Les phlegmons de la main correspondent à une infection
développée au sein des cavités naturelles de celle-ci.
On
distingue d’une part, les phlegmons des espaces celluleux
qui sont des espaces sous-cutanés palmaires, dorsaux
ou commissuraux et, d’autre part, les phlegmons
des gaines synoviales des tendons des fléchisseurs.
Phlegmon des espaces celluleux
:
Il s’agit d’une pathologie rare qui fait suite à une inoculation
septique d’un des espaces celluleux de la main.
La main est gonflée, oedématiée avec une peau tendue,
rouge, chaude. Les reliefs osseux ont disparu du fait de
la réaction inflammatoire qui a décollé la peau dorsale
de la main.
Par ailleurs, l’inspection de la main
recherche une porte d’entrée.
L’interrogatoire précise le terrain (sexe, âge, antécédents,
tares, traitement, allergie). Il précise le côté dominant,
la profession et le mode de vie.
Il faut apprécier l’état de santé du patient à la recherche
de facteurs favorisant le développement d’une infection
par affaiblissement des défenses immunitaires : diabète,
alcool, prise d’immuno-suppresseurs, corticothérapie au
long cours, toxicomanie...
L’état de la vaccination antitétanique sera systématiquement
vérifié et contrôlé sur le carnet de vaccination.
L’examen doit rechercher des signes de diffusion locale
(radiographies systématiques à la recherche d’atteinte ostéo-articulaire, palpation des culs-de-sac des gaines
synoviales à la recherche d’un phlegmon des gaines
associé); régionale, (palpation des aires ganglionnaires
épitrochléennes et axillaires, recherche de lymphangite)
et générale (fièvre, frissons).
Le traitement est résolument chirurgical et doit être réalisé
en urgence, sous anesthésie générale et sous garrot
pneumatique avec mise à plat et excision de tous les tissus
infectés.
Il faut rechercher de principe une diffusion
aux différents espaces celluleux palmaires, dorsaux et
commissuraux.
Des prélèvements bactériologiques doivent
être systématiquement réalisés.
Une antibiothérapie est justifiée lorsqu’il existe des
signes de diffusion régionaux (lymphangite, adénite) ou
généraux (fièvre).
En postopératoire, le pansement doit être propre dès le
premier jour et la rééducation est entreprise une fois que
les phénomènes inflammatoires postopératoires ont
régressé pour éviter tout enraidissement digital.
Phlegmons des gaines synoviales :
Cette infection est rare mais doit être parfaitement connue
car elle est extrêmement grave et engage l’avenir fonctionnel
du doigt infecté et donc de la main.
A nouveau, il existe plusieurs stades évolutifs de gravité
croissante. Le phlegmon initialement exsudatif devient
purulent avant d'entraîner une fonte purulente de tous les
tissus infectés.
Le traitement est donc urgent et exclusivement
chirurgical.
1- Forme typique : phlegmon de la gaine digitocarpienne-radiale
Le patient se présente aux urgences quelques jours après
une inoculation de la gaine radiale par une lésion cutanée
qui est passée le plus souvent inaperçue.
L’examen clinique objective un pouce rouge, douloureux,
tuméfié, fléchi.
Il est possible parfois de retrouver la porte
d’entrée.
La palpation est douloureuse sur tout le trajet de la gaine
synoviale et la douleur est exacerbée par la palpation du
pli de flexion du poignet, qui correspond au cul-de-sac
synovial de la gaine radiale.
La mise en extension du pouce est très difficile car elle
réveille une douleur aiguë.
L’examen clinique doit rechercher les signes de diffusion
locale aux autres gaines synoviales, ainsi qu’au squelette.
La recherche de signes régionaux et généraux de diffusion
infectieuse doit être systématique, avec palpation des aires
ganglionnaires, recherche de lymphangite et de fièvre.
Le diagnostic est à ce stade évident et l’évolution est
marquée, en dehors de tout traitement, par une aggravation
des signes locaux, aboutissant à un doigt rouge
tuméfié, en crochet irréductible et dont toute palpation
est impossible.
La douleur est alors traçante sur tout le
trajet de la gaine, elle est permanente et insomniante, signant la collection
purulente.
2- Formes cliniques :
• Localisation :
- éléments de la gaine digito-carpienne cubitale : le
tableau est identique, mais la douleur siège du côté cubital
du pli de flexion du poignet et intéresse le 5e rayon.
