Tuberculose pulmonaire et primo-infection tuberculeuse
Cours de pneumologie
Les textes médicaux anciens
d'Extrême-Orient et plus particulièrement chinois décrivent avec
minutie de nombreuses formes cliniques de ce que l'on peut
actuellement considérer comme des processus tuberculeux
pulmonaires ou osseux. d'authentiques localisations de Pott ont
été retrouvées sur des momies égyptiennes de la XXIe dynastie.
Hippocrate fait état de consomption d'origine thoracique dont
l'étiologie est actuellement claire.
Précurseur de génie, rapidement étouffé par l'obscurantisme
religieux, Fracastoro, vers 1500, imagine le premier la
contamination interhumaine par le biais d'agents infectants.
Au début du XIXe siècle, R. Laennec apporte les premières
confrontations anatomocliniques permettant d'évoquer la
tuberculose en dehors de toute notion microbiologique que
curieusement il semblait rejeter. Le caractère transmissible de
l'affection est affirmé par Villemin en 1865, peu de temps avant
l'isolement bactériologique de Koch en 1882.
Viennent ensuite l'analyse radiologique, rendue possible par
Roentgen, puis les possibilités thérapeutiques dites d'abord
mécanique de Forlanini (pneumothorax) et enfin chimiques
(Waksman (streptomycine, 1943)).
Ainsi, une affection connue depuis des temps très anciens
voit-elle s'établir un long combat permettant, sur le plan
théorique, sa destruction après synthèse entre 1943 et 1966 des
antibiotiques antituberculeux actuels.
ÉPIDÉMIOLOGIE :
* Au cours de l'année 1996, 8700 cas de tuberculose ont été
déclarés. La déclaration obligatoire de la maladie (n° 27) a été
établie en 1964.
- Seules doivent être déclarées les tuberculoses maladie ayant
conduit à la mise en route d'un traitement antituberculeux avec
au moins trois produits.
- La primo-infection latente ne doit pas être déclarée. Il en va
de même des infections à mycobactérie atypique.
- La découverte d'un cas doit faire l'objet d'une transmission à
la DDASS. Chaque semaine, les DDASS transmettent à la Direction
générale de la santé (DGS) par minitel le nombre de cas
déclarés. Par ailleurs, les fiches de déclaration obligatoire
transmises par informatique (logiciel BK) ou sur carte sont
étudiées.
- L'ensemble de ce processus de déclaration repose sur
l'exhaustivité qui doit être aussi élevée que possible. En
France, il n'atteint que 50 à 70%.
* Ainsi, le taux d'incidence pour 1996 est donc déterminé à 14,7
pour 100000 habitants. Il était de 16,6 en 1994, de 16,8 en
1993, de 15,6 en 1992 et de 14,7 en 1991.
- Ces valeurs semblent favorables à l'installation d'un palier
après quelques années tracassantes au cours desquelles une
reprise de fréquence a été signalée.
- Ces chiffres globaux masquent néanmoins des disparités
régionales très importantes. En France, les régions les plus
touchées sont: la région Ile-de-France, qui regroupe à elle
seule près de 43% des cas de tuberculose en 1996 alors qu'elle
ne représente que 19% de la population. Les régions
Nord-Pas-de-Calais et Provence-Alpes-Cote d'Azur restent
significativement plus touchées.
- Par ailleurs, la tuberculose est plus fréquente chez l'homme,
chez les sujets agés, chez les immigrés.
La tuberculose pulmonaire représente près de 70% des cas
déclarés. La positivité des recherches bacillaires à l'examen
direct se retrouve chez plus de 60% des adultes (à noter qu'en
1994 l'atteinte méningée a représenté 178cas, dont 9 chez
l'enfant).
* Ainsi, en France, avant 1988, on enregistrait une diminution
moyenne annuelle de l'incidence tuberculeuse de 7%. L'arret de
cette décroissance a été observé en 1989. En 1992, près de 2000
cas supplémentaires sont enregistrés par rapport aux prévisions:
6700 cas.
- Evolution en fonction des tranches d'age: c'est dans la
tranche des 15 ans-45 ans que l'on enregistre l'excès de cas le
plus significatif.
- Cette conclusion mérite probablement d'être rapprochée de la
fréquence des séropositivités à VIH au sein de cette même
tranche d'age mais aussi d'une forte représentation de
l'exclusion sociale.
* Pour ce qui concerne l'association tuberculose et VIH, le
statut sérologique a été déterminé en 1996 dans 50% des cas. Il
a été montré que, sur l'ensemble des cas déclarés, la proportion
de tuberculeux séropositifs pour le VIH était de 9,9% contre 6,7
en 1993. Les hommes sont plus touchés que les femmes.
* Mortalité et tuberculose: près de 900 décès ont été
enregistrés en relation directe avec une atteinte tuberculeuse
en France en 1996.
* Les chiffres précités montrent bien que la maladie
n'appartient pas encore au passé: au niveau de la planète, on
enregistre dix millions de nouveaux cas par an, trois millions
de décès. 95% du processus tuberculeux mondial concerne les pays
en voie de développement, et 5% les pays industrialisés.
- long développement bactérien par cycles de 20 heures dans les
conditions optimales.
- remarquable potentialité de quiescence au sein de lésions
anciennes.
- forte composition lipidique de la paroi, source de difficulté
de coloration (acidoalcoolorésistance) et de réactions
allergiques de type retardé dit cellulaire, faisant intervenir
essentiellement les lymphocytes (réactions de type
tuberculinique).
- interférence macrophagique responsable de la spécificité
histologique (granulome épithéliogigantocellulaire à nécrose
caséeuse centrale), follicule de Koester, absence de résistance
extra-chromosomique du bacille.
* La primo-infection tuberculeuse est la conséquence pour la
première fois de la rencontre d'un organisme neuf avec un
bacille tuberculeux.
- Dans les populations ou l'incidence de la maladie est élevée,
cette rencontre est très précoce: dès la prime enfance. Dans les
pays ou l'incidence est très basse, la primo-infection
tuberculeuse peut se rencontrer lors de l'adolescence, voire
même plus tard.
- Dans la grande majorité des cas, la primo-infection
tuberculeuse est consécutive à la pénétration par voie aérienne
du bacille dans le parenchyme pulmonaire.
- Neuf fois sur dix, il s'agit d'une primo-infection latente
(simple modification des réactions cutanées tuberculiniques).
Dans 10% des cas, il s'agit d'une primo-infection patente avec
risque d'évolution vers une tuberculose maladie très élevé au
cours des 2 années qui suivent.
* Un malade, porteur de lésions bacillaires excavées et donc
fortement contagieux, contamine en moyenne sept personnes par
an. Ces sujets contaminateurs porteurs de lésions riches en
bacilles sont la clef du développement de la maladie. C'est vers
eux que doivent se tourner tous les efforts de dépistage et de
traitement.
GROUPES A HAUT RISQUE :
La maladie tuberculeuse s'est difficilement débarrassée d'un
caractère de fatalité et d'opprobre ainsi que d'une marque
familiale héréditaire.
Actuellement, ces deux aspects n'ont plus de justification mais
la notion de terrain garde un intérêt puisque:
- l'état nutritionnel.
- les conditions sociales et financières.
- l'habitat.
- l'alcoolisme
peuvent jouer en influant sur les compétences immunitaires du
sujet.
On distingue:
* les groupes à hauts risques traditionnels:
- groupes socio-économiques défavorisés.
- populations étrangères pour lesquelles, à age comparable,
l'incidence tuberculeuse est trois à quatre fois plus forte.
- sujets souffrant de diabète, d'ulcère, ou ayant subi une
gastrectomie.
- anciens tuberculeux de l'ère préantibiothérapique n'ayant pas
reçu de chimiothérapie spécifique.
- pensionnaires des établissements de retraite.
- patients relevant d'un long séjour en milieu psychiatrique.
- personnels soignants très exposés au cours de leurs activités
professionnelles au sein d'établissements contaminés.
* les groupes à hauts risques actuels:
- les exclus sociaux (fréquence de l'intoxication tabagique,
alcoolique).
- les sujets séropositifs pour le VIH.
- les immunodépressions diverses: néoplasie, hémopathie,
traitements à base de cortisone, immunodépresseurs,
transplantations d'organes.
- les sujets dialysés chroniques.
- les toxicomanes.
- les détenus.
GRANDS AXES DE LA LUTTE ANTITUBERCULEUSE :
Les grands axes de la lutte antituberculeuse sont:
* le maintien de la vaccination BCG. On lui reconnaît un taux de
protection de l'ordre de 50% à l'égard de la tuberculose
pulmonaire commune, de 80% à l'égard des atteintes
neuro-méningées ainsi que des tuberculoses aigues (miliaire,
broncho-pneumonie tuberculeuse, pneumonie caséeuse).
* l'application stricte du traitement: durée, régularité des
prises, surveillance de la tolérance clinique et biologique.
* la pratique de la chimioprophylaxie secondaire en présence
d'une modification récente et spontanée des réactions cutanées
tuberculiniques.
* le dépistage clinique, radiologique et bactériologique centré
désormais sur les populations à risques.
* l'élargissement de l'éducation sanitaire.
ASPECTS BACTERIOLOGIQUES DE LA MALADIE TUBERCULEUSE :
En 1865, Villemin démontre le caractère infectieux transmissible
de la tuberculose par injection de broyat de lésions humaines
aux lapins. C'est en 1882 que Robert Koch décrit le bacille de
la tuberculose: Mycobacterium tuberculosis hominis.
* La famille des mycobactéries comporte plusieurs dizaines
d'espèces mais un seul genre: Mycobacterium dont la
particularité est de retenir la coloration rouge de la fuchsine
à chaud (coloration de Ziehl-Nielsen). Cette coloration résiste
à un rinçage secondaire à l'alcool, aux acides et/ou aux bases
(d'ou cette caractéristique d'acidoalcoolorésistance).
* Parmi les différentes espèces, on distingue: M. tuberculosis,
M. bovis, M. africanum, responsables de tuberculose. M. leprae
est à l'origine de la lèpre. Enfin, on rappelle l'existence de
mycobactéries atypiques.
Mycobacterium tuberculosis :
Mode de contamination
L'homme constitue le principal réservoir et donc la principale
source de contamination par Mycobacterium tuberculosis.
* Celle-ci se fait de façon directe: inhalation par le sujet
neuf des bacilles émis par le sujet contaminé (toux).
* Pour Mycobacterium bovis (1% des sources pathogènes retrouvées
chez l'homme), la contamination à partir du cheptel bovin est
désormais rare car la surveillance vétérinaire est d'excellente
qualité et admet un principe simple: les animaux contaminés,
c'est-à-dire porteurs de réactions cutanées tuberculiniques
positives, sont abattus.
