Physiologie vestibulaire (Suite)
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
2-
Mouvements oculaires conjugués
:
* Mouvements rapides
:
Les saccades sont des mouvements oculaires à grande vitesse dont
le rôle est de placer l’image d’un objet du champ visuel sur la fovea.
L’information qui détermine les caractéristiques de la saccade est la
position sur la rétine périphérique d’un objet par rapport à la fovea
appelée erreur rétinienne.
Les saccades peuvent être volontaires,
c’est-à-dire visuellement induites (saccade d’orientation vers une
cible), ou réflexes, c’est-à-dire induites par un stimulus visuel (phase
rapide du nystagmus optocinétique) ou par un stimulus vestibulaire
(phase rapide du nystagmus vestibulaire).
Des mouvements rapides
apparaissent durant le sommeil.
+ Schéma balistique de Robinson
:
Selon Robinson, cité par Larmande, une saccade représente le
résultat de l’influence sur les motoneurones des muscles
extraoculaires d’un signal à deux composantes comprenant :
– l’impulsion (pulse) qui mène rapidement les yeux d’un point à un
autre ;
– le palier (step) qui maintient l’oeil dans sa nouvelle position.
Ce schéma appliqué à la production d’une saccade horizontale vers
la droite implique la genèse d’un pulse cheminant dans la VFC et
activant les muscles extraoculaires agonistes (muscles droit externe
droit et droit médial gauche).
Simultanément, selon les principes de
fonctionnement de l’oculomotricité, les noyaux oculomoteurs des
muscles antagonistes (droit médial droit et droit latéral gauche) sont
inhibés par un signal de type off-pulse.
Après la saccade, afin de
maintenir la nouvelle position de l’oeil, les muscles agonistes
reçoivent un signal de type step et les muscles antagonistes un signal
de type off-step.
+ Système d’élaboration des saccades horizontales :
La réalisation d’une saccade horizontale nécessite l’intégrité de la FRPP ipsilatérale et de la VFC.
La FRPP est considérée comme le
générateur d’impulsions des saccades horizontales.
Des
enregistrements électrophysiologiques unitaires à son niveau ont mis
en évidence deux types de cellules : les cellules à activité phasique
et les cellules pauses.
Parmi les cellules à activité phasique, au moins
trois catégories différentes sont identifiées : les cellules phasiques
excitatrices, les cellules phasiques inhibitrices et les cellules
phasiques à longue latence.
Les cellules phasiques excitatrices se
projettent ipsilatéralement sur le noyau du VI, le noyau prépositus
hypoglossi et le noyau vestibulaire médian.
Les cellules phasiques
inhibitrices ont les mêmes projections que les cellules phasiques
excitatrices mais du côté controlatéral.
Chacun de ces neurones
phasiques a une direction spécifique de décharge qui correspond
presque toujours à un mouvement ipsilatéral horizontal.
Avant la saccade, les cellules pauses, qui ont une activité inhibitrice
constante sur les cellules phasiques excitatrices et sur les cellules
phasiques inhibitrices, sont inhibées et un train d’impulsions
activateur est envoyé vers le VI ipsilatéral et inversement vers le VI
controlatéral. Une saccade ipsilatérale est générée.
Après la saccade,
les cellules pauses retrouvent leur activité et l’oeil peut être maintenu
dans sa nouvelle position.
Il apparaît que la FRPP réalise la programmation de l’activité
phasique qui sera transmise aux motoneurones tant dans sa durée
qui conditionne l’amplitude de la saccade, que dans le choix des
unités activées qui détermine la direction.
+ Contrôle de la saccade
:
Le cervelet contrôle la précision de la saccade.
Dans le cadre de
l’oculomotricité, les afférences cérébelleuses sont multiples
(visuelles, vestibulaires, proprioceptives, etc).
Au sein du cervelet
peuvent être représentés l’espace environnant, la position de la tête
et des yeux et les mouvements du corps.
Les efférences cérébelleuses
se font vers la quasi-totalité des structures prémotrices du tronc cérébral dont les noyaux vestibulaires ipsilatéraux, le NPH et la
FRPP.
Ces connexions permettent de prétendre que le cervelet puisse
adapter le pulse et le step durant la saccade.
Des expériences de
stimulation et de lésions cérébelleuses attestent de ce rôle.
Plus
précisément, le vermis cérébelleux serait impliqué dans le contrôle
de l’amplitude du pulse et du step, le flocculus et le paraflocculus
dans l’adaptation du pulse au step.
* Mouvements lents :
Le modèle d’étude des mouvements lents est constitué par la
poursuite d’une cible se déplaçant à vitesse constante sur un fond
homogène, la tête du sujet étant fixée.
Ce modèle est celui
habituellement testé en clinique par l’épreuve de la poursuite lente.
Le stimulus spécifique est le déplacement de la cible, c’est-à-dire sa
vitesse.
Le but est de maintenir fixe sur la fovea l’image d’une cible
en mouvement.
La vitesse maximale d’un mouvement lent paraît
être de 30 à 40°/s pour des cibles « externes » au sujet.
Toutefois, si
la main est utilisée comme cible (par exemple dans la manipulation
ou le pointage vers une cible), la vitesse oculaire lente peut atteindre
100°/s.
Au-delà de ces vitesses apparaissent des saccades
correctives.
+ Système d’élaboration des rampes horizontales :
La réalisation d’un mouvement lent horizontal nécessiterait
l’intégrité de la FRPP et de la VFC ipsilatérale à la direction de ce
mouvement.
Par des études de marquage rétrograde, une voie de
type monosynaptique a été mise en évidence, allant de la FRPP vers
le noyau du VI, le NPH et le noyau médian vestibulaire.
Au sein de
la FRPP, des cellules à activité tonique ont été identifiées.
Elles ont
une activité permanente au repos et sont modulées par le degré
d’excentration du regard, d’où un rôle probable dans la prise en
compte de l’information de position, voire de vitesse.
