L’aspect rencontré est proche de celui des pemphigus idiopathiques
correspondants.
Certains auteurs ont essayé d’individualiser des
aspects histologiques permettant d’orienter le diagnostic ce qui
ne sembla pas concluant.
Le niveau de clivage peut varier d’une lésion à l’autre et même dans
la même lésion chez un même patient.
Certains auteurs insistent sur
la valeur pronostique de l’immunomarquage à l’aide d’un anticorps
anti-Dsg.
En effet, un aspect en « résille », identique à celui de la
peau normale, permet d’espérer une guérison spontanée à l’arrêt du
médicament, alors qu’un aspect en « motte », identique à celui
observé au cours des pemphigus « idiopathiques », doit faire
craindre une autonomisation.
* Examens immunologiques :
Les aspects obtenus en IFD sont identiques à ceux rencontrés au
cours des pemphigus idiopathiques. Des anticorps circulants sont
observés dans environ 70 % des cas, à des titres classiquement
modérés.
Les antigènes reconnus en immunoblot sont les mêmes
que ceux reconnus au cours des pemphigus superficiel ou vulgaire
auto-immuns : Dsg1 (165 kDa) et Dsg3 (130 kDa).
Dans de rares
cas, il n’est pas retrouvé d’autoanticorps dans l’épiderme ni dans le
sérum.
Ces cas correspondent habituellement aux pemphigus qui
régressent spontanément à l’arrêt du traitement.
5-
Évolution
:
L’évolution permet de distinguer les pemphigus induits, régressant
à l’arrêt du médicament inducteur, et les pemphigus auto-immuns
déclenchés par le médicament qui s’autonomisent malgré l’arrêt de
ce dernier.
Une régression spontanée, plus ou moins rapide,
s’observe à l’arrêt du traitement dans 50 % des cas induits par les
médicaments thiolés, et dans 15 % des cas induits par les
médicaments non thiolés.
Pour les inhibiteurs de l’enzyme de
conversion, 50 % des pemphigus induits par le captopril régressent
spontanément, alors que ce n’est jamais le cas avec l’énalapril.
Dans
tous les cas, il est raisonnable de contre-indiquer chez ces malades
les médicaments thiolés, les pyrazolés et les antibiotiques de type
pénicilline, céphalosporine et rifampicine.
F - FORMES PARTICULIÈRES DE PEMPHIGUS
:
1- Associations :
* Pemphigus et maladies auto-immunes
:
Un certain nombre de maladies auto-immunes ont été décrites en
association aux pemphigus, qu’il s’agisse des pemphigus superficiels
ou du pemphigus vulgaire : lupus érythémateux disséminé, PR,
syndrome de Gougerot-Sjögren, sclérodermie, pelade, thyroïdite
auto-immune, anémie hémolytique auto-immune, anticoagulant
circulant antifacteur VIII, sclérose en plaques, maladie d’Addison.
L’association d’un pemphigus et d’une PR est probablement
également liée, chez certains patients, à la prise de D-pénicillamine.
Des associations à d’autres maladies bulleuses auto-immunes sont
également rapportées, notamment avec la pemphigoïde bulleuse et
la pemphigoïde cicatricielle.
Enfin, des syndromes associant de
multiples maladies auto-immunes ont été décrits (pemphigus, lupus
érythémateux disséminé, syndrome de Gougerot-Sjögren, anémie
hémolytique auto-immune, anticorps antithyroïdiens).
Ces
associations semblent donc indiquer qu’une anomalie commune de
la régulation du système immunitaire peut conduire à différentes
maladies auto-immunes.
L’association à la myasthénie est
particulière puisqu’il existe, dans deux tiers des cas, un thymome.
*
Pemphigus et virus de l’immunodéficience humaine (VIH) :
Quelques cas de pemphigus herpétiforme ou végétant survenant
chez des patients positifs au virus de l’immunodéficience humaine
(VIH) sont décrits dans la littérature.
Ces observations
correspondent probablement à des associations fortuites.
2-
Formes de passage et chevauchement
:
Des formes de passage entre pemphigus vulgaire et pemphigus
superficiel ont été décrites : soit des pemphigus vulgaires évoluant
vers des pemphigus superficiels, soit, plus rarement, des
pemphigus superficiels évoluant vers des pemphigus vulgaires.
Par ailleurs, un certain nombre de caractéristiques cliniques et
histologiques sont communes au pemphigus vulgaire et au
pemphigus paranéoplasique qui se présentent tous deux avec des
lésions muqueuses sévères et une acantholyse suprabasale.
Ces
formes de passage et ces caractéristiques communes sont à mettre
en parallèle avec le chevauchement de la réponse auto-immune, la
Dsg3 étant un antigène-cible commun au pemphigus vulgaire et au
pemphigus paranéoplasique, et la Dsg1 étant reconnue à la fois par
les anticorps de pemphigus superficiel et les anticorps de certains
pemphigus vulgaires et de certains pemphigus paranéoplasiques.
3- Pemphigus et terrain
:
* Pemphigus de l’enfant
:
Le pemphigus est une maladie rarissime chez l’enfant si l’on excepte
le pemphigus foliacé endémique d’Amérique du Sud.
Seuls
quelques cas sont décrits dans la littérature chez des enfants d’âge
moyen (12 ans).
La maladie a également été décrite chez des
jumeaux monozygotes, illustrant le rôle important joué par le terrain
génétique.
Tous les types de pemphigus ont été décrits chez l’enfant
(pemphigus vulgaire, pemphigus végétant, pemphigus
érythémateux, pemphigus foliacé, pemphigus à IgA, pemphigus
herpétiforme, pemphigus paranéoplasique, pemphigus induit) avec
cependant, comme chez l’adulte, une prédominance de pemphigus
vulgaires.
Certains auteurs ont suggéré le rôle des virus du groupe
herpès ou du cytomégalovirus (CMV) dans le déclenchement de la
maladie, mais ces données demandent à être démontrées.
Le
pronostic est classiquement considéré comme meilleur car la
maladie reste souvent localisée et est parfois sensible aux seuls dermocorticoïdes.
En cas de diagnostic tardif, elle peut cependant
évoluer vers des formes extensives nécessitant des traitements
systémiques (corticoïdes, immunosuppresseurs).
* Pemphigus et grossesse :
La survenue d’un pemphigus au cours de la grossesse est une
éventualité rare mais possible puisqu’une cinquantaine de cas ont
été décrits.
