Pneumopathies nosocomiales chez le patient non immunodéprimé
Cours de pneumologie
Introduction
:
Les pneumopathies nosocomiales (PN) sont des infections
pulmonaires acquises au cours d’une hospitalisation.
On considère
comme nosocomiale une infection débutant à partir de 48 à
72 heures après le début de l’hospitalisation.
De plus en plus synonymes de pneumonies associées à la ventilation
invasive, celles-ci ayant donné lieu à une littérature très riche, elles
ne doivent pas faire oublier les autres pneumonies nosocomiales :
– les pneumopathies nosocomiales à légionelles ;
– les pneumopathies tuberculeuses ;
– les pneumopathies virales ;
– les pneumopathies nosocomiales à germes usuels chez le sujet non
ventilé, et chez le sujet en ventilation non invasive (VNI).
Pneumopathies à germes usuels
chez le sujet non ventilé et chez
le sujet sous ventilation mécanique :
A - PHYSIOPATHOLOGIE :
La plupart des micro-organismes ont une taille qui va de 0,5 à 2 µm
et peuvent donc atteindre les alvéoles.
La voie d’inhalation est
habituelle dans le cas des pneumopathies communautaires.
En
matière d’infection nosocomiale, c’est la voie de contamination pour
les infections à légionelles et à mycobactéries.
Dans les autres cas,
c’est le passage des germes à partir des voies aériennes supérieures
qui est la voie d’inoculation la plus fréquente.
La diffusion
hématogène ou par contiguïté d’un autre foyer infectieux est rare.
L’aspiration des sécrétions oropharyngées reste le mécanisme
d’infection le plus fréquent.
Un bolus de micro-organismes injecté
dans la trachée a plus de chances d’entraîner une pneumonie qu’une
quantité supérieure administrée sous forme d’aérosol.
Une fois
l’inoculum parvenu au niveau du poumon profond, la survenue
d’une infection dépend de plusieurs facteurs : importance de
l’inoculum, virulence du germe, défenses de l’hôte à la fois locales
et systémiques.
Lorsque le poumon sous-jacent présente déjà des lésions comme les
dommages alvéolaires diffus, les alvéoles contiennent un exsudat
riche en protéines qui est favorable au développement des agents infectieux.
Dans ce cas, un inoculum moins important pourrait être
suffisant pour entraîner une infection pulmonaire.
La plus grande
fréquence de PN chez les patients présentant un acute respiratory
distress syndrome (ARDS) pourrait être due à l’altération des
fonctions phagocytaires des macrophages et des polynucléaires, ainsi
qu’à une diminution de l’activité après stimulation par extrait
bactérien.
Le type histologique est plutôt celui d’une bronchopneumonie,
comme dans le modèle décrit par Johanson et al. chez le babouin,
les micro-organismes envahissent les alvéoles par la voie des
bronches et des bronchioles, et l’infection se propage le long des
bronches dans les segments adjacents.
Au maximum, la nécrose des
parois alvéolaires peut survenir avec formation de microabcès.
Les lésions observées au cours des études autopsiques sont souvent
intriquées : pneumonie active, pneumonie en voie de résolution,
dommage alvéolaire diffus, également infarctus, atélectasie,
hémorragie intra-alvéolaire, pneumonie médicamenteuse.
Elles
rendent le diagnostic de pneumonie difficile, d’autant que les lésions
de pneumopathie nosocomiale sont souvent focales et disséminées,
touchant néanmoins de façon préférentielle les lobes inférieurs, ce
qui est cohérent avec la notion que la croissance bactérienne est
facilitée par la présence d’oedème alvéolaire.
B - MÉCANISMES D’ACQUISITION
ET FACTEURS DE RISQUES :
Ils ont été particulièrement étudiés chez les patients sous ventilation
mécanique.
Pour donner lieu à une pneumopathie nosocomiale, les microorganismes
doivent atteindre les voies aériennes inférieures et le
poumon distal, en débordant les capacités de défense de l’hôte.
L’hôte normal, même exposé à une grande quantité de germes à
Gram négatif dans la bouche résiste à la colonisation, alors que les
sujets malades sont volontiers colonisés par des germes à Gram
négatif, d’autant plus que leur état est sévère.
Il existe une
association entre cette colonisation et le développement d’une
infection des voies aériennes inférieures.
Johanson rapporte
qu’une infection nosocomiale survenait chez 23 % des patients
colonisés par les germes à Gram négatif en unité de soins intensifs,
contre seulement 3 % chez les sujets non colonisés.
Les altérations des défenses des voies aériennes supérieures comme
la diminution du flux salivaire, les modifications des glycoprotéines
de surface, la perte des immunoglobulines (Ig) A locales, favorisent
la colonisation.
Les fonctions glottiques et le réflexe de toux sont
également des mécanismes de défense contre l’inhalation des germes
provenant de l’oropharynx.
Ce phénomène d’inhalation se produit
régulièrement même chez les sujets sains, mais tous facteurs qui
diminuent le niveau de conscience : intoxication, convulsions,
désordres neurologiques, prédisposent aux inhalations.
De même,
la présence d’une sonde gastrique, et a fortiori d’une sonde
d’intubation, va détériorer les barrières naturelles qui s’opposent à
l’inhalation.
Chez les patients intubés, la voie d’inhalation des
germes la plus probable est le passage entre le ballonnet de la sonde
d’intubation et la trachée, mais le biofilm qui recouvre la sonde
d’intubation permet l’adhérence des germes, qui peuvent être
ensuite repoussés dans les voies aériennes inférieures lors des
manoeuvres d’aspiration.
L’aspiration systématique des sécrétions au-dessus du ballonnet
pourrait éviter ou du moins retarder la survenue d’une
pneumopathie ; néanmoins jusqu’à présent une seule étude va dans
ce sens.
L’estomac et le tube digestif peuvent également être à l’origine de
colonisation, ainsi la présence d’iléus, l’augmentation du pH
gastrique du fait de traitement antiacide, sont des facteurs de risque
de pneumopathie.
Les germes pourraient atteindre l’estomac par
migration rétrograde ou antérograde.
Il n’a pas été démontré de
relation directe entre colonisation gastrique et pneumopathie
nosocomiale, l’utilisation de sucralfate, qui respecte l’acidité
gastrique, a été associée à un taux moins important de
pneumopathies nosocomiales par rapport à l’utilisation
d’antiacides.
Cette notion est maintenant controversée. Il
reste que les patients sous anti-H2 ont en revanche un risque accru
de développer une pneumopathie.
Les sinus maxillaires sont également un réservoir potentiel de
germes.
