cas de
risque d’engagement imminent ;
– sédation à visée de protection cérébrale associant des hypnotiques
(propofol) et morphiniques (fentanyl) ;
– installation en position proclive.
En cas d’immobilisation cervicale,
il faut vérifier que le collier n’est pas trop serré.
Un geste chirurgical est exceptionnel (hématome extradural).
Le
neurochirurgien est amené à mettre en place une sonde de mesure
de pression intracrânienne si les signes d’hypertension
intracrânienne sont présents au scanner.
+ Traumatismes de la face
:
Ils sont très souvent associés au traumatisme crânien.
Ils sont
responsables d’un oedème souvent impressionnant qui justifie
l’intubation.
Les plaies sont suturées soigneusement pour limiter les
séquelles esthétiques.
Les fractures dentaires sont répertoriées
d’autant qu’elles peuvent toucher des dents définitives dès l’âge de
6 ans.
La chirurgie des fractures du massif facial et des lésions
ophtalmiques n’intervient qu’une fois l’oedème résorbé.
Il est souvent nécessaire, en préopératoire, de réaliser des coupes scanner
coronales supplémentaires à distance du traumatisme.
Le recours aux spécialistes de la face est rare en urgence.
+ Rachis cervical
:
Le polytraumatisme représente 25 % des fractures du rachis cervical
de l’enfant.
Soixante-dix pour cent de ces fractures touchent l’étage
C0-C2.
Cette lésion est très souvent initialement inaperçue et le
retard diagnostique est expliqué par la difficulté d’interprétation des
radiographies standards, la fréquence des lésions étagées, le rachis
cervical passant plus inaperçu.
Deux localisations sont particulièrement sensibles.
– Rachis cervical supérieur (fracture de l’odontoïde, lésion
C1-C2).
La luxation occipitoatloïdienne est exceptionnelle et entraîne presque
toujours le décès.
Toutes les lésions de cette région mettent en jeu la
stabilité du rachis cervical supérieur.
La possibilité d’une entorse
avec instabilité ligamentaire est rare dans ce cadre, mais elle doit
être recherchée à distance.
Le diagnostic de ces lésions se fait
essentiellement sur des clichés radiographiques standards de face et
de profil, de bonne qualité, et des clichés dynamiques.
– Rachis cervical inférieur.
Il s’agit plus souvent de fractures instables accompagnées de
troubles neurologiques associés souvent à des lésions ligamentaires
dont le traitement est chirurgical.
Il existe une recrudescence de ces lésions due au mode d’ancrage
des petits enfants dans les sièges automobiles.
L’ensemble du tronc
est bien maintenu par des ceintures « 4 points » et la tête, qui
représente un tiers à un quart du volume corporel, ne peut être
retenue par la musculature cervicale.
Le rachis de l’enfant est
particulièrement souple et élastique, ce qui explique la possibilité de
lésions neurologiques sans anomalie osseuse dont le diagnostic est
particulièrement délicat face à un enfant sédaté.
La moindre
suspicion d’anomalie neurologique périphérique impose la
réalisation d’une IRM et la mise en place d’un traitement protecteur
par corticoïdes : Solu-Médrolt 30 mg/kg sur 1 heure,
relayé par 5,4 mg/kg sur les 23 heures suivantes et poursuivi sur
48 heures ou 24 heures si le premier bolus a été administré dans les
3 premières heures.
+ Traumatismes thoraciques
:
La présence d’un traumatisme thoracique multiplie le risque de
mortalité par 20.
L’enfant est caractérisé par une cage thoracique très élastique qui
explique la discordance entre la rareté des dégâts pariétaux (les
volets sont exceptionnels) et l’importance des dégâts intrathoraciques.
Lésions par ordre de fréquence décroissante.
– Les contusions pulmonaires se rencontrent dans 50 à 75 % des cas
de traumatisme thoracique.
Elles sont diagnostiquées à la TDM et sont surtout postérieures.
Leurs complications principales
sont l’infection et le risque d’oedème pulmonaire, le syndrome de
détresse respiratoire aiguë est rare chez l’enfant ;
– un pneumothorax se retrouve dans 30 à 50 % des cas de
traumatisme thoracique.
Il est diagnostiqué par l’abolition du
murmure vésiculaire et par un tympanisme.
Il est confirmé par le
scanner ou grâce à la radiographie du thorax.
Un hémothorax peut
bien sûr lui être associé.
Il est deux fois moins fréquent que le
pneumothorax et il est diagnostiqué par une matité à l’examen.