La maladie peut survenir à n’importe quel stade de la
grossesse ou lors du post-partum. Dans certains cas, le pemphigus
récidive à chaque grossesse.
Les complications rencontrées sont liées
à la fois à la maladie et à son traitement.
La mort foetale survient
dans 14 à 27 % des cas justifiant donc une surveillance foetale
accrue.
Chez les patients atteints de pemphigus vulgaire, il existe
un risque de pemphigus néonatal par passage transplacentaire des
IgG maternelles.
La maladie, qui peut mimer une épidermolyse
bulleuse héréditaire, guérit spontanément en 2 à 3 semaines avec
l’élimination des anticorps maternels.
Curieusement, aucun cas de
pemphigus néonatal n’a été décrit au cours du pemphigus
superficiel, bien que certains enfants puissent présenter des dépôts interkératinocytaires d’IgG en IFD.
4- Pemphigus et facteurs exogènes
:
* Traumatismes
:
Plusieurs cas de pemphigus développés sur cicatrices chirurgicales
ont été rapportés, faisant parler de phénomène de Köbner.
Ces cas
étaient soit localisés à la cicatrice, soit s’étendaient au-delà.
Ils
s’agissait soit de pemphigus apparu de novo, soit de récidives
induites par le traumatisme.
Un phénomène de Koebner a également
été rapporté après peeling, brûlures thermiques et
électrocoagulation.
* Radiations :
+ Radiations ionisantes :
De rares cas de pemphigus radio-induits sont décrits dans la
littérature.
Une revue générale récente recense 14 cas directement provoqués par la radiothérapie et trois cas radioaggravés.
Le délai
de survenue est de quelques semaines à 1 an.
Le siège initial des
lésions se situe au niveau de la zone irradiée, puis l’éruption s’étend
secondairement.
L’évolution est habituellement favorable sous
corticothérapie.
L’existence quasi constante d’une néoplasie sousjacente
pose cependant le problème du rôle relatif du cancer et de
son traitement dans l’induction du pemphigus.
+ Ultraviolets (UV) et PUVA :
Quelques observations pourraient indiquer un rôle possible des UV
dans l’induction d’un pemphigus.
En effet, un cas de pemphigus
foliacé aggravé après exposition aux UVB a été rapporté, de même
qu’un cas induit par un coup de soleil.
Par ailleurs, il arrive que les
lésions prennent une disposition photodistribuée.
Il a également été
décrit l’observation d’un patient atteint de psoriasis et traité par PUVAthérapie qui a développé, au bout de 48 heures, un pemphigus
se généralisant en 5 jours, mais respectant le cuir chevelu et la
bouche qui n’avaient pas été exposés aux UVA.
Enfin, une étude
expérimentale montre l’augmentation des anticorps fixés in vivo 5 à
24 heures après irradiation.
* Virus :
Le virus herpès simplex joue souvent, comme dans toute dermatose acantholytique (cf maladie de Hailey-Hailey et maladie de Darier),
le rôle d’infection opportuniste.
Cependant, dans certains cas,
l’infection virale précède la survenue du pemphigus et certains
auteurs évoquent donc un potentiel rôle inducteur.
De plus, deux
cas de pemphigus faisant suite à une primo-infection au virus
d’Epstein-Barr et à CMV ont été décrits.
* Facteurs de contact
:
De rares observations de pemphigus développés après dermatite de
contact à différents produits (teinture de benjoin, solvants
industriels, produits de jardinage, de nettoyage à sec, de
développement photographique, pesticides, anti-inflammatoires non
stéroïdiens) ont été rapportées.
* Aliments :
En 1994, Brenner et Wolf attirent l’attention sur les plantes du
groupe allium (oignon, ail, poireaux) contenant de nombreux
constituants possédant des groupes thiols et disulfides qui
pourraient induire ou aggraver un pemphigus au même titre que
les médicaments thiolés.
En 1995, ils apporteront de plus la
preuve que trois composés dérivés de l’ail sont capables d’induire
une acantholyse in vitro.
Un cas particulièrement démonstratif a
été rapporté en 1996, puisqu’il s’agissait d’un patient ayant présenté
une rémission avec un régime sans poireaux et un test de
provocation oral positif.
* Stress :
Le rôle des facteurs psychologiques est bien connu dans l’induction
et les rechutes de nombreuses maladies auto-immunes, mais peu de
cas sont en fait rapportés.
Une psychothérapie de soutien peut être
utile dans cette maladie chronique et récidivante ayant fréquemment
un retentissement sur la vie quotidienne des patients.
Physiopathologie
:
Le pemphigus est une maladie auto-immune spécifique d’organe
touchant la peau et les muqueuses.
Il se caractérise par la production
d’autoanticorps pathogènes dirigés contre des constituants du
principal système de jonction interkératinocytaire : le desmosome.
La fixation des anticorps a pour conséquence la perte
d’adhésion entre les kératinocytes appelée « acantholyse », et la
formation de bulles intraépidermiques.
A - ANTICORPS DU PEMPHIGUS :
1- Classes et sous-classes des anticorps antisubstance
intercellulaire
:
*
Anticorps déposés in vivo :
La mise en évidence de dépôts d’Ig à la surface des kératinocytes
chez les patients atteints de pemphigus revient à Beutner en 1965.
Leur mise en évidence repose sur l’examen en IFD d’un fragment
biopsique périlésionnel.
L’aspect obtenu est celui d’une
« maille de filet » ou d’une « résille » (anciennement appelée
substance intercellulaire) correspondant au marquage de la
membrane des kératinocytes.
Les anticorps déposés sont
essentiellement de classe IgG, et particulièrement de sous-classes
IgG1 et IgG4 (retrouvés respectivement chez 100 et 80 % des
patients) et plus rarement de sous-classes IgG2 et IgG3.
Des
dépôts d’IgM sont associés dans 30 à 40 % des cas.
Des dépôts d’IgA
sont parfois retrouvés en association aux IgG dans le pemphigus
superficiel.
Ces anticorps d’isotype IgA sont également déposés à la
surface des kératinocytes au cours du pemphigus à IgA.
Au
cours du pemphigus paranéoplasique, les dépôts d’IgG sont situés à la fois sur la membrane des kératinocytes et parfois le long de la
membrane basale.
Quel que soit le type de pemphigus,
des dépôts de complément et en particulier de C3 sont volontiers
associés aux dépôts d’Ig.
* Anticorps sériques
:
Au cours du pemphigus, des anticorps circulants anti-SIC d’isotype
IgG sont détectables par IFD.