Chez les patients présentant une sinusite infectieuse, une
pneumopathie nosocomiale était observée dans 67 % des cas dans
une étude de Rouby et al.
Cependant, l’intubation par la bouche
dans le but d’éviter la sinusite n’a pas clairement fait la preuve de
sa supériorité pour prévenir une infection sinusienne et pulmonaire.
Des changements trop fréquents des circuits de ventilateur semblent
favoriser l’apparition de PN.
Une antibiothérapie préalable pourrait protéger contre la survenue
d’une pneumopathie nosocomiale précoce, ou au contraire être
délétère après 2 à 3 semaines en favorisant la sélection de germes
résistants, ce qui est cohérent avec le type de pneumonie
observé en fonction du temps.
La position couchée à plat semble également favoriser les infections
respiratoires nosocomiales.
Enfin des incidents tels que la réintubation, l’aspiration accidentelle
du liquide d’alimentation ou le transport du patient en dehors de la
réanimation pour examen ont été également rapportés comme
facteurs de risques.
C - PNEUMOPATHIES NOSOCOMIALES À GERMES
PYOGÈNES CHEZ LE PATIENT NON VENTILÉ
:
Elles sont beaucoup moins étudiées que les pneumopathies du sujet
ventilé.
Une étude rétrospective portant sur 5 521 patients fait état
de 104 pneumonies nosocomiales : 18,8 cas sur 1 000 admissions.
Les facteurs de risques sont :
– le sexe féminin ;
– un séjour hospitalier de plus de 14 jours ;
– une hospitalisation le mois précédent ;
– l’utilisation d’antibiotiques dans les 6 semaines précédentes.
La mortalité était de 20 % et les facteurs de mauvais pronostic
étaient :
– l’utilisation de corticoïdes ;
– la sévérité de la pathologie sous-jacente ;
– le score de gravité clinique initial ;
– l’insuffisance respiratoire préexistante ;
– la bilatéralité des images radiologiques.
Les germes retrouvés étaient les suivants, sachant que sur
104 pneumonies, l’agent infectieux était retrouvé dans seulement
22 cas : cinq légionelloses, sept infections à Pseudomonas, quatre à
streptocoques, deux à klebsielle, une à Escherichia coli, une à
Enterobacter cloacae, deux à staphylocoque doré.
L’absence de facteur « âge » contraste avec d’autres études, qui
retrouvent une proportion plus élevée de pneumopathies
nosocomiales chez les sujets âgés (trois fois plus que dans la
population de moins de 65 ans.
Les bactériémies sont plus
fréquentes et s’accompagnent d’une mortalité plus élevée (50 %).
Un des facteurs de risque est probablement la durée de séjour
hospitalier. Les comorbidités sont, bien sûr, un facteur important
chez les sujets âgés.
L’absence de comorbidité au cours d’une
pneumopathie s’accompagne d’un excès de mortalité par
pneumopathie de 9/100 000, avec deux comorbidités ou plus, elle
passe à 979/100 000.
L’un des problèmes posés par les pneumopathies chez le sujet âgé
hospitalisé ou institutionnalisé est l’absence de signe évocateur, qui
conduit à un retard diagnostique.
La fièvre est absente dans plus de
10 % des cas, frissons, toux, hémoptysie, douleur thoracique
manquent dans plus de la moitié des cas.
En particulier, 10 %
des patients bactériémiques n’avaient pas de fièvre.
Ce sont
souvent les signes extrarespiratoires qui doivent donner l’alerte :
anorexie, confusion, aggravation d’une pathologie sous-jacente,
incontinence.
L’élévation de la fréquence respiratoire peut être le seul signe devant
faire rechercher une infection respiratoire.
Mais les germes retrouvés dépendent bien sûr des
prélèvements effectués.
Ils diffèrent suivant qu’on s’adresse à des
examens de l’expectoration ou des examens invasifs qui ont peu été
évalués dans ce contexte.
Dans la série de Kumar comportant 70 %
de patients institutionnalisés, les sujets ont bénéficié de
prélèvements perendoscopiques retrouvant une majorité de germes
à Gram négatif.
Dans les pneumopathies nosocomiales relevées
dans cette étude, les germes à Gram négatif représentent 60 à 80 %
des cas, dominés par les Pseudomonas et les Klebsiella.
D - PNEUMOPATHIES NOSOCOMIALES
AU COURS DE LA VENTILATION NON INVASIVE
:
L’absence d’un grand nombre de facteurs de risque donne à croire
que la VNI s’accompagne d’un taux plus faible d’infection
nosocomiale, comme l’avait prévu Meduri : absence de sonde
d’intubation, intégrité des cordes vocales, le plus souvent absence
de sonde gastrique, position assise, absence de sédation.
Il ressort de l’ensemble des études comparant VNI et ventilation
invasive que la VNI est associée à un taux plus faible de
pneumopathies nosocomiales, même si au cours de la VNI le
diagnostic de pneumopathie ne met généralement pas en jeu des
moyens invasifs.
Une étude prospective portant sur 42 centres de soins intensifs
compare 108 patients traités par VNI à 380 patients ventilés sur une
intubation trachéale.
Parmi les 65 patients traités avec succès par la VNI, 2 % développent une pneumonie nosocomiale contre 19 % chez
les patients intubés.
Chez les patients intubés secondairement, la VNI ne constitue pas
un facteur de risque d’acquérir une pneumopathie par la suite.
Bien
sûr, les patients devant être intubés ont un score de gravité plus
élevé (simplified acute physiologic score 36 ± 20 contre 47 ± 21) mais
après ajustement, une analyse de régression logistique retrouve que
la VNI est un facteur protecteur vis-à-vis des pneumopathies
nosocomiales.
D’autres études portant sur l’efficacité de la VNI, ainsi
que des études prospectives portant sur l’épidémiologie des
infections nosocomiales retrouvent ces mêmes résultats.
Une étude cas témoin de Girou compare 50 cas de sujets traités par
VNI pour décompensation de bronchopneumopathie chronique
obstructive (BPCO) à des sujets appariés traités par ventilation
classique.
Alors que tous les autres facteurs de risques sont
identiques, le groupe traité par VNI présente un taux de
pneumopathie nosocomiale de 8 % contre 22 % pour le groupe traité
par ventilation endotrachéale.
La conclusion de l’ensemble de ces
études est en faveur d’un effet préventif de la VNI sur les
pneumopathies nosocomiales.
E - PNEUMOPATHIES ASSOCIÉES À LA VENTILATION
ASSISTÉE ENDOTRACHÉALE :
1- Épidémiologie. Pronostic :
Ce sont les pneumopathies survenant après 48 heures de ventilation
mécanique.