* On distingue, par ordre de fréquence, les contaminations
aériennes, digestives, muqueuses, cutanées.
Caractéristiques du bacille de Koch
Le bacille de Koch (BK) est un germe pathogène obligatoire (pas
de porteur sain), c'est un aérobie strict. Cela explique:
l'atteinte privilégiée des sommets pulmonaires mieux ventilés,
la multiplication de bacilles au sein des lésions cavitaires,
l'extinction progressive lorsque, autrefois, par des moyens
mécaniques et chirurgicaux, on parvenait à affaisser ces lésions
cavitaires (pneumothorax thérapeutique, thoracoplastie).
* Le BK peut être détruit:
- par la lumière (ultraviolets).
- par la chaleur.
- par l'alcool.
* Le BK résiste:
- à la dessiccation.
- au froid.
- aux acides et aux bases.
* Le BK a une paroi riche en lipides, ce qui explique la
résistance aux acides, aux bases, aux antiseptiques et à de
nombreux antibiotiques.
* Le BK est un germe intracellulaire facultatif, ce qui
sous-entend:
- sa captation après pénétration dans l'organisme neuf par les
polynucléaires neutrophiles et les macrophages.
- la résistance à l'action des enzymes lysosomiales.
- la capacité de poursuivre un développement et d'assurer une
longue persistance intracellulaire (source de réveil ultérieur).
- l'apparition d'une immunité de type cellulaire médiée par les
lymphocytes.
- le développement d'une hypersensibilité retardée.
* En corollaire, on note que l'exploration diagnostique par
intradermoréaction est interprétée 48 à 72 heures plus tard, que
les atteintes ganglionnaires et lymphatiques sont fréquentes,
que les rechutes sont possibles, qu'en thérapeutique on a
recours à des souches vivantes mais fortement atténuées pour la
vaccination, à des antibiotiques de pénétration intracellulaire
pour le traitement curatif. Enfin, on souligne le facile
développement de la maladie au cours des déficits immunitaires
surtout de type cellulaire.
Résistances :
Pour le BK, les seules résistances connues sont de type
chromosomique par mutation.
* Elles ont les caractères de toute mutation: héréditaires,
spontanées, rares, spécifiques d'un antibiotique (ou d'une
famille d'antibiotiques).
* Au sein de toute population bacillaire, il existe donc un
pourcentage de germes résistants à l'un quelconque des
antibiotiques antituberculeux utilisables.
* Si la maladie est traitée à l'aide d'un seul antibiotique
antituberculeux, seuls les bacilles sensibles (les plus
nombreux) seront détruits mais le faible pourcentage de bacilles
résistants ne sera pas affecté et continuera sa croissance pour
reconstituer en quelque temps une population bactérienne au
moins aussi importante que celle de départ mais dont tous les
individus seront cette fois résistants à l'antibiotique utilisé.
* Cela justifie l'emploi obligatoire de plusieurs antibiotiques
antituberculeux associés pour le traitement de toute atteinte
bacillaire.
On distingue les résistances primaires et secondaires.
Résistance primaire
Elle concerne les bacilles dits sauvages (n'ayant jamais été
confrontés antérieurement à des antibiotiques antituberculeux).
Elle est rare mais varie selon l'antibiotique considéré
(pourcentage relativement élevé pour la streptomycine, encore
faible pour la rifampicine).
Résistance secondaire
Elle concerne les bacilles soumis à une pression de sélection
par des antibiothérapies antérieures insuffisantes
(monothérapie, ou traitement itératif, mais aussi traitement
trop bref, ou suivi sans respect des posologies). Il s'agit donc
de patients antérieurement traités et victimes de rechutes.
* Ce bacille doit faire l'objet d'un antibiogramme soigneux qui
sera seul capable de guider le traitement. La notion de
résistance est traditionnellement détectée sur antibiogramme.
* Actuellement, les techniques de génétique moléculaire
permettent une approche plus rapide. Le recours à
l'amplification génique puis à l'analyse de structure de l'ADN
autorise le repérage des mutations correspondant aux résistances
aux différents antibiotiques.
* Il est possible que plusieurs résistances soient constatées
simultanément du fait de la présence de plusieurs mutations.
Lorsqu'une souche de BK est résistante au Rimifon* et à la
rifampicine, elle est considérée comme multirésistante. Cette
notion de multirésistance est inquiétante aux Etats-Unis et plus
particulièrement dans certaines régions (New York). Elle est la
conséquence de traitements mal suivis par des populations
particulièrement défavorisées, très fréquemment concernées par
ailleurs par une séropositivité pour le VIH.
* Il importe que le dépistage en soit fait très tot, le risque
est réel pour l'environnement familial mais aussi pour
l'environnement de soins (contamination à haut risque du
personnel soignant). 90% des cas de résistance surviennent en
Amérique du Nord chez les sujets atteints de SIDA avec une
mortalité liée à la tuberculose multirésistante de 70 à 90%,
cela en quelques semaines. 30% des tuberculoses à New York sont
considérées comme multirésistantes. En France, la notion de
multirésistance reste exceptionnelle.
Examens directs et cultures :
Examen direct
L'examen direct des produits contaminés s'effectue:
- par coloration de Ziehl-Nielsen.
- ou par l'action des fluorochromes: fixation sur les corps
bactériens d'un dérivé fluorescent qui résiste au rinçage à
l'alcool et à l'acide.
Cultures traditionnelles
Le cycle de développement du BK est lent, environ 20 heures
(pour E. coli: 20 minutes).
* Cela explique qu'après ensemencement des milieux il faille
attendre en moyenne 3 à 6 semaines pour obtenir des colonies
significatives.
* Il faut recourir à des milieux de culture spéciaux:
- milieu de Löwenstein-Jensen.
- milieu de Coletsos.
* Le développement s'effectue en étuve à 37°C.
Cultures rapides actuelles
* La technique Bactec mesure la consommation du CO2 marqué au
carbone 14 par les mycobactéries lors de leur éventuelle
multiplication au sein du milieu de culture.
- le carbone 14 est incorporé à l'acide palmitique lui-même
consommé par les mycobactéries.
- ainsi, toute libération de CO2 même en très faible quantité
signifie qu'il apparait au sein du milieu de culture un
développement de Mycobacterium tuberculosis qui est ainsi
remarqué en une dizaine de jours environ.
- cette technique est sure, elle permet de déterminer aussi la
sensibilité aux différents antibiotiques.
* Les sondes à DNA (qu'elles soient chaudes: radioactives, ou
froides: couplage enzymatique) correspondent à des séquences
typiques d'ADN susceptibles de s'hybrider exactement avec le
segment complémentaire de DNA ou de RNA artificiellement libéré
de la bactérie que l'on recherche. Ainsi, à partir d'un matériel
biologique souvent complexe, il est possible de repérer en peu
de temps (quelques heures) Mycobacterium tuberculosis ou
d'autres variétés.
- cependant, il est nécessaire que la quantité de DNA ou de RNA
présente dans le liquide biologique soit suffisante, à moins de
recourir au préalable à une réaction de polymérisation en
chaîne.
- cette méthodologie, encore très coûteuse et sujette à des
variations liées aux difficultés techniques, reste encore
réservée au cadre de la recherche.
Etudes sérologiques
Malgré de multiples recherches, le sérodiagnostic en matière de
tuberculose se révèle trop aléatoire quelle que soit la
structure antigénique employée. Il n'y a actuellement pas
d'application pratique.
Les inoculations à un animal de laboratoire ne sont, en
pratique, plus utilisées.
ASPECTS ANATOMOPATHOLOGIQUES DE LA MALADIE TUBERCULEUSE :
Lésion élémentaire :
* Mycobacterium tuberculosis après captation macrophagique
provoque des lésions anatomopathologiques évocatrices mais non
spécifiques de la tuberculose:
- granulome ou follicule épithéliogigantocellulaire avec nécrose
caséeuse.
- ou follicule tuberculeux (Koester).
- ou granulome tuberculeux.
- ou granulome à cellules géantes (cellules de Langhans) avec
nécrose caséeuse.
* Ces lésions peuvent:
- se liquéfier et s'ouvrir dans un conduit naturel de voisinage
(bronches, bassinet...).
- s'excaver: il se constitue alors des lésions cavitaires mieux
oxygénées et plus propices au développement bacillaire (le
caséum peut aussi s'éliminer par ulcération à la peau ou aux
muqueuses).
- s'enkyster et subir une involution partielle, fibreuse, dont
la stabilité bactériologique est incertaine (reviviscence
toujours possible), le type même de ces lésions est le
tuberculome.
- se calcifier.
Lésions de primo-infection :
* Les lésions de primo-infection forment le complexe
ganglio-pulmonaire, qui comprend:
- un foyer nodulaire d'alvéolite ou chancre d'inoculation qui
siège dans le parenchyme pulmonaire volontiers dans la
corticalité.
- une adénopathie hilaire homolatérale dont la tendance à la
caséification est peu prononcée et qui évolue souvent vers la
calcification.
* Il existe des formes graves: sujets transplantés, d'origine
étrangère, ou le complexe ganglionnaire peut être polycyclique,
volumineux et compressif. La fistulisation est possible.
Compression bronchique et fistulisation peuvent être source de
remaniements bronchiques et donc de dilatations de bronches
ultérieures. Dans ce cadre, le lobe moyen est souvent atteint.
Lésions pulmonaires :
* Les infiltrats sont des foyers d'alvéolite bacillaire mal
limités, qui siègent aux sommets et plus volontiers dans les
topographies postérieures. Le segment apical des lobes
inférieurs est aussi fréquemment atteint (segment de Fowler).
* Les tubercules ou nodules sont faits de caséum de coloration
jaunâtre.
* Les cavernes ou ulcérations constituent le stade ultérieur,
après ramollissement et évacuation du caséum.
* Les granulations miliaires sont des petits foyers
micronodulaires caséeux en grains de mil, répartis dans
l'ensemble des deux parenchymes pulmonaires.
ASPECTS IMMUNOALLERGOLOGIQUES DE LA MALADIE TUBERCULEUSE :
Pathologie expérimentale :
* Le phénomène de Villemin correspond à l'inoculation primaire
et constitue précisément l'infection d'un animal réceptif à
partir d'un broyat contaminé: apparaissent alors un chancre
(ulcération locale en 12 jours environ), une atteinte
ganglionnaire (adénopathie régionale satellite) et une diffusion
(généralisation et mort).
* Le phénomène de Koch correspond à une inoculation secondaire:
- réaction inflammatoire violente au siège de la seconde
injection: apparition en 72 heures environ correspondant à une
réaction allergique.
- pas d'adénopathie.
- guérison locale rapide de ce foyer inflammatoire: réaction
immunitaire.
- cela n'empêche pas l'animal de décéder des suites des lésions
générales engendrées par la première injection.