Les substrats les plus utilisés sont la
peau humaine, l’oesophage de singe et la langue de boeuf.
Les
anticorps circulants sont essentiellement d’isotypes IgG4 et IgG1,
plus rarement IgG3.
La guérison de la maladie s’accompagne
d’une diminution du titre, voire d’une disparition des IgG4 alors
que les IgG1 restent détectables.
Les IgG4, dont le titre est souvent
plus élevé que celui des IgG1, semblent donc jouer un rôle
prépondérant dans la physiopathologie des lésions cutanées alors
même que cet isotype est minoritaire parmi les Ig (0,7 à 4,2 %).
Au cours du pemphigus paranéoplasique, le sérum des patients se
fixe sur des substrats épithéliaux et non épithéliaux (vessie de
rat, foie, coeur) non reconnus par les sérums de pemphigus vulgaire
et superficiel.
2- Pathogénicité des anticorps
:
* Preuves de la pathogénicité :
La pathogénicité des autoanticorps a été clairement montrée dans le
pemphigus vulgaire, le pemphigus superficiel et le pemphigus
paranéoplasique.
D’abord suspecté sur des éléments
d’observation cliniques tels que l’évolution parallèle du taux
d’anticorps et de l’activité de la maladie, l’efficacité des
plasmaphérèses et les cas de pemphigus néonataux transitoires par
transfert transplacentaire des autoanticorps, le rôle pathogène des
anticorps a ensuite été montré dans des modèles d’acantholyse in
vitro et in vivo.
+ Rapport entre le taux d’anticorps circulants et l’activité
de la maladie
:
Plusieurs études ont permis de montrer une corrélation entre le titre
des anticorps anti-SIC et l’activité de la maladie.
Cette corrélation
semble plus forte pour les pemphigus graves avec un taux élevé
d’anticorps et est retrouvée aussi bien au cours du pemphigus
vulgaire qu’au cours du pemphigus superficiel.
Après rémission, le
risque de récidive est plus élevé chez les patients chez lesquels
persistent des anticorps circulants détectables en IFI.
La présence
d’anticorps fixés in vivo constituerait également un facteur prédictif
de rechute.
La surveillance du titre des anticorps anti-SIC en IFI
reflétant l’activité de la maladie constitue donc un élément de
surveillance intéressant chez les patients traités ou en rémission.
+ Pemphigus néonataux
:
Les IgG présentes dans la circulation du nouveau-né sont
essentiellement d’origine maternelle.
Dans la plupart des cas
rapportés de pemphigus vulgaires survenus au cours d’une
grossesse, le nouveau-né présentait des lésions cliniques et
histologiques de pemphigus vulgaire ainsi qu’une IFD positive.
La plupart des nouveau-nés présentaient également des anticorps
circulants qui disparaissaient parallèlement aux signes cliniques en
2 semaines à 2 mois correspondant à la disparition des anticorps
maternels.
Ces observations plaident donc fortement en faveur du
rôle pathogène des autoanticorps d’origine maternelle chez le
nouveau-né.
Au cours du pemphigus superficiel et en particulier
au cours du pemphigus endémique, aucun cas de pemphigus
néonatal n’a été rapporté.
Cependant, certains nouveau-nés
présentent des dépôts interkératinocytaires d’IgG ainsi que des
anticorps circulants en IFI.
L’absence de lésion clinique pourrait être
due au faible titre des IgG4 dans la circulation foetale, cette classe
d’Ig passant mal la barrière placentaire.
+ Modèles d’acantholyse in vivo
:
Un modèle animal mis au point par Anhalt et al en 1982 a permis
d’apporter la preuve définitive de la pathogénicité des anticorps au
cours du pemphigus.
L’injection intrapéritonéale à des souriceaux
nouveau-nés Balb/C d’IgG purifiées à partir de sérums de
pemphigus vulgaire, superficiel ou paranéoplasique, entraîne, en
18 à 72 heures, des lésions cutanées semblables à celles observées
dans la maladie humaine.
L’image histologique et l’IFD de ces
lésions sont superposables à celles du pemphigus humain, de même
que les modifications ultrastructurales observées en microscopie
électronique.
L’acantholyse obtenue est dose-dépendante et
spécifique.
Il a pu être montré dans ce modèle que les anticorps
pathogènes du pemphigus endémique sont les IgG4.
Ce modèle a
également permis de montrer le rôle pathogène des anticorps anti-Dsg3 au cours du pemphigus paranéoplasique.
Un autre modèle
expérimental de pemphigus a été développé plus récemment,
consistant à greffer de la peau humaine à des souris immunodéficientes (severe combined immunodeficient : SCID)
reconstituée avec des lymphocytes sanguins de patients atteints de
pemphigus.
Plus récemment, un anticorps monoclonal
pathogène a été dérivé par immunisation d’une souris Balb/c avec
de la Dsg3 recombinante.
Enfin, Amagai et al ont développé
dernièrement un astucieux modèle de pathogénicité fondé sur la
reconstitution de souris Rag-/- avec des splénocytes de souris
Dsg3KO immunisées avec de la Dsg3 recombinante murine.
Les
souris Rag-/- développent alors des lésions cutanées et muqueuses
très proches de celles observées au cours du pemphigus vulgaire.
+ Modèles d’acantholyse in vitro
:
Ces modèles permettent d’étudier le pouvoir pathogène des
anticorps sur des kératinocytes ayant une différenciation aussi
proche que possible de celle des kératinocytes in vivo.
Les modèles
utilisés sont des cultures de peau humaine totale, des cultures organotypiques ou des cultures de kératinocytes, modèle moins
physiologique mais permettant de quantifier l’acantholyse.
Le rôle
pathogène des IgA dans le pemphigus à IgA a été montré à l’aide de
cette technique.
Ces modèles ont également permis l’étude ultrastructurale des modifications cellulaires induites par la fixation
des anticorps à la surface des kératinocytes : les IgG sériques de
pemphigus sont internalisées dans les cellules acantholytiques au
sein de vésicules d’endocytose qui fusionnent avec les lysosomes.
Il
se produit ensuite une réorganisation du cytosquelette au niveau
des filaments intermédiaires de cytokératine et des microtubules.
* Mécanismes de pathogénicité :
Le desmosome constitue le principal système de jonction
interkératinocytaire.
Les cadhérines desmosomales jouent un rôle
important dans l’adhésion interkératinocytaire en reliant les deux
hémidesmosomes.
Ce rôle a été montré récemment grâce à
un modèle de souris invalidé pour le gène de la Dsg3 (Dsg3null).
