Plaies et traumatismes fermés de l’abdomen
Cours de gastrologie
Contusions abdominales et plaies de l’abdomen doivent
faire l’objet d’une démarche diagnostique et
thérapeutique spécifique.
Nous envisagerons donc
successivement le diagnostic et la prise en charge des
traumatismes fermés de l’abdomen, puis des plaies
abdominales par arme blanche et par arme à feu en
pratique civile.
Contusions abdominales
:
A - Diagnostic
:
Plus de 80 % des contusions abdominales résultent d’un
accident de la voie publique. Les blessés sont souvent des
polytraumatisés porteurs de lésions traumatiques associées
: thoraciques, cranio-encéphaliques, rachidiennes ou
des membres qui risquent d’accaparer l’attention de
l’équipe d’urgence et de l’amener à méconnaître une
lésion viscérale abdominale.
Celle-ci se manifeste essentiellement par un hémopéritoine
car le traumatisme abdominal menace avant tout les
organes intrapéritonéaux lourds, à parenchyme fragile :
rate, foie ou mésentère.
Rechercher un hémopéritoine, puis identifier l’organe
contus et préciser la gravité de ces lésions représentent
donc les 2 temps essentiels du diagnostic des contusions
abdominales.
Mais chez un polytraumatisé, cette démarche diagnostique
va de pair avec une évaluation des grandes fonctions
vitales et une appréciation de la gravité du traumatisme,
qui nécessite dès l’arrivée du blessé une collaboration
étroite entre urgentistes, chirurgiens et radiologues.
1- Diagnostic de gravité :
• Il faut apprécier les circonstances du traumatisme en
consultant la fiche du service mobile d’urgence et de réanimation
(SMUR), en interrogeant le blessé ou les
sauveteurs : en cas d’accident de voiture : blessé ceinturé ou
non, éjecté ou non, passager mort dans le véhicule, désincarcération
du blessé ; s’il s’agit d’un piéton renversé par
une voiture : vitesse approximative du véhicule, distance de
projection.
• Il faut évaluer en urgence les grandes fonctions vitales :
état de conscience : score de Glasgow ; hémodynamique :
signes de choc ; signes de détresse respiratoire ; état neurologique
(signes déficitaires en foyer, inégalité pupillaire).
• L’examen de l’abdomen recherche : une douleur spontanée,
irradiant ou non, en particulier aux épaules ; un
signe de la ceinture : ecchymoses en bande dessinant, sur
la face antérieure du thorax ou de l’abdomen, le trajet du
baudrier de la ceinture de sécurité.
Ce signe témoigne toujours
d’une décélération grave ; une douleur provoquée, une défense ou une contracture localisée ; une douleur aux
touchers pelviens.
• On recherche une hématurie macroscopique ou microscopique
à la bandelette.
• Des clichés sans préparation sont réalisés : abdomen
sans préparation de face en décubitus, abdomen sans préparation
en décubitus latéral avec rayon horizontal lorsque
le blessé ne peut être mis en position debout ; thorax de
face, si possible en position assise ou demi-assise ;
bassin de face et clichés osseux (rachis, membres) en cas
de traumatisme dorsal ou périphérique.
• Les explorations biologiques usuelles : groupe Rhésus
(Rh), recherche des anticorps irréguliers anti-érythrocytaires
(RAI), numération formule sanguine (NFS), plaquettes,
tests de coagulation, ionogramme sanguin, glycémie,
taux de protides, créatininémie, seront complétées par
un dosage d’amylasémie (écrasement épigastrique), d’aspartate
aminotransférase (ASAT) et d’alanine aminotransférase
(ALAT) en cas de contusion basi-thoracique droite.
2- Diagnostic d’un hémopéritoine :
• Échographie abdominale : étant donné la pauvreté
habituelle de l’examen abdominal, l’échographie abdominale
est l’examen clef du diagnostic d’hémopéritoine.
Elle
peut être réalisée en salle de déchoquage et facilement
répétée.
Elle repère l’épanchement dans les gouttières pariéto-coliques, l’espace de Morison ou le cul-de-sac de
Douglas et le quantifie en minime, modéré ou abondant.
Mais l’échographie a ses limites : c’est un examen très opérateur-dépendant qui est gêné par la présence d’un
iléus, d’une obésité importante, d’un emphysème souscutané.
