La pelade ou « alopécie en aires » représenterait 2 % des
consultations en dermatologie.
Malgré son caractère bénin, elle
perturbe sévèrement la vie sociale et affective des individus.
Les
récurrences, de rythme et de sévérité difficilement prédictibles,
laissent au patient un sentiment d’incompréhension et de grande
vulnérabilité.
C’est une maladie générale, au même titre que d’autres
affections auto-immunes cutanées, où seules quelques zones
atteintes apparaissent cliniquement.
La compréhension de ses
mécanismes physiopathologiques et son traitement ont beaucoup
évolué ces vingt dernières années, du fait de nombreux travaux de
recherche.
Une nouvelle classification serait souhaitable, notamment
pour homogénéiser l’évaluation des moyens thérapeutiques actuels
ou futurs.
Épidémiologie :
La pelade est une affection fréquente.
Le risque, selon la Mayo Clinic, de développer une pelade au cours de sa vie est estimé à
1,7 %.
Nous ne disposons pas d’études comparatives des
prévalences selon les groupes de population, mais il semble que les
sujets noirs sont moins souvent atteints et les Japonais beaucoup
plus.
Il n’existe aucune prédominance de sexe. Une personne atteinte
sur deux a moins de 20 ans.
Un début dans les premiers mois de
vie reste rare mais possible : 2 % des pelades débuteraient avant
2 ans.
La grossesse est d’effet variable et imprédictible.
L’incidence familiale varie selon les études de 10 à 27 %.
Si l’un
des deux parents est atteint d’une pelade grave, le risque pour
l’enfant de développer une pelade au cours de sa vie serait de 6 %
et celui de développer une pelade grave de 2 %.
Clinique :
A - ATTEINTE DU CUIR CHEVELU :
La plaque de pelade typique se présente comme une surface glabre
bien limitée, ronde ou ovalaire.
Elle est asymptomatique, lisse,
sans atrophie, sans squame, de la couleur du cuir chevelu.
Les
orifices pilaires sont visibles.
Plus rarement elle sera rosée,
oedémateuse à son stade initial, précédée de prurit ou de douleur.
Elle s’étend en règle progressivement, puis se stabilise.
Pendant la
phase d’extension, les cheveux situés en bordure de la plaque ne
résistent pas à une traction douce ; souvent sur cette zone frontalière
sont présents les caractéristiques « cheveux peladiques » dits en
« point d’exclamation » : ce sont des cheveux de 4 à 5mm de long,
renflés à leur extrémité distale qui est sombre.
Ils ont l’allure d’un
gourdin et se détachent très facilement à la traction, témoins de
l’activité d’une pelade.
Si le processus inflammatoire est stoppé, le
cheveu reprendra son adhérence au cuir chevelu et s’allongera, prenant alors l’allure d’une pousse de plantain, signifiant alors le bloquage de la chute.
Plus rarement on observera des cheveux
« cadavérisés », c’est-à-dire des orifices pilaires remplis de débris de
cheveux détruits.
Cette présence est le signe d’une activité encore
plus intense.
La constatation de cheveux blancs est courante à la
surface d’une plaque, le processus peladique touchant surtout les
cheveux pigmentés et la repousse s’effectuant souvent, au début,
sous la forme de duvets, voire de cheveux terminaux blancs.
À la
palpation, le cuir chevelu offre une hyperlaxité dans les formes les
plus anciennes.
Les plaques de pelade corporelle donnent un aspect clinique
identique.
B - ATTEINTE DES ONGLES :
Elle affecte 10 à 20 % des patients peladiques, mais 50 % des
enfants.
Différentes formes cliniques sont notées :
– dépressions ponctuées (pits) superficielles de 0,25 à 0,5 mm de
diamètre.
Réparties de façon géométrique ou dispersées, elles sont
dues à une atteinte plurifocale de la matrice proximale ;
– ongles grésés ou trachyonychie : l’ongle est comme passé au
papier de verre ; dans 15 % des cas chez l’enfant et 4 % des cas chez
l’adulte, plus souvent l’homme que la femme.
Cet aspect se
présente davantage dans les formes sévères, en particulier chez
l’adulte ;
– érythème en mottes (spotting) de la lunule qui apparaît
irrégulièrement rouge.
Il correspond aussi à des formes sévères
de pelades.
Exceptionnellement peut se manifester chez l’adulte un
érythème uniforme de la lunule ;
Ces anomalies peuvent toucher de un à tous les ongles, précéder,
évoluer parallèlement, ou succéder à la pelade capillaire.
La
dénomination twenty nail dystrophy of childhood a fréquemment la
pelade pour étiologie.
C - AUTRES ATTEINTES :
Les atteintes oculaires sont très discutées : certains retrouvent des
anomalies, principalement du cristallin (cataracte), mais aussi de
l’iris (modifications de couleur) ; des modifications asymptomatiques
de l’épithélium rétinien ont été mises en évidence par
une diminution des réponses à l’électro-oculogramme, en particulier
dans les pelades sévères ; elles seraient, pour l’auteur,
consécutives à l’atteinte des cellules pigmentaires rétiniennes.
Les atteintes sudorales sont également mises en avant dans quelques
publications : diminution des glandes sudorales mise en évidence
par le test à la pilocarpine, mais d’autres publications ne
retrouvent aucune différence avec les sujets contrôles.
D - FORMES CLINIQUES :
Selon l’aspect et la topographie de l’atteinte peladique, diverses
formes cliniques ont été individualisées :
– pelade en plaques (PeP), de nombre et topographie variable ;
– pelade ophiasique (ophiasis=serpent) débutant en zone occipitale
et remontant progressivement au-dessus des oreilles, pouvant aller
jusqu’à l’unique persistance d’une bande de cheveux au sommet du
crâne.
Par opposition et de manière anecdotique, pelade
de type « sisaïpho », l’inverse, respectant la périphérie ; ou encore à
type d’alopécie androgénétique ;
– pelade décalvante totale (PDT) (alopecia totalis) où aucun cheveu
ne persiste ;
– pelade universelle (PU) (alopecia universalis) où aucun poil ni
cheveu ne persiste ;
– pelade diffuse, plus rare et de diagnostic plus délicat, elle donne
un aspect clairsemé à la chevelure ;
– pelade de la barbe, des cils, des sourcils, d’une zone
corporelle localisée ;
– pelade à cheveux blancs, par disparition sur une chevelure
« poivre et sel » des cheveux pigmentés, donnant un aspect blanc
clairsemé ; ou après une repousse, initialement blanche ;
– pelade périnævoïde
– pelade unguéale, isolée ou associée à d’autres signes de pelade.
E - ÉVOLUTION
:
La poussée de pelade peut se limiter à une ou plusieurs plaques qui
évolueront sur quelques semaines ou mois, puis régresseront
spontanément.