La
confirmation du diagnostic se fait de la même manière qu’un
pneumothorax mais un hémopneumothorax compressif doit être
drainé sans preuve radiographique sur les lieux de l’accident ;
– les lésions par décélération brutale :
– les ruptures trachéobronchiques sont révélées le plus souvent
par un bullage permanent dans les drains thoraciques.
On
retrouve un pneumomédiastin sur le cliché du thorax ou au
scanner thoracique.
Le diagnostic est souvent retardé de 4 à
16 jours.
On ne les retrouve que dans 3 à 6 % des traumatismes
thoraciques.
Leur confirmation diagnostique passe par la
bronchoscopie ;
– les lésions vasculaires médiastinales sont exceptionnelles et
catastrophiques.
L’élargissement médiastinal à la radiographie
est constaté dans 60 % des traumatismes thoraciques, mais il s’agit
le plus souvent soit d’une fracture du sternum, d’un hématome
de la loge isthmique ou de la diffusion d’un hématome
rétropéritonéal.
La désinsertion aortique est exceptionnelle.
Sa
mortalité est de 95 %, elle a été retrouvée dans 2,8 à 8 % des
nécropsies.
Le diagnostic se fait lors du scanner spiralé injecté
ou à l’échographie transoesophagienne, l’artériographie et l’IRM
sont de réalisation beaucoup plus difficile dans ce cadre ;
– les atteintes cardiaques sont rares et se retrouvent dans
environ 20 % des traumatismes thoraciques de l’enfant.
L’élévation des créatines phosphokinases (CPK) n’est pas fiable.
Le diagnostic est fait par l’échographie cardiaque qui révèle un hémopéricarde.
L’évolution est souvent favorable mais il faut se
méfier cependant des ruptures de piliers ou de valves.
Traitements.
Le traitement des lésions thoraciques repose sur l’intubation, la
ventilation assistée, le drainage des épanchements liquidiens ou
gazeux qui règlent 90 % des problèmes des traumatismes
thoraciques.
Il faut y associer, en cas de contusion importante, un
traitement antibiotique et une ventilation avec pression expirée
positive.
L’indication opératoire est rare en dehors des traumatismes
pénétrants.
+ Lésions abdominales :
L’exploration des lésions abdominales est cliniquement facile s’il n’y
a pas de trouble de conscience associé.
En cas de coma ou de
sédation initiale, l’exploration repose essentiellement sur l’imagerie.
La surveillance clinique des lésions peut nécessiter de lever la
sédation à intervalles réguliers pour ne pas passer à côté d’une
complication secondaire ou d’une lésion passée inaperçue.
Lésions par ordre de fréquence décroissante.
– Atteinte rénale car l’organe est mal protégé chez l’enfant (48 %
des traumatismes abdominaux).
– Fracture ou contusion de la rate (40 %).
– Fracture ou contusion du foie (24 %).
– Fracture du pancréas (7 %).
Dans 20 % des polytraumatismes, deux lésions sont associées.
L’exploration de ces lésions abdominales est faite initialement par le
scanner injecté qui a la meilleure sensibilité de diagnostic de ces
lésions.
Une lésion des organes creux se retrouve dans 1,4 % des
traumatismes abdominaux fermés (traumatismes par ceinture de
sécurité).
Elle concerne essentiellement le jéjunum, suivi de
l’iléon, puis du côlon et du duodénum.
Le délai diagnostique est en
général important en raison de la difficulté de l’examen clinique.
Traitement des lésions des organes pleins.
Il s’efforce d’être conservateur.
Le taux de laparotomie est
passé de 100 % dans les années 1960 à moins de 20 % aujourd’hui.
De même, le taux de splénectomie qui était de 70 % se situe
actuellement aux alentours de 4 %.
Les lésions hépatiques sont
mortelles dans 5 à 13% des cas.
Elles sont alors au-dessus de toute
ressource thérapeutique et sont responsables de décès précoces.
Les lésions pancréatiques sont de traitement conservateur initial
dans la grande majorité des cas ; ce n’est que secondairement que
sont drainés des pseudokystes.
Les lésions rénales sont très peu
chirurgicales en urgence.
Les tentatives de chirurgie conservatrice se
soldent souvent par la néphrectomie.
Ce traitement conservateur comporte réanimation initiale et
transfusion, cette dernière étant décidée dès que l’hématocrite
descend en dessous de 20 %.
