Pneumosinus dilatans :
A -
DÉFINITION
:
Le pneumosinus dilatans est une pathologie rare, puisqu’à peine un
peu plus de 100 cas ont été publiés.
La physiopathologie
demeure inconnue.
On prête à Meyes la première description et à
Benjamins la première appellation de pneumosinus dilatans.
Bourdial est, à ce jour, le seul à avoir colligé le plus grand nombre
d’observations dans la littérature.
Dans cette publication, son
analyse souligne la disparité des observations disponibles à
l’époque, voire même la présence de nombreux faux diagnostics.
Seules les observations récentes permettent pour les cas rapportés,
une meilleure certitude du diagnostic.
Cet article fait le
point sur son diagnostic, son évolution et sa prise en charge.
B - PHYSIOPATHOLOGIE :
Le pneumosinus dilatans est une affection rare.
Le petit nombre
d’observations publié n’a pas permis à ce jour d’établir
indiscutablement les mécanismes à son origine.
Néanmoins,
plusieurs hypothèses et facteurs favorisants ont été proposés pour
expliquer sa survenue.
La principale cause favorisante retenue est la dysperméabilité du drainage sinusien, bien que dans les travaux
publiés, les arguments proposés en faveur de celle-ci restent
discutables.
Récemment par exemple, dans une étude portant sur
trois patients, la mise en place d’un drain frontal a permis l’étude
de la perméabilité de l’orifice nasofrontal lors de pneumosinus
dilatans frontaux.
Dans les trois cas, aucune obstruction ou dysperméabilité significative n’a été observée.
De même, Walker,
dans sa publication, signale un patient ayant effectué des plongées
sous-marines pendant de nombreuses années sans le moindre
problème pressionnel.
Il conclut que la perméabilité nasofrontale
peut être normale dans cette pathologie.
D’autre part, aucune
expansion osseuse de la paroi antérieure du sinus frontal n’a été
rapportée lors d’atteintes infectieuses chroniques avec ostium
dysperméable ou bloqué.
Pour les mucocèles, qui se traduisent
également par une expansion de la cavité sinusienne, l’extension est
rarement limitée à la paroi antérieure du sinus frontal, et elle
s’associe presque toujours à des modifications d’épaisseur de la
paroi déformée, ce qui n’est pas observé lors de pneumosinus
dilatans.
Enfin, le mécanisme à l’origine de la pneumatisation
sinusienne frontale n’est pas totalement en rapport avec des
phénomènes ventilatoires, comme l’atteste un développement
normal des cavités sinusiennes malgré une obstruction nasale
complète telle que celle rencontrée dans l’atrésie choanale.
Tous
ces arguments ne semblent donc pas confirmer l’unique hypothèse
d’une dysperméabilité ostiale même intermittente à l’origine de cette
pathologie malformative.
L’autre hypothèse envisagée est une anomalie de la physiologie
osseuse.
Cette proposition est apparue en raison d’observations de pneumosinus dilatans sphénoïdaux ou ethmoïdaux associés à des
méningiomes ou des dysplasies fibreuses.
Toutefois, dans
ces observations, les résultats de l’analyse histologique de l’os
déformé sont rarement mentionnés.
Lorsqu’elle a été effectuée, seuls
des examens standards ont été réalisés, et aucune particularité n’a
été signalée, tant en faveur d’une ostéite que d’un trouble du
métabolisme osseux.
Finalement, à ce jour, le mécanisme à l’origine de cette pathologie
est inconnu.
Cela justifie, lors d’observations futures, le recours à la
vérification de la perméabilité ostiale et à l’analyse ultrastructurale
des parois osseuses.
C - DIAGNOSTIC CLINIQUE :
La rareté de cette affection rend souvent le diagnostic difficile.
La
localisation frontale est de loin la plus fréquente. Le patient
consulte souvent pour une augmentation progressive très lente de
la région sus-orbitaire, le plus souvent bilatérale.
Cette
modification est parfois perçue par l’entourage. Plusieurs années
sont nécessaires pour que cette modification amène à consulter, le
plus souvent pour un bombement frontal de plus en plus
inesthétique.