Elle peut aussi, plus rarement, s’étendre et devenir
décalvante, voire universelle. Dans certains cas, elle reste fixe ou
régresse en laissant quelques zones fixes « bastions » (occiput) qui
repoussent beaucoup plus tardivement ou ne repoussent jamais.
La pelade-maladie peut ne se manifester qu’en une seule poussée,
mais aussi évoluer tout au long de la vie avec des poussées répétées.
Il n’y a pas de signe distinctif initial entre ces formes extrêmes.
F - EXAMEN DU PATIENT PELADIQUE :
L’examen clinique spécifie la topographie des plaques, la surface
atteinte, la présence ou non de cheveux peladiques ou cadavérisés
en bordure des plaques, l’existence éventuelle d’une traction positive
à distance des zones glabres, la laxité du cuir chevelu, les plaques
corporelles et l’atteinte unguéale.
La thyroïde est palpée
systématiquement.
Associations pathologiques :
A - ATOPIE :
Vingt-cinq pour cent des patients peladiques (5 à 60 % selon les
publications) seraient atopiques.
Ikeda en dénombre 10 % et en
fait une entité bien individualisée de relatif mauvais pronostic ; la
classification pronostique élaborée par cet auteur est, à ce jour, la
seule publiée sur la pelade.
B - VITILIGO
:
Il s’associe à la pelade dans 4 à 6% des cas.
C - AFFECTIONS THYROÏDIENNES
(PRINCIPALEMENT THYROÏDITE DE HASHIMOTO)
:
Cette association reste discutée selon les auteurs ; si, dans certaines
études, de nombreuses anomalies biologiques sont mises en
évidence chez les patients atteints de pelade, celles-ci ne sont
jamais comparées à celles d’une population témoin.
La thyroïdite de Hashimoto pourrait être de prévalence élevée chez l’enfant, mais
les critères de diagnostic sont mal établis : élévation des anticorps
antithyroïdiens sans signe clinique ni modification des hormones
dans la majorité des cas.
Lorsque les deux pathologies coexistent
chez un même patient, elles ne présentent pas de corrélation
évolutive.
Dans l’état actuel des connaissances, il paraît injustifié de
réaliser à titre systématique un bilan biologique thyroïdien.
D - AUTRES ASSOCIATIONS :
– Les autres associations sont le plus souvent dysimmunitaires :
maladie coeliaque (qui, selon une étude récente, pourrait être
présente, symptomatique ou non, dans environ un cas sur 100 de
pelade, c’est-à-dire trois fois plus que dans la population
générale), lichen plan, anémie de Biermer, thymome, lupus
érythémateux, polyarthrite rhumatoïde, myasthénie, rectocolite
hémorragique ; le diabète insulinodépendant serait plus fréquent
dans les familles des patients, non chez le patient lui-même.
La
pelade apparaît plus fréquemment dans deux désordres
chromosomiques : la trisomie 21 (1 à 9 % des sujets atteints), où elle
est alors de pronostic plutôt péjoratif, et le syndrome de Turner.
– La séropositivité VIH (virus de l’immunodéficience humaine) ne
protège pas de la pelade, sauf en cas de taux effondré de
lymphocytes CD4+.
– Sur un terrain psychologique prédisposé, la trichotillomanie
s’associe secondairement, de manière non exceptionnelle, à la
pelade.
– Psoriasis et pelade : le phénomène dit de « renbök » (inverse de
Köbner), où la pelade élimine de son territoire psoriasis ou dermite
séborrhéique, est parfois constaté.
Diagnostic différentiel :
A - ALOPÉCIES CICATRICIELLES :
Lupus érythémateux chronique, morphée, lichen plan, pseudopelade
de Brocq, alopécie en bande frontale fibrosante postménopausique,
alopécie postradiothérapie, cicatrices diverses, seront différenciés par
l’aspect lisse, blanc nacré, atrophique où les follicules pileux ont
disparu.
Une inflammation préalable et des signes à distance seront
recherchés. Une biopsie pourra aider le diagnostic. Plus rarement
une métastase (cancer gynécologique) sera discutée.
B - ALOPÉCIES NON CICATRICIELLES :
La trichotillomanie prêtera parfois à discussion, d’autant que les
cheveux dits en « point d’exclamation » peuvent y être retrouvés
et que l’association des deux pathologies n’est pas exceptionnelle.
La topographie (zones d’accès facile, atteinte souvent exclusive de
la paupière supérieure pour le secteur ciliaire), l’aspect irrégulier
avec des cheveux cassés à des niveaux différents, voire l’histologie,
en coupes horizontales, sont des signes plus qu’évocateurs.
L’anamnèse différenciera les alopécies après traction ou compression
(postanesthésie). Rarement un effluvium télogène ou anagène peut
ressembler à une pelade diffuse ou très extensive.
Il en est de même
du syndrome des cheveux anagènes caducs.
C - ATTEINTE UNGUÉALE :
Les dépressions ponctuées sont retrouvées dans l’eczéma et le
psoriasis ; la trachyonychie y est également retrouvée, mais aussi
dans le lichen plan et dans la trachyonychie dite idiopathique (qui peut se révéler, par la suite, liée à une pelade ou à l’une des trois
pathologies précédentes).
Ainsi, les atteintes unguéales posent un
problème diagnostique en l’absence d’autres manifestations
dermatologiques.
Examens complémentaires
:
En pratique, le diagnostic de la pelade est clinique.
Aucun examen
complémentaire n’est indispensable.
Les examens ont surtout un
intérêt physiopathologique.
A - TRICHOGRAMME :
Il pourrait mettre en évidence, à un stade précoce, un cycle modifié
avec diminution des follicules pileux anagènes, nette augmentation
des follicules télogènes ou catagènes tardifs et présence de cheveux
dystrophiques.
B - HISTOLOGIE :
1- Microscopie optique
:
Un infiltrat lymphocytaire comparé à un essaim d’abeilles est
retrouvé à tous les stades de la pelade.
Il est situé autour des
vaisseaux dilatés, des bulbes pilaires et au sein même des papilles
folliculaires.
Il touche des zones en deçà du bulge, où siègent les
cellules souches. Tous les follicules sont touchés.
Si la pelade est
ancienne, cet infiltrat diminue, les follicules deviennent petits,
« miniatures », dystrophiques, ascensionnés dans le derme
superficiel. Des traînées de sclérose apparaissent dans le derme
réticulaire profond, contenant des mottes de mélanine. Puis le
follicule pileux disparaît totalement.
En remplacement ou en association aux classiques coupes verticales
des fragments biopsiques, les coupes horizontales peuvent aider au
diagnostic, en particulier car elles permettent de voir un plus
grand nombre de follicules pileux (20 à 30 pour un cuir chevelu
normal, contre quelques-uns dans les sections verticales), mais aussi
de quantifier le rapport terminaux/duvets ou de déterminer à quel
stade du cycle pilaire sont les follicules.