La chirurgie doit faire appel à toutes les techniques conservatrices
disponibles :
– filets hémostatiques ;
– hépatectomies partielles ;
– transplantation d’un fragment splénique dans le grand droit ou
dans l’épiploon.
L’intervention chirurgicale est décidée :
– s’il n’y a pas de réponse à la réanimation initiale avec une
transfusion supérieure à 40 mL/kg dans les 8 premières heures ;
– en cas de pneumopéritoine ;
– en cas de plaie avec éviscération ou signes de péritonite.
Elle peut aussi être décidée secondairement en cas de détérioration
de l’état hémodynamique. Il n’y a pas d’argument biologique pour
décider d’une laparotomie.
Les liquides d’aspiration gastrique ne
sont pas de bons indicateurs pour la décision chirurgicale, à
l’exception de la présence de bile.
La présence d’un traumatisme
crânien sévère n’est pas une contre-indication au traitement
« médical » des lésions intra-abdominales.
+ Fractures du bassin
:
L’anneau pelvien de l’enfant est beaucoup plus souple que celui de
l’adulte, ce qui explique que les fractures rencontrées sont en général
moins graves et que l’on puisse ne retrouver qu’un seul trait.
Cette
fracture est relativement hémorragique mais, isolée, elle n’entraîne
pas de risque vital ; en revanche, elle augmente très sensiblement la
morbidité et le risque de mortalité tardive.
Les fractures complexes
et multiples du bassin ne représentent que moins d’un cinquième
des fractures du bassin.
Le traitement fait souvent appel à la fixation
externe.
Le véritable problème de ces fractures est en fait le risque de lésions
urinaires associées qu’il faut suspecter devant toute urétrorragie.
La pose d’une sonde urinaire est contre-indiquée devant la présence
d’un globe vésical et d’une urétrorragie.
Les lésions génito-urinaires
sont particulièrement fréquentes dans les fractures des branches
pubiennes et dans les fractures multiples.
Ces fractures traduisent
un traumatisme très violent et elles sont associées, dans 85 % des
cas, à des lésions abdominales.
La probabilité des lésions abdominales est de :
– pour les fractures du pubis : 1 % ;
– pour les fractures sacro-iliaques : 15 % ;
– pour les fractures multiples de l’anneau pelvien : 60 %.
* Lésions à pronostic fonctionnel
:
+ Fractures :
Elles surviennent essentiellement dans les traumatismes par chute
importante ou dans les accidents de la voie publique.
Par ordre
de fréquence décroissante, elles sont localisées sur le fémur,
l’humérus, la jambe, la cheville, l’avant-bras.
Il s’agit de
fractures ouvertes dans environ 10 % des cas.
Les fractures de l’axe
central (rachis, épaule, bassin) sont le reflet de l’atteinte de l’axe vital
et entraînent une hospitalisation plus longue avec augmentation du
taux de mortalité.
Prise en charge des fractures lors du polytraumatisme.
Elle vise à reconstituer un os solide mobilisable et restaurer la
continuité de la charpente de manière à faciliter la mobilisation et
les transferts du patient (imagerie en particulier).
Ainsi, les attitudes
habituelles face aux fractures des membres de l’enfant se sont
modifiées en raison de plusieurs facteurs :
– difficulté de nursing avec nécessité de déplacer l’enfant pour des
explorations complémentaires ;
– prévenir les complications de décubitus ;
– risque d’apparition rapide de spasticité liée à la lésion du système
nerveux central ;
– difficulté de surveillance des immobilisations plâtrées avec risque
du syndrome de loge dont la symptomatologie douloureuse n’est
pas reconnue en raison de l’état de conscience et des traitements
antalgiques ;
– fréquence des lésions multiples, étagées, homolatérales ;
– manipulation des fractures : elle augmente la pression
intracrânienne ;
– à l’inverse, l’immobilisation fait baisser le risque de syndrome de
détresse respiratoire aiguë, participe aux traitements antalgiques, ce
qui permet de raccourcir la sédation et de baisser les doses de
médication antalgique ainsi que la durée du séjour de
réanimation.
Toutes ces raisons amènent à pratiquer des ostéosynthèses avec des
indications beaucoup plus larges que dans les traumatismes isolés,
sans limite inférieure d’âge.
Méthodes.
– L’embrochage centromédullaire élastique stable (ECMES) est pour
nous la technique de choix.
Elle est rapide, non hémorragique,
respecte le périoste et n’entraîne pas d’hypercroissance.
