Photothérapie et photochimiothérapie par ultraviolets Cours de dermatologie
Introduction
:
Depuis plus de 20 ans, plusieurs techniques de photothérapie sont
utilisées avec succès dans le traitement de nombreuses dermatoses.
Le dermatologue a ainsi à sa disposition plusieurs
sources lumineuses qui lui permettent de choisir le protocole
de photo(chimio)thérapie le plus adapté pour traiter une dermatose
donnée.
PUVAthérapie :
Elle associe l’irradiation UVA après utilisation d’agents
photodynamiques de la famille des psoralènes.
A - MATÉRIEL D’IRRADIATION :
Les lampes utilisées en PUVAthérapie sont des tubes fluorescents à
vapeur de mercure basse pression (type Philips TL09, Philips CLEOUVA,
F 85 Sylvania) dont la distribution spectrale s’étale de 320 à
450 nm, avec un pic d’émission à 352 nm.
Elles équipent les
cabines d’irradiation « corps entier » Waldmann ou Dixwell (qui
sont actuellement les seules homologuées par le ministère de la
Santé français, répondant à un certain nombre de règles de sécurité
d’emploi) ou les modules d’irradiation adaptés à une
irradiation localisée (mains, pieds, jambes).
La mesure de la dose UVA reçue par le patient dans la cabine est un
problème essentiel.
La dosimétrie doit être précice et fiable,
parfaitement contrôlée par des capteurs adaptés (dont la courbe de
réponse coïncide avec le spectre de la lampe), bien placés (double
mesure sur plusieurs sites) et régulièrement nettoyés (encrassage par
l’accumulation de poussières ou de graisses).
L’intensité des lampes
fluorescentes chute de 20 % aux extrémités (la tête et les jambes
reçoivent moins d’UVA que le reste du corps) et diminue avec la durée d’utilisation, nécessitant alors des temps d’irradiation
beaucoup plus longs pour obtenir la même dose.
C’est pourquoi il
est fortement recommandé de changer les lampes après 500 heures
d’utilisation.
B - MODE D’ADMINISTRATION ET POSOLOGIE DU
PSORALÈNE :
1- PUVAthérapie systémique
:
Le 8-méthoxypsoralène (8-MOP) est le psoralène de référence pour
la PUVAthérapie.
Il est administré par voie orale 2 heures avant
l’irradiation UVA (Méladinine comprimést), à une posologie
calculée :
– selon le poids corporel : 0,6 mg/kg ;
– selon la surface corporelle : 25 mg/m2, cette dernière méthode
permettant une meilleure corrélation avec le volume
plasmatique.
En cas d’intolérance (notamment digestive) au 8-MOP, le
5-méthoxypsoralène (5-MOP) peut être utilisé à la dose de
1,2 mg/kg, prise 3 heures avant l’irradiation UVA (Psoraderm-5t).
Son potentiel photomutagène et photocarcinogène, son efficacité
antipsoriasique apparaissent comparables à celles du 8-MOP.
2- PUVAthérapie topique
:
L’application locale d’une solution de méthoxsalène, suivie 1 heure
après par l’irradiation UVA, est une technique peu recommandée
du fait du risque très important de phototoxicité (brûlure cutanée).
3- Balnéo PUVAthérapie :
Cette technique consiste en l’immersion d’un segment de membre
ou du corps entier dans une solution aqueuse de psoralène, suivie
d’une irradiation UVA immédiate ou dans les 20 minutes qui
suivent.
La concentration en 8-MOP est de 3,6 mg/L, obtenue en diluant dans l’eau du bain, selon le volume du patient, soit deux
flacons de Méladinine solution fortet pour 100 L d’eau, soit trois
flacons pour 150 L d’eau.
La durée du bain est de 15 minutes et sa
température doit être de 37 °C.
Elle permet une distribution cutanée uniforme du psoralène, tout en
nécessitant des doses d’UVA trois à cinq fois plus faibles que celles
reçues au cours d’une PUVAthérapie orale (réduction du temps
d’irradiation).