2- Microscopie électronique :
La papille apparaît désorganisée, elle contient des cellules lésées et
une quantité anormale de pigment.
Trois types de dégénérescence
cellulaire, entraînant sa mort, sont observés avec des fréquences
variables : nécrose, apoptose, condensation cellulaire (cellules
sombres ou dark cells).
L’apoptose peladique est différente de
l’apoptose physiologique catagène puisqu’on la retrouve même dans
les kératinocytes de la matrice, les mélanocytes, les cellules de
Langerhans et les cellules du derme papillaire.
Les kératinocytes
précorticaux et les mélanocytes bulbaires semblent les premiers
affectés. Les cheveux en « point d’exclamation » pourraient résulter
d’une phase passagère de dégénérescence de ces kératinocytes.
L’atteinte mélanocytaire avec mélanogenèse anormale est
probablement responsable des anomalies pigmentaires cliniques de
la pelade.
Il existe une incontinence pigmentaire à tous les stades.
Ces anomalies histologiques se retrouvent, dans une moindre
mesure, à distance des zones cliniquement atteintes.
3- Histologie des lésions unguéales
:
Les anomalies histologiques matricielles de la trachyonychie
peladique sont de type eczématiforme (infiltrat lymphocytaire
modéré, exocytose, spongiose et présence d’une couche granuleuse
normalement absente à ce niveau) ; elles ne présentent pas de signe
spécifique permettant de la distinguer de la trachyonychie dite
idiopathique.
Ces mêmes atteintes sont retrouvées, de façon
focale, dans les dépressions ponctuées.
4- Examen histologique à titre pronostique
:
Une biopsie standardisée (punch 4 mm), avec sections horizontales,
peut permettre localement de quantifier les follicules pileux
persistants, d’évaluer leur diamètre et la profondeur de leur
implantation.
Pour Whiting, si le nombre de follicules pileux est
inférieur à 1/mm², la repousse sera inexistante à médiocre ; si le
nombre est supérieur à 1/mm², elle sera de minime à complète.
C - AUTRES EXAMENS :
Aucun examen biologique n’est nécessaire à titre de bilan ou de
surveillance d’une pelade.
Tout au plus peut se discuter dans des
cas particuliers, en présence de signes cliniques, la réalisation d’un
dosage des hormones thyroïdiennes.
Prenant en compte la
prévalence de la carence martiale chez la femme, certains auteurs
préconisent un dosage de la ferritine ; aucune étude n’a à ce jour été
réalisée sur une éventuelle inhibition de la repousse des cheveux
dans ces cas.
La théorie impliquant une responsabilité de foyer infectieux dans la
pelade étant abandonnée, les radiographies panoramiques dentaires
ou des sinus ne sont plus de mise.
Physiopathologie :
Nous avançons progressivement dans la compréhension de
mécanismes qui entraînent la chute du cheveu, c’est-à-dire son
passage brutal du stade anagène III ou IV aux stades catagène et télogène.
L’atteinte simultanée de follicules pileux voisins fait
comparer la chute de cheveux à une vague.
La pelade garde
cependant encore de grandes zones d’ombre et le (ou les) facteur(s)
déclenchant la poussée reste(nt) inconnu(s) pour un individu donné.
Les hypothèses suivantes ne peuvent être considérées comme
responsables isolément ; chacune pourrait cependant jouer un rôle
dans la physiopathologie de la pelade.
A - GÉNÉTIQUE :
L’incidence familiale élevée a fait évoquer une transmission
autosomique dominante à pénétrance variable.
La concordance entre
jumeaux monozygotes est de 55 %, le premier atteint ayant en règle
la forme la plus grave.
De multiples recherches ont été réalisées pour tenter d’associer la
pelade et un groupe human leukocyte antigen (HLA) particulier.
Certains facteurs génétiques paraissent exposer à la pelade de façon
générale et d’autres à des formes particulièrement sévères.
Ainsi
l’allèle HLA DQ3 semble statistiquement associé à toute forme de
pelade.
Les allèles DR4 ou DR5 semblent statistiquement plus
souvent corrélés à des pelades graves d’apparition précoce (PU 62 %
contre 30 % dans la population générale).
Les allèles DRB1*1104
(DR11) et DQB1*0301 (DQ7) aussi semblent davantage corrélés aux PDT et PU qu’aux pelades en plaques, mêmes anciennes.
Le gène
codant pour le récepteur de l’antagoniste de l’IL1 (IL1ra) serait un
facteur de sévérité.
À l’opposé, HLA Drw52a serait un marqueur
de résistance vis-à-vis de la pelade.
B - INFECTIEUX :
Un facteur environnemental est suspecté dans le déclenchement de
la pelade ; cependant aucune étiologie infectieuse n’a jusqu’à présent
pu être mise en évidence.
La notion de foyer infectieux régional,
d’« épine peladogène », est abandonnée, malgré quelques
publications anecdotiques.
La possibilité d’infection virale a été
évoquée, en particulier par le Cytomégalovirus (CMV) qui aurait
été mis en évidence par polymerase chain reaction (PCR) dans des
biopsies de pelade.
Cette positivité n’a pas été retrouvée par
d’autres équipes et il ne semble pas exister de concordance du
statut sérologique de jumeaux atteints par la pelade.
Enfin, l’idée
d’un déclenchement de la pelade par la vaccination contre le virus
de l’hépatite B ne semble plus retenue.
C - VASCULAIRE :
La théorie du spasme vasculaire, d’atteinte circulatoire au sein des
plaques de pelade, est abandonnée.
Il reste cependant possible qu’un
facteur angiogénique fasse défaut dans le déroulement pathogénique
de la pelade.
D - NEUROLOGIQUE
:
Des cas cliniques concrets mettent en évidence de possibles facteurs
neurologiques dans le mécanisme de la pelade : c’est l’exemple d’un
patient présentant une PU, hormis une zone axillaire où une section
nerveuse avait été pratiquée au cours d’une lymphadénectomie.
Les éventuelles modifications sudorales iraient également à l’appui
de cette théorie.
Des anomalies de sécrétion de certains
neuromédiateurs cutanés pourraient jouer un rôle dans le processus
physiopathologique peladique.
E - IMMUNITAIRE :
C’est ce mécanisme qui paraît aujourd’hui prédominant et la pelade
est considérée comme une pathologie auto-immune :
– d’un point de vue épidémiologique, compte tenu de l’association
à d’autres pathologies dysimmunitaires ;
– d’un point de vue biologique, car de nombreux arguments
plaident pour une atteinte de l’immunité à médiation humorale et
cellulaire :
– si les taux sanguins des lymphocytes B et T ont été trouvés
augmentés, abaissés ou stables, des autoanticorps circulants ont
été mis en évidence dans 20 à 25 % des cas de pelade :
antithyroïdiens (antimicrosome, antithyroglobuline), antipariétal
gastrique, antisurrénale, antigliadine, antimuscle lisse,
antimitochondrie, antinucléaire...