Allergie et immunité :
Le phénomène de Koch permet de dissocier la réaction allergique
et la réaction immunitaire.
* La réaction allergique se manifeste entre la 48e et la
72e heure. Il s'agit d'une hypersensibilité dite retardée (type
IV), par opposition à l'hypersensibilité immédiate (type I) dont
l'aspect clinique est l'accident anaphylactique:
- c'est un phénomène cellulaire faisant intervenir le
lymphocyte.
- cette réaction s'installe en 15 jours à 2 mois après
l'infestation de l'organisme neuf: période anté-allergique,
pendant laquelle les réactions cutanées tuberculiniques peuvent
être négatives alors que l'organisme est contaminé.
- le parallélisme entre la gravité de l'infection et l'intensité
de la réaction allergique est très inconstant. Cet état
d'allergie tuberculinique est mis en évidence par l'emploi des
extraits antigéniques seuls (c'est la tuberculine).
- la positivité des réactions cutanées tuberculiniques
constatées sur un organisme resté jusqu'alors négatif aux
contrôles antérieurs témoigne d'un premier contact récent de cet
organisme avec le BK: c'est la primo-infection.
* La réaction immunitaire est de survenue un peu plus tardive,
elle reste imparfaite:
- son support est cellulaire: lymphocytes et macrophages. Elle
prévient, en théorie, toute nouvelle contamination ultérieure.
Elle ne peut être conférée que par un bacille vivant.
- en pratique, pour l'obtenir sans risque on utilise
effectivement un bacille vivant qui a conservé ses propriétés
antigéniques mais dont la virulence et la pathogénicité ont été
supprimées par repiquages successifs (250 en 13 ans à l'origine)
sur milieux spéciaux: c'est le BCG ou bacille de Calmette et
Guérin.
Tuberculose infection et tuberculose maladie :
Ces notions de réaction allergique et de réaction immunitaire
permettent, dans un deuxième temps, de classer les modes
d'expression de la maladie tuberculeuse dans une population en
tuberculose infection et tuberculose maladie.
Tuberculose infection
La tuberculose infection ne correspond pas, en général, à un
état morbide:
- après la primo-infection, on note une positivité des réactions
cutanées tuberculiniques.
- la présence de BK est connue des lymphocytes mais la
coexistence hote-bactérie se fait en bon équilibre.
Tuberculose maladie
Dans le cas de la tuberculose maladie:
* soit l'équilibre n'a jamais été obtenu et dans les suites
immédiates de la primo-infection tuberculeuse se sont installées
des lésions tuberculeuses expressives cliniquement.
* soit l'équilibre a été rompu au terme d'un délai plus ou moins
long et pour des motifs variés: infections intercurrentes,
immunodépression...:
- dès lors, les éléments bacillaires résiduels (le plus souvent
intraganglionnaires), jusqu'alors contrôlés, redeviennent
virulents et sont sources d'atteintes cliniques variées.
- on parle alors de réinfection endogène. Cependant, des lésions
à traduction clinique peuvent aussi être le fait d'une
réinfection exogène après contamination extérieure massive.
Primo-infection tuberculeuse :
DÉFINITION :
On appelle primo-infection tuberculeuse tout premier contact
d'un organisme neuf avec le bacille tuberculeux.
* Le plus souvent (90% des cas), cette rencontre n'est source
que d'une modification des réactions cutanées tuberculiniques.
Elles étaient négatives, elles deviennent positives. Il n'y a ni
signe clinique ni signe radiologique. On parle alors de
primo-infection latente.
* Plus rarement (10% des cas), il apparait, en plus des
réactions cutanées tuberculiniques positives soit des signes
cliniques évocateurs, soit des signes radiologiques, soit les
deux. On parle alors de primo-infection patente.
* Qu'il s'agisse de primo-infection patente ou de
primo-infection latente, il existe un risque ultérieur de
diffusion de la maladie tuberculeuse. Ce risque est élevé au
cours de l'année ou des 2 ou 3 années qui suivent la
primo-infection tuberculeuse, mais il peut aussi se révéler
tardivement.
* Après pénétration (aérienne, digestive, ORL ou oculaire), le
BK constitue un chancre d'inoculation et essaime dans tout
l'organisme neuf. Dans le poumon, le chancre d'inoculation
correspond à un petit foyer d'alvéolite inflammatoire puis
caséeuse. Il est associé à une réaction ganglionnaire
homolatérale (voir plus haut).
APPROCHE CLINIQUE DE LA PRIMO-INFECTION TUBERCULEUSE :
La primo-infection tuberculeuse touche traditionnellement
l'enfant. Dans les pays ou l'endémie tuberculeuse reste basse le
diagnostic peut néanmoins être plus fréquent chez l'adolescent
ou l'adulte jeune.
C'est le risque annuel d'infection ou index tuberculinique qui
traduit le mieux la prévalence de la primo-infection. Il
correspond à la proportion d'individus d'une population donnée
chez qui on constate une positivation spontanée (sans BCG
préalable) des réactions cutanées tuberculiniques au cours d'une
période de surveillance de 1 an.
Primo-infection latente :
La primo-infection latente représente 90% des cas.
Par définition son diagnostic ne repose que sur la constatation
d'une modification (virage) des réactions cutanées
tuberculiniques. Le test a pu être fait:
- à l'occasion d'une visite systématique de collectivité (milieu
scolaire).
- par le médecin praticien à l'occasion de la réalisation du
programme de vaccination.
- dans les suites d'une autre affection.
C'est donc un objectif important pour tout médecin que de savoir
ou en sont les réactions cutanées tuberculiniques des enfants
vaccinés ou non par le BCG dont il a la charge (pratique de
l'intradermoréaction ou de la bague).
Primo-infection patente :
La primo-infection patente représente 10% des cas.
Eléments cliniques d'orientation
* Altération de l'état général: asthénie, anorexie,
amaigrissement, fébricule traînante, baisse du rendement
scolaire.
* Erythème noueux: non spécifique de l'affection (se retrouve
aussi dans la sarcoidose, au cours de certaines toxidermies
médicamenteuses, au cours des streptococcies par exemple) mais
très évocateur:
- il est constitué de nodosités violacées, dermo-hypodermiques,
chaudes et douloureuses, siégeant volontiers à la face
antérieure et interne des jambes.
- ces nodosités ont un aspect contusiforme et évoluent par
poussées d'age différent.
- elles persistent 1 à 2 mois et peuvent être accompagnées de
fébricule et d'arthralgies.
* Kérato-conjonctivite phlycténulaire: toute constatation d'un
oeil rouge unilatéral traînant chez un enfant porteur d'une
fébricule doit inciter à pratiquer une intradermoréaction. Ce
mode de révélation est actuellement rare.
* Adénopathies: notamment cervicales, elles accompagnent le plus
souvent un chancre d'inoculation ORL.
* Toux et dyspnée: ces éléments sont plutot évocateurs de
complications à type de compression bronchique.
* Enfin, il peut n'y avoir aucune symptomatologie clinique mais
des éléments radiologiques.
Conduite à tenir
La constatation de l'un de ces éléments cités ci-dessus doit
conduire:
- à étudier l'entourage à la recherche d'un contaminateur.
- à pratiquer des tests cutanés tuberculiniques.
- à pratiquer un cliché pulmonaire.
Etude de l'entourage :
On doit savoir attacher de l'importance à la toux, apparemment
banale, de sujets agés vivant au foyer familial et rechercher, à
l'interrogatoire, un passé tuberculeux chez les parents ou
grands-parents.
Réactions cutanées tuberculiniques :
Pour affirmer la modification des réactions cutanées
tuberculiniques ou virage il faut disposer de résultats
antérieurs. Tout contrôle, même négatif, doit donc figurer sur
le carnet de santé des enfants.
Compte tenu de la nécessité d'obtenir des résultats fiables et
quantitatifs, seule l'intradermoréaction à 10 unités doit être
utilisée lorsque l'on recherche une primo-infection
tuberculeuse.
Bague tuberculinique
Elle est d'emploi facile.
* Après préparation de la peau à l'éther la bague est coiffée
sur le pouce de l'opérateur. Le chaton de cette bague renferme 9
micropointes noyées dans la tuberculine. Le chaton est appliqué
pendant quelques secondes à la face externe du bras par une
pression d'intensité moyenne.
* La lecture s'effectue au 3e jour. Seule la présence d'une
induration de 3 millimètres au moins peut être considérée comme
positive. Des réactions parasites non spécifiques sont
possibles.
Intradermoréaction à la tuberculine purifiée
Seule cette technique devrait être utilisée pour apprécier avec
sécurité les réactions cutanées. Il s'agit d'une technique
quantitative, codifiée, reproductible.
* Après préparation de la peau et à l'aide d'une seringue à
intradermoréaction stérile à usage unique, comportant une
aiguille fine à biseau court, l'injection a lieu strictement
dans l'épiderme. La quantité injectée est de 0,1 millilitre de
tuberculine purifiée à 10 unités. Le test peut être réalisé soit
à la face antérieure de l'avant-bras soit à la face externe du
bras. Il est nécessaire d'obtenir, lors de l'injection, un
phénomène de peau d'orange.
* La lecture s'effectue au 3e jour par un palper soigneux du
bout des doigts de l'induration apparue. Il s'agit d'une lecture
quantitative puisque cette induration doit être mesurée en
millimètres. Il n'est pas tenu compte d'un érythème simple sans
induration.
- En deçà de 5 millimètres, la réaction doit être considérée
comme négative.
- Entre 5 et 10 millimètres, il s'agit d'une réaction faiblement
positive.
- Au-delà des 10 millimètres, la réaction est positive.
Interprétation de la réaction
On tiendra compte du fait que:
* les réactions cutanées tuberculiniques positives apparues
après vaccination par le BCG sont d'intensité modeste (environ 7
millimètres).
* toute interprétation de réaction cutanée tuberculinique doit
faire référence à des tests antérieurs de façon à savoir s'il
est apparu une modification.
* une réaction violemment positive peut se rencontrer au cours
d'un processus tuberculeux évolutif mais n'en est pas synonyme.
En effet, elle peut aussi traduire une allergie tuberculinique
un peu excessive en dehors de tout contexte infectieux évolutif.
* une réaction négative n'élimine pas, non plus, un contexte
infectant récent (quelques semaines), du fait de la période
anté-allergique.
* de même, certaines tuberculoses particulièrement sévères
peuvent s'accompagner de réactions cutanées tuberculiniques
négatives (tuberculose miliaire aigue, vaste tuberculose
bilatérale et hyperpyrétique). Cela est d'autant plus fréquent
que le sujet est agé et en mauvais état général.
* enfin, certaines affections sont considérées comme
anergisantes. Ces affections anergisantes peuvent négativer
transitoirement les réactions cutanées tuberculiniques:
- coqueluche, rougeole.