De par leurs
caractéristiques d’activité et leurs relations avec la VFC, ces cellules
toniques semblent aptes à générer le programme moteur de
mouvement lent ipsilatéral.
L’ensemble des muscles oculomoteurs
impliqués dans les mouvements lents sont mis en jeu par le système
d’inhibition réciproque de l’oculomotricité.
Le contrôle de la poursuite lente est régi dans le cadre d’une boucle
feed-back, à point de départ visuel et perpétuellement entretenue.
En résumé, les mouvements oculaires sont de deux types : lents ou
rapides.
Dans tous les cas de mouvements horizontaux, la VFC est
mise en jeu.
Ces mouvements sont générés par des structures
prenant en compte les informations de vitesse, de position et de
direction de la cible dont l’une des localisations principales est la FRPP.
Les cellules à activité phasique induisent des saccades et celles
à activité tonique induisent des rampes ou servent à maintenir l’oeil
dans sa position.
À présent, il s’agit d’analyser le comportement de ce modèle de
fonctionnement des mouvements oculaires en faisant varier les
entrées sensorielles, notamment vestibulaires, pour appréhender les
interrelations entre système vestibulaire et oculomoteur.
3- Réflexe vestibulo-oculaire :
Dans de nombreuses activités de la vie courante de l’homme comme
de la plupart des animaux, le sujet tente soit de stabiliser son regard
sur un objet stationnaire alors que lui-même est en mouvement, soit
de poursuivre des yeux un objet en mouvement alors que lui-même
est immobile.
Deux réflexes contribuent à assurer la stabilité du
regard dans ces deux conditions, respectivement le RVO et le réflexe
optocinétique.
Le RVO a pour but de stabiliser le regard sur un objet d’intérêt de
l’espace alors que la tête ou l’ensemble du corps se déplacent.
Il
résulte de l’activation par les CSC d’un arc à trois neurones
comprenant les afférences vestibulaires primaires, les neurones
vestibulaires secondaires et les motoneurones innervant les muscles
extraoculaires.
Il consiste à générer des mouvements oculaires
compensateurs des déplacements de la tête, lesquels se produisent
dans le plan du canal excité et sont idéalement équivalents en vitesse
mais de sens opposé à la rotation de la tête.
Cette action est effectuée
de concert avec les mécanismes de poursuite visuelle mais peut être
réalisée en son absence d’où son nom de réflexe.
Ces mouvements
diminuent le glissement de l’image sur la rétine et stabilise celle-ci
sur la fovea.
C’est un réflexe qui opère en boucle ouverte.
Les
mouvements oculaires compensateurs ne sont pas régulés par les
récepteurs labyrinthiques qui les génèrent.
Il s’agit d’un arc réflexe
fonctionnant en push-pull et permettant au système vestibulaire
d’agir sur les muscles oculomoteurs par un mécanisme à quatre
voies.
Le but de ce système réciproque est d’améliorer la sensibilité.
Pour cela le mécanisme est basé sur l’existence d’une activité tonique
de repos dans les afférences vestibulaires.
Il est possible de coder
soit une stimulation en augmentant l’activité de base, soit une
inhibition en diminuant l’activité de base.
C’est ainsi que chaque
récepteur ampullaire active simultanément une voie excitatrice pour
les muscles agonistes et une voie inhibitrice pour les muscles
antagonistes.
Simultanément, le récepteur couplé hétérolatéral disfacilite ses propres voies agonistes et désinhibe ses voies
antagonistes, et renforce l’action précédente.
Un argument en faveur
de ce type de fonctionnement est donné lors d’une stimulation
homologue controlatérale.
Cette dernière bloque la réponse
spécifique.
* Modèle du réflexe vestibulo-oculaire issu du canal externe
:
Ce modèle de description correspond à la situation où le sujet subit
dans l’obscurité une rotation dans le plan des canaux externes.
La
tête est immobilisée par rapport au corps pour supprimer les entrées
proprioceptives cervicales.
+ Connexions vestibulo-oculomotrices :
Les neurones vestibulaires primaires (NVP) acheminent les
informations d’origine ampullaire au niveau du noyau vestibulaire
médian ipsilatéral.
Les NVP contactent monosynaptiquement les
neurones vestibulaires secondaires (NVS) dont le corps cellulaire se
trouve dans le noyau vestibulaire médian.
À partir des NVS partent
deux liaisons directes monosynaptiques vers les noyaux
oculomoteurs.
La première liaison se projette sur le noyau du III ipsilatéral par l’intermédiaire du tractus ascendant de Deiters.
La
seconde liaison croise la ligne médiane et gagne le noyau du VI
controlatéral par le FLM.
Ainsi, dans le cas d’une rotation de la tête
vers la droite, les noyaux oculomoteurs des muscles droit interne
droit et droit externe gauche seront activés.
Une liaison polysynaptique relie également les NVS aux noyaux oculomoteurs.
Cette liaison passerait par la FRPP controlatérale et le NPH.
+ Aspects neurophysiologiques du réflexe vestibulo-oculaire :
Les cellules sensorielles du canal externe soumises à un flux
endolymphatique ampullopète sont dépolarisées (activation).
Dans
le canal controlatéral, le phénomène inverse se produit, c’est-à-dire
l’hyperpolarisation cellulaire (inhibition).
De par les caractéristiques
du couple cupule-endolymphe, une information de vitesse de la tête
est transmise au NVP.
Ces NVP contactent les NVS sans
modification du message (information de vitesse).
Cette information
chemine ensuite vers les noyaux oculomoteurs à travers la VFC et le
tractus ascendant de Deiters.
Toutefois, ce réflexe disynaptique
vestibulo-oculaire ne contient pas d’information de position.
Pour y
remédier, une hypothèse est que le NPH soit le lieu d’intégration
transformant le signal de vitesse issu des CSC en un signal de
position transmis aux noyaux oculomoteurs.