Quelquefois, le diagnostic est évoqué lors d’un examen
clinique systématique devant une voussure frontale inhabituelle.
Les douleurs sont rarement rapportées dans les observations
publiées, tout se résume le plus souvent à une simple modification
morphologique.
Les infections sont exceptionnelles et ne paraissent
pas plus nombreuses que dans la population générale.
Les formes
bilatérales sont les plus fréquentes, mais les formes unilatérales sont
possibles.
La palpation frontale est indolore, la peau en regard est normale.
L’examen endonasal est normal.
Quel que soit le mode révélateur,
la caractéristique clinique à rechercher est une évolution progressive
parfois discontinue.
Les autres localisations, telles que le sinus maxillaire ou le sinus
sphénoïdal, publiées sous la forme de cas cliniques, sont beaucoup
plus exceptionnelles.
Les motifs de consultation sont des
infections ou des anomalies secondaires à la compression des
organes de voisinage.
Ce sont des troubles visuels pour la
localisation sphénoïdale.
Pour la localisation maxillaire, des troubles
visuels, des douleurs ou des sensations pressionnelles dans la joue
ou le vestibule gingival sont rapportés.
Cette symptomatologie est
parfois augmentée lors de circonstances d’hyperpression (transport
aérien).
D - EXPLORATIONS PARACLINIQUES :
1- Radiologie :
C’est l’examen-clé du diagnostic.
L’aspect caractéristique correspond
à une augmentation de volume de la cavité sinusienne avec une
déformation régulière d’une ou plusieurs parois osseuses, parfois
déjà visible sur des clichés simples.
Pour la cavité frontale, le
développement est souvent important, débordant largement
latéralement au-dessus de la région orbitaire.
La déformation touche
principalement la paroi antérieure.
2- Tomodensitométrie (TDM)
:
L’anomalie caractéristique est une déformation progressive plus ou
moins harmonieuse d’une ou parfois de plusieurs parois du sinus
touché par l’affection.
La paroi osseuse est souvent d’aspect normal
sans épaississement de la trame osseuse et sans perte de substance.
Cette déformation est régulière.
L’épaisseur de la muqueuse
tapissant la cavité des parois osseuses est presque toujours normale.
L’atteinte peut être uni- ou bilatérale.
La présence de cette hyperpneumatisation est évocatrice du diagnostic, d’autant plus si
une augmentation du volume sinusien est observée lors de la
surveillance radiologique.
La résonance magnétique nucléaire n’est
pas utile.
3- Examens biologiques
:
Aucune modification de l’exploration phosphocalcique n’a été
rapportée dans les observations publiées.
4- Anatomopathologie :
Peu de cas ont bénéficié d’une analyse anatomopathologique
osseuse et/ou muqueuse.
Lorsqu’elle a été réalisée, aucune anomalie
spécifique n’a été signalée.
E - ÉVOLUTION :
Elle se fait sous la forme d’une expansion lente progressive du
volume sinusien, se traduisant par exemple pour le sinus frontal
par une accentuation de la voussure sus-orbitaire.
Parfois, cette
expansion peut entraîner des compressions des organes de
voisinage.
Cette évolution peut être continue, ou discontinue par
poussées.
F - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
Devant une hyperpneumatisation frontale, deux diagnostics peuvent
être envisagés :
– l’hyperpneumatisation frontale constitutionnelle qui correspond à
une vaste cavité sinusienne pouvant s’étendre largement en arrière
et latéralement.
Cette pneumatisation est stable, n’a aucune
évolutivité, et n’entraîne le plus souvent aucune déformation susorbitaire,
ce qui la différencie du pneumosinus dilatans ;
– le second diagnostic envisageable est l’acromégalie, rapidement
éliminée en l’absence de modifications associées des extrémités
(mains, pieds).
Pour les localisations maxillaires ou sphénoïdales, le
diagnostic de pneumocèle est discuté.
Cette pathologie
exceptionnelle se traduit par une expansion aérique de la cavité
sinusienne, intra- ou extracrânienne.