Elle nécessite cependant de posséder une
baignoire à proximité de la cabine et d’être particulièrement vigilant
sur le protocole d’irradiation (risque d’érythème phototoxique).
Du fait d’une mauvaise connaissance du risque carcinologique, cette
méthode doit être réservée aux :
– contre-indications des psoralènes per os (cataracte, insuffisance
rénale) ;
– intolérances au 8-MOP (nausées, vomissements, céphalées) ;
– sujets nécessitant de trop longs temps d’irradiation en PUVAthérapie classique (> 13 J/cm2), notamment les phototypes V
et VI.
C - PROTOCOLES ET DOSES D’UVA :
Le protocole dépend de la dermatose à traiter et du phototype du
sujet.
Les protocoles de référence ci-après sont ceux utilisés pour la PUVAthérapie des psoriasis vulgaires étendus.
Le calcul de la dose d’exposition aux UVA est habituellement basée
sur le phototype du sujet.
Il peut également être fait, dans des
centres spécialisés, après détermination de la dose phototoxique
minimale ; cependant, cette technique ne permet pas d’obtenir
des résultats supérieurs en terme d’efficacité ou de dose totale
d’UVA, à la technique basée sur le phototype.
Lors de chaque
séance, la dose d’UVA sera adaptée aux degrés d’érythème et de
pigmentation photo-induits en peau non atteinte.
Chez les patients
qui réagissent peu après 10 à 15 séances, on peut accroître d’un
comprimé la dose de psoralène, tout en diminuant la dose d’UVA
de 10 à 30 %.
L’érythème induit par la PUVAthérapie étant retardé (apparition
24 à 36 heures après l’irradiation, intensité maximale entre la 48e et
la 72e heure), les séances seront espacées au minimum de 48
heures.
Trois séances par semaine (lundi, mercredi, vendredi)
constituent la fréquence la plus souvent utilisée, une fréquence
bihebdomadaire paraît aussi efficace, mais ne permet pas
d’économie en termes de dose totale ou de séances.
Pour le psoriasis, la durée d’une cure, à raison de trois séances par
semaine, s’étale sur 6 à 8 semaines, ne dépassant pas habituellement
30 séances au maximum.
Une fois les lésions blanchies, il est
conseillé d’arrêter la PUVAthérapie pour essayer de réduire les
risques photo-induits cumulatifs. Le traitement d’entretien sera ainsi
limité au minimum : pour certains auteurs, il ne présente aucun
intérêt, alors que pour d’autres l’arrêt progressif (deux fois par
semaine pendant 2 semaines, puis une fois par semaine pendant
4 semaines) permet de mieux contrôler une rechute rapide.
D - PRÉCAUTIONS ET SURVEILLANCE
:
1- Précautions générales
:
Le malade doit être informé des contraintes de la PUVAthérapie,
des risques à court et long termes et des moyens de les éviter.
Le malade doit être régulièrement surveillé par le médecin. Pour
optimiser l’index efficacité/tolérance, il doit être interrogé et
examiné avant chaque séance et le praticien exécute personnellement
l’acte médical.
Les directives de la Caisse nationale d’assurance maladie doivent
être respectées.
– Après demande d’entente préalable, la cotation K10E est acceptée
pour le psoriasis atteignant au moins 40 % de la surface corporelle
(cette superficie étant chiffrée par la règle utilisée pour estimer
l’étendue des brûlures ; directive du 12 juillet 1995), pour le MF, les états prémycosiques et parapsoriasiques.
– La cotation K3,5E, soumise à l’entente préalable, est réservée aux
autres cas pathologiques : DA, vitiligo, pelade, lucites, lichen,
urticaire, prurits...
2- Protection oculaire :
Les psoralènes étant retrouvés dans le cristallin humain pendant au
moins 12 heures après l’ingestion, la protection oculaire est
indispensable.
Pendant les séances, la protection doit être complète, par des
lunettes « coques » bien ajustées sur les paupières (type lunettes
anti-UV Philips 41 Écran rouge).
Elles peuvent exceptionnellement
être omises, en cas d’extension palpébrale de la dermatose, dans
la mesure où l’exposition oculaire aux UVA est négligeable quand
les paupières sont fermées.