• La tomodensitométrie abdominale est à peine plus
performante que l’échographie pour le diagnostic
d’hémopéritoine, et peu de centres sont équipés d’un
scanner fonctionnant en continu.
Surtout, le scanner doit
être récusé chez un blessé en état de choc ou dont l’hémodynamique
est instable.
• En cas de non disponibilité de l’échographie, la ponction
abdominale ou mieux la ponction lavage du péritoine
est capable de reconnaître l’existence d’un épanchement,
même de petit volume, et d’en préciser la nature, sanguine
ou digestive. Mais c’est un examen pénible car il est effectué
sous anesthésie locale, grevé d’un taux de complication
d’environ 1 %.
Ses critères de positivité, macroscopiques
ou cytologiques, sont parfaitement codifiés.
3- Diagnostic lésionnel :
Les conditions de ce diagnostic sont extrêmement différentes
dans les ruptures d’organes pleins et les perforations
d’organes creux.
Les premières, à l’origine d’un hémopéritoine, sont 8 à 10 fois plus fréquentes que les
secondes et bénéficient d’examens d’imagerie performants.
Par contre, les perforations intestinales restent à
l’heure actuelle de diagnostic très difficile car l’échographie
comme le scanner y sont souvent en défaut.
• Diagnostic de lésions d’organes pleins : jusqu’à la fin des années 80, affirmer l’existence d’un hémopéritoine chez
un traumatisé de l’abdomen, suffisait pour poser une indication
opératoire.
Le développement des techniques de traitement
non opératoire des traumatismes hépatiques, spléniques
ou mésentériques, a modifié radicalement la prise en
charge et le traitement de ces blessés.
La constatation à l’échographie d’un hémopéritoine n’est plus une indication
opératoire dans la mesure où l’hémodynamique du blessé
est stable ou stabilisée.
Dans un tel contexte, le chirurgien
attend des examens d’imagerie un repérage de l’organe
contus et une évaluation de la sévérité des lésions.
Les performances de l’échographie dans ce diagnostic
lésionnel sont relativement médiocres pour les lésions
hépatiques ou spléniques.
Elles sont plus décevantes
encore pour le rein et le mésentère.
Le rendement diagnostique de la tomodensitométrie est
bien meilleur, et cet examen occupe, depuis près de 10
ans, une place essentielle dans le diagnostic des contusions
d’organes pleins.
Encore faut-il que sa technique
soit parfaite : administration préalable de contraste digestif
hydrosoluble ; coupes jointives espacées de 10 mm,
réaliser des coupoles diaphragmatiques jusqu’au plancher
pelvien, avant puis après injection de contraste en intraveineuse.
Mais beaucoup de scanners ne sont pas utilisables en
urgence.
L’existence d’un choc, d’une instabilité hémodynamique,
interdisent de recourir à la tomodensitométrie
(TDM), du fait des risques inhérents au déplacement du
blessé, et des difficultés de déchoquage en salle de radiologie.
Enfin, le scanner peut méconnaître une rupture diaphragmatique
ou une contusion pancréatique même sévère.
• Diagnostic des ruptures traumatiques intestinales : les
perforations traumatiques fermées du grêle et du colon ne
représentent que 6 à 8 % des lésions constatées lors des
laparotomies pour contusions abdominales mais leur fréquence
s’est sensiblement accrue depuis l’obligation du
port de la ceinture de sécurité.
Il s’agit surtout de perforations
du grêle touchant les premières anses jéjunales ou l’iléon terminal.
Leur petite taille, la possibilité d’obturation
spontanée par la muqueuse grêlique, les anses voisines ou
l’épiploon expliquent la discrétion des signes cliniques de
péritonite et la faillite fréquente des examens d’imagerie.
Moins de 20 % de ces blessés ont un pneumopéritoine
visible sur les clichés d’abdomen sans préparation ou les
coupes tomodensitométriques.
L’échographie abdominale
méconnaît presque toujours l’épanchement intrapéritonéal
car il est minime.
Le scanner abdominal est souvent décevant
car l’épanchement liquidien ou gazeux est considéré à
tort comme une image intestinale.
