Le diagnostic d’embolie
pulmonaire est évoqué sur la clinique, aidée des examens urgents
simples : gazométrie artérielle, électrocardiogramme et
radiographie thoracique. La recherche des facteurs favorisants
est systématique. La présentation des patients répond
schématiquement à 4 grands tableaux : douleur pleurale avec ou
sans hémoptysie, dyspnée « isolée », état de choc sans
antécédent cardiovasculaire, collapsus chez un patient
insuffisant cardiorespiratoire. La prise en charge diagnostique
et thérapeutique doit s’adapter à ces différents contextes. Deux
examens diagnostiques sont parfaitement évalués : l’angiographie
pulmonaire, examen de référence et la scintigraphie de
ventilation-perfusion. Les examens non invasifs (D-dimères
plasmatiques, écho-doppler des membres inférieurs, scanner
spiralé) sont de plus en plus utilisés en pratique courante ;
leur place respective reste néanmoins à définir.
DÉFINITION ET FRÉQUENCE :
* L'embolie pulmonaire est due à l'obstruction d'une ou
plusieurs artères pulmonaires par un embole.
- Cet embole est, dans la grande majorité des cas, un thrombus
fibrinocruorique issu de la circulation veineuse ou du coeur
droit (embolie pulmonaire cruorique).
- Rarement il s'agit d'un embole tumoral, septique ou graisseux
(embolie pulmonaire non cruorique).
* En général, quand on parle d'embolie pulmonaire, on
sous-entend "embolie pulmonaire cruorique".
* L'embolie pulmonaire est fréquente, responsable de 10000 décès
par an en France. son diagnostic doit toujours être confirmé par
des examens paracliniques. son traitement est le plus souvent
simple et efficace.
Physiopathologie et étiologies :
PHYSIOPATHOLOGIE :
L'embolie pulmonaire est la complication d'une thrombose
veineuse. ce sont les deux pôles d'une même atteinte: on parle
de maladie thrombo-embolique veineuse.
Formation de la thrombose veineuse :
Trois facteurs interviennent dans la genèse des thromboses
veineuses profondes (triade de Virchow):
Migration du thrombus dans les artères pulmonaires provoquant
l'embolie pulmonaire :
L'embolie pulmonaire est le plus souvent le résultat de la
migration de thrombus à partir d'une thrombose veineuse
profonde.
Retentissement hémodynamique
La gravité de l'embolie pulmonaire est due à son retentissement
hémodynamique.
* L'obstruction des branches artérielles pulmonaires entraine
une augmentation de la post-charge du ventricule droit avec
augmentation de la pression artérielle pulmonaire puis chute du
débit cardiaque.
* Ces modifications hémodynamiques n'apparaissent que pour une
obstruction d'au moins 50% du lit artériel pulmonaire chez un
patient sans antécédent cardio-respiratoire.
- L'aggravation hémodynamique est en général brutale, lors d'une
majoration peu importante de l'obstruction.
- D'ou l'importance de savoir reconnaitre cliniquement "les
petits signes" faisant suspecter une embolie pulmonaire
importante.
* Par contre, ces modifications peuvent être beaucoup plus
précoces chez un patient ayant des antécédents
cardio-respiratoires, une embolie pulmonaire de faible
importance pouvant décompenser gravement un patient ayant une
insuffisance cardiaque ou respiratoire.
Retentissement respiratoire
Le retentissement respiratoire de l'embolie pulmonaire est
complexe:
* effet "espace mort théorique": zones ventilées et non
perfusées.
* en fait essentiellement effet "shunt": zones perfusées non
ventilées, "expliqué" par une pneumoconstriction des zones
embolisées.
ETIOLOGIES :
Ce sont les étiologies des thromboses veineuses profondes.
* Les facteurs de risque chirurgicaux sont bien connus: plâtre,
chirurgie orthopédique, pelvienne et cancérologique sont au
premier plan.
* Les facteurs de risque médicaux sont moins bien évalués.
Diagnostic :
SIGNES CLINIQUES :
Les signes cliniques vont permettre de suspecter l'embolie
pulmonaire.
Aucun de ces signes n'est spécifique.
* Les éléments les plus évocateurs sont:
- une dyspnée de survenue brutale, sans anomalies à l'examen
physique pulmonaire (en dehors de la polypnée).