Tobin a mis en évidence la
présence d’anticorps IgG dirigés contre des antigènes situés sur
les kératinocytes et les mélanocytes de follicules pileux chez tous
les patients peladiques testés contre 44 % chez les sujets
témoins.
Les zones atteintes exprimeraient des antigènes
particuliers, non retrouvés en zone adjacente ;
– Gilhar a montré que les cheveux de peladiques implantés
sur une souris nude athymique repoussaient, donc en absence de
lymphocytes T.
En témoigne également l’infiltrat péribulbaire
présent à tous les stades de la pelade, sauf lorsqu’elle a repoussé,
fait de lymphocytes T, de macrophages et de cellules de
Langerhans ; il évoque lui aussi une réaction contre un antigène
du follicule pileux.
Le rapport lymphocytes CD4/CD8 augmente
(4/1) en phase de chute et diminue pour se normaliser en phase
de repousse.
Cet infiltrat serait retrouvé, dans une moindre
mesure, à distance des plaques de pelade dans des zones
apparemment saines ;
– il existe, au sein des follicules pileux, une expression accrue des
antigènes de classe II du système HLA (DQ et DR), qui semble
être plutôt une conséquence de l’inflammation induite par les
cytokines (interféron gamma [IFNc] notamment).
Est
également notée une augmentation de l’expression de
l’intracellular adhesion molecule-1 (ICAM-1) sur l’épithélium
folliculaire ;
– certaines cytokines semblent jouer un rôle fondamental dans la
pelade ; celles-ci pourraient être libérées par les kératinocytes, les
lymphocytes, ou au sein même de la papille dermique.
A été
détecté, dans les biopsies de pelades actives, un niveau élevé de IFNc, IL2, IL1â (lymphocyte type TH1) ; tandis que l’IL10
augmente quand la pelade repousse sous diphencyprone.
La
cytokine pro-inflammatoire IL1 pourrait être un important maillon
de la chaîne entraînant le débranchement (swich off) du follicule
pileux ;
– Fenton a retrouvé une diminution du taux de thymuline
sérique, parallèle à l’évolution de la maladie ;
– enfin, l’effet des traitements à visée immunomodulatrice
(ciclosporine, corticothérapie générale, allergénothérapie de
contact,...) semble appuyer cette théorie physiopathogénique.
F - MÉLANOCYTAIRE :
L’atteinte élective des cheveux sombres, la repousse souvent
initialement blanche, voire l’association non rare à un vitiligo, sont
en faveur d’un rôle joué par le mélanocyte dans la pelade.
Les
anomalies visibles en microscopie électronique où les mélanocytes
bulbaires semblent parmi les premières structures affectées, les
anticorps IgG dirigés contre les mélanocytes folliculaires, mis en
évidence dans des résultats préliminaires, soutiennent cette
hypothèse.
G - PSYCHOLOGIQUE :
Les facteurs psychologiques sont souvent mis d’emblée en avant par
le patient, son entourage ou par le médecin, comme la cause de leur
alopécie.
Si un stress est parfois clairement noté dans les jours ou
semaines qui précèdent le déclenchement ou l’exacerbation d’une
pelade, les mécanismes inducteurs restent mal connus.
Plusieurs
études ont été réalisées avec des tests psychométriques
standardisés.
Elles s’accordent à dire qu’il existe fréquemment,
en association à une pelade, des troubles psychologiques variés tant chez l’adulte que chez l’enfant : anxiété, dépression, phobies,
troubles du sommeil, signes paranoïaques, énurésie, trichotillomanie,
etc, sans que ne se dessine de personnalité peladique
caractéristique.
Il n’apparaît pas non plus de parallélisme entre les
troubles psychologiques et la gravité de la pelade.
Souvent celle-ci
déclenche elle-même, secondairement, anxiété et dépression.
Des
événements vitaux (séparation, deuil, angoisse de mort, perte d’objet
cher) sont retrouvés avec des proportions et des délais variables (7 à
85 % des cas) mais ne seraient pas plus fréquents que dans les
groupes contrôles.
Pour certains, ces patients ayant une défense
sociale pauvre ou nulle ne réagiraient pas de façon adéquate en
situation de stress, utilisant trop peu leur entourage ; la pelade en
serait une conséquence.
Modèles animaux
:
Le Dundee experimental bald rat (DEBR) présente une chute de poils
évoquant la pelade humaine et histologiquement un infiltrat
mononucléé.
La souris C3H/Hej, outre son alopécie réversible
associée à un infiltrat périfolliculaire, posséderait des anticorps
dirigés spécifiquement contre le follicule pileux.
Ces animaux
apportent à la compréhension de la pelade humaine et permettent à
présent des essais thérapeutiques.
Traitement :
Le traitement de la pelade a beaucoup évolué depuis une quinzaine
d’années ; un remède régulièrement efficace fait cependant défaut,
en particulier dans les formes étendues.
L’attitude du médecin doit
être la plus scientifique possible, malgré le caractère souvent
capricieux de la maladie et le pourcentage connu de repousses
spontanées : 60 % des cas présentant une atteinte de moins de 40 %
de la surface du cuir chevelu repoussent totalement en 6 mois.
Sous placebo, 35,7 % des pelades présentant une atteinte supérieure
à 50 % ont une réponse thérapeutique et 7,1 % une repousse
complète en 1 an.
Enfin, on dénombre 15 à 25 % de repousse
partielle spontanée ou sous placebo pour des pelades décalvantes
de plus de 1 an.
Les résultats des essais thérapeutiques sont
souvent très différents d’une équipe à l’autre, les groupes testés
n’étant pas comparables et les critères d’efficacité subjectifs.
Donner
des pourcentages de résultats est ainsi souvent délicat.
La
thérapeutique tente de s’appuyer sur une stratégie organisée,
adaptée au patient, au type de poussée et à son évolutivité.
Il
n’existe cependant pas de traitement ayant une action sur l’évolution
générale de la pathologie, ce qui incite à toujours mettre en balance
bénéfice et risque, notamment pour le long terme.
Actuellement, aucun traitement n’a en France d’autorisation de mise
sur le marché (AMM) dans cette indication.
A - CORTICOÏDES :
1- Locaux
:
Les corticoïdes topiques semblent pouvoir agir sur les poussées de
pelade.
Ils n’ont cependant jamais fait l’objet d’études contrôlées
permettant de déterminer leur efficacité.
On utilise classiquement le
niveau I sur le cuir chevelu, si possible sous occlusion.
Au niveau
des sourcils ou de la barbe, où ils répondent moins bien, on utilise
des niveaux plus faibles, compte tenu des risques locaux.
