Le sommeil est une période qui
prend une place essentielle dans le rythme fondamental "activité
et repos" dont la synchronisation est progressive avec
l'alternance jour-nuit sur un rythme de l'ordre de 24 heures.
* Au cours de la première année de vie le cycle veille-sommeil
se met progressivement en place avec une diminution de la durée
globale du sommeil (16 à 20 heures à la naissance, 13 à 14
heures à 1 an) au détriment du sommeil diurne.
* Le nouveau-né et l'enfant peuvent être sujets à des troubles
du sommeil:
- physiologiques chez le tout-petit, répondant par exemple
jusqu'à 3 mois à un besoin d'alimentation nocturne.
- symptomatiques chez le nouveau-né ou le nourrisson d'un état
de tension (relation mère-bébé), ou plus rarement d'une
pathologie digestive, respiratoire, ou infectieuse.
* Les troubles de l'endormissement (opposition au coucher,
rythmies d'endormissement du nourrisson, insomnies
d'endormissement de l'adolescent) sont souvent révélateurs
d'agitation, d'angoisse de séparation ou d'un état dépressif,
faisant de ces troubles un symptôme d'appel à évaluer, plus
qu'un "inconvénient" à faire disparaître.
Sommeil normal :
STRUCTURATION DU SOMMEIL :
La structuration du sommeil est différente chez le nouveau-né en
fonction du terme, et chez l'enfant en fonction de son âge.
A la naissance :
Au cours des premières semaines de vie, il existe une
structuration du sommeil avec présence des trois types de
sommeil, comme chez l'adulte:
* le sommeil agité, correspondant au REM ("Rapid eye movement"),
précurseur du sommeil paradoxal:
- caractérisé par une importante activité corporelle, des
mouvements oculaires rapides, une respiration irrégulière, un
électroencéphalogramme irrégulier de bas voltage.
- représentant 50% du sommeil total.
* le sommeil calme correspondant au NREM ("Non rapid eye
movement") précurseur du sommeil lent:
- avec une absence d'activité corporelle et de mouvements
rapides des yeux, un tracé électroencéphalographique ample et
rapide.
- représentant 40% du sommeil total.
* le sommeil indéterminé ou transitionnel.
Le sommeil comporte des cycles de sommeil agité succédant
immédiatement à la veille (pendant 15 à 20 minutes) suivis de
sommeil calme, pour une durée d'un cycle de l'ordre de 1 heure
avec 4 à 5 minutes de sommeil indéterminé entrecoupant chaque
changement de stade.
Chez le prématuré :
Avant la 28e semaine de gestation il n'y a pas de
différenciation de l'état de vigilance, de veille ou de sommeil.
* Le sommeil agité se caractérise le premier, entre 28 et 32
semaines, avec une durée qui augmente progressivement pour
passer de 15% du temps de sommeil vers 29 semaines à 30% vers la
39e, et 40% chez le nouveau-né à terme.
* Le sommeil calme s'organise plus tardivement entre la 35e et
la 37e semaine.
* L'état de veille est celui qui, finalement, sur le plan
clinique et électroencéphalographique, se caractérise le plus
tardivement (37e semaine).
La maturation électroencéphalographique, que ce soit pour le
sommeil ou l'étude de la maturation du fœtus, semble être
indépendante de la vie intra- ou extra-utérine.
Au cours de la première année :
L'organisation de l'alternance entre veille et sommeil reste
basée, jusque vers la dixième semaine de vie, sur un rythme
d'environ 4 heures sur l'ensemble des 24 heures.
* La durée du sommeil nocturne s'allonge:
- avec une diminution du temps de sommeil diurne de manière
contemporaine à l'installation du rythme circadien de la
température centrale et de la fréquence cardiaque.
- les facteurs environnementaux ne semblent intervenir que comme
une modulation et une stabilisation dans les 24 heures du rythme
programmé génétiquement (sur 25 heures?).
* Le sommeil nocturne représente 88% du sommeil total:
- le sommeil calme augmente nettement (70%) avec l'apparition
progressive des quatre stades de profondeur du sommeil.
- le temps de sommeil agité est réduit (30%) et comporte les
éléments caractéristiques du sommeil paradoxal: les ondes thêta,
l'atonie musculaire, les mouvements oculaires rapides.
De l'âge de 2 ans à la puberté :
Une augmentation des phases de sommeil lent profond (stades III
et IV) est notée en même temps qu'une augmentation du temps de
sommeil paradoxal (60% à eux deux).