Le diagnostic de perforation isolée du grêle et du colon
repose donc sur un faisceau d’arguments : contexte traumatique
évocateur : (blessé ceinturé avec décélération grave) ;
signe de la ceinture ; douleurs abdominales persistantes,
fixes, avec apparition progressive d’une défense au même
niveau ; fracture associée du rachis lombaire ou sacré ;
épanchement intrapéritonéal minime, visible sur les coupes
tomodensitométriques et non expliqué par une contusion
splénique, hépatique ou mésentérique.
En cas de doute, la ponction lavage du péritoine apparaît
comme l’examen le plus performant.
La mise en place du
cathéter peut ramener un liquide digestif ou purulent.
Dans
les formes moins évoluées, le comptage des globules blancs
dans le liquide de lavage (> 1 000/mm 3) apporte la preuve
d’une infection intrapéritonéale.
Sa seule alternative est la
laparotomie exploratrice ou la coelioscopie diagnostique
qui, toutes 2 nécessitent une anesthésie générale.
B - Conduite à tenir en situation d’urgence :
Dès l’arrivée d’un polytraumatisé en salle d’urgence, il faut
mener de pair l’évaluation des grandes fonctions vitales :
hémodynamique, ventilation, état de conscience ; rechercher
d’éventuelles lésions du rachis, du bassin ou des
membres ; effectuer un examen clinique de l’abdomen qui
sera complété par les examens d’imagerie disponibles sur
place.
Le blessé étant réanimé et exploré, 2 situations cliniques
peuvent être distinguées en fonction de l’état de l’hémodynamique.
1- État de choc ou hémodynamique instable
:
Ce choc ou cette instabilité tensionnelle doivent faire
rechercher un hémopéritoine, sans méconnaître, chez un
polytraumatisé, la possibilité de lésions associées susceptibles
d’être elles-mêmes à l’origine d’un saignement :
hémothorax massif qu’il faudra drainer, hématome souspéritonéal
sur fracture du bassin, fracture d’os long, fémur
ou tibia.
Dans un tel contexte d’urgence, le diagnostic d’hémopéritoine
massif sera confirmé grâce à une échographie abdominale
effectuée en salle de déchoquage, qui retrouvera facilement
un épanchement abdominal abondant.
Le blessé doit
être immédiatement transporté au bloc opératoire pour une
laparotomie exploratrice.
2- Hémodynamique stable :
• L’échographie abdominale, disponible dans presque
tous les centres d’urgence, confirmera, chez la plupart des blessés, l’absence d’épanchement intrapéritonéal, ce
qui permet d’envisager une simple surveillance en milieu
chirurgical ou un retour au domicile.
En revanche, la
découverte échographique d’un épanchement intra-abdominal
doit conduire à effectuer une tomodensitométrie,
seule à même de fournir un diagnostic lésionnel précis.
• La confirmation, au scanner, d’une contusion hépatique
ou splénique, amènera à envisager un traitement non
opératoire en fonction de l’état du blessé, des lésions associées
et de la sévérité de la lésion.
Enfin, le repérage sur les coupes tomodensitométriques
d’un épanchement abdominal de petit volume, non expliqué
par une lésion d’organe plein, doit faire suspecter,
même en l’absence de signes cliniques de péritonite ou de
pneumopéritoine, une perforation d’organe creux.
Cette
suspicion conduira à une ponction-lavage du péritoine, à
une laparotomie exploratrice ou à une coelioscopie diagnostique.
3- Traitement des lésions viscérales abdominales
:
• Le traitement des contusions hépatiques ou spléniques
a beaucoup évolué depuis une dizaine d’années.
Le traitement
non opératoire des contusions hépatiques ou spléniques
est maintenant largement utilisé chez l’adulte
comme chez l’enfant.
Mais il ne peut être envisagé que chez des blessés dont
l’hémodynamique est stable.
Les critères d’inclusion d’une contusion hépatique ou
splénique dans un protocole de traitement non opératoire
sont au nombre de 5 : stabilité hémodynamique ; absence
de signes cliniques de péritonite ; absence de lésions intraou
rétropéritonéales associées nécessitant une laparotomie
; scanner abdominal préalable permettant de classer
la contusion ; transfusions limitées à moins de 4 culots.
Le blessé doit être surveillé pendant les premiers jours
dans une unité de soins intensifs.