- une douleur thoracique de type "pleural": brutale,
basithoracique, augmentée à l'inspiration profonde.
- l'existence d'une circonstance favorisante de maladie
thrombo-embolique veineuse (post-opératoire, plâtre, anomalie de
l'hémostase...).
- des signes cliniques de phlébite. mais leur absence n'élimine
en rien le diagnostic.
* Le diagnostic doit toujours être confirmé par des examens
complémentaires.
* D'emblée, en cas de suspicion d'embolie pulmonaire, il faut
rechercher des signes cliniques de gravité, témoins d'une
embolie pulmonaire grave nécessitant une prise en charge urgente
diagnostique et thérapeutique dans un service de réanimation.
Il ne faut pas attendre un état de choc cardiogénique manifeste
pour parler d'embolie pulmonaire grave.
EXAMENS PARACLINIQUES SIMPLES :
Radiographie du thorax :
La radiographie du thorax est réalisée en position allongée, de
face.
* Elle a un grand intérêt pour le diagnostic différentiel:
pneumopathie infectieuse, pneumothorax, sub-oedème pulmonaire...
* Elle est le plus souvent anormale (80% des cas), montrant de
petits signes évocateurs:
- ascension d'une coupole diaphragmatique.
- épanchement pleural modéré, à type d'émoussement d'un
cul-de-sac pleural.
- atélectasies en bande: opacités linéaires siégeant aux bases.
- image d'infarctus pulmonaire: opacité triangulaire à base
pleurale, rétractile ou non.
- plus rarement, image d'amputation d'une artère pulmonaire ou
hyperclarté d'un poumon.
Electrocardiogramme :
Souvent normal, l'électrocardiogramme peut montrer des signes de
coeur pulmonaire aigu, qui n'ont pas de spécificité mais sont
des éléments évocateurs:
- bloc de branche droit.
- aspect S1Q3 sans Q2 ni QVF.
- anomalies de repolarisation dans le précordium droit, évoquant
plutôt une embolie pulmonaire grave.
- déviation axiale droite.
- troubles du rythme supraventriculaire.
Gazométrie artérielle :
* Le plus souvent effet "shunt": hypoxie-hypocapnie-alcalose
respiratoire (mais aucune spécificité de ce résultat).
* Des gaz du sang normaux n'éliminent pas le diagnostic: dans
25% des cas d'embolie pulmonaire confirmée, la PaO2 est égale ou
supérieure à 80mmHg.
* L'hypercapnie est exceptionnelle:
- embolie pulmonaire sur poumon unique (anatomique ou
fonctionnel).
- embolie pulmonaire chez un patient sous ventilation mécanique.
* L'acidose métabolique est un élément d'extreme gravité.
* Au terme de ces premiers examens, le diagnostic est évoqué et
doit être confirmé par des examens plus spécifiques.
Scintigraphie pulmonaire de ventilation-perfusion :
Technique
* Scintigraphie pulmonaire de perfusion:
- injection par voie veineuse périphérique de macro-agrégats
d'albumine marqués par le technétium99m. Ces particules se
bloquent dans les capillaires pulmonaires des zones normalement
perfusées. La radioactivité pulmonaire est recueillie par une
gamma-caméra dans les minutes suivant l'injection. Six
incidences doivent être réalisées: face antérieure, face
postérieure, deux de profil, deux obliques.
- absence de contre-indication et de préparation particulière.
- absence d'effet secondaire.
* Scintigraphie pulmonaire de ventilation:
- réalisée le plus souvent en France grâce à la nébulisation de
microcolloides marqués au technétium99m.
- elle doit être réalisée avant la scintigraphie de perfusion.
- elle n'a ni contre-indication ni effet secondaire, mais
nécessite la coopération et une ventilation suffisante du
patient.
Critères diagnostiques
* L'existence d'une embolie pulmonaire se traduit à la
scintigraphie de perfusion par une lacune du territoire
correspondant. Mais cet aspect n'est en aucun cas spécifique de
l'embolie pulmonaire, la scintigraphie ne montrant pas d'image
directe du thrombus mais des images indirectes non spécifiques.
* La spécificité est cependant améliorée quand la lacune de
perfusion est associée à une ventilation normale: aspect
"mismatch".
* Il est admis que:
- une scintigraphie pulmonaire de perfusion normale (six
incidences) élimine le diagnostic d'embolie pulmonaire.