Pendant les 24 heures suivant l’ingestion du psoralène, les yeux
doivent être protégés par de larges lunettes avec caches latéraux,
arrêtant les UVB et les UVA.
La plupart des lunettes « garanties
100 % UV » filtrent correctement les UV, les verres clairs devant être
préférés aux verres teintés pour des raisons de compliance.
Elles
doivent être portées en cas d’exposition au soleil (direct ou à travers
une vitre) ou à un éclairage fluorescent.
Les lampes à incandescence,
émettant principalement de l’infrarouge, ne nécessitent pas de
protection UVA.
3- Protection cutanée
:
Pendant les séances, les organes génitaux masculins doivent être
protégés par un matériel opaque, du fait d’un risque élevé de
tumeurs génitales chez les patients ayant reçu de hautes doses de
PUVAthérapie.
Il est souhaitable de recouvrir également la peau
du visage (exposée constamment à l’irradiation ambiante), si elle
n’est pas atteinte par la dermatose, par un tissu opaque aux UV.
Les jours de séance, l’exposition solaire doit être interdite et les
zones exposées naturellement au soleil doivent être protégées par
des vêtements ou par des produits solaires anti-UVA.
Les jours sans
séance, les patients doivent également être encouragés à se photoprotéger.
Le risque carcinogène de la PUVAthérapie étant dose-dépendant,
notamment pour les carcinomes épidermoïdes, il est
fondamental de respecter les doses cumulées limites, à savoir :
– pour une cure : 100 à 150 J/cm2 ;
– pour une année : 30 séances ;
– pour une vie : 150 à 200 séances, soit 1 200 à 1 500 J/cm2.
Pour certains psoriasis sévères en poussées subintrantes, et en
l’absence d’autres thérapeutiques appropriées, la dose cumulée peut
atteindre 2 500 J/cm2.
Il est essentiel d’enregistrer, de façon
permanente et soigneuse, le nombre de séances et les doses d’UVA,
d’essayer de blanchir le psoriasis par des doses minimales efficaces.
Chez les patients ayant reçu plus de 150 séances, il est essentiel de
surveiller leur tégument une fois par an pendant au moins 15 ans
pour détecter les lésions précancéreuses et les carcinomes cutanés.
E - MÉCANISMES D’ACTION :
Les psoralènes peuvent s’intercaler entre deux bases pyrimidiques
de l’acide désoxyribonucléique (ADN) et, après irradiation par les
UVA, vont former des photoadduits avec les acides nucléiques,
liaisons monofonctionnelles ou bifonctionnelles.
L’inhibition de la
synthèse d’ADN qui en résulte et la réduction subséquente de la
prolifération cellulaire expliquent en partie l’effet antipsoriasique de
la PUVAthérapie.
Les autres effets biologiques de la PUVAthérapie sont mal connus.
L’action immunosuppressive est certainement importante :
réduction du nombre et des fonctions des cellules de Langerhans,
diminution des lymphocytes T helpers circulants, génération de
lymphocytes T suppresseurs spécifiques d’allergènes, production de
cytokines par les kératinocytes irradiés, effet cytotoxique sélectif sur
certaines cellules...
La diversité des effets immunologiques et antiinflammatoires
explique l’usage de la PUVAthérapie dans diverses
dermatoses.
Enfin, la stimulation mélanocytaire (pigmentation) et
l’épaississement épidermique photo-induits s’ajoutent aux
mécanismes d’action précédents et rendent compte en partie de
l’efficacité de la PUVAthérapie dans les photodermatoses.
F - EFFETS SECONDAIRES :
Les effets secondaires de la PUVAthérapie peuvent être séparés
en réactions précoces, habituellement mineures et n’empêchant pas
la poursuite du traitement, et en réactions retardées, dominées par
le risque carcinogène.
1- Effets secondaires précoces
:
* Intolérance digestive (nausées) au 8-méthoxypsoralène
:
Elle est fréquente et peut être limitée par le fractionnement des doses
(prendre le 8-MOP avec un aliment lacté, pour une demi-dose
2,5 heures avant et, pour l’autre demi-dose, 2 heures avant la séance)
ou la prise d’un antiémétique.