- grippe, hépatite virale.
- mais aussi maladie de Hodgkin, leucoses et tumeurs solides.
- états d'immunodépression spontanés ou engendrés par une
contamination par le VIH ou par des traitements
immunodépresseurs et/ou à base de cortisone.
* cette négativation peut aussi être le fait de maladies
générales telles que la sarcoïdose, des états de dénutrition, du
grand age (supérieur à 70 ans).
Tout contrôle des réactions cutanées tuberculiniques doit être
impérativement inscrit sur le carnet de santé.
RADIOLOGIE :
Indications
* La pratique d'un cliché pulmonaire est nécessaire pour
l'enfant, l'adolescent ou l'adulte jeune présentant un contexte
clinique évocateur de primo-infection.
* Cet examen sera aussi demandé pour les membres de la famille
vivant dans le même foyer, à la recherche d'un contaminateur
(sujet âgé) et/ou d'autres sujets contaminés.
* Même en l'absence de signes cliniques, la présence de signes
radiologiques contraint à porter le diagnostic de
primo-infection patente (et donc à avoir une attitude
thérapeutique spécifique).
Description
On rencontre:
- adénopathie médiastinale et chancre parenchymateux.
- adénopathie médiastinale isolée (unilatérale le plus souvent).
- adénopathie médiastinale et trouble de ventilation (lobe
moyen).
- complications: granulome bronchique, fistulisation, séquelles
à type de DDB.
- adénopathie médiastinale et épanchement pleural.
- adénopathie médiastinale et infiltrat parenchymateux.
* Ces deux derniers aspects sont plus tardifs et traduisent déjà
une authentique tuberculose pleurale et pulmonaire.
* Enfin, chez le sujet transplanté ou immunodéprimé ou, parfois,
chez le petit enfant: adénopathies médiastinales bilatérales
volumineuses, compressives, associées ou non à un chancre de
grande dimension, parfois excavé.
Patients séropositifs pour le VIH
Rappelons que la découverte d'une séropositivité VIH chez tout
patient doit conduire systématiquement à la pratique d'une
intradermoréaction à 10 unités, d'un examen clinique, d'une
radiographie du thorax.
Dans ces conditions, la fiabilité de l'intradermoréaction
n'existe que si le taux de lymphocytes CD4 est suffisant: en
pratique, au-dessus de 400/ml.
BACTERIOLOGIE :
L'étude bactériologique est de plus en plus négligée au cours de
la primo-infection. Cette habitude est d'autant plus regrettable
que les cultures obtenues après tubages gastriques sont
positives:
- dans 20% des cas de primo-infection latente.
- dans 40% des cas de primo-infection patente.
ÉVOLUTION :
Évolution immédiate :
* Le plus souvent l'évolution immédiate est bonne et bénigne. Il
s'établit une coexistence équilibrée entre les possibilités de
défense de l'organisme atteint et la population paucibacillaire
plus ou moins séquestrée dans les ganglions.
* Les complications sont rares mais graves:
- compression bronchique avec atélectasies, fistulisation,
dissémination bronchogénique avec apparition rapide d'aspects
nodulo-infiltratifs diffus.
- dissémination hématogène de haute gravité par atteintes
viscérales diverses, miliaire parenchymateuse.
- méningite tuberculeuse (enfant), de pronostic toujours
redoutable.
- enfin, plus tardivement, constitution de dilatations des
bronches en amont de la lésion bronchique.
Évolution secondaire :
Au cours des 2 années qui suivent la primo-infection on constate
un risque élevé d'atteinte parenchymateuse pulmonaire miliaire,
rénale, génitale, pleurale et/ou péritonéale et/ou péricardique
(atteinte des séreuses), hépatique et/ou splénique (surtout en
cas de séropositivité pour le VIH), médullaire, osseuse et
articulaire.
Evolution tardive :
Cet équilibre hote-BK, acquis au terme de la primo-infection
habituelle, peut se rompre sous l'influence de facteurs
multiples: dénutrition, éthylisme, affections débilitantes
intercurrentes (diabète, gastrectomie, immunodépression et, plus
particulièrement, séropositivité pour le VIH).
* La réinfection endogène est alors source d'atteintes:
- pulmonaires le plus souvent.
- mais d'autres localisations viscérales sont possibles:
osseuses, ganglionnaires, digestives, uro-génitales.
* Ainsi, même si l'évolution immédiate de la primo-infection
tuberculeuse, qu'elle soit latente ou patente est, en général,
bonne, le traitement antituberculeux en est nécessaire pour
éviter l'apparition non seulement de complications immédiates
mais aussi de troubles secondaires ou tardifs. Ceux-ci sont six
fois moins fréquents lorsque le sujet a reçu un tel traitement.
TRAITEMENT :
Traitement de la primo-infection tuberculeuse latente :
Malgré l'absence de tout signe clinique et radiologique, son
intéret est démontré puisqu'il diminue par six le risque de voir
survenir une tuberculose de quelque forme que ce soit dans les
années qui suivent. Cet argument doit être utilisé auprès des
parents pour faire concevoir l'utilité d'un traitement long chez
un enfant apparemment bien portant.
On conseille:
- soit 6 mois de Rimifon* seul.
- soit 3 mois de rifampicine et Rimifon* puis 3 mois de Rimifon*
seul.
Traitement de la primo-infection tuberculeuse patente :
Le traitement de la primo-infection tuberculeuse patente est
celui de toute tuberculose pulmonaire commune (voir plus loin).
* On appelle chimioprophylaxie primaire le fait de mettre sous
isoniazide (INH) seul un enfant intradermoréaction négatif
vivant dans un habitat tuberculisé. Le traitement est poursuivi
jusqu'à ce que la situation familiale soit controlée: nécessité
de revoir les réactions cutanées tuberculiniques du 3e mois puis
de prendre une nouvelle décision en conséquence:
- intradermoréaction toujours négative. arret de l'INH et
pratique d'une vaccination par le BCG.
- intradermoréaction positive: la primo-infection se confirme et
on complète le traitement en conséquence.
* On appelle chimioprophylaxie secondaire le traitement de la
primo-infection tuberculeuse latente.
Tuberculose pulmonaire commune :
* Les principaux aspects de la maladie tuberculeuse en
pneumologie sont:
- la primo-infection.
- la tuberculose pulmonaire commune.
- les tuberculoses pulmonaires aigues: pneumonie caséeuse,
broncho-pneumonie tuberculeuse, miliaire.
* On appelle tuberculose pulmonaire commune l'atteinte
infiltrative et/ou ulcérée la plus habituellement rencontrée.
* Les lésions sont consécutives à:
- une réinfection endogène le plus souvent, notamment à distance
d'une primo-infection non traitée.
- une surinfection exogène par contamination massive
(circonstance plus rare).
ASPECTS CLINIQUES :
Circonstances de découverte :
Il n'existe pas de signe clinique pathognomonique de la
tuberculose pulmonaire commune mais le diagnostic est évoqué
dans trois circonstances:
* le syndrome d'imprégnation tuberculeuse:
- asthénie, anorexie, amaigrissement (a, a, a).
- fébricule vespérale.
- sueurs nocturnes.
- toux tenace inhabituelle ou au contraire masquée par un
éventuel tabagisme.
- expectoration trouble d'autant plus évocatrice qu'elle est
striée de filets sanglants (hémoptysie).
* un épisode respiratoire aigu:
- d'aspect pseudo-bronchitique ou pseudo-pneumonique.
- ces deux aspects peuvent revêtir le masque d'une étiologie
grippale ou bactérienne banale et comportent toujours une
association de fièvre, de toux et éventuellement
d'expectoration.
* enfin, un accident évocateur:
- hémoptysie (d'abord songer au cancer, puis en second lieu à la
tuberculose).
- pneumothorax.
- épanchement pleural.
En l'absence de signes cliniques :
Mais la tuberculose pulmonaire dans ses formes de début peut
aussi n'avoir aucune traduction clinique et être par chance
diagnostiquée au cours d'un contrôle radiologique systématique:
contrôle professionnel, contrôle de l'entourage d'un sujet
contaminateur, contrôle des sujets à risque (immunodéprimés).
Dès lors, cinq réflexes doivent être respectés:
- approfondir l'examen clinique.
- obtenir un contrôle radiologique.
- pratiquer une intradermoréaction à la tuberculine.
- obtenir des prélèvements bactériologiques de qualité (intérêt
des tubages gastriques).
- ne pas utiliser d'antibiothérapie immédiate comportant un
produit susceptible d'être actif sur le BK: streptomycine,
rifampicine, certaines quinolones, amikacine.
Approfondir l'examen clinique :
* En dehors de la coexistence d'un épanchement pleural, on
tirera peu de renseignements de l'examen physique même le plus
soigneux car il faut en arriver à des dégats parenchymateux
majeurs pour retrouver une symptomatologie de condensation ou
une symptomatologie cavitaire.
* Au cours de cet examen, l'interrogatoire recherchera:
- un passé tuberculeux personnel (primo-infection en particulier
traitée ou non? comment?).
- un passé tuberculeux familial.
- des précisions sur une éventuelle vaccination par le BCG et
sur les résultats des tests tuberculiniques antérieurs
(l'expérience montre que de tels renseignements sont d'une
extrême complexité à obtenir avec précision).
- des précisions sur le contexte socio-économique.
- la coexistence d'affections débilitantes.
OBTENIR UN CONTRÔLE RADIOLOGIQUE :
Même au prix d'un déplacement d'un sujet peu valide (sujet âgé),
il s'agira obligatoirement de radiographies éventuellement
couplées à un scanner thoracique.
Radiographie et scanner thoracique:
- permettent un descriptif des lésions.
- suggèrent dans une certaine mesure une évolutivité.
- n'affirment jamais le diagnostic qui ne peut être que
bactériologique.
Siège des images pathologiques :
Les zones les plus volontiers touchées par le BK sont:
* les topographies apicales: lobes supérieurs droit et gauche,
segment de Fowler (segment apical du lobe inférieur).
* les topographies postérieures: à droite segment apical et
segment dorsal du lobe supérieur droit, à gauche segment
apico-dorsal du lobe supérieur gauche.
Aspect des lésions :
Lésions probablement actives
L'aspect peut être:
* infiltrat minime.
* infiltrat étendu hétérogène.
* nodules: isolés ou groupés, de contours flous, ils sont
fréquemment associés aux infiltrats.
* cavernes: à un stade plus tardif, isolées ou multiples,
parfois de grande dimension:
- il s'agit d'une évolution logique des lésions nodulaires et
infiltratives.
- ces lésions sont d'une haute contagiosité.
- enfin, il existe un risque hémorragique.