Elles constituent la deuxième cause d’infection
nosocomiale après les infections urinaires, avec une gravité bien
supérieure et une mortalité brute estimée entre 24 et 50 % ; celle-ci
dépendant bien sûr de la pathologie sous-jacente et du germe en
cause.
L’incidence serait de l’ordre de 10 à 30 %.
Le risque
augmente de 1 à 3 % pour chaque jour de ventilation.
Il est de
6,5 % à 10 jours, 19 % à 20 jours jusqu’à 69 % à 30 jours.
Le risque
est de trois à 21 fois plus élevé que chez les patients non intubés.
La
survenue d’une pneumopathie nosocomiale prolonge la durée de la
ventilation et le séjour en réanimation, et par là même majore le
coût de l’hospitalisation.
Les chiffres divers qui sont rapportés
peuvent être liés aux moyens de diagnostic utilisés, suivant que l’on
se base sur la clinique ou sur des examens invasifs, et aux types de
patients auxquels on s’adresse.
Même l’autopsie ne constitue pas
forcément un critère diagnostique définitif, car même en ce domaine
il n’existe pas de gold standard et les interprétations des
anatomopathologistes peuvent diverger.
Les facteurs de risque d’acquisition d’une pneumopathie
nosocomiale ressortant d’une analyse multivariée ont déjà été
évoqués plus haut.
Parmi ceux-ci, l’ARDS constitue un
facteur important : dans une étude prospective conduite par Chastre
et al., 55 % des 56 patients présentant un ARDS ont présenté une
PN, contre 28 % parmi les 187 patients ventilés pendant la même
période et ne présentant pas d’ARDS.
Le diagnostic de
pneumopathie reposait sur des critères stricts (brosse distale
protégée et lavage bronchioalvéolaire [LBA]) ; la mortalité était de
61 % parmi les patients présentant un ARDS contre 34 % chez les
autres.
Néanmoins, dans ce sous-groupe de patients la survenue
d’une PN ne semble pas modifier la mortalité.
Cependant, dans
l’étude de Chastre et al., la survenue d’une pneumopathie dans le
groupe ARDS semble être surtout liée à la durée de la ventilation
mécanique.
Il est toujours difficile d’attribuer la mortalité à la seule PN, la
pathologie sous-jacente pouvant jouer un rôle déterminant.
La PN
semble néanmoins avoir un rôle pronostique important chez certains
patients : dans les suites de chirurgie cardiaque, chez les patients
immunodéprimés, au cours des lésions pulmonaires diffuses, chez
les transplantés pulmonaires et de la moelle.
En revanche, chez les
patients réanimés après arrêt cardiaque, les patients présentant une comorbidité sévère, les patients jeunes sans pathologie sous-jacente,
les victimes de traumatisme, elle ne semble pas affecter le pronostic.
À l’inverse, un élément important du pronostic est le choix correct
de l’antibiothérapie initiale.
Même lorsque la différence
n’est pas significative, la tendance est à une mortalité plus élevée en
cas d’antibiothérapie non adaptée.
De même, la précocité de mise
en route du traitement antibiotique est un élément important du
pronostic.
Les germes en cause jouent également un rôle dans le pronostic.
Les
germes à Gram négatif, en particulier les Pseudomonas, sont associés
à une mortalité plus élevée par rapport aux germes à Gram
positif.
Ceci correspond également au moment de survenue de la
pneumopathie.
On distingue PN survenant précocement dans les
4 à 7 premiers jours de la ventilation, et celles survenant tardivement
après 5 à 7 jours et plus de ventilation.
Les pneumopathies précoces
sont plus souvent dues à des germes communautaires, alors que les PN plus tardives sont plutôt le fait de germes hospitaliers, survenant
chez des patients ayant déjà reçu des antibiotiques, et sont
d’évolution moins favorable.
2- Étiologies bactériennes
:
Plusieurs études ont permis de préciser les germes responsables.
Quels que soient les prélèvements utilisés, on retrouve en tête
staphylocoque doré et germes à Gram négatif.
Les
pneumopathies polymicrobiennes ne sont pas exceptionnelles.
Une
étude conduite par Combes et al. sur 124 patients présentant une PN retrouve 48 % d’infections polymicrobiennes, sans que
l’épidémiologie ni l’évolution ne diffèrent de celles des patients
présentant une pneumopathie monomicrobienne.
Certaines
étiologies sont rarement retrouvées, en particulier les infections à
germes anaérobies, car elles sont rarement recherchées
systématiquement.
À l’opposé, le Candida est fréquemment retrouvé, mais son rôle pathogène est discuté.
Dans une étude portant sur des
patients décédés au cours de la ventilation mécanique et autopsiés,
le Candida a été retrouvé chez 10 patients sur 25 sur les biopsies post
mortem, mais ne semblait responsable de pneumopathie que chez
deux patients.
3- Diagnostic de pneumopathie associée à la ventilation
assistée
:
Le diagnostic positif et bactériologique des pneumopathies chez le
sujet ventilé pose de nombreux problèmes.
La pneumopathie peut
être suspectée devant l’association d’une hyperthermie (T ³ 38,3° C)
ou d’une hypothermie (T <= 36,5° C), de la présence de sécrétions
purulentes, de l’apparition d’une image radiologique anormale ou
d’une aggravation des images antérieures, d’une hyperleucocytose.
Malheureusement, de nombreuses autres causes peuvent être à
l’origine de cette association.
La fièvre et l’hyperleucocytose peuvent
avoir de nombreuses origines : autre infection nosocomiale, maladie
thromboembolique, nécrose tissulaire, plaie opératoire.
De même, la
radio est d’interprétation difficile car peuvent être responsables des
images : un oedème pulmonaire, une contusion pulmonaire, un ARDS, une atélectasie, une hémorragie alvéolaire, un épanchement
pleural.
Il a été montré que la suspicion clinique n’était pas corrélée
avec les résultats bactériologiques.
Les moyens de diagnostic
positif et de diagnostic bactériologique d’une pneumopathie chez le
patient ventilé ont été l’objet d’une littérature très riche et de
nombreuses controverses opposant les partisans des moyens invasifs
à ceux des moyens non invasifs de diagnostic : les premiers
arguant du fait que traiter à tort un patient expose à un risque de
toxicité, de sélection de germes résistants, entraîne un surcoût inutile
et peut faire méconnaître une autre cause de fièvre ; les seconds
craignant de ne pas traiter une authentique pneumonie.
La première
attitude est justifiée par une étude multicentrique conduite par
Fagon et al. portant sur 413 patients ventilés suspects de
pneumopathie nosocomiale.