Cet effet secondaire est dosedépendant
et peut être évité par la prise de 5-MOP, de
suppositoires de Méladininet ou la pratique d’une balnéo-PUVAthérapie.
*
Épaississement de la couche cornée et néomélanogenèse
:
Ces réactions biologiques photo-induites vont progressivement
gêner la pénétration des UV et nécessiter une augmentation des
doses au fur et à mesure des séances.
* Érythème phototoxique :
L’érythème induit par la PUVAthérapie est retardé, apparaissant
24 à 36 heures après l’irradiation, et atteint son intensité maximale
entre la 48e et la 72e heure.
Son intensité est variable, pouvant
s’accompagner de lésions bulleuses dans les formes sévères.
Il est
lié soit à un surdosage accidentel, plus souvent en dose d’UV
(erreur de programmation, défaillance des systèmes de sécurité)
qu’en psoralène (fréquent en balnéoPUVAthérapie), soit à la prise
concomitante d’un médicament phototoxique, voire à
l’ingestion d’aliments très riches en psoralènes.
En cas de surdosage en UV, il convient, le plus tôt possible,
d’appliquer des dermocorticoïdes de grade I, de prescrire de
l’indométacine, voire une courte corticothérapie générale.
On rapproche des réactions phototoxiques la survenue d’altérations
unguéales (hémorragies sous-unguéales, photo-onycholyse,
pigmentation), ainsi que les quelques observations de pustulose
exanthématique.
* Réactions photoallergiques au méthoxypsoralène oral
:
À l’inverse des réactions phototoxiques, elles sont exceptionnelles et
responsables d’érythème généralisé.
Des allergies et photoallergies
de contact aux psoralènes topiques sont signalées.
D’autres réactions allergiques ont été rapportées lors de la PUVAthérapie : apparition d’un rash, syndrome fébrile, quelques cas
de bronchoconstriction (probablement dus à la tartrazine, colorant
contenu dans certains comprimés de psoralènes).
* Xérose cutanée et prurit
:
La sécheresse cutanée est constante, nécessitant l’application
systématique d’émollients.
Le prurit est fréquent, habituellement
modéré et cédant aux antihistaminiques et aux émollients. Il peut
très rarement être intense et résistant, ne cédant qu’à l’arrêt de la
PUVAthérapie.
* Douleurs cutanées profondes
:
Exceptionnellement observées mais très sévères, ces causalgies sont
localisées spécifiquement à un dermatome et peuvent céder par des
manipulations vertébrales ou être plus diffuses, liées à une
hyperactivité du système sympathique, pouvant être améliorées par
l’électrothérapie, l’injection de lidocaïne ou de bupivacaïne.
* Altérations pilaires
:
Une hypertrichose, fréquente mais modérée, peut apparaître,
disparaissant à l’arrêt du traitement ; rarement, un hirsutisme ou
une alopécie peuvent être observés.
* Photo-induction d’une dermatose
:
Elle n’est pas exceptionnelle : lucite estivale bénigne (LEB),
herpès récurrent, acné, rosacée, dermite séborrhéique, phénomène
de Köbner, bulloses auto-immunes (pemphigoïde, lichen plan
pemphigoïde, pemphigus vulgaire), exacerbation ou révélation
d’un lupus érythémateux aigu disséminé.
* Risque tératogène de la PUVAthérapie :
Il peut être considéré comme nul mais il est cependant
recommandé d’éviter la grossesse pendant le traitement et d’arrêter
la PUVAthérapie en cas de survenue d’une grossesse.
2- Effets secondaires tardifs
:
* Cataracte :
La cataracte dite sénile est liée à la photo-oxydation des protéines
du cristallin par les UVB et les UVA.
Les psoralènes étant retrouvés dans le cristallin au moins 12 heures après l’ingestion, la PUVAthérapie peut être responsable du développement ou de
l’aggravation d’une cataracte, ce qui justifie les strictes mesures de
protection oculaire.