Lésions probablement séquellaires
* Lésions fibreuses: sous forme de tractus scléreux souvent
complexes et correspondant à un processus cicatriciel, elles
siègent donc sur les mêmes topographies qui peuvent parfois
présenter des images stellaires. Elles s'accompagnent d'un
processus rétractile parfois important, d'un emphysème
paracicatriciel, parfois de dilatations de bronches.
* Nodules fibrocalcifiés, à limites plus ou moins régulières et
comportant une ou plusieurs calcifications centrales:
- si la lésion est arrondie, comporte des limites assez nettes
et est isolée avec parfois calcification centrale, on parlera
plus volontiers de tuberculome pour lequel la confirmation
bactériologique est toujours difficile à obtenir.
- le véritable tuberculome est fait de strates concentriques en
bulbe d'oignon, de matériel fibroconjonctif.
* Adénopathies médiastinales calcifiées: séquelles lointaines de
primo-infection tuberculeuse.
* Les épaississements pleuraux ou pachypleurites accompagnent
souvent les atteintes importantes et siègent soit aux sommets en
regard des lésions parenchymateuses, soit à la base et comblent
les culs-de-sac pleuraux.
Toutes ces lésions qualifiées de "probablement séquellaires"
méritent un contrôle bactériologique comprenant au moins trois
et parfois six tubages.
EXAMENS BIOLOGIQUES :
Les examens biologiques sont de peu d'intérêt, cependant:
- la VS est accélérée.
- la numération formule sanguine montre assez souvent une
leuconeutropénie avec lymphocytose. Cette leucopénie en contexte
fébrile au long cours peut être d'une aide précieuse. Elle n'est
néanmoins pas constante.
- la sérologie tuberculeuse n'a aucune fiabilité.
EXAMENS BACTERIOLOGIQUES :
Intradermoréaction
Elle est positive si supérieure à 15mm, traduisant une
importante réaction allergique. le centre de la papule peut même
prendre un aspect phlycténulaire voire exceptionnellement être
l'objet d'une nécrose superficielle (rappelons les possibles
réactions cutanées tuberculiniques négatives chez les sujets
séropositifs agés ou dénutris).
Recherche de bacille
Seul cet examen permettra d'affirmer le diagnostic:
* chez les patients cracheurs:
- expectoration matinale à jeun 3 jours de suite.
- tubage matinal à jeun 3 jours de suite.
* chez les patients non cracheurs: tubage matinal à jeun 3
jours de suite (parfois davantage).
* chez les patients porteurs de lésions peu importantes non
excavées: fibroaspiration in situ à l'aide du fibroscope:
l'expectoration des 24 heures qui suivent la fibroscopie sera
prélevée car elle est souvent positive. En effet, le ramonage
par la sonde d'aspiration (sonde d'Odman) est à l'origine d'une
exfoliation bacillaire.
On cherche alors à obtenir:
* une positivité de l'examen direct: présence de bacille
acidoalcoolorésistant.
* une mise en culture (culture traditionnelle avec résultats
obtenus en 4 à 6 semaines environ ou culture type Bactec dont
les résultats sont obtenus en 10 à 15 jours).
* un antibiogramme. En effet, on rencontre parfois soit une
résistance primaire, soit une résistance secondaire (voir plus
haut).
ÉVOLUTION :
Au cours des premiers mois :
L'évolution de la tuberculose pulmonaire commune correctement
traitée et surveillée est désormais bénigne et favorable.
Evolution clinique
La fièvre cède en 8 à 10 jours et la reprise progressive de
l'état général est nette à la fin du premier mois de traitement.
Evolution bactériologique
* La puissance des associations antibiotiques actuellement
utilisées est telle qu'en 3 semaines on obtient habituellement
une négativation de l'expectoration à l'examen direct.
* On considère alors que le risque de contagiosité est en
pratique nul. Il peut cependant arriver que l'expectoration
comporte encore des BK mais ceux-ci ne sont pas en mesure de se
répliquer en culture et n'ont plus de caractère pathogène.
* Dans ces conditions, la période de contagiosité après la
découverte bactériologique est donc brève. Elle justifie
néanmoins une courte hospitalisation si l'intéressé vit au sein
d'une famille comportant des enfants (en moyenne 15 jours à 3
semaines). Une telle attitude est cependant discutable puisque
avant la découverte bactériologique il a pu s'écouler plusieurs
mois de cohabitation, source de possible contamination. S'il n'y
a pas d'enfants ou de personnes fragiles, la totalité du
traitement peut avoir lieu à domicile. Tout est donc affaire de
cas particuliers.
Evolution radiologique
* Si les lésions initiales sont discrètes et de type
infiltratif, on est en mesure d'attendre une correction sans
séquelle radiologique.
* Sinon la rétraction, les tractus fibreux, les calcifications
apparaitront lentement à des degrés divers.
* Le traitement n'est pas en mesure de conduire à une
restitution ad integrum du parenchyme pulmonaire mais à une
stérilisation des lésions.
Évolution tardive :
Séquelles fonctionnelles
* Elles concernent surtout la tuberculose initialement étendue
dont la cicatrisation s'est faite au prix de rétractions
importantes avec emphysème paracicatriciel et dilatations
bronchiques plus ou moins sectorisées.
* De telles lésions peuvent être bilatérales et accompagnées de
séquelles pleurales graves (suite d'épanchement, de pneumothorax
thérapeutique ou même de thoracoplastie) et conduisent alors à
l'insuffisance respiratoire chronique.
Rechutes
* Elles peuvent être le fait du médecin et liées alors à une
prescription inadéquate, plus souvent du malade: suivi
thérapeutique négligé, arrêt trop précoce, non-respect des
posologies, environnement sociofamilial défavorable, abandon de
surveillance.
* Toutes ces anomalies conduisent à la notion de persistance
bacillaire dont le réveil clinique pourra être précoce ou
tardif. Dès lors, le risque d'apparition de phénomènes de
résistance est majeur.
Enfin, il convient de citer le risque tardif de greffe
aspergillaire sur lésions cavitaires résiduelles dont
l'expression clinique sera surtout l'apparition d'hémoptysies.
Formes cliniques :
TUBERCULOSES PULMONAIRES AIGUES :
On distingue trois manifestations rares mais préoccupantes:
- tuberculose miliaire.
- broncho-pneumonie tuberculeuse.
- pneumonie caséeuse.
Tuberculose miliaire :
La définition de la tuberculose miliaire est purement
radiologique et correspond à la dissémination dans les deux
champs pulmonaires de fines images micronodulaires ayant la
taille d'un grain de mil. La constatation de telles images
signifie en fait que des lésions micronodulaires atteignent
simultanément d'autres organes:
* méninges (d'ou l'intérêt de la ponction lombaire (PL)
systématique).
* foie (la ponction-biopsie hépatique lorsqu'elle est possible
apporte parfois un élément diagnostique anatomopathologique
précieux).
* reins (recherche de BK dans les urines systématique et
contrôle radiologique).
* oeil (les tubercules choroidiens de Bouchut quoique
exceptionnels sont un élément d'orientation).
* la moelle osseuse (intérêt des myélocultures).
* les séreuses, la rate, enfin le sang lui-même ou l'hémoculture
est parfois positive notamment chez les patients séropositifs
pour le VIH.
Le plus souvent, la généralisation bacillaire se fait donc par
voie hématogène à partir du foyer initial (lésion
ganglio-pulmonaire de primo-infection ou, moins fréquemment,
lésion de réinfection endogène).
Formes aigues fébriles de tuberculose miliaire
* Signes cliniques:
- la fièvre est élevée (39 à 40°C), permanente, marquée parfois
par de grandes oscillations dans la journée. Elle est
curieusement bien tolérée (du moins au début).
- la dyspnée n'est pas constante mais chez certains patients
elle peut prendre un caractère dramatique évoluant ainsi vers un
authentique syndrome de détresse respiratoire de l'adulte
imposant une ventilation assistée (forme de Jaccoud).
- asthénie, anorexie, amaigrissement et paleur sont très
marqués.
* Signes biologiques:
- la VS est très accélérée, supérieure à 100 à la première
heure.
- si l'atteinte médullaire est importante, il peut exister une
anémie. La fièvre contraste avec la leuconeutropénie classique
et parfois apparaissent une monocytose ou des réactions
leucémoïdes.
- la PL peut traduire une participation méningée:
hyperalbuminorachie modeste, hypochlorurachie et lymphocytose.
La mise en culture du LCR est peu productive.
- le fond d'oeil et la recherche de bacille dans les urines sont
obligatoirement demandés.
- on pourra pratiquer aussi une myéloculture, une
ponction-biopsie hépatique, des hémocultures.
* Signes bactériologiques:
- l'intradermoréaction est souvent paradoxalement négative. Il
en va souvent de même de l'étude directe de l'expectoration, des
tubages ou de la fibroaspiration.
- le lavage alvéolaire est souhaitable: la formule du liquide
montre une hyperlymphocytose et le bacille est parfois retrouvé.
- cependant, si les recherches à l'examen direct sont négatives,
un nombre optimal de prélèvements effectués par tubages (4 à 6)
doit être respecté de façon à pouvoir disposer d'une
confirmation ultérieure par le biais des cultures (si possible
de développement rapide type Bactec).
- néanmoins, dans les formes dyspnéiques graves, ces recherches
ne devront en aucun cas retarder la mise en route du traitement
même sans confirmation bactériologique.
* En anatomopathologie: les biopsies pleurales (en cas
d'épanchement associé), les biopsies hépatiques ou
parenchymateuses pulmonaires (par fibroscopie) peuvent
objectiver le follicule épithéliogigantocellulaire avec nécrose
caséeuse. Si plusieurs fragments sont retirés, l'un d'entre eux
sera mis en culture.
* Le cliché radiographique doit être d'excellente qualité, les
micronodulations sont disséminées et nettement isolées les unes
des autres dans la forme typique. Avec le temps elles peuvent
prendre par endroits un caractère confluent.
Formes chroniques froides de tuberculose miliaire
* Ces formes sont plus rares et liées à une diffusion
lymphatique ou aérienne.
* Il n'y a pas (ou peu) de fièvre mais l'altération de l'état
général est progressive.
* A la radiologie, les lésions sont beaucoup moins typiques et
les micronodulations sont volontiers confluentes et plus ou
moins sectorisées.
* Ces formes atteignent préférentiellement les vieillards ou les
sujets défavorisés.
Broncho-pneumonie tuberculeuse :
* La broncho-pneumonie tuberculeuse correspond à ce que l'on
appelait autrefois la phtisie "galopante": fièvre, toux,
expectoration, dyspnée, altération rapide de l'état général sont
les éléments cliniques les plus expressifs qui conduisent à la
pratique d'une radiographie.
* On constate alors plusieurs foyers de condensation
parenchymateux à caractère mal limité, ils sont bilatéraux et
peuvent présenter une tonalité hétérogène évoquant la présence
d'ulcérations.