Les patients après tirage au sort
bénéficiaient d’une stratégie « clinique ou invasive ».
Pour les
premiers, le diagnostic reposait sur les éléments cliniques,
radiologiques et biologiques, ainsi que sur les résultats d’une culture
qualitative de l’aspiration trachéale.
Le deuxième groupe bénéficiait
d’une endoscopie avec brosse distale protégée ou LBA.
Les auteurs
constataient une différence de mortalité en faveur du groupe invasif
au 14e jour.
Au 28e jour, il existait toujours une différence de
mortalité mais celle-ci n’était plus significative.
Par ailleurs, dans le
groupe invasif, les patients recevaient moins d’antibiotiques.
D’autres études du même type ont été conduites par Ruiz et al. et
par Sole Violan et al.
Ces études comportaient moins de
patients (n = 73 et n = 86) et ne montraient pas de différence de
mortalité entre les deux groupes.
Cependant, il faut noter que
l’existence de prélèvements négatifs dans le groupe invasif
n’entraînait pas l’arrêt de l’antibiothérapie prescrit de façon
empirique, alors qu’il a été montré que le retrait d’une
antibiothérapie non justifiée chez des patients ayant des
prélèvements négatifs n’avait pas d’effet néfaste.
4- Prélèvements trachéaux
:
Les prélèvements trachéaux sont préconisés par de nombreuses
équipes. Ils ont l’avantage de la simplicité et d’un moindre
coût.
Les résultats sont très discordants d’une étude à l’autre, avec
des sensibilités allant de 38 à 91 % et une spécificité allant de 59 à
93 %. Kirtland et al. retrouvent une sensibilité de 87 % et une
spécificité de 31 % (valeur prédictive positive : 65 %, valeur
prédictive négative : 63 %) sur les prélèvements trachéaux comparés
à la culture du parenchyme pulmonaire chez 39 patients décédés
sous ventilation mécanique.
Alors que pour un seuil de 10
Jourdain et al. retrouvent une sensibilité de 68 % et une spécificité
de 84 %, Marquette et al. retrouvent une sensibilité de 55 % et
une spécificité de 85 % pour un même seuil.
L’association de
sécrétions purulentes et de prélèvement trachéal positif peut ne
refléter qu’une trachéobronchite dont le pronostic n’est pas le même
que celui d’une pneumopathie nosocomiale.
Fagon et al. montrent
que l’évolution des patients présentant fièvre, infiltrat et sécrétions
purulentes mais dont les prélèvements invasifs sont négatifs a une
mortalité identique à celle du groupe contrôle.
Il est probable
cependant que dans le cas d’examen direct négatif et de culture
stérile de l’aspiration trachéale, le risque de passer à côté d’une
pneumopathie est négligeable ; le problème de l’aspiration trachéale
étant plutôt de faire porter un diagnostic par excès et de traiter des
patients simplement colonisés.
5- Prélèvements perendoscopiques :
L’endoscopie bronchique permet l’accès direct aux voies aériennes
inférieures et les prélèvements distaux.
Cependant le fibroscope
passe à travers la sonde d’intubation ou de trachéotomie et dans les
troncs bronchiques proximaux, ainsi le canal opérateur est
contaminé par des micro-organismes qui colonisent les voies
aériennes proximales.
Les cultures quantitatives de l’aspiration
trachéale sont sensées dépasser cette difficulté, mais, on l’a vu avec
des résultats discordants.
* Utilisation des techniques endoscopiques :
Pour améliorer les prélèvements des voies aériennes distales et
diminuer le risque de contamination par les sécrétions aspirées dans
le canal du fibroscope et en provenance des voies aériennes
proximales, Wimberley et al. ont développé dans les années 1970 la
technique de la brosse distale protégée.
Cette méthode repose sur la combinaison de quatre techniques :
– l’utilisation de l’endoscopie bronchique pour prélever directement
la zone pathologique présumée ;
– l’utilisation d’un système de brosse protégée par un double
cathéter dont l’extrémité distale est obturée par un bouchon de
polyéthylène glycol afin de réduire la contamination par les
sécrétions proximales ;
– cette brosse permet le prélèvement d’un volume calibré de
sécrétions distales ;
– une technique de culture quantitative afin de distinguer infection
de simple colonisation.
La brosse ramène un volume de sécrétions entre 0,01 ml et 0,001 ml.
La présence de 10 bactéries ou plus dans le prélèvement dilué
dans 1 ml correspond à la présence de 10 à 10 unités formant
colonie (UFC) dans les sécrétions respiratoires.
Une conférence de consensus a permis de préciser les modalités
pratiques de prélèvement.
Avant le prélèvement, il est souhaitable d’éviter d’aspirer par le
canal du fibroscope, de même d’instiller de la lidocaïne.
Une
aspiration doit être réalisée juste avant l’endoscopie ; si un LBA doit
être réalisé, la brosse distale protégée doit être faite avant le lavage, afin que celui-ci ne vienne pas diluer les sécrétions recueillies par la
brosse.
Le prélèvement est réalisé dans le territoire présumé de la
pneumopathie guidée sur les données radiologiques ou sur l’issue
de sécrétions purulentes distales ; en cas d’images bilatérales et en
l’absence de signes locaux, le prélèvement est réalisé dans un
segment postérieur de la pyramide basale droite.
Le double cathéter
est avancé jusqu’à ce que l’extrémité disparaisse dans une bronche sous-segmentaire sans bloquer le cathéter en position distale, afin
d’éviter la survenue d’un pneumothorax.
Puis le cathéter interne est
avancé, enfin la brosse à laquelle on imprime des mouvements de
rotation. Puis la brosse est ramenée dans le cathéter interne, celui-ci
dans le cathéter externe.
L’ensemble est transporté au laboratoire
dans les 15 minutes afin d’éviter la dessiccation des sécrétions
recueillies du fait de leur faible volume, et techniqué pour obtenir
des cultures quantitatives.
Les portions distales du cathéter externe
et interne sont séparées et désinfectées à l’alcool à 70°, puis coupées
avec des ciseaux stériles.
La brosse est avancée et coupée avec une
pince stérile.
L’extrémité de la brosse est agitée mécaniquement dans
1 ml de liquide de Ringer afin de recueillir la totalité du
prélèvement.
À partir de cette dilution initiale, on réalise des
dilutions de 10 en 10 qui sont ensemencées sur boîte de Pétri avec
différents milieux.
Les résultats sont ensuite exprimés en UFC.
Un
prélèvement est considéré comme positif lorsqu’il ramène 10 UFC
ou plus.