En effet, ces animaux qui n’expriment pas la Dsg3 présentent un
retard de croissance lié à des lésions oropharyngées semblables à
celles observées au cours du pemphigus et gênant l’alimentation.
La présence d’une acantholyse suprabasale et d’une disjonction des
desmosomes a pu être montrée par l’examen de biopsies muqueuses
en histologie standard et en microscopie électronique.
La survenue
de lésions proches de celles du pemphigus vulgaire chez la souris
Bal (présentant une mutation du gène de la Dsg3 responsable d’un
codon stop), constitue une autre preuve du rôle de cette protéine desmosomale dans l’adhésion interkératinocytaire.
Les
mécanismes par lesquels les autoanticorps perturbent la fonction
d’adhésion des desmogléines restent controversés.
Certaines théories
font intervenir un blocage direct de la fonction adhésive des desmogléines par les anticorps.
D’autres suggèrent que l’acantholyse
résulterait de l’activation de systèmes protéasiques par les
autoanticorps.
+ Mécanismes d’acantholyse non spécifiques de l’antigène
:
Une des hypothèses permettant d’expliquer l’acantholyse induite
par les autoanticorps au cours du pemphigus repose sur la sécrétion
par les kératinocytes d’activateurs de protéases responsables de la
dégradation des glycoprotéines de la desmoglie.
Cette hypothèse est
fondée sur la mise en évidence d’une activité protéasique et d’une
sécrétion d’activateur du plasminogène par des kératinocytes en
culture lors de l’adjonction d’anticorps de pemphigus.
Une
activité protéasique a également pu être mise en évidence in vivo
dans des liquides de bulle prélevés chez des malades atteints de
pemphigus.
Le principal activateur sécrété est de type urokinase
(uPA).
Récemment, il a pu être montré que les anticorps stimulent
l’expression à la surface des kératinocytes du récepteur de
l’activateur du plasminogène.
L’activation du plasminogène
entraîne la production de plasmine, enzyme protéolytique capable
de digérer les protéines de la desmoglie.
Il a par ailleurs été
montré que des inhibiteurs de protéases et des anticorps antiurokinases étaient capables d’inhiber l’acantholyse induite par
les anticorps de pemphigus vulgaires dans différents modèles
(souriceau Balb/C, culture de peau humaine).
De la même façon,
l’adjonction de plasminogène sur des cultures de peau humaine est
capable de majorer l’acantholyse induite par ces anticorps.
Enfin, il
a également été montré que les kératinocytes sont capables de
sécréter deux inhibiteurs de l’activateur du plasminogène (dont l’un
peut prévenir l’acantholyse induite par les IgG de pemphigus) et
qui interviendraient donc dans la régulation de l’activité protéasique
induite par le kératinocyte.
Par ailleurs, des études récentes ont montré que la fixation des
anticorps de pemphigus vulgaire à la surface des kératinocytes
induisait l’activation de signaux de transduction intracellulaire
pouvant être à l’origine de l’augmentation d’activité du
plasminogène.
En effet, sur des kératinocytes en culture, les
anticorps de pemphigus vulgaire et de pemphigus foliacé induisent
de façon spécifique une augmentation de la concentration
intracellulaire en Ca2+ faisant suite à une augmentation de l’inositol
1,4,5-triphosphate (IP3) secondaire à l’hydrolyse de l’inositol
biphosphate par la phospholipase C (PLC).
Les anticorps de
pemphigus vulgaire sont également capables d’induire une
activation de la protéine kinase C (PKC).
Or l’activation de la PKC est capable d’induire une augmentation d’activité des
activateurs du plasminogène et l’expression de son récepteur.
Il est
donc proposé que l’activation du kératinocyte par les autoanticorps
aboutisse à la sécrétion d’activateur du plasminogène.
Un certain
nombre de données expérimentales sont cependant en contradiction
avec le rôle du plasminogène dans l’acantholyse.
En effet,
l’augmentation de l’activateur du plasminogène est peu spécifique
et a été rapportée dans d’autres lésions cutanées dépourvues
d’acantholyse.
Par ailleurs, une étude récente utilisant la microscopie confocale, l’IME et la technique fluorescent overlay antigen mapping
(FOAM) a permis de montrer que la dégradation protéolytique des
desmosomes était un phénomène secondaire survenant sur des
desmosomes déjà dissociés.
Enfin, la démonstration que le système plasminogène-plasmine n’est pas nécessaire à l’acantholyse a été
fournie récemment par Mahonay, Wang et Stanley qui ont montré
qu’un souriceau nouveau-né knockout pour le gène de l’urokinase
développe des lésions de pemphigus similaires à celles d’une souris
normale après transfert passif d’autoanticorps de pemphigus
vulgaire et de pemphigus foliacé.
Ainsi, le système plasminogène-plasmine pourrait n’intervenir que secondairement
dans l’acantholyse et jouer un rôle uniquement dans l’extension des
lésions.
Le rôle du complément dans l’acantholyse reste controversé.
Des
données concordantes indiquent que le système complémentaire
n’est pas nécessaire à l’induction de l’acantholyse.
Il pourrait
cependant jouer un rôle en amplifiant les lésions générées par
d’autres mécanismes pathogènes.
Il a été montré in vitro que
l’acantholyse pouvait être obtenue par l’adjonction des seuls
autoanticorps en l’absence de complément.
Anhalt et al ont montré
que des lésions de pemphigus pouvaient être provoquées chez le
souriceau nouveau-né Balb/C par injection intrapéritonéale du seul
fragment F(ab’)2 qui est incapable d’activer le complément.
Enfin, le transfert passif d’IgG à des souris déficientes en fraction C5
du complément est également capable d’induire une acantholyse.
Cependant, de nombreuses études d’IFD ont montré la présence de
dépôts de complément, notamment du complexe membranaire
(C5b-9) dans les espaces interkératinocytaires chez les patients
atteints de pemphigus.
La mise en évidence du complexe d’attaque
membranaire (C5b-9) dans la peau lésionnelle traduit de plus une
activation locale du complément.
Enfin, une étude récente a montré
une colocalisation entre les dépôts de complément (C3 et C5b-9) et
les phénomènes d’acantholyse chez les malades atteints de
pemphigus vulgaire.
Des études fonctionnelles viennent confirmer
le rôle probable du complément.
En effet, si les IgG de sérums de
patients atteints de pemphigus sont capables d’induire à elles seules
l’acantholyse in vitro, il a cependant été montré que l’adjonction de
complément augmente significativement l’acantholyse.