Un mécanisme de dysperméabilité ostiale est retenu pour expliquer le phénomène
clinique qui survient lors de modifications pressionnelles.
Des
modifications des parois osseuses sont observées sur les explorations
tomodensitométriques, contrairement au pneumosinus dilatans.
G - ATTITUDE THÉRAPEUTIQUE :
En l’absence de demande du patient ou de symptomatologie
invalidante, aucun traitement chirurgical n’est nécessaire.
La
chirurgie est proposée pour réduire la déformation ou la
compression des organes voisins.
Pour la localisation frontale, en
cas de déformation importante, selon la demande du patient, une
chirurgie de modelage de la paroi antérieure peut être proposée.
La
voie d’abord doit être large pour permettre une vision complète de
la paroi antérieure du sinus.
L’objectif est d’obtenir un galbe frontal
régulier sans voussure résiduelle.
Plusieurs techniques ont été
proposées ; la principale variante porte sur la nécessité ou non d’un
geste complémentaire sur l’ostium du sinus frontal.
Pour
certains, il est indispensable, alors que d’autres le considèrent inutile.
Aucune étude n’est toutefois disponible pour confirmer quelle
attitude doit être recommandée, même si la majorité des auteurs
laisse en l’état la région ostiale.
Dans tous les cas, une
vérification de la perméabilité de l’ostium frontal pré- ou
peropératoire semble un préalable nécessaire avant d’envisager un
geste à son niveau.
Une fois la paroi antérieure exposée, elle est
déposée puis modelée avant d’être remise en place.
La taille du volet
frontal conditionne la plastie ultérieure qui est ensuite maintenue,
en essayant de réduire au maximum le recours à des contentions
métalliques (microplaques, fil d’acier).
Aucun geste sur la muqueuse
n’est nécessaire.
La cicatrisation n’a pas de particularité et se déroule
sur 3 à 4 semaines.
Peu de résultats à long terme ont été rapportés,
mais aucune récidive n’a été mentionnée dans la littérature
consultée.
Pour les autres localisations exceptionnelles, maxillaire
ou sphénoïdale, l’intervention a consisté en une ouverture large de
la cavité sinusienne (méatotomie, sphénoïdotomie) dans la cavité
nasale ou un modelage.
H - CONCLUSION
:
Bien que cette pathologie soit rare, elle doit être connue des otorhino-laryngologistes (ORL) et, si une décision chirurgicale est
envisagée, la recherche de dysfonctionnement ostial, l’analyse
histologique des parois osseuses, sont utiles pour améliorer la
compréhension des mécanismes à l’origine de cette pathologie.
Mucocèles sinusiennes
:
A - DÉFINITION :
La mucocèle est une formation kystique plus ou moins volumineuse,
tapissée par un épithélium respiratoire, sans connexion avec les
cavités sinusiennes ou nasales.
Elle contient un liquide qui
correspond en partie aux secrétions des éléments glandulaires
présents au sein de la muqueuse qui la tapisse.
L’incidence est mal
connue, mais le nombre de publications a augmenté ces dernières
années, laissant penser soit qu’elle est plus rapidement reconnue soit
que sa fréquence augmente avec le renouveau de la chirurgie endonasale.
B - PHYSIOPATHOLOGIE :
Plusieurs hypothèses étiologiques sont proposées pour expliquer sa
survenue.
Dans les formes spontanées, les plus rares, un trouble de
la perméabilité ostiale est envisagé.
La fermeture de l’ostium
entraînerait un blocage des sécrétions et une extension progressive
de volume de la cavité sinusienne.
En fait, les formes spontanées
sont très rares et, dans la plupart des observations publiées, l’état
morphologique et fonctionnel de l’ostium n’est pas rapporté.
Les
études chez l’animal n’ont pas confirmé cette hypothèse pour
le sinus frontal, où la fermeture seule de l’ostium n’a pas permis
l’observation de mucocèles.
Même si la méthodologie n’est pas
exactement comparable à celle imaginée à l’origine des mucocèles, il
semble que d’autres facteurs doivent intervenir pour favoriser sa
survenue.