* Lavage bronchoalvéolaire :
Il est obtenu par instillation et aspiration de sérum physiologique
stérile après avoir bloqué le fibroscope dans une bronche
segmentaire ou sous-segmentaire.
La quantité injectée est de l’ordre
de 120 ml.
Le territoire prélevé est largement supérieur à celui de la
brosse.
On considère que le LBA permet d’échantillonner 1 million
d’alvéoles (1 % de la surface pulmonaire).
Le premier aliquot est jeté
ou sert à l’identification de germes non contaminants comme
Mycobacterium tuberculosis. Le recueil varie beaucoup d’un patient à
l’autre, pouvant affecter la validité des résultats.
En effet, chez
certains patients le collapsus bronchique des voies aériennes limite
le retour du liquide injecté.
Chez les patients non sédatés, la toux
gêne également la qualité du recueil.
La moyenne de recueil est de
37 ml ± 18 ml (résultats personnels).
Bien que le territoire prélevé soit
bien supérieur à celui de la brosse, le LBA est soumis à la
contamination potentielle par les germes colonisant les voies
aériennes proximales puisqu’il ne s’agit pas d’un prélèvement
protégé.
Meduri et al. ont proposé un système de LBA protégé grâce
à un cathéter muni d’un ballonnet distal.
Avec ce système, les
auteurs obtenaient une sensibilité diagnostique de 97 % et une
spécificité de 92 %.
Néanmoins chez deux patients sur 49, le cathéter
ne permettait pas de récupérer du liquide, et c’est ce qui est à
craindre avec ce type de dispositif compte tenu du collapsus
bronchique au-delà du ballonnet gonflé.
Le nombre total de cellules
est déterminé après cytocentrifugation et coloration (May-Grünwald-Giemsa ou coloration de Diff-Quickt) ainsi que la
formule cytologique et le compte des cellules infectées, c’est-à-dire
contenant des bactéries.
Plus de 2 à 5 % de cellules infectées sont
retrouvés chez les patients présentant une pneumopathie
nosocomiale.
D’autre part, la morphologie et la coloration de
Gram des bactéries intracellulaires sont cohérentes avec le résultat
des cultures quantitatives, ce qui permet le choix d’une
antibiothérapie.
Le produit du LBA est également mis en culture
comme le produit de la brosse.
Les cultures sont considérées comme
positives à partir de 10 UFC.
* Complications :
Certaines sont liées à l’endoscopie, elles sont rares même chez les
patients sévères.
Il s’agit d’arythmie cardiaque, d’hypoxémie, de
bronchospasme.
Trouillet et al. ont montré qu’il s’agissait d’une
procédure sans risque vital chez 107 patients ventilés et sédatés par
midazolam.
Néanmoins, une diminution en moyenne de 26 % de
la pression artérielle en oxygène (PaO2) associée à une discrète
élévation de la pression artérielle en gaz carbonique (PaCO2) est
observée.
La sévérité de l’hypoxémie observée est corrélée à
l’atteinte pulmonaire sous-jacente et au degré d’hypoventilation
alvéolaire induite par l’examen.
Elle est plus importante chez les
patients présentant un ARDS et ceux qui luttent contre le ventilateur
pendant la procédure.
Les risques sont réduits lorsqu’on administre
une fraction inspirée d’oxygène (FIO2) élevée et que les paramètres
du ventilateur sont ajustés avant l’examen afin d’assurer une
ventilation alvéolaire correcte.
Enfin au mieux, une courte
curarisation et un monitoring du patient permettent d’effectuer les
prélèvements dans les meilleures conditions.
Lorsque le patient est
stable, le retentissement hémodynamique est minime, même chez
les patients nécessitant des drogues vasopressives.
L’ensemble des recommandations qui entourent l’endoscopie chez
le patient ventilé a été établi durant une conférence de consensus.
Lorsque toutes les précautions sont respectées, l’impossibilité de
pratiquer une endoscopie chez le patient ventilé devient
exceptionnelle.
D’autres complications sont liées aux prélèvements : la brosse peut
être responsable de pneumothorax si elle est poussée en situation
trop distale Cette complication est rare (moins de 1/1 000 examens).
Elle peut être responsable de saignement en lésant la muqueuse
bronchique, d’une part dans ce cas la validité du prélèvement reste
incertaine, d’autre part le saignement peut être important chez les
patients thrombopéniques ou porteurs d’autres troubles de la
coagulation.
Ce geste est déconseillé chez les patients ayant moins
de 50 000 plaquettes.
Il n’a pas été observé de complications
infectieuses après brosse distale protégée (BDP).
Le LBA peut être responsable d’une hypoxémie plus marquée que
la BDP, la survenue de fièvre dans les heures suivant le LBA est
possible : elle serait due à la libération de tumor necrosis factor
(TNF).
D’autres dispositifs ont été utilisés, en particulier un double cathéter
obturé par un bouchon de polyéthylène glycol.
Après mise en place
du cathéter interne au-delà de l’extrémité du cathéter externe, trois
aspirations brèves sont appliquées à l’aide d’une seringue de 10 ml
puis, après retrait du cathéter, l’intérieur du cathéter interne est rincé
à l’aide de 1 ml de sérum physiologique dans un tube stérile et
l’extrémité du cathéter est sectionnée dans le tube à l’aide de ciseaux
stériles.
Le produit recueilli est soumis à un examen direct et mis en
culture.
* Résultats :
L’intérêt de la BDP et du LBA dans le diagnostic des pneumopathies
nosocomiales a été l’objet de multiples études et de nombreuses
controverses.
Cook et al. rassemblent 18 études pertinentes sur la sensibilité et la
spécificité de la BDP et du LBA.
La sensibilité et la spécificité de la BDP sont respectivement de 89,9 % et de 94,5 %.
Le seuil de
positivité varie d’une étude à l’autre en ce qui concerne le seuil de
positivité du LBA, et la sensibilité varie de 53,3 à 100 % alors que la
spécificité était de 98,6 %.
Il y a de grandes variations dans les résultats d’une équipe à l’autre,
et même une même équipe peut avoir des conclusions différentes
d’une étude à l’autre.
Torres décrit une bonne spécificité de la brosse
dans une étude comparant la BDP sous endoscopie et la BDP
introduite à l’aveugle par une sonde de Metras.
Il retrouve une
spécificité de 100 % et une sensibilité de 70 % quand la brosse est
introduite via l’endoscope dans une autre étude comparant BDP,
LBA et aspiration endotrachéale, il retrouve une mauvaise
spécificité : 59 % pour la brosse et 65 % pour le LBA (pour un seuil
de 10 UFC).
Clairement les résultats sont subordonnés à de nombreux facteurs :
population étudiée, expérience de l’opérateur, antibiothérapie
préalable, but et schéma de l’étude.