Très
utilisés également chez l’enfant, niveau I ou niveau II le plus
souvent, on surveille tout particulièrement la courbe de croissance,
mais ils posent rarement des problèmes de retentissement.
Le
nombre de flacons ou tubes appliqués mensuellement est quantifié.
Les effets secondaires sont surtout les folliculites et éruptions
acnéiformes nécessitant de diminuer les doses.
2- Injections intralésionnelles :
Cette technique semble très efficace pour certains auteurs mais, si la
repousse est parfois précoce, elle est souvent suivie de rechute en
monothérapie.
Les indications sont limitées aux plaques isolées, les
sourcils, la barbe.
Les risques d’amaurose par emboles rétiniens semblent
exceptionnels avec les produits injectés actuellement (acétonide de
triamcinolone aux doses de 2,5 à 10 mg/mL).
Les risques
essentiels sont localement l’atrophie secondaire et ceux d’une
corticothérapie générale si les doses cumulées sont trop importantes.
3- Généraux :
La pelade nécessite des doses élevées pour donner un résultat et
expose, dans la plupart des cas, à une rechute après l’arrêt.
Du fait
des effets secondaires des traitements au long cours, on réserve ce
traitement à des indications particulières : une chute active risquant
d’entraîner rapidement une pelade décalvante.
Le schéma alors
utilisé est la prise de prednisone à 0,5 à 1mg/kg/j sur une dizaine
de jours, diminuée par paliers de 7 à 10 jours pour être arrêtée en 6
à 8 semaines (certains prolongent le schéma sur un total de 3 à
6 mois).
Ce traitement intermédiaire, qui bloque le plus souvent la
chute, est associé à un autre traitement de relais, d’effet plus lent
(PUVA, traitements locaux).
Les bolus ont fait l’objet de plusieurs études récentes sur quelques
cas donnant des résultats préliminaires intéressants dans les pelades
graves de l’adulte et de l’enfant.
La dose utilisée est 250 mg deux
fois par jour, 3 jours consécutifs chez l’adulte, avec repousse
supérieure à 80 % chez six patients sur neuf en 6 mois, et de 5mg/kg
deux fois par jour pendant 3 jours chez l’enfant, avec repousse
complète chez cinq patients sur sept en 12 mois.
Ces protocoles ne
donnent peu ou pas d’effets secondaires.
L’effet semble bénéfique si
le traitement est débuté tôt : au mieux dans les 8 premières semaines
d’évolution quand l’infiltrat lymphocytaire est le plus important.
Pour les pelades anciennes, installées, aux facteurs de gravité
habituels, ce traitement s’avère inefficace.
La corticothérapie agirait en diminuant la production et/ou la
sécrétion d’IL1 et d’IL2.
Elle diminue aussi les cellules de Langerhans et leur activation lymphocytaire.
Selon de récentes
recherches, le dosage au sein d’une biopsie de la thiorédoxine
réductase, enzyme activant les récepteurs aux glucocorticoïdes,
pourrait permettre de différencier par avance les bons des mauvais
répondeurs à une corticothérapie générale ou locale.
B - ANTHRALINE (DIOXYANTHRANOL, CIGNOLINE)
:
Alors que les autres irritants (huile de croton, laurylsulfate de
sodium, trétinoïne topique) ne donnent aucun résultat positif,
l’anthraline a un effet démontré : plusieurs essais sur des pelades de
différentes catégories ont été réalisés.
La réponse, en moyenne, se
manifeste à 11 semaines dans 67 % des cas, la repousse (avec toutes
les réserves que l’on doit avoir vis-à-vis de ce type de résultats) étant
cosmétique chez 30 % des sujets ayant moins de 75 % de surface
atteinte et chez 20 % si l’atteinte est supérieure à 75 %.
La procédure
est la suivante : application chaque soir avec un gant protecteur
d’une préparation à 0,5 %, dans un excipient facilement rinçable,
laissée 15 à 30 minutes puis lavée, classiquement, avec un
shampooing à base de pyrithione zinc ; s’il n’existe aucune réaction,
on augmente le pourcentage à 1 puis 2 %.
L’irritation n’est pas
nécessaire, mais, modérée, elle est le témoin d’une bonne
application.
L’anthraline est utilisée tant chez l’adulte que chez
l’enfant chez qui ce traitement est particulièrement intéressant. Les
effets secondaires sont modérés mais presque systématiques :
hyperpigmentation, irritation locale, adénopathies satellites.
Il a été proposé un mode d’action complexe immunosuppressif,
par formation de radicaux libres qui inhibent les lymphocytes T,
toxicité vis-à-vis des cellules de Langerhans et inhibition de la
production de l’IL2.
C - MINOXIDIL :
Ce puissant vasodilatateur est l’un des traitements qui a été le plus
testé dans la pelade.
Il est plus efficace qu’un placebo avec, à 6 mois, 50 % de repousse
complète si l’atteinte est inférieure à 75 %, 14 % si l’atteinte est entre
75 et 99 % et 0 % dans les PDT et PU.
Son effet est proportionnel à la dose, à 5 % il est plus efficace qu’à
1 %.
L’application biquotidienne de 1 mL d’une préparation à 5 % est
équivalente à la prise orale de 5 mg deux fois par jour (mais l’effet
par voie orale est plus rapide).
Il n’a pas d’effet préventif ni d’effet suspensif.
Étant donné sa faible pénétration cutanée, entre 1 et 4 %, il est
préférable de l’appliquer de façon biquotidienne, sous occlusion ou
en association avec d’autres produits qui augmentent son effet.
Les effets secondaires sont rares : eczéma de contact au minoxidil
ou au propylène glycol, irritation (rarement notée dans cette
indication), pilosité à distance.
Les effets cardiovasculaires
n’apparaissent pas chez le sujet sain, malgré l’augmentation du débit
cardiaque, mais justifient un avis spécialisé en cas de cardiopathie
sous-jacente.
Le mode d’action est probablement multifactoriel, lié au sulfate de minoxidil, son métabolite actif : effet vasodilatateur local
probablement négligeable, action sur le vascular endothelial growth
factor (VEGF), action immunomodulatrice probable avec, pour
Fiedler, une action sur l’infiltrat inflammatoire, non retrouvée par
Khoury.
La prescription conjointe de minoxidil et d’anthraline semble
synergique, de même que l’association de minoxidil et de
bétaméthasone.
La vitamine A acide augmente de manière
variable la pénétration du minoxidil mais n’améliore pas le bénéfice
thérapeutique du minoxidil seul.
D - PUVATHÉRAPIE :
Ce traitement reste à ce jour, pour beaucoup, le traitement de
première intention des pelades importantes de l’adulte.
Il est
cependant de plus en plus décrié dans la littérature.
Il consiste en la prise per os ou l’application locale d’un psoralène et
l’irradiation de la peau par des rayons ultraviolets A (UVA) de haute
énergie dont le spectre se situe entre 340 et 380 nm.