* Héliodermie :
C’est un effet secondaire à long terme de la PUVAthérapie,
responsable d’une atrophie avec dystrophies focales épidermiques,
de modifications du conjonctif dermique (réduction de la prolifération des fibroblastes, augmentation d’activité de la
collagénase), de l’apparition de porokératoses actiniques.
* Dystrophies mélanocytaires :
La PUVAthérapie est susceptible d’induire plusieurs troubles
pigmentaires : éphélides ; multiples petites lentigines disséminées,
de la taille d’une tête d’épingle ; lentigines étoilées de couleur
chamois ; macules gris bleuté ; mélanonychies longitudinales.
L’apparition de ces lésions pigmentaires impose habituellement
l’arrêt de la PUVAthérapie.
* Carcinogénicité de la PUVAthérapie :
C’est le problème essentiel à long terme car le risque de cancer
cutané photo-induit est bien réel et impose des
règles strictes de protection.
Le risque de carcinome spinocellulaire est indiscutablement
augmenté par la PUVAthérapie avec une forte association avec les
doses cumulées. Les carcinomes épidermoïdes n’apparaissent
que chez 6 % des patients ayant reçu moins de 100 séances de PUVA,
alors qu’ils atteignent 27 % des sujets ayant dépassé 260 séances, ce
qui correspond à un risque relatif (RR) de 42 (par rapport au risque
attendu dans la population générale).
Ce risque dépasse 50 quand le
nombre de séances de PUVA est supérieur à 300, ce qui rejoint le
risque observé chez les greffés rénaux.
Pour les carcinomes basocellulaires, le risque est plus faible mais
toujours dose-dépendant.
Les carcinomes épidermoïdes sont souvent précédés par des
kératoses dont l’apparition doit impérativement entraîner l’arrêt
de la PUVAthérapie.
En dehors de quelques cas sporadiques de mélanomes apparus sous PUVAthérapie, le risque ne paraissait jusqu’à présent pas établi.
L’étude prospective de Stern infirme cette donnée : dans sa
cohorte de 1 380 patients suivis depuis 1975, si le risque de
mélanome observé au cours des dix premières années était celui
attendu dans la population (RR : 1,1), au bout de 15 ans, ce risque
passait à 5,4 et atteignait 8,8 chez les sujets ayant reçu plus de
250 séances.
Photothérapies UV :
Leur principal avantage est de s’affranchir de la prise de psoralène
avant les séances.
La grossesse, l’insuffisance hépatocellulaire ou
rénale ne sont plus des contre-indications.
Le port de lunettes et la
protection solaire ne sont plus nécessaires en dehors des séances.
A - PHOTOTHÉRAPIE UVB À SPECTRE ÉTROIT
:
Cette photothérapie, de développement récent, a été conçue
initialement pour traiter le psoriasis, dans la mesure où le spectre
d’action photothérapeutique du psoriasis est maximal entre 305 et
313 nm.
Elle utilise ainsi des tubes fluorescents : lampe Philips TL01
dont le spectre d’émission UVB est très étroit, centré sur 313 nm
± 2 nm.
Le protocole d’irradiation dépend du phototype du sujet et de la
dermatose à traiter.
Dans le psoriasis, la dose est progressivement
augmentée en dix séances, en fonction du phototype et de la
tolérance cutanée (dose infraérythémale), jusqu’à une dose
maximale, poursuivie de la 11e à la 20e, voire 25e séance.
Outre son efficacité dans le psoriasis, la photothérapie à
spectre étroit est utilisée dans les DA sévères de l’adulte et de
l’enfant, dans certaines photodermatoses.
Les effets secondaires à court terme sont limités au risque
d’érythème phototoxique, dont l’incidence est faible si l’on respecte
la progression des doses.
À long terme, le risque carcinogène est
démontré chez la souris, mais est probablement inférieur à
celui de la PUVA ou des UVB à large spectre.
En attendant les
résultats des études prospectives chez l’humain, il paraît raisonnable
de limiter à 200 le nombre de séances sur une vie.