La résorption osseuse observée dans cette pathologie est
également l’objet de discussions.
Récemment, une étude a mis en
évidence une élévation des pressions intramucocéliques.
Cette
hyperpression confirme pour l’auteur le mécanisme pressionnel à
l’origine de la résorption osseuse observée dans cette pathologie.
Des antécédents d’infections sinusiennes sont également envisagés
pour expliquer ces formes spontanées, mais là encore aucune étude
n’est venue confirmer cette hypothèse.
Pour les mucocèles d’origine post-traumatique, le cloisonnement
d’une partie de la cavité sinusienne (par exemple la fermeture de
l’ostium) enfermant une muqueuse sinusienne fonctionnelle
est proposé par la plupart des auteurs.
La persistance d’une
muqueuse fonctionnelle, au sein de laquelle persiste une activité
glandulaire muqueuse, expliquerait les modifications observées lors
de leur découverte.
Les causes postchirurgicales sont à rapprocher
de cette hypothèse.
Une augmentation significative des cas rapportés
depuis le renouveau de la chirurgie endonasale renforce le rôle de
ce mécanisme.
Enfin, des mucocèles peuvent être observées
associées à des tumeurs ou après radiothérapie des structures
nasosinusiennes.
Quels que soient les mécanismes en cause, la
présence d’une mucocèle entraîne, selon la localisation, une
modification osseuse avec une déformation plus ou moins
importante des structures adjacentes.
Facteurs favorisants :
Si les formes spontanées sont possibles, de nombreux facteurs sont
à l’origine ou associés à la mucocèle.
La chirurgie est l’un des
principaux, en particulier depuis le renouveau de la chirurgie endonasale.
Longtemps, les localisations maxillaires ont été les plus
fréquentes avec une large utilisation des techniques de Caldwell-Luc.
Depuis la large diffusion de la chirurgie endoscopique, le
nombre de cas rapportés s’est accru et les localisations ethmoïdofrontales sont devenues les plus fréquentes.
D’autres
facteurs tels que les pathologies inflammatoires (polyposes) ou
infectieuses sont également cités.
Les traumatismes, parfois de très nombreuses années après l’accident, sont également à l’origine
de mucocèles.
La radiothérapie pour des tumeurs sinusiennes peut
également être responsable de l’apparition de mucocèles.
C - ANATOMOPATHOLOGIE :
Macroscopiquement, la trame osseuse disparaît progressivement, au
point dans certains cas de ne plus être visible lors des explorations
radiologiques.
Lund a comparé la muqueuse des mucocèles à une
muqueuse normale chez 40 patients.
L’aspect le plus souvent
observé a été celui d’une muqueuse respiratoire pseudostratifiée
sans augmentation du nombre des glandes séromuqueuses.
L’analyse de la paroi osseuse a révélé à la fois des zones de
formation avec de nombreux ostéoblastes et des zones de résorption
où prédominent les ostéoclastes.
Ces modifications sont
probablement induites par les constituants des sécrétions bloquées
dans la mucocèle, en particulier la présence de cytokines, connues
pour leur action sur l’ostéogenèse.
Dans une étude
complémentaire, Lund a trouvé une concentration élevée de
prostaglandines et de collagénases dans le liquide mucocélique.
Elle suggère que ces substances sont le témoignage d’une
inflammation chronique peut-être due à la présence d’antigènes
bactériens.
D’autres cytokines ont été observées dans les mucocèles,
l’interleukine 1, les molécules d’adhésion ICAM1, et E sélectine.
Leur présence témoigne d’un mécanisme dynamique à l’origine ou
favorisant l’expansion des mucocèles.
Cette meilleure connaissance
de la physiopathologie de la mucocèle a permis d’ailleurs de
modifier complètement la stratégie chirurgicale.
Pendant de
nombreuses années, l’ablation complète de la poche mucocélique a
été recommandée, avec le risque de complications opératoires
pour certaines localisations.