Un nouveau scanner
abdominal doit être effectué dans un délai de 4 à 7 jours.
Le temps de surveillance sous traitement médical est en
moyenne plus long après contusion splénique qu’après
traumatisme hépatique car le risque de rupture secondaire
splénique persiste jusqu’au 14e jour.
Le taux de succès de l’abstention chirurgicale se situe
entre 85 et 90 % dans les contusions spléniques et dépasse
95 % dans les contusions hépatiques.
Les échecs sont
représentés par la reprise du saignement, en particulier
dans les contusions spléniques et par des complications
plus spécifiques : hémobilie, bilome, nécrose hépatique ou
splénique surinfectée.
• Le traitement chirurgical urgent des contusions hépatiques
et spléniques assure l’hémostase tout en étant aussi
conservateur que possible vis-à-vis de l’organe contus,
telle est la ligne directrice du traitement pour ces patients laparotomisés en urgence.
Ainsi, les ruptures spléniques seront traitées, à chaque fois
que possible, par enrobement de la rate préalablement
libérée dans un filet résorbable, splénectomie partielle
avec hémostase de la tranche ou splénorraphie.
En
revanche, en cas d’éclatement splénique, une splénectomie
ne pourra être évitée.
Les fractures hépatiques profondes sont traitées, au besoin
après clampage temporaire du pédicule hépatique, par
débridement hémostase et drainage actif au contact.
En cas de lésion profonde du dôme hépatique et de suspicion
de déchirure d’une veine sus-hépatique (le clampage
temporaire du pédicule hépatique ne permet pas d’obtenir
l’arrêt du saignement), il est préférable d’opter pour un
tamponnement (packing) à l’aide de champs comprimant
la lésion.
En effet, les tentatives d’hépatectomie de sauvetage
ou d’hémostase directe, se soldent en général par des
transfusions massives, habituellement suivies d’une acidose,
d’une hypothermie et de troubles de la coagulation irréversibles.
• Les perforations traumatiques du grêle, souvent de
dimensions limitées, peuvent en général être suturées.
Une
lésion plus étendue pourra nécessiter une résection segmentaire
du grêle suivie d’anastomose immédiate.
• Les ruptures de la coupole diaphragmatique, surtout
gauches doivent être réparées par voie abdominale, après
exploration complète du contenu abdominal, et réduction
des organes herniés (estomac, rate) ;
• Les contusions duodéno-pancréatiques sont devenues
exceptionnelles depuis l’obligation du port de la ceinture.
Il s’agit souvent de sections verticales de l’isthme du pancréas
sur le billot rachidien, qui seront traitées par pancréatectomie
gauche avec conservation splénique, car le
pédicule splénique est généralement intact.
Plaies de l’abdomen
:
Malgré le développement de la violence urbaine, les plaies
de l’abdomen restent rares en France.
Il s’agit essentiellement
de plaies par arme blanche.
A - Diagnostic topographique :
Les plaies de l’abdomen par arme blanche ou arme à feu
ne se résument pas aux seules plaies de la paroi abdominale
antérieure.
Celles-ci sont bien sûr les plus fréquentes et
touchent préférentiellement l’hypocondre et le flanc
gauches.
Mais du fait du jeu respiratoire des coupoles diaphragmatiques,
de la topographie haute et postérieure des zones
d’accolement colique, certaines plaies plus périphériques
doivent être explorées et traitées comme des plaies de l’abdomen.
Ces plaies des confins de l’abdomen regroupent : les plaies
thoraciques antérieures situées au-dessous de la ligne mamelonnaire (4e espace intercostal) ; les plaies dorsales
dont la porte d’entrée se situe entre la pointe de l’omoplate
et la partie postérieure des crêtes iliaques ; les plaies des
flancs ; les plaies périnéales et fessières (empalement,
arme à feu).
Les lésions viscérales les plus fréquemment observées au
cours des laparotomies pour plaies de l’abdomen, sont les
plaies du grêle (30 % de l’ensemble des lésions), les plaies
du foie et de la rate (25 % environ pour chacune d’elles),
les plaies du colon (10 à 15 %) enfin les plaies gastriques
et diaphragmatiques (10 % environ).