B - PHOTOTHÉRAPIE UVB À SPECTRE LARGE
:
Elle utilise des tubes fluorescents à vapeur de mercure à basse
pression : lampes Philips TL12, Sylvania UV21 ou Sylvania UV6 qui
émettent majoritairement des UVB, mais dont les spectres
d’émission sont quelque peu différents, responsables dès lors
d’un potentiel érythématogène inégal.
Le protocole d’irradiation dépend de la dermatose et du phototype :
dose initiale à 70 % de la dose érythémagène minimale (DEM), soit
de 20 à 60 mJ/cm2 (pour les TL12), progression des doses de 20 %
par séance jusqu’à une dose maximale de 200 à 400 mJ/cm2.
Dans le psoriasis, l’efficacité de la photothérapie UVB à large spectre
est modérée, nécessitant des doses érythématogènes, administrées
au moins trois fois par semaine.
Des doses infraérythémales
entraînent une pigmentation progressive qui gêne la pénétration des
UVB.
Cette photothérapie a été également utilisée dans la DA,
les lucites idiopathiques, l’eczéma de contact, les prurits
de l’insuffisance rénale chronique, de la cirrhose biliaire ou des
sujets positifs au virus de l’immunodéficience humaine (VIH+).
Les effets secondaires aigus nécessitent une surveillance étroite :
fréquence du prurit et de l’érythème phototoxique, risque de
kératoconjonctivite aiguë, xérose cutanée constante, récurrence
herpétique.
À long terme, le rôle carcinogène des UVB est bien
connu, mais semble plus faible que celui de la
PUVAthérapie.
L’immunosuppression cutanée induite par les
UVB soulève le problème de leur utilisation chez les sujets infectés
par le VIH, cependant la photothérapie UVB n’entraîne pas à court
terme de détérioration de la fonction immunitaire chez ces
patients.
C - PHOTOTHÉRAPIE UVAB :
Utilisant un rayonnement proche du spectre solaire, cette
photothérapie utilise :
– soit les tubes Wolff-Helarium émettant des UVB longs et des UVA
courts, permettant de réaliser la SUP (selective ultraviolet
phototherapy) ;
– soit l’irradiation simultanée par des tubes UVB à spectre large
(Philips TL12, Sylvania UV21, Sylvania UV6) et UVA à spectre large
(Philips TL09, Philips CLEO, F85 Sylvania), dans une cabine équipée
de ces deux types de lampes.
Le protocole d’irradiation varie selon le phototype.
La
tolérance est satisfaisante, limitée par les effets secondaires des UVB.
L’indication de la photothérapie UVAB n’est pas tant le psoriasis,
où l’efficacité est inférieure à celle de la PUVA, que surtout les DA
sévères, dont plus de 90 % sont nettement améliorées en une vingtaine de séances, malheureusement la récidive est observée
chez la moitié des sujets 3 mois après l’arrêt.
La photothérapie UVAB
est également utilisée pour les prurits sévères apparemment
idiopathiques (prurigo) avec des résultats inconstants.
D - PHOTOTHÉRAPIE UVA HAUTE PRESSION OU UVA1
:
De développement récent, cette photothérapie utilise des lampes à
vapeur de mercure haute pression (lampes Heraeus ou Philips) dont
l’irradiance est très élevée (75 mW/cm2).
Leur spectre d’émission se
limite aux UVA1 longs, à condition d’être soigneusement filtrés.
Utilisée essentiellement dans les pays germaniques (absence
d’appareil homologué pour la photothérapie médicale en France),
cette photothérapie UVA1 est indiquée dans :
– la DA, avec une efficacité supérieure à celle de la photothérapie UVAB, à condition d’utiliser de fortes doses (50 à 130 J/cm2) cinq
fois par semaine pendant 3 semaines ;
– dans les sclérodermies localisées, les UVA1 à fortes doses
(130 J/cm2) augmentant l’expression de la collagénase ;
– dans l’urticaire pigmentaire.
Les effets secondaires à long terme des fortes doses d’UVA1 méritent
d’être précisés : héliodermie et surtout photocarcinogénicité, car les
UVA se sont révélés mutagènes sur certaines cellules animales et
humaines.