Elle
s’adresse à tous les segments de membre.
– Les fixateurs externes représentent une solution rapide et
ont tout leur intérêt dans les fractures multiples, les fractures
ouvertes avec perte de substance, les fractures du bassin.
Il
est bien sûr possible de combiner les deux techniques
d’ostéosynthèse fermée et de fixation externe.
Le choix du fixateur
dépend des habitudes du chirurgien, du temps de pose, du nombre
de degrés de liberté du fixateur, du nombre de plans de correction
nécessaires, de la nécessité d’adjoindre des greffes de peau, voire
des lambeaux musculocutanés.
Il faut veiller à ce que les broches ou
les fiches soient à distance de la plaque de croissance, il faut choisir
un point d’introduction à distance de l’ouverture cutanée à un
endroit où la distance peau-os est la plus faible.
– Le traitement orthopédique, dans ce cadre nosologique, n’est
concevable que si le remodelage possible de cette fracture est
important, si la fracture est isolée, si le plâtre est peu encombrant et
si le risque de survenue de syndrome de loge est faible.
Chronologie.
En dehors des pertes de substance importantes des fractures
ouvertes de degré supérieur au type I de Cauchoix, des problèmes
vasculaires hémorragiques ou des syndromes de loge,
l’ostéosynthèse n’est pas une urgence et il est possible d’attendre
sous couvert de mise en traction et de pose d’attelles.
Il est
communément admis dans la littérature qu’elle doit se situer avant
la 48e heure, une fois que les constantes vitales ont été stabilisées et
avant que n’apparaissent les complications de décubitus.
L’ostéosynthèse peut aussi être effectuée en urgence en complément
d’une intervention viscérale.
Pour éviter les nombreuses séances au
bloc opératoire, il est nécessaire de prévoir un programme
chirurgical qui prenne en charge l’ensemble des lésions fracturaires.
Quelques localisations particulières méritent des précisions.
– Fémur : c’est la fracture le plus fréquemment rencontrée dans
le polytraumatisme pédiatrique.
Elle est nettement moins
hémorragique que chez l’adulte.
Ses conséquences
hémodynamiques sont donc beaucoup plus faibles. Isolée, elle ne
peut pas expliquer le choc hypovolémique et seulement un tiers des
patients ont alors une baisse de l’hématocrite.
Dans le cadre du polytraumatisme, la participation du fémur dans la constitution de
la spoliation sanguine a été évaluée à 6 %. Le traitement de choix est
l’ECMES.
– Rachis thoracolombaire : les lésions du rachis traduisent
un traumatisme violent.
Les circonstances particulières entraînent
un cadre nosologique bien défini, c’est la lésion par ceinture de sécurité ventrale à deux points d’ancrage (seat belt fracture des
Anglo-Saxons).
Cette association, qui comporte des lésions intra-abdominales et une fracture du rachis, est connue depuis les
années 1980.
Il s’agit toujours de traumatismes violents (décès d’un
des passagers dans la moitié des accidents).
Il existe fréquemment
un signe de contusion directe cutanée sur le trajet de la ceinture.
Il s’agit le plus souvent de ceinture dont l’appui n’est pas
correct chez l’enfant, ne se fait pas sur le sommet des ailes iliaques
mais sur l’abdomen.
Aucun traumatisme similaire n’est retouvé en
Suisse, pays où ce type de ceinture est interdit.
Le diagnostic de
la fracture est fait sur la radiographie car le scanner peut donner des
faux négatifs.
La localisation préférentielle est sur le rachis lombaire
avec une très nette dominance des fractures situées en L3.
Il s’agit
en règle générale de fracture-distraction simple ou fracture de
Chance, avec déchirure des ligaments postérieurs plus ou moins
fracture intra-articulaire.
Si le point d’appui de la ceinture
est situé plus en arrière, l’axe virtuel de rotation est alors plus
postérieur et il peut y avoir une composante de compression dans le
corps vertébral sans qu’elle ne dépasse jamais 50 % de la hauteur
du corps vertébral.
Les signes neurologiques associés sont rares
puisqu’ils vont de 0 à 15%.
Il s’agit le plus souvent de paraplégie.
Il y a une fois sur deux une lésion abdominale (rate, foie, organes
creux).
Le problème principal de ce traumatisme est le retard
diagnostique de la lésion rachidienne.
Il faut être systématique dans
l’exploration et, face à ce mécanisme particulier, faire des clichés
corrects de la colonne lombaire ; inversement, face à ce type de
fracture, évoquer la possibilité d’une lésion abdominale et la
rechercher activement.