B - Diagnostic du caractère pénétrant
de la plaie
:
En dehors de certains cas évidents : éviscération d’épiploon
ou d’anse grêle, issue de liquide digestif, le caractère
pénétrant de la plaie doit toujours être confirmé, surtout
dans les plaies par arme blanche dont on sait qu’un tiers
environ n’entraîne aucune effraction péritonéale.
Dans la pratique, le diagnostic de pénétration repose sur
plusieurs critères.
1- Examen clinique :
• Localisation du point de pénétration et de sortie d’une
plaie par balle permettant de reconstituer le trajet du projectile.
• Examen abdominal recherchant une douleur provoquée
profonde et fixe avec défense ou contracture au même
niveau ; toucher rectal mettant en évidence une rectorragie,
une plaie rectale, ou une douleur du Douglas.
• Mise en place systématique d’une sonde gastrique, afin
de rechercher un saignement digestif.
• Recherche d’une hématurie macro- ou microscopique
à la bandelette.
2- Imagerie
:
Elle est souvent décevante.
• Les clichés de thorax et d’abdomen sans préparation
peuvent mettre en évidence un hémothorax, un hémopneumothorax
ou un pneumopéritoine. Mais nombre de
plaies d’organes creux par arme blanche ou par balle ne
s’accompagnent, sur des clichés très précoces, d’aucune
fuite aérique décelable, alors que le péritoine est inoculé.
Les clichés d’abdomen sans préparation en incidence de
profil ou de trois quarts peuvent permettre de repérer un
projectile en situation profonde et confirmer ainsi le
caractère pénétrant d’une plaie par balle.
• L’échographie abdominale méconnaît volontiers un
épanchement intrapéritonéal de petit volume et sa contribution
dans le diagnostic lésionnel des plaies hépatiques,
rénales ou spléniques est médiocre.
• L’angioscanner explore de façon satisfaisante les reins,
le foie et la rate, mais peut méconnaître une atteinte superficielle
de ces organes.
Il explore de façon correcte la
veine cave inférieure et l’aorte qu’il ne faudra pas hésiter
à réopacifier de façon sélective en cas de doute.
Mais son
rendement diagnostique est franchement médiocre pour le
bloc duodéno-pancréatique et les coupoles diaphragmatiques.
3- Exploration de la plaie sous anesthésie locale,
au bloc opératoire :
C’est un excellent moyen d’apprécier le caractère pénétrant
d’une plaie abdominale antérieure par arme blanche.
Finalement, les situations de doute sont très fréquentes, en
particulier dans les plaies des confins de l’abdomen puisque leur caractère pénétrant est très difficile à apprécier
du fait de l’épaisseur des couches musculaires et de la
topographie souvent sous-péritonéale des organes susceptibles
d’être lésés.
Dans ce cas, et lorsque les examens complémentaires disponibles
sur place sont limités, mieux vaut une laparotomie
ou une coelioscopie exploratrice inutile, qu’une abstention
décidée après des explorations incomplètes ou de
qualité médiocre.
C - Conduite à tenir en situation d’urgence
:
Certains blessés, victimes de plaies par arme à feu arrivent
aux urgences en situation de détresse respiratoire et de
collapsus hémorragique et doivent bénéficier d’une réanimation
d’urgence et d’une mise en condition avant prise
en charge des lésions viscérales abdominales.
Mais, ce mode de présentation est rare en pratique civile et
la plupart des blessés, même après plaie par balle de l’abdomen,
ont un examen abdominal rassurant et une hémodynamique
normale lorsqu’ils arrivent aux urgences.
Ce constat a conduit à remettre en cause le dogme de la
laparotomie systématique devant toute plaie de l’abdomen.
Faut-il opérer par principe toutes les plaies de l’abdomen
?
La réponse dépend du type de l’agent vulnérant.
1- Dogme de la laparotomie systématique dans
les plaies de l’abdomen par arme à feu :
Il n’est contesté ni en France ni aux États-Unis, où la fréquence
de ces interventions est pourtant infiniment plus
grande. Cette règle est légitimée par l’incidence très élevée
des lésions viscérales abdominales (plus de 90 %).
2- Plaies par arme blanche :
Une attitude plus nuancée est parfaitement légitime
puisque l’analyse de nombreuses séries de laparotomies
systématiques a montré que 20 à 40 % de ces laparotomies
étaient blanches ou non thérapeutiques.