- le diagnostic d'embolie pulmonaire est retenu quand il existe
au moins deux lacunes segmentaires de perfusion couplées à une
ventilation normale dans ces zones: aspect dit de "haute
probabilité".
- les autres aspects (lacunes de perfusion concordant avec une
lacune de ventilation, lacune sous-segmentaire...) ne permettent
pas de confirmer ou d'infirmer le diagnostic d'embolie
pulmonaire.
- certains auteurs ont proposé de "remplacer" la scintigraphie
de ventilation, parfois difficile à obtenir, par la radiographie
de thorax: on considère alors qu'une scintigraphie de perfusion
est de haute probabilité pour le diagnostic d'embolie pulmonaire
s'il existe au moins deux lacunes segmentaires de perfusion
associées à une radiographie pulmonaire normale.
En résumé
La scintigraphie pulmonaire est très utile pour éliminer le
diagnostic d'embolie pulmonaire quand elle est normale et pour
poser le diagnostic en cas de scintigraphie de haute probabilité
(ce qui ne représente en fait que 30% des patients environ).
Angiographie pulmonaire :
L'angiographie pulmonaire est l'examen de référence qui permet
la visualisation directe du thrombus et donc la certitude
diagnostique ainsi que la quantification exacte de l'importance
de l'embolie (par l'index de Miller).
Technique
* Injection de produit de contraste iodé dans les artères
pulmonaires droite et gauche (angiographie sélective) ou dans
l'oreille droite (angiographie globale en cas de suspicion
d'embolie pulmonaire grave).
* Réalisée le plus souvent en technique numérique plutot que
conventionnelle.
* Précautions habituelles des examens iodés.
* Mortalité inférieure à 0,1%.
* Morbidité inférieure à 1%.
Critères diagnostiques
* Le signe direct de thrombus est la lacune endoluminale (ou
"feeling defect") ou l'arret cupuliforme dans une artère de plus
de 2mm de diamètre.
* La présence de zones hypo- ou vasculaires n'est qu'un signe
indirect sans spécificité.
* Une angiographie normale élimine le diagnostic d'embolie
pulmonaire sous réserve qu'elle soit de bonne qualité et
comprenne deux incidences orthogonales de chaque coté.
AUTRES EXAMENS :
Explorations veineuses des membres inférieurs :
L'écho-Doppler veineux (ou la phlébographie) des membres
inférieurs permet de retrouver l'origine du foyer embolique.
En cas de suspicion d'embolie pulmonaire, la découverte d'une
thrombose veineuse documentée suffit pour poser le diagnostic
d'embolie pulmonaire, mais une échographie veineuse (ou une
phlébographie) normale n'élimine en aucun cas le diagnostic
d'embolie pulmonaire (40% des embolies pulmonaires confirmées
sans signe de phlébite ont une échographie veineuse négative du
fait de la moindre sensibilité de l'échographie veineuse quand
il n'y a pas de signes cliniques de phlébite).
Echocardiographie :
L'échocardiographie a un intérêt dans les formes graves
d'embolie.
* Elle permet d'apprécier le retentissement de l'embolie
pulmonaire - dilatation des cavités cardiaques droites (diamètre
télédiastolique du ventricule droit supérieur à celui du
ventricule gauche) - éventuellement associé à une cinétique
septale paradoxale.
* Ce n'est qu'exceptionnellement que le diagnostic positif peut
être fait seulement par l'échocardiographie: patient sans
antécédent cardio-respiratoire présentant un tableau clinique
très évocateur en insuffisance circulatoire aigue.
Mais une échocardiographie normale n'élimine pas le diagnostic
d'embolie.
Angioscanner pulmonaire hélicoidal :
L'angioscanner hélicoidal, grâce à une acquisition continue des
images, permet de visualiser les artères pulmonaires et des
thrombi dans leur lumière.
En cas de suspicion d'embolie pulmonaire, sa place exacte dans
la stratégie diagnostique reste à définir: en effet, sa
sensibilité et sa spécificité semblent satisfaisantes quand on
ne s'intéresse qu'aux artères proximales jusqu'aux artères
segmentaires, mais sa sensibilité est actuellement insuffisante
pour les artères sous-segmentaires. de plus, la variabilité
entre lecteurs n'est pas évaluée.