De la même
façon, la déplétion en fragment C3 du complément, chez le
souriceau Balb/C, par injection de venin de cobra entraîne un délai
dans la survenue de l’acantholyse.
Si le complément n’apparaît donc
pas indispensable à l’induction de l’acantholyse, il semble cependant
capable de l’amplifier.
La voie par laquelle le complément est activé
dans les lésions de pemphigus reste à déterminer.
En effet, les IgG4
n’ont pas la capacité d’activer le complément.
Les IgG1 et les IgG3
déposées en association aux IgG4 pourraient donc être responsables
de l’activation de la voie classique.
Une alternative reposerait sur la
production de C3 par le kératinocyte lui-même lorsque ce dernier
est activé par la fixation des autoanticorps.
Puisque, à l’exception
du pemphigus paranéoplasique, aucune nécrose cellulaire n’est
observée au cours du pemphigus, le complément semble agir plus
via le recrutement de cellules inflammatoires et par la libération de
facteurs chimiotactiques que par l’action directe du complexe
d’attaque.
Le relargage par ces cellules d’enzymes protéolytiques
pourrait faciliter l’acantholyse.
+ Mécanismes spécifiques de l’antigène :
Des données récentes apportent des arguments convaincants en
faveur d’une altération spécifique des fonctions adhésives de la Dsg1
et de la Dsg3 par les anticorps correspondants dans les différentes
formes de pemphigus.
En effet, une stricte corrélation entre la
spécificité des anticorps transférés au souriceau nouveau-né
(anticorps anti-Dsg3 et/ou anti-Dsg1) et le phénotype clinique et
histologique de la maladie développée par l’animal a pu être
montrée.
Chez les patients atteints de pemphigus
vulgaire, il a été montré que la présence d’anticorps anti-Dsg1 en
plus des anticorps anti-Dsg3 est corrélée à l’extension des
lésions cutanées.
Au contraire, les patients n’ayant que des
anticorps anti-Dsg3 ont une atteinte muqueuse pure.
La topographie
des lésions est en accord avec la distribution relative de la Dsg1,
fortement exprimée au niveau de la peau, et celle de la Dsg3
fortement exprimée sur toute l’épaisseur de la muqueuse orale et
sur les couches les plus basales de l’épiderme.
Ainsi,
l’acantholyse ne peut être obtenue au niveau de la peau que par
l’action combinée d’anticorps dirigés contre la Dsg1 et contre la Dsg3
(acantholyse profonde du pemphigus vulgaire) ou l’action
d’anticorps anti-Dsg1 seuls (acantholyse superficielle du pemphigus foliacé) tandis que les anticorps anti-Dsg3 seuls peuvent entraîner
une perte d’adhésion au niveau muqueux du fait de l’expression
prépondérante de la Dsg3 à ce niveau.
Les mécanismes par lesquels les anticorps anti-Dsg inhibent
l’adhésion interkératinocytaire ne sont pas démontrés.
Plusieurs
mécanismes sont suggérés : l’anticorps pourrait agir par un simple
masquage du site d’interaction entre desmogléines en se fixant
possiblement sur des séquences adhésives de la Dsg.
Des données
récentes permettent de proposer un autre mécanisme d’action : la
fixation des anticorps de pemphigus vulgaire à la surface des kératinocytes induirait une phosphorylation de la Dsg3 qui
pourrait induire la dissociation de la Dsg3 et de la plakoglobine
responsable de la perte d’adhésion interkératinocytaire.
B - ANTIGÈNES DU PEMPHIGUS
:
Les techniques d’IF et d’IME ont permis de localiser les antigènes
du pemphigus.
Les techniques d’immunoblot et
d’immunoprécipitation ont permis de déterminer leur poids
moléculaire.
Le clonage des gènes codant pour les antigènes-cibles a
permis de caractériser précisément les antigènes reconnus dans les
différentes formes de pemphigus.
La production
d’antigène sous forme recombinante permet actuellement une étude
fine de la réponse auto-immune, aussi bien humorale que cellulaire.
1- Localisation
:
* Pemphigus vulgaire :
La localisation ultrastructurale des antigènes reconnus par les
autoanticorps au cours du pemphigus vulgaire a été étudiée par la
visualisation des dépôts d’anticorps in vivo en IME directe avec
marquage à la peroxydase ou à l’or.
Si tous les auteurs retrouvent
des anticorps fixés au niveau de l’espace interkératinocytaire, leur
localisation ultrastructurale précise reste controversée.
En effet, pour
la plupart des auteurs, les dépôts d’anticorps sont situés
exclusivement au niveau de la portion intercellulaire des desmosomes (desmoglie).
D’autres auteurs retrouvent des dépôts
à la fois au niveau des desmosomes et des zones interdesmosomales,
laissant entendre que l’antigène du pemphigus vulgaire est exprimé
au niveau des desmosomes, mais aussi sur les régions non
desmosomales de la membrane kératinocytaire.
* Pemphigus superficiel :
Il a été montré, dès 1977, que les dépôts d’IgG siégeaient au niveau
de l’espace interkératinocytaire.
Les données les plus récentes
confirment la localisation strictement desmosomale de l’antigène du
pemphigus superficiel en montrant une colocalisation des anticorps
de pemphigus superficiel avec des anticorps antiplakoglobine et
anti-DSPK.
* Pemphigus paranéoplasique :
L’étude en IME des lésions cutanées de pemphigus paranéoplasique
retrouve un marquage de la desmoglie, des plaques desmosomales
et de la jonction dermoépidermique au niveau des hémidesmosomes, traduisant, comme nous le verrons plus bas, la
reconnaissance d’antigènes de la desmoglie mais aussi des plaques
desmosomales et hémidesmosomales.
2- Identification
:
Les différentes formes cliniques du pemphigus correspondent à la
reconnaissance par les autoanticorps pathogènes de plusieurs
antigènes qui ont en commun d’être des constituants du
desmosome.
Il existe en outre un chevauchement de la réponse
immune entre les différentes formes, ne permettant pas d’associer
de façon stricte un type de pemphigus à un antigène donné, mais
plutôt à un profil de reconnaissance antigénique.
* Pemphigus vulgaire
:
L’identification de l’antigène reconnu par les anticorps responsables
du pemphigus vulgaire s’est faite par immunoprécipitation
d’extraits kératinocytaitres par les sérums de patients.
Ces sérums
sont capables d’immunoprécipiter un complexe protéique de
210 kDa.