Peu d’études comparent les données histologiques, la culture du
parenchyme pulmonaire et les résultats des différentes techniques.
Chastre et al. ont réalisé une étude prospective portant sur les
données histologiques et de la culture d’homogénats de poumon
obtenus à partir de patients décédés en réanimation, et qui étaient
évalués par brosse et lavage perendoscopique juste après le décès sans interruption du ventilateur.
Seuls les patients qui n’avaient
pas présenté de pneumonie au préalable ou qui avaient présenté
une pneumonie uniquement à la phase terminale de leur évolution
alors qu’ils ne recevaient pas d’antibiotiques pouvaient être inclus
dans cette étude.
L’analyse des LBA et BDP cultivés en utilisant une méthode
quantitative était tout à fait pertinente pour identifier les microorganismes
présents dans les segments pulmonaires étudiés à la fois
qualitativement et quantitativement.
Ces méthodes se sont montrées
capables de diagnostiquer une surinfection survenant chez un
patient ayant déjà reçu des antibiotiques auparavant.
Par ailleurs, la
quantification des organismes intracellulaires présents sur les
pastilles de cytocentrifugation permet de faire un diagnostic de
pneumonie avant que le résultat des cultures soit disponible.
Dans cette étude, la brosse distale protégée a une sensibilité et une
spécificité respectivement de 82 % et de 89 %, Les cultures du LBA
montrent une sensibilité et une spécificité respectivement de 91 et
78 %, enfin l’examen direct du LBA (pour au moins 5 % de cellules
infectées) conduisait à une sensibilité de 91 % et une spécificité de
89 %.
Ces résultats viennent confirmer ceux retrouvés par ces mêmes
investigateurs et ceux d’autres équipes.
En revanche dans deux autres études, un protocole également basé
sur des biopsies pulmonaires post mortem suggère qu’en présence
d’une antibiothérapie beaucoup de patients ayant des signes
histologiques de pneumonie ont peu ou pas de croissance
bactérienne sur le tissu pulmonaire en culture.
Une antibiothérapie
récemment instituée peut supprimer la croissance bactérienne, les
constatations histologiques peuvent être faites en phase de
régression de la pneumopathie et expliquer la négativité des
prélèvements.
Dans l’étude de Torres et al., les auteurs considèrent
que la culture du poumon ne constitue pas le gold standard pour
affirmer l’existence d’une pneumonie, et la sensibilité et la spécificité
des différents prélèvements s’avèrent faibles si on se réfère aux
seules données histologiques.
Marquette et al. retrouvent une
faible sensibilité des cultures de BDP et LBA, ainsi que de l’examen
direct du LBA comparé à l’examen du poumon en entier en post
mortem.
Cependant, il a été montré que le diagnostic histologique
de pneumonie associée à la ventilation mécanique était très difficile
et sujet à des variations entre anatomopathologistes.
Par
conséquent, la référence à l’aspect histologique du poumon comme
gold standard du diagnostic de pneumopathie nosocomiale ne peut
être retenue sans réserve.
D’ailleurs, une autre étude trouve une bonne corrélation entre
culture quantitative du parenchyme pulmonaire et résultats de la BDP et du LBA, même si aucun des trois résultats n’est corrélé à
l’aspect histologique du poumon.
On sait que quelques doses d’une antibiothérapie efficace peuvent
rapidement diminuer la charge bactérienne et négativer les
cultures.
On peut distinguer deux cas de figures.
Dans le premier
cas, le patient reçoit depuis plusieurs jours une antibiothérapie pour
une raison autre, quand les signes faisant soupçonner la
pneumopathie surviennent.
Dans ce cas, il y a toutes les chances
pour que les germes responsables soient résistants à l’antibiothérapie
en cours et les prélèvements restent pertinents.
Si au contraire
l’antibiothérapie vient d’être modifiée devant la suspicion de
pneumopathie, les prélèvements ont toutes chances d’être
négatifs.
Autres circonstances pouvant conduire à des prélèvements faussement
négatifs :
– la réalisation à une phase précoce de la pneumopathie alors que
la charge bactérienne n’est pas encore très importante : des valeurs
inférieures de 1 log par rapport au seuil de positivité doivent être
interprétées avec prudence et les prélèvements répétés si le patient
est symptomatique, les prélèvements pouvant alors se positiver
le jour suivant ;
– la difficulté de sélectionner le bon territoire à prélever ;
– le délai trop long entre prélèvement et acheminement au
laboratoire.
La combinaison des deux techniques améliore la sensibilité et la
spécificité : sensibilité de 100 % et spécificité de 96 % chez
61 patients, dans une étude conduite par Chastre et al.
Lorsqu’une des deux techniques doit être utilisée, il faut peser les
avantages et les inconvénients de chacune.
Utiliser des techniques de prélèvement à l’aveugle implique qu’on
suppose que la pneumonie est diffuse dans les deux poumons, ce
qui n’est probablement pas le cas à la phase précoce de la
pneumopathie.
Il a été montré que la pneumonie intéressait
différemment les différents segments pulmonaires, comme
tendent à le prouver les résultats de prélèvements pratiqués
systématiquement de façon bilatérale.
6- Traitement
:
En l’absence de critère diagnostique positif et bactériologique absolu,
l’évaluation des antibiothérapies au cours des PN reste difficile.
Les
études dans lesquelles les critères de diagnostic sont cliniques et les
critères bactériologiques reposent sur l’aspiration trachéale sont
d’interprétation difficile.
On sait qu’une antibiothérapie inadaptée
est source de mortalité accrue, à l’inverse une antibiothérapie
adaptée aux résultats de la BDP permet de constater une stérilisation
ou une réduction importante du compte bactérien chez 88 % des
patients.
Il n’y a pas de consensus concernant le traitement empirique d’une
pneumopathie nosocomiale.
Le choix entre bithérapie et
monothérapie n’est pas défini clairement, d’autant que les études
comparatives concernent de petits nombres de patients et une
bactériologie souvent basée sur les prélèvements trachéaux.
Il ressort
de ces études qu’une monothérapie, lorsque l’infection est due à Pseudomonas aeruginosa, conduit à de nombreux échecs et à
l’émergence de germes résistants.
Or il est difficile, lorsqu’on
instaure un traitement empirique, d’éliminer ce type de germe
d’emblée.
Par ailleurs, le rôle croissant de Staphylococcus aureus
résistant à la méticilline complique encore le choix d’une
antibiothérapie initiale.
La monothérapie pourrait être envisagée
secondairement après quelques jours de traitement et une évolution
favorable.