Les noyaux
vestibulaires médians projettent notamment sur le NPH et la FRPP
mais la destruction de cette dernière structure n’abolit pas la rampe
d’origine vestibulaire.
Au final, le signal initial d’accélération est
transformé en un signal de position déphasé de 180° adressé aux
noyaux oculomoteurs. Le RVO a un gain de 1 et le mouvement
oculaire est parfaitement compensateur de la rotation de la tête.
Le
gain est défini par le rapport entre la vitesse de l’oeil et la vitesse de
la tête.
Ce réflexe élaboré dans un système fonctionnant en push-pull
présente une grande sensibilité.
Celle-ci est encore accrue par les
patterns de réponses des neurones vestibulaires centraux lors de
stimulations rotatoires citées précédemment.
Ces neurones sont
interconnectés dans le NVM lui même et entre les NVM par
l’intermédiaire des fibres commissurales.
Ces interconnections créent
un réseau neuronal probablement à la base du phénomène de
stockage de vitesse.
Cette modification de décharge des neurones
vestibulaires en fonction du stimulus rotatoire permet d’allonger la
constante de temps du CSC.
En effet, ces neurones reviennent à leur
fréquence de repos en 15 secondes, alors que celle de la cupule ou
du protoneurone est atteinte en 5 secondes.
Ce mécanisme est
responsable du nystagmus post-rotatoire.
Sa mise en fonction
dépend des entrées vestibulaires.
En cas de neurotomie vestibulaire,
la constante de temps diminue.
Au total, le RVO est un système de compensation très sensible, très
rapide, avec une latence de 15 à 18 ms et dont les limites inférieures
d’activation sont celles des CSC.
+ Caractéristiques dynamiques du réflexe vestibulo-oculaire :
– Fréquence : il est acquis que les caractéristiques du RVO (phase et
gain) sont fonction à la fois des paramètres liés à la stimulation
(vitesse, accélération, direction) et de variables dépendant du sujet
(espèce, niveau de vigilance, tâche mentale).
Lors de stimulations
rotatoires dans le plan horizontal, à l’obscurité, les mouvements
oculaires sont quasiment compensatoires, dans une gamme étendue
de fréquence.
Le gain du RVO est proche de l’unité avec un niveau
de vigilance élevé et il chute lorsque l’état de vigilance baisse. Les
propriétés dynamiques du RVO paraissent moins adaptées dans la
gamme des basses fréquences.
Chez le chat, le gain du RVO est plus
faible à 0,025 Hz qu’à 1 Hz, et une avance de phase de l’ordre de
30 à 40° est présente lors de rotations à vitesse lente.
Dans la
pratique clinique, la fréquence de rotation du fauteuil lors d’une
épreuve pendulaire amortie est de 0,05 Hz pour une amplitude
maximale de 180°.
Lors des épreuves rotatoires multifréquentielles, le gain du RVO peut être déterminé pour des
fréquences allant de 0,01 à 10 Hz.
En définitive, le RVO canalaire
semble parfaitement adapté pour produire des mouvements
compensatoires oculaires dans la gamme des mouvements naturels
de la tête (0,1 à 4 Hz).
Dans la gamme des basses fréquences de
stimulation, d’autres informations sensorielles telles que les données
visuelles contribuent à l’amélioration des propriétés du RVO, et
notamment à un meilleur ajustement du gain.
Toutefois, le gain du RVO chez l’homme est très variable et dépend de l’activité mentale
du sujet.
Melvill Jones et al, en 1984, ont montré, lors de rotations
sinusoïdales à 0,3 Hz à l’obscurité que le gain du RVO est en
moyenne de 0,65 chez le sujet effectuant un calcul mental, de 0,95 s’il
fixe son attention sur une cible imaginaire stationnaire dans l’espace
et chute à 0,35 s’il imagine une cible mobile, solidaire de son propre
déplacement.
Le niveau de vigilance et la représentation mentale
influencent considérablement les caractéristiques dynamiques de ce
réflexe.
Aussi, le clinicien doit-il être particulièrement vigilant dans
les consignes données au sujet soumis à une épreuve rotatoire.
– Amplitude de la rotation : au-delà d’une certaine amplitude de
rotation, une phase rapide succède à la phase lente et bat dans le
sens de rotation de la tête.
Elle réoriente l’oeil dans l’orbite.
Ces deux
phases constituent le nystagmus vestibulaire.
Le système
d’élaboration de la phase rapide du nystagmus est commun avec
les saccades oculaires, volontaires ou non.
Les structures mises en
jeu ont déjà été présentées.
La position de l’oeil dans l’orbite pourrait
être le signal déclenchant.
Toutefois, il semble que le colliculus
supérieur code en permanence l’erreur de fixation de la cible et soit
ainsi la structure « gâchette » de la saccade.
+ Adaptation du gain du réflexe vestibulo-oculaire :
Le RVO permet une excellente stabilisation du regard dans l’espace
pour une très large variété de mouvements de la tête ou de
l’ensemble du corps.
Son efficacité en termes de rapidité de réponse
est en très grande partie due au fait qu’il fonctionne en « boucle
ouverte ».
En revanche, ces systèmes en « boucle ouverte » n’ont
pas une très grande stabilité et perdent rapidement leur calibration.
Or, chez l’homme, comme chez la plupart des vertébrés, le RVO est
capable de prendre en compte la différence entre la vitesse de la tête
et celle des yeux, et de maintenir sa performance par un ajustement
automatique.
Si la vitesse angulaire de contre-rotation des yeux n’est
pas égale à celle de la tête, l’image de l’objet fixé se déplace sur la
rétine (« erreur rétinienne »).
Ce déplacement est exploité par le SNC
pour modifier le fonctionnement de certains éléments spécialisés du
réflexe, appelés éléments plastiques, et recaler le réflexe.
L’arc
vestibulaire à trois neurones n’est pas suffisant pour permettre un
tel ajustement.