Ce complexe est constitué d’une protéine de 130 kDa, la
Dsg3, et d’une protéine de 85 kDa, la plakoglobine.
C’est la Dsg3
qui est reconnue par les autoanticorps lorsque les sérums de patients
sont testés en immunotransfert sur extrait d’épiderme humain ou
de tissu bovin.
La plakoglobine est coprécipitée avec la Dsg3 car
elle est reliée à cette dernière par des ponts disulfures, mais n’est
pas reconnue par les autoanticorps en immunoblot.
Le gène codant
pour la Dsg3 a été cloné par criblage de banque d’expression de kératinocytes avec des sérums de patients.
La Dsg3 est une
glycoprotéine transmembranaire de 130 kDa présentant des sites de
fixation du calcium et appartenant à la superfamille des cadhérines,
molécules d’adhésions calcium-dépendantes.
L’utilisation de protéines recombinantes a permis de montrer que
les sérums de pemphigus vulgaire reconnaissent en immunoblot la
région extracellulaire de la Dsg3.
Ces anticorps sont pathogènes
puisque l’immunoadsorption des sérums de malades sur la portion
extracellulaire de la Dsg3 abolit le pouvoir pathogène de ces sérums.
L’utilisation de protéines de fusion produites dans Escherichia coli a
permis de localiser des épitopes reconnus par les autoanticorps sur
les domaines EC1 et EC2.
* Pemphigus superficiels :
Les sérums de pemphigus superficiels immunoprécipitent un
complexe antigénique de 260 kDa constitué d’une protéine de
160 kDa, la Dsg1, et de la plakoglobine.
En immunotransfert, c’est la
Dsg1 qui est reconnue par les sérums de patients atteints de
pemphigus séborrhéique, de pemphigus érythémateux, de
pemphigus foliacé et de pemphigus endémique.
Comme pour
la Dsg3, la plakoglobine est reliée au domaine intracytoplasmique
de la Dsg1 qu’elle ancre ainsi dans la plaque desmosomale mais
n’est pas reconnue par les autoanticorps.
Le gène de la Dsg1 a été
cloné, ce qui a permis de rattacher la Dsg1, comme la Dsg3, à la
famille des cadhérines desmosomales.
La Dsg1 est une
glycoprotéine de 160 kDa, de structure très proche de celle de la
Dsg3.
Cinquante pour cent des sérums reconnaissent le domaine
extracellulaire de la Dsg1 en immunoblot et en IF sur cellules COS
transfectées.
Ces anticorps sont pathogènes chez le souriceau Balb/C et sont en majorité dirigés contre des épitopes de nature
conformationnelle.
Pour certains auteurs, la plupart des sérums
de pemphigus superficiel reconnaissent les régions EC1-EC2 de la
molécule, alors qu’un nombre plus restreint de sérums reconnaissent
EC3-EC4 et EC2-EC3.
Pour d’autres auteurs, l’épitope dominant est
situé près de la membrane cytoplasmique.
* Nouvelles formes de pemphigus :
+ Pemphigus paranéoplasique
:
Les sérums de patients atteints de pemphigus paranéoplasique immunoprécipitent un complexe antigénique composé de protéines
de 250, 230, 210, 190 et 170 kDa.
La quasi-totalité de ces bandes
sont maintenant identifiées.
L’antigène de 250 kDa correspond à la
DSPK2, celui de 230 kDa à l’antigène majeur de la pemphigoïde
bulleuse (BPAG1), la bande de 210 kDa est en fait constituée d’un
doublet correspondant à la DSPK2 et à l’ENV, enfin l’antigène
de 190 kDa a récemment été cloné et correspond à la PPL.
L’antigène de 170 kDa n’est toujours pas identifié.
Toutes ces
protéines appartiennent à la famille des plakines et
partagent une homologie de séquence comprise entre 30 et 60 % sur
leurs différents domaines.
Elles sont impliquées dans l’attachement
des filaments intermédiaires de cytokératine sur les plaques
desmosomales et hémidesmosomales.
Récemment, il a pu être
montré que l’HD1-plectine (PL), autre membre de la famille des plakines, de poids moléculaire élevé (> 500 kDa) la rendant difficile
à identifier en immunoblot, était également reconnue par certains
sérums de pemphigus paranéoplasique.
Il a récemment été montré
que les sérums de pemphigus paranéoplasique contiennent non
seulement des anticorps antiplakines mais aussi des anticorps anti-Dsg dont le rôle dans la physiopathologie semble de première
importance.
+ Pemphigus à IgA :
Le pemphigus à IgA est une forme de pemphigus se distinguant
des formes classiques par une éruption volontiers pustuleuse, la
présence histologique de pustules intraépidermiques et de dépôts
interkératinocytaires d’Ig d’isotype essentiellement IgA en IFD.
La
localisation de l’infiltrat de polynucléaires neutrophiles en histologie
et des dépôts d’IgA en IFD a fait distinguer, jusqu’à présent, deux
sous-types de pemphigus à IgA pouvant avoir la même présentation
clinique à type de pustulose sous-cornée : le sous-type SPD
(subcorneal pustular dermatosis) est caractérisé par une pustule souscornée
et des dépôts d’IgA localisés dans la partie superficielle de
l’épiderme.
Dans le type IEN (intraepidermal neutrophilic), l’infiltrat
neutrophilique est retrouvé sur l’ensemble de l’épaisseur de
l’épiderme et les dépôts d’IgA sont retrouvés sur toute la hauteur
de l’épiderme.
La Dsc1 (105-115 kDa) apparaît comme étant
l’antigène-cible dans la forme SPD.
L’antigène-cible dans la forme
IEN n’est pas encore identifié.
Quelques cas de pemphigus à IgA de
type IEN présentant des anticorps anti-Dsg1 ou anti-Dsg3 en
immunoblot ou en immunoprécipitation ont été rapportés.
+ Pemphigus herpétiforme :
Le pemphigus herpétiforme est une autre variante rare de
pemphigus caractérisée le plus souvent par la présence
d’anticorps anti-Dsg1, et plus rarement d’anticorps anti-Dsg3
détectables en immunoblot.
Un travail récent étudiant en Elisa la
spécificité de sérums de pemphigus herpétiforme confirme cette
notion en retrouvant des anticorps anti-Dsg1 dans 15 cas sur 19 et
des anticorps anti-Dsg3 dans quatre cas.