* La gravité de cette forme est souvent liée à la fragilité du
terrain sur lequel elle survient.
Pneumonie caséeuse :
Actuellement, c'est essentiellement une affection (rare) du
petit enfant, il s'agit d'une forme grave de primo-infection.
* Les signes cliniques sont d'apparition brutale,
pseudo-pneumoniques.
- Ce sont la toux, l'expectoration muco-purulente, la fièvre et
une altération profonde de l'état général.
- Les examens ne confirment pas la pneumonie bactérienne
typique: submatité, rales humides au lieu de foyers crépitants,
zone d'hypoventilation sans véritable souffle tubaire.
* En revanche, la radiographie montre une zone de condensation
massive non rétractile et dont les limites anatomiques sont en
général nettes. Cette condensation est parfois déjà hétérogène.
- Le risque de vastes ulcérations est important.
- Des réactions ganglionnaires médiastinales importantes peuvent
être associées.
TUBERCULOSE ET VIH :
Lien entre tuberculose et SIDA :
Depuis 1993, la classification internationale CDC-OMS intègre
dans le cadre du SIDA tout patient séropositif pour le VIH
présentant une tuberculose pulmonaire ou extra-pulmonaire. Ainsi
que nous l'avons vu plus haut, l'extension de la séropositivité
pour le VIH a profondément modifié l'épidémiologie de la
tuberculose.
On distingue trois faits essentiels:
* lorsqu'un patient ayant des antécédents de tuberculose ou de
primo-infection développe une séropositivité pour le VIH, la
régression des taux de lymphocytes CD4 aux environs de 200
éléments/mm3 entraine presque systématiquement un réveil de la
tuberculose pour peu que toute la population bacillaire n'ait
pas été éradiquée par un premier traitement, et que quelques
bacilles soient restés quiescents. On constate donc une
considérable facilitation de passage de l'état de tuberculose
infection à l'état de tuberculose maladie.
* l'apparition d'une tuberculose chez un sujet VIH-positif donne
très souvent lieu à l'émergence de formes fortement
contagieuses. L'examen direct est positif dans 50% des cas
environ. Le risque est donc très important pour l'entourage
(familial mais aussi soignant).
* chez ces mêmes patients, il est de plus en plus fréquent que
les souches de BK aient fait l'acquisition d'un phénomène de
multirésistance (essentiellement aux Etats-Unis).
Ainsi, on reconnaît que le SIDA aggrave la tuberculose et qu'en
échange la tuberculose aggrave l'infection à VIH.
On admet qu'en France 12% des patients atteints de SIDA auront
une tuberculose et qu'environ 10% des patients tuberculeux sont
séropositifs pour le VIH. Là encore existent d'importantes
variations régionales.
Aspects cliniques et radiologiques :
En cas d'association tuberculose-séropositivité pour le VIH, le
tableau clinique tuberculeux est surtout fonction de l'intensité
de l'immunodépression. Sur le plan physiopathologique, le
processus granulomateux et le processus nécrotique
disparaissent.
Le diagnostic est souvent complexe:
- les symptômes perdent leur spécificité, la fièvre est
néanmoins fréquente.
- l'évolution est rapide.
- les manifestations radiologiques sont beaucoup moins
évocatrices.
- les localisations extra-pulmonaires sont fréquentes.
- les réactions tuberculiniques sont souvent négatives.
- en conséquence, si on n'y songe pas de parti pris, le
diagnostic est tardif.
Aspects cliniques
* Pour les patients séropositifs pour le VIH chez qui le nombre
de CD4 est supérieur à 400/mm3, on rencontre des manifestations
ordinaires de tuberculose pulmonaire.
* Chez les patients dont le nombre de CD4 est inférieur à 200
éléments/mm3, asthénie, anorexie, amaigrissement, fièvre sont
particulièrement prononcés.
* Si le contrôle des réactions cutanées tuberculiniques se
révèle positif, cela signe un fort risque de tuberculose maladie
(on admet que l'intradermoréaction est positive à partir de 5mm
dans ces conditions).
* Si une tuberculose évolutive, au terme du bilan, est exclue,
il faut néanmoins instaurer une chimioprophylaxie à
l'isoniazide.
* Chez le patient atteint de SIDA, la signification de
l'intradermoréaction est nulle en deçà de 200 CD4+/mm3.
Aspects radiologiques
Au niveau radiologique, on note:
- la fréquence des adénopathies médiastinales, l'apparition
d'opacités grossièrement nodulaires siégeant dans la région
moyenne ou dans les bases:
- elles peuvent être remplacées par des manifestations
infiltratives mal limitées.
- enfin, le cliché pulmonaire peut rester normal (même en cas de
bactériologie positive au direct).
- miliaire, lésions hétérogènes apicales et aspect cavitaire
sont très rares.
Atteintes extra-respiratoires
Parallèlement à l'atteinte pulmonaire, il est indispensable de
rechercher systématiquement des atteintes extra-respiratoires.
* Dans de telles situations, la contagiosité est
particulièrement importante car les BK sont très fréquemment
retrouvés au direct (un cas sur deux), les cultures sont presque
systématiquement positives, enfin les hémocultures elles-mêmes
sont positives dans environ 10% des cas.
* Les localisations extra-pulmonaires (présentes dans environ
75% des cas) concernent le foie et la rate, les ganglions
médiastinaux, les ganglions superficiels, les voies urinaires.
En fait, de très nombreuses localisations peuvent être
envisagées: péritonéales, péricardiques, médullaires,
méningées...
Prévention de la tuberculose :
DÉPISTAGE SYSTÉMATIQUE :
Pendant de nombreuses années en France, un processus de
dépistage systématique concernant l'ensemble de la population a
été utilisé.
Son coût exorbitant, le fait qu'il ait concerné surtout les
secteurs de population compliants et qui bien souvent
appartiennent en même temps à des catégories
socioprofessionnelles au sein desquelles le risque tuberculeux
est faible expliquent qu'il ait été abandonné.
VACCINATION PAR LE BCG :
Conséquences de la protection :
La protection apportée par le BCG à l'encontre des tuberculoses
pulmonaires traditionnelles ou des atteintes extra-respiratoires
est d'environ 50%. Elle atteint 80% à l'encontre des
tuberculoses neuro-méningées ou des atteintes tuberculeuses
dites aigues (miliaire, broncho-pneumonie tuberculeuse,
pneumonie caséeuse).
Il est souhaitable de maintenir le principe de la généralisation
de la vaccination par le BCG, à l'évidence dans les pays ou
l'incidence annuelle de la tuberculose est élevée mais même dans
ceux ou elle avait atteint au fil des années un chiffre
particulièrement bas (Suède) puisque l'on sait maintenant que
les tentatives d'abandon de cette vaccination se sont
accompagnées d'une nette reprise des cas de primo-infections et
de tuberculoses chez l'enfant.
La vaccination par le BCG est une primo-infection artificielle
qui ne comporte pas les risques ultérieurs de la primo-infection
naturelle puisque le bacille générateur de la positivation des
réactions cutanées tuberculiniques n'est plus virulent.
Modalités pratiques de la vaccination par le BCG :
Qui vacciner?
* De façon facultative, l'enfant en bas age, voire à la
naissance (plus l'endémie tuberculeuse est forte, plus il y a
justification à prévoir cette vaccination tot).
* Obligatoirement, en France, l'enfant à partir de 6 ans, après
vérification des réactions cutanées tuberculiniques qui doivent
être négatives.
* Chez certains sujets bien portants, même lorsque la technique
vaccinale a été parfaite, on ne peut obtenir de positivation des
réactions cutanées tuberculiniques. Dans ce cas, il n'est pas
utile de répéter la vaccination plus de deux fois.
* Cette vaccination confère une positivation des réactions
cutanées tuberculiniques d'intensité plus faible que celle
obtenue naturellement (par primo-infection vraie) de l'ordre de
7mm.
Qui ne pas vacciner?
Les contre-indications à la vaccination par le BCG sont très
rares et les certificats de complaisance ou reposant sur des
arguments inexacts sont trop nombreux.
On ne vaccine pas:
- les enfants atteints de SIDA.
- les enfants séropositifs pour le VIH.
- les patients atteints de déficits immunitaires congénitaux ou
de ceux accompagnant les maladies cancéreuses ou les traitements
corticoides ou immunodépresseurs (touchant l'immunité
cellulaire).
- en cas d'affections auto-immunes.
- en cours de grossesse.
- en cas d'eczémas allergiques en poussée évolutive ou dans les
suites immédiates d'un processus infectieux.
Avec quoi vacciner?
* Les vaccins lyophilisés (Mérieux, Pasteur) sont fortement
recommandés en France: BCG pour injection intradermique. La
technique doit être parfaite pour limiter le risque de réactions
locales inflammatoires importantes. Ces réactions locales
peuvent s'accompagner d'une réaction ganglionnaire de voisinage.
* Bien que les résultats en soient moins bons, on peut
rapprocher de cette technique l'utilisation du Monovax*: bague
plastique munie de pointes imprégnées de vaccin BCG.
* Le succès de la vaccination se traduit par une positivation
des réactions cutanées tuberculiniques qu'on recherche par
intradermoréaction à 10 unités (ou par "monotest") en moyenne 3
à 6 mois après la vaccination. Cette positivation est obtenue
dans un très large pourcentage de cas: 75 à 90% des sujets
vaccinés.
CHIMIOPROPHYLAXIE :
Chimioprophylaxie primaire par isoniazide :
Au sein d'une famille touchée par la déclaration d'une
tuberculose dont les examens bactériologiques confirment la
positivité, les enfants sains n'ayant pas été vaccinés et
présentant des réactions cutanées tuberculiniques négatives
doivent faire l'objet d'une chimioprophylaxie primaire:
administration d'isoniazide à la dose de 5mg/kg pour une durée
de 3 mois.
Si à cette date l'intradermoréaction est toujours négative, la
vaccination sera pratiquée. Si elle s'est positivée, on est
alors en présence d'une primo-infection qu'il faut traiter en
conséquence.
Chimioprophylaxie secondaire :
La chimioprophylaxie secondaire concerne, en pratique, le
traitement de la primo-infection tuberculeuse latente: toute
découverte d'une primo-infection se traduisant par une simple
modification des réactions cutanées tuberculiniques doit être
traitée par:
* soit 6 mois de Rimifon* seul.
* soit 3 mois d'association rifampicine et Rimifon* suivis de 3
mois de Rimifon* seul.
Traitement des patients porteurs de séquelles tuberculeuses
n'ayant jamais fait l'objet de prise en charge :
Le traitement des patients porteurs de séquelles tuberculeuses
n'ayant jamais fait l'objet de prise en charge doit être établi
de principe.