Les deux
produits utilisés sont le 8-méthoxypsoralène (méthoxsalène ou 8-
MOP) (Méladininet) et le 5-méthoxypsoralène (5-MOP) (Psoraderm-
5t).
La dose initiale d’UV pour une prise per os est le plus souvent
de 1 J/cm², que l’on augmente de ½ à 1 J/cm² toutes les une à deux
séances, selon les protocoles (pour un traitement local 0,2 à
0,5 J/cm², augmentation de 0,2 à 0,5 J/cm² toutes les deux séances).
Certains cherchent à maintenir un érythème sans toutefois
déclencher de brûlure.
La dose maximale délivrée par séance varie,
selon les auteurs, de 8 à 20 J/cm².
Le total par série dans la
littérature est de 300 à 700 J/cm².
La balnéoPUVAthérapie serait plus
intéressante quant aux doses d’UV délivrées, en moyenne dix fois
inférieures en diluant deux flacons de 8-MOP (Méladinine fortet)
dans un bain de 100 L à 37 °C où le patient reste 15 minutes avant
l’exposition.
Les résultats, très variables selon les équipes, sont contradictoires avec de 20 à 80 % de cas de repousse : les groupes ne sont pas
comparables, les doses cumulées différentes.
Des études
rétrospectives relativement récentes considèrent la PUVAthérapie
inefficace, mais il est encore difficile de conclure devant la
sélection des patients (pelades anciennes), les protocoles
thérapeutiques (adaptation du protocole en fonction du type de
pelade), les critères de jugement (50 % de repousse complète pour
les PDT et PU, mais fort taux de rechute après l’arrêt).
Au total, il paraît légitime de conclure que l’efficacité de la PUVAthérapie dans la pelade est réelle, qu’elle est d’effet supérieur
pour les petites plutôt que pour les grandes pelades, qu’elle n’est
pas acquise et que le taux de rechute est important, en particulier si
la pelade est ancienne.
La PUVAthérapie corporelle totale est d’effet
supérieur à la PUVAthérapie localisée.
Une absence de repousse à
30 séances, une absence d’homogénéité de la repousse à 40 séances
doivent faire cesser le traitement pour la poussée correspondante.
Le risque doit être calculé : ce n’est pas un traitement du sujet jeune ;
les phototypes clairs seront particulièrement prévenus et surveillés ;
il faut protéger les zones génitales, tenir un cahier de PUVAthérapie
indiquant la dose administrée par série et cumulée, ces chiffres étant
remis au patient ; la dose totale à ne pas dépasser étant 1 500 J/cm².
La balnéothérapie est ainsi, d’un point de vue théorique, plus
intéressante.
L’association khelline et UVA a fait l’objet d’une étude sur dix
patients sans résultat remarquable.
Aucun essai de photothérapie UVB n’a été publié depuis celui de Krook en 1961 (sans effet
notable sur les pelades graves).
Un essai de photothérapie
dynamique par hématoporphyrine avait été réalisé par
Monfrecola. Des expérimentations avec l’acide 5-aminolévulinique
ne donneraient pas de résultat positif.
La PUVAthérapie agirait peu par son effet irritant primaire
trichogène mais plus par lymphotoxicité sur certains lymphocytes
CD4+ et surtout par action sur les cellules de Langerhans.
E - ALLERGÉNOTHÉRAPIE DE CONTACT
:
Utilisée pour la première fois dans la pelade en 1976 par
Rosenberg, cette thérapeutique semble aujourd’hui la plus efficace
pour les pelades graves.
Trois allergènes ont été utilisés jusqu’à présent mais aucun n’a été
rigoureusement testé pour sa stabilité, sa pureté, son absorption, son
métabolisme, son excrétion et ses éventuels effets toxiques et
carcinologiques.
Il s’agit du dinitrochlorobenzène (DNCB), qui fut
temporairement abandonné pour ses effets mutagènes,
probablement liés à des contaminants de la préparation, de la
diphénylcyclopropénone ou diphencyprone (DCP), de l’acide
squarique dibutylester (SADBE).
La DCP est plus souvent utilisée
que le SADBE, du fait de sa plus grande stabilité en solution.
Ce
sont de très puissants allergènes, non retrouvés dans
l’environnement domestique ou industriel, ne présentant aucune
allergie croisée avec d’autres produits connus.
Ce traitement est pratiqué dans certains centres spécialisés, ayant au
préalable fait signer par le patient un consentement écrit
accompagné d’une notice d’information détaillée.
Le patient est sensibilisé au produit par application d’une solution à
2 % sur le bras ou une zone limitée du crâne.
Puis, au 14e jour,
l’allergie au produit étant avérée, les applications hebdomadaires
débutent sur une petite surface du cuir chevelu à concentrations
progressivement croissantes, allant de 0,0001 à 2 %.
La zone est lavée
au bout de 48 heures.
Lorsqu’un eczéma modéré apparaît, le
praticien applique le dernier dosage utilisé sur un hémicrâne
complet. Si la repousse apparaît par la suite sur cet hémicrâne, il
applique le produit sur l’ensemble du crâne.
On évite les solutions à
plus de 2 % qui inhibent les cellules de Langerhans nécessaires au
maintien de l’allergénothérapie de contact. En cas de perte de
sensibilité, dans 10,8 % des cas, est parfois prescrite la cimétidine
per os pour supprimer cette tolérance.
L’application sur un hémicrâne permet de ne pas méconnaître les repousses spontanées
qui apparaîtraient dans 7 % des cas et les phénomènes de roque
(castling phenomenon) par allusion au jeu d’échec, dans 4 % des cas,
où la repousse apparaît paradoxalement de l’autre côté.
Une
publication a mis en évidence une repousse en appliquant le SABDE
à distance, sur une zone du dos, et sans eczéma sur la zone
peladique.
Les résultats publiés montrent : réponse au traitement en
moyenne à 3 mois avec, pour les PDT, une repousse dans 60 % des
cas qui devient cosmétique pour la moitié de ces derniers.
Les
résultats sont meilleurs pour les surfaces atteintes moindres : pour
une surface de 25 et 90 %, 60 à 75 % de repousse cosmétique, sauf
pour les pelades ophiasiques où les résultats sont souvent moins
bons.
Après la repousse, le traitement est soit maintenu en espaçant
progressivement les applications, soit arrêté ; en ce cas on obtient,
6 mois après l’arrêt : 10 % de rechute complète, 53 % de rechute
partielle, 37 % de maintien total.
Certains utilisent ce traitement chez
l’enfant avec des résultats sensiblement identiques, mais le taux
de rechute sous traitement pourrait être plus important.
L’association à l’allergénothérapie de contact de minoxidil topique n’apporte pas de bénéfice supplémentaire.
L’effet est négatif pour
l’association SADBE et PUVAthérapie.