A noter que l’existence d’une communication avec la gaine radiale peut expliquer une symptomatologie bilatérale
des 1er et 5e rayons, ou bien l’existence d’un phlegmon
à bascule entre le 1er et le 5e rayon ;
- phlegmon des doigts médians : la symptomatologie est
identique, mais le cul-de-sac supérieur siège au niveau
du pli palmaire distal de chaque doigt, et non au niveau
du pli de flexion du poignet comme pour les phlegmons
des gaines digito-carpiennes, radiales ou cubitales.
• Stade évolutif :
- au stade précoce (exsudatif), les signes locaux sont discrets
: la douleur est mal limitée et il existe juste une
gêne à la mobilisation du doigt.
La présence d’une douleur
au cul-de-sac supérieur est pathognomonique et
doit faire porter le diagnostic au stade précoce, avant
que l’infection ne s’aggrave ;
- au stade tardif (collection purulente avec fonte nécrotique),
le doigt est hyperalgique avec un crochet irréductible.
Les lésions infectieuses sont déjà très évoluées et
l’avenir fonctionnel du doigt est compromis.
Évolution et complications
:
Les phlegmons font suites à une inoculation et il existe
plusieurs stades évolutifs de gravité croissante : le premier
correspond au stade de synovite exsudative avec
une réaction inflammatoire au sein de l’espace celluleux
ou de la gaine synoviale ; le deuxième correspond au
stade de synovite purulente du fait de la présence de
liquide purulent au sein des espaces celluleux ou des
gaines synoviales ; le stade ultime correspond à une
synovite nécrotique par nécrose septique des tissus
infectés, des tendons en particulier.
Enfin, comme pour tout phénomène infectieux, il peut
exister une diffusion locale à l’os et aux articulations
mais aussi régionale et générale par envahissement des
vaisseaux lymphatiques ou sanguins à l’origine de lymphangite,
d’adénite et de bactériémie avec métastases
septiques et septicémie.
Cette évolution péjorative explique que tout phlegmon
–
et ce quel que soit le stade
– doit être traité chirurgicalement
afin de stopper le processus infectieux par excision
de toutes les zones infectées.
Traitement
:
Le traitement d’un phlegmon des gaines synoviales des
tendons fléchisseurs est toujours chirurgical.
Ses modalités
varient en fonction de la gravité des lésions, objectivées
en peropératoire.
Les prélèvements opératoires sont systématiques.
L’antibiothérapie est systématiqueet sera adaptée aux
prélèvements peropératoires.
La prévention antitétanique est systématique.
1- Traitement chirurgical d’une synovite exsudative :
Après excision de la porte d’entrée, l’abord du cul-desac
supérieur permet de retrouver un liquide séreux,
exsudatif, non purulent.
Le traitement chirurgical
consiste en un lavage abondant de la gaine qui est réalisé grâce à l’ouverture des culs-de-sac supérieur et inférieur.
Ce lavage doit être abondant et est réalisé à l’aide
d'un cathelon introduit dans la gaine synoviale.
La surveillance
postopératoire doit être très rigoureuse et les
phénomènes inflammatoires doivent rétrocéder rapidement
en 2 jours, si bien que la rééducation peut être précoce.
Lorsque les suites postopératoires ne sont pas
aussi simples, il ne faut pas hésiter à réopérer ce patient,
car il s’agit peut-être d’un début de stade de synovite
purulente.
2- Traitement chirurgical de la synovite purulente
:
À ce stade, le tendon est encore intact et il faut réaliser
une synovectomie complète sur toute la longueur du
doigt tout en respectent le tendon encore sain et les poulies
de réflexion de l’appareil fléchisseur.
En fin d’intervention, il ne doit persister aucun tissu
infecté.
À nouveau, les soins postopératoires doivent être
simples et la rééducation précocement débutée pour
limiter les séquelles fonctionnelles.
3- Stade de synovite nécrotique, avec fonte purulente
du tendon :
L’abord chirurgical sur toute la hauteur du doigt permet
d’objectiver une infection développée aussi bien aux
dépens de la gaine synoviale qu'aux dépens du tendon
qui est détruit.
Le traitement doit permettre d’éradiquer tous les tissus
infectés, y compris le tendon.
Il s’agit donc d’une lésion
extrêmement grave, à l’origine d’une destruction complète
de l’appareil fléchisseur du doigt.
Une amputation
digitale peut se révéler nécessaire lorsque tous les tissus
avoisinants, en particulier ostéoarticulaires, sont infectés.