Il s'agit dans ce cas d'un traitement complet standard de 6 mois
seul capable d'assurer une stérilisation de ces lésions qui
conservent toujours un caractère douteux.
Il faut proposer la même attitude aux patients qui doivent faire
l'objet à moyen ou long terme d'une greffe d'organe et qui sont
porteurs de séquelles tuberculeuses jamais traitées.
L'objectif essentiel de la lutte antituberculeuse doit être la
suppression des sources de contamination avec en particulier le
dépistage précoce et le traitement optimal des formes
bacillifères.
Traitement de la tuberculose pulmonaire :
PRECAUTIONS A OBSERVER AVANT DE DÉBUTER UN TRAITEMENT
ANTITUBERCULEUX :
Trois enquêtes doivent être obligatoirement respectées:
- enquête bactériologique.
- enquête viscérale.
- enquête familiale.
Enquête bactériologique :
La mise en évidence du BK est une triple nécessité.
* La nécessité diagnostique est le seul critère formel.
* Nécessité pronostique, car la demande systématique d'un
antibiogramme permettra de connaitre la sensibilité du BK aux
produits choisis, la mise en évidence de souches résistantes à
un ou plusieurs produits justifiera des modifications
secondaires de la composition du traitement ainsi que des
réserves pronostiques éventuelles.
* Nécessité évolutive, car la disparition du BK sous traitement
à plusieurs examens de surveillance constitue le seul critère de
stérilisation des lésions et donc de guérison.
Enquête viscérale :
L'enquête viscérale a deux buts:
* préciser le terrain: il est nécessaire de dépister toutes les
associations morbides qui peuvent favoriser la maladie et/ou
aggraver l'intolérance au traitement.
- séropositivité (intolérances fréquentes).
- éthylisme, diabète, insuffisance rénale.
- contexte néoplasique.
- corticothérapie prolongée.
* rechercher une autre localisation bacillaire (surtout chez les
sujets séropositifs pour le VIH à taux bas de CD4).
Enquête familiale :
Au sein de la famille ou parmi les proches: le contrôle des
vaccinations BCG antérieures, l'étude des réactions cutanées
tuberculiniques par intradermoréaction à 10 unités et la
pratique éventuelle de radiographies sont une nécessité pour
pouvoir répondre à une double interrogation:
* sujets contaminés? le plus souvent les enfants.
* sujets contaminateurs? assez souvent les personnes âgées
porteuses de lésions subévolutives et dont la symptomatologie
apparaît à tort comme banale.
Cette enquête familiale ne doit en aucune manière se dérouler
dans un climat d'anxiété et doit être menée avec tact en ne
ménageant pas les explications. Trop souvent encore la maladie
tuberculeuse est vécue de façon culpabilisante.
ANTIBIOTIQUES ANTITUBERCULEUX LE PLUS FRÉQUEMMENT
UTILISES :
Rifampicine Rifadine* ou Rimactan* :
Posologie
La rifampicine s'utilise à la dose de 10mg/kg et par 24 heures
en une seule prise matinale à jeun.
- Les gélules (rouges) sont dosées à 300mg.
- Une plus grande souplesse de posologie est apportée par le
sirop pédiatrique dont les cuillères mesures représentent 100mg.
Spectre d'action
* Ce produit possède une bonne diffusion même méningée.
* Il est actif par voie orale sur diverses espèces de
mycobactéries: Mycobacterium tuberculosis mais aussi
Mycobacterium kansasii.
La rifampicine agit sur toutes les populations de BK:
extra-cellulaires, intracellulaires et contenues dans le caséum.
Effets secondaires et toxicité
* Les rares effets secondaires sont d'ordre immunoallergique
représentés par un rash cutané, voire une cytopénie
immunoallergique avec exceptionnellement choc et insuffisance
rénale.
- Ces incidents sont souvent précédés d'un syndrome
pseudo-grippal de grande valeur.
- Ils sont favorisés par le surdosage et les traitements
intermittents.
- Ils peuvent survenir à la reprise d'un traitement interrompu.
* La rifampicine n'a qu'une toxicité hépatique propre modeste.
- Le risque n'est important que si le produit est utilisé en
association avec l'isoniazide.
- La surveillance des transaminases s'impose alors de façon
rigoureuse au rythme d'un dosage de TGO-TGP par semaine le
premier mois, tous les 15 jours le deuxième mois, puis une fois
par mois jusqu'au sixième mois.
- L'insuffisance hépatique (cirrhose non décompensée) n'est pas
une contre-indication en soi mais justifie une réduction de
moitié des doses quotidiennes.
* La rifampicine est en outre un inducteur enzymatique hépatique
et par ce biais peut augmenter le métabolisme de substances
transformées par les enzymes microsomiales hépatiques qui
peuvent être physiologiques comme le cortisol ou médicamenteuses
comme les antivitamines K, les estroprogestatifs dont l'action
inhibitrice sur l'ovulation peut ainsi être supprimée (risque de
grossesse).
* Le produit colore en rouge les urines du patient qui doit en
être informé dès le début du traitement.
Rifabutine :
La rifabutine ou encore ansamycine est intéressante dans le
traitement des mycobactéries qui présentent une résistance à la
rifampicine.
Isoniazide Rimifon* :
L'isoniazide (INH (Rimifon*)) est l'un des produits les plus
anciens puisqu'il existe depuis 1952. Il conserve une très bonne
activité contre le BK.
Posologie
* Il est disponible en comprimés de 50 et 150mg mais peut être
aussi utilisé par voie veineuse ou intramusculaire.
* C'est un produit très peu couteux dont la diffusion est bonne.
Il franchit correctement la barrière méningée inflammatoire.
* La posologie est de 5mg/kg/24h.
Spectre d'action
L'isoniazide est actif sur les mycobactéries intracellulaires et
extra-cellulaires mais moins intéressant à l'encontre des
mycobactéries atypiques.
Effets secondaires
Les effets secondaires dans ces conditions sont peu fréquents:
- polynévrite facilitée par la coexistence d'une intoxication
alcoolique.
- syndrome algodystrophique type syndrome épaule-main.
- syndrome lupique.
- troubles digestifs.
* La rifampicine accélère la formation intrahépatocytaire de
dérivés acétylés toxiques de l'isoniazide.
- L'ictère apparaît dans 4% des cas avec les posologies
classiques.
- Certains sujets sont considérés comme des acétyleurs rapides
de l'INH. Ils sont plus exposés aux phénomènes de toxicité
hépatique.
* L'élévation isolée et modérée des transaminases se rencontre
alors plus fréquemment (25% des cas environ).
- Elle impose seulement une surveillance plus rapprochée des
TGO-TGP et de la bilirubine.
- Les taux peuvent se normaliser spontanément.
- Des valeurs élevées (plus de 200UI) de transaminases
contraignent à l'arret de l'isoniazide surtout si elles
s'accompagnent d'une élévation de la bilirubine.
* L'isoniazide peut être utilisé sous surveillance chez la femme
enceinte.
* La prescription prolongée d'isoniazide doit être accompagnée
d'une vitaminothérapie B1 et B6 quotidienne.
* Les syndromes psychiatriques graves sont une
contre-indication.
Pyrazinamide Pirilène*, Tebrazid* :
* Ce produit est très actif sur les bacilles intracellulaires.
Il est connu depuis longtemps.
* Par voie orale, il est rapidement absorbé. L'élimination
s'effectue essentiellement par voie rénale.
* La posologie est de 30mg/kg/j.
* Les effets secondaires sont peu fréquents, on distingue:
- des atteintes hépatiques.
- des troubles digestifs (nausées, diarrhée, vomissements).
- des arthralgies par induction d'une hyperuricémie.
- des rashs cutanés en début de traitement.
Depuis quelques années, le pyrazinamide fait partie du
traitement standard incluant au cours des deux premiers mois
quatre antibiotiques.
Ethambutol Dexambutol*, Myambutol* :
* L'éthambutol s'utilise à la dose de 20mg/kg/j.
- Il peut être prescrit par voie orale, intramusculaire ou
intraveineuse.
- La tolérance est bonne.
* A posologie élevée et en traitement prolongé, il possède une
toxicité oculaire: névrite optique rétrobulbaire dont le premier
signe est une altération de la vision des couleurs.
- Une névrite optique rétrobulbaire préexistante
alcoolotabagique reste une contre-indication.
- Il para”t inutile de faire des examens ophtalmologiques
répétés au cours du traitement si l'examen initial spécialisé ne
dépistait aucune anomalie.
* L'élimination est essentiellement rénale et l'existence d'une
insuffisance rénale doit faire ajuster les doses en fonction du
taux de créatininémie.
* La diffusion est bonne, et le produit a la propriété de se
concentrer dans les lésions en voie de caséification. Il doit
cependant n'être considéré que comme un antibiotique
bactériostatique d'accompagnement utilisé pendant les deux
premiers mois.
* L'éthambutol peut être utilisé chez la femme enceinte.
Streptomycine :
* La streptomycine est bactéricide mais n'agit que sur le BK
extra-cellulaire.
* Elle ne peut être utilisée que par voie intramusculaire et
diffuse bien dans le parenchyme pulmonaire, la plèvre, les
articulations mais elle franchit mal la barrière méningée. Elle
est éliminée par voie rénale.
* La posologie moyenne est de 1g/j chez l'adulte de 60kg.
* Elle a enfin une toxicité cumulative pour la VIIIe paire. La
surveillance audiologique s'impose avant et pendant le
traitement dont la dose totale ne doit pas dépasser 80g.
* La surveillance rénale est nécessaire.
* Par ailleurs, il existe des réactions allergiques notamment
cutanées mais aussi des réactions fébriles, des arthralgies.
* Elle ne doit pas être utilisée chez la femme enceinte.
Kanamycine :
La kanamycine peut être employée en cas de phénomène de
résistance aux antituberculeux habituels.
Elle est d'élimination rénale et possède aussi des effets
secondaires cochléo-vestibulaires et rénaux.
Autres médicaments :
D'autres produits sont d'utilisation plus exceptionnelle comme:
- l'éthionamide (Trécator*).
- le prothionamide (Tréventix*).
- l'acide para-aminosalicylique.
- la cyclosérine.
- la viomycine.
- la capréomycine.
- la thiacétazone, qui est largement utilisée dans les pays du
tiers monde mais dont les effets secondaires sont parfois
graves: digestifs, médullaires, hépatiques et allergiques.
- la clofazimine.
- certaines fluoroquinolones. Qu'il s'agisse de l'ofloxacine, de
la ciprofloxacine ou de la sparfloxacine, leur usage reste
exceptionnel, fonction de cas particuliers (type de mycobactérie
et résistances diverses).