Avec les données récentes, une simple marsupialisation est apparue suffisante pour traiter la poche
mucocélique, mais également pour observer le retour d’une paroi
osseuse, dans les zones lytiques présentes en préopératoire.
D - BACTÉRIOLOGIE :
Longtemps considérées stériles, il est maintenant connu que dans
de nombreux cas, la culture des sécrétions des poches mucocéliques
révèle la présence de germes tels que Staphylococcus aureus,
Staphylococcus albus ou des streptocoques, même en l’absence de
toute manifestation infectieuse clinique.
En revanche, les germes
anaérobies sont exceptionnellement isolés.
Malgré la présence de
ces germes, les infections révélatrices d’une mucocèle restent rares.
E - LOCALISATIONS DES MUCOCÈLES :
Toutes les localisations sont possibles, les plus fréquentes demeurent
frontoethmoïdales ou frontales.
Les localisations maxillaires viennent
ensuite, et plus rarement elles peuvent siéger dans les cellules
ethmoïdales postérieures, le sinus sphénoïdal, les os du nez.
Elles peuvent être uniques ou multiples.
Elles surviennent surtout chez l’adulte mais des mucocèles ont été
observées chez l’enfant.
F - CLINIQUE
:
Elle varie selon la localisation de la mucocèle.
1- Localisations frontales et frontoethmoïdales :
Une voussure frontale ou sus-orbitaire révèle fréquemment les
mucocèles frontales ou frontoethmoïdales.
Dans certains cas,
l’évolution se fait progressivement en repoussant les structures
oculaires, et les signes révélateurs peuvent être une diplopie ou un
trouble de l’accommodation.
Dans ces cas, le globe apparaît refoulé
latéralement ou vers le bas.
Cette évolution se fait le plus souvent
lentement sans douleur.
Dans les formes s’étendant vers l’arrière,
même dans les formes de grand volume, il n’y a pas de troubles
neurologiques pouvant alerter le clinicien.
Lorsque l’extension se fait
vers le plancher du sinus frontal, une obstruction nasale peut être le
motif de consultation.
Parfois la mucocèle est totalement
asymptomatique, et découverte lors d’une exploration radiologique
(scanner, IRM).
Exceptionnellement, la mucocèle peut se révéler lors
de sa rupture dans la cavité nasale ou orbitaire.
L’examen clinique comprend, outre l’examen ORL, une vérification
de la mobilité oculaire et de l’acuité visuelle.
L’endoscopie nasale
peut être strictement normale, ou révéler une voussure du méat
moyen faisant parfois disparaître tous les reliefs classiques.
La
muqueuse est normale apparaissant simplement refoulée.
Dans
certains cas, une réaction inflammatoire des cavités voisines peut
être observée.
2- Localisation maxillaire
:
Pour cette localisation, les modes de révélation les plus fréquents
sont une voussure jugale, du vestibule gingival, voire une
obstruction nasale due à une déformation de la cloison intersinusonasale.
Dans les formes très extensives, un refoulement
du globe oculaire peut être observé.
Dans certains cas, en particulier postchirurgicaux, l’examen peut être strictement normal, car la
mucocèle siège au sein d’un tissu fibreux et n’est découverte que
lors d’un contrôle radiologique.
3- Localisations ethmoïdales :
La diplopie et l’exophtalmie sont les signes révélateurs les plus
souvent observés pour ces localisations.
L’atteinte des cellules
antérieures, la plus fréquente, entraîne des signes cliniques
comparables aux localisations frontales basses et médiales.
Une mucocèle du cornet moyen est une forme clinique très rare de cette
localisation.
Les mucocèles des cellules postérieures isolées sont très
rares.
Elles peuvent s’accompagner de trouble visuel majeur si le
contact avec le nerf optique est étroit.
Exceptionnellement, la mucocèle peut se rompre dans l’orbite et se révéler par une perte
brutale de la vision par étirement du nerf optique (observation
personnelle).
Parfois, surtout dans les formes postopératoires, la
découverte est fortuite lors d’un examen tomodensitométrique.