Certains éléments peuvent cependant être pris en compte
dans le choix de l’antibiothérapie initiale, en fonction de la date de
survenue de la PN par rapport à l’entrée en réanimation et
l’utilisation préalable d’antibiotiques.
Certaines circonstances particulières : coma, traumatisme crânien,
contexte de neurochirurgie, exposent plus volontiers aux infections
à staphylocoque.
L’inhalation, la chirurgie abdominale exposent à
des infections à anaérobie.
Bien sûr, entrent également en ligne de
compte l’écologie propre au service et la toxicité potentielle des
antibiotiques.
L’American Thoracic Society (ATS) propose un choix d’antibiotique
en fonction des circonstances.
Les conclusions du groupe d’étude de l’ATS sont assez proches
de celles de J.-L.
Trouillet et al., qui étudient 135 épisodes consécutifs
de pneumopathie associés à la ventilation assistée documentés par
BDP et LBA.
Ils dégagent quatre groupes :
– 1. les patients ventilés depuis moins de 7 jours n’ayant pas reçu
d’antibiothérapie préalable ;
– 2. les patients ventilés depuis moins de 7 jours ayant reçu des
antibiotiques ;
– 3. les patients ventilés depuis plus de 7 jours sans antibiotiques ;
– 4. les patients ventilés plus de 7 jours et ayant reçu des
antibiotiques.
Le groupe 1 diffère des autres groupes, il est le seul à présenter des
infections à pneumocoque et à ne pas présenter de germes multirésistants.
Il ressort de cette étude que le fait d’avoir reçu des antibiotiques au
préalable est le facteur de risque majeur d’acquisition d’un Pseudomonas.
Les auteurs remarquent que l’association amoxicilline–acide clavulanique ou céphalosporine de deuxième
génération était active sur 90 % des germes retrouvés dans le groupe
1.
Alors que seulement quatre antibiotiques montraient une efficacité
sur plus de 50 % des patients du groupe 4 (ticarcilline-acide
clavulanique, céftazidime, pipéracilline-tazobactam, imipénème).
Chez ces patients une monothérapie se serait montrée inefficace.
L’adaptation dans un deuxième temps aux résultats des
prélèvements perendoscopiques permet de réduire l’antibiothérapie
et de diminuer la toxicité, le coût, et de prévenir l’émergence de
germes résistants.
7- Prévention :
Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte.
D’abord l’organisation des soins : des mesures simples doivent être
respectées : lavage des mains, utilisation de matériel à usage unique,
isolement des patients porteurs de germes multirésistants,
surveillance des infections dans l’unité.
Compte tenu du risque
inhérent à la ventilation endotrachéale, la ventilation au masque
quand elle est possible pour éviter l’intubation ou au moment du
sevrage afin de raccourcir le temps de la ventilation invasive est
certainement un facteur de prévention des PN.
L’entretien de
ventilateur, la vidange des pièges à eau afin d’éviter que ceux-ci se
déversent dans les voies aériennes, les soins de bouche
pluriquotidiens, une technique soigneuse d’aspiration trachéale, le
maintien en position demi-assise sont autant de mesures simples de
prévention.
Enfin, l’utilisation des antibiotiques doit être rationnelle
afin d’éviter la sélection de germes résistants, en revanche la
décontamination digestive systématique reste l’objet de
controverses.
Infections à légionelles :
Il n’existe pas de transmission interhumaine de la légionellose et les
légionelles ne sont pas un contaminant des voies aériennes
supérieures.
La maladie s’acquiert par inhalation d’aérosol contenant
des légionelles ou par microaspiration d’eau contaminée.
La source
de contamination est toujours un réservoir hydrique.
Les réseaux
d’eau chaude semblent être la première source de contamination
hospitalière, alors que les premiers cas étaient liés à la contamination
d’un système de climatisation.
D’autres dispositifs médicaux ont pu
être mis en cause, comme les nébuliseurs ou les barboteurs.
L’eau et
les solutés utilisés avec ces appareils doivent être stériles, et il est
proscrit de remettre à niveau le liquide dans les réservoirs de ces
dispositifs.
La présentation clinique, radiologique et biologique de la maladie
ne diffère pas de celles d’autres pneumopathies nosocomiales,
bien que classiquement on observe volontiers diarrhée, troubles de
conscience, myalgies voire rhabdomyolyse.
Le délai de mise en route
du traitement est un élément important du pronostic.
La mortalité
est lourde.
El-Ebiary retrouve 84 légionelloses parmi 3 283 patients
admis en réanimation ; 39 % d’entre elles étaient nosocomiales.
Les
patients admis pour légionelloses nosocomiales avaient plus de
pathologies sous-jacentes, en particulier de BPCO.
La mortalité
était de 27 % parmi les nosocomiales contre 30 % chez les
communautaires.
La mortalité dépend de la pathologie sous-jacente,
et l’hyponatrémie semble être un facteur de mauvais pronostic.
La
radio reste pathologique pendant 1 à 4 mois et les images peuvent
progresser malgré un traitement efficace.
Le diagnostic repose sur l’immunofluorescence de l’expectoration ou
de l’aspiration bronchique.
La culture des prélèvements respiratoires
demande l’utilisation de milieux spéciaux.
La recherche d’antigènes
solubles est une méthode rapide positive précocement et qui reste
positive plusieurs semaines.
Cependant elle ne détecte que les
infections à Legionella pneumophila de type 1.
La sérologie reste le
moyen de diagnostic le plus souvent utilisé mais ne permet qu’un
diagnostic tardif.
Les anticorps apparaissent en 1 semaine avec un
pic à la 3e-4e semaine.
Un taux supérieur à 1/250e ou une
multiplication du taux par quatre entre deux prélèvements sont
évocateurs.
Le traitement repose sur les macrolides ou les quinolones.
Parmi
les macrolides, l’azithromycine semble avoir le meilleur profil
d’activité.
Les quinolones semblent représenter le meilleur choix en
cas de légionellose nosocomiale.
La rifampicine est classiquement
utilisée, toujours en association, dans les formes graves.
La durée du traitement est de 10 à 14 jours chez le nonimmunodéprimé,
de 21 jours chez l’immunodéprimé.
Infections nosocomiales à Mycobacterium tuberculosis :
À l’opposé, Mycobacterium tuberculosis est un agent dont la
transmission est interhumaine.
La possibilité d’infection nosocomiale est évidente, mais compte
tenu du profil d’évolution particulière de la tuberculose, la mise en
évidence de cas nosocomiaux s’avère difficile, la maladie pouvant se
déclarer des années après l’infection.