En outre, ces laparotomies
inutiles peuvent être à l’origine de complications,
la plupart du temps non mortelles mais qui prolongent
l’hospitalisation, ou de séquelles tardives (occlusions sur
bride, éventrations).
Ce constat a amené la plupart des équipes nord-américaines
à une politique de laparotomies sélectives fondées
sur l’état clinique initial du blessé et sur le contrôle chirurgical
du caractère pénétrant ou non de la plaie.
Ainsi, au terme de l’examen initial, clinique et paraclinique,
2 situations peuvent être distinguées :
• Certains blessés victimes d’une plaie abdominale par
arme blanche doivent être laparotomisés en urgence
parce qu’ils présentent : un choc irréversible ou une
hémodynamique instable, en l’absence de toute autre
lésion traumatique susceptible d’expliquer un saignement
profond ; des signes péritonéaux mêmes minimes ou une
éviscération ; une hématémèse ou du sang dans la sonde
naso-gastrique ; une hématurie ; parce que la surveillance
abdominale est impossible (blessé comateux, drogué ou en
état de coma éthylique, anesthésie prolongée rendue nécessaire par une lésion associée).
• Les autres patients doivent faire l’objet d’une exploration
de la plaie destinée à vérifier son caractère pénétrant
ou non.
L’exploration chirurgicale de la plaie doit être effectuée au
bloc opératoire, sous anesthésie locale, dans des conditions
d’éclairage et d’asepsie parfaites.
Elle doit comporter
un débridement des berges de la plaie afin de pousser
l’exploration jusqu’au plan péritonéal.
Lorsque la plaie a été reconnue comme non pénétrante, le
blessé est simplement surveillé.
Un diagnostic de plaie pénétrante conduit à un nouveau
choix ouvert : on peut décider de laparotomiser systématiquement
ces blessés, ce qui conduit à un taux de laparotomies
inutiles de 15 à 20 % ; on peut, comme le font beaucoup
d’équipes nord-américaines, décider de surveiller
cliniquement et radiologiquement (clichés d’abdomen
sans préparation, de thorax) ces blessés et de n’opérer que
ceux dont l’état s’aggrave secondairement.
Cette attitude,
qui a fait la preuve, depuis une dizaine d’années, de son
innocuité, peut être transposée en France sous un certain
nombre de conditions : blessés hospitalisés dans une unité
de soins intensifs ; répétition de l’examen clinique abdominal
toutes les heures, par un chirurgien entraîné ; décision
de laparotomie dès l’apparition du moindre signe
septique, ou d’irritation péritonéale, ou encore de dégradation
de l’hémodynamique.
L’exploration coelioscopique est une technique prometteuse
qui mérite d’être évaluée.
3- Traitement des lésions viscérales abdominales
:
Certaines plaies hépatiques ou spléniques, par arme
blanche ou projectile de faible vélocité peuvent être traitées
de façon non opératoire, lorsqu’elles ne menacent pas
le diaphragme ou les viscères creux.
• Le traitement chirurgical urgent des plaies hépatiques
ou spléniques, s’inspire des mêmes principes, et fait appel
aux mêmes techniques que celles qui ont été décrites dans
le chapitre des contusions abdominales.
• Les plaies intestinales sont souvent multiples.
Certaines
plaies par balle du grêle, touchant plusieurs anses et le
mésentère peuvent conduire à des résections grêliques
étendues.
Les plaies coliques, même sévères, peuvent
êtres traitées par résection suture immédiate, si le blessé a
été opéré rapidement et si la spoliation sanguine et la
contamination péritonéale sont restées limitées.
Dans le
cas contraire, la lésion sera extériorisée si elle siège sur un
segment mobile du cadre colique ou traitée par résection
segmentaire avec double colostomie.
• Les plaies rénales, bien explorées par l’angioscanner,
guérissent habituellement sous traitement conservateur.
• Les plaies pelvi-fessières ou périnéales par balle
menacent les voies urinaires basses et le rectum, qui sont
facilement explorés par endoscopie.
Les saignements à
point de départ osseux et veineux doivent être explorés par
artériographie et bénéficier d’une tentative d’embolisation.