La quantité de sommeil profond est indépendante de la durée
totale de sommeil car 80% des périodes de ce type de sommeil
surviennent au cours des 4 premières heures de sommeil. Par
contre la durée du sommeil paradoxal dépend de la durée totale
de sommeil, du fait de sa survenue périodique.
Des périodes d'éveil apparaissent, mais elles sont brèves et de
courte durée (inférieure à 5 minutes).
A l'adolescence :
Au moment de l'adolescence:
- le sommeil lent profond décroît par rapport aux phases de
sommeil léger (stades I et II).
- le temps de sommeil paradoxal diminue considérablement pour se
rapprocher du taux adulte.
DURÉE DU SOMMEIL :
La durée du sommeil est de l'ordre de 16 à 18 heures en période
néonatale en sachant qu'il existe une grande variabilité
interindividuelle (allant de 11 à 23 heures sur 24 heures!).
* Une diminution de la durée globale de sommeil, au détriment du
sommeil diurne, s'observe progressivement, avec une durée totale
quotidienne de l'ordre de:
- 13 à 14 heures à 1 an.
- 11 à 12 heures vers 4 ans.
- 8 heures à 16 ans.
* La sieste (sommeil diurne) d'une durée spontanée de 2 heures
disparaît habituellement vers 2 ans mais peut aussi persister de
manière normale jusqu'à l'âge de 7 ans.
Troubles du sommeil :
TROUBLES DU SOMMEIL DU PETIT NOURRISSON :
Les réveils nocturnes sont normaux chez le petit nourrisson
jusqu'à l'âge de 3 mois environ. Ils correspondent à une
nécessité alimentaire (tolérance au jeûne limitée) qu'il faut
respecter, sans réveiller l'enfant de manière intempestive ni en
lui supprimant ce repas sous un prétexte éducatif.
* L'existence de troubles du sommeil peut être l'élément
révélateur d'une pathologie organique (digestive,
infectieuse...) dont il convient de chercher l'étiologie sans
jamais recourir à un quelconque traitement hypnotique
symptomatique de première intention.
* Les troubles du sommeil sont souvent à cet âge en rapport avec
un environnement perturbé, que ce soit du fait d'une inquiétude
parentale (antécédents, pathologie néonatale, hypotrophie, mort
subite...), d'un dysfonctionnement parental ou d'une absence de
stabilité de l'entourage (bruit, promiscuité...) qui, en
pérennisant ces troubles du sommeil, ne font qu'aggraver les
choses.
TROUBLES DE L'ENDORMISSEMENT :
Au cours de la deuxième année de vie, l'enfant est
particulièrement vulnérable pendant cette phase que représente
le passage de l'état de veille au sommeil.
L'apprentissage de l'autonomie et la découverte de ses limites
ont comme corollaire la perception de sa dépendance.
La séparation d'avec les parents, l'isolement, le noir ou la
perception visuelle erronée dans la pénombre viennent susciter
inquiétude, angoisse (de séparation). L'enfant peut avoir du mal
à les surmonter que ce soit du fait:
- d'un entourage trop protecteur, ne lui permettant pas de
montrer sa compétence.
- ou, à l'inverse, d'une exigence éducative excessive, non
adaptée à sa maturation.
Opposition au coucher :
Le coucher, parfois aussi présenté comme une punition ou un
rejet ("Va au lit!"), et la ritualisation du coucher (pipi, à
boire, une histoire, la lumière, le doudou, le pouce...) peuvent
conduire à une opposition au coucher, manière de lutter contre
cette crainte dont la méconnaissance peut conduire parfois à une
véritable phobie du coucher.
Fréquentes vers 2 ans-2 ans et demi, ces difficultés
disparaissent entre 4 et 6 ans.
Rythmies d'endormissement :
Survenant parfois précocement, dès 4 mois, les rythmies
d'endormissement se caractérisent par des balancements rythmés
de la tête ou du corps, avec parfois heurts ou bruits plus ou
moins violents, durant plusieurs minutes.
Cet "autobercement" n'est pas en soi pathologique mais peut
avoir la même signification que les troubles précédents.
Ils peuvent aussi être révélateurs d'une pathologie carentielle
ou parfois être associés à des troubles du développement, ou de
l'apprentissage.