E - MODALITÉS DE PRESCRIPTION ET DE SURVEILLANCE
:
La photothérapie UV doit être réalisée par un dermatologue entraîné
à la photothérapie, disposant d’une cabine « corps entier »
homologuée, équipée de tubes UVB et UVA, d’une dosimétrie
précise et fiable.
La sélection des patients pouvant bénéficier d’une photothérapie UV
doit être sévère, limitée aux dermatoses très invalidantes, en
respectant les contre-indications : enfant de moins de 15 ans,
phototype I (roux), antécédents de cancers cutanés, de traitement
par les radiations ionisantes ou les immunosuppresseurs, nævi
dysplasiques, prise concomitante de médicaments photosensibilisants.
La prise en charge par la Sécurité sociale se fera après acceptation
de la demande d’entente préalable pour une cotation K3,5 E et une
série de 30 séances.
La fréquence des séances est habituellement de trois séances par
semaine (toutes les 48 heures) pendant 2 mois environ.
Le traitement
d’entretien (une séance par semaine) doit être limité au minimum,
afin d’épargner le « capital joules » du patient.
Le risque d’effets secondaires à long terme (cataracte photo-induite,
carcinomes cutanés) impose pendant les séances :
– la protection des yeux par des lunettes opaques anti-UV et des
organes génitaux masculins par un string ;
– le respect des doses cumulées limites : pour une année = 30
séances ; pour une vie = 150 à 200 séances.
Bilan préthérapeutique :
Le bilan préthérapeutique a pour but de sélectionner de façon stricte
les patients pouvant bénéficier d’une photothérapie.
Son respect
permet d’espérer une réduction des risques photo-induits.
Il ne
dispense pas d’expliquer soigneusement aux malades le protocole
et ses contraintes, le bénéfice potentiel et les éventuels effets
secondaires, tout en vérifiant leur compréhension et leur fiabilité,
permettant d’obtenir un « consentement éclairé ».
A - BILAN CUTANÉ :
Pour respecter les indications de la photothérapie, il est nécessaire
de sélectionner les patients atteints de dermatoses sévères et
invalidantes et de ne pas poser d’indication abusive, notamment
d’ordre esthétique.
L’indication tiendra également compte des conséquences physiques
et/ou psychologiques de la dermatose, des autres possibilités de
traitement en comparant le rapport bénéfice-risque des différentes
modalités thérapeutiques, de la réponse à une éventuelle
photo(chimio)thérapie antérieure, de la prise concomitante de
médicaments potentiellement photosensibilisants.
L’examen de tout le tégument est indispensable, permettant
d’apprécier le phototype (établi sur les données de l’interrogatoire
et la couleur de la carnation actuelle) et le degré d’héliodermie,
l’aspect des nævi et de détecter d’éventuelles kératoses actiniques.
L’état général du sujet sera pris en compte, notamment les maladies
cardiovasculaires sévères (insuffisance cardiaque, hypertension
artérielle).
La disponibilité du sujet doit être établie, en particulier par rapport
au lieu de résidence ou de travail, aux horaires.
B - CONTRE-INDICATIONS :
Il est conseillé d’exclure les patients de moins de 16 ans.
Cependant,
la PUVAthérapie ou la photothérapie UVB-TL01 peuvent être
utilisées chez des enfants atteints de psoriasis sévère résistant aux
autres thérapeutiques.
Un antécédent de carcinome cutané ne constitue pas une contreindication
absolue, particulièrement chez les personnes âgées, à
condition que les autres thérapeutiques disponibles soient inefficaces
ou inductrices d’effets secondaires potentiels dangereux.
Dans ce
cas, si le territoire du carcinome cutané siège en peau non atteinte,
celui-ci doit être protégé pendant la photothérapie.
L’augmentation du risque de mélanome par la PUVAthérapie ayant
été notée dans une étude prospective récente, il est justifié de
traiter les patients ayant un risque élevé de mélanome par d’autres
thérapeutiques qu’une photothérapie.