3- Chevauchement de la réponse anticorps au cours
des pemphigus et intérêt de la technique Elisa pour
la détection des anticorps :
L’association d’un antigène-cible à un type de pemphigus
(pemphigus vulgaire et Dsg3, pemphigus foliacé et Dsg1,
pemphigus paranéoplasique et plakines) ne doit pas être considérée
au sens strict : en effet, les Dsg1 et 3 sont en fait la cible de la réponse
auto-immune dans plusieurs types de pemphigus.
Entre la moitié et les deux tiers des patients atteints de pemphigus
vulgaire ont, dans leur sérum, des anticorps anti-Dsg1 en plus des
anticorps anti-Dsg3.
D’autre part, certains patients atteints de
pemphigus vulgaire peuvent rechuter avec des manifestations de
pemphigus séborrhéique et réciproquement.
Une étude en Elisa a
montré que les patients ayant une atteinte muqueuse prédominante
n’ont que des anticorps anti-Dsg3, alors que les patients ayant à la
fois une atteinte muqueuse et une atteinte cutanée ont à la fois des
anticorps anti-Dsg1 et anti-Dsg3.
Il a été montré, dans le modèle de
transfert passif au souriceau Balb/C, que les anticorps anti-Dsg1
présents dans les sérums de pemphigus vulgaire étaient pathogènes
et nécessaires, en association aux anticorps anti-Dsg3, pour produire
un clivage épidermique suprabasal.
Ainsi, le profil sérologique des
patients peut être corrélé au type clinique de pemphigus : les sérums
ne contenant que des anticorps anti-Dsg1 correspondent à des
pemphigus séborrhéiques, les sérums ne contenant que des
anticorps anti-Dsg3 correspondent à des formes muqueuses
prédominantes de pemphigus vulgaire et les sérums contenant les
deux types d’anticorps correspondent à des formes cutanéomuqueuses de pemphigus vulgaire.
La principale difficulté
pour l’application de ces critères reste la difficulté de détection des
anticorps anti-Dsg1.
En effet, l’aspect obtenu en IF dans les
différentes formes de pemphigus est le plus souvent superposable.
De plus, la sensibilité de détection des anticorps anti-Dsg1 en immunoblot est limitée du fait de la dénaturation des antigènes.
Les
tests Elisa utilisant des desmogléines recombinantes allient une
bonne sensibilité (95 %) et une bonne spécificité (96 %).
Non encore
disponible en routine, ces tests vont probablement constituer à court
terme l’examen de choix dans l’exploration des pemphigus.
Le pemphigus paranéoplasique constitue une seconde illustration
du chevauchement de la réponse anticorps au cours des
pemphigus.
En effet, après la mise en évidence en immunoblot
d’anticorps anti-Dsg3 et anti-Dsg1 dans des sérums de patients
atteints de pemphigus paranéoplasique, des données récentes
ont confirmé ces résultats grâce à l’utilisation des tests Elisa anti-Dsg1 et anti-Dsg3 : 100 % des sérums de pemphigus paranéoplasique
contiennent des anticorps anti-Dsg3 et 65 % des anticorps
anti-Dsg1.
Les anticorps anti-Dsg3 sont pathogènes et leur immunoadsorption supprime le pouvoir pathogène des sérums de
pemphigus paranéoplasique lors d’expériences de transfert passif au
souriceau Balb/C.
Cette observation pourrait rendre compte des
multiples similitudes tant cliniques (atteinte muqueuse
prédominante) qu’histologiques (clivage suprabasal) rencontrées
dans le pemphigus paranéoplasique et le pemphigus vulgaire.
La pathogénicité des anticorps antiplakine reste à démontrer.
Enfin,
l’antigène F12 (de poids moléculaire 185 kDa) décrit initialement
pour être reconnu au niveau des plaques desmosomales et des
hémidesmosomes par les sérums de pemphigus paranéoplasique,
l’est également par un tiers des sérums de pemphigus vulgaire et de
pemphigus foliacé.
C - PEMPHIGUS, HLA ET IMMUNITÉ CELLULAIRE :
1- Génétique des pemphigus :
Plusieurs types d’arguments ont fait suspecter une susceptibilité
génétique à la maladie.
Des cas de pemphigus familiaux ont été
décrits, de même que la présence fréquente d’anticorps
pathogènes dans le sérum des collatéraux de patients atteints de
pemphigus.
Par ailleurs, le pemphigus vulgaire est plus fréquent
dans certains groupes ethniques, en particulier chez les Juifs
ashkénazes.
La maladie est au contraire rare dans la race noire.
Le pemphigus endémique brésilien, qui sévit avec une fréquence
très augmentée dans certaines régions d’Amérique centrale, même
s’il fait probablement intervenir des facteurs environnementaux, en
est une autre illustration.
Enfin, l’argument déterminant repose
sur la forte association entre le pemphigus et certains antigènes du
complexe majeur d’histocompatibilité (CMH) essentiellement de
classe II.
Certains gènes HLA de classe I ont été décrits avec une plus grande
fréquence chez les patients atteints de pemphigus.
Ainsi, la
fréquence des antigènes HLA-A10 et de son sous-type A26 est-elle
augmentée chez les patients d’origine juive et japonaise, atteints de
pemphigus vulgaire ou superficiel.
Cependant, ce sont les gènes de
classe II qui semblent être le plus associés à la maladie.
En effet, il a
été montré dans différents groupes ethniques que les génériques
DR4 et DR14 en déséquilibre de liaison avec respectivement les
allèles DQB1*0302 et DQB1*0503 constituent des facteurs de
prédisposition à la maladie.
Les études en biologie moléculaire
indiquent que l’allèle DRB1*0402 (un des allèles DR4) est le principal
allèle de susceptibilité au pemphigus vulgaire retrouvé chez les Juifs
ashkénazes, mais également dans d’autres populations comme les
Américains non juifs, les Iraniens, les Italiens, les Espagnols et les
Sardes.
Au Japon, d’autres allèles DR4 ont été retrouvés en
association avec le pemphigus vulgaire (DRB1*0403, 0404 et 0406).
Pour les populations non juives, ce sont certains allèles DR14
(DRB1*1401 et 1404) qui apparaissent comme les principaux allèles
de susceptibilité comme cela a pu être montré chez les Américains
caucasiens non juifs, chez les Européens, les Italiens, les Sardes, les
Indiens et les Pakistanais.
Deux autres allèles DR14 ont été décrits
en association avec le pemphigus vulgaire dans des études
japonaises, DRB1*1405 et 1406, études montrant également le rôle
de prédisposition de DRB1*1401.