4- Localisations sphénoïdales
:
Les céphalées sont plus fréquemment observées dans cette
localisation, où les troubles visuels sont souvent d’installation
rapide, sous la forme de paralysie oculomotrice ou d’une baisse de
l’acuité visuelle.
Ces signes peuvent être dus à des phénomènes de
compression ou d’étirement, mais également à des phénomènes
vasculaires associés (Hammard H, Couderc J. Névrite optique
inflammatoire.
Arch Ophtalmol Rev Gen Ophtalmol 1973 ; 33 : 765-
774). Exceptionnellement, des troubles endocriniens peuvent révéler
la mucocèle.
Parfois la découverte est fortuite lors d’une exploration
radiologique.
La mucocèle peut également être révélatrice d’une
pathologie infectieuse mycosique par exemple.
5- Autres localisations
:
Elles sont beaucoup plus exceptionnelles, les signes cliniques
reflètent le volume et la compression de la mucocèle sur les organes
de voisinage, à l’origine de déformations cutanées ou muqueuses,
en particulier en regard de l’os nasal.
G - EXAMEN CLINIQUE :
L’examen endonasal, pour les mucocèles s’étendant dans la cavité
endonasale, se traduit par un refoulement des parois osseuses, une
disparition des reliefs méatiques.
La muqueuse est presque toujours
normale.
Parfois la paroi de la mucocèle est examinée à l’aide d’un
palpeur mousse.
Une consistance ferme, souvent dure, parfois
rénitente, est le plus souvent observée.
Si la mucocèle gêne le
drainage d’une ou plusieurs cavités sinusiennes de voisinage, des
sécrétions purulentes sont parfois observées dans le méat touché par
la tuméfaction.
Cet examen est surtout utile pour le choix de la technique
chirurgicale.
Il permet de vérifier si au moins l’une des parois de la mucocèle est accessible par la cavité nasale.
L’examen endonasal
peut être strictement normal.
Lorsque la mucocèle s’étend vers les plans cutanés superficiels, elle
peut être palpée sous la forme d’une tuméfaction souvent ferme,
plus ou moins rénitente, sus-orbitaire le plus souvent.
La peau en
regard peut être strictement normale, ou inflammatoire lorsqu’une
infection la révèle.
La mobilité oculaire est vérifiée ainsi que l’acuité
visuelle.
Dans certains cas de mucocèles frontales ou frontoethmoïdales, une
infection peut inaugurer la symptomatologie.
La peau est
inflammatoire, une tuméfaction molle est palpée, pouvant faire
porter à tort le diagnostic d’abcès sous-cutané compliquant une
sinusite aiguë.
Dans de rares cas l’examen clinique est normal, la mucocèle est
découverte lors d’un examen radiologique tomodensitométrique
demandé pour un autre motif.
H - EXPLORATIONS COMPLÉMENTAIRES :
La radiologie est l’examen indispensable, les radiographies simples
n’ont pas d’utilité, et la tomodensitométrie est toujours nécessaire.
1- Tomodensitométrie
:
La mucocèle se présente sous la forme d’une opacité souvent
régulière, expansive, soufflant les parois osseuses à son contact et
refoulant plus ou moins les structures anatomiques de voisinage.
Dans les cavités sinusiennes qu’elle jouxte, de nombreuses opacités
peuvent s’y associer.
Le volume est parfois impressionnant, même
dans des formes peu symptomatiques.
Les parois osseuses
sont amincies voire parfois invisibles, laissant penser à une lyse
osseuse.
En fenêtre d’exploration parenchymateuse, le contenu
est généralement homogène, plus ou moins selon le degré
d’hydratation ; il peut parfois être hétérogène selon la nature des
sécrétions comblant la poche mucocélique.
L’examen permet
d’observer la compression ou le refoulement des organes de
voisinage : contenu orbitaire, encéphale, nerf optique, etc.
Cet
examen est utile pour le choix de la voie d’abord.
Il permet de
vérifier si l’une des parois est accessible par voie endonasale, au
besoin après ouverture de structures adjacentes.
2- Imagerie par résonance magnétique :
L’IRM est souvent utile dans les formes extensives juxtaorbitaires et
juxtaméningées.