Bien que le risque tératogène de la PUVAthérapie puisse être
considéré comme nul, il est recommandé aux femmes d’éviter la
grossesse pendant ce traitement.
Chez les patientes pour lesquelles
la photothérapie ne peut être arrêtée du fait de la sévérité de la
dermatose, la préférence est donnée à la photothérapie UVB.
La PUVAthérapie ne paraît pas modifier le statut immunologique
des sujets ayant une sérologie positive pour le VIH, en l’état
actuel de nos connaissances.
C - CONSULTATION OPHTALMOLOGIQUE :
Avec une protection oculaire adéquate, le risque
d’altérations oculaires par la PUVAthérapie est mineur.
Cependant,
chez les sujets ayant reçu plus de 100 séances de PUVAthérapie, une
légère augmentation du risque de cataracte a été observée.
Une
consultation ophtalmologique est nécessaire avant le début de la PUVAthérapie et sera répétée une fois par an en l’absence
d’anomalie, si des cures répétées sont nécessaires.
Pour les autres photothérapies UV (sans psoralène), les risques
oculaires sont inexistants, à condition de protéger les yeux pendant
les séances par des lunettes opaques.
D - BILAN BIOLOGIQUE :
Avant une PUVAthérapie, un bilan biologique minimal est
souhaitable, particulièrement des fonctions rénales (créatininémie)
et hépatiques (transaminases).
Quelques élévations transitoires des
transaminases ont été rapportées au cours de la PUVAthérapie
(associées, dans plusieurs cas, à l’ingestion supplémentaire d’alcool),
le retour à la normale étant rapidement obtenu après arrêt du
psoralène.
Si le bilan hépatique initial est normal, il n’est pas justifié
de contrôler ultérieurement les transaminases.
La possibilité d’exacerbation d’un lupus érythémateux par la PUVAthérapie ou la photothérapie UVB justifie, s’il existe une
suspicion de connectivite ou de dermatose photosensible, un dosage
des anticorps antinucléaires et anti-RO (SSA).
Un résultat positif
nécessitera un bilan complémentaire pour éliminer la possibilité
d’un lupus érythémateux.
E - ÉVALUATION DES RISQUES :
1- Risque photosensibilisant :
L’érythème phototoxique lié à la photothérapie est habituellement
secondaire à un surdosage UV et s’explique le plus souvent par une
mauvaise appréciation du phototype, lequel est volontiers
surévalué.
Une réaction de photosensibilisation est possible par interaction
entre certains médicaments et les UV :
– quand un malade devant bénéficier d’une photothérapie est traité
par un médicament potentiellement phototoxique, il
convient de repousser la photothérapie si la prescription est
transitoire et le risque phototoxique élevé, ou de commencer par
une faible dose d’UV si le traitement est prolongé et le risque
phototoxique faible ;
– quand un malade est traité par un médicament potentiellement photoallergisant, il n’y a pas lieu de modifier la
photothérapie.
En revanche, si une éruption photodistribuée
apparaît pendant la cure, il convient d’incriminer le médicament et
d’arrêter la photothérapie.
Le déclenchement d’une dermatose auto-immune en cours de PUVAthérapie est un phénomène rare : lupus érythémateux,
pemphigoïde, lichen plan pemphigoïde, pemphigus.
Ces
dermatoses constituent des contre-indications à la PUVAthérapie.
2- Risque carcinogène :
Le risque carcinogène des photothérapies, particulièrement de la PUVAthérapie, étant bien établi, la sélection très attentive des
patients est de la plus grande importance, en s’enquérant du
phénotype, du phototype, de l’intensité de l’exposition solaire
naturelle, des antécédents de coups de soleil sévères, de l’utilisation
d’appareils de bronzage UV, d’éventuelles photothérapies
antérieures par UVB ou PUVA.
Il est recommandé de ne pas
dépasser les doses cumulatives limites pour une vie : 150 à
200 séances de photothérapie ou 1 200 à 1 500 J/cm2 de PUVA.
L’existence de nævi cliniquement atypiques justifie leur excision ou
impose leur couverture pendant l’irradiation.