La biologie moléculaire permet
actuellement de comparer des souches de mycobactéries chez
différents patients, et de soupçonner ainsi l’origine nosocomiale
lorsqu’il y a identité génomique et que les patients se sont trouvés
hospitalisés dans le même service à la même période.
Auparavant,
c’était seulement le caractère de multirésistance qui permettait
d’évoquer une transmission nosocomiale.
Les épidémies intrahospitalières étaient rapportées essentiellement chez des
patients infectés par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH),
au stade du syndrome de l’immunodéficience acquise (sida), et
parmi le personnel hospitalier.
Cependant quand l’infection
tuberculeuse se traduit uniquement par le virage des réactions
tuberculiniques, il n’est pas possible de faire la preuve d’une
infection nosocomiale.
Néanmoins, un taux élevé de conversion des
réactions tuberculiniques parmi le personnel fait craindre un risque
élevé de transmission intrahospitalière.
C’est la conséquence du
retard au diagnostic, or une étude rétrospective a montré que le délai
moyen entre admission et traitement était de 6,5 jours et le
diagnostic n’était évoqué à l’entrée que chez 42 % des sujets.
C’est
pendant la période où le patient n’est pas isolé et pas traité que le
risque est majeur.
Infections nosocomiales virales :
L’incidence des infections virales nosocomiales est mal connue.
La
difficulté du diagnostic en l’absence de signes spécifiques par
rapport aux pneumopathies bactériennes, la plus grande difficulté
d’identification des virus, rendent le diagnostic malaisé.
Cultures
virales et sérologies sont longues à obtenir.
Cependant au vu du
nombre de pneumopathies nosocomiales qui restent sans diagnostic
étiologique, il paraît raisonnable de penser qu’un bon nombre
d’entre elles sont d’origine virale.
L’infection virale peut être le fait
d’une primo-infection, d’une réactivation virale ou d’une réinfection.
L’origine de l’infection peut être un membre du personnel ou un
autre patient, voire un visiteur. La transmission est aéroportée ou manuportée.
Les défenses naturelles contre les infections virales, en
particulier les défenses non spécifiques : barrière nasale,
configuration de l’arbre bronchique, barrière épithéliale sont souvent
mises à mal chez le patient en soins intensifs.
Plusieurs éléments
doivent faire penser à une infection d’origine virale : l’absence
d’amélioration sous traitement antibiotique, la survenue en période
hivernale d’épidémie, la notion de virose saisonnière parmi le
personnel.
Les virus en cause sont multiples : virus influenza A et B,
virus respiratoire syncytial sont les plus fréquemment rencontrés,
d’autres virus sont moins communément en cause : adénovirus,
virus para-influenza, varicelle-zona virus (VZV), virus herpès
simplex (HSV), cytomégalovirus (CMV), rubéole.
A - VIRUS INFLUENZA :
Ils sont le plus souvent en cause aussi bien dans les infections
communautaires que chez les patients hospitalisés ou
institutionnalisés. Ils surviennent dans un contexte d’épidémie.
La
transmission est aéroportée par les gouttelettes de salive mais peut
également être manuportée.
La survie du virus est de 24 à 48 heures
sur des surfaces non poreuses, et de 8 à 12 heures sur le tissu ou le
papier.
L’incubation est de 8 à 72 heures. Un diagnostic rapide
est possible grâce à la détection d’antigène viral de virus influenza
A dans les sécrétions nasales ou pharyngées.
Le virus influenza A peut être responsable de bronchopneumopathie
sévère avec un taux de mortalité pouvant atteindre 50 %.
Lorsqu’il s’agit de patients institutionnalisés, la mortalité s’élève.
Les conséquences de la grippe ont été mieux étudiées en institution
que chez les patients en soins intensifs.
Le vieillissement associé aux comorbidités rend le sujet institutionnalisé particulièrement fragile ;
en France, 75 % des sujets de 75 ans et plus sont vaccinés contre la
grippe, or le vaccin représente la meilleure des préventions.
Malheureusement une minorité parmi le personnel soignant est
vaccinée et donc susceptible de transmettre la maladie aux patients.
Une étude portant sur 10 unités de soins de longue durée où la
vaccination était systématiquement proposée au personnel contre
10 autres unités où elle n’était pas proposée, a montré une différence
significative en termes de mortalité alors que le taux de résidents
vaccinés dans les deux groupes était le même.
Il existe des traitements curatifs, il s’agit de l’amantadine et des
inhibiteurs de la neuraminidase : le zanamivir et l’oseltamivir.
Ces
deux groupes de traitement semblent efficaces pour diminuer les
symptômes, la durée d’évolution et les complications.
Le
traitement doit être précoce (au mieux administré avant la 30e heure
d’évolution).
Les résultats des études portant sur l’efficacité de ces
traitements en institution sont encourageants.
En cas d’échec de
l’amantadine sur la propagation de la maladie, le zanamivir a
montré qu’il était efficace.
En cas d’épidémie en institution, des
mesures simples permettent également de limiter la propagation :
lavage des mains, port de masques, isolement des malades atteints.
La vaccination systématique des résidents reste la meilleure
prévention.
B - VIRUS RESPIRATOIRE SYNCYTIAL :
Chez l’adulte il s’agit le plus souvent de réinfection, donc moins
sévère que l’infection chez l’enfant. Plusieurs épidémies en
institution ont été décrites avec une mortalité allant de 0 à 50 %.
La vaccination est décevante et il n’y a pas de traitement spécifique ;
la transmission nécessite un contact étroit entre individus.
Le
diagnostic est rendu plus aisé par la disponibilité d’un test rapide
détectant l’antigène viral.
C - AUTRES VIRUS :
D’autres virus peuvent être en cause : adénovirus, VZV, herpèsvirus,
rubéole.
L’infection par herpèsvirus est l’apanage du sujet âgé ventilé de
façon prolongée.
La mortalité est élevée, plutôt liée au terrain.
L’infection se ferait par aspiration ou propagation contiguë à
partir de lésions des voies aériennes supérieures ou de la bouche,
l’intubation trachéale prédispose à la diffusion de l’HSV à partir
de l’oropharynx, mais des lésions des voies aériennes
inférieures pourraient prédisposer à la réactivation virale.
Les manifestations cliniques et radiologiques sont aspécifiques,
mais souvent associées à une trachéobronchite nécrotique,
purulente, caractérisée par un exsudat épais responsable
d’obstruction des voies aériennes.
Le diagnostic repose sur
l’isolement du virus, mais seul il n’est pas suffisant pour faire le
diagnostic de bronchopneumopathie herpétique.
Il doit s’y
associer l’aspect endoscopique et les données cytohistologiques
sur le LBA et/ou les biopsies bronchiques.