D’autres circuits assurent le bouclage rétroactif qui
fournit les informations sur la vitesse de l’oeil, permettant ainsi de
pallier les erreurs de vitesse de l’oeil par rapport à la cible à fixer.
On
ne sait pas encore avec certitude comment le système nerveux est
informé de la vitesse de l’oeil dans son orbite.
Deux sources
d’informations sont exploitables : le système nerveux peut soit
« lire » l’activité motrice des muscles impliqués dans le mouvement
oculaire (copie efférente), soit mesurer le mouvement oculaire en
analysant la décharge des récepteurs dits proprioceptifs.
Ceux-ci, placés dans les muscles extraoculaires, informent le système nerveux
sur la longueur instantanée et les changements de longueur des
muscles.
Il semble que ces différentes informations convergent
vers une structure commune.
Celle-ci serait le flocculus cérébelleux.
À ce niveau, les informations d’erreur rétinienne et de copie
efférente ou de proprioception interagiraient et le flocculus
élaborerait une réponse permettant une modulation dynamique du
gain du RVO.
+ Adaptation et habituation :
L’adaptation représente la diminution de la réponse à un stimulus
prolongé.
L’habituation correspond à la diminution de la réponse à
un stimulus inhabituel répété.
La compensation concerne des
situations pathologiques.
Au cours de la somnolence, si un sujet
normal est soumis à une accélération de basse fréquence dans le
noir pendant une durée assez longue, on voit progressivement
diminuer le gain du réflexe et apparaître une avance de phase de
l’oeil par rapport à la tête.
C’est la raison pour laquelle, dans les
tests cliniques, il convient de demander au sujet d’effectuer un calcul
mental pour le maintenir correctement éveillé.
En cas de répétition
de stimulation, les effets sont analogues.
Ceci explique comment les
pilotes de chasse, les danseurs de ballet peuvent supporter des
stimulations vestibulaires importantes.
À l’inverse, la prise
d’amphétamines peut faire disparaître cette habituation.
4- Réflexes maculo-oculaires :
Le système otolithique est un accéléromètre linéaire biologique.
L’activation de ce système produit des mouvements compensatoires
oculaires dont l’objectif est identique à celui du RVO d’origine
canalaire.
Toutefois les réflexes maculo-oculaires (RMO) sont à
l’origine de mouvements oculaires statiques et dynamiques.
Ils
utilisent des voies neuronales polysynaptiques (latence > 35 ms)
dont seules des stimulations sélectives permettent de faire un
inventaire précis des zones maculaires susceptibles de déclencher
des mouvements oculaires.
Les informations à la fois de bascule de
la tête relatives au vecteur de gravité et de translation dans l’espace
sont combinées dans un signal composé par les fibres afférentes
otolithiques.
* Mouvement oculaire produit par l’inclinaison de la tête :
Une inclinaison latérale de la tête crée un mouvement des yeux
autour de leur axe visuel et dans une direction opposée au
mouvement de la tête.
C’est la contre-rotation oculaire ou
mouvement torsadique dit de Counterrolling.
Le gain est fonction de
la distance de la cible visuelle. De même, une inclinaison dans le
plan antéropostérieur provoque une rotation verticale.
Le gain de ce
réflexe est mauvais avec un angle de torsion maximale de 5 à 6°
pour une inclinaison latérale de 50°.
* Mouvement oculaire produit par les accélérations linéaires :
Une stimulation de type périodique le long de l’axe interaural
(axe Y) produit des mouvements oculaires nystagmiques
horizontaux (L-nystagmus).
Un déplacement vers la gauche produit
un nystagmus dont la composante lente, d’allure sinusoïdale, est
dirigée vers la droite.
La phase lente compensatoire serait d’origine
purement otolithique.
*
Interactions des mouvements de l’oeil induits par les canaux
semi-circulaires et les macules otolithiques :
La plupart des mouvements naturels de la tête activent les systèmes
ampullaire et otolithique.
L’interaction « otolitho-canalaire » peut
être illustrée lors de la rotation d’un sujet autour d’un axe incliné
(off vertical axis rotation [OVAR]).
Dans l’obscurité, l’homme tourne
à une vitesse constante autour d’un axe vertical incliné par rapport
à la gravité.
Ce test induit un nystagmus dans les plans horizontal
et vertical qui dure aussi longtemps que la rotation.
La vitesse de la
phase lente est fonction du degré d’inclinaison et de la vitesse de
rotation de la tête.
Cette stimulation otolithique s’accompagne
d’illusions de mouvements.
Des mouvements oculaires d’origine maculaire peuvent être mis en
jeu dans des conditions expérimentales où la tête est excentrée par
rapport à un axe de rotation.
Dans cette situation qui combine
accélération angulaire et accélération tangentielle, la vitesse des
mouvements oculaires est accrue relativement à celle observée lors
d’une stimulation canalaire pure.
En fait, nous pouvons retenir que, lors de la plupart des
mouvements naturels de la tête, notamment ceux incluant des
composantes d’inclinaisons latérales ou antéropostérieures, il existe
des changements dynamiques de l’orientation de la tête par rapport
à la gravité.
Ces mouvements activent à la fois les CSC et le
système otolithique.
Ainsi, il semble que les caractéristiques des
réponses des systèmes d’orientation (la position de la tête étant
dépendante de la réponse oculaire d’origine otolithique comme dans
le cas par exemple du counterrolling) et inertiel (la vitesse de la tête
est dépendante de la réponse oculaire otolithique associée à
l’activation du système de stockage de vitesse) sont spatialement et
temporellement appropriées pour suppléer le RVO et contribuer à
adapter les réponses.
5- Interactions cou-vestibule :
Lorsque l’on soumet le corps d’un sujet à une rotation sur fauteuil
pendulaire, alors que la tête est fixée, on obtient dans l’obscurité un
rythme nystagmique dont la phase lente est dirigée dans le sens de
rotation du tronc.