Bruxisme :
Le bruxisme, ou grincement de dents, qui peut apparaître dès la
première dentition, n'a d'inconvénient que pour celui qui
l'entend... car c'est exceptionnellement qu'il est à l'origine
de traumatismes dentaires.
Aucun traitement n'est nécessaire, ni efficace, mais le bruxisme
peut être la traduction d'un état de tension à mieux apprécier.
Cauchemars, ou rêves d'angoisse :
L'enfant se réveille brutalement, pleure, gémit et est capable
de raconter son rêve.
Il survient pendant la phase de sommeil rapide, ou paradoxal.
La répétition de ce "mauvais rêve" peut fixer l'enfant sur ce
cauchemar, le lui faisant rejouer dans la journée et redouter le
sommeil du fait de sa récurrence.
PARASOMNIES :
Les parasomnies sont des manifestations paroxystiques non
épileptiques, associées au sommeil, mais qui peuvent prendre des
allures différentes:
- motrices frustes (clonies) ou élaborées (somnambulisme).
- neurovégétatives (terreurs nocturnes).
- végétatives (énurésie).
Terreurs nocturnes :
C'est entre 3 et 12 ans que cet accès d'angoisse survient, chez
1 à 3% des enfants, principalement les garçons, au cours de la
première partie de la nuit, au cours du sommeil lent et profond
(stade IV).
Après un cri ou un hurlement, l'enfant est habituellement
retrouvé assis dans son lit:
- paraissant effrayé, comme halluciné.
- couvert de sueurs, polypnéique, sans qu'un contact puisse être
établi avec lui.
- l'amnésie de l'épisode au réveil est totale.
* Les terreurs nocturnes ne sont pas pathologiques mais peuvent
aussi être en rapport avec des événements traumatiques.
* Leur répétition, ou leur association au somnambulisme, peut
justifier un traitement par des benzodiazépines, voire des
imipraminiques.
Somnambulisme :
Le somnambulisme est une déambulation inconsciente au cours du
sommeil qui peut s'accompagner d'activités coordonnées usuelles,
mais maladroites, dont l'enfant, plus souvent un garçon qu'une
fille, ne garde aucun souvenir au réveil.
* Il interrompt, comme les terreurs nocturnes, le sommeil
profond (stade IV) et survient généralement 15 minutes avant une
phase de sommeil paradoxal.
* L'accès isolé peut durer plusieurs dizaines de minutes, dans
la première partie de la nuit, avec retour dans son lit, ou dans
celui d'un autre, et passer totalement inaperçu.
* Il peut également survenir dans un état de panique,
caractéristique d'une terreur nocturne.
* Le somnambulisme touche 1 à 6% de la population et 15 à 20%
des garçons de 5 à 12 ans en feront au moins un épisode, en
sachant la fréquence d'antécédents familiaux similaires et
l'inutilité des explorations complémentaires.
* Le traitement des accès isolés ne s'impose pas mais le risque
traumatique non négligeable (chute, manipulation dangereuse)
justifie la prise de mesures préventives et éventuellement le
recours à un traitement type amineptine (Survector*) ou
benzodiazépine, plus efficaces dans le somnambulisme pur que
s'il est associé à une terreur nocturne.
Énurésie :
La survenue d'une énurésie n'est pas liée systématiquement à une
phase de sommeil profond comme cela est souvent allégué par les
parents.
Les études de polygraphie de sommeil ont bien montré que cela
survenait aussi, et surtout, au cours des phases d'allégement du
sommeil, voire au début d'une phase d'éveil.
L'énurésie ne peut être réduite à un simple trouble du sommeil
et nécessite toujours une démarche diagnostique structurée avant
de définir la stratégie de prise en charge adéquate (voir
question).
INSOMNIE :
C'est surtout dans la période pubertaire et au cours de
l'adolescence que peuvent apparaître des insomnies qui ne sont
pas toujours reconnues, ou même dissimulées.
* L'insomnie d'endormissement est avant tout la traduction d'une
situation d'excitation et/ou d'angoisse qui ne permet pas de
passer de l'état de veille au sommeil, ce qui n'est jamais
"instantané".
* L'insomnie nocturne (réveil nocturne ou matinal prématuré) est
plus souvent la manifestation d'une perturbation de l'activité
onirique et fait partie des symptômes de dépressivité de
l'adolescent, dont l'origine est complexe (personnelle,
familiale, sociale).
La réponse symptomatique ne résume en rien la prise en charge de
ce trouble qui doit plutôt être perçu comme un symptôme d'appel.