La place de l'angioscanner doit être évaluée dans une démarche
diagnostique. Cependant, actuellement, il est admis que:
- en cas d'embolie massive, l'angioscanner hélicoidal est un
examen de première ligne.
- un angioscanner hélicoidal, s'il visualise des thrombi
intravasculaires au sein des artères lobaires ou segmentaires,
permet de poser le diagnostic d'embolie pulmonaire.
- un angioscanner normal n'élimine pas une embolie pulmonaire
(sensibilité insuffisante pour détecter une embolie pulmonaire
distale).
Dosage du taux plasmatique des D-dimères :
Les D-dimères sont des produits spécifiques de la dégradation de
la fibrine, dont la présence à des taux élevés signifie que de
la fibrine a été produite, et est lysée.
* Seule la méthode de dosage par technique ELISA est
suffisamment sensible pour être utilisée en pratique clinique:
un taux normal semble permettre d'éliminer une maladie
thrombo-embolique récente, et donc suffire à la décision de ne
pas traiter un patient suspect d'embolie pulmonaire. En
revanche, la spécificité de cet examen n'est pas bonne, et un
taux élevé doit faire pratiquer des examens visant à confirmer
le diagnostic.
* Sa valeur diagnostique exacte au sein des examens
paracliniques de la maladie veineuse thrombo-embolique est
encore en cours d'évaluation, d'autant plus que le temps de
réponse par le laboratoire limite actuellement son utilisation
en urgence. d'autres techniques de dosage, plus rapides, sont en
cours de validation.
* La méthode ELISA n'est actuellement évaluée que chez les
patients externes présentant des signes cliniques évocateurs de
phlébite et/ou d'embolie pulmonaire.
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE :
* En cas de suspicion d'embolie pulmonaire grave:
- la prise en charge diagnostique et thérapeutique doit être
réalisée en urgence, en privilégiant les techniques
diagnostiques disponibles sur place et non invasives: le
diagnostic est en général facile grace à l'angioscanner
hélicoidal ou à la scintigraphie pulmonaire.
- l'échocardiographie permet d'apprécier le retentissement sur
le ventricule droit de l'embolie pulmonaire.
- en cas de diagnostic difficile ou d'impossibilité d'obtenir
les autres examens, l'angiographie pulmonaire garde des
indications.
- en cas de contre-indication des anticoagulants, le diagnostic
doit être posé avec encore plus de rigueur et repose souvent sur
l'angiographie pulmonaire.
* Dans les autres cas, la plupart du temps le traitement
anticoagulant est débuté et le diagnostic doit être confirmé ou
infirmé dans les 24 heures. Un schéma diagnostique est proposé.
Traitement curatif :
Les indications du traitement dépendent d'une part de la gravité
du tableau, appréciée sur les données cliniques, le degré
d'obstruction vasculaire et surtout le retentissement
hémodynamique, et d'autre part du terrain.
Il repose la plupart du temps sur les anticoagulants et la
contention veineuse en cas de thrombose veineuse des membres
inférieurs associée.
Dans certains cas, d'autres traitements doivent être proposés:
thrombolytiques, embolectomie chirurgicale, interruption de la
veine cave inférieure.
Bilan préthérapeutique :
* Recherche d'une contre-indication au traitement anticoagulant
et/ou thrombolytique.
* Bilan biologique:
- numération globulaire et plaquettaire.
- groupe sanguin.
- créatininémie.
- taux de prothrombine (TP).
- temps de céphaline activée (TCA).
Traitement anticoagulant :
Le traitement anticoagulant est l'élément essentiel du
traitement de la maladie thrombo-embolique veineuse. Il doit
être débuté dès la suspicion d'embolie pulmonaire, en l'absence
de contre-indications.
* Héparine sodique non fractionnée en perfusion intraveineuse
continue (seringue électrique):
- à la dose initiale de 500 à 600UI/kg/24h.
- après un bolus IV de 5000UI.
- adapté au TCA, qui doit être compris entre 2 et 3 fois le
témoin, prélevé 4 heures après le début de la perfusion, 4
heures après chaque modification de dose, puis quotidiennement.
* Le relais par les antivitamines K (Coumadine*, Préviscan*,
Sintrom*) est débuté en principe dans les premiers jours du
traitement, avec un chevauchement de l'héparine et des
antivitamines K d'au moins 4 jours. L'héparine est arretée quand
l'INR ("international normalized ratio") est compris entre 2 et
3 sur deux prélèvements à 24 à 48 heures d'intervalle.