Ce réflexe cervico-oculaire tend à préserver les
relations entre l’oeil et l’axe du corps.
Il traduit l’existence d’une
information non vestibulaire dont les récepteurs sont situés au
niveau des ligaments et des capsules des articulations cervicales
supérieures.
Les fibres cheminent dans les trois premières racines
cervicales, dans les cordons postérieurs de la moelle pour se projeter
sur le flocculus cérébelleux et également les NVS.
Comme pour le RVO les muscles oculaires sont soit excités soit inhibés par les
stimulations cervicales selon que les muscles requis pour la
compensation du mouvement sont agonistes ou antagonistes.
La
coordination est effectuée dans le noyau vestibulaire médian ou
inférieur.
Les réflexes cervico-oculaire et vestibulo-oculaire interagissent par
convergence des signaux sur le deuxième neurone.
La stimulation
des racines cervicodorsales augmentent l’amplitude des potentiels
d’action dans le VI ipsilatéral induit par une stimulation électrique
vestibulaire controlatérale.
Elle inhibe les potentiels d’action dans le VI controlatéral.
Le résultat de l’interaction entre vestibule et cou
sur les RVO est de renforcer le mouvement compensateur de l’oeil
lors d’une rotation de la tête.
Chez l’homme, cette interaction est
plus difficile à étudier parce que l’existence de mouvements visuels
importants prédomine.
En clinique on peut théoriquement obtenir
une stimulation cervicale pure par la manoeuvre de Barany qui
consiste à immobiliser la tête par rapport à l’espace et faire tourner
le corps autour de son axe vertical.
Dans cette manoeuvre, on est
jamais sûr que la tête soit parfaitement bloquée.
De plus, il faut
éliminer toute fixation visuelle.
Si tous ces problèmes sont résolus,
une torsion du corps de 50 à 60° provoque une déviation oculaire
de 4 à 5°.
6- Réflexe optocinétique :
Le réflexe optocinétique (ROC) permet la stabilisation d’images
mobiles sur la rétine dans le champ visuel.
Il peut être mis en jeu
par déplacement rotatoire prolongé et à vitesse constante d’un
pattern visuel structuré (tambour optocinétique) autour du sujet.
De
par sa nature, le ROC est également activé lorsque la tête se déplace
devant une cible visuelle de grande taille et que l’intention est de
fixer un point de l’espace.
Cette stimulation produit des
mouvements oculaires lents dans la direction du défilement de la
scène visuelle, interrompus de saccades de sens opposé.
L’ensemble
de ces mouvements constitue le nystagmus optocinétique dont la
direction de la phase est opposée à celle du RVO.
C’est un réflexe
qui opère en boucle fermée et qui se caractérise par une réponse de
plus longue latence que le RVO, de l’ordre de 100 à 150 ms par
rapport au début de la stimulation.
Pour être efficace, le stimulus
visuel doit exciter une large partie de la rétine.
Les caractéristiques du ROC horizontale sont les suivantes :
– l’exposition brutale à un stimulus optocinétique mène à une
rapide augmentation de la vitesse du nystagmus, suivie par une
augmentation graduelle plus lente jusqu’à ce que la vitesse du
stimulus soit atteinte ;
– à l’état stable, la vitesse du nystagmus peut être égale à celle du
stimulus jusqu’à environ 180°/s.
Au-delà, il y a désynchronisation
même si la vitesse du nystagmus peut encore s’élever à 240°/s ;
– à la fin de la stimulation optocinétique, à l’obscurité, le nystagmus
continue et produit un nystagmus postoptocinétique (OKAN).
L’OKAN augmente sa vitesse comme le ROC jusqu’à un maximum
de 90 à 120°/s où il sature.
La présence de l’OKAN indique que
l’activité induite durant le ROC a été centralement stockée.
La
vitesse de l’OKAN diminue avec une constante de temps de 10 à 30
secondes en fonction de la durée de la stimulation.
La constante de
temps de l’OKAN est semblable à celle du nystagmus vestibulaire
et à celle des noyaux vestibulaires.
Ces données suggèrent l’existence
d’un mécanisme commun de stockage pour intégrer et produire
chacune de ces réponses.
7- Interactions visuovestibulaires :
* Stabilisation du regard
:
Une vision nette implique que la scène visuelle soit stabilisée sur la
rétine indépendamment des mouvements de la tête et/ou de la
scène.
Des données acquises dans ce travail, nous pouvons retenir
que la stabilisation du regard est dépendante du ROC pour
maintenir un mouvement relatif nul entre la scène et la rétine.
À
basse fréquence, son efficacité est presque parfaite, mais celle-ci se
détériore progressivement pour des fréquences supérieures à 0,5 Hz.
Le ROC assure une vision nette lors des lents mouvements de la
tête et/ou de la scène visuelle.
À l’inverse, lors des mouvements
rotatoires rapides de la tête et lors des mouvements d’orientation
actifs qui impliquent des fréquences supérieures à 0,5 Hz, le ROC
devient incapable de stabiliser les yeux sur une scène visuelle
stationnaire.
La stabilisation est alors obtenue par les mouvements
compensatoires de contre-rotation oculaire résultant de l’activation,
par les mouvements de la tête, du RVO.
Les deux réflexes principaux de stabilisation du regard ne possèdent
pas à eux seuls une dynamique suffisante pour assurer un contrôle
oculomoteur optimal.
Aussi existe-t-il une hiérarchie fonctionnelle
caractérisée par une dominance visuelle lors de mouvements lents
et une dominance vestibulaire lors de mouvements rapides dans des
plages de fréquences en recouvrement partiel.
Les réflexes maculooculaires
jouent également un rôle non négligeable.
* Orientation du regard
:
Les mouvements d’orientation du regard sont assurés par un
système de contrôle oculomoteur comprenant le système de
poursuite lente et le système saccadique déjà vus.
Chez l’homme,
l’orientation du regard vers une cible excentrée de quelques degrés
est accomplie soit par les yeux, soit par un mouvement combiné de
la tête et des yeux.