STRATÉGIE DU TRAITEMENT ANTITUBERCULEUX :
Trois éléments sont essentiels:
- la prise unique quotidienne (le matin à jeun, une demi-heure
avant le petit déjeuner).
- la notion de polychimiothérapie.
- la régularité et la durée des prises.
La cible :
* Le BK a une multiplication lente: cycle de reproduction de 20
heures.
- Cela rend souhaitable l'absorption des drogues en une seule
prise quotidienne le matin à jeun une demi-heure avant le petit
déjeuner.
- Pour des raisons de tolérance digestive, certains patients
peuvent être amenés à prévoir le partage des doses en deux ou
trois prises quotidiennes.
* Le BK est sujet à des mutations spontanées chromosomiques qui
peuvent lui conférer brutalement la résistance à l'égard d'un
antibiotique. Il n'y a pas d'acquisition de résistance
extra-chromosomique de type plasmidique pour le BK.
Résistances primaires :
* Lorsque, au sein d'une population bacillaire sauvage,
c'est-à-dire n'ayant pas été au contact avec les antituberculeux
(ou moins de 15 jours), on constate la présence de bacilles
indifférents à tel ou tel antibiotique antituberculeux, on parle
de résistances primaires. Elles sont rares et leur fréquence est
fonction de l'antibiotique ainsi que de sa concentration au sein
du tissu considéré.
* Au sein de lésions paucibacillaires, les résistances primaires
sont presque inexistantes. En revanche au sein des lésions
cavitaires très riches en bacilles, le nombre de mutants
résistants croit considérablement.
* Les résistances primaires sont rares pour la rifampicine,
l'éthambutol, elles sont plus fréquentes pour l'INH et surtout
la streptomycine.
Résistances secondaires :
* Les résistances s'acquièrent à la suite d'un traitement mal
conduit tel qu'une monochimiothérapie. Il en sera de même des
traitements trop courts ou mal suivis.
* On parlera surtout de possibles résistances secondaires en cas
de rechute de tuberculose.
* Aux Etats-Unis la plupart (90%) des cas de résistances
concernent les sujets séropositifs pour le VIH. La mortalité est
alors très élevée (80% des cas)
Justification de la polychimiothérapie antituberculeuse :
* En thérapeutique, la seule parade actuelle au développement
des phénomènes de résistance est l'utilisation systématique de
plusieurs antibiotiques antituberculeux (en pratique 3 ou 4 en
début de traitement).
* En effet, le nombre de bacilles mutants résistants à un seul
antibiotique est faible mais réel. en revanche le risque de voir
apparaitre des bacilles hypothétiquement résistants à 2 ou 3
antibiotiques est en pratique nul.
* Ainsi, pour l'association rifampicine-INH la somme des
fréquences de résistances donne des valeurs négligeables:
- rifampicine: 1 résistant pour 10exp8 bacilles sauvages.
- Rimifon*: 1 résistant pour 10exp5.
- rifampicine et Rimifon*: 1 résistant pour 10exp13 bacilles!
* En pratique, l'existence de présentations commerciales
rassemblant au sein du même comprimé 2 ou 3 antibiotiques peut
dans certains cas faciliter les prises (Rifinah*, Rifater*).
Les différentes populations bactériennes et leurs foyers
tuberculeux :
On distingue essentiellement trois populations de bacilles
tuberculeux:
* les bacilles à développement rapide sont surtout situés dans
les lésions cavitaires: bacilles extra-cellulaires. Une partie
de cette population est rejetée et engendre la contamination.
* les bacilles à développement intermédiaire sont situés dans le
caséum.
* les bacilles à développement lent sont intramacrophagiques, ce
qui explique les difficultés de prolifération. On parle de
bacilles intracellulaires. Certains ne se multiplient pas et
sont dits bacilles quiescents.
Schémas pratiques de traitement d'une tuberculose pulmonaire :
* Au terme du bilan, et une fois l'enquête familiale terminée,
la déclaration obligatoire doit être rédigée (n° 27) et le
certificat de maladie de longue durée donnant droit à
l'exonération du ticket modérateur doit être préparé.
* Si le patient présente des signes généraux: fièvre, asthénie,
amaigrissement. s'il présente une expectoration positive au
direct. enfin s'il existe des sujets contaminables au domicile:
- dans ces trois cas, l'hospitalisation est conseillée. Elle est
alors de durée courte: de 3 semaines à 1 mois en moyenne.
- dans les autres cas, le patient peut faire l'objet d'une
surveillance à domicile.
* Il est fondamental d'établir un parfait climat de
collaboration avec chaque patient, l'observance thérapeutique
reste le critère dominant du résultat souhaité.
* Le traitement classique actuel porte sur une durée totale de 6
mois.
- Au cours des deux premiers mois, quatre produits sont
prescrits: rifampicine, INH, éthambutol, pyrazinamide.
- Au cours des quatre derniers mois, seuls la rifampicine et
l'INH sont utilisés.
* Le traitement étalé sur neuf mois: antérieurement utilisé, ce
traitement triple associait rifampicine, INH, et éthambutol.
- Dans ce cas, l'éthambutol n'était employé que pendant les deux
premiers mois (le temps de pouvoir disposer des résultats de
l'antibiogramme).
- Chez les sujets âgés, fragiles, dénutris, mais dont la
collaboration est parfaite et s'accompagnera d'une observance
optimale, ce type de traitement peut encore être employé dans la
mesure ou sa tolérance est meilleure.
Les deux régimes ci-dessus ne comportent qu'un taux de rechute
négligeable: de 0,1 à 1%.
Cas particuliers :
* Prise en charge d'une tuberculose déjà traitée: dans ces
circonstances, il faut souligner toute la place de
l'antibiogramme puisque, le plus souvent, cette rechute est due
à une reprise d'évolutivité liée à des bacilles endogènes
sélectionnés essentiellement.
* Tuberculose et séropositivité pour le VIH:
- la composition thérapeutique est identique au schéma de base,
la longueur du traitement est strictement la même.
- l'efficacité est la même qu'en dehors de la positivité pour le
VIH.
- de nombreux auteurs ont rapporté une plus grande fréquence des
effets secondaires.
Traitement de la tuberculose et pays en voie de développement :
Les conditions sociales et économiques des pays en voie de
développement contraignent à imaginer des protocoles
thérapeutiques différents. Les choix sont guidés avant tout par
des considérations épidémiologiques mais aussi économiques.
Formes graves et miliaires :
* Les tuberculoses miliaires suffocantes peuvent nécessiter la
prise en charge dans un service de soins intensifs respiratoires
avec assistance ventilatoire (syndrome de détresse respiratoire
aigue).
* Les formes polyexcavées, étendues et caséeuses justifieront
une hospitalisation plus longue. Il faudra veiller à limiter les
séquelles fibreuses (très souvent importantes) par adjonction
d'un traitement anti-inflammatoire, stéroïdien ou non, introduit
secondairement. Ces formes doivent faire rechercher un facteur
favorisant.
Pleurésie
* Ici, le BK est plus rarement retrouvé et le diagnostic est
souvent anatomopathologique (biopsie pleurale).
* Les ponctions ne seront utiles que pour libérer le patient
d'une collection liquidienne importante source de dyspnée.
* Le traitement anti-inflammatoire est indispensable, associé à
une kinésithérapie active visant à rééduquer la coupole
diaphragmatique intéressée et à réouvrir le cul-de-sac
costo-diaphragmatique.
Tuberculose et insuffisance rénale
* Les posologies de l'éthambutol mais aussi de la rifampicine et
de l'isoniazide seront diminuées en proportion des valeurs de la
créatinine sérique.
* La pyrazinamide est à éviter.
* Il est donc préférable d'en rester à un traitement de 9 mois
dont les posologies auront été adaptées.
Tuberculose et désordre hépatique
* En cas d'éthylisme banal: posologie habituelle mais
surveillance biologique étroite et adjonction d'une
vitaminothérapie B1, B6.
* Cirrhose non décompensée: la rifampicine sera utilisée à
demi-dose, l'INH méritera d'être ajustée en fonction des taux
sériques.
* Conduite à tenir en fonction des transaminases:
- si l'élévation des TGO-TGP est inférieure ou égale à 200UI, ne
rien modifier.
- nouveau dosage quelques jours plus tard: si le résultat est
identique, ne rien faire et maintenir la surveillance. s'il est
supérieur à 200UI, diminuer voire arrêter l'INH.
- si l'élévation des TGO-TGP est comprise entre 200 et 300,
diminuer par deux la posologie de l'INH et surveiller.
- si l'élévation des TGO-TGP est supérieure à 300, arrêter l'INH
pendant 1 semaine puis reprendre à doses prudentes, sous
surveillance biologique stricte.
Tuberculose chez le vieillard
Se méfier de l'éthambutol, utiliser des posologies de départ
progressives pour la rifampicine et l'INH (demi-dose en tout
début de traitement).
Tuberculose et grossesse
L'association INH, rifampicine, éthambutol peut être employée.
Les aminosides sont à exclure de même que la pyrazinamide.
L'allaitement artificiel est conseillé.
Conclusion :
* Depuis 1989, la maladie tuberculeuse constitue à nouveau une
préoccupation de santé publique en France. Même si le
redressement de l'incidence reste modéré, une grande vigilance
est nécessaire puisque cet élément est la conséquence:
- d'une dégradation des conditions socioéconomiques.
- d'une nette augmentation de fréquence de la séropositivité
pour le VIH.
* L'effort diagnostique doit porter sur les groupes à risque.
* Le caractère de transmission interhumaine strict contraint à
dépister au plus tot les formes bacillifères sources d'une haute
contagiosité.
* Les éléments cliniques se sont peu modifiés: l'altération de
l'état général, la toux, les hémoptysies même minimes sont les
principaux signes d'alerte.
* Chez le patient séropositif pour le VIH, c'est de parti pris
qu'il faudra évoquer la coexistence d'une tuberculose en tenant
compte des modifications à apporter à l'interprétation des tests
cutanés tuberculiniques. Sur ce même terrain, les aspects
radiologiques sont profondément modifiés et mal codifiables.
* Les techniques de culture rapide (Bactec), les sondes à DNA
(dans un avenir proche) associées au principe de la PCR
apportent dès à présent de nouvelles possibilités diagnostiques
mais il est nécessaire de continuer à attacher un intéret majeur
aux données bactériologiques et anatomopathologiques.
* Le traitement curatif porte désormais sur une durée de 6 mois.
- Il convient de souligner l'importance de l'antibiogramme, seul
capable de mettre en évidence des phénomènes de résistance dont
la fréquence s'accentue notamment aux Etats-Unis au cours des
séropositivités VIH-SIDA.
- De ce fait, de nouvelles antibiothérapies sont utilisées mais
il faut mettre l'accent sur l'observance thérapeutique.
- La vaccination par le BCG conserve actualité et justification.