Shapiro obtient de bons
résultats en injectant des corticoïdes dans les zones rebelles.
Cette thérapeutique reste cependant plus ou moins expérimentale,
du fait de l’absence de connaissances approfondies sur les molécules
concernées et quelques réserves vis-à-vis de la DCP. Bien que
celle-ci ne soit retrouvée ni dans le sang ni dans les urines, un
intermédiaire de fabrication, l’alpha alpha’didromodibenzylkétone
peut persister dans la poudre de DCP commercialisée et a un
potentiel mutagène in vitro ; il convient donc de vérifier la pureté
du produit par chromatographie sur colonne ou spectre de masse et
de le repurifier le cas échéant.
Par ailleurs, la DCP peut présenter
une activité photomutagène sur un certain type de salmonelles
probablement par la présence d’un intermédiaire de
photodégradation à demi-vie courte.
Les patients doivent donc
protéger de la lumière les zones traitées jusqu’au lavage.
D’autre
part, un certain nombre d’effets secondaires sont à signaler : eczéma
excessif localement ou à distance, prurit diffus, adénopathies
satellites, hyperpigmentation parfois en confetti, mais aussi
vitiligo sur les zones d’application du produit, voire
secondairement à distance ; cette dépigmentation est probablement
liée à un phénomène de Koebner sur ce terrain prédisposé (4 % de
vitiligos tous peladiques confondus, 7 % de déclenchement sous
diphencyprone) ; une sélection rigoureuse des patients est
nécessaire.
Enfin, un érythème polymorphe peut apparaître de façon
non exceptionnelle et régresser à l’arrêt du traitement.
Des
précautions doivent être prises par les pharmaciens, le personnel
médical et les proches des patients en contact avec les produits.
Pour
toutes ces raisons, un certain nombre d’auteurs n’utilisent pas ou
plus ce traitement.
Le mécanisme d’action de l’allergénothérapie de contact reste
discuté et très intéressant d’un point de vue physiopathogénique :
on note une diminution du rapport T4/T8 dans l’infiltrat et une
modification du profil des cytokines IL2, IL8, IL10 et tumor necrosis
factora (TNFa), sans savoir précisément quel changement dans ce
profil est nécessaire à la repousse.
L’allergène attirerait une
nouvelle population de lymphocytes T et augmenterait la clairance
de l’antigène folliculaire inconnu, ou l’application répétée de
l’allergène créerait une compétition antigénique contre cet antigène
supposé qui permettrait la repousse.
F - ZINC
:
Plusieurs études ont été réalisées avec différents sels de zinc, dont
deux en double insu.
L’une, en 1981, met en évidence une absence
de bénéfice sur des pelades de mauvais pronostic ; l’autre a
récemment montré, sur des pelades touchant moins de 50 % de la
surface du crâne, un résultat statistiquement significatif en faveur
du gluconate de zinc (60 mg/j de zinc métal) par rapport au placebo.
Les effets secondaires semblent uniquement digestifs.
Le mode d’action pourrait être lié à l’activation des lymphocytes
par le zinc, notamment CD8+.
G - ISOPRINOSINE :
Quatre études avec cet immunomodulateur ont été publiées dans
cette indication.
Une seule en double insu, en 1987, utilise
l’Isoprinosinet à la dose de 50 mg/kg/j sur des pelades décalvantes
présentant des désordres biologiques de l’immunité à médiation
cellulaire ; la différence clinique est positive par rapport au placebo,
mais statistiquement peu significative.
Les patients répondeurs
(repousse très modérée) rechutent dans les 12 mois après l’arrêt.
Une
autre étude plus récente, ouverte, compare Isoprinosinet seul,
diphencyprone seule, ou association des deux, et conclut à
l’inefficacité de l’Isoprinosinet.
Les effets secondaires sont nuls, en
dehors d’une éventuelle élévation de l’uricémie.
Ce médicament est doué de propriétés immunostimulantes : il
augmente la production des cytokines (IL1 et IL2 notamment), la
réaction aux tests cutanés et stimule la phagocytose.
H - CICLOSPORINE :
Elle a été expérimentée par voie orale et locale.
Per os, elle donne une repousse aléatoire nécessitant de fortes doses
(6 mg/kg/j) et les effets secondaires usuels et importants limitent
fortement son intérêt ici.
Une rechute survient à l’arrêt.
À doses
plus faibles, elle est inefficace et, en association avec de petites doses
de prednisone, les résultats sont contradictoires.
Localement, elle a été de nombreuses fois testée depuis le premier
essai, en 1986, par DeProst ; surtout dans des pelades réfractaires,
avec des excipients huileux ou des préparations liposomiales, à
des concentrations allant de 2 à 10%. Les résultats ont toujours été
décevants.
Une seule étude a retrouvé des résultats curieusement
positifs sur des pelades universelles, sans confirmation ultérieure.
Un cas témoigne d’un effet indéniable dans un excipient associant
propylène glycol, alcool et eau, mais avec des taux sériques non
négligeables.
Sous forme topique, il n’existe pas d’effet secondaire
en dehors d’irritations ou de folliculites.
Ce macrolide d’origine fongique est doué de puissantes propriétés
immunosuppressives.
Sa principale action est la diminution sélective
des CD4+, la suppression de leur synthèse de lymphokines et,
directement ou indirectement, la diminution de l’expression des recepteurs d’IL2 sur les lymphocytes activés.
Il a, par ailleurs, un
effet trichogène propre. Dans la pelade, il semble rapidement
pouvoir inverser le rapport CD4+/CD8+.
I - TACROLIMUS (FK506)
:
Il s’agit d’un autre macrolide aux propriétés immunosuppressives
probablement encore plus importantes que la ciclosporine.
Il
supprime également la production des cytokines par les cellules T helper.
Sous forme locale, le produit n’est, à ce jour, pas commercialisé.
Chez le rat DEBR, un modèle animal de pelade, on observe une
repousse sur toutes les zones alopéciques où l’on applique la
préparation, selon différents dosages et modes d’application (2 ou
5 jours par semaine) ; la prise orale, en revanche, est sans effet.
Les espoirs suscités par ce type de molécule sont considérables ; la
plus grande vigilance doit cependant être observée en matière de carcinogénicité, compte tenu de leur fort pouvoir
immunosuppresseur.
J - CRYOTHÉRAPIE :
La cryothérapie est, semble-t-il, à considérer comme un rubéfiant, à
la différence près que celui-ci est appliqué par le médecin, ce qui
augmente son effet placebo.
Une étude chinoise, de méthodologie
discutable, présente une efficacité surprenante sur des pelades
touchant moins de 25 % de la surface du crâne et demanderait
confirmation.
K - TRAITEMENTS DISCUTÉS :
Sont discutés l’imipramine, qui a fait l’objet d’une étude en double
insu, les immunoglobulines, l’azathioprine, la pentoxifylline
(Torentalt) qui semble inefficace d’après une étude.