Lors de l’apparition inattendue d’une
cible dans le champs visuel, jugée pertinente par le sujet, une
saccade oculaire est déclenchée après une latence moyenne de 200 à
230 ms, dépendant de nombreux facteurs (phénomènes
attentionnels, éclairage, degré d’excentricité de la cible).
Cette
saccade est suivie, après une latence de 25 à 40 ms, d’un mouvement
de tête qui se produit dans la même direction, mais plus lentement.
Lorsque l’image de la cible se projette en région fovéale, la saccade
cesse pour faire place à un mouvement oculaire de même vitesse
que le mouvement de tête résiduel, mais de sens opposé (RVO).
De plus, il apparaît que la trajectoire, lors d’une orientation
vers une cible visuelle, reste identique, que la tête soit fixe ou
mobile.
En condition tête libre, les mouvements compensatoires d’origine
vestibulaire s’additionnent au signal de saccade.
* Poursuite et stabilisation du regard
:
Lors d’une poursuite oculaire en fixation à basse fréquence associée
à un mouvement céphalique de coopération, le RVO perturbe la
stabilisation de l’image fovéale en déclenchant des mouvements de
sens contraire.
Le RVO est alors « supprimé ».
La dominance du
système de poursuite lente est effective, le regard est maintenu fixé
sur sa cible.
Toutefois, il n’est efficace que pour des vitesses et des
fréquences basses.
Si la cible est fixe et la tête mobile, le système de
poursuite est vite débordé.
Le vestibule activé coopère pour
compenser le déplacement de la tête bien au-delà de 1 Hz.
Ainsi, un
texte fixe peut être lu, même en réalisant des rotations alternatives
rapides de la tête, alors que c’est impossible si c’est le texte qui
bouge avec la même vitesse relative.
C - INTERRELATIONS VESTIBULOSPINALES :
L’étude des réflexes vestibulospinaux est souvent appréhendée au
travers d’analogie de fonctionnement avec les RVO.
En effet, les
premiers participent à l’équilibre postural, et les seconds à la
stabilisation du regard.
La stabilisation du regard implique une
activation des muscles agonistes et une inhibition des muscles
antagonistes extraoculaires par le biais d’une innervation réciproque.
Dans le cas de l’équilibre postural, le même principe d’innervation
réciproque est observé au niveau des muscles antigravitaires.
La
tendance à la chute est contrecarrée par la contraction des muscles
extenseurs du côté de la chute, avec diminution du tonus des
extenseurs du côté opposé.
Toutefois, il existe une nette différence
entre les processus de stabilisation du regard et les processus de
stabilisation de la posture et de l’équilibre.
1- Posture et équilibre :
L’activité motrice intentionnelle confronte le sujet à deux exigences
apparemment contradictoires : d’une part la nécessité de déplacer
certains segments corporels vers un but, et d’autre part celle de
stabiliser d’autres segments afin de maintenir la posture et
l’équilibre.
La notion de posture renvoie à la position relative des
différentes parties du corps à un moment donné et plus précisément
« aux relations mécaniques générales entre les différentes parties du
corps, aussi bien dans des conditions statiques que dynamiques ».
Ces relations mécaniques sont complexes.
Ainsi, la posture de
l’homme en position érigée peut rarement être comparée à un bloc
rigide se comportant comme un pendule inversé, bien que cela
puisse être vrai dans certaines conditions particulières.
La
conception dominante de la posture est une conception modulaire,
dans laquelle le corps se compose de différents modules superposés
pouvant être mis en mouvement les uns par rapport aux autres
grâce aux forces musculaires et aux articulations.
Face à une telle
conception de la posture, la notion d’équilibre correspond non
seulement au maintien de la projection au sol du centre de gravité
(CG) total du corps à l’intérieur du polygone de sustentation, c’est-à-dire la surface délimitée par le contour externe des pieds, mais
nécessite aussi l’équilibre de chacun des modules.
Cet équilibre des
différents segments corporels entre eux ne peut généralement se
faire que grâce à l’intervention de forces d’origine musculaire constituées, dans les conditions statiques, par le tonus postural.
La
première fonction de la posture est le maintien de l’équilibre, c’est-à-dire une fonction antigravitaire.
La deuxième fonction de la
posture correspond à son utilisation en tant que cadre de référence
pour la perception et l’action dans le mode environnant.
En effet, la
position de certains segments tels que la tête, le tronc ou les bras,
peut servir de référence pour calculer la trajectoire du mouvement
d’un autre segment corporel.
Il semble que deux types de contrôle
de la posture puissent être identifiés : le premier fixerait
l’orientation des segments corporels par rapport au monde extérieur,
et le second assurerait la stabilité du corps et contribuerait à
stabiliser le CG.
Cette stabilisation est réalisée en opposition aux
forces externes, permanentes ou transitoires, telles que les forces
gravitaires et les forces inertielles imposées. Mais cette stabilisation
se fait également en opposition aux forces internes associées à
l’exécution du mouvement.
2- Coordination posture-mouvement :
Le mouvement apparaît comme l’une des principales sources de
perturbations de la posture et de l’équilibre.
Face à des
perturbations, il est nécessaire de conserver une posture de référence
afin de préserver l’équilibre.
Ce maintien de la posture a
principalement pour but de minimiser les déplacements du CG.
C’est la raison pour laquelle tout acte moteur comprend deux
composantes :
– la première est une composante téléocinétique qui correspond au
déplacement d’un ou plusieurs segments orientés vers un but ;
– la deuxième est une composante éréismatique relative au maintien
de l’équilibre et de la posture, c’est-à-dire au support fourni par le
reste du corps aux segments mobilisés.
Pour lutter contre les perturbations de la posture liées au
mouvement, deux types de boucles de régulation peuvent être
utilisées :
– la première correspond à un contrôle en boucle ouverte (ou
contrôle proactif), déclenché parallèlement au mouvement ;
– la deuxième correspond à un contrôle rétroactif (en boucle
fermée), consécutif aux perturbations liées au mouvement.