Actuellement, en France, le système « deux points » est
avantageusement remplacé par des ceintures « trois points ».
Des
dispositifs de maintien adaptés sont obligatoires pour les enfants de
moins de 10 ans.
En dehors de cette entité traumatique, les fractures du rachis se
rencontrent dans les chutes d’un lieu élevé.
Il s’agit le plus souvent
de fracture en compression pure avec plus ou moins d’inclinaison
latérale et de composante rotatoire (burst fracture des Anglo-Saxons).
Les traits sont alors verticaux.
Chez l’enfant, la présence d’un
grand nombre de points de croissance et surtout l’intégrité préalable
de l’appareil discoligamentaire autorisent éventuellement un
traitement orthopédique par ligamentopexie en traction.
Le
traitement chirurgical est indiqué seulement en cas d’atteinte
neurologique nécessitant une décompression ou lorsque le
traitement orthopédique ne peut être fait dans de bonnes conditions
en raison de la présence d’autres lésions.
– Localisations épiphysaires : ces fractures doivent être recherchées
attentivement.
Il faut se méfier tout particulièrement des traits
verticaux.
Leur traitement répond aux mêmes règles qu’en
traumatologie « isolée ».
Négligées, elles peuvent constituer des
séquelles majeures sur la croissance.
– Fractures des extrémités : elles sont de diagnostic difficile.
L’ambiance initiale tournée vers le pronostic vital de l’enfant ne doit
pas masquer leur importance.
Elles sont le lieu privilégié des cals
vicieux séquellaires.
Leur recherche attentive dans les jours qui
suivent l’admission doit être systématique.
+ Lésions ligamentaires :
Il faut les rechercher de manière systématique.
Les lésions les plus
courantes sont les ligaments croisés du genou chez le grand enfant,
les entorses du rachis cervical ou les entorses de cheville.
On fait une recherche de laxité ou de mouvements anormaux sur les
genoux et les chevilles.
Il ne faut pas hésiter à avoir recours à l’IRM
dans un deuxième temps et à faire des clichés dynamiques cervicaux
au réveil.
Devenir d’un enfant polytraumatisé :
A - LIMITE NEUROLOGIQUE :
Si, dans les années 1980, l’optimisme était de rigueur face au bon
taux de survie de ces enfants, l’évaluation plus approfondie des
séquelles neurocomportementales et neuropsychiques tempère largement cet optimisme.
Si l’adaptabilité de l’enfant est
excellente vis-à-vis d’un nouvel état physique, elle est en revanche
plus discutable face aux séquelles neurologiques.
Même si le
potentiel de récupération neurologique et fonctionnel de l’enfant
reste meilleur que chez l’adulte, l’établissement des séquelles
définitives est un sujet encore mal exploré.
L’évaluation des
séquelles peut être abordée selon deux modes complémentaires :
l’évaluation médicale et l’interrogatoire des familles sur les
séquelles ressenties.
Un tiers des enfants présente à distance des
troubles de vigilance, des troubles cognitifs.
Le retentissement
scolaire se traduit par une orientation en école spécialisée pour un
tiers des enfants, par un ou plusieurs redoublements dans la moitié
des cas et un fort taux de réorientation professionnelle.
À l’âge
adulte, seuls 10 % des enfants présentent une incapacité définitive
neurologique centrale alors que 40 % ont une activité
professionnelle.
Les perturbations ressenties par la famille sont plus
pessimistes avec, dans 80 % des cas, des troubles de l’émotion, du
langage, de l’attention, de l’apprentissage et de la mémoire.
On
retrouve là aussi trois quarts des enfants qui nécessitent des mesures
d’éducation spécialisée.
Le retentissement sur la famille est majeur,
avec dans un tiers à la moitié des cas une modification sur la
composition de la famille, que ce soit sur le statut familial ou
marital.
Dans une famille sur deux, il y a eu nécessité pour un des
deux parents d’arrêter définitivement son activité professionnelle.
Le véritable problème séquellaire de l’enfant polytraumatisé est
triple : neurologique, neuropsychologique et neurocomportemental.
Il s’agit actuellement de la limite de récupération de ces enfants.
La
prise en charge plus précoce ainsi que des travaux de recherche sur
ce sujet nous paraissent constituer une priorité actuelle.
B - COMPLICATIONS ET ERREURS
:
Elles sont du domaine de la morbidité liée au coma prolongé, des
complications propres à la réanimation.