Elle permet de préciser la taille de la mucocèle et
l’absence d’invasion dans les structures adjacentes.
La mucocèle apparaît sous la forme d’une poche d’allure kystique aux
parois bien limitées. Le signal est variable selon la viscosité et la
teneur protéique de la rétention intramucocélique.
Ainsi, elle
présente généralement un hypersignal en pondération T1 associé à
un signal variable en pondération T2 (hyper- puis hyposignal en
fonction de l’augmentation de la concentration protéique).
Dans les formes très anciennes, déshydratées, la mucocèle peut
présenter un hyposignal T1 et T2 marqué pouvant simuler le signal
d’un cavité aérique.
Cet examen permet également de guider le choix de la voie d’abord en précisant les rapports neuroméningés.
Il
est utile aussi lorsque la mucocèle siège au sein d’un tissu fibreux
mal discernable par le scanner, ou en association avec une lésion
tumorale.
I - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
C’est celui d’un syndrome tumoral expansif bénin ou malin.
Les
tumeurs sinusiennes se manifestent habituellement par une
obstruction nasale et des épistaxis, toutefois des associations ne sont
pas exceptionnelles et la recherche d’une tumeur est systématique
devant toute mucocèle.
L’endoscopie nasale et la radiologie sont les
examens-clés pour les différencier.
Dans les formes se révélant par
une infection aiguë, une sinusite compliquée avec ostéite est à
discuter.
Pour les localisations maxillaires, le kyste radiculodentaire
est à envisager.
Cette formation parfois très volumineuse
conserve un contact avec un apex dentaire à partir duquel elle se
développe.
J - TRAITEMENT :
Il est chirurgical. Jusqu’à ces trente dernières années, en dehors de
quelques rares observations, le principe du traitement d’une mucocèle consistait à réaliser son exérèse en totalité.
Si cette exérèse
était parfois aisée, certaines localisations juxtaorbitaires ou
méningées entraînaient des risques opératoires majeurs.
Avec le renouveau de la chirurgie endonasale, le concept de
marsupialisation de la poche mucocélique dans la cavité nasale s’est
imposé.
Le choix de la technique chirurgicale est guidé après
l’exploration radiologique comprenant une tomodensitométrie et si
nécessaire une IRM.
La voie endonasale est privilégiée si une ou plusieurs des parois de
la mucocèle sont accessibles.
Le principe de l’intervention consiste à
ouvrir largement la mucocèle afin d’évacuer son contenu, et de faire
communiquer largement la poche mucocélique avec la cavité nasale.
La poche mucocélique, en particulier les parois au contact de l’orbite
ou de la base du crâne est laissée en place.
Une fois la poche mucocélique ouverte, le liquide est aspiré lentement, en particulier
dans les formes très volumineuses ayant envahi l’étage antérieur.
Pour les localisations frontoethmoïdales, la simple résection isolée
de la paroi inférieure de la mucocèle est souvent suffisante.
Parfois, un évidement ethmoïdal antérieur est parfois associé
pour accéder à la mucocèle.
Pour les localisations frontales, la technique est souvent similaire.
Dans certains cas, la voie endonasale reste possible, mais au prix
d’un fraisage du plancher d’un ou des deux sinus frontaux pour
accéder à la mucocèle.
L’alternative, en particulier dans les formes
très latéralisées ou en cas de récessus frontal étroit, est une voie
externe plus ou moins combinée avec une voie endonasale.
L’objectif
est d’obtenir un drainage suffisant et d’éviter une sténose
postopératoire de l’orifice créé par l’intervention.
Pour les formes maxillaires, une méatotomie moyenne et/ou
inférieure selon la position de la mucocèle est appropriée. Les
difficultés d’accès sont surtout observées lorsque la mucocèle est apparue après une chirurgie du sinus maxillaire avec exérèse de la
muqueuse (Caldwell-Luc), source de fibrose endocavitaire parfois
très épaisse.
Pour les localisations ethmoïdales postérieures ou sphénoïdales, la
technique est simple et se réduit à la résection de la paroi antérieure
de la mucocèle.