Un des effets de l’entraînement serait de transférer une partie du
contrôle rétroactif en contrôle proactif.
La coordination entre la posture, l’équilibre et le mouvement
nécessite la mise en place d’ajustements posturaux.
Ces ajustements
peuvent se différencier en trois catégories définies en fonction de la
date de leur apparition par rapport aux perturbations imposées au
système, et sans doute du degré de probabilité de ces perturbations.
– La première correspond aux ajustements nommés réactions
posturales, qui surviennent à la suite d’une perturbation soudaine
de la posture.
L’idée dominante sur leur organisation postule que le
système nerveux n’effectue pas un contrôle séparé de tous les
muscles, mais contrôle un petit nombre de degrés de liberté en
activant des synergies fonctionnelles impliquant des groupes
musculaires régulés comme un tout.
Le choix d’un groupe
musculaire ou d’un autre serait fait en fonction de l’orientation du
vecteur de force désiré et réalisé dans un répertoire limité de
stratégies programmées centralement.
– Les ajustements posturaux anticipés constituent la deuxième
catégorie d’ajustements.
Ils accompagnent le mouvement ou le
précèdent légèrement, et sont destinés à réduire ou à annuler les
perturbations de la posture ou de l’équilibre liées au mouvement
des segments du corps.
Ils sont qualifiés d’anticipés car ils
interviennent avant que les effets perturbateurs du mouvement ne
s’expriment.
Les synergies axiales appartiennent à ce type
d’ajustements.
Elles correspondent, par exemple lors d’un
mouvement du tronc vers l’avant, à des mouvements associés des
genoux et des hanches dans le sens opposé.
– Les préparations posturales qui interviennent avant le mouvement
et qui conditionnent souvent sa réalisation constituent le troisième
type d’ajustements.
De tels ajustements ont été mis en évidence lors
de l’initiation de la marche.
La réalisation de cet acte moteur
nécessite des coordinations spécifiques entre le maintien de
l’équilibre et le mouvement.
3- Rôle des informations sensorielles :
La régulation de la posture, et par conséquent la réalisation des
ajustements posturaux, nécessite l’intégration des informations
afférentes issues de trois systèmes déjà cités.
La contribution relative
de ces différentes sources dépend de la perturbation imposée au
sujet.
Les informations proprioceptives interviennent de façon
prépondérante dans la régulation des forces d’appui au sol, moyen
par lequel la position du CG peut être régulée.
Dans le cas d’une
perturbation n’induisant pas une sortie de la surface d’appui de la
projection au sol du CG, les informations proprioceptives et cutanées
du pied ne seraient pas critiques dans le déclenchement des
réactions posturales.
En revanche, elles seraient responsables du
déclenchement des réactions posturales face à une translation
soudaine de la surface d’appui, alors que les informations
vestibulaires déclencheraient les réactions liées aux déplacements de
la tête.
Les modifications engendrées dans la stabilisation
posturale par l’absence des informations proprioceptives pourraient
être compensées soit par les informations visuelles, soit par les
informations vestibulaires.
Tous ces aspects et leur complexité soulignent le fait que le contrôle
postural ne peut pas être construit sur la base de simples réflexes,
comme dans le cas de la stabilisation du regard avec le RVO et le
système optocinétique.
4- Connexions vestibulospinales :
Les fibres vestibulospinales se répartissent en deux faisceaux
principaux : le FVSL, le FVSM.
On sait également que la stimulation
naturelle des récepteurs canalaires et otolithiques active les neurones
de la formation réticulée (FR) par des voies indirectes, dont le
premier relais se situe probablement dans les noyaux vestibulaires.
L’activité labyrinthique est aussi transmise à la moelle épinière par
des faisceaux réticulospinaux (médian et latéral) prenant naissance
dans la FR pontomédullaire.
* Faisceau vestibulospinal latéral
:
La plupart de ces fibres proviennent du noyau de Deiters et d’une
faible partie du noyau descendant.
Il véhicule des informations
utriculaire et sacculaire.
Il existe une distribution somatotopique de
telle sorte que la région rostroventrale du noyau est destinée à la
moelle cervicale.
La région dorsocaudale du noyau se projette sur la
moelle lombosacrée.
De même, sa région intermédiaire se projette
sur la moelle du thorax.
Le trajet de cette voie est ipsilatérale, avec
terminaison directe des fibres sur les motoneurones spinaux ou par
l’intermédiaire d’interneurones.
L’excitation électrique des noyaux
vestibulaires latéraux entraîne une activation monosynaptique des
motoneurones, des muscles extenseurs, et une inhibition disynaptique des fléchisseurs.
* Faisceau vestibulospinal médian
:
Ces fibres proviennent de neurones du noyau vestibulaire médian
et descendant qui reçoivent principalement des afférences canalaires.
Elles pénètrent dans la moelle cervicale en empruntant le FLM.
Les
fibres cheminent bilatéralement jusqu’à un niveau thoracique
médian et se termine sur l’interneurone.
Il contrôle exclusivement la
musculature axiale et exerce des influences à la fois facilitatrices et
inhibitrices sur les motoneurones spinaux du cou et du dos.
Son
rôle apparaît dans les interactions cervico-vestibulo-oculaires
(réflexes vestibulocoliques).
* Faisceau réticulospinal médian
:
Il prend son origine dans la FR pontique médiane et dans la partie
antérieure du noyau reticularis gigantocellularis.
Il exerce son
influence à tous les niveaux de la moelle épinière.
Les axones établissent des contacts mono- ou polysynaptiques excitateurs avec
les motoneurones alpha et gamma des muscles axiaux et distaux.
* Faisceau réticulospinal latéral
:
Il prend son origine dans la FR pontique postérieure.