Elles doivent être
prévenues par le nursing, la mise en route rapide de l’entretien kinésithérapique et une couverture antibiotique.
C’est aussi
l’aggravation secondaire possible d’une lésion viscérale.
Il faut, à ce
sujet, insister sur deux points importants :
– l’attitude abstentionniste développée par les spécialistes
chirurgicaux d’enfant ne peut être prônée que dans le cadre d’une
surveillance chirurgicale pédiatrique car la symptomatologie et
l’examen clinique de l’enfant sont spécifiques ;
– l’aggravation d’une lésion, le diagnostic d’une lésion viscérale rare
comme une désinsertion mésentérique, un hématome du duodénum
ou une rupture d’un viscère creux, peuvent être masqués par le
traitement antalgique et la sédation.
Il faut donc prévoir des phases
de levée de sédation pour surveiller l’état clinique de l’enfant.
L’analyse des causes d’erreur a déjà été largement menée grâce en
particulier aux travaux du groupe d’études en orthopédie
pédiatrique.
On peut les résumer de la manière suivante :
– erreur de lieu : le transfert a été effectué dans un hôpital
insuffisamment équipé ou dans un service trop spécialisé.
Dans un
cas comme dans l’autre, il s’agit d’un défaut de moyens ;
– erreur chronologique : la prise en charge successive et non
concomitante des différentes lésions conduit à des interventions
inadéquates ou trop différées.
C’est le cas de l’ostéosynthèse
effectuée trop tard, du cal vicieux ou d’une erreur dans la
chronologie du traitement des fractures.
Il faut garder à l’esprit que
la reprise ou la chirurgie tardive donnent en règle générale un
résultat médiocre en regard d’un geste chirurgical initial correct.
C - RÉPARATION JURIDIQUE ET INDEMNISATION
:
Ce temps ne doit pas être négligé.
Le rôle du chirurgien orthopédiste
est d’accompagner et au besoin de provoquer l’expertise qui ne doit
pas être vue comme un jugement des résultats obtenus, mais comme
un complément thérapeutique.
Il faut donc faciliter l’accès au dossier
pour que l’évaluation soit la meilleure possible.
Les difficultés de l’expertise chez l’enfant sont liées, d’une part aux
mécanismes physiopathologiques et anatomopathologiques
particuliers des lésions, mais aussi à la notion de perte de potentiel
toujours délicate à évaluer.
En orthopédie, il faut bien sûr insister
sur tous les désordres possibles liés à la croissance résiduelle qui
motivent des conclusions prudentes et souvent non définitives.
C’est souvent dans le cadre de cette expertise pour polytraumatisme
que le recours à plusieurs experts ou sapiteurs s’impose
(neuropsychiatre, orthopédiste, chirurgien maxillofacial...).
Conclusion
:
La prise en charge du polytraumatisé pédiatrique a radicalement changé
durant les deux dernières décennies.
La visualisation de plus en plus
fiable des lésions a supprimé bon nombre de gestes chirurgicaux urgents
d’exploration qui ajoutaient un traumatisme opératoire au traumatisme
initial.
La meilleure compréhension de la physiopathologie a permis de mieux
codifier la réanimation.
Il faut maîtriser les particularités pédiatriques de la prise en charge, à
savoir : connaître les pièges hémodynamiques initiaux sans se fier à une
simple surveillance de la tension artérielle ; appliquer rigoureusement
la séquence d’exploration des lésions par une TDM première « corps
entier » suivie du bilan radiographique osseux ; savoir traiter les lésions
viscérales de manière conservatrice et surtout apprendre la surveillance
de ces lésions pour dépister une aggravation secondaire ; pratiquer de
multiples ostéosynthèses pour rendre l’enfant mobilisable, transportable
pour accéder aux moyens d’imagerie, permettre les gestes de
réanimation, faciliter le nursing.
L’ambition du traitement s’efforce maintenant de faire reculer la limite
neurologique.
Les erreurs de prise en charge sont imputables, en règle générale, à une
méconnaissance de ces principes nouveaux et au non-respect des
priorités de traitement.
Il nous incombe de maintenir le niveau de
compétence acquis et de plaider pour l’obtention de moyens
supplémentaires.
Enfin, à côté de ces progrès spectaculaires, il reste
cependant des inquiétudes sur le devenir social de l’enfant et une
impuissance face au bouleversement que représente un tel événement au
sein d’une famille.