* Surveillance:
- clinique: à la recherche d'un saignement.
- biologique: TCA quotidien (sous héparine). INR toutes les 48
heures (sous antivitamines K). NFS et plaquettes bihebdomadaires
pendant le traitement initial (saignement, thrombopénie à
l'héparine).
Traitement thrombolytique :
Les thrombolytiques permettent une fibrinolyse rapide des
thrombus, et donc une baisse rapide des résistances vasculaires
pulmonaires, au prix d'un risque hémorragique accru.
* Leur principale indication est l'embolie pulmonaire massive
avec état de choc cardiogénique.
* Ils sont aussi proposés dans les embolies pulmonaires massives
(obstruction supérieure à 50%), sans état de choc manifeste mais
avec certains éléments faisant craindre un retentissement
cardiaque important. celui-ci est au mieux évalué:
- par l'échocardiographie qui montre une dilatation majeure des
cavités cardiaques droites.
- plus rarement par un cathétérisme cardiaque droit qui montre
un index cardiaque diminué (inférieur à 2,5l/min/m2).
- Il ne faut pas oublier que, dans ces cas, l'efficacité des
thrombolytiques sur la survie n'est pas démontrée.
* Les médicaments thrombolytiques sont: rtPA, streptokinase,
urokinase, en perfusion courte ou en bolus.
Traitement symptomatique :
Le traitement symptomatique est toujours indispensable:
- hospitalisation.
- repos au lit.
- oxygénothérapie nasale selon les gaz du sang.
- remplissage par macromolécules et dobutamine (5 à
20=gamma/kg/min) en cas de retentissement hémodynamique.
Le lever est en général autorisé au bout de 24 à 48 heures de
traitement anticoagulant efficace, avec une contention veineuse
s'il existe une thrombose veineuse des membres inférieurs
associée.
Embolectomie chirurgicale :
Le but de l'embolectomie chirurgicale est la désobstruction
vasculaire en urgence sous CEC.
* On lui reconnait trois indications en cas d'embolie pulmonaire
grave avec retentissement hémodynamique:
- s'il existe une contre-indication aux thrombolytiques.
- si le traitement thrombolytique est inefficace.
- si l'embolie pulmonaire est extrêmement grave avec un état de
choc sévère, ne permettant pas d'attendre le délai d'efficacité
de la thrombolyse (1 à 2 heures environ).
* Elle nécessite une équipe chirurgicale et anesthésique
entraînée. La mortalité de l'embolectomie chirurgicale sous CEC
est lourde, estimée à 40%.
* Les autres méthodes d'embolectomie non chirurgicale
(aspiration, fragmentation par un cathéter) n'ont pas
actuellement montré leur efficacité.
Interruption de la veine cave inférieure :
L'interruption de la veine cave inférieure consiste en la mise
en place par voie percutanée d'un filtre dans la veine cave
inférieure dont le but est d'éviter les récidives d'embolie
pulmonaire à partir d'une thrombose des membres inférieurs.
Ses indications sont rares et ne se discutent qu'en cas de
thrombose veineuse profonde des membres inférieurs associée.
On reconnaît deux indications formelles:
- échec d'un traitement anticoagulant bien conduit.
- contre-indication au traitement anticoagulant.
Évolution :
* La durée du traitement anticoagulant est de 3 à 6 mois. la
durée est prolongée en cas de persistance d'une circonstance
favorisante de maladie thrombo-embolique veineuse.
* En cas de persistance d'anomalies de perfusion à 3 mois
(évaluées par scintigraphie pulmonaire), on prolonge le plus
souvent le traitement au moins 3 mois supplémentaires.
l'évolution vers un coeur pulmonaire chronique postembolique
doit être surveillée, nécessitant une prise en charge
diagnostique et thérapeutique spécifique, avec en particulier un
traitement anticoagulant prolongé.
* L'évolution sous traitement bien conduit est le plus souvent
satisfaisante.
* La mortalité est estimée entre 3 et 8%, passant à 15% en cas
d'embolie de plus de 50% et à 30% s'il existe un état de choc.
* Rappelons l'importance d'un traitement préventif dans les
situations à risque de maladie thrombo-embolique veineuse,
reposant actuellement sur les héparines de bas poids
moléculaire.