Il se projette
préférentiellement sur la musculature axiale du cou et du dos selon
une organisation topographique.
Le FRSL exerce une action directe,
excitatrice ou inhibitrice sur les motoneurones du cou et excitatrice
au niveau du dos, et polysynaptique et inhibitrice sur les
motoneurones des membres.
D - INTERRELATIONS VESTIBULOCORTICALES :
La connaissance des zones corticales impliquées dans le traitement
de l’information vestibulaire est importante en raison du rôle
fondamental que joue le système vestibulaire dans la perception du
mouvement, dans l’orientation du corps, dans les mouvements
oculaires et dans le contrôle postural.
D’un point de vue clinique,
l’intérêt est encore accru depuis la découverte que la stimulation
vestibulaire pouvait induire une rémission d’une négligence spatiale
causée par une lésion pariétale et que les lésions du cortex
vestibulaire perturbaient la perception de la verticalité.
À l’origine, la notion de cortex vestibulaire est solidement étayée
par les travaux d’électrophysiologie et d’anatomie menés chez le
singe.
Plusieurs aires corticales, pariétales et temporopariétales, ont
été identifiées, telles l’aire pariétale 2V, située en profondeur de la
pointe du sillon intrapariétal, l’aire 3aV, localisée dans la profondeur
de l’aire somesthésique primaire, une troisième aire formant le
cortex vestibulaire pariéto-insulaire située à la partie postérieure de
l’insula, une quatrième aire (aire MST), correspondant à l’aire
visuelle temporale médiale et supérieure et une région du lobule
pariétal inférieur, l’aire 7a.
Les projections vestibulocorticales sont bilatérales, avec une
prédominance controlatérale.
Elles empruntent au moins deux voies
différentes, avec un relais dans le thalamus, en particulier dans la
partie orale du noyau ventro-postéro-latéral.
On connaît des
projections corticovestibulaires directes et indirectes à partir du
cortex pariétal inférieur.
Il est vraisemblable que les différentes aires
corticales soient organisées de manière hiérarchisée, au sein d’un
réseau comportant des aires de type « primaire » et des aires
d’intégration polysensorielle, chacune dévolue au traitement d’un
aspect particulier de la fonction vestibulaire.
Chez l’homme, la transposition des données précédentes doit être
prudente, notamment du fait de l’absence d’homologie stricte entre
les aires corticales. Bien que la notion d’un cortex vestibulaire soit
ancienne, les connaissances, issues principalement de la clinique,
demeurent fragmentaires.
Des sensations de rotation du corps ou de
vertige, de déséquilibre, de distorsions des coordonnées visuelles,
peuvent être induites par des crises épileptiques à point de départ
pariétal, temporal supérieur ou insulaire, ou par des stimulations
corticales peropératoires, notamment dans la profondeur du sillon
intrapariétal.
Toutefois, les récents résultats obtenus par différentes
équipes utilisant des techniques d’imagerie fonctionnelle semblent
concordants avec les prédictions du modèle animal.
Le principe des techniques repose sur la détermination
topographique, au sein des hémisphères cérébraux, des régions
activées lors d’une stimulation vestibulaire calorique unilatérale
obtenue par irrigation du conduit auditif externe.
En utilisant la
tomographie à émission de positons (TEP), l’irrigation unilatérale
du conduit auditif externe par de l’eau froide entraîne une activation
controlatérale de l’hémisphère en des régions déterminées qui
correspondent à la jonction temporopariétale (partie des aires 21, 22,
40, 41, et 42 de Brodmann), la partie postérieure de l’insula et le
putamen, le cortex cingulaire antérieur (aire 24) et le cortex
somesthésique primaire (partie des aires 3, 1 et 2).
Ces auteurs
interprètent leur résultat comme indiquant le caractère distribué à
différentes aires des informations vestibulaires, avec une zone
principale correspondant à l’homologue humain du cortex pariétoinsulaire
(PIVC) du singe.
En 1995, Vighetto et al ont étudié en
imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRM-f) la
distribution de l’activation cérébrale consécutive à une irrigation
calorique froide de l’oreille gauche.
Une augmentation significative
du signal a été notée à la partie postérieure de la vallée sylvienne de
l’hémisphère droit.
Cette région semble correspondre au cortex pariéto-insulaire.
Du côté controlatéral homologue, une diminution
du signal est observée.
Selon les auteurs, il pourrait s’agir de la
visualisation au niveau cortical de la balance activation-inhibition
du système vestibulaire.
La perception orientée de notre environnement immédiat est une
fonction complexe qui se fonde sur l’intégration en continu du flot
d’informations sensorielles parvenant au cortex cérébral, qu’elles
soient visuelles, proprioceptives et vestibulaires.
La synthèse de ces
informations est probablement réalisée dans les aires associatives
pariétales postérieures et inférieures, qui contiennent des neurones
répondant à plusieurs types de stimulations.
Parmi les afférences
vestibulaires, celles d’origine otolithique jouent probablement un
rôle crucial, dans la mesure où elles véhiculent les informations graviceptives.
Afin de déterminer les projections fonctionnelles
corticales des informations otolithiques, l’équipe de Berthoz a
récemment étudié en IRM-f les effets d’une stimulation sinusoïdale
galvanique.
Ce type de stimulation est connu pour engendrer une
activation non seulement des afférences canalaires mais également
otolithiques.
Les principales zones corticales activées par cette
stimulation sont la jonction temporopariétale, le sulcus central et le
sulcus intraparietal.
Ces régions sont respectivement analogues aux
zones PIVC, 3aV et 2v du cortex de singe, lesquelles forment le
« cercle vestibulaire interne ».
Une activation des régions prémotrices du lobe frontal a également été objectivée.
Ces données morphofonctionnelles sont en accord avec les études
anatomiques.
Ainsi, la cohérence dynamique des informations apportées dans les
différents registres sensoriels paraît conditionner une perception
orientée selon un axe subjectif de verticalité définie par le vecteur
de gravité.