La chlorméthine (Caryolysinet) apportait, selon une étude en 1985,
des résultats peu convaincants.
L - TRAITEMENTS SANS EFFETS :
Les calcipotriol, interféron alpha, Disulonet et hypnose ont été
démontrés inefficaces.
La thymopentine (TP5), pentapeptide
synthétique correspondant au site actif de la thymopoïétine, avait
été utilisée par deux équipes italiennes.
Les résultats positifs avancés
après injections intraveineuses ont, par la suite, été infirmés par
les mêmes auteurs (Tosti, communication personnelle).
M - TRAITEMENTS ASSOCIÉS :
De nombreuses associations, citées dans les précédents paragraphes,
ont été expérimentées dans la pelade.
Certaines sont positives,
d’autres sans effets, d’autres enfin négatives.
N - PSYCHOTHÉRAPIE
:
Sans être au premier plan, elle entre dans l’arsenal thérapeutique de
la pelade.
Des signes d’anxiété ou de dépression, antérieurs et/ou
réactionnels, peuvent être présents et diminuer la qualité de vie du
patient.
Ce dernier doit être rassuré : la pelade n’est pas un cancer
(il est important de le dire aux enfants), ni une maladie
psychologique, le lui faire croire ne ferait qu’ajouter à son sentiment
de vulnérabilité, un sentiment de culpabilité.
Toutefois, le psychisme
peut avoir des retentissements sur la maladie et inversement.
Le
médecin engagera le patient à extérioriser ses sentiments auprès de
proches ou de médecins et, dans certains cas, une psychothérapie
pratiquée par une personne compétente sera profitable au patient,
adulte ou enfant.
O - ABSTENTION THÉRAPEUTIQUE :
Cette option thérapeutique n’est pas exceptionnelle : pelade sans
évolution pour laquelle des biopsies standardisées
montrent un cuir chevelu déshabité ; pelade ayant résisté à une allergénothérapie de contact ; pelade de la femme enceinte ; pelade
des cils et des narines (absence de traitement malgré la gêne), de la
barbe ou des ongles (fréquente absence de demande) ; pelade
majeure chez l’enfant, souvent ; enfin, lorsque les plaques retombent
et repoussent indifféremment, avec ou sans traitement (pelade en
« ébullition »)...
Elle n’est pas à considérer par le médecin ou le patient comme un
renoncement, mais comme un passage, voire une étape de
traitement à part entière : il n’est en effet pas exceptionnel d’observer
une repousse spontanée, après des périodes ressemblant à des
impasses thérapeutiques.
Une date de rendez-vous sera prise et
l’évaluation sera faite comme à chaque consultation.
P - PROTHÈSE CAPILLAIRE :
Le médecin en parlera en cas d’atteinte importante ou lorsque la
chute extensive annonce une PDT.
L’achat d’une prothèse capillaire
est un moment important pour un patient peladique et l’on se doit
de savoir où le patient doit aller et ce qu’il obtiendra.
Le médecin
réalise une ordonnance et une entente préalable.
Le remboursement
se fait sur la base de 500 francs (76,23 euros).
Deux prothèses
annuelles peuvent être prises en compte par la Sécurité sociale.
Une
prothèse capillaire en cheveux synthétiques de bonne qualité coûte
environ 1 500 francs (228,69 euros), 4 500 francs (686,08 euros) au
minimum si elle est en cheveux naturels.
Le plus souvent, elles sont
tenues par des adhésifs double face, certains modèles peuvent rester
en place jusqu’à 6 semaines avec une colle spéciale mais ne
permettent pas de traitement topique.
Des faux-cils peuvent
également être collés.
Q - TATOUAGES :
Ils sont parfois réalisés au niveau des sourcils ou du bord ciliaire.
R - STRATÉGIE THÉRAPEUTIQUE :
De nombreux facteurs entrent en ligne de compte dans le traitement
d’un patient : l’âge, la surface atteinte et le caractère extensif, l’aspect
des plaques, les traitements précédents, la demande, le coût.
Il est
nécessaire d’établir un « état des lieux » à chaque consultation.
Tout traitement se juge sur une longue période, de 3 à 6 mois,
pendant laquelle on ne le remettra pas en cause, sauf en cas
d’extension importante.
Il convient de toujours expliquer au patient
de façon simple sa pathologie et son traitement.
1- Pelades mineures et moyennes
(affectant moins de 50 % du cuir chevelu)
:
Le traitement est axé autour de trois produits : minoxidil, anthraline,
corticoïdes topiques, voire injectables in situ, ou souvent
l’association de deux de ces trois traitements.
On pourrait s’y
associer le zinc oral.
En cas de résistance, le schéma thérapeutique
est modifié mais reste autour de ces produits.
Si la résistance se
prolonge, on envisage un traitement de pelade majeure.
2- Pelades majeures (affectant plus de 50 % du cuir
chevelu, ophiasiques importantes, PDT, PU, diffuses)
:
Selon les auteurs, le choix varie entre allergénothérapie de contact,
PUVAthérapie, ou les traitements précédents dans certains cas
(contre-indication, présence nette de duvets, enfant...).
3- Enfant :
Chez l’enfant, l’allergénothérapie de contact est pratiquée par
quelques centres à l’étranger ; de nombreux auteurs se refusent à
l’utiliser avant 15 ans.
La PUVAthérapie n’est pas utilisée.
Les autres
traitements seront pratiqués, mais avec plus de prudence.
4- Femme enceinte :
Chez la femme enceinte, seuls les corticoïdes topiques de niveau II
sont utilisables.
5- Barbe, sourcils
:
Pour la barbe, les sourcils, les corticoïdes topiques, ou injectables
avec précaution, minoxidil sont utilisables. Pour les cils : abstention
thérapeutique.
Pour les ongles : le plus souvent abstention, parfois
corticoïdes sous occlusion.
6- Recommandations générales :
La corticothérapie générale est en règle réservée aux pelades très
extensives.
Une psychothérapie est discutée selon les cas.
L’abstention
thérapeutique s’imposera parfois, sur demande du médecin ou du
patient.
Exceptionnellement, dans les pelades anciennes ou fixes à peau
affinée, une biopsie standardisée avec coupes horizontales pourra
être effectuée ; il n’existe pas de laps de temps déterminé au-delà
duquel il n’existe plus de repousse cosmétique possible, parfois, à
1 an d’évolution, les follicules sont raréfiés, à l’opposé une repousse
peut être complète après 15 ans sans repousse.
S - ASSOCIATION :
Il existe dans plusieurs pays des associations où adhèrent les
patients, leurs proches, des médecins.
L’association française, qui
diffuse un bulletin et accorde des subventions de recherche est
l’Association Alopecia Areata (AAA), complexe médical du lycée,
36, route d’Eaunes, 31600 Muret.