L’association au CMH n’est
pas aussi bien documentée pour le pemphigus superficiel, à
l’exception du pemphigus endémique brésilien dans lequel un allèle
particulier DR1 a été incriminé, ainsi que les allèles DR4 et DR14.
En effet, des études réalisées au Brésil au sein de populations non
amérindiennes et de différentes tribus indiennes ont permis
d’identifier les allèles DRB1*0102, DRB1*0404 et DRB1*1402 et 1406
comme allèles de susceptibilité à la maladie.
Deux études
récentes se sont intéressées à l’association du pemphigus foliacé
sporadique avec les antigènes HLA de classe II.
Les mêmes
génériques que dans le pemphigus vulgaire ie DR4 et DR14 ont été
retrouvés en association avec le pemphigus foliacé dans une
population italienne non juive et dans une population japonaise.
Chez les Italiens, une association avec l’allèle DRB1*1401 a pu être
mise en évidence alors qu’aucun allèle DR4 particulier n’a pu être
individualisé.
Chez les Japonais, un haplotype DR4 portant
l’allèle DRB1*0406 ainsi qu’un haplotype DR14 portant l’allèle
DRB1*1405 ont été montrés comme étant associés au pemphigus
foliacé.
Plusieurs études ont testé la prolifération des lymphocytes T de
patients atteints de pemphigus en réponse à la Dsg3 en fonction de
l’haplotype HLA.
La réponse des lymphocytes T provenant de
patients atteints de pemphigus vulgaire est restreinte par les
molécules DRB1*0402 et DRB1*1401 indiquant le rôle prépondérant
des molécules DR dans la présentation de peptides de la Dsg3 aux
cellules T autoréactives.
Cependant, Hertl et al ont montré
que des allèles ayant une séquence proche de DRB1*0402 mais
appartenant au groupe DR11 ainsi que l’allèle DQB1*0301 pouvaient
également restreindre la réponse T anti-Dsg3.
Ainsi, DR4 et DR14 apparaissent comme les principaux allèles impliqués dans la
restriction de la réponse T anti-Dsg3, mais le rôle d’autres molécules
HLA ne peut pas être éliminé.
L’analyse des différentes molécules HLA impliquées dans la
susceptibilité au pemphigus vulgaire a montré qu’elles partageaient
des caractéristiques structurales communes avec des résidus
conservés en position 26, 67, 70, 71 et 86 de la chaîne b de la
molécule DR, permettant une présentation sélective de peptides de
la Dsg3.
Au cours du fogo selvagem, tous les allèles de
susceptibilité partagent un épitope commun (shared epitope) en
position 67-74 de la chaîne b de la molécule DR qui constitue le
facteur de susceptibilité à la maladie le plus significatif.
Ainsi,
l’association entre HLA et pemphigus est-elle très probablement liée
à la capacité de certaines molécules HLA de classe II à présenter des
peptides immunodominants de la Dsg3 aux lymphocytes T
autoréactifs.
Si les gènes HLA semblent jouer un rôle significatif dans la
susceptibilité au pemphigus, ils n’expliquent pas à eux seuls le
déterminisme de la maladie.
En effet, il a été montré que des sujets
sains ainsi que des collatéraux de patients atteints de pemphigus
vulgaire et portant les allèles HLA de susceptibilité ont des anticorps
anti-SIC détectables en IFD et en IFI à un titre cependant plus faible
que chez les malades, ainsi que des lymphocytes T sanguins
dirigés contre la Dsg3, sans présenter de lésion clinique de
pemphigus.
D’autres facteurs, génétiques ou environnementaux,
sont donc probablement nécessaires à la production d’anticorps
pathogènes.
Ainsi un polymorphisme génétique de l’antigène a pu
être montré pour la Dsg1.
Pour ce qui est des facteurs
d’environnement, le rôle des médicaments (un certain nombre
de médicaments, en particulier les thiolés comme la pénicillamine,
étant reconnus comme facteurs déclenchants de certains pemphigus
superficiels), des virus, de certains aliments (ail), des
brûlures ainsi que l’exposition aux UV ont également été évoqués
dans le déterminisme de la maladie.
Des éléments d’explication
pourraient venir de l’étude des différentes associations morbides
décrites au cours du pemphigus : association entre pemphigus et
d’autres maladies auto-immunes (en particulier myasthénie, lupus
et PR), association entre pemphigus et cancers (thymomes et
syndromes lymphoprolifératifs).
À cet égard, le modèle du
pemphigus endémique brésilien pourrait se révéler particulièrement
informatif. En effet, la zone d’endémie correspond à l’habitat d’une
mouche piqueuse (black fly).
Il a été proposé que le fogo
selvagem, qui survient, rappelons-le, chez des sujets porteurs
d’allèles HLA de classe II partageant des caractéristiques structurales
communes, serait, sur ce terrain génétique de prédisposition, la
conséquence d’une réaction croisée dirigée initialement contre un
agent infectieux transmis par l’insecte d’une part et la Dsg1 d’autre
part.
Cette hypothèse reste cependant à démontrer et l’agent
infectieux à identifier.
2- Réponse T au cours du pemphigus :
Certains auteurs ont montré la présence chez des patients atteints
de pemphigus, de clones T circulants capables de reconnaître
l’autoantigène sous forme de protéine recombinante ou de peptides
de synthèse, c’est-à-dire la Dsg3 dans le pemphigus vulgaire et la
Dsg1 dans le pemphigus foliacé et le fogo selvagem (mais aussi dans
des cas de pemphigus vulgaire avec anticorps anti-Dsg1 en plus des
anticorps anti-Dsg3).
Ces clones correspondent à des
lymphocytes T-CD4+ mémoires sécrétant des cytokines de type Th2
(interleukine [IL]4, IL6 et IL10) qui sont impliquées dans la
commutation de classe vers les IgG4, principaux anticorps
pathogènes dans le pemphigus.
La cartographie épitopique T des
desmogléines a pu être réalisée grâce à l’utilisation de peptides
synthétiques et de protéines recombinantes tronquées.
Les études
ont permis de localiser de multiples épitopes T répartis sur les
segments EC1 à EC5 du domaine extracellulaire des Dsg.
Une
hypothèse avancée est que la réponse T pourrait être initiée contre
un épitope immunodominant et que des phénomènes d’expansion
épitopique viendraient secondairement diversifier cette réponse.
L’évolution d’une réponse initialement dirigée contre la Dsg3 vers
une réponse dirigée à la fois contre la Dsg3 et la Dsg1 au cours du
pemphigus vulgaire en est la probable illustration.