Pour certaines localisations, l’utilisation d’un système de neuronavigation est proposée pour la marsupialisation.
Cette
instrumentation est une aide intéressante, avec une précision de
repérage d’environ 2 mm pour les utilisateurs habitués à cette
technique.
Les soins postopératoires se réduisent à quelques lavages quotidiens
de la cavité nasale par le patient.
La bonne perméabilité de la marsupialisation est vérifiée au cours de la consultation par un
examen endonasal endoscopique.
En principe, un contrôle
radiologique est inutile sauf si on souhaite vérifier le retour à la
normale des structures adjacentes, et la reconstruction osseuse,
visible 6 mois à 1 an après l’intervention.
Les limites de cette technique endonasale correspondent aux formes
enchâssées dans du tissu fibreux épais et non accessible par la voie
endonasale, ainsi qu’aux formes frontales très latéralisées.
Dans ces
cas, une voie externe est envisagée.
Le principe reste la réintégration
de la poche mucocélique dans la cavité nasale.
Pour les localisations
frontales, une voie sourcilière ou bicoronale est possible selon la
taille de la mucocèle, du sinus frontal, et le souhait du patient.
Pour
les formes maxillaires, un abord sous-labial offre une vision
suffisante quelle que soit la position de la mucocèle dans le sinus.
Lorsque la mucocèle ne peut être mise en communication avec la
cavité nasale, son exérèse complète doit être réalisée.
Cette situation
est devenue rare avec la qualité des instrumentations disponibles
pour la chirurgie endonasale.
K - ÉVOLUTION :
Non traitée, la mucocèle augmente de volume selon un rythme lent
mais imprévisible.
Des ruptures spontanées de la poche mucocélique
peuvent s’observer soit dans la fosse nasale soit dans les organes de
voisinage.
Cette éventualité est toutefois exceptionnelle.
Après l’intervention, si la marsupialisation a été réalisée, il n’est pas
rare d’observer une réduction du diamètre de l’orifice de drainage
créé.
Malgré cette réduction, le mucus formé dans la poche marsupialisée peut s’évacuer spontanément.
En cas de mucocèle
extensive, un retour en position anatomique des organes refoulés
est observé dans les minutes ou heures qui suivent l’intervention.
À
distance, il est classique d’observer une reconstruction osseuse si une
déminéralisation était présente en préopératoire ; cette
reconstruction pouvant aller jusqu’à une restitutio ad integrum des
structures osseuses.
Lorsqu’une résection de la mucocèle a été réalisée, le contrôle
endoscopique ne peut pas être proposé pour le suivi, et seules les
explorations radiologiques sont utiles pour confirmer l’absence de
récidive.
L - COMPLICATIONS :
Si dans la majorité des cas la mucocèle se traduit par des signes de
compression progressive des structures adjacentes, elle peut se
révéler brutalement par une baisse de l’acuité visuelle, une rupture
dans un organe de voisinage ou une surinfection, en particulier pour
les localisations frontales.
En dehors des complications peropératoires liées à toute chirurgie endonasale, la complication
spécifique se résume à la récidive de la mucocèle.
Elle doit être
soupçonnée dès lors que l’orifice de drainage n’est plus perméable.
La tomodensitométrie est indispensable dans cette situation.
La
récidive se manifeste par la réapparition d’une opacité régulière,
dont la surveillance confirme le caractère expansif.
Une réintervention est à proposer, soit par la même voie d’abord, soit
par une voie externe si la voie d’abord semble insuffisante ou trop
dangereuse dans les formes multiopérées.
M - CONCLUSION :
Les mucocèles sinusiennes sont des lésions sinusiennes bénignes,
d’évolution progressive, se révélant fréquemment par des signes de
compression des organes de voisinage qu’elles refoulent (orbite).
L’exploration tomodensitométrique est l’examen indispensable pour
guider le choix du traitement chirurgical.
La voie endonasale permet
dans la plupart des cas une marsupialisation qui est devenue le
traitement de référence pour cette pathologie.
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